Je ne dédicace pas ce chapitre à Soop' qui m'a littéralement harcelé pour que je le sorte plus rapidement, qui m'a traité de tous les noms et qui m'a menacé de me donner des coups de pieds au c** si je ne faisait pas mine de me mettre à mon clavier lui/vous pour écrire la suite de Cuvée Prestige. Bon, vu qu'elle m'a donné deux ou trois pistes, conseils et cours de botaniques, je lui pardonne.


« Moi aussi je veux gouter à ce vin ».

Kili sourit et se retourna pour faire face à son oncle.

- Vous arrivez un peu tard, Fili vient de finir la bouteille.

Ce fut au tour de Thorin de sourire.

- Ne me mens pas Kili, tu m'es la personne la plus dévouée ici et tu n'ignores pas mon goût pour ce genre de breuvage. Et puisque tu m'as promis de faire en sorte que je ne regrette pas de t'avoir emmener dans cette aventure, je me disais que tu avais peut-être quelque chose pour moi…

Le plus jeune essaya de ne pas montrer à quel point la remarque de son oncle concernant sa dévotion lui fit plaisir, ça et les mains qui n'avaient pas quitté sa taille. Effectivement, Kili ne cachait pas qu'il ne vivait que pour son prince et le fait que celui-ci l'ait remarqué lui donnait un peu chaud. Il sortit un petit flacon de l'une de ses poches dans lequel un liquide d'une robe intensément rouge ondula. Les yeux de Thorin brillèrent un instant, non pas de convoitise pour le trésor que Kili tenait entre les mains, mais il se sentit flatté que son neveu ait pris la peine de lui réserver sa part, même s'il s'y était attendu. Kili faisait toujours en sorte de lui être agréable et de lui permettre ce genre de petits privilèges que, en tant que roi il se devait de connaître, mais que son statut de prince déchu et exilé ne lui permettait pas de profiter.

- Je voulais vous le garder pour une occasion spéciale, ce vin est un délice qui mérite d'être savouré. Il est digne d'un roi.

- Que je ne suis pas.
- Pas encore.

Kili présenta le récipient à Thorin, qui lâcha sa taille pour lui prendre la main et la refermer délicatement.

- Garde le moi, je le boirai lorsque je serai assis sur le trône d'Erebor.

Le plus jeune ramena doucement la bouteille dans sa poche, sans rompre le contact visuel qu'il avait avec son oncle. Puis il porta son regard sur le côté en disant de manière assez timide :

- Si vous voulez avoir un aperçu du goût que peut avoir ce vin, je ne vous en empêcherai pas…

Il se tendit un peu lorsqu'il sentit les mains de son oncle revenir sur sa taille puis son souffle eut un accro quand Thorin le fit venir contre lui.

- Dévoué corps et âme…

- Vous êtes mon prince et le frère ainé de ma mère, je vous appartiens.
- Mais le veux-tu ?

Kili garda un regard obstinément fuyant alors que son cœur s'emballait à cause de la proximité du grand nain.

- Si tel est votre désir.

Il tressaillit lorsqu'une main se faufila entre sa crinière brune et sa gorge pour venir lui caresser la nuque du bout des doigts.

- Kili, regarde moi et dis moi si tu le veux.

L'archer expira un peu d'air puis leva les yeux pour regarder Thorin.

- Vous devriez vous dépêcher, le goût va bientôt partir.

- Cela n'en sera que meilleur.
- Qu'attendez vous ?

- Que tu me donnes ton assentiment.
- Vous l'avez. Quoi que vous me demandez, vous l'avez.
- C'est justement ce qui ne me plaît pas Kili, malgré tout le bien que je pense de toi…

Kili frémit et ressentit un grand sentiment de vide glacé lorsque les mains de Thorin se séparèrent de lui.

-… Tu n'es pas ma chose, tu ne m'appartiens pas et, même si j'attend beaucoup de toi, ta loyauté ne devrait pas aller si loin, envers qui que ce soit.
-… Thorin !

Sans réfléchir, Kili avait attrapé le bras de son suzerain qui faisait demi tour. Il le regarda sans savoir quoi dire.

- Si tu le veux Kili, il va falloir me le faire comprendre.

- Je ne vous demanderai rien si vous ne voulez pas de moi.

- Je ne veux pas de toi Kili.

Kili ne dit rien et resta droit face à son oncle, il se permit seulement de baisser les yeux, les dents serrées plus que de raison. Les doigts galants qui caressèrent tendrement sa mâchoire et qui s'emparèrent de son menton pour l'amener à relever ses yeux sur ceux de Thorin laissèrent des traits d'une chaleur insoutenable sur sa peau..

- Ce simple rejet ne devrait pas te mettre dans cet état.

