Des Séparations douloureuses
Chapitre 3
Le Retour de la reine
Regina Mills
Lorsque le stupide pirate s'était pointé chez elle avec son sourire carnassier et ses beaux yeux maquillés, Regina n'avait même pas hésité une seconde pour refuser son invitation.
Elle avait lancé la malédiction dans un but précis : ne plus jamais mettre un pied dans le monde enchanté. Ce monde dans lequel elle avait perdu son premier amour. Ce monde dans lequel on l'avait forcé à épouser un homme trois fois plus vieux qu'elle. Ce monde qui avait fait d'elle un monstre. Mais ce monde-là avait désormais sur ses terres le seul élément qui pouvait la rendre sincèrement heureuse : son fils. Était-ce vraiment le seul ?
Elle fut interrompu dans ses pensées par une stupide Blanche-Neige qui l'étreignit dans ses bras frêles. Derrière elle, sa fille lui jetait un regard lourd dans lequel tant d'émotions se battaient.
- Ta présence a toujours été nécessaire dans ce château, souffla son ancienne belle-fille avant de s'éloigner d'elle, les yeux larmoyants.
Alors quoi ? Revenir vivre ici lui avait soudainement rappelé que Regina était celle qui lui avait tout enseigné ?
- Qu'est-ce que vous faites là ? l'attaqua cet insolent de Prince Charmant.
- On visite les lieux, c'est un coin plutôt sympa.
Elle savait être impertinente au moins autant que lui. Il la fusilla de son beau regard clair et Killian, en grand médiateur qu'il était, décida de se justifier.
- La poudre de fée ne suffisait pas à faire naviguer le Jolly Roger. Seule Regina pouvait m'aider et il m'a semblé honorable de la convier à faire ce voyage avec moi.
- Donc elle a toujours ses pouvoirs ?
La brune croisa ses bras sous sa poitrine en levant les yeux au ciel avec agacement. Comment pouvait-il encore avoir si peur d'elle alors qu'il avait toutes les cartes en mains pour la détruire ?
- Absolument. Ma nouvelle malédiction se trouve d'ailleurs dans la poche arrière de mon pantalon.
Killian lui jeta un regard dépité. Il savait pertinemment qu'elle réagirait ainsi, il était trop tard pour le lui reprocher, désormais.
- Tes sarcasmes n'aident pas du tout, là !
S'il s'imaginait qu'elle allait ployer le genou devant ce couple d'idiots, il se mettait le crochet dans l'œil.
- Il faut prévenir Henry.
Cette voix monotone attira tous les regards. Depuis quand Emma Swan était-elle capable de faire passer si peu d'émotions dans une phrase ? Elle était la passion incarnée !
- Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, Emma.
Ces cinq années avaient suffi à faire oublier à Regina à quel point David Nolan était détestable. Mais sa fille semblait déterminée à s'opposer. Elle s'avança dans sa magnifique robe bordeaux qui accentuait la maigreur de sa taille. Avait-elle cessé de manger ? Les fast-food lui manquaient à ce point ?!
- C'est un cercle sans fin, tu le réalises ? Empêcher Regina de voir son fils parce qu'elle t'a privé de ta fille pendant vingt-huit ans, ça rime à quoi ? La vengeance, sérieusement ? Depuis quand est-ce une valeur de la si noble famille des Charmants ?
Il croisa les bras sur son torse habillé d'une tenue royale et secoua la tête. Ce qu'il peut être borné !
- Il n'est pas question de ça. Elle a été exilée et on ne revient pas sur une décision pareille !
- D'accord.
Il fronça les sourcils et en vérité, même Regina était inquiète par le sourire que la sauveuse arborait. Il n'avait rien de sincère.
- Je demande à faire appel.
La reine déchue grimaça en entendant ces mots. Le système politique du Royaume Enchanté avait probablement évolué ces dernières années, mais elle savait que certaines choses ne changeraient jamais.
- Miss Swan, la justice de ce monde n'est pas tout à fait la même que-
- La ferme, Regina.
Elle eut un mouvement de recul, surprise par son ton ferme. Wow. Voilà qui était totalement imprévisible. Elle s'était attendue à une princesse rebelle, prête à tout pour défier l'autorité de ses parents, cette étincelle mesquine dans le regard. Mais ce qu'elle voyait n'avait rien à voir avec cela. Emma Swan semblait plutôt… vide ?
- Est-ce que tu acceptes, Papa ? de réunir le conseil une nouvelle fois pour revenir sur le châtiment de Regina ?
Il hésita et la brune ne comprit pas bien pourquoi. Il était le roi et le père. Deux formes d'autorité. Il n'avait aucune raison de ne pas répondre par un « non » sec et radical.
- C'est faisable, répondit finalement Blanche-Neige sans quitter du regard son mari.
Avec toute la niaiserie dont ils faisaient toujours preuve, ces deux-là semblèrent échanger une conversation silencieuse qui mit Regina en alerte.
- Je veux juste voir mon fils.
C'était une simple phrase murmurée avec une vulnérabilité dont elle n'avait plus fait preuve depuis cinq foutues années.
- On va y réfléchir, conclut David. Mais ce soir, personne ne doit te voir.
- Tu veux rire ? rétorqua Emma. C'est l'occasion ou jamais.
- Ils la voient comme une menace !
