Trois semaines s'étaient écoulées depuis la naissance de Faith. Trois longues semaines durant lesquelles Sam n'avait pas eu une seule minute à elle. La vie de jeune maman, célibataire de surcroît, n'était pas de tout repos. Et Janet ne lui avait pas menti en certifiant que son énergie ne serait jamais en surplus.

Bien que le mois de novembre soit à peine achevé, il neigeait sans discontinue depuis le matin. La jeune femme était dans sa cuisine occupée à faire la vaisselle tout en gardant un œil attentif sur le bébé profondément endormit dans son baby relax. Elles avaient passé une nuit épouvantable. Sa fille avait un érythème fessier et ne dormait pas plus de dix minutes à la fois, la réveillant par la même occasion. Elle devait alors la prendre avec elle et la bercer un long moment avec qu'elle ne se rendorme.

Sam jura. Elle ne recevait plus que de l'eau froide. Elle avait beau tourner à fond le robinet, il n'y avait rien à faire, l'eau chaude refusait de sortir. Soudain un doute effleura son esprit. Elle se précipita vers les radiateurs. Ceux-ci étaient également froids.

Sam : Seigneur, c'est pas vrai !

Pour couronner le tout, Faith, réveillée par le froid qui commençait à s'infiltrer à l'intérieur de la maison, se mit à hurler à plein poumon. Sam se précipita vers elle et la prit dans ses bras. Craignant que la petite n'attrape froid, elle lui enfila un pull supplémentaire et l'enveloppa dans une épaisse couverture de laine. Puis elle la recoucha dans son transat. Quand elle fut certaine que sa fille s'était rendormie, elle descendit à la cave, espérant pouvoir régler au plus vite cette histoire de chauffage.

Elle se trouvait au sous-sol depuis cinq minutes lorsque faith se réveilla à nouveau. Elle abandonna son travail pour rejoindre le bébé. S'était l'heure de la tétée et Sam n'eut pas d'autre choix que de se découvrir dans le froid mordant pour allaiter sa fille. Mais même une fois le ventre bien rempli, le bébé refusa de se laisser recoucher.

Sam : Au moins je sais de qui tu tiens, toi.

Comme le froid se faisait de plus en plus mordant et qu'elle ne pouvait réparer la chaudière seule avec l'attention que lui demandait Faith, elle décida d'appeler un chauffagiste. Elle appela tous ceux de la ville mais aucun ne voulu venir. Apparemment elle n'était pas la seule à avoir un problème de chauffage et le fait qu'elle ait un bébé de quelques semaines avec elle ne semblait pas la faire rentrée dans les catégories prioritaires. Quand le dernier lui eu raccroché au nez, elle était à bout de patience et de nerfs. Faith ne cessait de pleurer, ressentant la nervosité de sa mère et Sam ne parvenait pas à la calmer. Elle essaya de retrouver son calme pour réfléchir à une solution. Quoiqu'il en soit, elles ne pouvaient pas passer la nuit ici à moins qu'elle ne trouve quelqu'un pour venir réparer la chaudière avant la fin de la journée. Elle jeta un coup d'œil vers sa fille. Le bébé était toute rouge à force de s'époumoner et elle agitait avec colère ses petits poings serrés. Sam se prit la tête entre les mains et poussa un profond soupir de lassitude. Elle fit un rapide inventaire des personnes de sa connaissance qui pourrait l'aider. Janet était en vacances au Canada avec Cassandra, Daniel sur une planète où des ruines avaient été découvertes et Teal'c sur Chulac. Il ne restait plus que Jack qui, aux dernières nouvelles, avait posé quelques jours de congé. Avec un peu de chance, chose qui lui faisait sérieusement défaut ces derniers temps, il serait chez lui. Elle décrocha le téléphone et composa le numéro de son supérieur.

Au bout de plusieurs sonneries dans le vide elle allait raccrocher, plus désespérée que jamais lorsqu'elle entendit une voix grave lui répondre à l'autre bout du fil.

? : O'neill.

Sam : Mon colonel. C'est Carter.

Jack : Carter ? Tout va bien ?

Sam : Oui…enfin non pas très bien. J'ai un petit problème de chaudière. Je ne reçois plus d'eau chaude et les radiateurs ne fonctionnent plus. J'ai téléphoné à tous les chauffagistes de la ville mais aucun n'est disponible. Et avec Faith je ne peux pas m'en occuper moi-même. Avec le froid qu'il fait dehors j'ai bien peur que nous soyons congelées d'ici quelques heures. Je me demandais si vous pouviez passer jetez un petit coup d'œil.

Jack : Bien sûr, il n'y a pas de soucis. Donnez-moi juste le temps de me préparer et j'arrive.

Sam : Merci mon colonel.

Jack : De rien Carter, c'est normal. A tout à l'heure.

Sam : A tout à l'heure.

Elle raccrocha, le visage pensif. Quelques minutes plus tard on frappa à sa porte.

Quand elle vint lui ouvrir, il nota aussitôt son visage défait et les cernes qui entouraient ses yeux assombris.

Sam : Bonjour mon colonel.

Jack : Bonjour Carter.

