Des Séparations douloureuses
Chapitre 2
Des Retrouvailles inattendues
Emma Swan
Cinq ans. Cinq longues années que le nouveau Royaume avait été restitué. Une demi-décennie qu'elle occupait les fonctions de Princesse.
Et quelle princesse ? Sa mère avait été une princesse. Aurore avait été une princesse. Abigail était une princesse. Belle également. Mais Emma ? Elle n'était qu'une femme déprimée, prisonnière d'un monde qu'elle n'arrivait pas à aimer malgré toute sa volonté.
Cinq années qu'elle souffrait et elle n'arrivait toujours pas à comprendre comment elle avait tenu si longtemps. Une chose était certaine : elle s'échapperait avant la fin d'une nouvelle année. C'était une promesse qu'elle se faisait.
- Emma… grogna Neal, toujours sous les draps. Pourquoi tu te lèves si tôt ?
Entièrement nue devant la fenêtre, elle détourna les yeux du paysage magnifique de l'extérieur pour porter son attention sur son compagnon. Il n'avait pas changé en cinq ans. Si ce n'était cette étincelle d'inquiétude qui habitait désormais son regard à chaque fois qu'il la croisait.
Des années qu'il acceptait de lui tenir compagnie pendant la nuit tout en sachant pertinemment que les sentiments qu'il éprouvait à son égard ne seraient jamais plus réciproque. Il avait été son premier amour. Un amour passionnel qui avait donné naissance à cette merveille qu'était Henry.
Mais tant de choses avaient changé depuis. Emma soupira, retourna s'assoir au bord du lit princier dont elle avait hérité.
- Je n'ai pas envie de dormir, souffla-t-elle.
- Tu n'as envie de rien.
Aucun reproche ne se faisait entendre dans sa voix. Il énonçait une vérité, rien d'autre. Une triste vérité.
- Est-ce que tu vas faire une apparition ce soir ?
Il aurait été difficile d'oublier l'évènement qui se préparait depuis des semaines. Les parents d'Emma ne parlaient que de cela. Tout le monde courrait dans les couloirs du château. Tout devait être parfait. Mais pour la sauveuse, rien ne le serait.
Comment pouvait-on sérieusement fêter les cinq ans d'un royaume qui ne plaisait qu'à la moitié de la population ? Combien de ses copains de beuveries rêvaient d'autres mondes, dans les tavernes alentours ?
- Tu poses la question comme si j'avais le choix.
La colère d'Emma n'était pas adressée directement à Neal et il en avait conscience. Comme il en avait l'habitude, il sortit du lit rapidement pour se rhabiller.
- Tu peux prendre un bain, proposa-t-elle.
Il fronça les sourcils, la dévisagea avec incrédulité. Henry lui ressemblait de plus en plus au fil des années, Emma s'en rendait compte lorsqu'il avait ce genre d'expression.
- Dans ta salle de bain personnelle ?
Elle haussa négligemment les épaules. Elle faisait tout avec négligence, désormais. Elle n'avait plus d'intérêt pour quoi que ce soit.
- C'est un jour de fête, après tout.
Son ironie n'amusa pas son amant autant qu'elle. Dommage. Elle perdit son sourire railleur tandis qu'il la fusillait du regard.
- Je ne peux plus faire ça, Emma.
Là, ce fut à son tour d'être prise au dépourvue. Était-il en train de l'abandonner ? Le jour le plus difficile de l'année ?
- Faire quoi ?
- Tu le sais très bien.
Elle ramassa son tee-shirt, à ses pieds et se leva pour lui rendre avec un regard provoquant.
- Coucher avec moi ?
Il récupéra son vêtement d'un geste brusque, jeta un regard à son corps nu et se détourna d'elle.
- Il y a un tas de personnes qui rêverait d'être dans ce lit avec toi, déclara-t-il. Alors pourquoi c'est moi que tu choisis ?
- Parce que tu en as envie ?
- Mais pas toi.
Elle détourna les yeux. Elle n'avait qu'une seule envie, désormais. Partir. C'était la seule chose qui la séduisait.
