Sam le regarda avec incrédulité. S'il avait l'intention de lui passer un énième savon c'était une bien étrange entrée en matière. Elle se dégagea de l'emprise de la main sur son bras. Il n'insista pas et la lâcha aussitôt.
Sam : Je ne crois pas que se soit une bonne idée, colonel.
Elle avait repris de l'assurance, sa voix n'était plus aussi vacillante. Elle ne voulait pas lui parler. Elle voulait juste qu'il s'en aille. Qu'il la laisse enfin tranquille. En paix.
C'était volontairement qu'elle n'avait pas mentionné l'adjectif possessif devant son grade. Une manière de lui signifiait la distance qui les séparait. Au cas où il l'aurait oublié.
Pourtant l'homme restait là.
Jack : Il faut...qu'on arrête ça. Non ?
Il hésitait. Semblait ne pas savoir sur quel pied danser. Ne sachant trop quels mots ils devaient dire ou ne pas dire. N'en avait-il pas déjà trop dit ?
Sam : Arrêter quoi ?
La voix pleine de défi le fit déglutir.
Jack : Ecoutez Carter, je sais que j'ai laissé les choses allaient beaucoup trop loin. J'ai dis... et fais des choses que je ne pensais pas, mais...
Sam : Quelles sont vos intentions mon colonel ?
Il la regarda sans comprendre. Que voulait-elle dire par là ? Ne voyait-elle donc pas l'effort que cela lui coûtait de s'exprimer ainsi face à elle ?
Jack : Quoi ?
Sam : Pourquoi voulez-vous me parler, ici, maintenant ? Alors que depuis plusieurs jours je n'ai droit qu'à votre mépris et votre indifférence ? Alors qu'il y a seulement quelques minutes vous remettiez toutes mes compétences en cause ?
Jack : J'étais en colère ! Je ne pensais pas ce que je disais bon sang, je...Pour l'amour du ciel Sam ! Vous croyez que c'est facile pour moi ?
Ce fut à elle d'être désarçonnée par ce regain d'impulsivité. Ou était-ce le fait qu'il accepte enfin de mettre des mots sur sa colère, qui plus est devant elle ? Ou encore l'emploi de son prénom qu'il ne prononçait qu'en de si rares occasions.
Sam : Ca ne l'est pour aucun de nous deux, mon colonel.
Elle avait insisté sur le grade, le prononçant cette fois avec toute la rigueur qu'il imposait. Encore et toujours des barrières. Il sentit l'irritation prendre le pas sur sa volonté première de « juste parler ».
Jack : J'essaye de comprendre Carter ! Je veux juste comprendre comment on en est arrivé là vous et moi. Pourquoi vous m'avez menti. Pourquoi...
Il hésitait à prononcer la fin de sa phrase, comme s'il réalisait tout l'impact qu'elle aurait sur son second.
Jack : ...pourquoi vous n'avez pensez qu'à vous ?
Et voilà, les mots étaient dits. Encore une fois il n'avait pas était particulièrement tendre dans le choix de ceux-ci mais au moins avait-il enfin était capable de les sortir.
La jeune femme vacilla sous l'accusation.
Sam : Je...je n'ai pensé qu'à moi ?
Elle sentit sa respiration s'accélérer alors que son souffle se faisait rare. Elle suffoquait. La tension de ces dernières semaines l'avait plongé dans un tel état de nerfs que tous ses muscles semblaient s'être noués entre eux.
Sam : Si je n'avais vraiment pensé qu'à moi, mon colonel, je peux vous assurer qu'aucun de nous ne serez là aujourd'hui en train de parler de ça. Je...
Elle le haïssait. A cet instant précis elle avait besoin de le haïr. Parce que sans cela elle ne parviendrait jamais à lui dire tout ce qu'elle voulait. Tout ce qu'elle ressentait. Il lui fallait lui en vouloir comme elle n'en avait jamais voulu à personne pour être capable de faire abstraction de son statut de militaire. De leur rapport partial, inégal.
Elle avait été entrainée pour se taire. Encaisser sans broncher tout ce qui pouvait sortir de la bouche d'un supérieur, direct ou indirect. Une totale soumission, abnégation faite à l'autorité nommée. Mais il n'était plus le colonel O'neill. Il était juste Jack et elle n'était plus que Sam. Leurs grades avaient disparu.