Kili ne répondit pas, se contentant de se perdre dans le regard de celui qui faisait battre son cœur.

- Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?
- Je suis désolé.

- Tu n'as pas à l'être.
- Je ne suis pas assez bien pour vous.
- J'ai dis que je ne voulais pas de toi, pas que tu me décevais.
- Je ne comprends pas…

Les doigts de Thorin quittèrent son menton et sa mâchoire pour aller caresser sa gorge et le haut de ses épaules puis partirent derrière, découvrir la nuque. Et Kili ne bougeait pas, épinglé par le regard de son prince.

- Veux-tu toujours que je t'embrasse, même en sachant que je ne veux pas de toi ?

Le plus jeune allait répondre que non, qu'il n'avait pas envie de quelque chose que Thorin ne voulait pas. Mais il ne pouvait pas mentir à son prince. Il se contenta donc de garder le silence et de baisser les yeux.

- Et si je te disais que je ne veux pas de toi parce que je te respecte trop pour cela ?


- C'est bon, j'ai dit que je m'excusais, vous n'allez tout de même pas faire la gueule tout le voyage non plus !

- Monsieur, je n'ai rien à vous dire, c'était des courgettes de collection que ma famille faisait pousser dans le jardin depuis plusieurs générations, elles étaient là car je comptais en récolter les graines, pas pour qu'un pignouf tel que vous les fasse cuir en vinaigrette !

- Pignouf ?

- Laissez Dori, je pense que vous avez tous réussis à contrarier votre cambrioleur, vous ne tirerez rien de lui s'il est dans cet état.

- Merci Gandalf mais je n'ai pas besoin de vous pour dire ce genre de calomnie, je suis d'excellente humeur merci bien.

Beaucoup de nains grommelèrent. En fait, tous les nains qui avaient entendu la réplique de Bilbo grommelèrent. Seul Fili en tête de colonne se permit un petit sourire narquois, en même temps, ils l'avaient tous bien cherché. Le cellier de Bilbo avait été vidé par beaucoup de nains avides de goûter aux grands crus du hobbit et presque tous s'étaient arrangés pour que le cambrioleur soit présent au moment où ils finissaient la bouteille, espérant gagner le bonus qui allait avec.

Ce qui avait eut le don de mettre le cambrioleur en rage. Rage qui se tournait le plus souvent vers un pauvre nain blond qui n'avait rien demander à personne et qui essayait de se faire courtois. Mais le hobbit lui en voulait pour la raison que :

« C'est de votre faute ! C'est vous qui leur avez donné l'idée !

- Que non ! Vous m'avez sautez dessus en premier !

- Vous n'étiez pas obliger de finir cette bouteille ! »

Du moins, malgré tout le mal que le cambrioleur pensait de Fili, le blond était le seul qui recevait ses attentions. Même si l'épéiste aurait bien pu s'en passer. Jusqu'à maintenant, il avait toujours réussit à garder la face et ne pas se retrouver dans des situations compromettantes, notamment vis à vis de son statut de prince guerrier. Mais il sentait que, plus ça allait, plus la vérole aux grands pieds qui les accompagnait prenait en inventivité et en efficacité dans sa vengeance pour la bouteille de vin et le baiser, que Fili ne regrettait aucunement d'ailleurs, ni l'un ni l'autre, surtout qu'il n'était pas responsable du deuxième. Le blond savait que ce n'était qu'une question de jours avant que des petites mains ne viennent scier ses étriers ou bien faire des trous dans sa capuche et il était constamment sur ses gardes.

Il décida néanmoins de se rendre auprès de lui, il avait compris que le hobbit détestait sa présence, c'est pourquoi il la lui infligeait le plus souvent possible. Délaissant son frère qui chevauchait à ses côtés et qui n'avait pas ouvert la bouche de la matinée, les yeux rivés sur les crins de son cheval avec lesquels il jouait nerveusement, Fili ralentit son allure jusqu'à être aux côtés de Bilbo. Discrètement, profitant du peu de maîtrise qu'avait le hobbit sur son animal, il poussa la jument de ce dernier à se séparer un peu du convoi, à l'écart. Non sans se faire assassiner des yeux par le cambrioleur.

- Qu'est-ce que vous me voulez vous ?
- J'ai envie de vous embrasser.
- Pas moi !
- Vous ne m'aviez pas demander mon avis pourtant la dernière fois.
- Je ne vous ai pas embrassé, j'ai récupéré mon dû.

- Vous n'étiez pas obligé de faire durer la chose si longtemps.
- Cela faisait plusieurs siècles que nous attendions ce moment, j'avais bien l'intention de savourer.
- Que vouliez vous savourer ? Le vin ? Ou moi ?
- Vous vous faites des idées, je ne vois en vous aucun intérêt.

