Réécriture
Des Séparations douloureuses
Épilogue
Partie I
Emma Swan
C'était le jour J. Le jour du second jugement de Regina et Emma ne s'était jamais sentie aussi angoissée de toute sa vie. Leur avenir, leur vie, leur destin était en train de se décider entre quatre murs et il lui était formellement interdit d'y accéder.
Elle longeait le couloir depuis une demi-heure, se triturant nerveusement les mains, tentant de calmer les battements effrénés de son cœur.
- Emma, intervint Regina, d'une voix étrangement calme. Veux-tu cesser de faire les cent pas ?
Elle s'était adossée au couloir et attendait patiemment comme si l'issus de ce jugement lui apportait peu. La sauveuse avait du mal à concevoir comment elle pouvait être aussi sereine.
- Ils vont nous exiler, c'est sûr.
Regina éclata de rire et Emma s'interrompit alors pour lui jeter un regard ahuri. La belle brune portait sa tenue d'arrivée, un costume trois pièce noir et bordeaux, comme si elle s'était préparée à repartir dans l'autre monde.
- Tu trouves vraiment ça drôle ?! s'agaça la princesse.
Sa compagne se redressa et attrapa les mains tremblantes de la blonde dans les siennes.
- Tes parents n'accepteront jamais de te dire adieu. Peu importe le choix qu'ils auront fait, il est clair que ce ne sera pas celui de t'exiler avec moi.
Elle arborait ce sourire serein auquel Emma n'était toujours pas habituer. Elle resserra sa prise sur ses mains tout en fronçant les sourcils.
- Mais, tu ne comprends pas ? S'ils décident de ne pas revenir sur ton exil, je pars avec toi !
- Et ils le savent.
- Mhm.
L'ancienne shérif baissa les yeux, lâcha les mains de Regina, fuyant son regard avant d'avouer :
- Je ne veux pas être séparer de Henry. Ni d'Eva. Et je… Kathryn et Ruby sont mes amies je… je ne veux pas leur dire adieu définitivement.
Nullement vexée, Regina passa une mèche blonde derrière son oreille et en profita pour encrer son regard au sien.
- Le peuple nous a accepté, Emma.
- Pas tous.
L'ancienne méchante reine avait reçu des menaces de mort. Emma les avait vues, les avait lues, et les avait brulées.
- Est-ce que tu réalises que je suis supposée reprendre la couronne s'il leur arrivait malheur avant moi ?!
Enfin, Regina perdit son sourire, laissant place à une expression soucieuse et Emma regretta aussitôt la sérénité qui l'avait pourtant agacé.
- Cela reviendrait à me laisser une place à tes côtés sur le trône, comprit-elle enfin. Et personne ne l'accepterait.
Aussi peu rancunier que semblaient l'être les habitants de cette maudite foret, aucun n'accepterait de lui donner autant de pouvoir.
- Il est possible qu'ils me déshéritent.
- Oh non, crois-moi, ils ne feraient cela pour rien au monde. Ils savent que Henry a plus de chance de devenir roi que toi de devenir reine. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais tu as physiquement le même âge qu'eux !
- À vrai dire, je suis plus vieille. Mais si tu es en train de te questionner sur lequel de nous tous mourra en premier, c'est super glauque, Regina.
La brune soupira, déposa un baiser sur sa joue et s'éloigna à l'instant où Neal ouvrit les portes. Avec un sourire compatissant, il leur intima d'entrer et elles s'exécutèrent, le dos droit, le visage fermé.
Autour de la table ronde, la tension semblait à son comble. Leroy avait de petits yeux, prêt à s'endormir à tout moment. À ses côtés, la fée bleue ne semblait pas satisfaite du verdict tout comme Frederick ce qui ne rassurait pas du tout Emma. Ruby et Blanche affichaient des sourires discrets, la surprenant et David et son chef de garde, quant à eux, ne semblaient pas savoir quoi en penser. Tout cela n'annonçait rien de bon.
