Ne jamais mettre la charrue avant les hippogriffes
Note : merci "Guest", ton commentaire m'a vraiment fait très plaisir et tu vas peut-être bien avoir une réponse à ta question dans ce chapitre ;)
Contre toute attente, il n'hésita pas une seconde lorsqu'elle planta son regard dans le sien et il se pencha vers elle pour joindre ses lèvres aux siennes. Il n'aurait jamais imaginé agir de la sorte, pas avec elle, elle… un CLAC sonore les fit sursauter et s'écarter l'un de l'autre. Ils se regardèrent, surpris, et un éclair de lucidité les frappa en même temps : Zoë et James ! Sans plus attendre, ils reportèrent leur attention sur la scène qu'ils étaient censés observer à distance pour le bien de leurs cousins respectifs. Visiblement, James venait de faire quelque chose qui avait mis Zoë en rogne puisqu'elle s'éloignait de lui à grands pas tandis qu'il se massait la joue en maugréant.
Décidément, cette sortie à Pré-au-Lard ne se déroulait vraiment pas comme Scorpius l'avait imaginée !
- Tu as vu ce qu'il s'est passé ? demanda-t-il à Rose, inquiet.
- Sérieusement, Scorpius ? Tu es pourtant le mieux placé pour savoir que mon attention était attirée par tout autre chose, lui répondit-elle d'un ton taquin en rougissant néanmoins légèrement – ce qui eut le don de le faire fondre.
- Désolé, question idiote, en effet.
Il se mordit intérieurement une joue, partagé entre son envie de rester avec Rose et de ne pas la froisser en l'abandonnant et son devoir d'aller trouver Zoë pour la soutenir. Il avait confiance en Rose pour comprendre la loyauté envers les siens mais, dans ce genre de situation, on ne savait jamais vraiment comment l'autre pouvait réagir, non ?
- Scorpius, qu'est-ce que tu attends ? File ! Zoë a besoin de toi.
Parfaite ! Ne put-il s'empêcher de penser malgré lui – il avait pour principe que rien n'était parfait, tout est toujours perfectible.
- Merci ! lui souffla-t-il en déposant un baiser fugitif à la commissure de ses lèvres tout en se lançant sur les traces de sa cousine.
Rose sourit en le voyant si prévenant et elle décida de faire de même avec James… du moins, s'il était d'humeur à avoir de la compagnie ! Avec lui, rien n'était moins sûr.
oOo
- Zoë ! Zoë, attends-moi !
- Marche plus vite, Malefoy ! J'ai besoin de mettre le plus de distance possible entre cet énergumène et les ongles de ma petite personne si je ne veux pas finir à Azkaban.
Scorpius accéléra encore une fois sa course pour parvenir à hauteur de sa cousine. Alors, il lui prit la main pour bien lui faire comprendre qu'elle n'était plus seule et qu'il ne la lâcherait pas, qu'elle pouvait se reposer sur lui désormais. Le message sembla passer car Zoë ralentit peu à peu le pas, à défaut de desserrer les mâchoires pendant qu'ils se dirigeaient vers les grilles de Poudlard.
- Tu ne veux pas qu'on se pose un peu sur ce banc pour en discuter avant de rentrer ? tenta Scorpius.
Zoë s'arrêta pour le scruter minutieusement et un sourire en coin narquois orna ses lèvres.
- On dirait que ça s'est bien passé pour l'un de nous deux !
- Mais je ne comprends pas, ça avait l'air de bien se passer pour toi aussi, comment vous en êtes arrivés là ? tenta-t-il d'éviter le sujet.
- Toi d'abord ! J'ai besoin de me changer les idées si je veux pouvoir en parler sans t'étrangler à sa place.
