Des Séparations douloureuses

Chapitre 6

Grandes confidences


Emma Swan

Passer la journée avec sa sœur lui avait fait du bien. Eva savait toujours divertir Emma. Lorsque Blanche était tombée enceinte, elle et David avaient craint la réaction de leur fille aînée et encore aujourd'hui elle ne comprenait pas pourquoi. Bien sûr que leur relation avec Eva serait toujours différente de celle qu'ils entretenaient avec elle. Mais ils ne l'avaient pas élevé et elle était physiquement plus vieille qu'eux, alors cela n'aidait pas. Elle n'avait jamais été jalouse pour autant. Au contraire, sa petite sœur était la plus belle chose qui lui soit arrivée au cours de ces cinq dernières années.

Mais en début d'après-midi, elle décida de la laisser sous la garde de sa baby-sitter attitrée : Tinkerbell.

Ainsi, elle put profiter du soleil avec Henry et August, près des écuries. Ils passaient tout leur temps ici et cela exaspérait Emma. Quel plaisir pouvaient-ils trouver à s'occuper de ces monstres qui hennissaient sans arrêt ?

Elle cessa de se chamailler avec eux lorsqu'elle sentit des picotements dans tout son corps et qu'elle tourna par instinct son attention vers les bois où sa mère et Regina sortaient à une cadence lente sur leurs grandes bêtes monstrueuses. Elles discutaient toutes les deux mais le regard de la belle brune était focalisé sur Emma. A une telle distance, elle ne pouvait pas le voir, mais elle le sentait.

- Qu'est-ce qui t'arrive, 'Man ? s'écria Henry en suivant son regard. Tu es jaloux que Maman monte Cannelle ?

Alors qu'August pouffait comme un idiot, la sauveuse se sentit rougir soudainement.

- Quoi ?! Mais ça ne va pas de dire ça ?! Nous sommes tes mères !

Son fils ne sembla pas comprendre où elle voulait en venir tandis que le rire de son ami redoubla d'intensité.

- Henry se moquait de votre manque d'amour pour votre jument, Princesse Emma, l'éclaira August, une fois calmé. Il n'insinuait rien de… hm…

- Oui, c'est bon ! l'interrompit-elle. J'ai compris.

Alors que Henry accourait pour aider Regina à raccompagner la bête jusqu'à son box, Emma porta son attention sur le jeune roux.

Plus les années passaient et plus il ressemblait à l'homme qu'elle avait connu à son arrivé à Storybrooke. L'homme qui l'avait espionné pendant des années et l'avait éloigné de Neal. Parfois, elle se plaisait à imaginer ce qu'il lui dirait si la fée bleue lui avait rendu sa mémoire. Elle l'imaginait la charrier sur son comportement et cela la faisait sourire de nostalgie. Le August Booth qu'elle avait rencontré des années plus tôt lui manquait. Mais il était impossible de le faire revenir. Cela reviendrait à prendre le seul ami qu'avait Henry et c'était impensable. Elle n'était pas égoïste à ce point.

- Princesse ?

Elle détestait qu'il l'appelle ainsi mais tel était son titre alors elle se contenta de l'interroger du regard.

- Vous me regardez encore étrangement… ça me met mal-à-l'aise.

Elle faussa un sourire, comme elle avait tristement pris l'habitude ces dernières années.

- Je me disais que nous devrions aller voir ce qui occupe tant Henry et Regina.

Il éclata de rire encore, toujours. Un jeune homme joyeux. Henry avait beaucoup de chance de l'avoir à ses côtés.

- Ça prend du temps de desceller un cheval et le brosser et-

- Oui, bon, ça va. Allons les aider, alors.

Elle n'aimait pas particulièrement l'idée d'entrer dans les écuries mais elle était curieuse d'assister à ce moment mère-fils qu'Henry et Regina partageaient.

Elle se fit donc discrète, à l'entrée, en observant les deux Mills engagés dans une conversation sincère tout en s'occupant de la bête.

August roula des yeux en comprenant la mission d'espionnage dans laquelle Emma se lançait.

- … rare qu'elle se balade, expliquait Henry. Elle ne veut que Emma et Emma veut tout sauf elle donc j'essaie de la promener parfois mais c'est compliqué.