Finalement, le roi se racla la gorge tout en se levant, affichant une expression neutre.
- Nous sommes parvenus à une entente. Ce fut fastidieux mais nous avons pris en compte-
- Papa ! l'interrompit l'impertinente princesse. Crache le morceau, s'il te plaît.
David passa une main nerveuse dans sa chevelure, cassant l'attitude royale qu'il affichait et Emma se sentit rien qu'un peu rassurée de le voir ainsi.
- Nous vous soumettons deux possibilités. Vous choisirez ainsi celle qui vous conviendra le mieux.
Comment avaient-ils pu en trouver deux alors qu'Emma n'en voyait pas une seule ?! Ils avaient dû faire appel à un génie.
- La première consiste à un mariage.
- Pardon ?! répondit Regina d'une voix grave.
Cette perspective ne semblait pas plaire à la reine qui soupira avant d'expliquer :
- Il faudra sortir le grand jeu, un vrai mariage de Princesse qui promettra fidélité et sincérité. Le peuple doit savoir que vous vous aimez. Et ils doivent y croire.
Ce serait une journée voire un weekend difficile à supporter mais il y avait pire qu'un mariage, se disait Emma. Hélas, encore une fois, l'avis de Regina ne semblait pas être le même. Son visage exprimait un total désaccord :
- Et la seconde issue ? demanda-t-elle avec une once d'espoir que sa compagne partageait.
- La seconde est contre mon accord.
- David ! s'indigna sa mère. Tu n'es pas correct.
- Je suis père ! Est-ce que tu penses que c'est correct de laisser partir ma fille après avoir été séparé d'elle pendant tant d'années ?!
Emma fronça les sourcils, sentit la main de Regina se glisser dans la sienne. Elles échangèrent un regard.
- Il s'agit de vous voir partir ailleurs, reprit David avec un brin de colère dans la voix. Là où Emma n'est pas une princesse et où Regina n'a jamais été une reine. Là où ces notions n'existent même plus.
Emma comprit que c'était la bonne solution à l'instant où un soupir de soulagement passa ses lèvres. Oui, elle était heureuse de foulée le sol du monde dans lequel elle avait grandi. Toutefois, elle ne voulait pas être séparée de sa famille.
- Vous voulez donc revenir sur mon exil ? intervint Regina, à peine surprise.
- Oh non ! répondit Blanche en se levant d'un bond. Cela n'aurait rien à voir. Vous serez autorisées à revenir ici à la moindre occasion. Vous serez toujours les bienvenues.
- Alors quel est l'intérêt ? demanda une Emma dubitative.
Sa mère s'approcha, prit les mains liées des deux femmes dans les siennes et sourit. Un sourire plein de larmes.
- Le but est de vous donner une seconde chance.
Emma ne comprit pas tout de suite. En quoi les faire fuir signifiait leur accorder une seconde chance ?
Puis, en croisant le regard soulagé de Regina, elle comprit enfin. Il ne s'agissait pas de lui donner une seconde chance concernant la confiance du Royaume. Il s'agissait de leur donner une seconde chance d'être heureuses.
Cette vie de princesse ne lui convenait pas et ce monde avait trop fait souffrir Regina pour qu'elle ne puisse être épanouie en ces lieux. Sa mère le savait mieux que personne.
- Et Henry ? demanda Regina d'une voix tremblante.
- Il est votre fils. Nous n'avons pas à choisir pour vous.
Neal se râcla la gorge, rappelant par ce simple geste qu'il devait être consulté avant que quelconque décision soit prise.
- Qu'en penses-tu ? l'interrogea Emma.
- Je préfèrerai que vous restiez. On ne vous demande pas grande chose. Un mariage ! Il y a pire comme punition, non ?
La sauveuse sentit Regina se tendre entièrement, serrer les deux mains qui étaient liées à elle. En croisant le regard de sa mère, Emma comprit alors.
