Réécriture


Des Séparations douloureuses

Chapitre 9

Un Pas en avant


Emma Swan

Tout le monde n'était pas aussi talentueux que Rumplestilskin en termes de manigances. Il était clair que personne autour de la grande tablée n'avait un comportement anodin, ce soir-là.

En bout de table, David et Leroy discutaient discrètement alors qu'à côté d'eux Blanche gardait un œil sur Ruby et Regina qui semblaient soudainement être devenues les meilleures amies du monde. En face d'elles, Neal et Killian ricanaient sous le regard attentif de Tinkerbell.

Puisque Henry campait avec August, Emma ne pouvait pas compter sur son soutien face à cette vague d'hypocrisie qui émanait de la pièce.

Soupirant avec lassitude, elle s'installa entre Belle et Kathryn sous le regard déçu de Neal qui lui avait réservé une place à ses côtés. Bien vite, Jones lui glissa une blague à l'oreille qui le fit à nouveau éclater de rire.

- Abrutis, siffla la blonde faisant rire Belle.

La veuve de Rumplestilskin ne s'était jusqu'alors jamais mêlé d'affaires qui ne la regardaient pas. C'était pourquoi Emma était tant surprise qu'elle l'ait mise en garde contre Neal, quelques jours plus tôt.

- Tu es tout en beauté, Emma, glissa Kathryn à ses côtés, souriant en coin.

La sauveuse laissa ses yeux glisser sur sa robe en dentelle blanche qui tombait sur ses chevilles et dont le dos nu l'avait tout de suite ravie.

- Heureuse que ça te plaise, j'avais pour but de te séduire.

- Moh adorable, mais tu ne m'auras pas dans ton lit, cette nuit.

Emma arqua un sourcil, s'arrêtant sur son petit sourire malicieux. Elles avaient passé tellement de nuit à discuter qu'elles se connaissaient maintenant l'une et l'autre dans les moindres détails.

- Tu es aussi embarqué dans un plan foireux ?

- Oh non, contra-t-elle faussement outrée que la blonde ait pu ne serait-ce que l'envisager. Frederick va rentrer dans la nuit. Je veux être dans mes appartements pour l'accueillir.

À chaque fois qu'elle mentionnait son prince, Kathryn avait toujours ce regard étincelant d'amour. Alors Emma se réjouit du bonheur de son amie.

- C'est une très bonne nouvelle ! Restera-t-il jusqu'à l'accouchement ?

Serré dans cette robe bleue faite sur mesures par Jefferson, Emma n'avait jamais trouvé le ventre de la princesse aussi gros.

- J'ose l'espérer, murmura-t-elle.

Elles échangèrent un sourire puis, Emma croisa le regard de Regina, à l'autre bout de la table. La brune roula des yeux alors que Ruby semblait prise dans une histoire fort passionnante et Emma lui rendit alors immédiatement le sourire qu'elle dissimulait à peine.

Toutes deux avaient bien compris que ces manigances autour d'elles devaient cesser.


Trainant dans les couloirs, Emma laissa son esprit vagabonder à certains bons souvenirs qu'elle avait eu entre ces murs. Les premiers pas d'Eva, la naissance d'un vrai lien parental avec ses parents, la rencontre officielle avec la première petite-amie de Henry – qu'elle connaissait déjà depuis bien longtemps étant donné que son fou de père l'avait séquestré une éternité plus tôt.

Tout n'avait pas toujours été tout noir, dans ce château. Mais rien n'avait jamais été tout blanc. Il avait toujours manqué ces vibrations magiques qui l'habitait depuis quelques jours.

Et justement, alors qu'ils s'intensifiaient, elle releva la tête pour voir apparaitre Regina, au bout du couloir. Elles s'approchèrent l'une de l'autre, se trouvant bientôt à quelques pas, éclairée seulement par les quelques torches accrochées aux murs.

- Emma… la salua-t-elle d'une voix roque.

- Dois-je en déduire que tu cesses de me fuir ?

