Leçon 5 : Le chaton sort les griffes
La première fois qu'elle a répliqué, elle lui a prouvé que rien n'est facile ici.
o.O.o
Elle était nue. Encore. Il était en face d'elle. Toujours. Nu aussi, elle peut voir le velouté de sa peau, peut presque la sentir sous ses mains. Elle observe un instant les épaules, les muscles nerveux et les flancs qui marquent la taille avant les hanches. Ils ne se touchent pas, pas encore. Elle le regarde, les bras croisés sur sa frêle poitrine et il voit la croupe étroite et les côtes saillantes, la silhouette longiligne. Elle est maigre. Vraiment. Pourtant il la désire, lui qui a toujours aimé les courbes. Pour elle, c'est une évidence : il fera une exception.
Il tourne autour d'elle, apprécie le corps qu'on lui offre. Il la regarde comme un médecin le ferait, froidement et professionnellement. Elle serre les dents et ferme les paupières, attendant la fin de l'examen. Elle sent ses yeux qui mesurent ses proportions et peut-être qu'une main effleure le bas de ses reins, flatte ses flancs mais elle refuse d'y faire attention. Il ne faut pas qu'elle sursaute, qu'elle ouvre les yeux sous la surprise et que son regard s'égare sur lui, sur son visage. Qu'elle le reconnaisse.
En un instant, un corps chaud se presse contre le sien et elle sens son cœur s'emballer. Malgré elle, ses mains partent à la découverte aveugle du corps qu'elle ne connaît pas. Elle touche les muscles, caresse l'épiderme sent le ventre plat et la fine ligne de poil qui la guide vers... Elle enlève sa main comme si elle s'est brûlée. Un rire moqueur la cueille en plein dans le ventre et c'est à son tour de la trouver.
Ses mains sont sur ses fesses, sur sa taille, dans son dos. Il la caresse ou il la griffe, elle se tend. Ses lèvres dans son cou, qui taquinent son oreille et sur sa bouche. Et sa langue, humide et chaude. Cette langue qui serpente en elle et qui force son estomac à faire des cabrioles. Elle est prise au piège, il l'infeste de ses doux baisers et ses perfides effleurements. Elle en tremblerait et il le sait. Elle devine son sourire malsain.
"Regardez-moi."
Il a arrêté de l'embrasser. Un frisson de déception secoue son échine alors qu'il s'éloigne et la livre à la froideur de la nuit. Non...
"Regardez-moi."
Sa voix. Elle la choque. Erotique, oh ça oui ! Mais pas séductrice. Posée, contrôlée. Une voix de professeur. Une voix de maître. Et elle, elle ne peut pas résister, elle a tellement mal de ne pas le sentir... Alors elle ouvre les yeux et elle capitule. Et son regard la harponne, l'hypnotise. Son regard rubis, son attention teintée du sang de ses victimes. Ses yeux rouges, rouges, rouges, qui la fixent et la mangent.
"Tom..."
Elle souffle. Il va la dévorer. En un instant, sa bouche est de nouveau pressée contre une autre, des bras la plaquent contre un torse, un cœur bat profondément et ce n'est pas le sien. Ses oreilles sont emplies d'une sourde pulsation et c'est grisant. Ses mains à elles se recourbent et se plantent dans la chair. Elle mord la lèvre, elle embrasse plus brutalement et il ricane.
Elle en veut plus. Elle en veut plus ! Elle en veut plus ! ! ELLE EN VEUT PLUS ! ! PLUS, PLUS, PLUS ! ! !
"AH !"
Minerva se redresse enfin, le cœur battant.
.
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Jedusor ouvre les yeux, satisfait. Repu même. Le verre de whiskey est tombé au sol et s'est brisé, ses muscles sont ankylosés, le feu est mort dans la pièce glaciale mais il s'en fiche. Un sourire détestable tord sa bouche alors qu'il se lève et chasse les dernières traces cotonneuses que le sortilège a laissé en se désagrégeant.
L'homme tire sur ses membres douloureux et essuit son front moite. Bien. Pour une fois, il a eut le dessus. Encore un peu et elle tombera, c'est certain. Déjà, il l'a forcée a le regarder, a dire son prénom ! Pas que le geste en lui même lui fasse particulièrement plaisir -il a toujours détesté ce patronyme-, mais au moins, elle ne peut plus nier que celui qui la fait hurler un peu plus chaque nuit n'est autre que lui. Amusant, n'est-il pas ?
Jedusor lève une main et tâte délicatement la lèvre fendue. Il grimace en sentant la plaie encore vivace. Elle ne l'a pas raté...
...
La vapeur brûlante floûte peu a peu le reflet du professeur et il s'empêche de s'en sentir soulagé. Il observe encore un peu la pâleur cadavérique de son épiderme mais ne s'attarde pas sur les cernes violettes ou les veines gonflées et infectées. Il plante son regard dans celui de son double et y traque la petite étincelle rougeoyante. N'est elle pas plus vivace, aujourd'hui ? Oui, c'est certain.
