L'ambiance était tendue entre les membres du SG1 lorsqu'ils franchirent la porte des étoiles pour se retrouver dans la salle d'embarquement.
Hammond : SG1, est-ce que tout c'est bien passé ?
Jack : Comme une mission de routine mon général.
Hammond : Parfait. Allez tous à l'infirmerie, on se retrouve après pour le débriefing.
Les quatre compagnons s'exécutèrent en silence. Silence que ne perçut pas le général. Du moins ne le releva t-il pas.
Trois quart d'heure plus tard, ils étaient tous les quatre assis autour de la grande table de réunion. Le général Hammond se tenait debout face à eux.
Hammond : Alors, que savons-nous désormais de FX254 ?
Daniel : On ne peut pas dire encore avec certitude si effectivement la planète à été habitée à une époque antérieure mais les relevés sont plutôt positifs. Certains matériaux que j'ai rapporté pourraient avoir été conçus de la main de l'homme.
Hammond : Mais vous n'en êtes pas sur ?
Daniel : Et bien c'est assez difficile à dire. Ces objets sont très étranges et il faudrait une étude plus approfondie pour être certain qu'ils ne sont pas une simple création de la nature.
Hammond : Très bien docteur Jackson. Nous reviendrons sur ces objets plus tard et jusque là vous avez tout loisir de les analyser afin d'en définir leur origine. Major, qu'en est-il est de vos recherches ?
Sam : Et bien...FX254 est une planète aux caractéristiques à priori unique. Je ne pense pas que nous ayons déjà référencé une planète représentant les mêmes propriétés ni même sans rapprochant.
Hammond : A priori ?
Sam était soudain mal à l'aise. Si elle voulait expliquer au général le pourquoi de son ton approximatif, elle allait être plus ou moins obligée de parler de l'affrontement qui avait eu lien entre elle et le colonel. Et elle n'était pas certaine que cela soit très judicieux.
Sam : A vrai dire... Je n'ai pas eu le temps suffisant pour terminer mes relevés mon général.
Elle avait essayé de garder un timbre neutre mais le léger tremblement qui fit tressaillir sa voix ne passa inaperçu pour aucun des quatre membres présents. Le général fronça les sourcils. Il s'apprêtait à ouvrir la bouche quand il fut coupé dans son élan par son second.
Jack : Nous avions un temps imparti, mon général, et Carter n'a pas était en mesure de le respecter.
Perplexe, Hammond se tourna à nouveau vers la jeune femme.
Hammond : Ce n'est pourtant pas dans vos habitudes major.
Que pouvait-elle répondre à ça ? Contredire son supérieur revenait à se livrer à une bataille dont elle savait qu'elle ne ressortirait pas vainqueur. Sa position actuelle ne lui permettant pas le moindre écart. Mais elle savait aussi que se taire donnerait raison au colonel. Après des années de services exemplaires où elle n'avait jamais failli à aucun de ses devoirs, il lui était presque insupportable que son travail soit remis en cause de la sorte. Pour une vengeance personnelle. Car elle n'était que trop consciente du véritable intérêt qu'avait Jack à l'humilier de la sorte.
Hammond : Major Carter ?
Sam redressa la tête qu'elle avait tenu baissée jusqu'à alors et se rendit compte que tous le monde avait les yeux braqués sur elle. Daniel lui lançait un regard suppliant et elle savait qu'il lui demandait implicitement de ne pas en rajouter. Il détestait les conflits. D'autant plus si cela concernait deux personnes qu'ils tenaient pour ses plus proches amis.
Teal'c la regarda quelques secondes puis son regard bascula du côté du colonel.
Elle se refusa à regarder dans la même direction que le jaffa. Qu'il soit triomphant ou malveillant, elle savait que le regard de Jack la briserait.
Elle comprenait désormais que peu importait tout ce qu'elle dirait, il s'arrangerait pour retourner la situation en sa faveur.
Il la faisait payer.
Sam : Je n'ai rien à rajouter mon général.
Le vieil homme resta un instant silencieux. Il connaissait suffisamment bien son équipe phare pour savoir quand quelque chose d'anormal se passait entre ses membres. Et il en savait assez sur les deux militaires pour deviner que leurs rapports distants cachaient un quelconque problème qu'ils allaient devoir résoudre au plus vite.
