Me revoilà avec le chapitre quatre de cette fanfic ! Merci beaucoup pour vos reviews ! Je suis contente qu'elle vous plaise, j'espère que vous apprécierez ce chapitre également ! ^^ Surtout qu'on s'approche de la fin... N'hésitez pas à laisser une review ! :-)
(oups, j'ai oublié d'ajouter les lignes suivantes dans le chapitre précédent... désolée, j'espère que ça vous a pas trop dérangé(e)s... et voui, je sais, c'est pas bien -_-')
Les personnages de Final Fantasy VII ne m'appartiennent pas et je n'ai aucun droit sur eux. Ceci est une oeuvre de fiction écrite pour mon propre plaisir et celui des lecteurs. Seul le personnage d'Azéna m'appartient et a été inventé de toutes pièces par... moi x)
Cette fiction peut contenir des passages violents, choquants ou vulgaires. Vous la lisez donc à vos risques et périls !
Bonne lecture !
Chapitre Quatre : Souvenirs
ou comment se rappeler de plein de choses… dont finalement on aurait bien aimé ne pas se souvenir, en fait
Je me mets soudainement à trembler, sentant que quelque chose se prépare. Et soudain, tout revient. Au grand galop. Pas un par un, rangés bien sagement dans l'ordre chronologique, non : tout me revient d'un seul coup. Si brutalement que j'ai l'impression que je viens de me cogner la tête contre un mur. Tous mes souvenirs. Tous ceux de ma vie… avant. Avec Jénova. Je romps brutalement le contact avec Vincent et me recule. Ses yeux cherchent les miens. Il a peur de m'avoir brusquée. Il craint d'avoir sans doute mal agi en m'embrassant ainsi… Je tente de le rassurer, le regard affolé et la respiration saccadée.
- Ça… ça va…
Mais je mens, et il le voit bien. Non, ça ne va pas. Ça ne va pas du tout car tous mes souvenirs me sont revenus. Ma vie d'avant. Avec Jénova. Oui, nous sommes sœurs, elle et moi. Je lui avais promis de l'aider dans son projet. Elle voulait régner sur cette Terre. Et je devais l'y aider. Ensemble, elle et moi, nous avions prévu de dominer ce monde et ses habitants. De simples humains. Trop faibles pour nous résister. Trop faibles pour s'opposer à nous. Ce monde aurait dû nous appartenir.
Je me recule brutalement et me remets debout. Jamais je ne m'étais trompée sur ce point. J'avais raison depuis le début. Je suis un monstre. Le pire monstre qui n'ait jamais existé. Et ma sœur Jénova est encore pire que moi, si c'est possible. C'est elle qui m'a rendu mes souvenirs. C'était elle qui me les avait enlevés, et c'est elle qui vient de me les rendre. Pour me faire souffrir. Pour me faire réagir. Pour me faire m'éloigner de Vincent. Vincent qu'elle n'aime pas. Pas du tout. Ce Vincent Valentine qu'elle hait plus que quiconque. Car elle avait réussi à m'ôter tout sentiment humain. Ça aussi, c'était de sa faute. Elle avait tout manigancé, depuis le début. Elle pensait qu'ainsi je deviendrais comme elle, et qu'elle n'aurait donc nul besoin de me contrôler. Que tout fonctionnerait selon son plan. Que je tuerais. Que je dominerais pour elle. Et il a rappliqué à ce moment-là, cet espèce de vampire aux yeux de braise et au charme impossible qui a réussi à m'envoûter. Moi qui ai toujours dédaigné le reste du monde. Et c'est bel et bien grâce à lui que j'ai retrouvé mes émotions… Et il m'a rendu humaine. Enrageant du même coup ma sœur machiavélique.