Regina avait subi un mariage forcé. Elle avait été liée à sa mère par un mariage forcé. Elle avait été violée dans un mariage forcé. Se marier à n'importe qui serait difficile pour elle mais se marier à Emma, voir Blanche se tenir à leur côté, ce serait inenvisageable.
- Je ne veux pas perdre contact avec lui, reprit Neal. Et je ne veux pas qu'il soit privé de son rêve d'être chevalier.
Pour lui, tout était clair. Soit elles se privaient de leurs conforts personnels pour assurer le bonheur de leur fils, soit elles le privaient de ses deux mères. Jamais il n'accepterait qu'Henry parte avec elles.
- Prenez tout le temps qu'il vous faudra pour y réfléchir, déclara Ruby. Rien ne presse.
Regina et Emma échangèrent un regard, espérant trouver la solution dans les yeux de l'autre. Elles qui avaient toujours tant de mal à se mettre d'accord allait pourtant devoir le faire. Leur avenir en dépendait.
Regina Mills
Elles invitèrent Henry à déjeuner avec elles dans les appartements privés d'Emma. Elle ne passait jamais un repas sans ses parents et sa sœur alors leur fils comprit très vite qu'il ne s'agissait pas d'un simple moment en famille.
- Rassurez-moi, vous n'allez pas attendre le dessert pour cracher le morceau ?! s'exclama-t-il alors qu'ils dégustaient la salade de crudité.
Ses deux mères échangèrent un regard. Finalement, ce fut Regina qui reposa calmement ses couverts pour expliquer :
- Le verdict est tombé.
- C'est si terrible que ça ?
Emma baissa la tête quelques secondes, chassa les larmes de son regard et sourit finalement à Henry. Un sourire triste, déchiré.
- Tes grands-parents voudraient que nous nous marrions, ta mère et moi.
Henry arqua un sourcil amusé. À cet instant précis, Regina voyait une version miniature de Neal Cassidy et cela lui déplut fortement.
- Sérieux ? C'est ça leur super idée ? Je ne vois pas en quoi ça arrangerait les choses.
Puisqu'elle savait qu'Emma partageait son avis, Regina prit une profonde inspiration :
- Alors je vais te l'expliquer.
Elle prit une gorgée du vin offert par la princesse, reposa calmement son verre et se lança enfin :
- Derrière un mariage se cachent bien des stratagèmes. En principe, il s'agit d'une alliance entre deux royaumes et à une époque il s'agissait avant tout d'un acte politique. Sous le règne de tes grands-parents, c'est devenu d'autant plus un symbole d'amour. Mais cela n'en demeure pas moins lourd de sens. En épousant Emma, je m'engage auprès du Royaume. J'aurais un tas de règles à respecter, je serais suivi de très près et…être l'épouse d'une princesse, ce n'est pas aussi rêveur qu'on pourrait le croire. Emma et moi aurons des obligations. On devra se montrer, on devra faire ci tout en faisant attention à ne pas faire ça.
Emma haussa une épaule, comme si cela importait peu, comme si elle n'avait pas subi suffisamment pendant cinq ans. Jusqu'où était-elle prête à aller par amour pour ses proches ?
- Je ne veux pas de cette vie-là. Je ne veux pas faire constamment mes preuves. Et pas seulement pour moi. Pour Emma aussi. Pour l'instant, son rôle de princesse ne lui apporte pas grandes contraintes. Elle a encore le droit de s'amuser dans quelconques tavernes ou s'évader pendant une visite dans un village voisin. Mais une princesse, une fois mariée, gagne en importance. Elle aura de plus en plus de responsabilité. Et nous savons tous les trois qu'elle ne veut pas de cette vie-là.