- Ils l'ont oublié !
- On n'oublie pas quelqu'un qui détruit tout ton monde, Emma !
Le ton montait dangereusement et la brune se sentait de moins en moins à sa place. Pour une fois, elle ne cherchait pas à détruire leur parfait petit équilibre. Elle voulait juste voir Henry.
- Surtout pas quand on vit dans le même château ! s'écria la sauveuse avant de s'enfuir dans un claquement de porte tout à fait dramatique.
Killian éclata de rire tandis que Regina fixa la porte refermée avec surprise. Décidemment, Emma Swan ne cesserait jamais de la surprendre.
- Qui aurait cru que même Blanche-Neige et son Prince Charmant auraient autant de mal à gérer leur fille ? taquina le pirate.
Mais la reine déchue se fichait de ses moqueries, elle posa un regard plus inquiet qu'elle ne l'aurait voulu sur la fille de son jadis époux.
- Est-elle malade ?
Les yeux larmoyants, Blanche lui offrit un sourire triste qui ne fit qu'accroitre l'inquiétude de Regina.
- Le mal de ce monde, certainement.
- Évidemment ! cracha-t-elle. Comment pourrait-elle se sentir chez elle dans un monde où elle n'a pas été élevé ?!
- Emma ne s'est jamais sentie chez elle, répliqua calmement la reine du nouveau royaume. Un foyer, ça se construit avec une famille. Et il faut croire qu'elle n'est pas encore prête pour ça.
Regina secoua la tête, sur la défensive. Elle était tracassée par l'état d'Emma mais ce n'était pas la principale source de ses préoccupations.
- Peu importe les problèmes de votre progéniture. Je suis venue là pour voir Henry.
Si sa mère était devenue une larve, qu'en était-il de lui ? Elle était supposée s'en occuper.
- Alors ? reprit Killian. On peut participer à la fête, nous aussi ?
David serra les dents mais sa femme sourit doucement. Tout était douceur et bienveillance, avec elle. Cela avait toujours dégoûté Regina.
- Emma et moi avons lancé un sort de protection autour du château pour que personne de mal intentionné n'y accède. Nous savons de source sûre que ce sort fonctionne encore puisqu'il n'y a pas moins d'une heure, l'un des invités a été propulsé hors du château. De cette façon, il est clair que ni l'un ni l'autre n'êtes venu dans le but de faire du mal. C'est un fait dont ont conscience chacun des invités présents ce soir. Et c'est pourquoi vous pouvez effectivement y assister si vous le désirez.
Son discours entier était prononcé autant pour Killian que Regina. Mais elle porta ensuite toute son attention sur la brune.
- Tous les membres du conseil font partis des invités. Peut-être que ce sera l'occasion pour toi de gagner des points pour ton… deuxième jugement.
Elle s'en fichait d'être jugée une deuxième fois. Elle savait pertinemment que les conséquences seraient les mêmes. Mais si cela pouvait lui permettre de reprendre contact avec Henry pendant un laps de temps suffisant, cela lui convenait parfaitement.
Qu'est-ce qu'elle faisait là ? sur le point d'entrer dans un bal, habillée d'un simple costume trois pièces qu'elle était allée chercher au pressing à peine douze heure plus tôt ? Rien n'allait.
- Respire, souffla Killian, à son bras. Ça fait une heure qu'on est arrivé et aucun de nous deux n'a encore été condamné à mort. Ça ressemble à une mission réussie.
Elle secoua négativement la tête. Rien n'était encore joué. Les Charmants avaient encore le temps de les jeter aux cachots.
- J'estimerai ma mission réussie lorsque je serrerai Henry dans mes bras.
Puis, elle lui jeta un coup d'œil curieux. Le dos droit, crochet derrière le dos, les mâchoires serrée il ne semblait pas plus serein qu'elle.
- Tu crains qu'elle ne soit pas aussi ravie de te voir que ce que tu imaginais ? devina-t-elle.
- Honnêtement, depuis que j'ai vu l'état de Swan, je me demande si le pire ne serait pas qu'elle m'ait attendu pendant tout ce temps.
Elle inspira avant d'expirer fortement. Effectivement, il était légitime de se poser la question.
- Tinkerbell a déjà vécu dans ce monde. Il n'y a pas de raison qu'elle soit dans le même état qu'Emma.
Il ricana dans un air ironique qui ne plut pas du tout à Regina. Elle avait parfois du mal à croire qu'ils soient devenus amis, tous les deux.
- Bien sûr. C'est le changement de paysage qui l'a rendu comme ça, ta Miss Swan.
Elle n'eut pas le temps de répondre que déjà elle se trouvait en haut des marches de la grande salle de réception où tous ses anciens maudits portaient leur regard sur elle.
En bas, Emma semblait avoir commencé un discours qu'elle récitait d'une voix tout à fait monotone. Pourtant, plus elle parlait, plus elle était prise dans son plaidoyer totalement improvisé et tout le monde l'écoutait religieusement.
- … Et après tous ces arguments énoncés, j'attends celui qui osera me dire avec sincérité que ces années à Storybrooke ne lui ont rien apporté d'autres que du temps perdus. Que ce soit en amitié, en amour, en diversité culturelle ou bien dans une image tout à fait personnelle de soi-même, nous avons tous appris quelque chose de cette malédiction. Une chose est certaine, nous avons tous gagné Henry. L'héritier légitime de ce royaume. Et il vaut le coup de passer vingt-huit dans une prison temporelle.