Il s'est mis debout lui aussi, à une vitesse surprenante. Tellement vite que je crois que je ne l'ai pas vu bouger. Mais qu'importe. Tous ces souvenirs me font mal. J'en ai les larmes aux yeux. Non… ce n'est pas moi… CE N'EST PAS MOI ! Jamais ce ne sera moi ! Ce moi-là n'existe plus ! J'ai changé ! Vincent m'a changé ! Il s'approche de moi, soucieux. Son magnifique regard rouge sombre dans lequel je me perds est empli d'inquiétude. D'inquiétude… pour moi…
- Azéna, qu'est-ce qu'il se passe ?
Je le repousse. Non, il doit s'en aller… il doit partir ! Loin de moi ! Sinon je le tuerai… sinon… Jénova le tuera ! Elle me contrôlera à nouveau, elle en a le pouvoir… Et alors, je ne pourrai plus rien faire… plus rien empêcher… Et il mourra sous mes yeux. Je le tuerai de ma main… Mais je ne veux pas ! NON !
- Vincent…
Il m'observe sans rien dire. Je lui envoie un regard désespéré. Il ne comprend pas ce qu'il se passe en moi. Il voudrait pouvoir m'aider, je le sens. Mais il ne peut rien faire… Rien. Ça me fait tellement mal de lui dire ça. Mais s je veux avoir une chance de le sauver… une chance qu'il survive… je ne peux rien lui dire d'autre. Rien d'autre que cela. J'entrouvre à nouveau les lèvres et murmure dans un souffle, d'une voix tremblante :
- Va-t'en…
Il reste indécis face à moi. Je lis du doute dans son regard. Il ne comprend pas. Il ne sait pas s'il doit faire ce que je lui dis ou non. Ma sœur diabolique passe à l'attaque et tente de reprendre le contrôle… ça faisait longtemps… elle n'a qu'une seule envie, le tuer ! Oui, tuer ce pauvre humain, même s'il est différent des autres ! Tuer ce pauvre imbécile que j'aime, qui m'aime, et qui s'est mis en travers de ses plans de conquête de ce monde ! Mais non, je ne veux pas ! Je veux qu'il vive ! Je refuse de le tuer de mes propres mains ! Elle exprime son mécontentement en me faisant souffrir de nouveau. Je m'écroule à terre en poussant un hurlement d'agonisante, mes mains serrées contre mon ventre. Qu'elle arrête… par pitié, qu'elle arrête ! Mais non… je ne céderai pas, pas cette fois ! Je dois me battre ! Pour moi… pour lui… pour lui ! Pour Vincent ! Parce que… parce que je l'aime. Rouvrant les yeux comme je le peux, les paupières plissées à cause de la douleur, je l'aperçois agenouillé au sol. Il tend une main vers moi pour la poser sur mon épaule… je le repousse brutalement. Jamais je ne l'aurais traité ainsi en temps normal. Mais je ne suis plus sûre d'être moi-même. Je lis de l'incompréhension dans son regard sanglant. Je voudrais tant lui expliquer… Ne pas le laisser ainsi, perdu. Sans savoir ce qu'il m'arrive. Mais je ne peux rien lui dire. Il ne peut pas rester auprès de moi. C'est bien trop dangereux pour lui. Silencieusement, je lui demande de me pardonner. Jamais il ne pourra demeurer à mes côtés, je suis trop dangereuse pour lui. Jamais nous ne pourrons nous aimer, lui et moi… et pourtant, je le voudrais tellement…
- VA-T'EN !
Je referme les yeux et me roule par terre en tentant d'étouffer comme je le peux mes gémissements. Cela dure un certain temps, puis Jénova se calme subitement, comme par miracle. Je n'ai plus rien. Plus mal. Je me rassois en rouvrant les yeux et observe autour de moi. Vincent est parti. Je me relève et part me mettre en boule tout au fond de cette grotte qui m'est désormais familière. Je me sens seule, à présent, si seule… Ma sœur machiavélique se calme, je ne la sens presque plus. La connaissant, elle va me laisser le temps de bien réfléchir à mes actions futures avant de revenir à la charge… quitte à me faire souffrir une fois de plus, s'il le faut. Ce que je la déteste… je la hais de tout mon être… Je ne comprends même pas comment nous pouvons être sœurs, elle et moi… nous sommes tant différentes. Je ne suis pas comme elle. Jamais plus je ne serai comme elle, même si je l'ai été à une époque. Tout était si différent… avant… les jambes repliées, je fourre ma tête entre mes genoux et revois mes souvenirs. Ceux que j'ai tant voulu retrouver… jamais je n'aurais dû faire ce souhait stupide. Désormais, c'est tout le contraire que je réclame. Tout oublier à nouveau… pour l'éternité.