Elle s'effaça pour le laisser entrer.

Jack : Faith va bien ?

Sam : Elle est un peu agitée en ce moment et le froid n'arrange rien mais dans l'ensemble oui elle va bien.

Jack tiqua à nouveau au son de sa voix, la jeune femme semblait au bord de l'épuisement.

Jack : Et vous ?

Sam : Je vais bien.

Jack : Vous n'en avez pas l'air pourtant.

Sam sourit face à la perspicacité de son supérieur.

Sam : Je suis juste un peu fatiguée ces derniers temps.

Septique, il n'insista pourtant pas et la suivit dans le salon ou Faith s'était enfin endormie. Le militaire se pencha sur elle, un sourire attendri sur les lèvres.

Jack : Elle n'a pas l'air si agitée que ça.

Sam : Avec un peu de chance elle nous laissera tranquille le temps de voir d'où vient le problème. Allons-y.

Elle le guida jusqu'à la cave ou ils s'attelèrent aussitôt à la résolution de la panne. Mais ils étaient sur les lieux depuis seulement 10 minutes que des pleurs entrecoupés de hoquets leur parvinrent de l'étage. Sam soupira en s'excusa du regard auprès de son supérieur. Celui-ci lui répondit par un hochement de tête compréhensif et le laissa seul pour aller rejoindre sa fille. Un quart d'heure plus tard, il réapparut dans le salon le visage et les mains couverts de suie. Sam s'affairait à changer Faith qui hurlait à pleins poumons.

Jack : Et bien dis donc, elle a déjà de la voix pour son âge.

Sam : Et c'est comme ça depuis plus d'une semaine.

Il sentit dans sa voix poindre la lassitude. Il ne s'était pas trompé, elle était exténuée.

Sam : Avez-vous trouvez ce qui n'allait pas ? Demanda-t-elle d'une voix pleine d'espoir.

Jack : Non je suis désolé, je crois que ça va prendre un peu plus de temps que prévu.

Sam baissa la tête, se mordant la lèvre inférieure dans un ultime effort pour ne pas craquer. Son geste ne passa pas inaperçu au colonel.

Jack : Néanmoins j'aurais peut-être une solution à vous proposer.

Elle releva vivement la tête, prête à accepter tout ce qu'il lui proposerait.

Sam : Chez moi il y a de l'eau chaude, du chauffage et tout le confort dont vous pourriez avoir besoin toutes les deux.

Elle écarquilla les yeux sous l'effet de la surprise.

Jack : Vous pourriez rester jusqu'à ce qu'un chauffagiste puisse réparer la chaudière.

Sam : Mon colonel, je ne sais pas quoi dire…

Jack : De toute façon je ne crois pas que vous ayez beaucoup d'autres choix. Et puis ça me fera plaisir de voir Faith. Et vous, vous pourrez un peu souffler. Vous semblez en avoir bien besoin.

Sam : C'est vraiment très gentil de votre part. Je ne sais pas comment vous remercier.

Jack : Je vous l'ai dit, ça me fais plaisir. Allez préparer vos affaires, je m'occupe de Faith.

Sam lui confia sans une once d'hésitation le nourrisson et parti rassembler les affaires dont elles auraient besoin durant son séjour.

Une demi-heure plus tard, Jack garait sa voiture devant chez sortit les affaires de Sam tandis qu'elle s'occupait de Faith.

Ils passèrent une agréable soirée et après un bon repas, Sam alla coucher sa fille. Quand elle redescendit dans le salon, Jack avait allumé un feu de cheminée. La jeune femme se positionna directement devant l'insert, les mains face au feu, frissonnant de plaisir.

Sam : J'avais oublié ce que c'était d'avoir une maison chauffée.

Jack se contenta de sourire en la regardant. Le silence s'installa bientôt entre eux, entrecoupé par les craquements d'une bûche dans le foyer. Ce n'était pas de ces silences qui emplissent une pièce de tensions sourdes et palpables. Celui-ci bruissait de mille sensations. Faisant écho à tous leurs voyages lointains, lors des soirées paisibles sur une autre planète où chacun se laissait gagner par la sérénité d'un lieu apaisant. Au bout de plusieurs minutes, la voix de Sam s'éleva.

Sam : Je ne vous ai jamais remercié.

Jack : Remercié pourquoi ?

Sam : Pour avoir été là, à la naissance de Faith.

Jack : A vrai dire je n'ai pas eu vraiment le choix...Mais je n'ai pas regretté un seul instant d'avoir pu être avec vous à ce moment là.

Sam : Vraiment ?

Jack : Oui. Bien que si vous m'aviez posé la question avant je vous aurez certainement répondu le contraire ! Mais ce que nous avons vécu là-bas, cette expérience, je crois que je n'avais jamais vécu quelque chose d'aussi intense.

Sam : C'est vrai... Et je suis heureuse d'avoir pu le vivre avec vous.

Jack : Vous n'auriez pas plutôt préférée que se soit Daniel ? Après tout, c'est de lui que vous êtes le plus proche et c'est aussi le parrain de Faith.

