J'étais convaincue que ce chapitre serait le final de mon histoire. C'était sans compter l'élan non contrôlé qui me fait écrire une seule scène en plusieurs pages. Il faut croire que j'en avais des choses à raconter ! Ou bien est-ce le fait que je voulais à tout prix éviter le bâclage de cette scène que je considère comme l'une des plus importantes de ma fic ^^

Je voulais également préciser que même si je ne répond que rarement aux reviews je les lis toutes et c'est un réel encouragement pour continuer l'écriture de cette fic ^^ Alors merci fidèle lecteur :D

En tout les cas je vous souhaite une bonne lecture !


Elle fuyait. Encore et toujours. Décidemment elle n'était bonne qu'à ça ces derniers temps.

Après avoir quitté ses quartiers, elle avait tourné un petit moment dans la base, ne sachant ni où allait ni ce qu'elle devait faire.

Finalement elle se décida à entrer dans le bureau du général Hammond. Celui-ci la regarda avec un étonnement non feint lorsqu'elle lui fit part de sa demande. Depuis 7 ans que la jeune femme était sous son commandement, cela devait être la première fois qu'elle lui demandait la permission de rentrer plus tôt chez elle. On était en milieu d'après-midi, son service à la base ne devait prendre fin que quelques heures plus tard. Cependant le commandant de la base n'opposa aucun refus au souhait de la jeune femme. Ni même ne lui demanda d'explications. Il se contenta de la vague excuse qu'elle lui fournit concernant un souci avec Faith. Un bien piètre mensonge elle s'en rendait compte, mais elle n'avait pas eu le temps ni l'envie d'en trouver un plus crédible. Le général n'avait sans doute pas été dupe de sa justification, mais il avait semblé s'en contenter.

Le garde qui se tenait en faction à la sortie de la base la regarda également comme si elle avait été possédée par une quelconque entité aliène. Le genre de regard qui la mettait inévitablement face à toutes ces années sacrifiées à son travail. Tous ceux qui la connaissaient un minimum ne pouvaient concevoir qu'elle puisse quitter la base en plein milieu de la journée. Même malade, et elle ne l'était que très rarement, elle restait sur place. Préférant s'abrutir de médicaments plutôt que de rentrer se coucher.

Cela faisait parti du passé maintenant. Un passé ou elle était seule. Où personne ne comptait sur elle. Ne l'attendait le soir lorsqu'elle rentrait dans sa grande maison silencieuse. Absente de toute vie.

Il avait fallu une nuit pour que tout change. Et il avait fallu une seule vérité pour que tout bascule.

Elle ne passa pas chercher sa fille. Après tout celle-ci était censée rester chez sa nourrice jusqu'au soir. Elle avait de la marge. Et elle voulait surtout être seule. Accuser le choc de sa récente confrontation avec son supérieur. Digérer les mots qu'elle n'avait pu s'empêcher de crier. Une insubordination en bonne et due forme. Ajouté à cela l'aveu de sentiments interdits et l'image de la cour martiale se dessinait avec une saisissante précision devant elle.

Etais-ce la maternité qui l'avait rendu si vulnérable ? Incapable de se maîtriser ?

Les choses n'auraient jamais du se passer de la sorte. Rien de ce qui la tourmentait à présent n'était censé arriver. Ce n'était tout simplement pas prévu dans son plan initiale.

A l'heure prévue, elle quitta son domicile pour rejoindre celui de sa nourrice et y récupérer sa fille. Lorsqu'elle se gara à nouveau devant chez elle, la nuit était tombée et l'éclairage des lampadaires laissait des zones d'ombres dans tous les recoins. Sans doute était-ce pour cette raison qu'elle ne le vit pas au premier abord. Ce n'est qu'après être sortie de son véhicule, après avoir calé le bébé confortablement dans ses bras, après s'être retournée dans un réflexe habituel vers la lumière tamisée qui éclairait son jardin, qu'elle l'aperçut. Ou plutôt qu'elle entrevit l'ombre sur son palier. Elle fronça les sourcils, tentant de discerner dans la pénombre le propriétaire de la silhouette. Une haute silhouette. Les traits lui étaient invisibles mais elle n'eut pourtant pas besoin d'en voir d'avantage pour réaliser subitement à qui elle appartenait.