Pour toutes réponses, Regina leur fit don d'un rire sincère qui apporta de doux frissons à Emma. À ses côtés, August lui jeta un regard en coin mais n'ajouta rien.

- Comment a-t-elle pu vivre cinq ans sur ces terres si elle refuse de s'approcher des chevaux ?

- Boh tu la connais, elle trouve toujours des stratagèmes. C'est ironique qu'elle craigne moins Ruby sous sa forme de louve que de Cannelle mais bon… je crois que ce n'est pas une peur anodine.

- Comment ça ?

- Je ne crois pas qu'elle ait toujours craint les chevaux. Je pense qu'il y a une raison à ça. Mais je n'ose jamais lui demander.

Emma cligna des yeux pour chasser les quelques larmes qui s'étaient immiscé et déglutit avec difficulté.

- Pourquoi n'oses-tu pas ? demanda doucement Regina. Tu crains sa réaction ?

Emma remercia la brune pour cette question et elle attendit patiemment la réponse. Cependant, August fit involontairement tomber un seau, à ses pieds, prévenant les deux Mills de leur présence. La blonde le fusilla du regard alors qu'il feignit un sourire désolé. Henry écarquilla les yeux en voyant sa mère s'approcher tandis que son autre mère se contenta de sourire. Emma réalisa qu'elle avait probablement senti sa présence depuis un moment déjà.

Était-ce donc de cette façon que ses parents s'étaient toujours retrouvés ? Franchement, il n'y avait rien d'exceptionnel à cela, ils n'avaient aucune raison de s'en vanter.

- Wow 'Man ! ça fait une éternité que je ne t'ai pas vu dans les écuries, tu es sûre que ça va ? Tu ne crains pas que tous ces monstres s'acharnent contre toi ?

Derrière elle, August ricana avant de se joindre à eux. Henry se tourna vers Regina, le regard rieur :

- Elle pense souvent que les chevaux seront ce qui causera notre perte. Elle a très sérieusement proposé à mes grands-parents de les considérer au même titre que les Trolls. Je te laisse deviner leur réaction.

Le visage serein, Regina alterna son regard entre Henry et Emma. Puis, elle dévisagea la blonde un long moment, de ses iris chocolatées.

- J'ai comme l'impression qu'il adore se moquer de toi.

- Ah bon, tu trouves ? Je n'avais encore pas remarqué, tu vois !

Elles échangèrent un sourire alors que Henry et August partagèrent un regard surpris.

- Vous vous tutoyez, maintenant ? s'étonna leur fils. Ça aussi c'est nouveau !

Et c'était pourtant spontané. Emma trouvait que tout était devenu si naturel avec Regina.

- Bon, on sort ? proposa-t-elle pour changer de sujet et cela fit rire les deux jeunes hommes.

- Je me disais bien que tu ne resteras pas longtemps ici, s'amusa Henry.

- Deux minutes, c'est déjà un exploit, la taquina August.

Elle plissa les yeux dans la direction de ce dernier et tenta de paraitre intimidante tout en sachant qu'elle ne pourrait jamais l'être plus que ne l'était naturellement Regina.

- J'en ai viré pour moins que ça.

- C'est faux 'Man, tu n'as jamais viré personne.

- Oui, bon, d'accord. Mais croyez-bien que cela ne serait jamais passer sous le règne de Madame la Maire !

- C'est vrai que je me demande toujours comment vous avez pu rester Shérif si longtemps, s'exclama-t-elle d'une voix moqueuse, ses yeux pétillants de malice.

Emma s'apprêtait à répliquer avec au moins autant de plaisir lorsque le monstre naïvement nommé Cannelle s'agita brusquement et elle ne put s'empêcher de pousser un cri aigu en l'entendant hennir.

Les chevaux alentours s'agitèrent à leur tour, tapant dans les parois en bois les séparant et le cœur de la sauveuse manqua un battement alors que tout son corps se figeait. Autant elle avait envie de partir en courant, autant elle était incapable de faire le moindre geste.

- Emma ? l'appela doucement Regina.

Hélas, elle ressentait l'incapacité de lui répondre. Elle ferma les yeux, plaqua ses mains sur ses oreilles et tenta de faire partir les flashbacks qui remontaient à la surface.

Elle entendit Henry s'approcher, poser une main sur son épaule et elle le frappa par pur réflexe.

- 'Man ! C'est moi !