Sam : ... Je ne sais pas de quoi serait faite ma vie mais si je n'avais pris en compte que de mon intérêt personnel alors les choses auraient été différentes. Tout aurait différent !
Elle sentait la rage s'infiltrait brutalement dans ses veines, faire battre sourdement son cœur contre sa poitrine. Une fois lancée, elle savait qu'il lui serait impossible de s'arrêter.
Sam : J'ai passé les 7 dernières années de ma vie à mettre de côté ce que je pouvais ressentir. J'ai choisi de faire passer mon travail avant mes propres sentiments. Vous n'avez pas idée de tout ce que j'ai du sacrifier en acceptant de venir travailler ici. Mais le plus dur pour moi à était de renoncer à mes sentiments pour...
Sa voix se voila de sanglots contenus. Elle ferma les yeux avant de prononcer la fin de sa phrase dans un souffle.
Sam : ... mes sentiments pour vous.
Elle ne rouvrit pas les yeux. N'en avait plus le courage. Tout se bousculait dans sa tête et sa raison lui hurlait de se taire. Mais celle-ci l'abandonnait peu à peu. La raison qui l'avait toujours fait tenir jusqu'alors était en train de la déserter complètement. A la place, son âme lui imposait une réalité qu'elle avait refusé de voir durant tout ce temps. Des sentiments qu'elle n'avait jamais voulu considérer comme un problème, comme une entrave dans son travail. Des sentiments qu'elle avait toujours niés. A présent c'était face à eux qu'elle se retrouvait. Contre eux qu'elle ne voulait plus se battre. L'évidence de ce qu'elle ressentait était d'une puissance dévastatrice.
Sam : Quand j'ai su que j'étais enceinte...j'ai compris que ça serait la seule chose que je pourrais avoir de vous. Que je pourrais attendre de vous. J'ai fais depuis longtemps le deuil de ce qui aurait pu se passer entre nous. Mais je ne pouvais pas renoncer à elle. Faith est l'unique partie de vous que personne ne peut me prendre. Vous comprenez ? Je ne laisserais jamais personne me la prendre. Je...
Elle ne contrôlait ni les mots qui s'entrechoquaient entre ses lèvres, ni les larmes qui menaçaient de déferler dans une vague subversive.
Sam : Je peux renoncer à tout, mais pas à elle. Alors oui peut-être que pour elle j'ai été égoïste. Peut-être que pour une fois je n'ai pensé qu'à moi. Mais en comparaison de tout ce à quoi j'ai du renoncer...Vous pouvez m'accuser de tout ce que vous voulez, mais certainement pas de n'avoir pensé qu'à moi.
Ca y est. Les larmes glissaient en flots ininterrompus. Elle n'avait pu les contenir plus longtemps et se retrouvait submergée par leur intensité. Sa respiration était anarchique et elle avait du mal à maîtriser le tremblement de ses membres.
Il se tenait toujours debout face à elle. Immobile et impassible. Et son silence la mettait au supplice. Pourquoi ne disait-il rien ? Pourquoi ne réagissait-il pas alors qu'elle venait de s'ouvrir à lui de façon aussi explicite? Une déclaration pitoyable elle en avait conscience, mais une déclaration malgré tout.
Mais il ne bougeait toujours pas et plus les minutes s'écoulaient plus elle sentait son âme se déchirer en lambeau. Son cœur s'éparpiller en mille morceaux dans sa poitrine. Dans ce silence glacial, oppressant, elle prenait peu à peu toute la mesure de ce qu'elle venait de lui dire. Toutes les conséquences qu'un tel aveu représentait. Et soudain un doute effroyable s'empara d'elle. Si elle s'était trompée. Si les sentiments qu'elle avait toujours cru réciproques ne l'étaient finalement pas. Ou plus. Il avait du s'écouler des années depuis la dernière fois qu'il avait plus ou moins reconnu ses sentiments. Plus ou moins. Quel poids pouvait-elle réellement accorder à quelques mots échappés entre les murs d'une salle dont ils ne devaient jamais en ressortir ?
Elle devait sortir. Quitter cet endroit devenu sinistre relevé du besoin primaire. De l'air. Il lui fallait de l'air avant que ses poumons n'explosent.