Emma lui offrit un sourire triste avant de tourner son regard vers leur fils. Elle prit facilement le relai :
- Si nous refusons, le conseil nous offre la possibilité d'aller vivre dans l'autre monde. Cela signifie que je renonce à mon statut. Que je lègue ma place à Eva dans la hiérarchie mais sans pour autant être déshéritée. Cela signifie aussi que tu ne seras plus l'héritier premier. Tu passeras non seulement après Eva, mais aussi après ses futurs enfants.
Il fronça les sourcils et Regina se demanda si porter la couronne avait tant d'importance pour lui mais elle comprit bien vite qu'il se souciait seulement du bonheur de ses mères, comme toujours.
- Et ils seraient prêt à te laisser partir et te perdre encore une fois ?!
- Non, ce serait différent. On pourrait créer des portails et revenir pour quelques jours. Comme si… Comme Ruby, tu vois ? Elle habite loin et on ne la voit que de temps en temps mais lorsqu'elle nous manque on a l'occasion d'aller chez elle et elle est toujours la bienvenue au château.
Il hocha la tête, resta silencieux un instant avant de leur offrir son plus large sourire, les prenant totalement au dépourvu.
- C'est une idée géniale ! Maman, tu te plais à Manhattan, depuis ton retour je sais que tu serais plus heureuse là-bas. Et toi 'Man ?! ça fait cinq ans que tu veux retourner dans l'autre monde ! Il n'y a que là-bas que tu te sens à ta place. C'est l'occasion rêvée. Vous pourrez vivre la vie que vous avez toujours voulu avoir. Loin de la monarchie et de vos responsabilités pourries qui vous empêchent d'être heureuses ! C'est tout simplement parfait !
Regina sentit son cœur s'accélérer et sa magie crépiter, comme si elle réalisait enfin la vie qu'elles pourraient partager.
- Mais… Et toi ? demanda Emma.
- Moi ?
- Tu es heureux ici. Plus que tu ne l'as jamais été à Storybrooke.
Il sourit, alterna son regard de sa mère blonde à sa mère brune. Ses yeux contenaient difficilement l'émotion du moment.
- Vous savez à quel point je vous aime et je sais à quel point vous m'aimez. On n'a pas besoin de se voir tous les jours pour le savoir.
Emme retira sa main de la sienne pour se servir une gorgée de son vin avant de lui répondre.
- Je crois que tu n'as pas bien compris, gamin. Ce n'est pas tout à fait comme Ruby parce qu'on ne pourra pas s'envoyer de lettres ou se passer des appels, tu vois ? Et on ne peut pas voyager entre les mondes à une fréquence élevée.
- Moi je le peux.
Ses mères interrompirent tout mouvement pour le dévisager avec curiosité. Il avait son petit sourire satisfait au bord des lèvres.
- Pour mon anniversaire, Tink m'a offert ce qu'elle appelle un collier voyageur. Elle a disposé de la poudre de fée dans le pendentif et cela me permet de passer d'un monde à l'autre sans grand effort.
Pour la énième fois, Emma et Regina échangèrent un regard, ne sachant que penser de cette nouvelle information.
- Alors tu vivrais ici tout en venant nous rendre visite ? demanda finalement la brune.
- Vous rendre visite ? Tu plaisantes ?! Je passerai autant de temps avec vous que dans ce château. Je ne sais pas encore comment mais pourquoi pas une semaine à Manhattan, un semaine ici ?
Regina observa l'air confiant de son fils et voulu s'assurer que, à l'instar de sa mère, il n'était pas prêt à sacrifier son propre bonheur pour elles.
- Et ton programme pour être chevalier ? Les cours que te donne ton grand-père ? Tu t'en passeras une semaine sur deux ?
- Oui. Je profiterai de mon temps passés dans l'autre monde pour me cultiver géopolitiquement parlant.
- Dis donc, on dirait que tu as pensé à tout, intervint Emma, prononçant les pensées exactes de Regina.
- 'Man, il y a bien longtemps que je t'ai dit que l'autre monde serait le mieux pour vous deux. Je me suis préparé à cette éventualité.