Jénova et moi. Effectivement non humaines, mais d'une autre race. Plus forte, plus résistante, à la durée de vie plus longue et aux pouvoirs incroyables… dès qu'ils sont correctement maîtrisés. Toujours seules, deux orphelines. Personne ne nous a jamais choyées, accueillies, élevées. Lorsque nous étions jeunes, nous volions pour pouvoir nous nourrir. Toujours détestées de tous. Les enfants des rues étaient interdits dans les citées. Ils devaient être tués. Mais jamais personne ne nous a attrapé. Cette haine était réciproque. Nous détestions les autres. N'importe qui pouvait être cette mère ou ce père indigne. Ces parents qui nous avaient abandonnés, alors que nous n'avions que trois et cinq ans. Des nourrissons, pour ceux de notre race. Jénova a toujours été la plus débrouillarde, en plus d'être la plus âgée. Elle s'est occupée de moi jusqu'à ce que je sache me débrouiller seule. Jamais nous ne nous sommes quittées. Nous étions si proches, toutes les deux. Il n'y avait que nous. Tous les autres étaient des inconnus. Ils nous haïssaient, nous les haïssions. Point final. C'est tout concernant notre petite enfance. Il me semble que ma mémoire n'est pas encore tout à fait complète par moments, mais peu importe. J'en sais déjà tant… j'en sais déjà trop. Assez en tout cas pour que je me déteste jusqu'à la fin de mes jours. Et que je haïsse encore plus ma sœur.
Notre adolescence. Qui commence environ à partir de deux cents ans, pour notre race. Cela ne changea pas beaucoup de notre enfance. Nous continuions à parcourir les rues sans but précis autre que celui de trouver de quoi nous nourrir. Et les jours passaient l'un après l'autre. Tous les mêmes. Tous semblables. D'autres jeunes du même âge que nous, mais non orphelins, traînaient eux aussi en bandes dans les rues. Nous nous battions souvent avec eux. Malgré le fait que nous souvent seules toutes les deux face à sept ou huit de nos semblables, nous gagnions toujours. Avec le temps et ces querelles et combats incessants, Jénova avait développé un don pour le combat. Elle était rusée, élaborant des plans et des stratégies pour venir à bout de nos ennemis. Elle avait également acquis une haine intenable envers tous ceux qu'elle ne connaissait pas. Bref, une haine féroce contre le monde entier. Mis à part moi. J'étais sa sœur, tout de même.
Quant à moi… quant à moi, j'étais plus calme, plus discrète et plus réservée que ma sœur. J'étais - et suis toujours, visiblement - moins belliqueuse et bagarreuse qu'elle. Mais je haïssais moi aussi le monde entier. Notre abandon alors que nous n'étions que des petites filles nous avait fait basculer du « côté sombre », si j'ose dire, et avait définitivement coupé tous les différents liens sociaux que nous aurions pu avoir. Nous étions devenues asociales. Solitaires. Haineuses. Dangereuses. Tout simplement. Et au fur et à mesure que le temps passait, nous devenions de plus en plus mauvaises. Mais Jénova l'avait toujours été plus que moi. Je m'étais toujours montrée plus… raisonnable qu'elle. Même si le mot « raisonnable » n'est peut-être pas le bon.