- Quelle importance ?
Il prit une profonde inspiration. Elle ne l'avait pas vu aussi sérieux depuis longtemps. Qu'est-ce qui lui prenait ?
- Je suis ton ami. Tu ne peux pas me traiter de cette façon.
- Mon ami ? répéta-t-elle dans un rire avorté. Vraiment ?
Il posa ses mains sur les épaules nues de la blonde afin de capter son regard. Elle accepta difficilement de lever les yeux.
- N'agis pas comme si j'étais responsable de cette situation.
- Tu ne fais rien pour la changer.
Il haussa les sourcils, se recula d'un pas et laissa retomber ses bras le long de son corps.
- Et toi, Emma ? Qu'est-ce que tu fais à part te morfondre ? Concrètement, qu'est-ce que tu as fait de si sensationnel, ces derniers mois ? Et ces dernières années ? Vas-y, dis-moi.
Elle n'avait rien à répondre. Personne n'avait osé lui parler ainsi depuis des années. Elle n'y était plus habituée.
- Tu es la première à reprocher tout à tout le monde. Mais je ne t'ai jamais entendu une seule fois proposer une solution.
- Parce que je n'en vois qu'une seule et que tu sais comme moi qu'elle est irréalisable.
Il secoua négativement la tête, siffla entre ses dents. Elle le dévisagea avec fascination, attendant que les mots acerbes ne s'échappent de ses lèvres.
- Qu'est-ce que ça t'apporterait de repartir ? Tu ferais quoi là-bas ? Tu as tout perdu. Tu n'as plus rien. Que ce soit ici ou là-bas, tu devras tout reconstruire. Autant le faire auprès de personnes qui t'aiment, non ?
Non. Bien sûr que non. Comment pouvait-il dire un truc aussi absurde ? Et pourquoi refusait-il à ce point de comprendre ?
- Qu'est-ce qu'il y a dans l'autre monde que tu n'as pas ici, franchement ? osa-t-il demander.
La réponse se formula d'elle-même dans l'esprit de la sauveuse mais elle ne pouvait décemment pas la formuler à voix haute. Parce que la réponse portait un nom qui n'était plus prononcé depuis des années.
Regina.
Sa famille ne l'avait pas attendu pour commencer le petit-déjeuner. Ils dégustaient leurs viennoiseries et boissons chaudes tout en bavardant avec un enthousiasme qu'elle ne partageait pas. Malgré cela, elle offrit son sourire le plus sincère à son fils tout en s'installant à ses côtés.
- Bien dormi, gamin ?
La manière dont il roulait des yeux à chaque fois qu'elle utilisait cette dénomination l'amusait tant qu'elle avait décidé de l'utiliser jusqu'à la fin de ses jours.
- J'ai dix-huit ans, 'Man. Arrête de m'appeler comme ça !
Toujours les mêmes conversations matinales. La routine s'était installée très vite, dans le royaume. Trop vite.
- Il me semblait pourtant que tu n'en avais que dix-sept, releva-t-elle au plus grand agacement de Henry.
- A un mois près, franchement !
Elle ne l'avait pas vu grandir. Il avait passé son adolescence à prendre des cours d'équitation, à jouer avec des épées en bois, et à endosser un rôle modèle devant le peuple. Elle était fière de lui. Fière du charmant jeune homme qu'il était en train de devenir.
Contrairement à leurs habitudes, elle fut étonnée de le voir lui servir son chocolat chaud, le saupoudrant de cannelle et lui préparer une tartine de confiture aux fruits rouges.
- Que me vaut cette attention particulière ?
Il lui offrit un sourire d'ange et ce fut l'élément de trop. Emma se pencha vers lui pour être certaine de ne pas se faire entendre de ses parents qui étaient de toute façon, trop occupés à parler des derniers préparatifs pour la cérémonie du soir-même.
- Balance. Ils m'ont préparé un coup tordu ? Genre une dance ?
Il suivit son regard vers le couple royal, une expression confuse sur le visage. Puis, il reporta son attention sur sa mère en pouffant.