L'ancienne reine ne baissa pas les yeux. Rien dans son expression ne semblait laisser paraitre de la culpabilité. Toutefois, son regard voilé cachait un regret.

- Ce que nous avons fait la semaine dernière ne doit plus se reproduire, expliqua-t-elle. Et tu le sais.

Emma hocha la tête, sourit et avança d'un pas, ne pouvant s'empêcher de réduire la distance entre elles.

- Oui je le sais. Mais cela ne rend pas la tâche plus facile.

Regina s'avança à son tour et la blonde put presque l'entendre respirer. La brune pencha la tête d'un millimètre avant de se reculer tout doucement.

- C'est pire encore, confirma-t-elle dans un souffle.

- Nous fêtons l'anniversaire de Henry dans dix jours. Je pourrais à l'occasion t'embrasser devant tous les invités et nous pourrions fuir dans la forêt et vivre d'amour et d'eau fraiche.

Le silence suivit quelques secondes avant que l'ancienne reine n'éclate de rire et ce son si rare fit monter une vague de magie dans le corps de la sauveuse.

- C'est un très bon plan, admit-elle. Cependant, tes amis sont bien trop impliqués pour nous laisser faire.

Emma ravala un rire, secoua la tête avec dépit. Dans ce nouveau monde comme à Storybrooke, ses amis aimaient plus que tout se mêler de ses affaires personnelles.

- J'ai cru comprendre que Ruby était à fond dans sa mission !

- Honnêtement, je la soupçonne d'être sous les ordres de ta mère.

- Ce n'est pas improbable. Elle adore jouer les Cupidon. Elle a également rallié Belle à sa cause.

Regina fronça les sourcils en entendant le nom de l'épouse de Rumplestilskin, le sorcier qui lui avait offert un billet pour les ténèbres.

- Quel rôle jouerait-elle ?

- M'éloigner de Neal, a priori.

Puisqu'elle semblait depuis toujours désapprouver l'existence de celui-ci, la brune retint difficilement son sourire.

- Ne te réjouis pas ! Je n'ai pas besoin d'elle pour ça. Tout comme Jones et Tink n'ont pas besoin de s'allier pour l'éloigner. Je peux très bien le gérer toute seule.

Regina secoua négativement la tête et alors qu'Emma commençait à s'agacer, elle lui expliqua :

- Je ne doute pas de toi ! Seulement, j'apprécie la collaboration de Killian et Tink. J'ose espérer que cela permette à notre chère fée clochette de comprendre à quel point il lui manque un pirate dans sa vie.

Les sourcils blonds s'haussèrent alors que la princesse prit en considération cette nouvelle information.

- Sérieux ?! Tu crois qu'ils ont un avenir ensemble ?!

- Killian l'espère, en tout cas.

- Ah ouais ? Je n'aurais jamais cru.

- Pourquoi penses-tu qu'il aurait fait tout ce chemin jusqu'ici, si ce n'était pour elle ?

- Je t'avoue que je me posais la question.

Regina sourit, s'avança encore et posa sa main sur la joue de la blonde avec une tendresse qui la fit frémir.

- Je suis désolée que tout le monde se mêle de notre histoire, murmura la blonde. Quand accepteront-ils que nous n'ayons pas besoin de leurs plans stupides ?

La brune releva la paume de sa main afin de caresser le visage de la sauveuse du bout de ses doigts.

- Il suffirait peut-être de leur faire comprendre subtilement que nous nous débrouillons très bien toutes seules, proposa-t-elle.

- J'écoute. Quel est votre plan, Majesté ?

Ce titre la fit sourire. Elle se mordilla la lèvre inférieure sans quitter celles de son interlocutrice du regard.

- Peut-être que ces dix prochains jours seront plus amusants que ce que j'avais prévu.

Elle déposa un doux baiser sur la joue de la sauveuse avant de s'éloigner, laissant une celle-ci pantoise.

- Bonne nuit, Emma.

Elle la regarda s'éloigner avec tendresse. Elle ne pouvait plus nier à quel point elle l'aimait.