Et son cœur s'emballa dans une embardée soudaine.

Il ne pouvait pas être là. Il n'en avait pas même le droit. Comment avait-il pu venir jusqu'ici après ce qu'il venait de se passer ? Où alors la raison de sa présence ne revêtait qu'un aspect purement professionnel ? Et si tel était le cas, cela n'augurait rien de bon. Assurément et désastreusement rien de bon.

Si elle n'était sur que de là où il se tenait, il l'avait inévitablement aperçu, elle aurait dans l'instant fait marche arrière et rejoint sa voiture pour rouler le plus loin possible.

Au lieu de cela, elle resta immobile sur le trottoir qui faisait face à sa maison. Convaincue non sans effroi que si elle faisait un seul pas pour l'atteindre, elle ouvrirait le feu des hostilités.

Comme en réponse à sa passivité, se fut lui qui s'avança. Dévoilant peu à peu son visage à la lumière artificielle.

Elle tenta de déchiffrer l'expression neutre de son relief, mais il était passé maître dans l'art de dissimuler ce qu'il pensait. En désespoir de cause, et parce qu'il avait le premier fait un pas vers elle, elle consentit à avancer dans sa direction. De toute façon, restait figée ne servirait qu'à repousser l'inéluctable.

Il n'avait aucune idée de la manière dont il amorcerait le dialogue. Il n'y avait tout simplement pas réfléchi. Il n'était pas homme d'action pour rien. Sans compter qu'il s'était toujours estimé nettement plus efficace lors d'improvisation que lorsqu'un plan avait été minutieusement préparé à l'avance. Ce n'était certainement pas aujourd'hui qu'il changerait cette façon de faire. Il espérait juste qu'elle soit au moins aussi efficace qu'en temps normal. Même si on n'était pas en temps normal. Même si il ne se trouvait pas devant un champ de bataille ou face à une horde de jaffas à affronter. Il descendit les marches du perron et vint à sa rencontre.

Ils se rejoignirent à l'entrée du jardin.

Les yeux du militaire, tout d'abord concentrés sur le visage de la jeune femme, se posèrent sans qu'il ne le réalise lui-même sur celui du nourrisson qui commençait à s'agiter dans les bras de sa mère. Par réflexe, elle resserra d'avantage l'emprise de ses bras autour du bébé. Le regard aiguisé du militaire perçu au-delà d'un meilleur maintien de l'enfant, le geste protecteur déclenché par l'instinct maternel.

Elle était sur la défensive, et le fait que l'enfant se trouve en leur présence, alors même qu'il était le centre involontaire de tous leurs troubles, ne venait qu'amplifier la tension palpable. Sentant la raideur de sa mère et sans doute le malaise qui en était la cause, l'agitation du nourrisson se transforma peu à peu en vagissements protestataires qui devinrent rapidement des hurlements d'inconforts. Mais Sam était bien trop angoissée pour parvenir à calmer un temps soi peu les sanglots bruyants de l'enfant.

Jack : Rentrons.

Elle ne releva pas l'incongruité du mot prononcé comme s'ils se trouvaient devant sa maison à lui. Au lieu de cela, elle le suivit jusque devant la porte d'entrée et inséra les clefs dans la serrure. La porte grinça et tourna sur ses gongs. L'intérieur était sombre, lugubre. La lumière qu'elle alluma réchauffa à peine l'atmosphère.

Sans se concerter, ils allèrent d'un même pas jusqu'au salon. Parvenant non sans difficulté à faire abstraction de la présence de son supérieur, elle réussit à calmer sa fille suffisamment pour pouvoir la poser dans son transat. Elle installa le siège en retrait de façon à ce que le bébé ne soit pas au cœur du conflit mais reste proche d'elle en cas de nécessité.

Puis elle consentit enfin à se tourner vers lui.

Sam : Que faites-vous ici mon général ?

