Des Séparations douloureuses
Chapitre 8
Des Alliés déterminés
Archibald Hopper
Le château entier s'était transformé en terrain de jeu. Il semblait à Archie que tous les habitants de cet immense palace se livraient à une interminable partie de cachecache. Emma fuyait ses parents, ses parents fuyaient Regina, Regina fuyait Emma. Et puisqu'Emma avait convié le Chapelier Jefferson à rejoindre le château afin de préparer les costumes pour le dix-huitième anniversaire de Henry qui approcherait à grand pas, Jefferson fuyait le couple royal de plus en plus obstiné par la perfection tandis que Henry fuyait la fille de celui-ci, Grace.
C'était un véritable capharnaüm et en tant que voix de la raison du Royaume, Archie se devait de remettre un peu d'ordre dans tout cela. Sa première mission commençait par le nœud de cette corde : Emma.
Ils se trouvaient tous les deux à leur lieu de rendez-vous habituel, un spacieux salon poussiéreux, avec un épais tapis bleu roi au centre et quelques fauteuils gris dont celui qu'occupait Archibald.
Emma, quant à elle, avait le regard plongé à travers la fenêtre, observant rêveusement les plaines interminables du Royaume.
- Emma, intervint le criquet après un silence trop longtemps soutenu. Il s'agirait de me parler, maintenant.
La princesse poussa un soupir excédé, se tourna lentement vers lui et finit par prendre place dans un fauteuil face à lui.
- Je ne sais même pas par où commencer.
- Eh bien… Peut-être pourriez-vous me parler de dimanche ?
Comme il s'y était attendu, la blonde surjoua son exaspération, leva les yeux plus haut que le ciel.
- Tout le monde ne fait que de parler de cela ! Mon père a bien failli faire une syncope en apprenant que j'avais emmené Regina avec moi. Ce n'était qu'une petite sortie, enfin !
- Une petite sortie royale, précisa Archie.
Sa patiente haussa négligemment les épaules, laissa à nouveau son regard vagabondé à travers la fenêtre, comme si elle cherchait désespérément à s'échapper. Du Emma Swan tout craché.
- Peu importe, j'ai passé une excellente journée. Nous avons eu l'occasion de discuter loin des oreilles indiscrètes qui trainent partout dans le château.
Archie observa la princesse, remarqua avec quelle facilité elle semblait retracer le fil de cette journée et il arqua un sourcil interrogateur lorsque ses joues rougirent.
- L'après-midi était un peu plus… coquin, s'amusa-t-elle.
Il n'en informerait jamais ni l'une ni l'autre mais par moment, il trouvait qu'Emma avait de grandes similitudes avec sa marraine. Ruby non plus n'avait aucun mal à lui parler de sa vie sexuelle durant leurs rendez-vous.
- Mike nous a fait découvrir une agréable clairière et a proposé de nous laisser en profiter, toute les deux, raconta-t-elle. Et c'est ce que j'ai fait ! Je me suis baignée un court instant dans un ruisseau pendant que Regina savourait le soleil, plus loin.
Depuis longtemps, Archie aimait provoquer sa créativité et imaginer quelconque situation dans son petit esprit de cricket. Toutefois, il rencontrait des difficultés à visualiser l'ancienne méchante reine profiter d'un bain de soleil dans une clairière. De tout temps, elle avait toujours préféré l'obscurité.
- Et aviez-vous prévu une tenue adéquate pour vous baignez ou est-ce là la source du problème ? taquina-t-il.
Emma se mordilla la lèvre, faussement coupable. Son psy n'était pourtant pas dupe. Quoi qu'il se soit passé, elle n'éprouvait aucun regret.
- Oui, bon, je reconnais que j'ai un peu provoqué les choses mais je n'aurais pas imaginé qu'elle serait si réceptive !
Archie fut surpris de voir son sourire malicieux partir si rapidement, laissant place à la mine soucieuse de la princesse.
- On ne veut pas rendre les choses difficiles alors on essaie de se convaincre que prendre nos distances facilitera les choses. Enfin je crois que c'est ce qu'elle pense, en tout cas. Elle refuse de me parler, depuis dimanche.
Bien qu'il ne domiciliât pas au château, le cricket en avait pourtant bien entendu parler. Le comportement de Regina n'était pas passé inaperçu. Certains craignaient une stratégie de la Méchante Reine tandis que d'autres savouraient la nouvelle Regina.