Qu'il ne fasse aucun geste pour la retenir confirma toutes ses craintes. Elle s'était lamentablement trompée. Une erreur qu'elle ne se pardonnerait pas. Dont elle ne se relèverait pas.
Il avançait comme un somnambule dans les couloirs de la base, ignorant jusqu'à la direction ou ses pas l'entraînait. Passer en mode automate était un mécanisme de défense qu'il n'utilisait que très rarement. Mais cela lui était bien utile lorsque l'afflux d'émotions l'empêchait de raisonner correctement.
? : Jack !
Il mit du temps à se retourner. Tous ses membres lui semblaient tellement lourds. Il n'avait plus l'âge pour se genre de choses.
Il s'efforça toutefois de reprendre le contrôle de ses muscles et fit face au jeune homme qui accourait vers lui.
Jack : Daniel.
Quelques heures plus tôt, c'était lui qui avait alpagué l'archéologue, à peine sorti de la salle où il avait neutralisé l'entité.
« Laissez-moi aller lui parler »
Il avait bien cru que le jeune homme allait exploser sur place. Il l'avait littéralement fusillé du regard.
« Vous ne croyez pas que vous en avez assez fait comme ça ? »
« Je sais, je sais Daniel. Laissez-moi juste aller lui parler »
Daniel avait voulu riposter mais il avait eu beau fouiller le regard sombre du militaire, il n'y avait plus trouvé trace de l'étincelle de rage qui l'avait habité toute cette dernière semaine. A contre cœur il avait abdiqué.
« Ok Jack. Mais faites la encore une seule fois souffrir et je vous tuerais de mes propres mains. »
Jack savait que l'archéologue ne mettrait jamais de telles menaces à exécutions. Ca ne l'empêcha pourtant pas d'éprouver un méchant frisson qui descendit le long de sa colonne vertébrale.
A présent que l'archéologue se trouvait de nouveau face à lui, il repensa à cette petite phrase assassine.
Daniel : Ou est Sam ? Que lui avez-vous dis ?
Le ton pressant du jeune homme lui arracha une grimace. Au moins cela l'obligeait à sortir de son mutisme.
Jack : Je crois que vous allez pouvoir mettre vos menaces à exécutions, Daniel.
Il n'y avait rien de sarcastique dans sa voix. Juste un fait. Une vérité qu'il énonçait. Cependant cela ne fit pas grande différence pour son équipier qui dans la seconde suivante se mettait à hurler.
Daniel : Quoi ? Bon sang Jack, qu'est-ce que vous avez encore fais ?
Aussitôt il se mit sur la défensive, ses vieilles manies revenant au galop.
Jack : Oh ce n'est pas moi !
Il balaya de sa main l'air devant lui pour appuyer ses propos. Puis sa main retomba et il grimaça.
Jack : C'est elle.
Cela eu le don de calmer aussitôt Daniel. Ou du moins de le perdre suffisamment pour qu'il cesse ses hurlements.
Daniel : C'est elle ?
Jack : Elle m'a avoué ses sentiments.
Daniel fixa sur lui un regard hébété, la bouche grande ouverte mais incapable d'en faire sortir le moindre son. Cette fois il l'avait complètement perdu. Il lui fallut plusieurs secondes avant qu'il ne retrouve l'usage de ses cordes vocales. Ainsi que de ses pensées.
Daniel : Et vous avez fait...
Il termina sa phrase d'un geste de la main l'incitant à poursuivre.
Jack : Rien.
Daniel : Vous avez rien fait.
Jack : Vous comptez répéter tout ce que je dis ?
Devant le regard irrité que lui lança Daniel, Jack pressenti qu'il valait mieux simplement lui répondre. Il essayait tant bien que mal de garder contenance sous une fausse apparence décontractée mais pour la première fois il se sentait vraiment coupable. Pris en faute dans un tort qu'il n'avait pas vu venir.
Il baissa les yeux, les mains dans les poches, se balançant d'un pied sur l'autre.
Jack : Non
Daniel : Jack...
Le ton las du jeune homme fut une tension supplémentaire apportée à celles qu'il avait la fâcheuse tendance d'accumuler ces derniers temps.