- Pourtant, je suis le seul dans cette compagnie qui a su attirer votre regard.

- C'est parce que vous êtes celui que j'aimerai voir mourir dans d'atroces souffrances et, croyez moi, si cela arrivait, le seul geste que je ferai pour vous venir en aide serai peut-être vous donner le coup de masse qui abrégera vos souffrances et encore, il faudra pour cela que vous consentiez à vous excuser pour avoir fini ma bouteille.

- Plus ça va, plus je vous trouve exquis vous savez ?

- Et moi, je vous trouve grossier et irrespectueux au possible. Vous n'avez aucun sens des convenances et de savoir vivre, donc je ne vous cache pas que si je trouve un moyen de vous faire du mal, je ne m'en priverai pas.

- Sachez Monsieur, que dans cette aventure, ce ne sont pas vos manières qui vous sauveront la vie, mais la lame de votre épée ou de celles de vos alliés. Du moins, de ceux qui vous apprécierons parce que moi, j'attendrai que votre adversaire vous ait arraché la tête avant de faire mine de m'en prendre à lui.
- Ca tombe bien parce que je ne vous demanderai jamais de l'aide !
- Le résultat est le même : ne comptez pas sur moi !

- Je n'en attends pas moins de la part d'un gougnafier tel que vous.
- Je ne pensais pas que les hobbits étaient si rancuniers et imbuvables.
- Et vous n'avez encore rien vu. Vous n'allez pas vous en tirer comme ça.
- Méfiez vous, un accident est si vite arrivé..
- Vous me menacez ? Ce ne me surprend guère : monsieur le guerrier se cache derrière ses épées pour faire face au terrifiant épicier.

Fili leva les yeux au ciel et fit avancer son cheval pour retourner aux côtés de Kili avant qu'il ne perdre sa retenue et qu'il n'assomme le cambrioleur. En passant à côté de Gandalf, il entendit le magicien lui souffler avec une pointe d'amusement dans la voix :

- Je crois qu'il vous aime bien vous.
- Qu'est-ce qui vous faire dire ça ?
- Vous êtes le seul ici qui arrive à converser poliment avec lui.

Fili leva les yeux au ciel une nouvelle fois et continua de remonter la colonne de cavalier.

Gandalf, lui, se retourna avec curiosité lorsqu'il entendit Bilbo houspiller violemment Ori qui lui avait simplement demandé ce qu'était un gougnafier.

- Bon Kili, tu m'expliques ce qu'il se passe ?

Kili sursauta en entendant le murmure de Fili, il ne s'était pas aperçu que son frère était revenu. Il montra Thorin des yeux en joignant le pouce et l'indexe, signe que leur oncle ne devait pas entendre ce qu'il avait à dire. Fili comprit le message et tous les deux arrêtèrent leur poney pour aller se placer en bout de colonne, plusieurs mètres derrière le dernier cavalier. Puis Kili dit de but en blanc :

- J'ai embrassé Thorin.

Fili se retint de faire un bon en entendant la nouvelle, se disant que Kili semblait assez torturé sans avoir à en rajouter. Puis, il regarda son oncle tout devant avec un air menaçant.

- Tu veux dire que c'est lui qui t'a embrassé plutôt.
- Non.

Fili se tourna de nouveau vers son petit frère avec un air surpris sur le visage.

- Il te l'a demandé ?

Kili se remit à jouer piteusement avec ses rênes, sans oser regarder Fili.

- Non plus.

- Tu en avais envie ?

Le brun ne répondit pas, se contentant d'acquiescer. Puis aucun des deux ne parla pendant un petit moment.

- Comment a t-il réagi ?
- Il m'a repoussé…
- Il a osé te repousser ?

Le fait que quelqu'un puisse repousser son petit frère le choquait plus que de savoir que celui-ci avait tenté d'embrasser Thorin Ecu-De-Chêne, son oncle.

-… Puis il m'a embrassé…

Fili n'osa pas rire en voyant Kili poser délicatement ses doigts sur ses lèvres, même si le geste était celui d'une elfe en mal d'amour. Cette histoire ne lui plaisait pas beaucoup, Kili était beaucoup trop dévoué à Thorin et celui-ci n'en était sûrement pas conscient, tout ça allait mal finir. En réfléchissant aux mots de mise en garde qu'il pourrait dire à son frère, son regard tomba sur les plantes qui se trouvaient sur le bas côté et se demanda bien qui avait pu en cueillir. C'était du gaillet gratteron, un machin horrible dont la tige et les graines collaient affreusement aux habits, surtout sur la fourrure et quelques brassées semblaient avoir été arrachées il y a peu.