Il était cependant bien loin d'imaginer la complexité des difficultés que rencontrer ses subalternes.
Il les rappela tous les deux au moment où il donnait quartier libre au reste de l'équipe.
Hammond : Major Carter, colonel O'neill. J'ignore ce qui se passe entre vous deux et je ne veux même pas le savoir. Vous savez tout comme moi que la cohésion est l'élément primordial de toute équipe du SGC. Vous allez donc me résoudre vos problèmes le plus rapidement possible...où je serais obligé de prendre des mesures.
La dernière phrase sonnait comme une sentence. D'ailleurs ni l'un ni l'autre ne songea à la contredire. Ils sortirent de la salle sans échanger une seule parole ni un regard. Dans le couloir, Daniel faisait le gué. Il intercepta les deux militaires dès qu'il les aperçut.
Daniel : Jack, vous ne croyez pas qu'il serait temps de...
Jack : Vos discours pacifiste ne m'intéresse pas, Daniel.
Daniel : Jack !
Jack : Allez en enfer Daniel, et tant que vous y êtes, amenez Carter avec vous.
Encore une fois, Sam prit sur elle. Elle posa une main sur le bras de l'archéologue et chercha à capter son attention. Le jeune homme posa sur elle un regard blessé. Il semblait que le cataclysme qu'elle avait engendré était voué à étendre sa noirceur sur tous ceux qu'elle aimait.
Elle avait mal et pour elle et pour son ami. Et la seule chose qu'elle pouvait encore souhaiter était que personne d'autre ne serait touché.
Jack profita de l'échange tacite entre les deux jeunes gens pour une nouvelle fois s'extraire d'une discussion qu'il se refusait à avoir.
Il savait que la colère qui l'abîmait pourrait s'avérait destructrice. Il l'avait déjà suffisament expérimenté par le passé pour en connaître les séquelles irréversibles qu'elle pouvait laisser dans la chair et dans l'âme. Il connaissait les cercles vicieux dans lesquels elle pouvait l'entraîner. Mais il ne parvenait à s'en défaire. Il ne le voulait pas. Il lui semblait que c'était la seule chose encore capable de garder en sommeil cette douleur lancinante qu'il sentait au fond de son être. Que tant qu'il serait en colère, la douleur serait laissée de côté.
Mais pour le moment, que se soit de colère ou d'autre chose, il devait évacuer. Et il ne connaissait qu'un moyen efficace de calmer un tant soi peu la tension qui mettait ses nerfs à rude épreuve.
Il était en train de se préparer quand la porte du vestiaire s'ouvrit et Teal'c apparut dans l'encadrement métallique.
Visiblement, le jaffa n'était pas là pour se changer et souhaiter engager une conversation. Mais comme il avait le don de faire traîner les choses, se fut Jack qui parla le premier.
Jack : Vous êtes venus m'admirer ou vous avez quelque chose à me dire ?
Teal'c : En effet je voudrais vous parler O'neill.
Jack : Je vous écoute, mais je vous préviens, dans 5 minutes je vous laisse, j'ai rendez-vous avec la salle de sport.
Tout en parlant, il se pencha pour nouer les lacets de ses baskets.
Teal'c : Il me semble que le major Carter et vous ayez quelques difficultés de communication depuis son retour.
Jack : Ah, vous trouvez ?
Teal'c : Peut-être rencontrez-vous des problèmes dont vous voudriez me parler ?
Jack : C'est très gentil à vous de vous en soucier Teal'c, mais il n'y a aucun problème entre Carter et moi.
Teal'c ne répondit pas mais il toisa le militaire d'une manière tellement équivoque que Jack finit par suspendre son geste et grimaça. Teal'c était bien plus qu'un ami, il était un frère pour lui. Il lui avait prouvé à maintes reprises qu'il pouvait lui faire entièrement confiance. Mais entre savoir la confiance et la mettre en pratique s'étendait un gouffre qu'il n'était pas sur d'être capable de franchir. Et pourtant il aurait vraiment eu envie de se confier, à n'importe qui d'ailleurs, afin de ne plus avoir à ressentir ce poids mort dans sa poitrine. Mais les mots restaient justement bloqués là, quelque part à l'intérieur de lui et il n'avait pas encore trouvé le moyen de les y faire sortir.