- Tu crois que tu vas y échapper ? Papa s'y entraîne depuis des jours.
L'idée de danser avec Neal ne l'enchantait pas mais c'était prévisible. Elle ne fut pas bouleversée par l'annonce.
- Bref, s'exclama-t-il. Je voulais te parler de quelque chose.
- Je t'écoute.
- Ce soir, avec August, on aimerait-
- C'est non, coupa-t-elle.
L'expression d'outrance qui se dessina sur son visage amusa sa mère plus qu'elle ne la rendit empathique. S'il pensait l'affaiblir de cette façon, il se trompait royalement.
- Tu ne sais même pas ce qu'on a prévu !
- Le simple fait que tu sois avec August me suffit pour prendre ma décision.
Lorsqu'il était adulte, August n'était déjà pas un modèle de responsabilité. Et maintenant qu'il était adolescent – cette chronologie n'avait vraiment aucun sens – il était bien pire.
- Je ne veux pas aller à ce bal pourri, se plaignit-il dans un murmure.
S'il adorait monter sur le dos de canassons, parcourir les terres de ce monde et endosser un costume royal, Henry partageait avec sa mère sa désaffection pour les cérémonies et bals. Fait que Blanche avait beaucoup de mal à accepter.
Et comme si celle-ci sentait que sa fille et son petit-fils étaient justement sur le point d'échafauder un plan pour y échapper, elle interrompit toute conversation avec David, Abigail et Belle :
- Emma ! Je ne t'ai même pas vu arriver.
- Je sais me faire discrète.
Un peu trop, selon sa mère. Elle avait tenté un millier de fois de lui donner des cours sur le « politiquement correct » afin de l'envoyer faire la tournée des villages. Elle pensait qu'il était important de maintenir le contact avec le peuple. Et apparemment les tavernes n'étaient pas le lieu idéal pour cela.
- 'Ma ! s'écria une toute petite voix qui fit sursauter la sauveuse.
Elle sourit à la blondinette qui lui tendait ses bras pour monter sur ses genoux. Elle ne se fit pas prier.
- Coucou toi !
Mais pour réponse, elle n'obtint que ses cheveux dans sa bouche, dos à elle. Toute l'attention de l'enfant était désormais portée sur les viennoiseries et cette attitude fit éclater de rire Emma. Un vrai rire. Sincère. Comme seuls son adorable petite sœur et Henry étaient capables d'en obtenir d'elle.
Elle lui offrit un morceau de brioche que la blondinette s'empressa de dévorer, faisant rire l'assemblée.
Constatant qu'elle était habillée d'une adorable salopette rouge comme jamais leur mère ne la vêtirait d'elle-même, Emma porta un regard interrogateur sur ses parents.
- Ruby est là ?
- Elle est arrivée ce matin ! répondit Belle, avec un grand sourire.
Le château était immense. Il y en avait bien trop pour leur famille seule. Alors ils avaient proposé aux amis de la famille de vivre avec eux. Et si Abigail et Frederick avaient accepté de bon cœur d'occuper l'aile Ouest, Ruby avait poliment refusé. Elle aimait profondément Mary-Margareth. D'ailleurs, elle restait et resterait sa meilleure amie. Mais Ruby avait besoin de sa liberté. Et ne pas pouvoir ramener n'importe quel inconnu dans le château pour la nuit lui posait un vrai problème.
Parfois, Emma l'enviait. Elle était tranquille, dans une petite maison fort sympathique. Elle semblait aimer sa vie, maintenant.
- Et elle n'est même pas venue me réveiller en débarquant subitement dans ma chambre et en me tirant du lit ? Mais où sont donc passés ses mauvaises manières ?
Cela eut le mérite de faire rire tout le monde et Emma en fut plutôt fière. Elle tenait probablement de sa marraine son manque de bienséance.
- Elle est trop occupée à flirter avec toute personne humaine s'affairant dans la présentation de la Grande Salle de réception, s'indigna Belle.