S'il était venu la prévenir de son prochain passage devant la cour martiale, elle préférait qu'il lui dise franchement, sans passer par quatre chemins. Elle n'était certainement pas prête à une telle réalité, mais s'ils devaient en arriver là, elle l'affronterait en soldat responsable.

Jack : Je voudrais vous parler.

C'était une scène qu'elle avait déjà vu, qu'ils avaient déjà joué l'un et l'autre. Elle ne put s'empêcher de lui en faire la remarque acerbe.

Sam : Vous ne trouvez pas que ça fait un peu réchauffé ?

Et ce le reprocha aussitôt. N'en avait-elle pas déjà assez dit comme ça ? Fallait-il donc vraiment qu'elle empire son cas plus qu'il ne l'était déjà ?

Jack : J'ai eu les réponses que je voulais. Du moins les plus importantes. Je veux juste vous donner les miennes maintenant.

Le choc des mots prononcés d'une voix étrangement calme la clouèrent sur place. Tétanisée par tout ce qu'ils impliquaient. Implication qui pouvait d'ailleurs tout autant affirmer qu'infirmer ses craintes. Pourtant le timbre employé ne renfermait aucune menace sous jacente. Tout comme l'expression passive de son visage.

Sam : Que voulez-vous dire ?

Son ton à elle, à l'inverse, était nettement plus méfiant. Elle restait plus que jamais sur ses gardes.

Jack : Je ne suis pas venu en ennemie, Sam.

Sam : Alors pourquoi êtes-vous là ?

Un soulagement incertain prenait peu à peu le pas sur la défiance. La vision de la cour martiale commençait à se dissiper dans l'horizon.

Jack : nous n'avons pas fini notre conversation tout à l'heure.

Un frémissement imperceptible fit voler en éclat toutes ses suspicions. Elle ne parvenait pas à voir ou il voulait en venir. Mais elle était certaine qu'il ne lui mentait pas. Il n'était pas là pour se battre contre elle.

Sam : Vous m'avez laissé partir...

Se fut la seule chose qu'elle parvint à lui dire. Le seul détail sur lequel elle restait focalisée. Pourquoi revenait-il à la charge alors qu'il n'avait rien fait quelques heures auparavant pour la retenir ? Pas un mot, pas un geste alors qu'elle se ridiculisait face à lui.

Jack : Je sais. C'est pour ça que je suis là.

Elle prit conscience alors du calme dont il faisait preuve. Une étonnante sérénité se dégageait de tout son être. Il semblait indubitablement sur de lui. Infiniment plus que la médiocre tentative d'assurance qu'elle s'efforçait de prendre.

Sam : Où voulez-vous en venir ?

Sa belle maîtrise vacilla légèrement, presque imperceptiblement pour un œil non averti. Ce qui n'était pas le cas de Sam.

Son cœur s'arrêta lorsqu'elle le vit tourner la tête vers le transat où Faith babillait à présent tranquillement. Indifférente aux deux adultes et à leurs différents. Il resta un instant à observer silencieusement le bébé puis il reposa son regard sur la jeune femme.

Jack : Elle a vos yeux...Mais elle a ma bouche, et mon nez.

L'émotion la secoua violemment et elle ferma les yeux pour ne pas la laisser la submerger. Pour la première fois, il faisait référence aux liens qui l'unissaient à Faith.

Sa fille.

Leur fille.

Ce qu'elle ressentit face à ce brusque revirement de situation fut de l'ordre de l'inexprimable. Et le sentiment de culpabilité qui ne l'avait jamais vraiment abandonné dès l'instant ou elle avait fait son choix - même si elle était certaine de celui-ci - revint la hanter avec force.

Sam : Je suis désolée que les choses se soient passées comme ça. Ce n'était pas juste. J'ai été injuste.

Jack : Mais si c'était à refaire vous referiez exactement la même chose n'est-ce pas ?

Il n'y avait aucun reproche dans sa voix, juste une conclusion à laquelle il était arrivé.

Elle ne se sentit pas le courage de le contredire ou d'appuyer ses propos. Au lieu de cela, elle lui adressa un regard d'excuse qui laisserait inévitablement planer le doute.