Le Roi était grand. Le Roi était Charmant. Le Roi était bienveillant. Le Roi avait eu une enfance bien différente de chacun des nobles du Royaume. Le Roi était de bons conseils. Le Roi ne se trompait jamais.

Mais le Roi était le père d'Emma. Alors lorsqu'elle se retrouva dans son bureau, en fin de matinée, alors qu'il avait explicitement ordonné aux gardes de ne laisser entrer personne, elle était plus anxieuse que jamais.

- Emma ? s'étonna-t-il, relevant la tête d'une multitude de paperasses.

Elle n'était venue dans cette immense pièce qu'à de très rares occasions et chacune d'entre elles avaient été primordiales.

- Tout va bien ?

Sa fille lui offrit un sourire crispé qui l'inquiéta suffisamment pour qu'il l'invite à prendre place en face de lui.

- Je dois te parler de quelque chose.

Ses sourcils blonds étaient tant froncés qu'ils laissaient à peine d'espace à ses yeux clairs.

- Tu peux tout me dire, Emma.

Elle prit une profonde inspiration, détournant son regard et laissa le silence s'installer un peu trop longtemps.

- Est-ce à propos de Neal ? proposa-t-il.

Outch. Cela s'annonçait mal. Elle s'avança, les fesses au bord du fauteuil avant de se lancer :

- Je ne me marierai pas à Neal.

Puisqu'il ne répondit pas, elle fut obligée de relever les yeux vers lui. Elle fut alors surprise de voir un sourire en coin sur son visage serein.

- Je m'en doutais un peu, à vrai dire.

- Ah oui ?

Il passa une main sur son crâne décoiffé de quelconque couronne, apparemment gêné.

- Je ne te sens pas épanouie, avec lui.

Emma hésita, se mordilla les lèvres un instant avant de relâcher les épaules, jouant la carte de la franchise :

- Il représente beaucoup de choses pour moi mais je ne suis plus cette jeune femme qui est tombée amoureuse de lui. Nous avons tous les deux connus beaucoup d'aventures chacun de notre côté et… Nous ne sommes pas faits pour être ensemble.

Le sourire qu'il lui répondit rassura la sauveuse et elle se promit que quoi qu'il advienne, elle garderait cette image douce et rassurante de lui.

- Tu n'as pas à te mettre dans tous tes états pour cela, s'amusa-t-il. Je ne vais pas te déshériter parce que tu ne veux pas épouser quelqu'un dont tu n'es pas amoureuse.

Mais le pourrait-il si elle était amoureuse de sa pire ennemie ? La question devait être posée. Maintenant ou jamais, se décida-t-elle.

- Je dois te parler d'autre chose.

- Je t'écoute.

Que la force soit avec toi, Emma Swan.

- Il y a un peu plus de cinq ans, je vaquais dans les rues de Storybrooke tout en fulminant contre toi et maman. Vous veniez de m'annoncer que vous vouliez revenir dans le Royaume Enchanté et j'étais hors de moi.

Son regard se voila de cette culpabilité qu'Emma avait déjà aperçue plusieurs fois lorsque le sujet était abordé.

- J'ai croisé Regina près du port. C'était improbable de la voir là, elle ne sortait plus de son manoir depuis des mois. Alors, je m'en suis prise à elle. C'était plus fort que moi, elle m'énervait. Tout était sa faute ! Je n'arrivais pas à vous comprendre, tous les deux et c'était sa faute. Tu comprends ?

Les lèvres de David se pincèrent en sourire gêné. Il ne comprenait pas vraiment mais il essayait.

- Regina est responsable de beaucoup de chose mais je ne suis pas certain que ce soit réellement sa faute si nous avons eu tant de mal à communiquer pendant des mois.