Mhm cela ressemblait au personnage. S'il y avait bien quelqu'un qui exploitait ce monde de la même façon qu'elle le faisait à Storybrooke, c'était Ruby Scarlett Lucas.
- Il ne faut jamais laisser quelconques tâches de présentation à Ruby, intervint Henry à la surprise générale.
- Ah non ? demanda son grand-père. Et pourquoi donc ?
Henry haussa les épaules tout en enfournant un croissant dans sa bouche tandis que tous les regards se tournèrent vers lui.
- Ché chque maman digeait tout le temps.
- On ne parle pas la bouche pleine, le réprimanda Emma bien malgré elle. Et ne mens pas effrontément comme ça. Je n'ai jamais dit un truc pareil.
Il roula des yeux avec agacement, mâcha énergiquement sa viennoiserie et attendit d'avoir fini pour la corriger :
- Pas toi.
Il y eut un certain temps de réaction avant que tout le monde ne cesse de bouger et qu'un lourd silence ne tombe dans la pièce. Il n'était pas rare qu'il fasse cela. Mentionner Regina au cours d'une simple conversation, d'un air serein, et calme.
Henry et Regina, quelle relation compliquée. Comment deux personnes qui s'aimaient d'un amour aussi puissant pouvaient-elles se faire autant de mal ? Il avait fallu qu'il en soit séparé pour que Henry réalise à quel point il aimait sa mère.
- En même temps, répliqua Emma, Ruby et ta mère n'ont pas exactement les mêmes idées d'une présentation correcte.
Il éclata de rire tout en lui jetant un regard en coin. Un regard qui voulait dire merci. Merci de ne pas ignorer son existence.
Pour esquiver cette conversation qui n'avait jamais plus été lancé avec ses parents, David se racla la gorge :
- Revenons à un sujet qui mérite attention.
Désintéressée totalement de ces histoires de bals et réceptions, Emma décida de se pencher vers sa petite-sœur pour jouer avec elle. Sa gourmandise satisfaite, elle lui porta enfin de l'attention. La ressemblance entre les sœurs étaient frappantes. Si Emma avait des doutes avant, il était désormais clair que Mary-Margareth Blanchard et David Nolan ne pouvaient être que ses géniteurs. Avec ses petits yeux rieurs et son sourire malicieux, Eva avait la chance de pouvoir faire tourner en bourrique ses parents.
- Emma ? insista leur père.
Elle souffla, reporta son attention vers lui. À côté, Mary-Margareth la réprimanda avec ses yeux et leur fille força alors un sourire.
- Oui ?
- J'aimerais que tu préviennes Neal qu'un de ses anciens amis fera une apparition au Royaume ce soir.
- Ami ? s'étonna-t-elle. Neal a des amis ?
- On ne sait plus vraiment s'il s'agit d'un ami ou un ennemi, confia doucement sa mère.
Ils semblaient tous les deux particulièrement mal à l'aise. Et à en croire les regards fuyant de Belle et Abigail, Emma n'allait pas beaucoup apprécier le nom qui allait être cité.
- Ariel se baladait en mer lorsqu'elle l'a croisé, expliqua David.
Sa fille aînée était de plus en plus perdue. Elle n'avait pas vu la sirène depuis des mois. Elle était partie en mer avec Éric, l'été précédent et n'était jamais revenue depuis.
- Croisé qui ? Neal est ami avec des poissons maintenant ?
Henry pouffa et Eva suivit son neveu sans vraiment comprendre la situation. Mais elle ne leur porta que peu d'attention. Elle avait un mauvais pressentiment.
- Le Jolly Roger, l'éclaira finalement sa mère en portant un regard prudent sur elle.
Prise au dépourvue, Emma n'eut aucune réaction immédiate. Mais Henry la devança en se levant brusquement.
- Comment Killian pourrait être en mer ? Il est resté dans l'autre monde !
Un silence suivit sa question alors que ses grands-parents baissèrent les yeux. Ce fut finalement Belle qui eut le courage de lui expliquer :
- Tinkerbell a avoué lui avoir laissé un peu de poudre de fée. Mais pas suffisamment pour ouvrir un portail. On attend ses explications ce soir.