Ils s'assirent sur le banc désigné par Scorpius qui se mit à lui raconter comment Rose l'avait retrouvé comme prévu à l'entrée du village tandis qu'elle-même et James se rencontraient devant la première boutique. Il avait dit à Rose dès le début qu'il avait l'intention de les suivre à distance pour pouvoir intervenir si nécessaire parce que, comme elle devait le savoir, James n'avait pas l'air ravi de s'être fait avoir par Albus et que sortir avec lui n'était pas vraiment dans les plans de Zoë non plus.
Rose avait acquiescé en rigolant. Elle s'était rendu compte que la situation ne plaisait ni à l'un ni à l'autre et elle était d'autant plus curieuse d'en connaître les tenants et aboutissants. Albus avait été très secret et il n'avait rien voulu divulgué de leur affaire si ce n'est que Zoë avait en quelque sorte accepté sans le savoir d'honorer un rencard avec James.
Scorpius et Rose avaient ensuite suivi le mouvement tels deux espions en filature, s'étonnant de les voir discuter apparemment calmement. Rose avait émis l'hypothèse d'une trêve proposée par l'un d'eux tout en se demandant quelle était la raison de leur mésentente. D'aussi loin qu'elle se souvenait, elle ne les avait jamais vus ensemble et cela faisait longtemps qu'elle n'avait plus vu James dans un tel état colérique. Scorpius lui avait avoué qu'il n'en savait rien même s'il avait bien sûr quelques théories sur la question depuis la réaction de sa cousine.
Quand James et Zoë s'étaient arrêtés devant le magasin d'accessoires de Quidditch et qu'ils avaient commencé une conversation qui s'annonçait assez longue, eux étaient restés à l'angle de la rue, derrière la devanture. Là, Rose lui avait demandé :
- Alors ? Cette part du marché. Qu'est-ce que c'était ? Je pense qu'Héméra est concernée vu la petite scène de Zoë au petit déjeuner et comme Albus en pince pour elle mais je n'arrive pas à comprendre le rôle d'Albus dans le deal.
Scorpius avait jeté un coup d'œil vers elle, hésitant, avant de lui lancer :
- Bien pensé mais Héméra ne faisait partie que de la deuxième équation. La première me concernait moi, en fait… Une idée ?
Il avait senti l'atmosphère se tendre entre eux comme si Rose avait compris et, quand il avait tourné son regard vers son visage pour voir quelle était sa réaction, elle avait planté ses prunelles dans les siennes. Et elle souriait. Sans réfléchir, Scorpius avait laissé l'attraction qu'elle exerçait sur lui faire le reste et ses lèvres n'avaient quitté les siennes qu'au son retentissant de la claque que Zoë avait offerte à James.
- Oh non ! J'ai gâché votre premier baiser. Tu vas m'en vouloir pour le restant de tes jours ? Note qu'il n'y a pas de quoi, ça commençait à devenir un peu trop guimauve, si tu veux mon avis. Vous formez un joli petit couple mais ça sera plus sympa à raconter à vos gosses avec l'intervention de leur géniale tata Zoë.
- Nos gosses ? Tu ne crois pas que tu mets la charrue avant les hippogriffes, cousine ?
- Ouais, à croire que c'est le thème du jour, si tu veux tout savoir…
oOo
Elle posa une main sur son épaule et lui offrit une moue compatissante quand il se tourna vers elle. Tout en se grattant l'arrière de la tête de façon distraite, il lui dit avec un sourire forcé :
- Ah ! Salut, Rose ! T'as profité du spectacle à ce que je vois ?
- Tu veux en parler ?
- Y'a pas grand-chose à en dire, tu sais…
- Allez ! Je t'offre un verre aux Trois Balais.
Bras dessus, bras dessous, ils entrèrent dans le pub où il avait parlé à Zoë pour la première fois – première fois qu'il avait espéré être la dernière, à l'époque. Cette fille avait toujours eu le don de l'énerver sans qu'il sache réellement pourquoi. Ses airs d'aristo prétentieuse. Sa manière de passer à côté de lui sans le voir. De critiquer les autres sans retenue. De péter plus haut que… Enfin, voilà quoi, elle l'avait toujours agacé !