- Je m'en occupe, Henry, reprit Regina. Essaie de calmer les chevaux, s'il te plaît.

Emma l'entendit s'approcher prudemment d'elle et elle tenta de se calmer sans y parvenir.

- Emma ? Je vais prendre tes mains, d'accord ? On va sortir, tu me fais confiance ?

Elle hocha faiblement la tête et Regina sépara lentement ses mains de ses oreilles, les serra délicatement dans les siennes ce qui apaisa rien qu'un peu la blonde. Elle accepta de la suivre, sans vraiment s'en rendre compte.

L'air extérieur était frais et lui fit le plus grand bien. Elle inspira fortement à trois reprises sous les directives de l'ancienne reine qui avait apparemment acquis des connaissances en sophrologie.

Elle la fit assoir au pied d'un arbre, sur l'herbe fraiche et la sauveuse s'exécuta sans se soucier de sa légère robe blanche.

Avec toute la classe et dignité dont Regina faisait toujours preuve, elle s'installa à ses côtés sans jamais lâcher ses mains.

Elles restèrent silencieuses un moment, le temps qu'Emma trouve un rythme cardiaque plus abordable.

- Tu vas mieux ? demanda-t-elle finalement.

- Mhm merci.

- Tu as besoin de quelque chose ?

Elle était attentionnée, douce et sincèrement inquiète. La sauveuse la rassura d'un timide sourire.

- Non, désolée. C'était idiot.

- Non. Me défier lors de ton arrivée à Storybrooke était idiot. Te mettre Gold à dos était idiot. Te jeter dans le chapeau de Jefferson était idiot. Mais cette réaction n'avait absolument rien d'idiot.

Les souvenirs que la brune mentionnait firent sourire la blonde. Elle avait été idiote ou impulsive mais elle ne regrettait rien.

Elle baissa les yeux sur leurs mains toujours jointes et pressa celles de la brune avant de se confier :

- J'étais en…

Elle ne put finir sa phrase, interrompue par les tremolos de sa voix. Regina resserra donc sa prise sur ses mains.

- Tu n'es pas obligée de me raconter, Emma. Fais-le seulement si tu en as envie.

Elle en avait envie. Elle voulait tout partager avec elle. Il lui fallait seulement trouver les mots adéquats.

- Tu n'es pas sans savoir que j'ai connu de nombreuses familles d'accueil, commença-t-elle.

L'ancienne reine hocha la tête, l'encourageant d'un sourire qui se fut particulièrement rassurant.

- Lorsque j'avais douze ans, j'ai passé quelques mois chez les Brill, un couple d'une soixantaine d'année qui s'occupait d'une ferme. Mrs Brill était douce et attentionnée. Mais elle ne pouvait rien contre Mr Brill une fois qu'il avait une goutte d'alcool dans le sang.

Elle se racla la gorge pour garder contenance et esquiva le regard chocolat de peur de craquer.

- Un soir, il est rentré encore plus énervé qu'à l'accoutumer. J'ai senti dans son regard qu'il n'y avait plus une once d'humanité en lui. Mrs Brill m'a conseillé d'aller me cacher.

Regina gardait une posture droite, un visage sur lequel aucune expression ne la trahissait. Mais sa magie…

Oh sa magie !

La tension qui émanait d'elle explicitait la colère qu'elle éprouvait et Emma la ressentit dans tout son corps.

- Je suis allée me cacher dans le pré, poursuivit-elle. Ça, c'était idiot, tu peux le dire.

Elle jouait la carte de l'ironie, sourire en coin, mais cela n'amusait pas son interlocutrice, loin de là. Elle attendait qu'elle prononce les mots qui finiraient d'accroître sa colère pour cet homme qui avait autrefois fait beaucoup de mal à la blonde.

- Je ne me souviens pas très clairement. Ma psy de l'époque m'a dit que c'était quelque chose de fréquent à la suite d'un traumatisme. Mais j'ai souvent des flashbacks qui reviennent. Comme un hurlement, des hennissements, l'ombre des chevaux, le coup des fouets.

Elle laissa une pause, reprit sa respiration, continua :

- Sa ceinture en cuir, il en était fier. Il aimait bien me le rappeler lorsqu'il était énervé et ivre. Surtout ivre, d'ailleurs. Les bêtes ne supportaient pas le bruit non plus. Je crois… Je crois me souvenir d'un coup de sabot dans le ventre et cette douleur insupportable, ce sentiment d'étouffer.