Emma les dévisagea tous, sans comprendre. Comment avaient-ils pu lui cacher un truc pareil ?
- Et pourquoi vous êtes aussi serein ? Je veux dire… Il a été le complice de Cora aka Big Méchant de l'Univers pendant des années !
Seuls les ricanements d'Eva se firent entendre pendant quelques secondes. Puis, David se leva à son tour, un air sévère et formel sur le visage.
- Killian Jones a été acquitté pour ses crimes, il y a des années. Rester dans l'autre monde était un choix personnel. Bien que nous soyons curieux de découvrir comment il est parvenu à traverser les mondes, nous n'avons aucune raison de le considérer comme une menace.
- Acquitté ? répéta Henry, incrédule. Mais je… comment ça ?
Emma prit Eva dans ses bras tout en se levant également, affrontant son père par ce geste autant que par ses mots :
- Tu as bien compris, Henry. La justice du monde enchantée est plutôt aléatoire. Tu tires un bon numéro et bingo continue de jouer avec ton crochet, pas de soucis pour nous ! Mais attention si tu as commis des crimes il y a des années et des années voire des décennies entières et que tu as depuis eu à de nombreuses reprises l'occasion de faire part d'une rédemption… Aucun retour possible ! Exil total ! Adieu !
- Emma ! s'écria sa mère en se redressant à son tour.
Ils étaient tous les quatre debout et c'était tout à fait ridicule. Alors la sauveuse reposa sa sœur au sol et se précipita vers la sortie de cette pièce immonde qui lui donnait la nausée. Bande d'hypocrites !
Emma détestait les robes. C'était un fait qu'elle avait longtemps admis. Mais il fallait reconnaître que les couturières de ce monde se donnaient beaucoup de mal et le résultat était magnifique. Sa robe de couleur bordeaux était constituée d'un corset à lacet qui comprimait sa petite poitrine mais qui mettait son corps en valeur qui convenait parfaitement à son teint.
De temps en temps, il lui arrivait de se demander à quoi pouvait ressembler Regina avec ce genre de costume. Son corps n'était pas du tout le même que le sien et il était certain qu'elle était d'une beauté fatale dans ses robes de Méchante Reine.
- Tu es ravissante, souffla Neal, alors qu'ils descendaient ensemble le large escalier de la salle de réception.
Une centaine d'invités les saluaient de leur sourires et regards bienveillants. Tous d'ancien habitants de Storybrooke.
Il demeurait une certaine distinction entre leur royaume et les autres. Ceux qui n'avaient pas connu la malédiction avaient continué d'évoluer pendant vingt-huit ans et le retour de Blanche-Neige et son Prince Charmant ne les avait pas tant affectés d'un point de vue politique. Chacun vivait sa vie de son côté.
- Tu es sûr que ça va ? murmura Neal, alors qu'ils arrivaient à la dernière marche.
- Pourquoi pas ?
- Tu as l'air tendu.
Bien sûr qu'elle était tendue. Ces gens-là la prenaient pour leur Princesse. Elle n'avait qu'une envie : s'échapper pour rejoindre sa taverne préférée où l'attendaient ses partenaires de beuverie.
Des acclamations se firent entendre lorsque ses chers parents se présentèrent enfin. Sa mère affichait un sourire épanoui et offrait des salutations gestuelles à quelques-uns de ses amis. Son père, quant à lui, avait travaillé pendant des heures pour ne pas paraître autant gêné qu'il l'était.
Tout comme Emma, il avait grandi dans un monde bien différent de la royauté. Il avait connu la misère, et les sacrifices pour survivre. Et c'était cette partie de son passé qui faisait que parfois, père et fille étaient si complices. Le clin d'œil qu'il lui lança alors que Mary-Margareth commençait son long monologue lui fit un bien fou. Même si elle avait la constante impression d'être dans une perpétuelle solitude, elle n'était pas seule.