Il avait pris l'habitude de porter la faute sur Regina ces dernières années. C'était plus facile que d'assumer sa culpabilité. Alors une fois la surprise passée, Emma se reprit :

- Peu importe ! Je m'attendais à ce qu'elle me fasse don de sa cinglante répartie, comme d'hab. Mais ce n'est pas ce qu'elle a fait. Elle s'est contentée de sourire. Je te jure, un vrai sourire ! Et cela m'a tellement déstabilisé ! Elle semblait sereine, sincère et elle était si belle ! Finalement, elle s'est forcée à rire, se moquant du déséquilibre de notre famille. Et j'avais envie de rétorquer mais je suis restée pantoise devant cette aura qui l'entourait. C'était tellement étrange !

Son père suivait son récit avec beaucoup d'attention, semblant réfléchir à la chute que prendrait cette histoire. Mais il n'était pas préparé à celle-ci.

- En fait, je me suis mise à sourire aussi. Vraiment, sa rencontre m'a calmé et je me suis surprise à en vouloir plus. Discuter, comprendre, je voulais qu'elle me partage tous ses secrets. C'est bête, hein ?

Il hésita un instant avant de simplement soupirer, pris par la lassitude que lui procurait ce combat d'une éternité contre la même femme.

- Nous aimerions tous la comprendre. Ta mère le désirait tellement fort pendant tant d'années que cela a bien failli la détruire.

Pas tant surprenant.

- Ce que je n'avais pas vu venir, reprit-elle, c'est ce poignard dans le cœur que j'ai ressenti à l'instant où vous avez posé la sentence. Exilée. Tu sais quoi ? Elle a voulu me convaincre de changer sa peine.

Le roi fronça instantanément les sourcils et Emma comprit aussitôt qu'il avait mal interprété, alors elle expliqua sans lui laisser l'occasion de s'emporter :

- Elle voulait être condamnée à mort. Pour elle, c'était plus supportable que de vivre éloigné de son fils.

- Tu ne nous en as jamais parlé, murmura-t-il.

Emma cessa son récit un instant pour observer son père. Il avait les traits tirés et semblait particulièrement affecté par cette histoire. Sa tunique en soie bleue enveloppait ses épaules et retombait sur son buste dans un dégradé royal.

- Oh non. Jamais. C'était impensable pour moi. Je lui ai fait croire que vous étiez obstiné et que vous ne voudriez jamais. Mais la vérité c'est qu'un exil ne pouvait pas m'enlever l'espoir de la revoir un jour. Et cette douleur vive que je ressentais depuis que vous aviez pris votre décision, elle s'apaisait un peu à cette pensée. Mais je ne comprenais pas pourquoi. Pourquoi je souffrais autant de la savoir si loin de moi ?

Elle avait le regard dans le vide, se souvenant si douloureusement de cette décision égoïste qu'elle avait prise.

- Pour Henry ? supposa-t-il sans trop y croire.

- Je tentais de m'en convaincre, oui. Et puis le jour du départ est arrivé et j'ai décidé de me rentre sur la plage de Storybrooke. Comme guidée par mon instinct.

Elle reporta son regard sur son père, un regard brillant de tout cet amour qu'elle possédait et qui lui avait été transmis par ses parents.

- Tu l'as trouvé là-bas ? devina-t-il.

- Exactement. Nous avons discuté un peu. Mais c'était difficile. Nous étions autant brisés l'une que l'autre. Et puis… Elle… Enfin non c'est moi, je… nous… Toutes les deux, on…

Elle effaça rageusement la larme qui roula sur sa joue à ce douloureux souvenir et David se releva, contourna son bureau, s'accroupit devant sa fille en prenant ses mains dans les siennes.

- Respire, Emma. Que s'est-il passé ? Raconte-moi.

Elle souffla, tentant d'évacuer l'angoisse que lui procurait cette conversation, rassurée par la prise de son père sur ses mains.

- Nous nous sommes embrassés, Papa.

Son père écarquilla les yeux, ouvrit la bouche un instant, la referma et Emma en profita pour poursuivre.

- C'était comme si j'avais attendue cela toute ma vie. L'espace de quelques secondes, je me suis sentie revivre. J'étais complète. Je ne sais pas comment expliquer.

- Tu n'as pas besoin d'expliquer, murmura-t-il. Je connais ça.