Regina ne prononça aucun mot mais son regard était intensément posé sur Emma qui refusa de l'affronter.

- Je me suis réveillée quelques jours après ce drame dans un hôpital de Boston. Je n'ai jamais plu entendu parler de Mr & Mrs Brill.

Elle haussa les épaules avec un semblant de négligence, comme si elle ne venait pas de raconter l'un de ses plus grands traumatismes d'enfance.

- Vous autres amoureux des canassons pouvaient jouer avec eux tant que vous voulez, grand bien vous fasses. Moi, je n'y arrive plus depuis bien trop longtemps.

Regina lâcha finalement ses mains pour l'entourer de ses bras dans une étreinte réconfortante qui fit le plus grand bien à Emma. Elle posa sa tête sur son épaule, savourant le flux d'énergie qui vibrait entre elles.

- Avec toute la magie de ce monde, murmura finalement la brune, il y a bien un petit géni qui finira par inventer un moyen de transport qui ne prône pas l'esclavagisme des chevaux.

Emma redressa la tête pour rencontrer le regard chocolat et offrit un sourire sincère à la reine déchue.

- Je n'aurais jamais cru que c'était un domaine dans lequel nous pourrions nous entendre.

- Nos avis ne s'opposent pas en tous points et heureusement.

Après quelques secondes à se dévisager l'une l'autre, Regina finit par prendre une grande inspiration en laissant son regard vagabonder sur l'immensité du terrain que possédaient les Charmants.

- Henry a besoin de toi.

Emma ferma les yeux une demi-seconde, tenta d'apaiser les sentiments négatifs qui revenaient se loger lentement dans sa gorge.

- Tu dois être forte pour lui. Je ne veux pas que tu le laisses tomber.

- C'est toi qui dis ça ? argua-t-elle.

- Tu sais très bien que je n'ai pas le choix.

- On a toujours le choix, Regina.

- Mais certains d'entre eux entraînent des conséquences trop importances.

La sauveuse souffla avec toute la lassitude qu'elle possédait. Pourquoi l'univers entier semblait se mettre entre elles ? Pourquoi dans son monde les contes de fées finissaient toujours bien alors qu'en réalité c'était tout l'inverse ?

- Laisse-moi au moins la chance de te défendre face au conseil. Peut-être qu'ils… peut-être qu'ils trouveront une solution ?

Le sourire qui gagna les lèvres de l'ancienne reine n'exprimait aucun espoir. Il semblait résigné, fataliste.

- Comment le pourraient-ils ?

Emma posa sa main sur la joue de la brune afin d'attirer son regard chocolat dans le sien.

- Accorde-moi au moins ça, s'il te plaît. Le conseil se réunira peu de temps après l'anniversaire de Henry. Reste jusque-là et ensuite tu décideras si tu veux rester ou non.

Elle s'attendait à un refus immédiat mais la brune hocha finalement la tête lui accordant un brin d'espoir vital.

- J'imagine que si tu veux avoir une chance de ne pas t'humilier lors du conseil, je dois faire en sorte que ton père arrête de me considérer comme une sorcière ?

Emma grimaça un sourire désolé. Elle ignorait qui de son père ou Regina détestait le plus l'autre.

- Ce n'est pas gagné mais je suis sure que tu peux y arriver.

- J'ai un mois pour le convaincre, cela devrait être réalisable.

- Tu as déjà affronté plus difficile, l'encouragea-t-elle.

La brune sourit, laissa durer le silence alors qu'elle analysait la blonde de son regard intense.

- Comment pourrais-je échouer alors que j'ai le soutien de la Sauveuse ?

La sauveuse en question rît niaisement, amusée par l'ironie qu'elle percevait dans la voix rauque de la reine déchue et le sourire de celle-ci s'agrandit.

Lorsque le rire d'Emma cessa enfin, Regina posa deux doigts sous son menton, attira son visage au sien et effleura ses lèvres des siennes. Une fois, deux fois. Une troisième fois et elle se recula alors que la blonde poussait un grognement de frustration. Pourquoi ne pas aller au bout ?