Emma n'avait pas été maudite. Elle n'était pas restée vingt-huit ans dans une seule même journée. Mais ce que cette malédiction lui avait apporté n'était pas moins cruel. Une vie dans la solitude et le désamour.
Alors l'entendre prononcer ces mots devant des centaines d'invités qui pensaient l'inverse émut Regina. Elle décida de descendre les marches pour détourner l'attention de ses yeux embués.
- Je me porte garante de Regina Mills, déclara la sauveuse après un temps d'arrêt et quelques acclamations se firent entendre. Je paierai le prix s'il s'avérait que ses intentions soient mauvaises. Mais vous savez tous que si c'était le cas, elle ne pourrait pas être présente ce soir.
Personne ne doutait qu'être exilée pour s'être portée garante de l'ennemie numéro un du royaume lui poserait quelconques regrets. Elle attendait peut-être même cela avec impatience.
- C'est tout ce que j'avais à vous dire. Je vous souhaite ainsi une excellente soirée en ce cinquième anniversaire du Nouveau Royaume.
Un lourd silence tomba dans la salle en attendant que Killian et Regina ne descendent les marches et Neal Cassidy ordonna à l'orchestre de reprendre sa musique. Mais personne n'avait envie de danser, désormais.
Les deux parents biologiques de son fils se tenaient là, à un mètre de la brune, si proches l'un de l'autre, leur regard sur elle. L'un avec inquiétude, suspicion. L'autre avec espoir, soulagement.
La belle blonde fit pression sur la main de son homme avant de s'approcher d'eux. À aucun moment ses yeux de couleur émeraude ne rencontrèrent ceux de Killian. Regina avait toute son attention et elle s'en réjouit discrètement.
- Henry est quelque part dehors, avec August, expliqua la sauveuse. J'ai envoyé Leroy le chercher le plus rapidement possible mais vous le connaissez un spécialiste de la fugue.
Savoir qu'elle s'impliquait autant dans les retrouvailles avec leur fils apporta à Regina un sentiment d'apaisement. Mais en même temps, elle voulait savoir ce qu'Emma ressentait par rapport à elle. Comment oublier leurs douloureuses séparations sur la plage de Storybrooke, cinq ans plus tôt ?
La blonde tendit une main délicate vers le brune, le regard prudent et cette dernière hésita à la saisir, craintive de ce que cela impliquerait.
- En attendant qu'il veuille bien se montrer, accepteriez-vous que je vous présente à quelques alliés ?
Regina fronça les sourcils, lança un regard interrogateur vers Killian. Était-ce vraiment une bonne idée ?
- Tu devrais y aller, répondit celui-ci. J'ai deux mots à échanger avec Cassidy.
Elle hocha la tête, sourit timidement à la belle blonde. Que pouvait-il lui arriver de si désagréable, de toute façon ?
- Allons-y pendant que nos hommes discutent, alors, se résigna-t-elle.
La sauveuse ne s'arrêta pas sur l'appellation, lui confirmant qu'elle était belle et bien en couple avec l'idiot de fils de Rumple.
Au moment où leurs mains entrèrent en contact, Regina ressentit un frisson dans l'intégralité de son corps. Et le regard d'Emma changea. Cette toute petite étincelle qui passa dans ses yeux n'était que trop familière à la brune. Alors elle lui sourit avec une sincérité qui la surprit elle-même. Et la blonde y répondit dans la seconde.
Cela dura un moment avant qu'elle ne finisse par la guider jusqu'à deux femmes qui étaient loin de lui être inconnue.
- Regina, la salua la fée verte pour qui Killian s'était personnellement déplacé. Bon retour à la maison.
- La maison ? C'était cela la maison ? Regina refusait de le croire. Tinkerbell avait tout perdu dans ce monde. Elle ne pouvait pas considérer ce monde comme étant sa maison.
Mais en même temps, Emma n'avait pas gagné beaucoup de choses dans l'autre monde, et pourtant, elle s'y sentait plus à sa place.
- J'avais hâte de vous revoir ! s'extasia l'ancienne serveuse du Granny's avec un enthousiasme qui semblait étonnement sincère.
- Miss Lucas.
Le ton formel de la reine déchue fit rire la louve. Elle osa même échanger un clin d'œil avec sa filleule. Celle-ci sourit avec gêne à Regina avant de la guider quelques pas plus loin, aux côtés d'une ancienne amie que la brune n'eut pas de mal à reconnaître malgré son ventre gonflé.
- J'imagines que vous vous souvenez d'Abigail. Ou Kathryn, peu importe.
En vérité, cela importait. Abigail lui avait toujours été un peu indifférente. Si elle l'avait maudite, c'était en partie pour l'élément clé qu'elle apporterait dans le couple des Charmants.
Kathryn, c'était autre chose. Elle avait été son amie, et puis Regina l'avait fait passer pour morte et l'avait utilisé et manipulé pour briser le cœur de Blanche-Neige, sans se soucier qu'elle briserait le sien par la même occasion.
- Je commençais à croire qu'on ne te reverrait jamais, déclara doucement la princesse, un sourire aux bouts des lèvres.
