Note : Je profite de mon temps libre pour publier le troisième chapitre qui lance vraiment cette suite. Merci encore à Mini-Ju (on se retrouve en bas pour voir ce que tu vas préférer du coup ^^)
Tel est pris qui croyait prendre
Alors qu'ils entraient dans leur salle commune, Scorpius, amusé, écoutait les plaintes incessantes de sa cousine avec un sourire non dissimulé.
- Ah, ça te fait rire, hein ? Tu me le paieras, Scorpius, tu me le paieras ! Je n'arrive pas à croire que tu aies réussi à manigancer tout ça derrière mon dos alors que… alors que…
- Tel est pris qui croyait prendre, chère cousine ! la singea-t-il en s'approchant d'elle pour lui déposer un baiser sur la joue qu'elle s'empressa d'esquiver en reculant.
- Dans tes rêves, Scorpius ! Si tu crois que je vais te pardonner aussi facilement. À partir d'aujourd'hui, c'est la guerre. Et puis, de toute façon, rien ne m'oblige à…
- Comment ?! Tu reviendrais sur ta parole ? Dis donc, c'est qu'il te chamboule vraiment celui-là pour que tu te mettes dans des états pareils. Je pensais bien avoir visé juste mais à ce point…
Zoë ouvrit la bouche mais elle se retrouva incapable de répliquer et elle en fut encore plus vexée si ce n'est… blessée. Ça ne lui arrivait jamais de perdre pied ainsi ! Elle ne voulait pas être touchée de cette façon. Surtout pas pour un garçon. Encore moins pour ce garçon ! Impuissante et éberluée, elle sentit avec effroi des larmes affluer à ses paupières. Des larmes ! Qu'elles soient de rage ou d'autre chose qu'elle ne voulait absolument pas analyser, elles étaient inacceptables ! Zoë Zabini ne pleurait jamais. Jamais ! Sans plus tarder, elle se dirigea vers son dortoir afin que personne ne remarque son état. C'est à peine si elle entendit un Scorpius incertain murmurer son prénom de façon inquiète, parce que lui avait bien senti son désarroi.
S'il avait su qu'elle réagirait de la sorte, il se serait sans doute abstenu. Mais c'était elle qui avait voulu jouer avec le feu et il semblait bien qu'elle s'y soit brûlée plus qu'ils ne l'auraient tous deux cru possible. Scorpius soupira, embêté que ça lui cause du tort. Il n'avait pas pensé à mal, il était bien trop attaché à sa cousine pour la mettre dans une situation qui lui ferait perdre ses moyens à ce point. Il pensait juste qu'elle aurait été dans l'embarras quelques instants mais qu'elle aurait repris les rênes comme si de rien n'était, attaquant à nouveau à son tour. Au lieu de cela, son intuition se révélait bien plus profonde qu'il ne l'avait imaginée et il s'en voulait. Dès demain, il irait s'excuser auprès de Zoë et chercherait avec elle une solution pour arranger les choses.
oOo
Arrivée dans sa chambre, Zoë ferma la porte et s'y adossa, tâchant de reprendre ses esprits. Sa respiration était saccadée et la colère qu'elle ressentait contre Scorpius – mais surtout contre elle-même – n'aidait pas à la calmer. Elle se sentait… ridiculisée. Et elle n'avait pas l'habitude de ça !
Les seules fois où elle n'en avait pas mené large dans sa vie, c'était avec Scorpius pendant les cours de soins aux créatures magiques mais ils étaient deux alors et cela avait donc été plus facile à supporter. Même s'ils avaient eu du mal au début, ils avaient fini par en rire en décidant de surmonter leur mal-être d'être vus ainsi par les autres en prenant les devants. Mieux valait de l'autodérision que subir des moqueries. C'était devenu une de leurs forces d'être capable de prendre du recul et de se taquiner l'un l'autre plutôt que de répondre avec hargne aux autres en étant incapable de ne pas rougir de honte. C'était devenu un autre de leur petit jeu exclusif. En agissant ainsi, en transformant ces situations embarrassantes en blagues privées, ils avaient réussi à cantonner les autres au rôle de spectateurs captivés plutôt qu'en carnassiers – et quiconque avait tenté avant eux de plaisanter sur leur sort s'était vu stoppé net par un regard hautain et une repartie bien placée.
Mais là, elle était toute seule.