Pourquoi ne s'énervait-il pas ? Au contraire de ce qu'Emma avait anticipé, la prise de son père se renforça.

- Dès l'instant où nous nous sommes séparés, j'ai eu comme une boule qui tombait dans mon estomac et je n'arrivais plus à respirer, reprit-elle. C'était pesant et invivable. Mais je m'y suis adaptée et j'ai vécu avec pendant… eh bien, de longues années.

- Jusqu'à son retour, comprit-il.

- Voilà.

Elle pleurait à chaude larmes, désormais, supportant difficilement ce trop plein d'émotions. Se dévoiler de cette manière à son père était une tâche particulièrement laborieuse pour elle.

- Calme-toi, Emma, murmura-t-il en se relevant pour la serrer dans ses bras.

- Je… Je… Je suis tellement désolée.

Il ne répondit rien, attendit que ses larmes cessent de couler à la vitesse de la cascade enchantée, à quelques dizaines de kilomètres du château.

Puis, lorsqu'Emma retrouva son calme, il s'éloigna, plaquant ses deux mains sur le visage de sa fille afin d'ancrer son regard dans le sien.

- Je t'aime. Tu es ma fille et quoi que tu fasses, je t'aimerai toujours.

Elle acquiesça en silence et il relâcha son visage en soupirant. Il semblait démuni, perdu, comme s'il attendait qu'on lui souffle à l'oreille comment agir.

- J'imagine que j'aurais dû m'en douter, avec toutes les allusions de ta mère.

- Je n'arrivai pas à te le dire, s'excusa implicitement la sauveuse.

Il retourna derrière son bureau d'un pas lent, semblant vouloir ralentir le temps, cesser l'existence pendant seulement quelques minutes.

- C'est compréhensible. Je me suis montré très peu diplomate avec elle, depuis son retour, admit-il enfin.

- C'est le moins que l'on puisse dire, grinça sa fille.

Il tiqua au moment où il s'apprêtait à prendre place dans son fauteuil. Son regard sévère croisa celui d'Emma.

- Il faut que tu comprennes que ce n'est pas n'importe qui. Regina Mills a détruit ma famille et a fait souffrir ta mère pendant tant d'années !

- Oui mais-

- Emma, l'interrompit-il. Laisse-moi finir, s'il te plaît.

- Oui, désolée.

Il prit place dans son siège aux coussinets confortables, laissa son regard vaquer dans la pièce, à la recherche d'un soutien et finit par se reporter sur le visage de sa fille.

- Et cesse de t'excuser sans arrêt, aussi. Tu n'as aucun tort si ce n'est d'avoir gardé ce lourd secret pour toi pendant tant d'années. Tu as proposé un second jugement, tu as emmené Regina avec toi pour visiter l'un des villages et tu t'es portée garante d'elle devant tout le peuple. Tu n'aurais pas dû faire ça sans m'expliquer. C'est important, que je le sache. Déjà parce qu'en tant que père je dois pouvoir te rassurer et également l'accepter – ce qui, je ne te le cache pas, va peut-être prendre un certain temps – mais également parce qu'en tant que Roi, je ne dois pas être confronté à un retournement de situation qui me laisserait démuni.

Son petit discours de gouvernant agaça Emma qui lui fit savoir d'un ricanement acerbe.

- Je m'en fous du rôle de la politique dans cette situation.

- Non, Emma. Tu ne t'en fous pas. Parce que maintenant que j'ai cette information en ma possession je vais chercher une issues bien différentes. Je veux que cette situation convienne à tout le monde.

- Mhm.

- Je ne vais pas essayer d'aider Regina, tu comprends ? C'est de toi que je me soucis. Uniquement de toi.

Emma le savait et elle l'avait toujours su. Même dans le pire des scénarios qu'elle avait imaginait, son père ne la détesterait jamais. En revanche, qu'il refuse d'essayer de comprendre et d'apprécier Regina, elle ne le concevait pas.

- Donc tu désapprouves Regina mais tu tolères notre relation, c'est ça ? C'est incompréhensible.