Elle eut sa réponse à l'instant où le regard chocolat se posa derrière elle et que les expressions sereines sur son visage furent remplacées par un air sérieux et cordial.

Lorsqu'Emma tourna à son tour la tête, elle aperçut le pirate à quelques mètres de là, les observant de son sourire pervers.

- Tu cherches quelque chose ? demanda calmement Regina.

- Le gamin se fait du souci. Il crie à tout va que sa mère a fait un malaise et je crains que ça n'arrive bientôt aux oreilles de la Reine.

La princesse poussa un soupir, prit appui au sol pour se relever sans aucune élégance.

- C'est le moment où je dois aller rassurer tout le monde, alors.

Regina sourit tranquillement, acquiesça d'un faible hochement de tête. Emma s'attendait à ce qu'elle l'accompagne mais elle comprit très vite que la brune resterait ici pour profiter de la présence de cet idiot de pirate qui était devenu son ami.

Elle avait encore du mal à comprendre comment une amitié aussi improbable avait pu naître. M'enfin, elle n'avait pas à juger, sa meilleure amie était un loup garou.


Henry lui sauta dans les bras à l'instant où elle entrait dans le hall du château. Ses yeux bruns étaient emplis de larmes et les traits de son visage tirés au possible.

- Je suis tellement désolé, 'Man ! J'aurais dû savoir que c'était une mauvaise idée. Promis, je ne te laisserai plus jamais t'approcher des écuries !

Elle lui sourit tendrement, attrapa calmement sa main tremblante et l'invita à la suivre parmi les longs couloirs labyrinthiques du château.

Une fois certaine qu'aucune oreille indiscrète ne traînait dans les parages, elle se lança tout en continuant une marche lente vers nulle part :

- Henry, je dois te parler de quelque chose.

- Quoi ?! Dis-moi !

- Eh bien, c'est à propos de… hm…

Sentant à quel point il était tendu, elle décida de l'apaiser un peu avant de commencer les choses sérieuses.

- J'aimerais devenir cavalière de haut niveau et organiser des courses de chevaux. Je suis sûre que-

- 'Man, l'interrompit-il d'un air las. Ce n'est pas drôle.

Elle sourit en coin et fut ravie de voir qu'il en fit de même. Parfait, elle considérait cela comme une mission réussie.

- Ok, désolée. Je ne voulais pas t'inquiéter. Tout va bien, il faut que j'apprenne à contrôler ma peur. Et la surmonter. C'est réalisable.

- D'accord. Si je peux faire quoi que ce soit pour t'aider-

- Non, Henry. Ne t'occupe pas de moi. Je suis assez grande pour gérer ça. En revanche, je vais avoir besoin de ton aide pour autre chose.

Elle ralentit la marche, jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, entreprit de se tordre nerveusement les doigts.

- C'est au sujet de ta mère, murmura-t-elle.

- Oui ?

Le tremblement dans sa voix ne passa pas inaperçu. Alors Emma encra son regard au sien, lui faisant passer le plus d'émotions possible dans leur échange :

- Je veux la convaincre de rester.

Il la dévisagea un moment, analysant son regard, le sérieux de son expression et finit par sourire en coin, poussant un soupir de soulagement.

- Enfin quelqu'un qui l'admet de vive-voix. Grand-Ma' le sous-entend tout le temps mais n'ose jamais le dire vraiment.

- Alors ? tu vas m'aider ? s'impatienta-t-elle.

S'attendant au début d'une nouvelle opération, elle fut désagréablement surprise de le voir grimacer.

- Je suis désolé, 'Man. Mais pour ce coup-là, tu vas devoir te débrouiller sans moi.

Elle interrompit brusquement sa marche, abasourdie et dévisagea son fils avec des yeux ronds.

- Pardon ?!

Il s'arrêta à son tour, recula d'un pas pour revenir à sa hauteur et lui sourit avec une empathie qui n'avait pas lieu d'être.

- Je sais à quel point ça te tient à cœur mais Maman ne peut pas rester ici.

- Je peux convaincre le conseil !

- Bien sûr que tu le peux ! Et tu peux tout aussi bien convaincre le peuple et la terre entière, ça ne changerait rien pour autant ! Elle ne sera jamais heureuse ici. Crois-moi, ça me fait autant mal que toi de l'admettre mais je pense que l'autre monde est le mieux pour elle. Il n'y a que là-bas qu'elle pourra être sincèrement heureuse.

