Sam s'était mise au travail aussitôt rentrée à la base. Il lui restait encore quelques heures avant la fin de la journée et elle voulait avancer le plus possible sur les analyses de la molécule. Ce nouveau projet était comme une lumière qui la tenait en éveil. Sans compter qu'une part d'elle-même gardait l'espoir furtif que si la transformation de la molécule fonctionnait, elle retrouverait sa vraie place au sein de son équipe. Comme si elle avait besoin de ça. De faire ses preuves pour qu'on lui refasse enfin confiance. Qu'il lui refasse confiance.

Affublée de lunettes de protection et de gants résistants au contact potentiellement mortel, elle se plongea dans une intense concentration. Ainsi, elle ne pouvait penser à rien d'autre que ce sur quoi elle était en train de travailler. C'était presque encore plus exaltant que les missions sur le terrain. Ici elle s'était crée un univers qu'elle seule pouvait intégrer. Coupée du monde, c'est de cette façon qu'elle rechargeait ses batteries.

Se fut Daniel qui, quelques heures plus tard, vint la tirer de ses travaux. La jeune femme n'avait pas vu le temps passer et fut surprise quand son ami lui annonça qu'il était plus de 18h. Elle était censée récupérer Faith à 18h30. Elle abandonna ses expérimentations – chose qu'elle n'aurait jamais fait avant, à ce stade de ses recherches – et les rangea bien à l'abri dans le frigo mis à disposition de ses expériences. Avant de refermer la porte du petit meuble blanc elle lança un dernier regard au tube à essai. La molécule baignée dans son cocon de verre, brillait d'une douce clarté bleutée. La jeune femme fronça les sourcils quelques secondes devant l'étrange phénomène qu'il ne lui semblait pas avoir remarqué avant. Puis elle haussa les épaules. Toutes les analyses effectuées lui avait démontré que la molécule était inoffensive. De plus, elle restait protégée par le tube en verre, hors du contact de l'air libre. La militaire referma la porte derrière elle et quitta la base.

Elle se sentait d'humeur plus sereine, le lendemain matin en arrivant à la base. Elle se dirigea aussitôt vers son labo. Il n'y avait pas de briefing prévu dans la journée et elle allait avoir tout le loisir de travailler encore sur la molécule rapportée la veille.

Mais en ouvrant la porte du frigo, elle sentit instantanément que quelque chose n'allait pas. Elle lança un coup d'œil circulaire. Rien ne semblait pourtant avoir bougé à l'intérieur. Son regard se porta alors sur l'échantillon moléculaire. La clarté qui la veille au soir n'était qu'une vague lueur incandescente, illuminait à présent le moindre contour de ce qui se trouvait à proximité. Intriguée, la jeune femme prit le flacon entre ses doigts.

Daniel avait passé la nuit dans son bureau, travaillant toujours sur les matériaux rapportés de FX254. Ses recherches n'avançaient que trop lentement et engendraient chez l'archéologue une intense frustration. Vers 8h il décida de s'aérer l'esprit et de faire un passage éclair au mess.

Il était encore tôt et les couloirs étaient relativement déserts. Il passa devant le laboratoire de Sam, convaincu que la jeune femme se trouvait encore chez elle. C'est pourquoi il fut surpris d'apercevoir le filet de lumière qui filtrait de sous la porte close. Intriguée, il donna quelques coups légers contre la porte. Comme il n'obtenait pas de réponse, il entrouvrit légèrement la porte, suffisamment pour distinguer son amie penchée au dessus de sa table de travail.

Daniel : Sam ?

La jeune femme sursauta en s'entendant appeler. Captivée par ce qu'elle avait sous les yeux, elle n'avait pas entendu frapper ni la porte s'ouvrir.

Sam : Daniel ! Vous êtes déjà là ?

Daniel : Disons plutôt que je n'ai pas quitté la base.

La militaire grimaça.

Sam : Toujours sur FX254 ?

Daniel haussa les épaules d'un air découragé. Puis il se re-concentra sur la jeune femme.

Daniel : Vous aussi vous êtes bien matinale.

Sam : Je voulais reprendre mes recherches le plus rapidement possible. Cette molécule est fascinante. D'ailleurs vous devriez venir voir par vous-même.

Daniel se rapprocha de la table que la jeune femme n'avait toujours pas quitté. Tout d'abord il ne comprit pas ce qu'elle voulait lui montrer. Il avait sous les yeux un bocal dans lequel nageait une forme indistinct qu'il n'identifia pas.