Ils échangèrent tous les trois un regard, comprenant que la décision était prise et réalisant qu'ils touchaient leur bonheur du bout des doigts.
- Et tu arriveras à te passer de Jude une semaine sur deux ? reprit Emma avec malice.
Leur fils écarquilla les yeux tandis que Regina l'observa sans comprendre. Elle savait qu'elle aurait souvent cette impression d'être de côté. Elle savait que ces cinq années mettraient du temps avant d'être rattrapée. Toutefois, elle pouvait compter sur Emma pour l'intégrer tout naturellement. Elle se tourna vers elle pour lui expliquer :
- Tu te souviens de la fille de Mike ? On l'a rencontré pendant notre tournée des villages. J'ai été surprise de la voir à l'anniversaire de Henry. En fait, il semblerait que ces deux-là se connaissaient déjà.
Regina reporta un regard amusé sur leur fils dont le rouge sur les joues n'était pas sans rappeler la transparence d'Emma.
- Et donc, vous êtes amis ? questionna-t-elle, jouant de la situation.
- Amis ? répéta la blonde, fort amusée. Tu rigoles ? Ils sont bien plus que cela.
- 'Man ! Mais tais-toi !
- Tu savais très bien que je cracherai le morceau. Je ne cache rien à ta mère.
Il poussa un soupir dépité, se laissa tomber contre le dossier de sa chaise, faisant rire aux éclats Emma tandis que Regina fronça les sourcils, soucieuse.
- Pourquoi ne voulais-tu pas que je le sache ?
- Parce que je te connais ! Tu vas vouloir la rencontrer, t'assurer qu'elle est bien pour moi, tu vas lui poser un milliard de questions, l'intimider et ce sera super gênant pour moi.
- Tu te trompes, cela ne me ressemble pas du tout.
Le rire de la sauveuse redoubla d'effort et Henry peina à ne pas la rejoindre. Lorsqu'enfin elle se calma, elle rétorqua :
- C'est tout à fait ton genre ! Vivement qu'on l'invite à diner dans notre super appartement luxueux à Manhattan.
Taquine, Regina croisa ses bras sous sa poitrine, arqua un sourcils aussi haut que possible.
- Ah oui ? Et comment comptes-tu payer cet appartement Miss-j'ai-disparu-du-système-pendant-cinq-ans ?
Henry pouffa à son tour tandis que la blonde haussa négligemment ses épaules, comme si la question ne se posait même pas.
- Je vivrai honteusement sur le salaire de ma compagne et l'héritage de mes parents.
Quel merveilleux projet !
Puis, elles échangèrent un regard empli d'amour l'une pour l'autre. Henry demanda finalement :
- Alors c'est décidé ? Vous partez à la grande aventure de votre nouvelle vie ?
Elles acquiescèrent d'une même voix. La décision était prise.
Henry Mills
Il avait eu du mal à sortir du lit, ce matin-là. Il était plutôt morose et il regrettait presque la décision prises par ses mères quelques jours plus tôt.
Il était évident qu'elles ne seraient heureuses que là-bas. De plus, il allait passer beaucoup de temps avec elles ce qui serait toujours mieux que ces cinq dernières années où il avait bien manqué de les perdre toute les deux.
Cependant, il réalisait à quel point il aimait passer du temps avec ses grands-parents et ses parents. Tous ensemble. Il était toujours plus drôle de s'allier à Eva pour embêter Emma ou de se moquer gentiment de sa grand-mère avec cette dernière. Et elles ne pourraient jamais rencontrer Jude. Elle ne connaissait rien de l'autre monde et il serait trop compliqué de la faire venir à Manhattan.
Et puis, ses mères allaient passer beaucoup de temps toutes les deux, et même s'il serait avec elles une semaine sur deux, il avait conscience de tous ce qu'il allait manquer. Elles auraient leur quotidien, leurs habitudes, leurs moments rien qu'à elles dans une intimité à laquelle il n'aurait pas accès.