- Ne dis pas ça, s'agaça-t-elle.

Il souffla avec une maturité que sa mère reçut comme une véritable gifle. Depuis quand les rôles s'étaient-ils inversés ?

- Tu l'as entendu parler de sa nouvelle vie ? Elle sourit et elle a hâte d'y retourner. Je pense qu'elle ne sera jamais totalement épanouie parce que… eh bien, tu sais…

Il baissa les yeux, rougit sous l'œil curieux de sa mère. Elle haussa les sourcils, attendant patiemment la suite.

- Parce que ? l'incita-t-elle.

- On ne peut pas être heureux loin de son véritable amour.

Emma resta sans voix quelques secondes. Elle ouvrit la bouche, la referma, réfléchit avant de parler et se lança enfin :

- Oh Henry… Justement, à ce propos, il faut que je te parle d'un truc. Un tout petit truc, vraiment pas grand-chose.

Ce furent désormais ses joues qui s'empourprèrent alors que Henry ricanait bêtement.

- Je sais, 'Man. C'est toi son véritable amour.

- Quoi ? Tu… mais… Comment ?

Il haussa négligemment les épaules et la blonde la réprimanda d'un regard empli de reproche.

- J'avais quelques doutes depuis son retour, avoua-t-il alors. Parce qu'à l'instant où elle est réapparue dans notre vie, tout ton comportement à changer. En mieux. J'ai aussi remarqué qu'elle se souciait de toi et ça m'a surpris, je t'avoue. Je m'attendais à ce que toute son attention soit portée sur moi mais j'ai vite remarqué que quelque chose d'autre la préoccupait. Il n'a pas été difficile de deviner que c'était toi. Et puis en vous observant tout à l'heure, à la manière dont elle s'est occupée de toi et dont tu t'es laissé faire, tout s'est mis en ordre dans ma tête et j'ai compris.

Emma se demanda si tous les foutus habitants de ce foutu château étaient au courant.

- D'acc hum est-ce que… enfin… Qu'est-ce que tu en penses ?

Son sourire de gamin revint manger son visage comme s'il venait annoncer à une femme qu'il ne connaissait pas qu'elle était sa mère biologique.

- C'est génial ! Mes deux mères ensemble, je ne peux pas rêver mieux !

Emma trouvait que son fils était particulièrement contradictoire dans ses idées et elle décida d'accuser l'éducation de Regina pour cela.

- Mais pourquoi ne pas vouloir qu'elle reste dans ce monde, alors ?

- Eh bien parce que toi non plus tu ne seras jamais heureuse ici.

Et après avoir prononcé ces quelques mots d'une façon tout à fait évidente, il s'éloigna tranquillement, suivant le chemin de ses appartements sous le regard ahurie de sa mère.

Il y avait des moments où il était difficile d'oublier que le sang de Rumplestilskin coulait dans ses veines.


Même si Emma la fréquentait plus souvent depuis la mort de Rumple, elle fut surprise de trouver Belle dans sa chambre, bouquinant dans son large fauteuil près de la fenêtre.

La sauveuse ne posa aucune question, s'installant sur le rebord de son lit tout en la dévisageant impoliment.

- Méfie-toi, Emma, déclara finalement la brune sans relever les yeux de son livre. Baelfire est prêt à tout pour obtenir ce qu'il veut. C'est dans son sang.

Elle ne l'avait jamais entendu parler ainsi de Neal. Depuis que Belle vivait avec lui au château de Rumplestilskin, ils semblaient entretenir une forte amitié.

- Il ne s'en rend peut-être même pas compte. Mais il te fera du mal si tu ne prends pas le contrôle de votre relation.

Emma fronça les sourcils. Elle commençait à en avoir assez que tous les membres de son entourage se mêle de ses relations intimes.

- C'est lui qui m'a dit d'arrêter tout. Il ne veut plus souffrir.

- Non, il ne le veut plus.

Belle referma son livre d'un claquement sec qui fit stupidement sursauter la sauveuse.

- C'est pour ça qui ne laissera pas tomber, murmura-t-elle, ses yeux bleu plongés dans les siens.

Emma prit une inspiration, détourna les yeux de ce regard bleu perçant qui s'offrait à elle.