Elle n'arrivait pas à comprendre comment elle avait pu se laisser berner aussi facilement. Elle s'était pourtant rendu compte que Scorpius la soupçonnait d'avoir monté quelque chose contre lui. Mais elle pensait avoir été assez vigilante, elle avait redoublé d'attention pour le surveiller et peaufiner son projet… Le problème, c'est qu'elle avait sous-estimé l'autre variable qu'était Albus. Qui aurait cru que ce Potter serait aussi retors qu'eux et qu'il parviendrait à la manipuler à son insu ? Elle était furieuse de ne pas l'avoir vu venir, furieuse de s'être cru trop sûre d'elle et de devoir en payer le prix… furieuse d'être ainsi à découvert et terrorisée à l'idée de ce qui pourrait arriver.
Ce qu'elle s'efforçait de cacher et d'oublier depuis deux ans était maintenant clair comme de l'eau de roche pour Scorpius et ce n'était qu'une question de temps avant que d'autres s'en aperçoivent. À moins qu'elle parvienne à se contrôler, elle était fichue. Mais comment arriver à faire face alors qu'au lieu de s'y entraîner, elle s'était évertuée à fuir ce problème depuis tout ce temps ?
oOo
Grande Salle de Poudlard, quelques heures avant…
Attablée à côté de Scorpius, Zoë jubilait intérieurement. Elle prenait soin néanmoins de contenir sa bonne humeur car son cousin lui avait déjà fait remarquer que c'était un de ses points faibles qui la trahissait. Elle aimait trop les défis et la réussite pour son bien et il avait appris à l'observer attentivement pour déceler quand elle préparait quelque chose. Durant ces derniers jours, elle avait donc fait profil bas en tâchant de ne pas se montrer plus enthousiaste qu'elle n'aurait dû. Elle était plutôt fière d'elle. De toute façon, elle avait peu vu Scorpius qui passait un temps bien trop insupportable pour elle à la bibliothèque. Elle préférait de loin travailler dans leur salle commune, s'étant habituée à son ambiance tamisée.
Bref, ce soir, si elle était heureuse, c'était parce qu'elle allait enfin récolter les fruits de ses efforts pour faire bouger un peu les choses. Elle avait procédé avec méthode en se rapprochant d'abord prudemment d'Albus pour tâter le terrain. Quand elle l'avait senti apte à se montrer utile et coopératif, elle lui avait donc exposé son projet et s'il avait été surpris au premier abord et qu'il s'était laissé le temps de la réflexion, il avait cependant accepté à la fin de la journée. S'attendant à des négociations, elle n'avait pas été étonnée de l'entendre lui demander ce qu'il gagnait dans l'histoire, lui. Elle l'avait donc invité à proposer ce qu'il souhaitait.
Elle avait bien réfléchi en amont et ne voyait pas ce qu'il pourrait vouloir d'irréalisable. Albus était un ado sérieux et relativement timide. Il manquait un peu de confiance en lui même s'il s'était davantage affirmé depuis un ou deux ans. Il n'était pas méchant, n'était pas partisan des querelles « Gryffondard » (ou « Serpentor », selon sa position) et rien ne portait à croire qu'il essaierait de la mettre dans une situation délicate du point de vue du règlement ou de la loi. La famille Potter ne manquait pas d'argent mais cela ne l'aurait pas dérangée de louer ses services contre quelques Gallions s'il en avait réclamés. Elle pouvait aussi l'aider dans des matières qu'il maîtrisait moins bien qu'elle. Jouer les entremetteuses avec une de ses connaissances n'était pas non plus un problème. Non, vraiment, elle ne risquait rien avec lui et elle avait toujours son veto à disposition en cas de surprise insurmontable.
Alors, quand il lui avait exposé son vœu, elle devait reconnaître qu'elle ne s'y était pas attendue – jamais elle n'avait relevé le moindre signe indiquant qu'il pouvait être intéressé par cela et elle se targuait pourtant d'être douée en la matière – mais elle n'avait eu besoin que de quelques secondes de réflexion pour le lui accorder. Après tout, c'était assez flatteur et cela ne l'engageait à rien de pénible. Oui, quand, en échange de son aide, Albus lui avait demandé un rendez-vous à Pré-au-Lard, elle avait donc accepté.
À présent, elle l'observait discrètement se pencher à l'oreille de Rose. Sous le coup de la surprise, les sourcils de cette dernière se haussèrent et elle jeta rapidement un coup d'œil à la table des Serpentard comme pour vérifier ce qu'il disait. Zoë se retint d'afficher un sourire en coin lorsque leurs regards se croisèrent et maintint son masque d'indifférence calculée qu'elle portait en temps normal. Elle nota que Rose se montrait sceptique face aux dires de son cousin. Etait-ce donc si peu probable pour elle que Scorpius puisse s'intéresser à elle ? Il n'était pas démonstratif, certes, mais elle aurait pu trouver cela flatteur et rougir un peu. Au lieu de cela, Zoë la voyait de plus en plus amusée, comme s'il lui était impossible de croire à cette révélation.