- Et puis… Il y a Neal, murmura enfin Emma.
- Neal ?
- Il est louche. Il n'a rien tenté, il se fait discret et ça me fait peur. Neal me fait peur.
La crainte évidente qui transparaissait sur le visage de la blonde surprit Archie. Le fils de Rumplestilskin n'avait jusqu'alors jamais fait ressentir de telles choses à la princesse.
- Que craignez-vous, Emma ?
Lentement, presque à regret, elle releva un regard embué de larmes sur le cricket dont le cœur se serra à cette vision.
- Et s'il demandait ma main à mon père ?! Et si je me retrouvais forcée de l'épouser ?!
Archie secoua négativement la tête avec énergie, refusant d'entendre de telles sottises.
- Je conçois que pour vous ce monde a certains principes arriérés mais le mariage forcé n'en fait plus partie. Il a déjà été prouvé que cela pouvait provoquer de tragiques évènements.
Ils échangèrent alors un triste regard et une pensée compatissante pour la jeune Regina qui avait été contrainte d'épouser un vieil homme pour satisfaire l'ambition insatiable de sa mère.
Sur cette dernière note, Archibald décida qu'il ne quitterait pas le château sans avoir discuté avec l'ancienne maire de Storybrooke.
À quelques pas des écuries, Archibald Hopper attendait sagement que Regina Mills n'en sorte. Lorsqu'elle le fit, il put alors constater qu'elle n'avait rien perdu de sa prestance malgré sa tenue de cavalière. Elle avait toujours inspiré cette autorité naturelle qui avait souvent intimidé le psychologue de Storybrooke.
- Docteur Hopper, le salua-t-elle en passant à côté de lui, traçant son chemin.
Le cricket la suivit sur plusieurs mètres et elle interrompit brusquement sa marche pour porter un regard interrogateur sur lui.
- Je vous cherchais, expliqua-t-il.
- Il y a un problème avec Henry ?
L'inquiétude perçue dans sa voix rappela à Archie les souvenirs d'une époque ou il n'était rien d'autres que le psychiatre de son fils qu'elle manipulait sans honte dans l'unique but de protéger son enfant.
- Je ne viens pas pour lui. Même s'il est vrai qu'il semble se poser beaucoup de questions, dernièrement.
L'ancienne reine soupira avec agacement et le roux en fut surpris. Jamais une telle expression relâchée n'avait transpercé les barrières imperceptibles de son visage.
- Il s'agit d'Emma, n'est-ce pas ?
Elle retira prestement ses gants sans pour autant détourner le regard. Elle semblait agacée par cette conversation avant même qu'elle n'ait commencé.
- Voilà qu'elle vous envoie comme messager, maintenant.
Elle connaissait bien mal la princesse si elle s'imaginait que celle-ci enverrait son psy pour la soudoyer.
- Soyez assurée qu'elle me ferait virer sur le champ si elle savait que je venais à votre rencontre.
- Ah oui ? Vous contrez ses ordres, alors ?
- Uniquement pour son propre bien.
Elle lui jeta un regard curieux, inquiet et Archibald lui offrit alors un sourire qu'il espérait rassurant.
- Nous nous sommes mises d'accord pour attendre mon deuxième jugement, s'exclama-t-elle. Cela arrivera juste après l'anniversaire de Henry.
- Pourquoi vouloir attendre ?
Elle hésita, se mordillant imperceptiblement la lèvre avant de cracher les mots qui la torturaient :
- Dans seulement deux semaines, David réunira ses amis autour d'une table pour définir de mon sort. À votre avis quelle en sera l'issue ? Il pense encore que je manigance contre eux, qu'Emma va épouser le fils de Rumplestilskin et que le – pas si lointain – héritier de son trône vivra dans une famille seine, entouré de ses deux parents et grands-parents. Je n'ai pas ma place ici. Et c'est pour le mieux.
D'abord ému par toute la sensibilité qui transparaissait de cette femme brisée, Archibald reprit rapidement contenance.
- Vous pensez vraiment que c'est la meilleure chose qui puisse leur arriver ? A Emma et Henry ?
- Absolument.
- Regina… souffla-t-il. Vous n'êtes pas-
Elle leva la main pour le faire taire et il s'exécuta comme soumis à un vieux réflexe qui confirmait implicitement la peur encore engendrée par la reine qui n'était plus.