- Vous aviez l'air d'avoir enterré la hache de guerre au début. Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Rose alors qu'ils venaient de s'attabler et que James semblait perdu dans ses pensées.
- Au début ? Tu nous espionnais ou quoi ? plaisanta-t-il.
Les joues de Rose s'empourprèrent légèrement et elle avoua qu'elle les avait plus ou moins suivis.
- Ravi de voir que notre petite escapade faisait partie des attractions de la journée, soupira amèrement James. Je vais tuer Albus, j'aurais jamais dû accepter. Tout ça pour cette histoire stupide de Whisky Pur Feu. Je suis sûr que les parents s'en fichent au fond.
- Alors… c'est que tu avais envie d'aller à ce rencard en fin de compte ? s'étonna-t-elle timidement.
Il la fusilla d'un regard noir avant de boire une bonne rasade de la Bièraubeurre qui leur avait été servie.
- Désolée, ça ne me regarde pas, s'excusa Rose en levant les mains comme si elle se rendait. On parle d'autre chose si tu veux.
- C'est juste… Elle est tellement énervante ! Une vraie gamine à jouer les êtres supérieurs que rien n'atteint, comme si elle était au-dessus de tout et de tout le monde. C'est exaspérant, non ?
Rose prit le parti de l'encourager sans rien dire, en hochant simplement la tête pour l'inciter à poursuivre.
- On s'est mis d'accord dès le départ pour ne pas parler des sujets qui fâchent et pour oublier les différends qu'on a pu avoir. Une seule conversation venimeuse il y a deux ans, en fait. Depuis le temps, on aurait pu penser qu'elle serait descendue de son piédestal, mais crois-tu… Je m'en doutais, de toute façon. Elle a toujours la même attitude, avec son regard condescendant. Elle n'aide les autres que quand ça l'arrange. Et elle ne se gêne pas pour se servir d'eux ! C'est quoi ce deal à la noix qu'elle a fait avec Albus, franchement ? Tu sais pourquoi elle l'a embrassé dans la Grande Salle ?
- Euh…
Rose évalua la situation. Albus lui avait fait promettre de ne rien dire concernant Héméra car il redoutait que son frangin s'en serve contre lui. Or, d'après ses déductions, Zoë avait embrassé Albus parce que Héméra était dans les parages. Serait-ce trahir l'un des d'eux si elle dévoilait une moitié de vérité ? Parce que, aussi improbable que cela puisse paraître, elle avait l'impression que James s'était entiché de Zoë et le laisser penser qu'elle s'était servie d'Albus alors qu'il était aussi fautif qu'elle n'aurait pas été très juste.
- Une histoire de vengeance, je crois.
- De vengeance ? Contre qui ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Pas contre toi ! s'exclama-t-elle, craignant soudain qu'il interprète mal ses propos. Enfin, contre Albus je veux dire. Ils ont fait un marché mais Albus l'a doublée alors elle a voulu le mettre dans l'embarras, c'est tout.
- C'était quoi, le deal ?
- Oh, rien d'intéressant, je crois, balbutia Rose dont les joues s'échauffèrent. Alors, vous étiez d'accord pour repartir de zéro mais ça n'a pas marché ? Qu'est-ce qui a dérapé ?
- Le Quidditch, grommela James.
oOo
Zoë raconta à Scorpius comment James avait bien commencé en proposant, puisqu'ils étaient coincés ensemble pour une partie de l'après-midi, de se comporter en adultes en faisant table rase du passé. Cela l'avait agréablement surprise et lui avait permis de relâcher un peu la pression – bien qu'elle n'en laissa rien paraître, évidemment.