Et quand James porta son attention sur leur conversation, se demandant probablement ce qui faisait rire ainsi sa cousine, il ne sembla pas apprécier du tout la nouvelle, lui. Cela, en revanche, n'étonna pas Zoë.
Si on lui avait demandé ce qu'elle pensait de James Sirius Potter, batteur de l'équipe de Quidditch des Gryffondor, elle aurait dit qu'il était beaucoup moins ouvert d'esprit que son frère et sa cousine. Etait-ce inhérent à la rivalité sportive qui existait de fait entre les équipes ? Etait-ce un ressenti plus ancré envers la maison de Salazar ? Elle l'ignorait mais elle l'avait toujours trouvé un peu plus rustre que les autres membres de sa famille et elle ne pouvait que le déplorer. Parce qu'elle aurait ajouté qu'il n'était pourtant pas idiot, loin de là, mais qu'il semblait se complaire dans un certain confort que lui prodiguaient habitudes et préjugés et qu'elle trouvait cela rédhibitoire.
Aussi, le regard colérique qu'il lança dans leur direction, s'il ne l'étonna pas le moins du monde, eut néanmoins pour effet de renforcer le sentiment désagréable qu'il lui inspirait. Ce qu'il pouvait être obtus ! En quoi cela le regardait-il si Scorpius voulait sortir avec Rose ? Il n'avait aucun droit d'en être énervé, son cousin valait tellement plus que lui. Elle hésita donc entre soutenir son regard pour lui faire comprendre qu'elle n'était pas du tout impressionnée ou détourner son attention pour qu'il saisisse bien, s'il en était besoin, à quel point il était insignifiant à ses yeux.
Elle n'eut cependant pas le temps de se décider car Scorpius lui demanda :
- C'est moi ou les Potter-Weasley sont en train de nous fixer ?
- Tu devrais être content, Rose est sans doute en train de réaliser à quel point tu es irrésistible quand tu manges et elle va bientôt céder à l'attraction que tu exerces sur elle.
- Ah ! Ah ! Quel trait d'esprit Zoë ! Tu crois vraiment que me parler d'elle sans arrêt va m'inciter à lui faire la cour ? Je t'ai connue plus subtile que ça, tu me déçois en ce moment. Mais rassure-toi, je n'ai pas été inactif pendant ta petite opération commando top secrète et puisque tu voulais de l'action, tu vas en avoir, lui assura-t-il en plantant son regard malicieux dans le sien.
- De quoi tu parles ? tenta-t-elle de le questionner calmement mais ses narines frémirent sous le coup porté – il avait donc bien deviné qu'elle manigançait quelque chose mais, par dessus tout, il avait répliqué… et sans qu'elle s'en rende compte ?
- Tu crois peut-être qu'Albus était en train d'informer Rose de mon penchant pour elle mais tu te méprends, chère cousine. Il a trouvé plus intéressant de venir me parler de ton plan pour voir ce que j'avais à lui offrir en retour et il se trouve qu'il a un faible pour Héméra, la Serpentard de notre année avec qui je suis en binôme en arithmancie – ce qu'il sait par Rose, évidemment. Il m'a donc demandé de tâter le terrain avec elle.
Le teint mat de Zoë perdit de son éclat alors qu'elle encaissait cette trahison et elle chercha à comprendre…
- Mais… dans ce cas… pourquoi m'a-t-il demandé de sortir avec lui ? Il veut la rendre jalouse ?
- Tout le monde n'a pas des idées aussi perverses que les tiennes, voyons. Albus se fichait bien de ta punition, c'est moi qui l'ai choisie – et il s'est avéré qu'elle lui convenait très bien au final.
- Mais pourquoi a-t-il accepté ça s'il en pince pour Héméra ? Ça n'a aucun sens !
- Réfléchis, Zoë ! Tu n'as pas accepté de sortir avec Albus. Tu as accepté un rendez-vous à Pré-au-Lard, c'est très différent.
Alors que la lumière faisait jour dans son esprit, l'appréhension gagna son estomac et elle pria Morgane de lui épargner ça ! Scorpius n'avait pas deviné, n'est-ce pas ? C'était impossible, elle avait tout fait pour le dissimuler, pour que personne ne s'en doute, pour qu'elle-même oublie ! Mais si Albus ne parlait pas de Scorpius à Rose tout à l'heure… leurs regards tournés vers eux… c'était pour elle… et son expression de dégoût…
Redoutant la réponse qui viendrait, elle déglutit douloureusement mais dignement avant de demander, les dents serrées :
- Qui ?
Et le couperet tomba :
- James Potter, bien sûr !