- Non, cela ne l'est pas. Parce que malgré mon animosité envers elle, je sais qu'elle est prête à tout pour ceux qu'elle aime. Elle nous l'a prouvé toutes ces fois où elle s'est pliée en quatre pour sauver Henry. Et je sais qu'elle fera tout pour ton bonheur. Seulement, elle va devoir accepter que nous fassions également partie de ta vie et-

- Elle le sait ! l'interrompit-elle, se relevant pour lui faire face. Et elle ne s'y opposera jamais, elle a conscience de l'importance que vous avez tous pour moi.

Durant plusieurs secondes, père et fille se jaugèrent du regard jusqu'à ce que David n'abandonne, baissant les yeux sur son bureau.

- Bien. C'est le principal, alors, murmura-t-il d'un air absent.

Emma chercha à nouveau ce regard qu'il lui refusait. Elle pressentit que ces beaux yeux bleus la fuiraient pendant un long moment encore.

- Papa ?

- Mhm ?

- Combien de temps te faudra-t-il pour l'accepter ?

Sans la regarder, prétendant s'intéresser aux documents sous ses yeux, il lui offrit un sourire rassurant qui rassura rien qu'un peu sa fille.

- Ne t'occupe pas de cela, Emma. Profite de chaque instant avec elle. C'est le plus important. Je… J'ai tout un second jugement à préparer. Je risque d'être débordé pour les jours à venir.

Comprenant le message, la princesse hocha la tête silencieusement, resta penaude devant lui un instant.

- Merci, Papa. Je sais à quel point c'est difficile pour toi.

- C'est difficile pour tout le monde, j'imagine.

Elle força un sourire et décida de le laisser seul. À priori, il en avait besoin.


Ces derniers jours, Regina et Emma avaient pris pour habitude de se lancer des sourires entendus devant leurs amis, quelques clins d'œil par-ci, un sourcil aguicheur par-là et bientôt, tout leur entourage avait compris qu'elles n'avaient plus besoin de leur aide.

Toutefois, leur relation n'avançait pas pour autant. Regina semblait persuadée qu'il était préférable d'attendre son second jugement tandis qu'Emma considérait que c'était la pire idée qui soit.

Elle avait besoin de profiter de chaque instant passé avec elle. Alors lorsque Henry lui avait annoncé que son autre mère l'attendait près des écuries, elle n'avait pas hésité une seconde avant de s'y rendre.

La brune portait l'une de ses tenues de cavalières confortables qui mettait en évidence son attrayant fessier. Cependant, la sauveuse se focalisa sur son visage serein, calme et ses yeux doux, tendres.

- Je craignais que tu ne te défiles, la salua Regina.

- C'est toi qui dis ça ?! Tu passes ton temps à me fuir.

L'ancienne Maire de Storybrooke sourit simplement avant de reprendre un air soucieux :

- Comment vas-tu ? J'ai ouï dire que tu étais sortie en larmes du bureau de ton père, ce matin.

- C'est ton beau miroir qui m'espionne ?

La brune lui lança un regard réprobateur et la blonde grimaça un sourire désolé avant de lui indiquer d'un geste du menton le banc, plus loin, sur lequel elles allèrent s'installer. Emma prit la main de la reine déchue dans la sienne, liant leurs doigts entre eux. Plus que jamais, elle avait besoin de sentir sa peau contre la sienne.

- Je lui ai annoncé que je n'épouserai pas Neal.

- Coup dur pour le Roi Charmant.

Toute l'ironie que possédait Regina était marqué par le sourire sadique qu'elle arborait.

- À vrai dire, il l'a plutôt bien accepté. Il faut croire que Neal n'était pas le gendre parfait, finalement.

- Personne n'est jamais assez parfait pour le couple royal.

Emma observa le visage de la brune se refermer peu à peu et elle ne sut comment la rassurer quand même elle était emplies de doutes.

- Comme tu t'en doutes, il n'a pas sauté de joie lorsque je lui ai annoncé mes sentiments pour toi.

- Puisque tu n'es toujours pas déshéritée, j'ose croire que cela ne s'est tout de même pas si mal passé.