Pourquoi personne ne semblait scandalisé par sa présence ? Comme si son retour était un événement prévu à une date indéfinie. Pourquoi l'avoir exilé s'ils attendaient tous si impatiemment son retour ?
- C'est le pirate qui t'a retenu toutes ses années ? demanda-t-elle curieusement.
La chaleur et la sérénité qui occupaient Regina depuis quelques minutes disparurent à l'instant où Emma lâcha sa main.
La brune tourna son regard vers Killian qui releva à cet instant les yeux sur elle. Il lui lança un discret clin d'œil avant de reprendre sa discussion avec Cassidy. Sourire en coin, Regina décida de répondre à Kathryn.
- C'est surtout moi qui l'ai retenu.
Cela la fit rire. Pas Emma. Elle se trouvait probablement dans le même état que Regina ne l'était à l'idée d'un mariage entre les parents de Henry.
- Où étais-tu pendant tout ce temps ? l'interrogea Kathryn.
- Je n'avais pas d'autres choix que de me construire une nouvelle vie.
- Oui, d'accord, mais où ?
Emma demeurait silencieuse, suivait leur conversation sans y participer mais Regina savait qu'elle prêtait une attention particulière à chacune des informations qu'elle lui fournissait.
- Je dirige une petite entreprise de cosmétique, à Manhattan.
Et enfin, l'ancien shérif de Storybrooke sourit. Regina vit son visage se détendre peu à peu.
- Manhattan, hein ?
Comment pouvait-elle être étonnée que la brune ait suivi ses conseils ? L'une d'elles deux avait au moins tenu ses engagements.
- J'avais ouïe dire qu'il s'agissait d'une ville adaptée à mes ambitions.
- Gérer une entreprise de cosmétique dans cette ville occupée par des millions de requins, ça ne doit pas être facile tous les jours. Bravo à vous, Madame la Maire.
Regina s'apprêta à la corriger mais l'amusement qui se lisait sur son visage l'en empêcha. Kathryn se racla la gorge, interrompant leur échange de regard.
- Votre nostalgie va devoir attendre encore un peu. Il y a plus important pour l'instant.
Ce fut à cet instant que Regina le vit, entouré de ses grands-parents, dans un costume chic qui contrastait fortement avec les bottes boueuse qu'il chaussait. Il faisait presque la même taille qu'elle. En vérité, il suffisait qu'elle retire ses escarpins pour qu'il la dépasse. Et pourtant, son sourire niais et son regard chocolat étaient semblables à l'image qu'elle avait gardé à l'esprit toutes ces années.
- Maman !
Cette voix grave, muée, la surprit mais elle s'avança tout de même de quelques pas, le cœur battant.
- Henry…
Il avança à son tour avec une délicate prudence, comme s'il craignait qu'elle ne s'envole.
- Ce n'est pas trop tôt, intervint Emma, derrière elle. On t'a cherché partout. Tu as manqué un truc incroyable.
Comme un déclic, il se précipita vers sa mère adoptive pour la serrer dans ses bras bien plus musclés que ce qu'elle aurait un jour pu imaginer pour son petit garçon. Et elle lui rendit avidement l'étreinte alors qu'il déposait sa tête sur son épaule.
- Tu es enfin revenue, souffla-t-il.
Et voilà. Elle pouvait enfin respirer.
Le lendemain matin, Regina se réveilla dans la chambre qui lui avait été attribué, dans le même couloir que la plupart des gardes qui n'avaient certainement pas dormi de la nuit attendant le moindre faux pas de sa part.
À côté d'elle, Killian Jones était déjà habillé, assis confortablement au-dessus des draps, comme attendant qu'elle se réveille. Il sifflotait une mélodie de pirate et elle se laissa bercer un instant avant d'ouvrir enfin les yeux.
- Bien dormi ? demanda-t-il.
Elle réfléchit un instant à la question. Elle avait eu beaucoup de mal à s'endormir, certes, mais elle avait passé des nuits bien moins agréables.
- Mieux dormi.
Une demi-décennie qu'elle enchainait les cauchemars. Cela faisait du bien de passer une nuit sans rêve.
- Et toi ?
Il ricana. Un rire sans joie, amer. Elle fronça les sourcils en détaillant son visage épuisé.
- Je n'ai pas dormi.
Voilà qui ne lui ressemblait pas. Elle se redressa, couvrant son corps nu des draps pour porter un regard compatissant sur lui.
- Tinkerbell semble bien se porter, avança-t-elle.
Il siffla, lui confirmant qu'elle avait visé juste. En revenant après cinq années d'absence, il savait ce qu'il risquait de trouver.
- Trop bien, même.
- Mariée ? supposa-t-elle.
- Très proche de Robin.
- Ro – oh ! Oui, Robin.
Il fronça les sourcils en la dévisageant tandis qu'elle baissa les yeux. Robin. Elle ne s'attendait pas à le revoir un jour.
- Tu le connais ?
- Tink pensait qu'il s'agissait de mon véritable amour.
- Pourquoi pensait-elle ça ?
- Une histoire de magie, encore. Ça aurait pu l'être si mon cœur n'était pas si noir, à cette époque.
Il se releva, sortit du lit, marcha jusqu'à la fenêtre devant laquelle il tira brusquement les rideaux.