- Je sais ce que je suis. Et je sais ce que Neal Cassidy est. Il est amoureux d'Emma et il serait prêt à tout pour elle. Il est en quelque sorte son prince charmant.
Ses mots lui coutaient et elle retint difficilement une grimace en les prononçant. Le docteur Hopper resta pantois trop longtemps et elle décida de reprendre son chemin.
- Prêt à tout, vous dites ? s'écria-t-il alors pour attirer son attention une dernière fois. Et lui, serait-il capable de sacrifier son bonheur pour le bienêtre de sa famille ? Pensez-y, Regina. Je crois que vous faites erreur.
Par ses questions et la réflexion qui en ressortirait, Archibald Hopper avait accompli sa mission. Ce fut avec sérénité qu'il quitta le château, ce soir-là.
Killian Jones
Quelle adorable petite famille ! Emma jouait paisiblement avec Eva tandis que Henry lisait un livre à côté d'elles. Ils étaient tous les trois dans le jardin du château. Il ne manquait que Regina pour compléter ce beau tableau.
Le pirate les observait paisiblement du balcon de la bibliothèque et sourit en sentant la présence d'une petite blonde au chignon serré à côté de lui.
- Je te pensais occupée avec ton voleur, s'exclama-t-il sans quitter le jardin des yeux.
- Si je ne te connaissais pas si bien, je dirais que tu es jaloux.
Enfin, il détourna son regard et parti à la rencontre de ses yeux verts, étincelants de malice.
- Que veux-tu, Tink ?
- M'assurer de ton honnêteté. Difficile tâche quand on sait que la loyauté n'est pas une valeur que les pirates maitrisent à la perfection.
Cela faisait des années qu'elle s'était donné pour mission de veiller sur Regina. Son rôle de Marraine Fée lui tenait toujours autant à cœur.
- Je veux juste qu'elle soit heureuse, répondit-il.
- Pourquoi ?
Elle semblait sincèrement confuse et au fond de lui, Killian en fut vexé. Il était loin de ressembler au prince charmant et de défendre les valeurs de l'amour et l'amitié sans arrêt mais pour autant, cela ne faisait pas de lui une personne antipathique.
- Parce qu'elle est mon amie et que c'est la meilleure chose que je puisse faire.
Le sourire de la fée verte s'élargit en un ricanement tandis que le pirate porta alors sur elle un regard mauvais.
- Je n'arrive pas à croire que ces mots sortent de ta bouche.
- J'ai changé, assura-t-il.
- Personne ne change entièrement, Killian. Ni toi, ni moi, ni même Regina.
Comment pouvait-elle tenir de tels propos ? Doutait-elle de la rédemption de la reine déchue ?
- J'ai conscience que vos intentions sont bonnes, expliqua-t-elle. Il faudrait être borné pour ne pas le voir. Mais la fin ne justifie pas les moyens. Vous usez tous les deux de stratégies et manipulations pour atteindre vos objectifs. D'abord, vous prétendez être en couple pour attiser la jalousie d'Emma puis elle la séduit pour ensuite la délaisser ? Quant à toi… Je n'arrive pas très bien à comprendre quelles sont tes motivations. Neal m'a dit que tu avais souhaité rencontrer Robin. Puis-je savoir qu'elles en sont les raisons ?
Killian haussa les épaules, reporta son attention sur le jardin, refusa de se perdre plus encore dans le regard de son interlocutrice.
- C'était un prétexte pour laisser Regina seule avec Emma.
- Menteur, argüa-t-elle, les dents serrées.
Toute trace d'amusement l'avait définitivement quitté et Killian s'en inquiéta. Il était rare que la fée verte se départisse de son sourire.
- Regina m'a parlé de cette histoire de véritable amour que tu lui avais raconté, avoua-t-il alors. Je voulais juste m'assurer qu'il n'était pas une menace.
Elle le dévisagea encore un long moment avant de relâcher les épaules, laissant à son tour son regard vagabonder dans le jardin.
- Je n'aime pas vraiment cette idée mais je crois que nous allons devoir collaborer. Nous sommes les seuls à pouvoir arrêter Neal avant qu'il ne fasse une connerie.
Le pirate fronça les sourcils, s'autorisa à nouveau un regard sur le visage rond pâle, de la fée verte.