- Qu'est-ce que je peux faire de plus ? Je pense lui avoir fait comprendre qu'il n'y aurait jamais plus rien entre nous.

- Tu ne l'as pas écarté pour autant.

Emma reporta son attention sur la brune, détailla l'expression sérieuse sur son visage et fronça les sourcils.

- C'est le père de Henry ! Je ne vais pas lui demander de sortir de ma vie, quand même !

Belle lui offrit un pâle sourire, se releva, reposa le livre à la place qu'occupait précédemment ses fesses et ouvrit la fenêtre de la chambre. Une multitude de rires se firent alors entendre. Elle fit signe à Emma de la rejoindre et celle-ci s'exécuta pour voir son fils, son père et Neal s'amuser dans la cour.

- Il manipule sans même s'en rendre compte. Regarde comment il séduit David. Il sait y faire. Et il sait très bien l'animosité qui existe entre Regina et ton père. Il va l'utiliser contre vous. Il est comme son père, Emma.

La sauveuse serra les dents, referma brusquement la fenêtre et fit quelques pas dans sa chambre, agacée.

- Tu veux que je l'interdise de venir au château ?!

- C'est pour le mieux.

Elle prit son visage dans ses mains avant de tirer sur sa tignasse blonde tout en soufflant.

- Henry ne me pardonnera jamais.

- Henry est intelligeant. Il comprendra.

Emma secoua négativement la tête. Elle refusait de s'y soumettre. Pas après tout ce qu'avait enduré Henry.

- Je serai aussi égoïste que mes parents si je faisais ça.

Belle reprit calmement son livre, s'approcha de son amie pour l'étreindre quelques secondes et se retira avec sérénité.

- Ce n'est qu'un simple conseil. Tu en fais ce que tu veux.

Puis, elle se dirigea vers la porte, sans perdre son sourire tranquille. Emma l'interpela avant qu'elle ne sorte

- Belle ? Toi aussi, tu l'as deviné avant moi ? Pour Regina, je veux dire. Qu'est-ce qui m'a trahi ?

- Ruby ! répondit-elle dans un rire avant de passer la porte.

Emma ne put s'empêcher de sourire à cette réponse. Ruby Lucas n'avait jamais su garder un secret, de toute façon.


Emma avait mis moins d'un an après son arrivée dans ce monde pour décider d'être suivie par Archie. Il avait gardé sa forme humaine et menait ses petites affaires de psy dans tout le Royaume.

Chaque fois, elle sortait de ces séances un peu plus apaisée. Ainsi, bien qu'elle soit surprise de le trouver dans le hall du château, elle fut soulager de le voir. Plus que jamais, elle avait besoin de lui parler.

- Je ne savais pas que vous deviez passer, s'exclama-t-elle une fois les salutations faites.

- J'ai pressenti que vous en aviez besoin.

Elle sourit comme réponse et le guida vers le salon au rez-de-chaussée dans lequel ils se rendaient toujours pour ses séances.

- Vous avez appris qu'elle était revenue, c'est ça ? devina-t-elle.

- Ce genre d'informations ne passent pas inaperçu, Princesse.

- Emma, corrigea-t-elle tout en ouvrant la porte du salon. Je vous ai déjà dit de m'appeler Emma.

Ils s'installèrent chacun dans un fauteuil, face à face et elle lui jeta un regard lourd de reproches.

- Tout le monde a l'air au courant de mes… de… hm… pour Regina et moi. Vous en avez parlé ?!

Nullement atteint par son accusation, il se contenta d'esquisser un sourire tout en jouant avec ses lunettes en métal.

- Vous savez très bien que tout ce que nous nous disons entre ces quatre murs restent entre nous.

- Mhm. Alors comment expliquez-vous que tout le monde soit au courant ?

Sans perdre son sourire, il chercha le regard d'Emma et elle accepta de le croiser sans hésitation.

- Eh bien, j'imagine que c'est plutôt flagrant.

- Flagrant ? Mais pas du tout ! Elle est l'ennemie numéro 1 de la famille.

Il s'esclaffa dans une hilarité que la blonde eut bien du mal à comprendre. Son psy se comportait rarement ainsi.

- Elle est l'ennemie de vos parents, pas la vôtre.

- Euh vous vous souvenez de nos années à Storybrooke ?! Je ne suis pas certaine qu'on était meilleures copines.