- Mais ce n'est plus le cas, aujourd'hui.
- Tu penses pouvoir m'utiliser afin d'éloigner Robin de ta fée ? s'amusa-t-elle.
Cela le fit autant rire qu'elle et elle en fut rassurée. Il n'était pas trop abattu, c'était déjà cela.
- Déjà que tout le monde croit que nous sommes ensemble, tous les deux. On ne va pas ajouter une barrière supplémentaire entre Swan et toi.
Elle souffla, leva les yeux au ciel avec dépit tout en reposant son dos contre la tête du lit.
- Je commence à me demander si c'était vraiment une bonne idée.
- De revenir ?
Elle acquiesça et il resta silencieux, contemplant l'extérieur un instant avant de lui offrir un sourire crispé.
- Manhattan me manque aussi. J'ai fini par m'habituer au métro, aux belles femmes dans leur tenues sexy…
- Tu es un pervers, Jones.
- Tu crois ? Alors je ne devrais pas faire usage du numéro de la belle serveuse maladroite dans le café face à ton entreprise ?
- Il ne te sera d'aucune utilité. Elle n'est clairement pas intéressée par la gent masculine.
Il se tourna vers elle, yeux écarquillés et elle tenta de ne pas s'en amuser. Pauvre Killian.
- Pardon ?!
Elle grimaça un sourire coupable. Ce n'était pas la première fois qu'elle lui faisait le coup et elle craignait qu'il commence à lui en vouloir.
- Je n'osais pas te le dire, parce que je sais qu'elle te plaisait bien mais… On s'est déjà vu un soir ou deux.
L'expression choquée sur son visage arracha un rire à la brune et il secoua la tête avec exaspération.
Killian et Regina entretenaient une relation particulière depuis quelques mois. Lorsqu'il était arrivé dans son bureau, la première fois, elle l'avait fait virer sans une once d'hésitation. Elle n'avait pas de temps à accorder à l'équipier de sa mère. Mais un soir où elle était vulnérable et où la solitude se faisait plus présente que jamais, elle avait accepté de le voir. Et ils avaient discuté pendant des heures. Jusqu'à trouver un terrain d'entente. Ils avaient tous les deux quelqu'un à retrouver, ici. Alors ils étaient devenus coéquipiers.
- Tu ne veux pas retourner à Manhattan, rétorqua-t-elle. Tu as juste peur.
- Peut-être.
Elle se releva, enroulant le drap autour de son corps. Elle ne l'avait pas vu aussi défaitiste depuis longtemps.
- Tu ne dois pas baisser les bras.
- Facile à dire pour toi. Henry serait prêt à faire le tour de tous les monde avec toi. Et Emma.
Elle baissa les yeux. Il ne pouvait pas lui faire croire que c'était plus facile pour elle que pour lui. Il savait à quel point elle était dans une situation difficile.
- Et Emma…
Elle refusa de relever la tête mais elle entendit le pirate s'approcher pour la serrer dans ses bras.
- Et Emma s'est portée garante pour toi, lui souffla-t-il dans l'oreille. Et Emma a défié l'autorité de ses parents pour toi. Et Emma a tenu ton plaidoyer devant une centaine de personnes. Et Emma ne fait jamais ça.
- Comment peux-tu le savoir ? demanda-t-elle.
- Baelfire me l'a dit. C'est la première fois depuis des mois qu'elle ne fait pas seulement acte de présence.
Elle resserra ses bras autour du cou du brun, illuminée par un nouvel espoir. Emma n'avait pas pu l'oublier pendant cinq ans.
- Merci, Killian.
Après tout, de coéquipiers, ils étaient peut-être devenus amis, au fil du temps.
Ce fut avec surprise que Regina découvrit cette immense salle dans laquelle le courtois garde l'avait escorté. Elle s'attendait à un petit déjeuner servi à même sa chambre. Voire en petit comité, avec quelques invités.
Elle n'aurait jamais cru être conviée à participer à ce premier repas de la journée en compagnie du couple royal lui-même.
- Maman ! s'écria Henry en la voyant entrer.
Et tout prit sens. Ce que petit prince désirait, petit prince obtenait. Et dire qu'Emma Swan lui avait promis de ne pas faire de lui un pourri-gâté.
- Je ne pensais pas que tu arriverais avant 'Man, reprit-il et Regina mit du temps à comprendre.
Alors voilà, elle n'était plus « Emma-la-sauveuse-génialissime-héro-de-tout-les-temps ». Désormais, elle était « 'Man ». Et la brune se demanda ce qui lui faisait le plus mal.
- Je suis étonnée que tu aies imaginé le contraire, répliqua-t-elle calmement en avançant d'un pas. Le manque de ponctualité n'est-il pas l'essence même de Miss Swan ?
Blanche-Neige et son Roi-tout-sauf-Charmant n'apprécièrent pas particulièrement la pique. Mais son fils avait su reconnaître l'affection qu'elle portait dans son jugement. Il lui sourit joyeusement.
- Au moins, intervint une voix terne derrière elle, mon essence à moi n'est pas la magie noire.
Regina se tourna pour faire face à la belle blonde dont le sourire en coin trompait ses mots si durs.
- Emma ! s'indigna sa mère.