- Tu es de la partie ? demanda-t-elle malicieusement.
- Évidemment, souffla-t-il.
- Parfait ! J'ai un plan.
Et puisqu'elle retrouva son sourire vicieux et que ses ailes vertes se mirent à frétiller au gré de l'enthousiasme de leur propriétaire, Killian se dit qu'elle avait probablement raison. Personne ne changeait entièrement.
Longtemps, Baelfire avait été le seul ami de Killian. Ensembles, ils avaient partagé aventures et émotions. Ce fut donc avec nostalgie que le pirate invita son vieil ami pour une journée à bord du Jolly Roger.
Après plusieurs heures à se remémorer leurs souvenirs communs, Killian décida de mettre en place sa mission :
- Swan m'a dit que tu ne comptais pas soutenir Regina pour son second jugement. Tu crains qu'elle te prenne ta place de parent préféré auprès de Henry ?
Neal secoua négativement la tête, le regard porté sur la mer, il perdit peu à peu son sourire.
- Je suis content que Henry ait retrouvé sa mère mais j'aime pas ce qu'elle fait à Emma.
- Comment ça ?
Il se tourna pour faire face au capitaine, usant d'une mine soucieuse tout en se grattant la barbe.
- J'ai l'impression qu'elle joue avec elle. Un jour elle lui tourne autour, le lendemain elle instaure des distances. C'est quoi son projet ? L'utiliser pour gagner la confiance du Royaume ? Elle ne m'aura pas comme ça.
Killian hésita, savant qu'il n'aurait pas d'autres occasions de faire parler son ami, il devait trouver les mots justes.
- Tu crains qu'elle fasse souffrir Swan ?
- Bien sûr ! Elle était la disciple de mon père, tu sembles l'avoir oublié. Ça me suffit pour me convaincre qu'elle est dangereuse.
Aux commandes de son bateau, le capitaine commença à douter de l'efficacité du plan de Tink. Les quelques heures à bord du Jolly Roger seraient-elles suffisantes pour lui permettre de convaincre son camarade ? Il l'espérait.
Ruby Scarlett Lucas
Depuis qu'elle avait décidé de quitter le château pour vivre une vie solitaire dans une chaumière au fin fond des terres du Royaume, Ruby n'avait plus vraiment l'habitude de recevoir de la visite. Alors lorsque la calèche royale s'arrêta près de son jardin, elle regarda attentivement la Reine descendre, suivit de près par une adorable brunette aux yeux d'un bleu ciel rêveur.
Retirant son capuchon, la louve s'approcha d'elles sans masquer la surprise sur son visage.
- Que me vaut l'honneur de votre charmante visite, mesdames ?
- Cela faisait longtemps que nous ne nous étions pas retrouvé entre filles, répondit tendrement Blanche. Tu nous laisses entrer ?
Ruby n'était pas dupe mais elle se contenta d'acquiescer avant de guider ses amies à l'intérieure de sa demeure.
Ce ne fut qu'une fois installée autour de la table en bois, un verre de jus de framboise dans les mains que Blanche se lança enfin :
- J'ai besoin que tu reviennes au château.
Ne s'attendant pas à une telle requête, Ruby lança un regard interrogateur à Belle qui ajouta alors :
- Seulement quelques jours.
- Cela ne fait même pas une semaine que je suis partie ! Qu'a-t-il pu se passer depuis mon départ ?
La reine baissa les yeux, poussa un soupir fataliste avec cette expression particulière qu'elle n'avait que dans les cas d'extrêmes urgences.
- C'est au sujet d'Emma, avoua-t-elle enfin.
Ruby n'en était pas vraiment surprise. Sa filleule était l'une des rares personnes à mettre Blanche dans un tel état.
- Et Regina, évidemment, ajouta-t-elle.
Oui, évidemment. Cela faisait au moins cinq ans que la louve attendait le jour où sa plus vieille amie cesserait de se voiler la face concernant l'amour véritable de sa fille.
- Blanche pense que tu es la seule à pouvoir raisonner Regina, expliqua doucement Belle.
Ruby tourna le regard vers la brunette et l'interrogea du regard. Elle, puis Blanche. Faisant face à leur expression sérieuse, elle s'écria :
- Mais enfin, tu es tombée sur la tête ?! Elle me déteste !