Daniel : Qu'est-ce que je suis censé voir ?

Sam : C'est la molécule.

Le jeune homme se redressa aussitôt et posa sur son amie un regard stupéfait.

Daniel : La molécule ? Vous voulez dire...

Sam : Celle que nous avons ramené hier de la planète des Tok'ras.

L'archéologue redirigea son regard vers le récipient. Au vue de sa nouvelle taille et de son aspect, la molécule n'en était plus vraiment une.

Daniel : Comment cela est-il possible ?

Sam : C'est exactement ce que je cherche à savoir. C'est la première fois que je vois une molécule se modifier de la sorte. Ca n'a aucun sens. Normalement c'est nous qui devions la modifier. Ce type d'organisme n'ai pas censé avoir les capacités de le faire tout seul.

Daniel : C'est plutôt...effrayant.

Sam : Je ne vous le fais pas dire.

Daniel : Mais je croyais que vous aviez fais des tests.

Sam : C'est le cas. Je lui en ai fais passer toute une série afin de m'assurer qu'elle était inoffensive. Aucun des examens auquel je l'ai soumis n'a révélé une quelconque anomalie ou transformation envisageable.

Daniel : Autrement dit il était impossible de prévoir qu'elle pourrait se modifier.

Ce n'était pas une question mais une affirmation. Il connaissait suffisamment bien la jeune femme pour savoir qu'elle n'aurait jamais pris le risque de ramener sur terre un organisme si celui-ci avait représenté le moindre danger.

Daniel : Et donc avec ses nouvelles données, quelles sont les éventualités ?

Sam : Et bien la plus vraisemblable est qu'elle continue sa modification. Et si c'est le cas...alors nous risquons d'en perdre totalement le contrôle.

Ce n'était pas la première fois qu'ils se retrouvaient confrontés à un problème de la sorte. Pourtant Daniel ne put empêcher un frisson de parcourir son échine.

Daniel : Dans ce cas que pouvons-nous faire ?

Sam : A vrai dire...je l'ignore complètement.

Les deux scientifiques se regardèrent un instant en silence. Daniel détestait les problèmes devant lesquels même la jeune femme se trouvait démunis car ils signifiaient généralement tout un arsenal de complication. Et en ce moment il trouvait justifié de dire qu'ils en avaient tous plus qu'ils n'en pouvaient gérer.

Daniel : Nous devrions en informer le général.

Sam hocha la tête en grimaçant.

Sam : Il risque de mettre la base en quarantaine. Mais je crains que nous n'ayons pas le...

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, une explosion les projeta à terre ainsi que des milliers de bouts de verres qui s'éparpillèrent tout autour d'eux. Abasourdis par le choc, ils mirent quelques secondes avant d'oser bouger. Daniel fut le premier à se ressaisir.

Daniel : Sam ! Vous allez-bien ?

Comme la jeune femme ne répondait pas il se tourna vers elle, inquiet. Celle-ci était encore à terre mais son regard fixait quelque chose au-dessus d'elle. Il suivit son regard. Et sentit son sang se glacer.

Quelque chose planait dans la pièce. Une ombre. Son aspect immatériel évoquait dans une réplique terrifiante les visions des poltergeists des films d'horreurs. L'ombre semblait en suspend. Immobile au-dessus d'eux. Sur la table, le récipient avait disparu. Les débris du verre qui le composait jonchaient à présent le sol. Par chance ceux-ci étaient minuscules et n'avaient fait qu'effleurer la peau des deux scientifiques sans y laisser de traces profondes.

Daniel : Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ?

Sam : C'est impossible...

La jeune femme se redressa brusquement et d'un bond, atteignit le boitier rouge juste à côté de la porte. Elle appuya dessus et aussitôt une alarme retentit dans tout le SGC. Sans doute dérangée par l'impulsion de la militaire, l'ombre commença à se mouvoir. D'abord doucement, entraînant sa silhouette argentine dans une danse fluide. Puis, avant qu'ils n'aient le temps de réaliser quoique se soit, elle plongea sur eux, renversant tout sur son passage. Les meubles qu'elle atteignit se renversèrent dans un fracas épouvantable, déversant leur précieux contenu sur le sol. Horrifiée, Sam tenta de s'interposer pour éviter le cataclysme destructeur. Elle aurait été ensevelie dessous si Daniel n'avait eu le réflexe de bondir sur elle et de la tirer hors du laboratoire. En même temps qu'ils sortaient de la pièce, ils virent passer au-dessus de leur tête la silhouette vaporeuse.