Mais la blonde l'ignora avec brillance. Ses yeux jades posés sur la brune étaient habités par un amusement évident. Elle portait un pantalon noir serré et un haut blanc en dentelle qui dévoilait un corps bien trop maigre pour la gourmande Emma Swan que Regina avait autrefois connue.
- En effet, votre magie a une odeur bien plus sucrée.
La Sauveuse fronça les sourcils tandis qu'elle réfléchissait au sens de ces mots. Elle attendit quelques secondes avant de demander :
- Pardon ?
- Comme de la guimauve, un peu.
Lorsqu'elle comprit enfin où Regina voulait en venir, Emma leva les yeux au ciel avec exaspération et la brune sourit davantage.
- Je ne suis pas affectée par cette magie-là.
- Quelle magie ? demanda Henry. La magie du Véritable Amour ?
Si les yeux pouvaient parler, toute personne présente dans cette pièce aurait pu entendre les questions que se posaient la belle blonde. Mais Regina était la seule à pouvoir lire ce regard jade qui était passé d'amusé à interrogateur. Elle se tourna vers Henry, lui sourit sincèrement.
- Tu n'es pas sans savoir que ta mère est le fruit du véritable amour de tes grands-parents.
- Ah, souffla-t-il sans masquer sa pointe de déception. Je pensais que tu voulais dire que 'Man avait un prince charmant, elle aussi.
Le rire puissant qui se fit entendre autour de la grande tablée attira tout de suite l'attention de Regina. Elle n'avait même pas remarqué Ruby Lucas qui portait dans ses bras une adorable petite fille dont la ressemblance avec Emma la troubla singulièrement.
- C'est la meilleure, ça ! s'écria la louve, une fois remise de ses émotions. Tu imagines vraiment ta mère avec un chevalier hors-pair, prêt à sacrifier sa propre vie par amour ?
Elle éclata de rire à nouveau et la fillette dans ses bras la suivit allégrement. Regina suivit la scène avec un sourire en coin.
- Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, se vexa le Roi.
Il fut une époque où Emma Swan aurait répliqué, se serait défendue et les aurait tous défier de dire un mot de plus. Mais cette Emma-là n'était plus et Regina allait devoir se familiariser avec cette nouvelle quiétude qui émanait d'elle alors qu'elle s'avançait pour prendre la petite-fille dans ses bras. Et le cœur de la brune se pinça sévèrement. Parce qu'elle était différente et ses sentiments ne changeaient pas pour autant. Parce qu'elle portait dans ses bras un enfant qui lui ressemblait étonnement. Parce qu'elle était peut-être bien devenue maman. Et pas de leur fils commun.
- Regina, je te présente Eva.
Eva. Parfait. Elle allait vomir.
Eva.
Comment avait-elle pu appeler un enfant selon le nom de cette femme que Regina avait substitué ? Cette femme à laquelle elle n'avait jamais pu ressembler. À cette femme idéalisée par son mari et sa-
Oh.
Comprenant finalement qui était vraiment cette petite fille, elle expira calmement tout en jetant un regard vers Blanche-Neige. Elle l'avait privé de l'éducation de son premier enfant. Elle se rattrapait avec un second.
- Bonjour, murmura la petite blonde tout en évitant son regard.
- Oh tu fais la timide, maintenant ? s'amusa Emma. Tu n'as aucune raison. Il s'agit seulement de la mère de ton neveu, de la belle-mère de ta mère et de la première amie de ta baby-sitter.
- Hein ? répondit la petite. 'comprends rien
- Laisses ta sœur tranquille, intervint finalement la mère des deux jolies blondes. Et viens t'asseoir avec nous ! Regina, aussi !
Cette dernière ne tolérerait jamais de recevoir un ordre de la nouvelle reine. Mais l'arrivée de Killian détourna son attention et en l'espace de quelques instants, elle se trouva assise entre lui et Abigail qui semblait avoir tout un tas de questions à lui poser. Elle se servit une tasse de café avant de répondre poliment à son sourire.
- Combien de temps restes-tu au Royaume ? demanda la princesse.
Regina n'en avait pas la moindre idée et Killian répondit à sa place, en profitant pour passer un bras par-dessus son épaule.
- Aussi longtemps que sa Majesté acceptera notre présence.
Emma, assise entre Henry et Ruby, observa longuement le rapprochement tactile qu'instaurait le pirate avec la brune. Puis elle releva un regard sombre sur lui.
- Le conseil va se regrouper pour Regina. Mais pas pour toi, Jones.
Il feignit un air vexé et Regina pinça les lèvres pour ne pas sourire. La colère qu'Emma portait à Killian pourrait presque lui faire oublier leur passif.
- Moi qui pensais pouvoir compter sur ton soutien, Swan.
- La rédemption de l'ancienne méchante reine va déjà pas mal m'occuper. Pas de temps pour le Captaine Crochet.
La fausse désolation qu'elle laissa passer dans ses mots intrigua Regina. A quoi était dû cette haine envers lui ? Était-ce de la jalousie ? Elle osait à peine l'espérer.
- Je devrais peut-être demander à Baelfire de me servir d'avocat, alors.
- Je ne te le conseille pas, répondit Henry tout en se servant un grand verre de jus d'agrume. Il n'arrive même pas à prendre sa propre défense.
- Et pourquoi aurait-il besoin de prendre sa défense ? Subirait-il quelconque accusation ?