Si seulement ses amis étaient capables de lire en lui sans qu'il n'ait besoin de parler tout serait tellement plus simple.
Teal'c : Cela aurait-il un rapport avec Faith ?
Jack, qui ne croyait ni en l'homme et encore moins en Dieu se demanda quand même en cet instant s'il n'existait pas quelque part un être supérieur capable d'exaucer certains souhaits.
Jack : C'est très compliqué…
Teal'c : J'ai pu constater depuis mon arrivée sur terre que l'homme s'arrange toujours pour compliquer des choses pourtant fort simple au préalable.
Jack : Vous ne savez même pas de quoi je veux parler.
Teal'c : Vous vous trompez O'neill. Sachez que Rya'c est la personne qui compte le plus pour moi et je pense que chaque enfant devrait compter autant pour son père quelque soit les circonstances de sa venue au monde.
Cette fois Jack resta sans voix et leva sur Teal'c un regard perplexe.
Jack : Comment savez-vous…?
Et puis dans un éclair de compréhension.
Jack : Raahhh ! Daniel n'a pas su tenir sa langue, j'en étais sur ! Et dire qu'il s'est permis de me faire des sermons...
Teal'c : Daniel Jackson n'y est pour rien, O'neill.
Jack grimaça à nouveau et fronça les sourcils.
Jack : Alors comment êtes vous au courant ?
Teal'c : J'observe O'neill et je devine.
Jack était sidéré. Teal'c était de loin la personne la plus déconcertante qu'il connaissait et pourtant ses raisonnements étaient basés sur du concret et sur un surprenant esprit de déduction.
Jack : Bien, dans ce cas vous comprenez que je ne puisse accepter Faith…Et encore moins pardonner à Sam.
Teal'c : Je dois dire que non, je ne comprends pas O'neill.
Jack : Enfin Teal'c ! Elle m'a menti ! Et si je ne l'avais pas découvert par moi-même, j'aurais passé le reste de mon existence à ignorer que j'avais une fille !
Il avait crié sa dernière phrase et le silence retomba lourdement autour d'eux. C'était la première fois depuis des semaines qu'il reconnaissait verbalement son lien avec Faith. Comme si la simple perspective de reconnaitre cet état des faits lui était intolérable.
Cela résonna curieusement à ses oreilles.
Mais bien vite l'orgueil et la rage reprirent le dessus. Il ne voulait pas se laisser attendrir. Pour rien au monde il ne verserait dans le sentimentalisme.
Teal'c : Avez-vous cherché à savoir les raisons qui l'ont poussé à vous mentir ?
Non, bien sur que non, il n'avait pas cherché à comprendre. Il avait appliqué sa méthode habituelle « On frappe d'abord, on réfléchit ensuite ». Cette règle d'or, sur le terrain s'était avérée à de nombreuses reprises rigoureusement efficace, néanmoins sur un plan affectif elle n'était sans doute pas la meilleure conseillère qu'il soit. Mais sa colère était justifiée.
Jack : Je me fiche de ses raisons.
Le jaffa laissa glisser quelques secondes de silence entre eux. Puis il reprit de sa voix monocorde :
Teal'c : Je pense que vous devriez allez lui parler O'neill.
Jack : Je ne pense pas non.
Apparemment Jack ne semblait plus enclin à la conversation et Teal'c s'apprêtait à le laisser dans ses réflexions lorsque le militaire leva son visage vers lui.
Jack : Dîtes-moi Teal'c, c'est uniquement grâce à votre sens de l'observation que vous avez découvert la vérité ?...pour Faith ?
Teal'c : Disons que j'avais quelques doutes sur le sujet, mais à présent je n'en ai plus, je vous remercie O'neill.
Jack : Teal'c ! Espèce de faux frère, tout ça c'était juste pour me faire parler ?
Teal'c : Je vous laisse O'neill, vous avez rendez-vous avec la salle de sport.
Et il quitta la pièce sous le regard abasourdi de son ami.