Elles auraient leurs secrets et même s'il savait que c'était idiot, il appréhendait de se sentir exclus.
- Tu as une sale tête, ce matin ! l'accueillit chaleureusement August alors qu'ils se rejoignaient dans le hall du château.
- Merci, je suis flatté, grommela Henry.
Son ami éclata de rire, lui tapa sur l'épaule dans un geste amical qu'ils partageaient régulièrement.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu as la même expression que le jour où Grace t'a plaqué.
- C'est moi qui ais rompu !
- Mouais, si tu le dis.
- Eh ! s'indigna-t-il. De toute façon on s'en fout, je suis avec Jude, maintenant.
- Ouh ! Quel tombeur !
Henry cessa sa marche pour observer le visage rieur de son ami, son visage tacheté de rousseur, ses boucles indisciplinées.
- Tu es chiant, August.
- C'est bien pour cela que je suis ton seul ami.
- Mhm possible.
Son ami arqua un sourcil roux, attendant patiemment que le petit prince ne s'exprime.
- Bon, tu balances ? Qu'est-ce que tu as ?
- Je suis là pour dire au revoir à mes mères, je suis supposé sauter de joie ?!
- Bah tu les retrouves dans quelques jours, ce ne sont pas des adieux.
- Ouais mais quand même !
Personne ne semblait comprendre. Henry lui-même trouvait sa réaction ridicule mais c'était plus fort que lui.
- Si tu ne m'expliques pas, je ne vais pas pourvoir t'aider, mon frère.
- Ce ne sera pas pareil, souffla-t-il alors.
- C'est sûr. Ce sera mieux. Parce qu'elles seront heureuses. Ce n'est pas ce que tu veux ?
- Si ! Mais…
Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour être sûr qu'aucune oreille indiscrète ne trainait dans les parages.
- Et si elles étaient mieux sans moi ?
August le dévisagea un instant comme s'il pensait avoir mal entendu puis, enfin, il poussa un soupir las.
- Tu es encore plus con que ce que je croyais.
- Merci, ça fait plaisir.
- Mec ! Elles t'aiment trop ! Ce n'est pas parce qu'elles seront heureuses ensembles qu'elles n'auront plus besoin de toi. Je veux dire… c'est comme si tu n'avais plus besoin de moi maintenant que tu as une copine.
Henry réfléchit à cette comparaison qu'il trouva d'abord absurde. Finalement, il se détendit, soupirant.
- Ouais, tu as raison, c'était débile.
- Tu vois ?
Il passa son bras autour de son cou dans une accolade fraternel et Henry se laissa faire en riant. Puis, ils rejoignirent le reste de la famille pour les adieux.
La scène était surréaliste. Elles portaient toutes deux des vêtements sobres qui n'interpelleraient personne dans l'autre monde mais qui leur permettait tout de même de passer un voyage confortable sur le Jolly Roger.
Emma était au centre de l'attention, elle semblait perdue entre les étreintes de ses parents et les adieux de Kathryn et Ruby. Regina, quant à elle, discutait paisiblement avec Killian et Tink, indifférente des adieux qui se situaient à quelques pas d'elle.
Henry décida d'abandonner August pour s'approcher de ces derniers. Le pirate et la fée semblaient encore plus proches que d'habitude. Dans leurs regards, leurs sourires, et leurs gestes, il comprit rapidement que ces deux-là avaient enfin passé le cap.
- Alors, Maman, intervint-il. Prête pour le grand départ ?
Elle lui sourit tristement, vint aussitôt encadrer son visage de ses mains, comme elle l'avait toujours fait.
- J'ai hâte que tu viennes nous retrouver !
- Moi aussi ! Mais on a convenu que ce serait mieux d'attendre que vous soyez bien installé.