Tom fronce les sourcils en réalisant : la magie noire dégénère peu a peu son corps. Pas qu'il soit particulièrement fier de son physique mais il n'apprécie pas vraiment d'être enlaidi. Surtout par des stigmates aussi voyants ! Non seulement la transformation va considérablement compliquer sa relation avec Minerva mais Dumbledore n'est pas un imbécile : il reconnaîtra ses symptômes directement. Et là... Ce serait carrément problématique.
Bien sur, lever le sortilège sur Minerva stopperait la transformation voir la ferait régresser. Mais ce n'est pas réellement son intérêt pas vrai ? La pauvre Minerva doit d'abord se briser face à lui, quitte à ce que le sortilège lui suce toute sa magie. Après tout, ce n'est pas le premier sort de ce type qu'il lance. Il est tout à fait capable de l'endurer un moment encore. Et ce n'est qu'une gamine ! Après une semaine de ce traitement, elle doit être à l'état de larve. Qu'importe sa propre fatigue dans ce cas ! Il suffit juste qu'elle s'enferre dans une position dominée.
En attendant ce moment, un simple sortilège d'apparence devrait faire l'affaire. Il sera assez puissant pour tout dissimuler si on n'y regarde pas de trop près. Ce sera à lui de dissiper tous les soupçons qui pourront planer sur lui. Inspirer confiance, quoi. Un jeu d'enfant, n'est-il pas ?
Tom finit enfin par détourner les yeux et s'avance vers la baignoire bouillonnante. Elle n'est pas aussi grande que celle des préfets mais paraît presque indécente comparée à la salle de bain minable où elle repose. Faut dire que les cachots n'ont jamais été connus pour leur confort mais cela ne le gêne pas. Bien sûr, il est attaché au luxe comme tout orphelin mais l'esthétisme d'une pièce lui est bien indifférente du moment qu'il n'en pâtisse pas. Quelle importance si quelques carreaux au sol sont fêlés ? Ou si le plafond est tâché de moisissures ?
L'homme se livre aux baisers brûlants de l'eau et frissonne lorsqu'elle réchauffe enfin sa peau livide. Il lui reste une dizaine d'heures avant d'être en compagnie de sa proie, rien ne sert de se presser.
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"Minerva ? Minnie !"
Lola chuchote une nouvelle fois le surnom, les sourcils froncés. Son amie n'a même pas réagi. La tête entre les bras, elle... dort ? Réveille toi Minnie, réveille toi. T'es en cours tu te souviens ? Merlin, tu vas avoir des ennuis.
Tu vas avoir des ennuis ! Minerva, le professeur t'a repérée.
"Minerva ?"
Le professeur d'arithmécie se penche vers son élève, répétant le prénom. Ce n'est pas son genre d'être trop sévère, il est plus inquiet que contrarié. Ce n'est pas non plus le genre de son élève de dormir en classe, rien que ses notes affirment le contraire. Il finit par la secouer doucement.
"Minerva, pouvez vous vous expliquer ?!"
La gryffondor relève la tête, les paupières lourdes. Non, elle ne peut pas s'expliquer. Elle ne peut pas expliquer que tous les soirs, des rêves érotiques concernant un de ses professeurs la harcèlent et la laissent pantelante et incapable de se rendormir. Non, décidément, elle ne peut rien dire.
"Non, professeur."
L'autre ouvre de grands yeux, étonné.
"Vous dormez mal ?"
Dormir mal ? C'est bien au dessous de la vérité. Vraiment.
"Oui. Je suis désolée."
L'homme se redresse, réfléchissant.
"Allez à l'infirmerie chercher une potion énergisante. Vous reviendrez ensuite.
- Mais...
- Si jamais cela se répète, vous serez collée. C'est clair ?"
...
Il est là. En face d'elle. Marchant vers elle d'un pas conquérant et elle ne veut pas, vraiment pas. Il s'affiche devant elle, le regard sombre et un rictus aux lèvres. Des lèvres rouges, fendues et ça lui rappelle le sort qu'elle en avait fait. Qu'elle les avait étouffées de baisers, mordues et déchirées. Qu'elle les avait aimées. En rêve, bien sûr. En rêve. Comment pourrait-il s'en douter ? Il ne le peut pas. Il ne le peut pas. Il ne le peut pas.
"Miss ?"
Il est planté en face d'elle, son insupportable sourire collé à la bouche. Elle le regarde et elle le hait. Si, si. Elle le hait.
"Monsieur."
Elle jette le mot, comme elle le cracherait au sol. Il le sait, il le savoure. Et il sourit, ce salaud. Il sourit puisqu'elle ne fait même plus l'effort de maquiller sa haine.
"Un problème ?"
Il la provoque. Il la provoque ! Il n'oserait pas. Il... Il... Pour ce qui va se passer ensuite, Minerva peut blâmer la fatigue. Elle peut dire que c'est de sa faute à lui. De ses rêves harcelants. De son coeur instable. De l'excitation dans la gorge. Qu'il est trop moqueur. Qu'elle est trop fatiguée. Qu'elle oublie tout ce qu'il est. C'est vrai. En partie. Mais ça n'explique pas qu'elle carre les épaules et qu'elle siffle, mauvaise :
"Oui. Il est en face de moi."