Hammond : Major Carter, docteur Jackson ! Qu'est-ce qui se passe ici ?

Les deux amis se retournèrent d'un même mouvement. Le général accompagné de Teal'c, Jack et plusieurs autres militaires armés jusqu'aux dents se précipitaient dans leur direction. Jack, un Zat'n'ktel au point, visait la forme qui s'éloignait. Mais ces impacts traversaient le corps fluide et n'atteignaient que le mur.

Jack : C'était quoi « ça » ?

Sam : C'est la molécule.

Elle répondit à la question du colonel tout en s'adressant volontairement au général Hammond.

Sam : Enfin c'était. Maintenant il s'agit d'une entité.

Tous la regardèrent comme si elle avait perdu l'esprit. Devant leur expression ahurit, la jeune femme grimaça.

Sam : Nous nous sommes trompés, mon général. JE me suis trompée.

Hammond : Vous feriez mieux de nous en dire plus tout de suite major.

Sam : La molécule dont les Tokr'as nous ont parlé n'en ai à priori pas une. Ou du moins elle ne l'est que sous certaine condition. Une fois sortie de sa planète il semble que son organisme se soit modifié de lui-même. C'est la seule raison qui expliquerait que du stade de molécule elle soit passée à celui d'entité.

Hammond : Est-elle dangereuse ?

Sam : Je l'ignore mon général. Elle a dévasté mon laboratoire...mais ne nous a pas fait de mal ni à Daniel ni à moi. Je crois...je crois qu'elle voulait juste partir.

Jack : Donc si je résume nous avons un fantôme qui se balade dans la base et dont nous ne savons rien.

La phrase était ironique. Mais le ton qu'il employa pour la prononcer était aussi coupant que les éclats de verre sur le sol du laboratoire.

Teal'c : Il faut arrêter cette chose avant qu'elle ne provoque des dégâts irréversibles.

Sam : Il faut parvenir à la neutraliser, c'est la seule solution. Si nous reprenons son contrôle nous pourrons au moins essayer de comprendre ses intentions.

Hammond : Très bien dans ce cas major, trouvez-moi le moyen de stopper cette chose le plus rapidement possible. Je ne peux pas me permettre de laisser cette entité en liberté plus longtemps.

Sam : A vos ordres mon général.

Le commandant de la base fit demi-tour en laissant à son équipe phare le soin de régler l'incident.

Daniel : Ok, donc on fait quoi maintenant ?

Teal'c : Nous pourrions utiliser l'interface.

Jack : Et c'est quoi le rapport entre ce truc et l'interface ?

Sam : Mais oui, Teal'c a raison ! Avec l'interface nous pourrions peut-être réussir à la contrôler.

Daniel : Vous pourriez être un peu plus clair ?

Sam : L'entité est constituée de composants en partis immatériels. Avec l'interface nous devrions réussir à rendre son enveloppe...

Daniel : Charnelle ?

Sam : En quelque sorte oui. Du moins nous parviendrons peut-être à la canaliser suffisamment longtemps. Je sais que l'interface sert à rendre visible toute forme immatérielle mais dans le cas de cette entité qui n'est pas à proprement parlé immatérielle, je pense que l'appareil pourrait nous permettre de la capter dans son intégralité.

Daniel : Et vous pensez qu'ainsi nous pourrions la contrôler ?

Sam : Je sais que ce n'est qu'une hypothèse... mais on ne perd rien à essayer en tout cas. Et au pire des cas, l'interface nous servira à la neutraliser définitivement.

Jack : Ok on va chercher les interfaces et on se sépare pour tenter de retrouver cette chose.

Ils se dirigèrent vers l'armurerie pour récupérer le matériel adéquate puis se séparèrent dans l'intention d'infiltrer le moindre recoin de la base.

Equipés de radios, ils gardaient le contact pour transmettre aux autres leur avancement.

Se fut Sam qui enclencha les émetteurs la première :

Sam : Mon colonel, j'ai croisé plusieurs militaires qui ont aperçu l'entité. Tous m'ont affirmé qu'elle ne leur avait fais aucun mal. Elle n'a même pas cherché à les approcher. On dirait plus qu'elle cherche quelque chose. Je crois qu'elle veut simplement repartir chez elle.