- Ce sera rapide. J'avais laissé des instructions claires à mes employés dans l'hypothèse où je m'absenterai pour plusieurs mois alors ils ne devraient pas avoir fait n'importe quoi de mon argent. J'imagine.
Killian éclata de rire et Regina relâcha le visage de son fils pour l'interroger de son regard sombre.
- Ton assistante a bien trop peur de toi pour risquer la moindre erreur.
- Tu exagères, je l'intimide seulement un peu.
Ils échangèrent un regard complice et Henry en profita pour s'approcher discrètement de Tink.
- Alors, tu vas vraiment le laisser partir ?
- Il n'a pas le choix, petit malin. Nous n'allons pas laisser tes mères diriger le Jolly Roger toutes seules. Elles risqueraient de ne jamais arriver à destination.
Henry fit la moue, comprenant le problème et fur surpris que la fée lui offre un clin d'œil joyeux.
- C'est pour cette raison que je pars avec eux.
Le brun écarquilla les yeux, agréablement étonné par la nouvelle. Il était rassuré de savoir que ses mères pourraient compter sur leur bonne fée pour veiller sur elles.
- Quoi ?! Sérieux ?! Mais tu… Tu vas faire quoi là-bas ? Tu n'as vécu que quelques mois à Storybrooke tu ne connais rien de ce monde et puis tu… Qui va s'occuper d'Eva ?
- Je pense qu'il y a bien assez de personnes dans ce château pour s'occuper d'elle. Et puis, tu me connais, j'ai besoin d'aventure.
- Avoue surtout que tu veux garder un œil sur ta protégée, intervint Killian en pointant Maman de son menton barbu.
Tinkerbell tapa dans ses mains avec enthousiasme, peu soucieuse d'être ainsi démasquée.
Regina secoua la tête, dépitée et s'approcha de son fils pour prendre ses mains, le regard tout à coup bien plus sérieux.
- Je veux que tu fasses très attention avec ton collier, d'accord ? Ce n'est pas un jouet. Je ne veux pas qu'August et toi vous amusiez à traverser les mondes avec insouciance.
Tel l'adolescent qu'il était encore, il leva les yeux au ciel avec dépit, comme s'il ne l'avait pas envisagé, à l'instant où le collier était tombé entre ses mains.
- Je ne suis plus un gamin, maman ! Je vais faire attention, c'est promis.
- Mhm. Je n'aime pas que tu ais recours à la magie.
- Je sais, tu l'as mentionné environ cent fois au cours de ces derniers jours.
S'il avait longtemps été effrayé par son regard noir, craignant toujours une punition, il en était maintenant chaque fois touchée, sachant ce qu'il cachait.
- C'est parce que je m'inquiète vraiment !
- Et tu n'as aucune raison de le faire ! Tout va très bien se passer. Tink l'a testé plusieurs fois avant de me l'offrir.
La brune hocha la tête, à peine convaincue, et l'emprisonna dans une forte étreinte qu'il lui rendit aussitôt.
- Je t'aime, Henry.
- Je t'aime aussi, Maman.
Après cet échange émotif, il s'éloigna pour rejoindre Emma, accroupie à la hauteur de sa petite sœur.
- Tu vas faire un voyage ? lui demanda innocemment Eva.
Emma semblait retenir ses larmes avec difficulté et cela brisa le cœur de Henry. Eva était si jeune qu'il serait dangereux de la laisser traverser les portails et il était fort probable qu'il se passe des mois avant qu'elles ne se revoient.
- Oui, mon cœur. Je vais faire un très long voyage. Avec Regina. Et je ne vais pas rentrer avant très longtemps.
La petite fit la moue et les yeux de Henry s'humidifièrent soudainement. Il ne voulait pas qu'elles soient séparées.
- Tu vas me manquer, 'Ma.
- Toi aussi, Eva. Mais je verrai Henry et il pourra passer les messages, d'accord ?