Et puis un jour… ceux de notre race, certains « élus » issus de la « classe supérieure », comme nous nous plaisions à les appeler avec Jénova, ont réussi à construire un engin étrange ressemblant à un vaisseau spatial. D'ailleurs c'était ainsi qu'ils avaient appelé leur machine. Et de nombreuses annonces étaient passées dans la ville. Même si ma sœur et moi essayions d'ignorer tout ce qui provenait des autres, en particulier de ces « classes supérieures » vantardes et hautaines, nous n'avions pas pu ignorer éternellement ces déclarations. Des annonces officielles des personnes qui s'appelaient notre « gouvernement ». Ils cherchaient des volontaires. Enfin… des cobayes aurait été une appellation plus précise. Car ils ignoraient totalement si ce vaisseau parviendrait à voler ou non. S'ils pouvaient réellement l'appeler « vaisseau », ou si ce n'était qu'une simple boîte de conserve vide. Quand j'y repense maintenant, j'avoue que cela m'étonne… notre race est supérieure en tout points à celle des humains. Nous avons tellement de pouvoirs qu'eux n'ont pas et ne possèderont jamais… Alors pourquoi notre civilisation n'a-t-elle découvert que si tardivement la science de pouvoir se déplacer dans l'espace, de planète en planète ? Je sais aujourd'hui que je n'aurais jamais la réponse à cette question.
Jénova et moi en avons longuement parlé. Au début, elle s'y était farouchement opposée, mais j'ai su la persuader que cette idée n'était pas si mauvaise que cela, en somme. Je pousse un gémissement. Alors tout est de ma faute… jamais nous n'en serions arrivées là sans moi. Si seulement j'avais trouvé ce jour-là le courage de l'abandonner et de m'introduire seule en catimini à bord de ce fichu vaisseau… mais je ne le pouvais pas. Elle était toujours ma sœur. Et à cette époque, j'avais aussi mauvais fond qu'elle. Nous étions si proches, toutes les deux. Si semblables. Mais désormais, ce n'est plus le cas. À cause de… non. Grâce à Vincent. Et je ne veux plus jamais ressembler à cette sœur que j'ai tant aimée et même idolâtrée par le passé.
J'avais finalement réussi à la convaincre au terme d'harassantes négociations. Le grand jour était arrivé. Nous avions réussi à nous introduire dans le vaisseau sans que personne ne remarque quoi que ce soit. Je me doute que vous allez me poser la question… alors je vais vous répondre, même si cet aveu me déchire le cœur… même si je préfèrerais cent fois vous mentir… oui. Nous avons tué pour pouvoir nous dissimuler à bord de l'engin. Beaucoup tué. Et… cela me fait si mal de l'admettre… mais de nous deux, j'étais la plus déterminée à quitter ce monde qui ne nous avait apporté que douleur, solitude et souffrance. Ce jour-là, et ce fut le seul, c'est moi qui ai été la plus meurtrière de nous deux. Contrôlée par l'envie insatiable de m'enfuir de cette planète, véritable enfer quotidien pour moi. Pour nous deux. Et… si ma sœur Jénova s'était désistée au dernier instant - ce qui ne serait de toute façon jamais arrivé - , ou si elle s'était soudainement décidée à m'empêcher de monter à bord, je crois bien que je l'aurais tuée aussi. Oui. Peut-être aurait-il mieux valu que je fasse cela, d'ailleurs… Mais je n'ai rien fait. Et le vaisseau est parti. Nous emmenant loin de notre monde natal que nous ne regrettions pas de quitter. Peu importe où nous allions. L'important était que nous quittions ces terres qui nous avaient toujours été hostiles et défavorables.