Il secoua la tête sans se départir de son sourire amusé, comme pour réfuter les paroles de sa patiente.

- Comment se sont passé vos retrouvailles ?

Emma haussa les épaules avec une négligence qui aurait fait grincer des dents sa mère.

- Nous avons peu l'occasion de nous retrouver que toute les deux. Et c'est frustrant. Je veux juste passer du temps avec elle. J'ai tant de choses à apprendre. Je dois savoir.

- Savoir quoi ?

- Tout ? Je veux tout connaître d'elle, j'en ai marre de ses mystères. Je veux discuter avec elle pendant des heures et qu'elle me raconte son histoire et je veux aussi…

Elle se mordit les lèvres, les joues légèrement rougies et portant un regard hésitant sur son psy avant d'avouer

- Je veux aussi lui sauter dessus. Sérieux elle est encore plus sexy qu'avant ! Et elle est si belle wow ! C'est trop pour moi.

Il éclata de rire. Elle aimait cette ambiance détendue qui régnait durant leurs entrevues.

- En avez-vous discuté avec elle ?

- Quoi ?! Mais ça ne va pas ?! Dans un premier temps elle me reprocherait d'être vulgaire et ensuite elle en profiterait pour jouer de ses charmes et me rendre folle. On parle de Regina Mills, je vous rappelle. La Méchante Reine, le sadisme par excellence.

Les yeux de Jiminy Cricket pétillèrent de bienveillance et d'amusement alors qu'il la reprit poliment :

- Je parlais de votre besoin d'en savoir plus sur elle, Emma. Pas de votre tentation sexuel.

Le visage d'Emma était si rouge qu'elle se confondait parfaitement au chaperon de Ruby.

- Oui, bien sûr ! Où avais-je la tête ?

Elle rit nerveusement en pensant aux réponses embarrassantes de cette simple question anodine dans les oreilles de quiconque étant dénoué de perversité.

- Je… non. On n'a pas vraiment eu l'occasion de discuter de ça. On a beaucoup de choses à rattraper et je crains bien que les quelques jours qui nous restent ne nous suffiront pas.

- Alors elle va repartir, c'est ça ?

Emma soupira, laissa son regard vagabonder à travers la fenêtre, contempla le ciel sans nuage.

- Il paraît, oui.

- Qu'allez-vous faire ?

- Je ne sais pas, admit-elle. Je n'en ai aucune foutu idée. Ce serait égoïste de ma part de la forcer à rester dans ce monde qu'elle déteste. Mais comment pourrais-je la laisser partir ? Je ne pourrais pas le supporter encore une fois.

Il acquiesça, lui répondit par un sourire triste et ils sursautèrent tous deux à l'instant où les portes s'ouvrirent avec fracas.

Regina elle-même fit une entrée dramatique, vêtue d'une robe noire et violette qui mettait en avant ses formes exquises. Elle porta son regard sombre sur Archie, le dévisagea longuement.

- Bonsoir, Dr Hopper.

Il se releva pour la saluer, tendit sa main qu'elle s'empressa de serrer dans une salutation très formelle.

- Regina, je suis heureux de vous revoir. Emma ne mentait pas, vous êtes toujours aussi ravissante.

La sauveuse jeta un regard menaçant sur son psy alors que la belle brune contînt un sourire satisfait. La garce.

- Alors la Princesse Emma nécessite les bons conseils d'un criquet ?

- Un criquet est toujours meilleur conseillé qu'un pirate, rétorqua la sauveuse.

Regina sembla amusée. Elle délaissa totalement Archie pour poser toute son attention sur la blonde.

- Je te cherchais. Mais je devrais peut-être repasser plus tard ?

- Oh non, répondit aussitôt Archie. C'est moi qui repasserai plus tard. J'ai promis à Marco de le rejoindre pour le dîner.

Lorsqu'il quitta la pièce, refermant derrière lui les portes, Emma s'approcha de Regina, sourire moqueur aux coins des lèvres.

- Alors, tu ne peux déjà plus te passer de moi ?

La brune posa ses mains sur les hanches de la blonde, colla son front au sien et ferma délicatement les yeux.

- Plus depuis longtemps, hélas.

La sauveuse décida de ne rien répondre et de savourer cet instant de calme et de sérénité. Sa magie semblait apaisée, douce, riche.