- C'est faux, rétorqua Belle. Vous avez beaucoup en commun, je suis sure que vous pourriez vous entendre.
La louve était d'une telle fidélité qu'elle avait parfois tendance à suivre ses amies sans même poser de questions. Mais cette fois-ci, elle doutait fortement du plan de la reine.
- J'ai déjà apporté tout mon soutien à Emma et je crois qu'on ne devrait pas s'en mêler, rétorqua-t-elle. C'est leur histoire.
Belle éclata de rire. Un son joyeux et inapproprié dans une telle conversation. Cependant, puisque Ruby comprit rapidement l'hilarité de son amie, elle se justifia :
- C'est vrai que je suis plutôt du genre à me mêler de ce qui ne me regarde pas mais il me semble que toutes les personnes qui ont un jour mis leur nez dans les histoires de cœur de Regina l'ont amèrement regretté.
- Je sais, soupira Blanche. Hélas, le temps presse. Je ne veux pas qu'elles commettent une erreur qu'elles regretteront toute leur vie.
La louve fronça les sourcils, surprise par cette réflexion en contradiction avec ce que la reine avait montré ces cinq dernières années.
- C'est quoi le plan ? Leur faire croire qu'elles ont avenir ensemble alors que ton David a un dossier béton contre elle qu'il attend avec impatience de sortir pour son second jugement ?
Elle n'avait pas pu contenir l'animosité dans sa voix et fit face à un silence long et pénible avant que Blanche ne réponde enfin :
- Je m'occupe de David. Quant à toi, je te demande seulement de veiller sur Regina.
- Tu ne fais pas assez confiance au Pirate, c'est ça ? s'amusa Ruby.
- Pas tellement, non. Et puis, lui et Tinkerbell sont occupés avec Neal, en ce moment.
Elle poussa un terrible soupir. Elle avait très envie de refuser. Depuis le décès de Granny, elle appréciait sa vie éloigné de tous ces soucis royaux. Elle aimait courir des heures dans les plaines, sous sa forme de louve et ne se soucier de rien d'autre que de sa liberté.
Si elle était revenue au château dernièrement, c'était uniquement pour apporter son soutien à Emma et s'assurer qu'elle n'était pas seule. Elle s'était alors rendu compte que sa filleule avait déjà beaucoup d'alliés à ses côtés.
- S'il te plaît, Scarlett, s'exclama alors Belle, posant une main délicate sur le bras de son amie. Rentre avec nous. Tu nous manques.
- Qu'est-ce que ça change pour toi ? Tu vis dans le château de Rumple, argüa la louve.
La bibliothécaire retira vivement sa main, une expression vexée sur son visage usuellement si doux.
- Belle vit au château en attendant l'anniversaire d'Henry, expliqua Blanche. Elle nous ait d'une grande aide pour les préparatifs.
- Vous vous transformez en maison d'hôte ? s'amusa Ruby.
Puis, faisant face aux sourires de ses amies, elle finit par hocher la tête avec conviction, investie d'une nouvelle mission.
En toute situation, Regina Mills semblait toujours être sous contrôle. Comme si rien ne pouvait lui échapper. Et pourtant, lorsque Ruby la retrouva dans les écuries, l'expression qu'elle arborait tout en brossant la jument d'Emma n'avait jamais semblé aussi décontractée.
- Bonjour, Miss Lucas, chantonna-t-elle sans se retourner vers elle.
La louve haussa les sourcils, surprise que sa présence se soit fait ressentir avant qu'elle ne se manifeste.
- Bonjour, Mrs Mills.
La reine déchue reposa la brosse, offrit une dernière caresse à la jument et sortit du box pour faire face à Ruby.
- Regina suffira.
- Ouh, attention, vous devenez amicale ! Cela en est presque suspect.
De ses lèvres pulpeuses, elle sourit en coin et sortit des écuries sans plus de cérémonie. La louve la suivit au pas de course.
- Et pourtant, j'ai comme l'impression que c'est vous qui avez une idée derrière la tête, s'exclama finalement Regina une fois qu'elles furent à l'extérieur.
- Ce serait mentir que de le nier.
L'ancienne maire de Storybrooke cessa sa marche et dévisagea son interlocutrice avec surprise.
- Je ne m'attendais pas à ce que vous l'admettiez si facilement.