Le voyage dura longtemps. Très longtemps. Trop longtemps pour moi. Je crus bien que j'allais mourir d'ennui. Notre race n'a jamais besoin de se nourrir. Ni de boire. Voilà qui explique le fait troublant que je n'éprouve depuis mon éveil ni faim, ni soif. Dissimulées à bord, nous parlions pour passer le temps. Jamais nous n'avons plus parlé que ces années-là… car oui. Il nous a fallu plusieurs années pour parvenir jusqu'à ce monde-ci. Jénova se laissait souvent entraîner dans des délires sans queue ni tête. De plus en plus au fur et à mesure que les jours, puis les mois, passaient, elle me parlait de domination du monde. D'éradication. De puissance. À nous deux, nous pouvions tout faire, selon elle. Rien ne nous arrêterait. Peu à peu, je parvins à deviner le fond de sa pensée, jusqu'à ce qu'elle m'en parle elle-même un jour. Elle voulait se venger de toutes les souffrances qu'elle et moi avions subies. Elle voulait tuer. Tuer pour se venger. Elle disait que si un jour nous arrivions sur une autre planète, celle-ci nous appartiendrait. Et moi, comme une idiote, je hochais la tête à ses paroles. Petit à petit, elle avait fini par me convaincre, et au bout de quelques années de ce dialogue violent et haineux, j'avais fini par adhérer totalement à sa cause. Je l'aiderai à dominer ce monde nouveau. Nous serions reines, elle et moi. Et alors, plus jamais personne n'oserait nous faire de mal. Tous ramperaient à genoux. À nos pieds. Des loques humaines. Même plus des êtres humains. Nous dominerions le monde entier.
Il me semblait que sa folie mégalomane ne cesserait jamais de s'étendre. Un peu avant notre arrivée sur ce monde, sur Gaïa, elle me parlait de transformer la planète que nous dominerions en gigantesque vaisseau spatial. Et avec lui… ses yeux rouges flamboyaient à chaque fois qu'elle abordait ce sujet. Avec lui, nous pourrions retourner un jour dans notre monde d'origine. Pour y massacrer tous ceux qui nous avaient traité si mal. Nous gouvernerions ensuite chacune notre planète, quadrillant l'espace tout entier. Annihilant des civilisations entières, dévastant tous les mondes que nous croiserions. Nous serions les dernières de notre race. Les derniers êtres vivants à peupler cet univers. À peupler cet espace infini. Nous serions devenues des déesses.
Et puis, au milieu de ces rêves et de ces belles paroles, il y eut notre arrivée sur Gaïa. Nous étions à peine adultes. Jénova avait environ mille ans, moi un peu moins. Le vaisseau ne s'est pas posé calmement au sol. Il s'est crashé. Nous avons réussi à nous extirper de l'engin in extremis, avant qu'il n'explose. Autour de nous, il n'y avait plus que des décombres. Des corps démembrés. Brûlés. Méconnaissables… L'odeur de chair brûlée. Ironie du sort : nous, passagères clandestines, qui n'aurions jamais dû faire partie de cette expédition quasi-suicidaire, en étions les seules survivantes. Tous les autres membres de notre race présents à bord, qui avaient été surentraînés en vue d'une mission pareille à celle-ci… ils avaient tous péri. Mais cela ne nous peina pas le moins du monde. Jénova en éprouva même une grande joie. Je la revoie encore, donnant un violent coup de pied dans ce qui était approximativement un bras carbonisé. Elle riait aux éclats. Sadique. Heureuse de les voir morts. Je me demande encore comment j'ai pu moi aussi apprécier ce spectacle morbide et écoeurant… avec plus de retenue qu'elle, toutefois.