Jack : Vous savez, ce que je vous ai dis l'autre jour, je le pense toujours, on aurait pu trouver une solution...On le peut toujours d'ailleurs.

Elle commençait à comprendre la raison de sa visite. Un instant elle avait cru à autre chose, une autre raison. Mais l'évidence de sa présence se faisait de plus en plus limpide. Et même si elle savait qu'elle aurait du s'en réjouir, elle ne pouvait empêcher l'élancement de la déception battre dans ses veines.

Sam : Alors c'est ce que vous voulez ?

Jack : C'est ma fille, Sam.

Sam : Oui, elle l'est. Je ne vous empêcherais jamais d'être son père si c'est ce que vous voulez.

Jack : Bien sur que c'est ce que je veux.

Elle s'efforça de chasser les larmes qui menaçaient de s'épandre.

Sam : Alors... Comment voulez-vous faire ? Comment est-on censé régulariser tout ça pour que...

Dieu qu'il lui était difficile de conserver cette attitude ouverte alors qu'elle n'avait qu'une seule envie, se noyer dans un torrent de larmes.

Sam : ...pour que vous puissiez...être son père.

Le regard de Jack se voila. Ses sourcils de froncèrent. Une lueur de compréhension traversa ses prunelles assombries.

Jack : Sam...je ne veux pas seulement être son père.

Sam : Quoi ? Mais je croyais que...

Jack : Vous m'avez avouez vos sentiments tout à l'heure, et moi je suis nul pour ce genre de choses. Mais je ne suis pas là uniquement pour reprendre ma place de père. Je ne veux pas que Faith.

Elle fronça à son tour les sourcils. Que cherchait-il à lui faire comprendre ? Parce qu'elle connaissait suffisamment Jack O'neill et son goût pour les non-dits et les propos à double-sens pour deviner qu'il appliquait cette méthode en cet instant précis. En temps normal elle parvenait plutôt bien à le décrypter. Des années d'entrainements et de promiscuité avec son supérieur. Mais aujourd'hui cette faculté lui faisait cruellement défaut, sans doute annihilée par le contexte éprouvant dans lequel ils se retrouvaient tous les deux mêlés. Son cerveau brumeux ne voyait pas ou il voulait en venir. Et plus elle essayait de comprendre, plus elle s'enfonçait dans les décombres de son propre malaise. Il du réaliser le cheminement de ses pensées car son visage se fit plus sombre encore. La voix rauque qui franchit ses lèvres eu l'effet d'un catalyseur.

Jack : Je vous veux toutes les deux, Sam.

Elle le regarda la bouche grande ouverte, les yeux écarquillés. C'était d'une maladresse assez impressionnante. Un aveu des plus bancals. Et le résultat était pourtant d'une limpidité prodigieuse.

Pourquoi alors avait-elle un mal fou à le croire ?

Sam : Je ne suis pas sur de comprendre...Tout à l'heure...

Jack : Tout à l'heure vous m'avez pris de court. De qu'elle façon aurais-je du réagir alors que c'est un sujet que nous prenons soin d'éviter depuis des années ?

Sam : Je ne sais pas. Je n'ai pas vraiment réfléchi moi-même à ce que je disais.

Jack : Mais vous le pensiez, n'est-ce pas ?

Une lueur de doute étincela brièvement dans les yeux bruns.

Sam : Oui. Mais je sais aussi à quel point ce genre de conversation peut être dangereuse. Ce n'est pas pour rien si nous l'avons toujours évité...

Jack : Ou bien étais-ce juste la crainte d'assumer ce que l'on pouvait ressentir ?

Sam : Je ne suis pas certaine, sauf votre respect mon colonel, que vous ayez conscience de tout ce que cet échange peut impliquer...

Jack : Au contraire. J'en mesure toutes les conséquences. Je ne serais pas là si ce n'était pas le cas.

L'idée qu'elle soit face à un clone ou à une réplique quelconque de Jack lui effleura succinctement l'esprit. Parce que ce qu'elle connaissait de Jack O'neill n'incluait à aucun moment d'assumer de ce qu'il ressentait. Et encore moins d'en parler sans détours.