Amusée que le pessimiste en personne voit le positif dans pareil situation, Emma se laissa avoir par un sourire en coin.

- Tu as raison. Je m'attendais à plus de véhémence. Je crois qu'il a juste besoin de temps pour l'accepter.

La brune hocha doucement la tête, recevant l'information qu'elle avait déjà appréhendé. Alors, Emma perdit son sourire, fronça les sourcils et l'attaqua d'une voix presque aussi saillante que ce que la Shérif Swan avait autrefois montré à la Maire Mills.

- Et toi Regina, quand seras-tu enfin capable de l'accepter ?

Aucun mot ne sortit des lèvres de la brune. Elle porta un regard ahuri sur elle alors Emma prit une profonde inspiration avant de s'expliquer :

- J'en ai assez que tu me fuis. Tu m'embrasses puis me délaisses encore et encore. Pourquoi fais-tu cela ? En quoi ce serait bénéfique pour nous d'attendre ton jugement ? Dans le pire des cas nous serons encore séparés et on se mordra les doigts de ne pas avoir profiter de ces précieux instants !

Regina ferma brièvement les yeux comme pour faire de l'ordre dans ses pensées avant de s'exprimer :

- Tu dois comprendre que la dernière fois que j'ai ressenti autant de chose pour quelqu'un, j'ai été totalement brisée.

- Mais c'est différent, cette fois.

- Ah oui ? Et si nous sommes encore amenés à nous séparer, comme tu le dis, en quoi cela sera-t-il différent ?

Emma poussa un soupir de lassitude et de frustration contre cette situation qu'était la leur.

- Ce sera douloureux quoi qu'il advienne. Et sois sure que je ne t'abandonnerai pas quelque soit le sort qu'ils te réservent. S'ils décident de poursuivre ton exil, alors je partirai avec toi.

Pensant chaque mot qu'elle venait de prononcer, la sauveuse ne comprit pas pourquoi Regina rétorqua à cela par un regard empli de colère.

- Tu ne peux pas dire une telle chose, Emma !

- Et pourquoi pas ? Tu sais très bien que je suis sincère.

- Toute ta famille est ici.

- Ma famille ne te remplacera jamais.

- Et je ne les remplacerai jamais non plus. Tu as besoin d'eux.

Emma se mordit les lèvres, refusant d'admettre que la belle brune avait raison. Qu'elle soit séparée de sa famille ou de Regina, Emma serait à nouveau plongée dans le néant.

- Je ne veux pas me séparer de toi, admit enfin Regina dans un murmure à peine audible. Mais je refuse que tu souffres.

- Alors promets moi de ne pas m'abandonner.

La brune déposa un chaste baiser sur la joue de la blonde, avant de lui répondre, le regard solennel :

- Je ne t'abandonnerai jamais, Emma Swan.

Et elle sut que c'était sincère. Alors pour la première fois depuis quelques jours, de longues semaines et même d'interminables années, elle se sentit rassurée et d'autant plus lorsque Regina ajouta :

- Parce que je t'aime.

Bousculée par ses mots qu'elle avait pourtant déjà lu dans le regard de la brune, Emma leur permit un baiser auquel la brune répondit instantanément.

- Je t'aime aussi, Regina Mills, souffla-t-elle, lorsque leurs lèvres se quittèrent.

Les yeux chocolat s'humidifièrent et la sauveuse offrit son plus large sourire. C'était le début d'une grande, intense et extraordinaire relation qu'elles vivraient avec passion.

Elles restèrent enlacées pendant de longues minutes avant que Regina ne se retire, au plus grand désespoir d'Emma.

- Ce n'était pas pour cela, que je t'ai fait venir, annonça-t-elle.

- Ah oui ? C'était pour quoi alors ?

La brune sourit en coin, se releva en lui tendant sa main :

- Suis-moi.

Et puisque la princesse avait désormais une confiance aveugle en elle, elle prit sa main sans une once d'hésitation.