Nous nous sommes cachées dans les montagnes durant quelques mois. Nous étions fatiguées, assommées de ce long voyage. Il nous fallait du temps, beaucoup de temps pour récupérer et recouvrer toutes nos forces. Cela mettait ma sœur en rage, mais nous n'avions pas le choix. Nous devions nous endormir. Pendant longtemps. Très longtemps. Aucune de nous deux ne savait quand est-ce que nous nous réveillerions. Nous avions décidé de nous séparer. C'était plus prudent. Je revis une nouvelle fois ma vision. La toute première que j'avais faite. C'était au moment de nos adieux. Elle était plus en forme que moi à notre arrivée sur Gaïa, elle savait qu'elle serait la première à se réveiller. Elle avait deviné sans mal que je dormirais plus longtemps qu'elle. Avec ses pouvoirs, qui étaient plus développés que les miens, elle a fait en sorte que je dorme tout mon soûl, ne me réveillant que lorsqu'elle aurait besoin de moi. Pas avant. Puis elle m'a laissé dormir ici, tandis qu'elle partait se chercher une autre cachette pour pouvoir s'y reposer en paix. Puis je me suis endormie…
Nous avons dormi environ deux mille ans. Le double des années que nous avions déjà vécues. Puis Jénova s'est éveillée, il y a quelques années. Mais des habitants de cette planète l'avaient trouvé. Et avaient fait des expériences sur elle. Cela l'a mis en rage, et elle a juré une nouvelle fois de se venger. Seulement, ce long sommeil l'avait certes reposée, mais elle était totalement désorientée et ne maîtrisait plus tous ses pouvoirs. Il lui en restait néanmoins quelques-uns, comme celui de pouvoir contrôler et manipuler l'esprit des gens… Elle s'en est servie pour appâter un homme du nom de Sephiroth. Celui dont Vincent m'a parlé. Celui qui avait brûlé le village de Nibelheim. Cet homme est resté longtemps sous son contrôle, mais il a fini par mourir, tout humain qu'il était. Bien moins résistant et puissant que nous. Mais Jénova n'a pas perdu espoir. Elle s'est trouvé d'autres marionnettes. Des frères, trois triplés qui avaient subi des expériences horribles, tout comme elle, et tout comme son pantin précédent. Jénova a réussi une nouvelle fois à les amadouer. Mais l'histoire s'est répétée, et ils sont morts à leur tour. Et elle avec eux. C'était déjà miraculeux qu'elle ait réussi à survivre jusque-là. La mort brutale des triplés a été le coup de grâce. Son esprit a vagabondé quelques temps, indécis. Puis elle s'est souvenue de moi… car dans son long sommeil, elle m'avait oubliée. Alors elle est revenue me trouver, moi, sa petite sœur, et son esprit s'est installé en moi… Et c'est à cet instant que je me suis éveillée.
C'est elle qui m'a ôté tous mes souvenirs. Toutes mes émotions. Au fil du temps, les liens fraternels se sont effacés dans son esprit. La vengeance, la violence et la haine les ont progressivement remplacé. Puis ont fini par prendre le dessus. Définitivement. Désormais, elle ne me voit plus seulement comme sa sœur. Celle qu'elle a toujours aimée et protégée. Elle me voit d'abord et surtout comme une marionnette de plus, qu'elle pourrait utiliser à sa guise pour tenter de contrôler une nouvelle fois ce monde. Ce monde qu'elle déteste tout autant, voire même plus encore que notre monde natal. En elle est née une haine invivable, intenable, insatiable, envers les habitants de cette planète. Elle veut tous les éradiquer, un à un. Et plus grande seront leur douleur et leurs souffrances, mieux ça sera.
Oui. Ça, c'est ce qu'elle, elle veut. Mais et moi, dans tout cela ? Moi… elle s'en fiche, tout simplement. Du moment que je lui obéis sans discuter, au doigt et à l'œil… je n'ai pas peur de dire les choses en face : moi, elle s'en fout catégoriquement. Mais ça ne fait rien. Parce que moi aussi, je me fous complètement d'elle. Et je n'ai pas l'intention de rester les bras croisés, à attendre gentiment qu'elle me contrôle à nouveau pour tuer tout le monde. Si elle m'avait montré tout cela dès le début, alors que j'étais perdue, seule et désemparée, sans réussir à éprouver le moindre sentiment… alors oui, peut-être que j'aurais craqué. Sans doute aurais-je cédé. Je serais devenu le pire fléau que cette planète n'ait jamais connu. J'aurai anéanti des villes entières. Tué des milliers de gens. Elle m'aurait contrôlé comme bon lui semblait. Et je lui aurais obéi.