Elle attendit quelques secondes la réponse de son supérieur.

Jack : On continue les recherches.

Elle n'aimait pas le ton froid sur lequel il lui avait répondu. Elle sentait que ses intentions différaient des siennes. Et elle n'aimait pas ça.

Quelques minutes plus tard, se fut au tour de Teal'c de faire marcher sa radio.

Teal'c : O'neill, je crois que je l'ai trouvé.

Jack : Bien reçu Teal'c, vous pouvez l'intercepter ?

Teal'c : Je vais essayer.

Jack : Ok, bougez pas, on arrive.

Quelques minutes plus tard, le reste de l'équipe rejoignait le jaffa à la position qu'il avait indiqué.

Jack : Ou est-ce qu'elle se trouve ?

Teal'c : Je suis parvenu à la faire entrer là-dedans.

Il désignait une porte close sur leur droite.

Daniel : Elle...elle ne peut pas en sortir ?

Teal'c : Il semblerait que non, Daniel Jackson.

Sam : Cela confirme que son enveloppe ne doit être qu'en partie immatérielle. Nos armes la traverse mais elle ne peut pas pour autant passer au travers des murs ou d'une autre matière solide.

Daniel : Alors on fait quoi ?

Jack : On rentre là dedans et on la neutralise.

Ils se mirent tous en position, chacun à un poste défini. Puis Jack ouvrit la porte d'un coup de bien adroitement placé et se précipita aussitôt à l'intérieur du local.

La pièce était sombre mais il aperçut immédiatement la silhouette translucide flotter dans un coin de la pièce. Dans un réflexe purement militaire, il pointa son arme sur elle.

Sam : Mon colonel !

La jeune femme qui était entrée à sa suite, devina les intentions du militaire avant même qu'il n'eut fait un seul geste. Son cri ne l'arrêta pas pour autant.

L'homme tira.

L'entité s'illumina subitement. Puis retomba sur le sol.

Jack s'approcha de la silhouette informe. De la pointe du pied il fit bouger le corps devenu mou. Mais la chose resta inerte. Il s'empara alors de sa radio et l'enclencha.

Jack : Problème résolu mon général.

Hammond : Parfait colonel. Bon travail.

Le contact se coupa et le militaire se tourna vers ses collègues. Sam le regardait avec une pointe d'horreur dans les yeux. Mais il s'en contrefichait. Il était payé pour faire ce boulot. Qu'il soit juste ou pas, c'était son devoir de protéger la base.

Sam : C'était une entité inoffensive mon colonel ! Elle voulait juste rentrer chez elle !

Alors qu'il avait jusque là soigneusement évité le regard accusateur de la jeune femme, il lui fit face.

Jack : Vous ne croyez pas que vous nous avez suffisamment mis en danger ?

Sam : Je vous demande pardon ?

Jack : Il serait temps que vous appreniez enfin à faire des choix plus judicieux Carter.

La jeune femme se figea. Comment pouvait-il ramener cette histoire de choix ici. A la base. De surcroit alors qu'ils étaient en pleine opération.

Daniel : Jack ...

La voix teintée de menace de l'archéologue le fit se tourner vers lui. Il le regarda avec un air faussement amusé.

Jack : Oh, cela vaut aussi pour vous Daniel.

Daniel : Jack, vous ne croyez pas que le moment est très mal choisi pour ça ?

Jack : Pourquoi ? Après tout ce que je dis n'est que la stricte vérité, n'est-ce pas Carter ? Et puis qui ici n'est pas encore au courant de ce que vous avez fais ?

La jeune femme frémit. Elle se rendait compte que jusqu'à présent le colonel avait toujours contenu sa rage. Mais à présent elle éclatait. Ou en était sur le point. Une colère sourde, froide, envahissante. Ce qui allait se passer dans les secondes à venir allait être destructeur. Elle le sentait au plus profond d'elle-même.

Sam : Ma vie privée n'a rien à voir avec ce qui se passe ici, mon colonel...

Jack : Oh que si elle a voir, ça a même tout à voir !

Daniel : Jack !

Le second appel de Daniel, au lieu de le calmer comme tel était son intention, ne fit qu'amplifier sa rage.

Jack : Il faudra un jour que vous cessiez de la défendre, Daniel !

Daniel : Pas tant que vous continuerez à vous en prendre à elle.