La jeune femme plongea son regard au cœur des braises rougeoyantes. Comment expliquer à l'homme qui se trouvait devant elle que Daniel ne pourrait jamais remplacer le rôle qui aurait du lui revenir auprès de sa fille ? Elle songea avec tristesse à sa toute petite fille qui grandirait sans connaître l'identité de son père alors que ce dernier ne cesserait pourtant jamais d'être à ses côtés. Car Sam ne doutait pas de la loyauté de Jack, ni de celle de Daniel et de Teal'c. La petite n'aurait peut-être pas de père officiel mais elle ne manquerait pas pour autant de la présence d'un homme auprès d'elle.

Préférant encore une fois la fuite à une tentative de réponse, Sam se leva, prétextant l'heure tardive.

Sam : Je suis fatiguée, nous pourrons reparler de tout ça demain matin.

Jack releva la tête, surpris. Il posa sur la jeune femme un regard pénétrant qui ne fit qu'amplifier son malaise. Elle détourna le sien, sachant pertinent qu'ainsi elle s'exposait d'autant plus à l'interrogation de son supérieur. Mais c'était plus fort qu'elle, elle ne pouvait pas l'affronter. Pas sur ce sujet là. A son grand soulagement, il n'insista pas et la laissa rejoindre sa chambre sans poser d'autres questions.

Le lendemain, lorsque Faith avertit tout son entourage qu'elle était réveillée, Sam les yeux encore voilés par le sommeil, vit une ombre s'infiltrer dans la chambre, s'emparer avec délicatesse du bébé vagissant et lui ordonner de se rendormir.

Ce qu'elle fit sans se faire prier. Avoir droit à une grasse matinée relevait du miracle et avait un arrière goût divin de paradis.

Lorsque la jeune femme entrouvrit à nouveau ses paupières, le soleil atteignait son zénith. Elle s'étira nonchalamment en soupirant de bien être. Les rayons lumineux s'infiltraient à travers les persiennes et elle se sentit d'humeur joyeuse pour la première fois depuis des semaines. Elle tendit l'oreille, étonnée de ne pas entendre les pleurs habituels de sa fille qui rythmaient d'ordinaire ses journées. Mais la sachant avec son supérieur, elle ne s'en inquiétant pour autant outre mesure. Elle prit une douche rapide s'habilla et descendit rejoindre Jack.

Elle fut accueillie dans le séjour par le sourire radieux de son supérieur et le visage attentif de sa fille tournait vers elle. Malgré son jeune âge elle avait déjà une manière de fixer son regard qui pouvait presque paraître déstabilisante.

Jack : Salut Carter, j'ai bien cru que vous alliez dormir toute la journée.

Sam : Et bien je dois dire que l'idée m'a effleuré mais je m'en serais voulu de vous laisser seul plus longtemps avec ma petite diablesse.

En disant ses mots elle lui prit l'enfant des bras.

Sam : Elle n'a pas été trop embêtante ?

Jack : Un vrai petit ange.

Sam : A croire qu'elle aime m'en faire voir de toutes les couleurs.

Jack : Il parait que les enfants sont toujours plus difficiles avec leurs parents qu'avec les autres personnes.

Sam blêmit. S'il seulement il savait. Elle se détourna un peu trop hâtivement pour que son brusque changement de comportement ne passe inaperçu aux yeux du colonel.

Jack : Tout va bien, Carter ?

Elle se recomposa presque aussitôt un visage avenant et sourit à son supérieur.

Sam : Oui très bien. Faith a besoin d'être changée, je vais aller chercher ses couches à l'étage.

Jack : Laissez-là moi, je vais commencer à la changer en attendant que vous rameniez une couche.

Sam : C'est gentil mon colonel, mais je ne veux pas vous imposer…

Jack : Vous ne m'imposez rien du tout Carter, je vous rappel que j'ai déjà eu un enfant, ce genre de chose je l'ai fait pendant des mois, suffisamment en tout cas pour ne plus en être dégoutté.

Sam ne pu empêcher un léger rire de franchir ses lèvres. Elle lui tendit la petite qui commençait à s'agiter dans ses couches sales.

Sam : Merci mon colonel, je reviens tout de suite.

Jack : Prenez votre temps, on a plein de choses à se raconter Faith et moi.

Sam lui sourit, elle ne se lasserait jamais de voir son supérieur avec des enfants tant son comportement avec eux était différent de celui qu'il avait avec son entourage.

Une fois que Sam eu quitté la pièce, Jack allongea le nourrisson sur le canapé après l'avoir protégé d'une serviette et commença à ôter une à une les épaisseurs qui le recouvrait. Alors qu'il utilisait une dernière lingette afin d'être sur d'avoir bien nettoyer l'enfant, il stoppa brusquement son geste.

Une tâche.

Une tâche de naissance.

Un petit croissant de lune de la grosseur d'un pouce à l'intérieur de la cuisse gauche.

Une petite tâche sombre qui serait sans doute passée inaperçu s'il n'avait eu la même…exactement au même endroit.

Il avait entendu dire que ce genre de marque de naissance étaient pour la plupart génétique, d'ailleurs Charlie en avait une lui aussi mais du côté droit.

Génétique.