Me voilà de retour avec la réécriture de cette fanfiction qui ne devait, à l'accoutumé être qu'un One Shot.
Par vos retour positifs, j'avais, il y a de nombreuses années, décidé de poursuivre cette histoire à la conquête d'une happy end.
Si me suivez depuis aussi longtemps, vous savez peut-être que mon obsession me pousse fréquemment à reprendre mes anciens écrits dans l'espoir de les améliorer, encore et toujours. J'espère que cette version vous plaira autant que la précédente.
Si vous tombez sur cette fanfiction pour la première fois, eh bien profitez !
Dans tous les cas : Agréable lecture, mes adorables lecteur-ice-s.
Des Séparations douloureuses
Chapitre 1
Emma Swan
Elle se baladait lentement sur la plage de Storybrooke. Le vent lui fouettait le visage avec violence, mais elle n'y prêtait aucune attention. Après tout, dans quelques heures, elle subirait une plus grande souffrance.
En effet, il avait été décidé, un mois plus tôt, qu'ils se retrouveraient tous dans le Monde Enchanté. Elle allait vivre au Royaume avec ses parents et Henry. Henry… Son cœur se serra en imaginant le sentiment qui devait le tirailler. Lui qui avait toujours rêvé d'y aller devait très certainement le regretter amèrement. Et pour cause : sa mère adoptive avait été condamnée à rester ici. Dans le monde d'Emma alors que celle-ci irait vivre dans le sien. C'était tellement absurde.
Elle en voulait à ses parents et tous les habitants de Storybrooke d'avoir été si cruels avec la brune. Certes, elle n'était pas un ange. Loin de là. Mais elle avait changé. Emma le savait. Regina Mills n'était plus la Méchante Reine. Juste une femme blessée et meurtrie par son passé. Comment pouvaient-ils lui faire cela ? La séparer de son fils. Le seul humain qui avait su faire réapparaitre une émotion positive dans ce cœur noir : l'amour. L'amour qu'elle vouait à son fils était sans aucun doute la seule chose que personne ne pouvait contester. Alors comment osaient-ils ?
En vérité, Emma était persuadée qu'ils s'en fichaient. Tant qu'eux étaient heureux… Ensemble. Cette pensée lui donna envie de vomir. Elle refusait de devenir une princesse. De vivre dans un monde où des monstres vivaient. Elle y était allée une fois et une chose était sûr ; elle ne s'y sentait vraiment pas à sa place.
Ces dernières semaines avaient été stressantes mais elle avait passé du temps avec ses parents, Henry et un peu avec Regina. Elle commençait tout juste à s'habituer au concept de famille. Mais tout partait déjà en fumée. Comment pourrait-elle continuer à regarder Henry dans les yeux en sachant qu'elle avait laissé tomber sa mère ?
- Ne devriez-vous pas finir vos valises ? intervint une voix rauque mais royale, imposante.
Emma releva la tête en sursaut, quelque peu étonnée de trouver Regina, ici. Le regard perdu sur la mer.
- Ne devriez-vous pas profiter des derniers instants avec Henry ?
Elle n'était pas naïve au point d'ignorer les larmes qui faisaient briller le regard chocolat de l'ancienne reine. Elle ne lui avait jamais semblé aussi vulnérable.
- Pour souffrir encore plus ? Quel intérêt ?
La shérif s'approcha d'un pas mais voir toute cette douleur sur son visage ne la rendit que plus malade encore. Alors elle tourna à son tour son attention devant elles. Les vagues venaient frapper le sable fin avant d'être ravalées par la mer, laissant une légère couche d'écume derrière elles.
- On ne mérite pas ça, murmura la blonde.
Elle n'osait même pas jeter un coup d'œil vers la brune. C'était déjà suffisamment douloureux comme cela.
- Vous n'êtes jamais satisfaite de ce que vous avez, Miss Swan.
- C'est peut-être parce que je n'ai jamais ce que je veux.
Elle avait conscience de son égoïsme. Qui ne révérait pas d'aller vivre dans le monde merveilleux des contes de fées ? de fréquenter des princes et princesses tous plus magnifiques les uns que les autres ? de vivre dans un château royal, féérique ? Qui d'autre qu'elle ne supporterait pas cela ?
- Il nous aura fallu trois ans pour nous trouver un autre point commun qu'Henry.
Le pincement qu'elle ressentit dans son cœur était si douloureux qu'elle aurait pu fondre en larmes dans la seconde. Mais elle ne pouvait pas. Elle devait être forte. Pour Regina, pour Henry. Pour eux trois.
- En effet.
Il y avait une vague de non-dits qui les entourait. Emma avait tant de questions à lui poser. Mais par où commencer ? Quel intérêt désormais ? Il était trop tard pour cela.
Il est trop tard pour tout.