- Vous préférez en arriver à la torture ?
Elle perdit peu à peu son sourire et Ruby regretta immédiatement ses mots. Elle ne parviendrait jamais à oublier tout le mal que la méchante reine avait fait. Mais elle était prêt à voir les choses merveilleuses que sa rédemption lui permettrait.
- Je ne suis pas là pour vous nuire ! s'écria-t-elle alors. D'ailleurs, est-ce seulement possible ?!
Regina retint difficilement son sourire et Ruby en aurait roulé des yeux si elle n'en était pas tant soulager. La flatterie aidait toujours.
- Avec de la détermination et quelques alliés, j'imagine qu'il est possible de m'affaiblir.
Et pourtant, des alliés, Blanche et David en avaient par dizaines. La détermination était l'essence même de leur existence, avec le courage et l'amour, évidemment.
- Mhm ou alors avec des cheveux d'or, un regard d'émeraude et un caractère bien trempé. Voilà qui a le don de vous affaiblir, comme vous dites.
Regina soupira dramatiquement, comme si elle venait seulement de comprendre où mènerait cette conversation.
- Hélas, il semblerait que dans ce cas également, les alliés soient de rigueur.
- Eh oui ! Toujours là pour marquer notre soutien.
Elles échangèrent un sourire mais celui de l'ancienne reine pérît peu à peu pour laisser place à une expression mélancolique.
- Vous n'avez pas d'inquiétude à avoir, Miss Lucas. Je ne lui ferai aucun mal.
Ces mots ne rassurèrent pas du tout la louve, bien au contraire. Elle l'observa s'éloigner en direction du château et attendit quelques secondes avant de l'appeler :
- Regina ?
Puisque celle-ci poursuivit son chemin sans lui prêter attention, Ruby courra à nouveau derrière elle.
- Eh oh ! On n'a pas fini !
- Je n'ai rien de plus à vous dire !
Cette lueur dans son regard, Ruby Lucas la connaissait mieux que quiconque. Elle réalisa enfin la raison pour laquelle Belle et Blanche étaient venues lui demander son aide.
- Vous êtes prête à faire une croix sur votre bonheur ?
- Je passe mon temps à me justifier ! Pourquoi personne ne semble voir à quel point elle se portera mieux auprès de sa famille ? J'ai…
Sa voix se brisa et elle cessa enfin sa marche et tourna le dos au château, portant son attention sur l'étendue du terrain appartenant au couple royal. Les écuries, les jardins, l'herbe verte, la forêt… Puis, elle reprit plus doucement :
- J'ai perdu mon premier amour parce que je n'ai pas su prendre mes précautions. Je ne répèterai pas mes erreurs. David me déteste de la même manière que ma mère détestait Daniel. Je ne veux pas qu'on lui impose de choisir entre sa famille et moi.
- Alors vous faites le choix pour elle ?
La belle brune ne répondit pas, un sourire torturé au bout des lèvres. Ruby se positionna tout proche d'elle, épaule contre épaule, elles observèrent ensemble le paysage paisible qui s'offraient à elle. Le soleil orangé était en parti cacher par la pointe des sapins.
- Regina… Nous savons toute les deux ce que ça fait de perdre un amour aussi fort. Je donnerai tout pour revoir Peter. Et j'aimerais avoir l'occasion d'aimer à nouveau. Vous avez la chance de commencer une nouvelle vie. Avec Henry. Et avec Emma. Ne laissez pas passer cette chance à cause d'un abominable passé. Ils seront là pour vous, quoi qu'il arrive et peu importe la décision que vous prendrez, ils ne cesseront jamais de vous aimer.
Ils n'avaient pas cessé en cinq ans d'absence, cinq longues années sans aucune nouvelle et pourtant Emma n'avait pas cessé de penser à elle un seul jour.
- Je ne veux pas la faire souffrir.
- Peu importe ce que je vous dirai, la seule qui puisse vraiment vous éclairer, c'est elle. Alors cessez de la fuir et discutez-en ensemble avant que Blanche n'appelle tous ses alliés à la rescousse. Le château est grand, mais on va finir par être serré.
Regina détourna son regard du coucher de soleil pour le porter sur Ruby. Elle lui offrit alors un sourire plus sincère que ce que la louve n'avait jamais vu d'elle. Et à cet instant, elle sut.
Sa mission était une réussite.