Elle regretta pourtant cette naïveté à l'instant où Regina les fit entrer dans les écuries. Elle la guida jusqu'au box de Cannelle qui était apprêtée et lui lâcha la main pour choyer la jument.

- Elle est prête.

- Prête ? répéta Emma. Tu as prévu de la monter ? Franchement, tu peux faire ce que tu veux avec mais je ne veux pas assister à ça.

Regina tourna son regard mesquin vers la blonde, un sourire en biais et celle-ci plissa les yeux en analysant la situation.

Lorsqu'elle comprit enfin ses manigances, elle recula d'un pas, prise d'effroi, manqua de buter contre une poutre, derrière elle.

- Alors là, ja-mais ! articula-t-elle.

- Emma… Il faudra bien que tu le fasses un jour.

- Non ! Ce n'est pas une obligation !

Regina délaissa Cannelle pour s'approcher de la princesse, prendre ses mains dans les siennes et l'ensorceler de son regard rassurant.

- Je ne t'obligerai pas, je pense seulement que ce serait une bonne idée que tu affrontes tes peurs.

- Mais je ne veux pas ! C'est au-dessus de mes forces. Et puis, je n'ai jamais eu un seul cours d'équitation, je ne sais pas faire ! Tu ne peux pas me faire ça ! Mes parents le prendraient comme une tentative de meurtre.

À l'opposé de la menace de la blonde, la brune s'esclaffa d'un rire doux, amusée et chatouilleux d'amour.

- Ne sois pas idiote. Je vais monter avec toi et je veillerai à ce que tout se passe bien. Tu n'auras rien à faire si ce n'est te détendre.

La princesse pourtant idolâtrée pour son courage baissa les yeux, joua nerveusement avec ses doigts.

- J'ai peur, avoua-t-elle doucement.

- Je sais.

Le regard jade brillant de larmes se releva sur celui rassurant au chocolat. Tout ce qu'Emma trouva sur le visage de la brune ne fut que tendresse et confiance. Il y avait entre elles une onde agréable qui vibrait de cette magie qu'elles apprendraient à apprivoiser et qui poussa la blonde à lâcher le contrôle.

- Tu auras ma mort sur la conscience, Regina Mills.

Puis, elle accepta de la suivre jusqu'au près de Cannelle qui les avait sagement attendue.

Regina aida la sauveuse à monter et se glissa ensuite derrière elle, prenant les commandes et posant sa tête sur son épaule.

- Ça va ? demanda-t-elle doucement dans son oreille.

Emma tremblait de peur, terrifiée comme elle l'était rarement. Alors la brune colla plus encore son corps contre elle.

- Dès que tu veux descendre, tu me le dis, d'accord ?

- Mhm.

- Emma ?

- Oui oui.

Regina déposa un baiser dans son cou avant d'ordonner à la jument de partir. Lorsque Cannelle commença à s'agiter, Emma poussa un gémissement plaintif.

- Shh… Respire…

D'abord très réfractaire, Emma finit par se détendre au bout de plusieurs longues minutes, sécurisée par le contact de Regina. Le vent chatouillait son visage dans une douce caresse et elle se surprit à soupirer d'aise.

- Tu vois, ce n'est pas si terrible, murmura la brune dans son oreille.

Emma rouvrit un œil, puis l'autre. Elle avait conscience que la bête sur laquelle elles étaient montées avait une allure très lente mais c'était déjà bien suffisant pour elle.

- Mouais, cela pourrait être pire, admit-elle.

Et elle savoura le rire qui vibra contre son oreille et qui se répendit dans tout son cœur avant de se loger dans le bas de son ventre, dans un sentiment novice et agréable.

- Avoue que tu passes un bon moment.

- C'est juste parce que tu es là.

Alors s'il te plaît, ne pars pas, supplia-t-elle de tout son cœur.


Voilà voilà ! :D Un court chapitre, je sais vous pouvez bien me laisser quelques Reviews quand même, non ? ;)

J'espère que ça vous a plu et je vous dis à la semaine prochaine pour l'anniversaire d'Henry :D