Les sourcils se dressent de surprise. Le chaton montre les griffes ? Le jeu s'engage !
"Minerva..." Il ronronne, sûr de sa victoire. "est-ce que, par hasard, les détentions ne vous satisferaient plus ?"
La gryffondor serre les dents, les poings, les muscles crispés. Bien sûr, elle pourrait revenir sur ses pas. Mais MERDE ! Elle en a marre ! Elle ne lui a rien demandé, à ce qu'elle sache ! Elle ne veut plus qu'il se mêle de sa vie ! Elle en a MARRE ! ! Alors, elle balance, rageuse :
"Allez vous faire foutre, professeur !"
La colère gronde dans ses veines, brûle son gosier et le goût âcre de la bile envahit sa bouche. Jedusor ouvre la sienne, éberlué.
"Je... Je vous demande pardon ?!"
Seul un silence buté lui répond.
"Je vous somme de vous expliquer !
- Vous m'avez parfaitement comprise."
La voix est glacée, grondante. Elle se révèle. Enfin. Elle tombe. Définitivement. Alors il plante son regard dans le sien, la force à le soutenir. Il s'approche, prédateur et carnivore. Il la frôle, il l'épouse de son souffle et elle recule.
"Je vous somme... De vous expliquer."
Il répète. Allez Minerva. Résiste encore un peu, pour mieux te faire mal. Elle le fait. Elle l'observe sans un mot et ses yeux hurlent : "Crève !" Elle est proie et elle ne le sait pas. Pas encore. Elle est sa proie. Et elle vient de s'enferrer.
Son visage est maintenant prisonnier de ses paumes. Il la tire vers lui, tord la nuque, la force à se mettre sur la pointe des pieds et passe doucement un doigt sur ses lèvres trop sèches.
"Répétez... Répétez cela une deuxième fois. Répétez ! !"
Elle frissonne dans ses bras, tétanisée comme un lapin prit dans les phares. Elle est à lui. Elle est perdue. Sûr de lui, Tom l'approche un peu plus de sa bouche à lui, vorace et rougeoyante et la happe, certain de sa victoire.
...
Et c'est pourquoi la baffe le prit si cruellement au dépourvu. Il la lâche, sonné. Il la voit, brûlante de haine et c'est certain : Elle n'est pas comme les autres. Elle ne l'a jamais été. Mais maintenant, avec ses mèches noires prises dans sa bouche, la rougeur de ses joues, ses pupilles étincelantes et le souffle court, la vérité le frappe comme un coup cuisant derrière la tête : Elle n'est pas comme les autres car il en est amoureux. Et c'est pour cela qu'elle devra souffrir.
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Minerva court. Elle court dans les couloirs, à toute vitesse. Elle a planté là son professeur, ne s'est pas attardée plus que nécessaire sur sa joue rougie -Elle l'a frappé. Elle l'a frappé !- et a préféré s'enfuir à toutes jambes. Tant pis pour le cours auquel elle est censée assister, tant pis pour l'infirmerie. Il faut qu'elle coure, coure, coure, sinon elle se mettra à hurler. Sans jamais pouvoir s'arrêter.
Il l'a... Non, elle l'a rêvé. Un rêve éveillé, c'est impossible autrement. Elle refuse d'envisager une autre possibilité. Il est trop... C'est un véritable fils de... De... De pute ! Comment pourrait-il seulement nourrir des sentiments pour quelqu'un ? Et pour elle par dessus le marché ? Ridicule ! Elle est salie. Elle est sale, pétrie de son toucher jusque dans l'âme. Il faut la laver, chasser le mal ! Et lorsqu'elle voit Luc là bas, seul et isolé, elle ne réfléchit pas. Elle se dirige vers lui et l'embrasse à pleine bouche. Chasse le souvenir de ses lèvres, s'il te plaît...
Fin du chap' !
Alors, je tiens à préciser que je l'ai écris seule. Et oui, Romy n'a pas travaillé sur ce chapitre parce que je tenais à ce qu'elle le découvre en même temps que les autres. Ne m'en veux pas, ma belle : Je voulais te faire une petite surprise. J'espère qu'il ne t'a pas déçu.
Et cela tient pour vous aussi ! J'espère que l'absence de la patte de Rom' ne s'est pas trop ressentie, malgré tout. Je voulais faire un chapitre vraiment seule. Je sais bien que certaines phrases sont plus maladroites et qu'il doit rester quelques fautes (mais ça j'attend que vous me dites lesquelles ^^) J'ai relu le chapitre au moins une dizaine de fois, je l'aime beaucoup. Alors j'attends vos reviews :) ça fait longtemps que je n'ai pas posté. Je ne tiens jamais les délais. J'en profite pour faire un bisou à Melfique, je suis désolée d'avoir mis tant de temps !
vh132 : Contente que ça te plaise. J'espère que c'est toujours d'actualité :p
N'oubliez pas les reviews !
Merci d'avoir lu. Merci de lire. Merci des Reviews.
Bouya'