Jack : Pour l'amour du ciel Daniel, vous auriez voulu que je lui dise quoi?
Daniel : Oh je ne sais pas, peut-être que ce qu'elle ressent pour vous est partagé. Quelque chose dans ce goût là...
Cette fois il se prit le reproche précédemment craint en pleine figure.
Jack : Daniel !
Bien malgré lui, le ton qu'il employa se fit menaçant. Ses reflexes aiguisés rejaillissaient instantanément à l'évocation d'un sujet plus que sensible. Il ravala cependant son orgueil pour répondre à son interlocuteur.
Jack : Vous savez aussi bien que moi que ce n'est pas aussi simple.
Daniel : Pour ce que j'en sais vous n'êtes pas vraiment un adepte de la simplicité, jack.
Jack : Là c'est différent...
Daniel : Oui je sais vous n'avez pas le droit. Le règlement et tout ce qui va avec.
Dans la bouche de Daniel cela sonnait presque comme une absurdité. Dans sa tête cela avait été pourtant une réalité au quotidien des sept dernières années.
Daniel : Et vous n'aviez pas le droit de faire un enfant ensemble. Et pourtant Faith est là.
Daniel marquait un point. Encore. Il en marquait beaucoup ces derniers temps.
Jack : Vous qui avez réponse à tout, vous avez la solution ici ?
Daniel : Ce n'est pas à moi d'en trouver une, Jack. Je veux bien servir d'intermédiaire entre vous deux. Ca j'y suis habitué et les coups que je prends ne me font plus mal depuis longtemps. Mais je ne peux pas régler vos problèmes. Il va falloir que vous vous preniez en main tout les deux à un moment ou un autre.
Jack resta un moment silencieux. Son esprit enfin apaisé, lavé de sa colère, frémissait à présent d'une nouvelle activité. Il réfléchissait. Il réfléchissait à toute allure. Il savait que Daniel avait raison, le problème n'était pas là. Non ce qui le troublait plus était qu'il ignorait ce qu'il devait faire pour changer les choses. Tant d'années à suivre le même comportement, à s'adapter pour toujours contrôler ce qu'il ressentait. Cacher derrière un masque de circonstance la moindre trace d'émotion. Essentiellement quand celles-ci se rattachaient à son second.
Jack : Je ne sais juste pas comment faire.
Daniel lui renvoya un sourire. Le premier depuis ce qui lui semblait une éternité.
Daniel : J'ai confiance en vous, Jack. Vous avez déjà fais le premier pas et il parait que c'est le plus dur.
Le militaire haussa un sourcil dubitatif.
Jack : Mouais j'ai comme un doute là.
Daniel : Ca se passera bien. Dites à Sam que vous venez de ma part, elle vous laissera entrer.
Jack : Vous savez que vous ne me rassurez pas du tout.
A nouveau un sourire de l'archéologue. A nouveau cette chaleur au fond de lui qui lui redonnait confiance. En la vie. En l'avenir. Daniel avait raison. Et il savait ce qu'il avait à faire à présent.
Avant de partir il se retourna une dernière fois vers son collègue.
Jack : Et donc...
Il se pointa du doigt avant de désigner le jeune homme.
Jack : ...c'est arrangé ?
Daniel : Vous étiez en colère. Vous vous êtes comportez comme un crétin mais j'ai compris pourquoi. Et puis vous êtes mon ami. On n'est pas à ça près non ?
Jack : Ouais.
Fidèle à lui-même lorsqu'il s'agissait d'épancher ses sentiments, Jack s'apprêtait à partir quand Daniel le rappela à lui.
Daniel : Je m'excuse d'avoir trahi votre confiance...et de vous avoir menti.
Jack : Vous l'avez fais pour elle. Vous êtes son ami. C'est aussi quelque chose que j'ai compris.
Daniel lui sourit alors comme pour acquiescer ses dires, et Jack fit de même en retour. Son regard sincère et le timbre grave, posé de sa voix, finit de rassurer le jeune archéologue. La paix après la guerre était toujours une sensation apaisante. La certitude que tout allait s'arranger ajoutait au soulagement ressentit une pointe de bonheur. Légère et fugace. Un fragment dans l'air autour d'eux qui ressemblait à une vague promesse. Un espoir.