Elle prit une profonde inspiration avant de finalement reporter son regard sur la brune. Elle devait imprimer ce visage dans ses souvenirs. Elle ne devait jamais oublier cette femme. Bien qu'il lui semblât impossible que ses souvenirs lui fassent un jour un tel défaut.
- Il va énormément souffrir. Je ne saurais pas quoi faire…
La mâchoire de Regina se crispa. Elle aussi, elle restait forte. Ses larmes ne débordaient jamais de ses yeux.
- Vous y arriverez. Vous avez toujours réussi, jusqu'ici, non ?
- Parce que vous étiez là.
- Comme si vous aviez un jour écouté un seul de mes conseils !
Emma voulait s'enfuir avec elle. Prendre Henry, ses bagages et partir à la conquête de ce monde qu'elle aimait tant. Ce monde sans magie. Mais elles ne pouvaient pas faire cela. Ses parents ne laisseraient jamais tomber. Ils empireraient la situation. Ils seraient même capables d'emprisonner Regina, pour cela !
- Bien sûr que je les écoutais, rétorqua-t-elle finalement. J'en prends toujours compte, lorsqu'il s'agit d'Henry.
- Storybrooke sera différent, sans lui.
Les mots de l'ancienne maire s'étranglèrent dans sa gorge et c'en était trop pour Emma. Elle essuya rapidement la larme qui roulait sur sa joue à l'aide de la manche de sa veste en cuir. Sa veste… Quelle princesse portait un tel vêtement dans l'autre monde ?
- Ça deviendra n'importe quoi sans un bon shérif pour tout gérer.
Sa tentative pour alléger la conversation fut un échec. Elle n'avait même pas réussi à utiliser un ton ironique.
- Un bon shérif ? s'amusa pourtant la brune. Je crois qu'il n'y en a pas eu depuis Graham Humbert.
Ce genre de taquineries faisait désormais partie de leur relation, de leurs habitudes. Emma ne pouvait pas s'en lasser.
- Je vous manquerai, avouez-le.
La brune haussa les épaules et la blonde fut bien étonnée de ne pas la voir s'empresser de nier. Mais après tout, les faux-semblants ne servaient plus à rien, désormais.
- Des femmes en manque d'éducation avec un humour absurde, il y en a partout. Ne vous imaginez pas irremplaçables.
Emma sourit tristement. Bordel ce que c'est difficile ! Elle avait souffert dans sa vie mais jamais à ce point.
- Est-ce que vous comptez déménager ?
- Vous imaginiez que je resterais à Storybrooke, désespérément seule ? dans une ville qui me ramènerait à lui dès que je poserai les yeux quelque part ? Bien sûr que non. Je vais partir. Découvrir le monde extérieur. Celui dans lequel vous avez grandi.
Imaginer cette femme s'accoutumer dans ces grandes villes des Etats-Unis avait quelque chose d'amusant. Emma voulait y participer, la voir dans un élément qu'elle ne maitrisait pas à la perfection.
- Je ne vous conseille pas Boston, c'est une ville trop mouvementée, ça ne vous plairait pas. San Francisco ne sera pas à votre gout non plus, j'en mets ma main à couper. Peut-être que vous devriez essayer Manhattan ? Je vous vois bien là-bas. Cheffe d'entreprise. Vous êtes une excellente femme d'affaire.
Regina hocha la tête avec professionnalisme, comme si elle notait mentalement ses puériles conseils.
- J'y penserai. Quant à vous, évitez de trop narguer les Trolls. Ou de devenir une sorte de… Chevalière. Bien que je me doute que prendre des cours d'équitation ne fait pas parti de votre programme.
Emma avait envie de hurler. Comment cette femme contre qui elle s'était tant battue, allant jusqu'à la haïr à une certaine époque pouvait-elle mieux connaitre ses sentiments que ses parents ? Comment pouvaient-ils croire qu'elle se plairait là-bas alors que même Regina Mills savait qu'elle préfèrerait mourir que subir cela ?
- Ne vous inquiétez pas, j'essaierai de rester en vie. Merci pour les conseils.
- Tant mieux. Ce serait bien qu'Henry garde au moins l'un de ses parents.
- Neal sera là.
Les lèvres de la brune se tordirent et il n'y eut plus une once de tristesse sur son visage. De la colère. Uniquement de la colère.
- Je me fiche de votre ex.
- Eh du calme. Ce n'est pas lui qui a voté pour votre exil.
Elle ne répondit pas et Emma eut envie qu'elle tourne enfin la tête vers elle, qu'elle la regarde, que le chocolat rencontre ses yeux jades pour la dernière fois. Juste une dernière fois…
- Ce n'est pas pour autant que je vais lui souhaiter du bonheur.
- Wow et on peut savoir d'où vient cette véhémence ?
Neal était probablement la seule personne sur laquelle Emma pourrait s'appuyer, là-bas. Il connaissait ce monde aussi bien qu'elle et saurait l'aider à s'accoutumer. S'il avait fait quelque chose de répréhensible, elle préférerait le savoir.