Emma reposa un peu brusquement sa tasse. Elle commençait à perdre patience et Regina en fut presque rassurée. C'était la Emma Swan qu'elle connaissait.
- Pas de quoi comploter, creuse autant que tu voudras, tu ne trouveras rien de particulièrement intéressant concernant Neal. Henry faisait seulement allusion aux anciens ennemis de Rumple qui ne se montrent pas toujours particulièrement réceptif à sa personne. Mais tout le monde a conscience que Neal est le père du dernier hériter légitime du Royaume et mérite – de ce fait – la place qu'il occupe dans le château.
- Et quelle place occupe-t-il ? insista-t-il.
Le silence lui répondit mais Regina sentit par de fortes vibrations qu'Emma se contenait fortement.
- Celle de te satisfaire ? demanda-t-il dans un murmure.
Il se prit en pleine face le jus d'agrume de Henry, et reçut par la même occasion un regard meurtrier de son attaquant.
- Henry ! s'écrièrent en même temps ses grands-parents, n'ayant pas entendu la provocation du pirate.
Emma, quant à elle, se contenta de sourire avec satisfaction. A priori compter sur Killian et attaquer Neal Cassidy étaient deux stratégies que Regina pouvait oublier si elle tenait à accomplir sa mission : séduire Emma Swan.
Le jardin fleuri de la cour du château était particulièrement agréable à admirer. Regina prenait plaisir à inspirer les bonnes odeurs qui s'en dégageaient. L'art topiaire de ce jardin avait un aspect spécifique. En particulier parce que les formes représentées illustraient avec une précision exquise les membres de la famille royale. Elle ne tarda pas à reconnaître le roi et la reine dans le laurier. Mais l'œuvre qu'elle contempla avec le plus de d'intérêt fut le buis en forme de cygne. Elle s'en approcha délicatement et sourit avec amusement, imaginant fort bien qu'Emma Swan avait refusé d'avoir son portrait dans le jardin.
- C'est elle qui a insisté pour avoir un jardin dans ce style.
Elle détourna les yeux du buis pour contempler son fils. Il était beau. Dans sa tunique marron, son pantalon blanc et ses bottes, il lui rappelait ce jeune homme qui avait possédé son cœur, dans une autre vie.
Daniel.
Elle s'approcha de lui et passa délicatement une main dans ses cheveux bruns avant de la poser sur sa joue pâle, croisant son regard chocolat. Il semblait mal à l'aise. Ce qui était compréhensible. Elle le dévisageait tel un fantôme.
- Je parle de 'Man, expliqua-t-il en jetant un regard aux cyprès, lauriers et buis aux formes symboliques.
Elle lâcha son visage, reporta son attention sur le cygne qui la dominait facilement de sa hauteur.
- Elle a pourtant refusé de servir de modèle, s'amusa-t-elle.
- C'est parce qu'elle s'en fiche pas mal du jardin.
Elle fronça les sourcils, essayant de trouver la logique là-dedans. Décidemment, Emma était un mystère.
- Alors elle fait des caprices ?
Sa remarque lui arracha un faible rire et ce simple son lui avait tant manqué que Regina cessa toute contemplation de la verdure, se concentrant sur ce jeune homme splendide qu'il était devenu. Quelques poils poussaient sur son menton et sous son nez mais il prenait soin de les tailler.
- Son but était d'engager Marco. C'est le seul capable de sculpter des trucs pareil. Mais tu comprends, Marco et August avaient une petite chaumière trèèès loin d'ici. Alors à la demande de la princesse, ils sont venus vivre au château. Pour le jardin.
Ses yeux brillaient d'une reconnaissance vive pour sa mère. Son autre mère. Finalement, peut-être qu'Emma avait tenu sa promesse.
- Bien sûr, rétorqua Regina. Uniquement pour le jardin.
- Je ne sais pas comment j'aurais pu survivre sans mon ami.
Elle força un sourire. Elle avait l'impression de ne plus le reconnaître. Elle avait manqué tant de chose dans sa vie.
- Tu as toujours été un garçon solitaire.
Il haussa les épaules, détourna les yeux et elle craignit l'avoir vexé. Ce n'était vraiment pas le but.
- Je n'avais pas d'amis mais je n'étais pas seul pour autant.
Elle avait passé tant d'années dans la solitude qu'elle s'était donnée beaucoup de mal pour que Henry ne connaisse jamais cela.
- Ces dernières années n'ont pas été faciles, s'exclama-t-il avec une maturité qui fit mal à sa mère. Mes grands-parents, Ruby, Belle… Tout le monde était si heureux d'être de retour.
- Mais pas toi ?
Il sourit avec une nostalgie sincère. Où était passé ce petit garçon joyeux et en quête d'aventure ?
- Oh si. Ce monde est génial. Encore mieux que dans toutes ces histoire que tu me racontais, quand j'étais petit.
Elle sourit à ce souvenir et contint difficilement ses larmes. Il n'avait pas oublié et cela la toucha sincèrement.
- Elles étaient inspirées de ces terres.
- Je sais ! J'ai tout de suite reconnu le lac des nymphes quand j'y suis allé.
Elle écarquilla les yeux, perdit son sourire sous l'inquiétude qui avait fait manquer un battement à son cœur.