Elle lui avait alors demandé sur le ton de la plaisanterie pourquoi il avait accepté de la supporter durant ce rendez-vous imposé, vu leurs antécédents, mais il avait esquivé en lui retournant la question. Elle avait avoué avoir été piégée par son frère et, comme elle tenait toujours parole, elle ne s'était pas défilée. Il l'avait alors désarçonnée quelque peu en lui demandant si elle était bien fille unique. Comme il s'était contenté d'acquiescer en silence à sa réponse positive, elle avait enchaîné en le questionnant à ce propos, piquée dans sa curiosité. Laconique, il avait juste dit que, parfois, il se demandait comment sa vie se serait déroulée sans Albus et Lily.
Après quelques secondes de silence, elle avait rétorqué qu'il aurait toujours eu une ribambelle de cousins autour de lui pour le distraire. Il l'avait regardée avec méfiance, comme pour s'assurer qu'elle n'était pas en train de se moquer de sa famille puis, probablement rassuré sur ce point, lui avait concédé un petit sourire de connivence.
- T'as que Malefoy, toi ?
- Scorpius, oui. Mais il vaut probablement tous tes cousins réunis. Je mets tes cousines de côté pour équilibrer, il ne faudrait pas exagérer quand même.
Il avait émis un petit soupir de ricanement, rentrant dans son jeu :
- C'est vrai que chez les Zabini, les femmes valent plus que les hommes. Pas trop dur à porter comme héritage ?
- Et le tien, Potter ?
- … je ne connais pas bien Scorpius. Il a l'air sympa d'après ce qu'on m'en a dit.
- Il l'est.
À ce moment-là, ils étaient arrivés devant le magasin d'accessoires de Quidditch et Zoë avait tenté de lancer un nouveau sujet de conversation avant qu'un blanc gênant ne s'installe :
- Alors, plus que quelques mois à Poudlard et tu voleras de tes propres ailes. Une idée de destination ?
Il avait hésité quelques secondes tout en contemplant le dernier modèle de balai exposé en vitrine.
- Je passe un entretien la semaine prochaine pour être recruté comme batteur.
- Vraiment ? Quelle équipe ?
Se tournant vers elle, il l'avait observée en plissant les yeux, probablement pour vérifier que sa surprise n'était pas dédaigneuse ou quelque chose dans ce goût-là, s'était-elle fait la réflexion. C'est dingue comme une conversation vieille de deux ans l'avait cataloguée comme une fille pédante à ses yeux. Enfin, non, s'était-elle souvenue, il la voyait déjà comme ça avant qu'ils n'aient échangé leurs piques acerbes. Et c'est lui qui avait commencé.
- Je préfère ne rien dire avant d'avoir le résultat.
- Oh ? Le grand James Potter aurait-il peur de ne pas être à la hauteur ?
C'était sorti tout seul et elle l'avait regretté aussitôt vu comme l'ambiance était soudain devenue plus fraîche mais bon, elle n'était pas non plus censée savoir que c'était une corde si sensible, n'est-ce pas ? Il avait toujours semblé sûr de lui…
- Si tu venais voir les matchs, tu saurais que je me débrouille plutôt bien, s'était-il rembruni.
- Pas la peine de prendre la mouche, j'ai juste sorti ça comme ça. D'ailleurs, je t'avais dit que je ne remettrais les pieds dans le stade que le jour où tu me ferais signe pour y voir du beau jeu. Tu ne m'y as toujours pas invitée, que je sache.
- Sérieusement ? Si je t'invitais, maintenant, à venir voir le prochain match, tu veux me faire croire que ta petite personne ferait l'effort de venir ?
- Si tu estimes que le jeu est meilleur qu'il y a deux ans, oui. Aussi petite soit ma personne, Monsieur-Agissons-En-Adulte-Mais-Pas-Plus-De-Trente-Minutes, je t'ai dit que je tenais toujours parole. Et je ne te l'avais pas dit à l'époque, vu comme tu étais obtus, mais tu étais l'un des seuls bons joueurs à mes yeux, lui avait-elle révélé sans le prévoir, en lui lançant un regard furieux.
Et là, sans raison et sans qu'elle ait le temps de comprendre, il s'était permis de l'embrasser !