Sa nièce leva ses yeux larmoyants sur lui et il manqua de craquer, lui offrit le sourire le plus rassurant possible.
- Pourquoi lui il viendra te voir et pas moi ?
- Parce que c'est un grand.
- Moi aussi je suis un grand !
L'ainée sourit et déposa un baiser sur le front de sa cadette. Henry avait le cœur qui débordait de tristesse.
- Promis, je serai là pour ton anniversaire.
- Je pourrais embêter Henry quand même ?
- Oh mais bien sûr ! C'est même un devoir !
- Eh ! s'indigna-t-il. Je vous écoute, là !
Les deux sœurs portèrent un regard surpris sur Henry avant de se sourire malicieusement. Puis, ensemble, elles se ruèrent vers lui pour l'assaillir de bisous baveux et guilis.
Finalement, peut-être que c'était une bonne chose que ces deux-là soient séparées !
Puis Tink kidnappa Eva pour lui faire ses adieux et laissa Henry seul avec Emma dont les yeux étaient de plus en plus humides.
- Tu veilleras sur elle, hein ?
Il acquiesça en silence, refusant que sa voix trahisse son émotion. Elle porta un regard vers ses parents.
- Je veux dire… Tu veilleras sur eux…
- Ils vont me poser dix milles questions à chaque fois que je reviendrai de chez vous. Ils seront insupportables.
Emma éclata de rire. Un rire un peu retenu, un rire non pas joyeux mais presque mélancolique.
- Ça c'est clair. Bon courage !
- Eh ! Tu crois quoi ?! Tu devrais leur écrire une lettre chaque semaine pour m'aider un peu.
- Quoi ?! Non ! Jamais !
Puis elle porta son attention sur Neal et sa nouvelle copine qui discutaient avec Killian.
- Tu n'oublieras pas de passer du temps avec lui. Ce n'est pas parce qu'il a à nouveau quelqu'un dans sa vie que tu ne dois plus lui rendre visite.
- Je sais !
- Il va vivre dans le château de Gold, enfin Rumpletruc, avec Jack.
- Oui, il me l'a dit. Je suis content pour lui.
Emma retrouva facilement son sourire. Elle hocha la tête, comme pour remettre un peu d'ordre dans ses émotions.
- Moi aussi ! C'est une fin heureuse pour tout le monde, tu vois ?
Henry haussa négligemment les épaules, fuyant son regard et Emma fronça les sourcils.
- Que se passe-t-il, gamin ?
- Je n'aime pas que tu ais à dire adieu à ta famille.
- Ce ne sont pas des adieux.
- Je sais mais je n'aime pas ça quand même.
Elle inspira profondément, cherchant son regard, une expression sereine sur le visage.
- Cela m'attriste aussi, quand je les vois là, tous réuni pour nous. Et puis… je repense à nos prochaines retrouvailles et à toutes ces choses super que j'aurais à leur raconter sur ma vie de rêve. J'écouterai toutes les péripéties d'Eva avec beaucoup d'intérêt et…
Elle expira calmement et Henry vit sur son visage ce qu'il avait rêvé de voir au cours de ces cinq dernières années : le bonheur.
- Et ce sera parfait. Tu sais ce qu'il y a de plus beau dans des séparations douloureuses ? Ce sont les retrouvailles.
Cette fois-ci, ce fut vers Regina que son regard se posa. Les émotions qui se lisaient sur son visage était indéchiffrable pour Henry.
- Elles valent toujours le coup, souffla-t-elle.
Henry attendit, une puis deux secondes avant de se jeter dans ses bras et elle lui rendit l'étreinte avec chaleur.
- Je suis fière de toi, murmura-t-elle dans son oreille. Tu as pris la bonne décision.
Et cela faisait du bien de l'entendre après avoir passé des jours à supporter leurs arguments pour le convaincre de venir vivre à temps complet avec elles.
Finalement, ils avaient trouvé le moyen d'être tous heureux. Enfin.