Elle prit une profonde inspiration. Sentant qu'à partir de maintenant, tout ce qui découlerait de leur échange aurait une incidence irréversible sur le court de leur existence. Etant donné que c'était elle qui la première avait lancé le caillou dans la mare, elle pouvait difficilement passer outre les remous provoqués.

Sam : De quelle façon comptez-vous passer au travers de l'armée ?

Jack : Comme je l'ai toujours fait. Les lois sont faites pour être contournées Carter.

Sam : Nous risquons la cour martiale.

Jack : Non.

Sam : Comment pouvez-vous en être aussi sur ?

Jack : Je ne le suis pas.

Sam : Mais...

Jack : Sam.

Il n'avait pas élevé la voix mais elle se tut aussitôt sous l'injonction à peine voilée.

Un frisson lui chatouilla le creux de l'échine en le voyant se rapprocher d'elle. Si elle avait été capable de faire le moindre mouvement, elle aurait d'emblé fait un pas en arrière. Mais son corps ne semblait plus vouloir répondre aux attentes empressées de son cerveau.

Jack : Je vous choisis vous. Faith et vous. Et je me fiche de l'armée et de leur foutue cour martiale.

Hypnotisée par ses paroles, par une éloquence dont elle ne l'avait encore jamais vu faire preuve, elle prit conscience de sa proximité alors qu'il était déjà trop tard. Bien trop tard pour faire marche arrière.

Jack : Vous êtes avec moi ?

La question mit un certain temps à atteindre la connexion de ses synapses. Enchâssée avec son précédent flot de paroles, une pure contradiction chez le colonel O'neill, elle ne parvenait à en décrypter toute la portée.

Il lui fallait répondre. C'était ce qu'il attendait d'elle et après le courage que son discours avait du exiger de lui, elle ne pouvait décemment pas le laisser sans réponse.

Sam : Oui. Je le suis.

C'était une réponse brève. Mais elle sembla lui convenir. Elle tenta de lui sourire mais ses traits étaient figés. Elle cherchait désespérément quelque chose à dire. N'importe quoi pour rompre le silence gênant qui venait de s'installer brusquement entre eux. Maintenant que tout était dit ils semblaient ignorer l'un comme l'autre la démarche à suivre. Finalement elle baissa la tête, incapable de soutenir d'avantage le regard de son interlocuteur.

Ils auraient pu rester longtemps ainsi, enclavés par tous ces non- dits qui avaient dirigé leur quotidien. Maladroits dans leurs gestes et leurs attitudes. Le regard loin de l'autre.

Et ils sursautèrent simultanément quand des pleurs impromptus les tirèrent de leur mutisme involontaire.

Ramenée à la réalité, Sam porta aussitôt son attention sur le bébé qui s'agitait dans son transat, profitant de l'opportunité pour retrouver un semblant de lucidité. Elle s'approcha du nourrisson qui s'époumonait et détacha la ceinture qui l'enserrait. Une fois contre elle, le bébé s'apaisa quelques instants. Mais les sanglots, même si moins virulents, reprirent rapidement.

Sam : Elle a faim.

Elle avait parlé en prenant soin de ne pas le regarder. En cet instant il lui fallait du concret. Un détail auquel se raccrocher pour conserver toute sa raison. Parce que les émotions qui l'endiguaient à présent étaient beaucoup trop fortes, trop violentes pour qu'elle puisse les contrôler. Et garder le contrôle était les maîtres mots de ce qu'elle avait toujours était.

Même si ces derniers temps ce n'était pas exactement ce qui l'avait caractérisé de mieux.

Elle fut obligée de passer près de lui pour se rendre à la cuisine. Le sentir si proche, même le temps d'une seconde, la rendit instantanément fébrile.

Il y avait toujours eu entre eux une attraction indéniable. De cela, ni l'un ni l'autre ne pouvait nier. Mais c'était une attirance portée par ses limites. Des limites qui les empêchaient de commettre l'irréparable.

Si celles-ci disparaissaient, que leur restait-il pour conserver leurs distances coutumières ?