L'ennui mortel de cette monotone soirée fut bouleversé par la simple arrivé de Leroy qui se permit d'interrompre la valse royale afin que David et Mary-Margareth le suivent, à l'extérieur de la grande salle. La curiosité d'Emma piquée à vif – et puisqu'elle n'avait de toute façon rien de mieux à faire – elle décida de partir discrètement à leur suite.
- Mais comment est-ce possible ? s'indigna son père en traversant les couloirs d'une démarche pressée. Personne ne doit être au courant.
- David, calmes-toi, tempéra sa mère, au côté de Leroy.
- Et surtout pas Henry ! insista-t-il. Ni Emma, d'ailleurs. Pitié qu'Emma ne sache rien !
Alors là, elle passa de « curiosité légère » à « Je dois absolument découvrir ce qu'il se passe ». Qu'est-ce qui pouvait être si terrible pour qu'elle et Henry soient ainsi préservé ?
- Je pense au contraire qu'ils devraient être les premiers informés.
Blanche prononça ces mots avec une certaine prudence et son époux interrompit sa marche pour porter un regard interrogateur sur elle.
- Pardon ?!
- Oui bon, intervint Leroy de sa voix bourrue. On ferait mieux de se dépêcher. Prévenir les gamins, c'est secondaire.
Les gamins ?! Eh ! J'ai 36 ans, quand même ! Elle était d'ailleurs physiquement plus vieille que Mary-Margareth et David eux-mêmes.
Laissant passer cette indignation, elle continua de se faufiler discrètement jusque devant la salle d'affaires secrètes. Elle et Henry l'avaient renommé ainsi depuis qu'ils avaient appris que les plus grandes décisions politiques se prenaient entre ces quatre murs.
Son père entra sans hésiter, Leroy à sa suite. Mais sa mère prit le temps de se tourner vers sa fille, un sourire crispé sur le visage. Comprenant bien que sa couverture était tombée, Emma s'avança jusqu'à elle.
- Il y a quoi, là-dedans ? demanda-t-elle en pointant du doigt la grande porte en bois.
- J'ai beaucoup de mal à le croire.
La sauveuse mit de côté son excitation pour s'inquiéter de la fragilité dont sa mère faisait preuve. Ses yeux larmoyants, ses mains tremblantes… Elle n'était plus vraiment sûre de vouloir entrer dans cette pièce, finalement.
- Ça ne peut pas être un ogre, s'exclama-t-elle, encore traumatisée de son premier voyage dans ce monde. On a jeté un sort sur le château, tu te rappelles ? Rien de malveillant ne peut entrer.
La seule fois où elle avait utilisé sa magie consciemment au cours de ces dernières années avait été pour s'assurer que cette protection fonctionne bien.
- Je sais, souffla Mary-Margareth. Et c'est ce qui rend cette situation aussi compliquée.
Emma n'était pas une personne qui appréciait le grand suspens. Oh non. Elle devait savoir.
Alors elle poussa brusquement les portes pour faire une entrée fracassante, faussement sûre d'elle. Mais s'il y avait bien une situation à laquelle elle ne s'était pas préparée, c'était bien celle-là. Ou peut-être qu'elle s'y était préparée pendant tant d'années que la voir là, sous ses yeux, n'avait plus rien de probable.
Regina était toujours aussi belle. Un regard chocolat intense, un sourire espiègle qui cachait une peur et un malaise justifié. Elle se tenait droite dans un costume trois pièces qui n'avait rien à voir avec ce monde ci.
Killian répondait aux attaques de David mais Emma n'arrivait pas à s'en soucier, à écouter, à réagir. Regina était sous ses yeux et elle n'avait aucune idée de la réaction appropriée.
Sa mère ne se posa pas la question, elle. Parce que contrairement aux attentes de tout le monde, elle se jeta dans les bras de son ancienne belle-mère et Emma craignit d'abord qu'il s'agisse d'une énième tentative de meurtre. Mais ce n'étaient rien d'autres que des retrouvailles. Et au travers de l'étreinte qu'elle subissait plus ou moins, Regina posa sur la sauveuse un regard paniqué.
A priori, sa Majesté Regina Mills n'avait pas si bien préparé son grand retour.