- Non.
- On risque de ne plus jamais se revoir. Vous pouvez bien me le dire, non ?
Et enfin, enfin, la brune se tourna entièrement vers elle et croisa son regard, lui partageant toute sa souffrance sans un mot. Et tout à l'intérieur du corps d'Emma ne fut plus que douleur. Comme si son cœur s'était tout simplement écrasé.
- Regina… souffla-t-elle.
Un coup de vent passa entre elles, faisant virevolter leurs cheveux. Emma contempla le visage de la brune avec fascination. Elle était belle. Si belle. Personne ne pouvait le contester. Elle qui n'affichait usuellement aucune expression sur son visage semble si… détruite.
Emma prit sa main dans la sienne, craignant qu'elle ne la repousse. Mais Regina se laissa faire sans détourner le regard.
- Je vous souhaite de reconstruire votre vie. D'oublier le passé et d'aller de l'avant.
- C'est vous qui faites ce genre de chose, Miss Swan. Pas moi.
La blonde déglutit avec difficulté. Elle n'avait pas tort. Elle n'avait que rarement tort, d'ailleurs, en y rependant.
- Je vais vivre dans un château immense avec mes parents et des domestiques. Je ne pourrais pas oublier.
La reine déchue acquiesça avec froideur. Elle fronça les sourcils, ouvrit la bouche une fois, la referma, cherchant les bons mots.
- Rendez-moi service, s'exclama-t-elle enfin. Arrangez-vous pour qu'Henry ne devienne pas un prince capricieux, comme l'était votre mère. Je veux qu'il ait conscience que son rang hiérarchique ne lui donne pas accès au plein pouvoir.
- Je ferai de mon mieux pour le garder sur le bon chemin. Quant à vous… ne faites pas de choses stupides.
- Comme ?
- Comme donner fin à vos jours. Aussi misérable soit-elle, votre vie vaut la peine d'être vécue.
La brune secoua la tête avec fureur. Comme si la blonde venait de mettre le doigt sur son plan. Emma n'avait jamais été aussi énervée d'avoir visé juste.
- Qu'est-ce que cela peut-il vous faire ?!
La sauveuse fronça les sourcils, s'approcha d'un pas, pointa un doigt menaçant – mais pas vraiment – dans sa direction.
- Je me suis attachée à vous, Regina. Je ne veux pas votre mort. Je veux vous savoir en vie. Je veux savoir que vous profitez de ce qui est à votre portée et que vous vous épanouissez. Je veux qu'au moins l'une de nous trouve du positif dans cette situation.
- Vous ne vous rendez pas en Enfer, vous savez ?
- Non. Je ne sais pas. Je ne sais rien. Et ça m'effraie. Beaucoup.
- Je croyais que vous aimiez changer d'environnement ?
- D'environnement, oui. De monde, non. Je vais passer de la voleuse arnaqueuse qui parcourt les villes pour fuir les flics à la princesse modèle.
- Modèle ? Je pense que vous rêvez, là.
Cette fois, Emma n'eut pas la force de cacher les larmes qui s'échappèrent de ses yeux. Elle les laissa poursuivre lentement leur chemin jusque sur son menton.
- Est-ce que l'une de nous finira par être heureuse, Regina ?
Elles pleuraient toute les deux, maintenant. Regina Mills était torturée. Torturée par son passé, par son présent, par son futur. Torturée par la vie entière. Comment Emma pouvait-elle la supplier de rester en vie quand chaque jour la détruisait un peu plus ?
- Je ne pense pas, non.
Inconsciemment, la blonde posa sa main sur le visage de la brune pour stopper la trajectoire de la goutte salé. Et le corps entier de Regina se détendit à ce contact. Gardant ses yeux dans les siens, Emma posa son front contre le sien et frissonna en sentant son souffle chaud venir caresser son visage froid.
- Il y a quelque chose que j'aimerais beaucoup faire, Regina.
Leurs respirations s'accélérèrent au même rythme. La brune en avait envie tout autant que la blonde, Emma le savait.
- C'est une mauvaise idée, Emma, arriva-t-elle à prononcer. Ça ne rendrait que les adieux plus difficiles.
Il ne lui en fallut pas plus pour la convaincre. Elle s'approcha lentement et effleura ses lèvres. Alors que la brune commençait à s'éloigner, elle finit par écraser sa bouche sur celle d'Emma en un baiser passionné. Le cœur de celle-ci manqua un battement avant de battre à une vitesse folle. Un baiser d'adieu.
Et encore une fois, Regina Mills avait eu raison. Cela rendait les choses bien plus compliquées. Il leur fallut encore de longue minutes avant de s'éloigner l'une de l'autre, dans un dernier regard.
Ce fut avec une détermination digne d'une Sauveuse qu'Emma se fit la promesse de la retrouver.
Un jour.