Le plus jeune, quant à lui, frémit en repensant à cette bouche avide contre la sienne, à ces mains sur sa peau, à ce corps qu'il avait eu entre les jambes lorsque Thorin l'avait porté pour approfondir le contact et ces murmures bouillants qu'il lui avait soufflés à l'oreille... Il revint à la réalité lorsqu'il entendit son frère pester violemment. Quand il se tourna vers lui, il remarqua que celui-ci essayait d'éviter difficilement une pluie de billes de gaillet grateron, mais ses fourrures étaient déjà recouvertes de toutes ces petites boules agaçantes qui n'allaient pas partir facilement. Kili sorti sont arc et l'arma d'une flèche mais Fili lui abaissa le poignet lorsqu'il allait tirer sur le hobbit pour sauvegarder l'honneur de son bro.

- Laisse, je m'occuperai de lui plus tard.
- Il s'en prend à toi.
- Kili, tu ne vas tout de même pas le tuer parce qu'il m'a envoyer des plantes ?

Le brun haussa les épaules avec l'air de dire « pourquoi pas » dans la mesure ou personne n'avait le droit de s'en prendre à Fili. Il baissa son arc, sans pour autant faire mine de le ranger.

- Tu ne vas tout de même pas te laisser faire ? Tu es l'héritier de Thorin, tu dois répliquer. Il doit comprendre qu'il ne peut pas s'en prendre à toi impunément, nous en avons tué pour moi que ça.
- Je sais.

Fili regarda pensivement l'arc que tenait toujours son frère, puis il eut un petit sourire machiavélique. Si le hobbit voulait la guerre… Kili capta son regard et sourit à son tour, puis il banda l'arc. Le blond attrapa son outre remplie d'eau, la soupesa, puis la lança haut en l'air, devant lui. Kili tira à ce moment et la flèche transperça la gourde alors qu'elle passa au dessus du hobbit. Les deux frères se tapèrent dans la main lorsqu'ils entendirent le rugissement de colère poussé par le semi-homme. Et si Fili rigola encore pendant un bon moment, ce ne fut pas le cas de Kili dont le rire mourut au moment où les yeux de Thorin, qui s'était retourné pour voir ce qu'il se passait, tombèrent sur lui. D'un discret hochement de tête, le roi lui fit signe de venir à ses côtés, Kili acquiesça, rangea son arc et éperonna sa jument, mais Fili lui attrapa le bras avant qu'il n'ait pu s'éloigner.

- Tu n'es pas sa chose Kili, tu as le droit de lui dire non.

- Pour ça, il faudrait déjà que je le veuille.
- Je ne veux pas le voir jouer avec toi ainsi.
- Il ne joue pas, Thorin n'est pas comme ça.
- Il te fait miroiter des choses. Kili, ne crois pas qu'il te voit comme toi tu le vois, ça te fera du mal un jour.
- Je ne crois rien, je profite et je prend ce qu'il me donne.
- Comment peux-tu te contenter de ça ? Tu vaux mieux que ça, tu mérites mieux que ça !

Kili dégagea son bras d'un coup d'épaule puis donna un coup de talon, il remonta la file au petit trot, heureux de savoir que Thorin réclamait sa présence à ses côtés. Fili, quant à lui, regardait son frère marcher botte à botte et discuter avec son oncle, se jurant qu'il aura bientôt une petite conversation avec ce dernier, puis il commença négligemment à retirer les petites boules de gaillet accrochées aux fourrures de son manteau, se disant que le hobbit avait de belles aptitudes au tir de précision. Ce dernier vint bientôt le rejoindre, trempé comme une soupe.

- Vous dépassez vraiment les bornes.
- Vous n'avez personnes d'autre à aller embêter ? Je suis occupé à me dépêtrer de vos charmantes attentions.
- Vos compagnons sont des ignares analphabètes et répugnants.
- Qu'en est-il de moi ?
- Vous êtes le pire.
- Merci.
- Ce n'était pas un compliment.
- Je peux savoir pourquoi vous êtes venus à côté de moi dans ce cas ?

- Je n'ai rien fait du tout, c'est vous qui m'avez rattrapé !
- Vous voulez plutôt dire que vous ne maîtrisez pas votre ponette et qu'elle vous emmène où elle veut.

- Dans ce cas, c'est à vous de vous en aller, je ne veux pas marcher à côté de vous.

- Non merci, je suis bien en bout de file.

Fili continua donc de retirer les petites graines perdues sur ses vêtements qu'il s'amusait ensuite à balancer sur le hobbit, qui râlait comme seuls les hobbits pouvaient râler et qui ne savait pas comment demander à Myrtille de marcher plus vite pour s'éloigner de ce rustre.