Jack : Je crois qu'il y a une erreur d'interprétation là. Ce n'est pas moi le bourreau dans l'histoire. Ce n'est pas moi le menteur ni le traitre ! Et ce n'est pas moi non plus qui met toute la base en danger à la moindre occasion !

Daniel : Là vous devenez injuste !

Jack : Il n'y a rien d'injuste à contester la fiabilité des compétences d'un subalterne si tel est le cas !

Daniel : Vous ne pouvez pas parler d'elle en ces termes ! Sans Sam la base et même la terre entière n'existerait plus depuis longtemps, et nous avec !

Jack : Et bien il faut croire que les choses changent. Peut-être que le major Carter devrait revoir les acquisitions qu'on lui a attribué. Peut-être qu'elle n'est plus vraiment faite pour ce job. Parce que je doute fort que des traits de caractère comme manipulatrice, ou égoïste soit le genre requis pour sauver le monde !

La jeune femme restait parfaitement immobile. Comme pétrifiée devant l'affrontement qui se déroulait devant ses yeux. Pour elle. Contre elle. Elle savait qu'elle aurait du les arrêter. Tenter quelque chose, n'importe quoi pour les faire taire. Pour le faire taire lui. Les mots qu'ils prononçaient étaient autant de lames qui transperçaient sa chair. Son corps tout entier saignait sous la dureté des phrases acerbes.

Daniel : Vous dépassez les bornes Jack.

Le ton de l'archéologue était à présent glacial. Clairement menaçant. Mais l'homme qui lui faisait face n'en avait visiblement que faire. Et il n'avait pas fini.

Jack : Au contraire, je remets juste les choses à leur place, Daniel. Une bonne fois pour toute puisque visiblement je suis le seul qui est encore les capacités de le faire ici.

Se fut plus qu'elle ne pouvait en supporter. Non, en fait elle avait déjà dépassé ce seuil depuis bien longtemps. Et cela ne faisait pas partie de ce contre quoi on lui avait appris à se battre. L'armée ne préparait pas à ce genre de combat. Elle ne le laisserait pas continuer. Ou plutôt si, il pourrait finir de déverser son venin sur elle, mais pas devant elle. Presque comme une automate, elle se détourna des deux hommes. Teal'c, un peu plus loin, n'avait pas pris part à l'affrontement. Elle ignorait ce que pensait le jaffa du conflit qui se déroulait devant lui. Mais quand elle passa à ses côtés, elle fut incapable de le regarder. Elle ne voulait rien lire dans son regard. Ni de la compassion, ni du mépris. Elle avait son compte d'émotions pour le restant de ces jours. Son lot de déceptions. Et elle était la première sur sa liste.

Les deux hommes ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils entendirent le claquement sourd de la porte derrière eux. Ils réalisèrent seulement que la jeune femme avait quitté la pièce. Daniel reporta aussitôt son regard vers Jack. C'était le sien qui était à présent chargé de haine.

Daniel : Vous faites juste de la projection Jack, vous n'êtes pas capable d'assumer ce que vous ressentez alors vous vous en prenez à elle, de la pire des façons que vous puissiez faire !

Jack : Je vous interdis de dire que je n'assume pas !

Le colonel semblait à présent fou de rage. Il leva le bras en direction de l'archéologue.

Daniel : Allez y frappez-moi ! Je préfère encore que se soit moi qui prenne plutôt qu'elle !

Le geste resta en suspend. Immobile dans l'air. Le visage du militaire semblait s'être pétrifié. Quelque chose résonna au plus profond de son être. Une alarme intérieure qui le transperça de part en part.

Il le croyait capable de la frapper.

Daniel pensait qu'il pourrait lever la main sur elle.

C'était une hypothèse qui ne lui avait jamais effleuré l'esprit. Non pas que Daniel puisse croire ça mais que lui-même en arriverait à un tel acte. Il ressentait de la colère contre la jeune femme, de la haine aussi, mêlée à une profonde frustration et à un sentiment de blessure à vif. Mais jamais à aucun moment, et même dans les pires, il n'avait imaginé qu'il pourrait avoir recours à ce genre de violence envers elle. Cela faisait parti de l'ordre de l'impassable.