- Tu es allé là-bas ?
- Ouais, il fallait bien que je m'occupe.
Il lui tourna le dos pour aller s'installer sur un banc en pierre blanche, un peu plus loin. Elle le rejoignit rapidement.
- Quand le verdict est tombé, il y a cinq ans et que j'ai su que j'allais devoir te quitter, c'était horrible et tu le sais très bien. Mais au moins, je savais que je pourrais compter sur Emma.
Il soupira dramatiquement et elle fut attristée par l'expression qui passa sur son visage.
- Du moins, c'est ce que je pensais. Mais tout ne s'est pas exactement passait comme je l'imaginais. Elle… Elle est devenue distante et au début ça ne m'affectait pas. Parce qu'elle était toujours sincère avec moi. Mais avec le temps, elle s'est renfermée de plus en plus et elle a commencé à se forcer à sourire et elle m'évitait. Je pense qu'elle ne voulait pas que je sache.
Il s'interrompit, les yeux larmoyants et elle posa sa main sur la sienne dans un geste futile de réconfort.
- Que tu saches quoi ? demanda-t-elle doucement.
- Qu'elle était triste. Et mal. Je crois qu'elle se sent vraiment très seule ici. Ruby était son amie la plus proche avant. Mais elle est aussi sa marraine, la meilleure amie de sa mère. Et puis, elle ne vit plus ici. Et il y a Kathryn mais c'est différent.
- Il y a ton père aussi.
Même si Regina avait du mal à l'admettre. Pourtant, Henry secoua négativement la tête.
- Je ne sais pas ce qu'elle fait avec Papa mais il est clair que ça les fait plus souffrir qu'autre chose. Et tous les deux. Je n'ai pas aimé ce que Killian a dit sur lui, ce matin. Parce qu'il a considéré mon père comme un simple jouet pour Emma et pour être honnête, je ne suis pas certain qu'elle s'amuse vraiment avec lui.
Il essuya une larme sur sa joue et le cœur de sa mère adoptive se brisa un peu plus encore. Elle voulait le serrer dans ses bras.
- Et puis elle a commencé à sortir.
- Sortir ? Comment ça ?
- Le soir, elle sort en ville, je ne sais pas trop ce qu'elle fait mais quand elle rentre, elle est ivre, toujours. Et stupide. Elle dit que des trucs stupides.
Regina fronça les sourcils. Cela ne lui plaisait pas du tout. Elle avait fait confiance à Emma, elle lui avait confié la garde de son fils et c'était ainsi qu'elle en prenait soin ?! Ces dernières années, la brune avait très souvent ressenti de la colère contre la sauveuse. Pour avoir suivi ses parents sans s'interposer. Pour l'avoir laissé sur des séparations atroces. Pour l'avoir embrassé et être partie. Mais jamais pour Henry. Parce qu'elle avait toujours eu la certitude qu'elle saurait prendre soin de lui. Et savoir qu'Emma Swan avait encore le pouvoir de lui donner tort l'énerva au plus haut point.
- Maman ? Est-ce que ça va ?
Elle souffla pour tenter de se calmer, serra les points pour apaiser cette magie qui l'oppressait.
- Je suis seulement déçue.
Il lui sourit encore avec cet air mature qui la frappa en pleine face. Henry était son bébé.
- Il ne faut pas l'être. Emma n'y peut rien.
- Pardon ?
- Ma grand-mère dit qu'elle est malade.
Elle fronça les sourcils, inquiète. Quel genre de maladie pourrait rendre Emma aussi… différente ?
- Comment cela ?
- J'ai une requête à te demander ! s'écria-t-il, ignorant sa question.
Elle était confuse. Elle avait envie de découvrir ce qui se passait avec Emma mais elle devait avant tout montrer à son fils qu'elle était là pour lui.
- Tout ce que tu voudras.
- Eh bien, ça va paraître un peu bizarre mais j'ai remarqué que 'Man était un peu plus investie depuis hier. Comme si ton retour lui avait permis de se rappeler qui elle était. Et je pense que tu pourrais l'aider à aller mieux.
- Moi ?
- Bah oui. Je ne vois personne de mieux placer que toi.
Et pourtant, il les avait vu se battre l'une contre l'autre pendant des années. Comment avait-il pu en arriver à cette conclusion ?
- Je vais lui parler.
- Bien sûr que tu vas le faire. Pourquoi tu serais revenu, sinon ?
La réponse était pourtant évidente. Comment osait-il ne serait-ce qu'en douter ?! Elle lui sourit avec amour.
- Eh bien, pour toi.
Mais il se contenta de hausser négligemment les épaules ce qui la vexa un tantinet, pour être honnête. Cette insolence, c'était sans nul doute possible d'Emma qu'il la tenait.
- Oui, aussi, c'est vrai.
Puis, enfin, il lui offrit un large sourire qui réchauffa son cœur. Elle avait presque cru qu'il n'en était plus capable.
- Alors Maman, dis-moi ce que tu as fait pendant toutes ces années ! Comment t'es-tu intégrée au monde ? On a tellement de chose à se raconter !
Et tant de moments à rattraper ! Décidant que le cas d'Emma pouvait attendre encore un peu, elle se lança jovialement dans le récit de ses aventures, heureuse d'enfin les partager avec son fils.