Mais elle a fait deux erreurs. La première a été de me rendre amnésique. Avec tous ces souvenirs effroyables gravés dans ma mémoire, nul ne doute que j'aurais perdu la raison depuis longtemps, et là… elle aurait pu faire de moi ce qu'elle aurait voulu. La seconde a été de me laisser rencontrer Vincent, et c'est là sa plus grosse erreur. Celle qui va lui coûter sa victoire Car c'est lui qui m'a rendu mes sentiments. Grâce à lui, j'ai réappris à rire. À être joyeuse. À être triste. Et surtout… à aimer. Car oui, je l'aime. Et je suis fermement décidée à le retrouver. À m'excuser de mon comportement incompréhensible. Et à vivre heureuse à ses côtés. Peu importe ce que les autres diront. Oui, je le sais. Je ne suis pas humaine comme eux, et je l'assume. J'ai fait des choses horribles dans ma vie, et bien que j'aie du mal à le faire, je les assume aussi. Mais jamais je ne recommencerai, j'en fais le serment. La seule chose que je veux désormais, c'est être heureuse, en compagnie de l'homme pour qui mon cœur bat. C'est la dernière chose que je demande.
Le flot de souvenir s'est interrompu. Ça y'est, c'est fini ? Ou bien veut-elle encore en rajouter une couche ? À notre arrivée sur cette terre, il y a maintenant plus de deux mille ans, je parvenais encore à éprouver de l'affection pour elle. Mais désormais… je n'en suis plus capable. Plus jamais. Elle m'a trop fait souffrir. Et malgré ma promesse, jamais je ne l'aiderai. C'est fini, il n'y a plus rien entre nous. La seule idée qu'elle est vraiment ma sœur me répugne. C'est fini. Ce temps est révolu. Il est temps d'y mettre fin. Je ne veux plus jamais la voir. Plus jamais l'entendre. Plus jamais entendre parler d'elle. Plus jamais… JAMAIS.
Je l'entends. Dissimulée au plus profond de mon être. Elle rit, d'un rire hystérique et méprisant. Et me dit que je suis ridicule. Pitoyable. Elle m'encourage à m'allier de nouveau avec elle. Comme auparavant, lorsque nous étions jeunes. À nous deux, nous sommes si fortes. Nous pourrions avoir le monde à nos pieds. Mais je refuse. Jamais plus je ne l'aiderai. Jamais. Elle doit finalement avoir compris que je ne suis pas disposée à la laisser faire ce qu'elle veut de moi, après tous mes refus catégoriques. Elle s'agite, puis laisse éclater sa colère sans chercher à me ménager. Serrant les dents, je me roule une nouvelle fois à terre en hurlant à m'en casser les cordes vocales. La souffrance que je ressens en cet instant est purement incroyable. Cette femme est un monstre. Le mal à l'état pur. Mais pas question pour moi de me laisser faire. Je résisterai. Quitte à la faire mourir avec moi s'il le faut. Car oui, il faut que je résiste. Pour moi. Pour eux. Pour les habitants de ce monde. Et… pour Vincent.
Il en va de la survie de cette planète. Même si j'ai du mal à croire que le destin de cet énorme caillou flottant dans l'espace repose sur mes épaules.
Réponses aux reviews :
Incarn : Oui, tu m'étonnes qu'elle est vilaine, Jénova. J'suis sûre qu'elle t'avais jamais raconté son adolescence, pas vrai ? :-p
Qulbu : Voilà voilà, le chapiter avec les explications est arrivé ! J'espère qu'il était bon, ton gâteau x)
Luna : Bah oui, entre Azéna en Vince, ça a l'air... foutu... ^^ Et même morte, elle arive toujours à enquiquiner les gens, comme t'as pu le constater. Mais c'est qu'elle est coriace, celle-là ! xD