En même temps que cette prise de conscience germait dans son esprit bouillonnant, une autre prenait peu à peu le pas sur ses émotions précédentes. Et subitement, sa colère ne lui semblait plus aussi intense. Il avait l'impression mortifiante d'ouvrir les yeux sur tout ce qu'il avait voulu taire en lui jusqu'à présent. Les dernières paroles de Daniel frappèrent ses tympans comme s'il venait de les prononcer une seconde plus tôt. Et il sut que le jeune homme avait vu juste.

Il n'assumait rien du tout.

C'était aussi ce qu'avait tenté de lui faire comprendre Teal'c avec ses propres mots et son langage jaffa.

Il releva la tête vers l'archéologue qui le foudroyait toujours du regard. Mais le sien s'arrêta juste au-dessus de l'épaule du jeune homme et s'y fixa avec stupeur.

Surpris, à la fois intrigué et inquiet par ce changement d'attitude, Daniel se retourna lentement et suivit la direction qu'avait pris les yeux sombres du militaire. Et à son tour il se figea sur place.

Dans l'embrassure de la porte, ne sachant qu'elle attitude adopter, se tenait Janet. Elle les fixait tout les trois, cherchant visiblement à comprendre la scène qu'elle avait devant les yeux. Même Teal'c avait fini par quitter sa neutralité statique en l'apercevant. Ils se regardèrent un instant tout les quatre s'en échanger une seule phrase.

Janet : Je...je viens de croiser Sam à l'instant... elle semblait...

Si le docteur avait entendu ne serait-ce qu'un quart de leur conflit, il leur serait difficile de lui faire croire que tout allait pour le mieux entre eux. Les trois hommes restaient là, bouche bée, à la regarder sans qu'aucun ne sache quoi dire ni quoi faire. Ce fut un laps de temps suffisant pour que la jeune femme se ressaisisse et reprenne une certaine assurance.

Janet : Seigneur, mais est-ce qu'enfin l'un de vous va m'expliquer ce qui se passe avec Sam ?

Teal'c : Vous devriez demander au colonel, docteur Frazier.

Les deux membres restant fixèrent avec effarement leur ami. Etait-ce la manière jaffa de signifier quelque camp il avait choisi ? Il répondit à leurs regards par un haussement de sourcil.

Teal'c : Je ne vous accuse de rien O'neill, je dis juste qu'il me semble que vous êtes le mieux placé pour répondre à ce genre de question.

Mais l'intervention du jaffa fut rapidement mise de côté par celle de Daniel.

Daniel : Est-ce que vous savez où elle est allée ?

Janet : Dans ses quartiers je suppose mais...

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que l'archéologue lui passait devant et quittait à son tour la pièce.

Deux secondes plus tard, c'était Jack qui lui faisait faux bond, la laissait seule et perplexe, avec pour seule compagnie, l'éternel haussement de sourcil.

Elle se sentait nauséeuse. A la fois brûlante et glacée. D'abord appuyée contre la lourde porte qu'elle avait soigneusement pris soin de refermer derrière elle, elle la délaissa rapidement au profit de son lit, nettement plus confortable. En cet instant la seule chose qu'elle désirait était la paix. Une incommensurable et infinie paix. Elle ne voulait plus penser à rien. Tout oublier jusqu'à ce qu'elle était elle-même.

Les coups brusques frappés à sa porte la firent sursauter. Elle hésita un instant à ne pas y répondre. Mais ceux-ci recommencèrent, insistants. Lasse, elle se leva et alla ouvrir, prête à expliquer à Daniel qu'il repasse plus tard. Elle ne voulait voir personne pour le moment.

Les mots moururent sur ses lèvres quand elle s'aperçut que son visiteur n'était pas Daniel. Brusquement elle ne se sentait plus brûlante mais seulement glacée. Indescriptiblement glacée.

Sam : Mon colonel...je...

Elle soupira. Plus de lassitude que de crainte. Elle n'en pouvait plus de tout ces combats. Elle voulait juste arrêter. Arrêter toute cette stupide mascarade. Elle savait qu'elle ne supporterait pas un nouvel affrontement.

Sam : Je suis désolée, mais je ne peux pas...

Elle passa devant lui, espérant qu'il la laisserait quitter la pièce sans émettre la moindre parole blessante.

Jack : Attendez Carter.

Comme elle ignorait son injonction il lui attrapa le bras. Son geste d'abord brusque, maudit réflexe, se radoucit aussitôt qu'il en prit conscience. Elle leva vers lui un regard suppliant.

Jack : Je veux juste...parler.