- Cela veut dire grossier, malhonnête et sans usage.
- Merci, je sais ce que malappris veut dire ! J'aimerai seulement connaître la raison d'une telle dénomination…
- Je trouve que ce mot résume assez bien ce que je pense de vous.
- Certes, si vous l'user pour m'insulter, j'en conviens. Mais je ne me rappelle pas avoir été grossier, je ne pense pas être malhonnête et, pour ce qui est des usages, sachez que j'ai toujours été à la hauteur de mon statut de prince !
- Vous m'en voyez fort aise, il n'en reste pas moins que je vous vois comme un malotru.

- Je ne saurais dire ce que j'admire le plus chez vous entre votre rancune imbuvable ou bien votre dictionnaire sans fond d'insultes et de jurons…

- A vous écouter, ce serait plutôt mon don pour les baisers.
- Je me demande d'ailleurs comment une bouche aussi douce au toucher puisse proférer autant d'injures…
- Je ne me rappelle pas vous avoir injurié !

- Peut-être, mais dit par vous, certains mots totalement amicaux, du moins, ne portant aucune méchanceté, prennent un double sens tranchant qui ne passe pas inaperçu, d'ailleurs, vous ne m'avez toujours pas expliqué ce qu'est un paltoquet.

- Je n'ai rien à apprendre à un escogriffe tel que vous, si vous voulez le savoir, allez le demander à quelqu'un d'autre.
- Dans ce cas, je ne vous expliquerai pas comment vous devez vous y prendre pour avancer plus vite ! Et je vous dis salut parce que les autres ne sont presque plus en vue et que ça me ferait mal de rester avec vous comme seule compagnie.

Sur ce, Fili fit accélérer son cheval pour rejoindre ses compagnons qui ne les avaient pas attendu, abandonnant Bilbo dont la jument non maitrisée s'arrêtait de temps en temps pour brouter l'herbe tendre qui poussait là et qui, malgré les efforts du cavalier néophyte, n'avait pas l'intention de forcer l'allure. Le prince s'arrêta quelques mètres plus loin en souriant lorsque le hobbit lui cria qu'un paltoquet était seulement quelqu'un qui s'habillait en paysan. Le blond rangea donc cette insulte dans la même catégorie que bouseux, plouc ou vilain et fit demi tour. Il se mit de nouveau aux côtés du cambrioleur.

- Ca ne suffira pas.
- Si vous avez l'intention de me demander un baiser en échange, c'est niet, je préfère encore descendre de cet animal et rentrer dans la Comté à pied.

- Ce qui sera sans doute la meilleure décision que vous pourrez prendre dans cette aventure.

- Cela vous ferait trop plaisir n'est-ce pas ?

- Vous n'imaginez pas à quel point.
- Justement, si je reste, c'est pour être certain que vous regrettiez bien d'avoir fini ma bouteille.
- Si elle n'avait pas été si exquise et s'il n'y avait pas eu ce délicieux baiser, vous pouvez être certain que je m'en arracherai les cheveux, d'avoir ainsi un hobbit rancunier tel que vous sur le dos. Mais je trouve que le prix à payer reste raisonnable.

- Je vous ai déjà dit que je vous trouvais tordu ?
- Deux fois.
- Dans ce cas, vous pouvez en rajouter une troisième ! Maintenant, faites avancer cet animal !
- Vous pensez vraiment que j'ai envie de vous aider ?
- Vous non, mais il me semble que j'ai une quelconque valeur aux yeux de votre oncle, qui est aussi votre prince, et aux yeux de Gandalf, qui est le guide de votre compagnie. J'aimerai savoir ce que vous leur direz quand ils vous demanderont où je suis…

Ils s'affrontèrent du regard et Fili plissa les lèvres, lui aussi aimerai bien trouver une bonne excuse pour abandonner le hobbit ici.

- Je peux savoir ce que vous faites tous les deux ?
- Kili ! Tu tombes bien ! Notre hobbit rencontre quelques problèmes de communication avec sa ponette, je te laisse gérer ça, moi je n'en peux plus.

Trop surpris pour répliquer, Kili regarda son frère filer vers la compagnie au petit galop avant d'hausser les épaules et de se tourner vers le cambrioleur.

- Qu'est-ce que vous lui avez fait encore ?

- Comment ça ?
- Mon frère est un nain parfaitement honorable qui ne tournera jamais le dos à une péronnelle en détresse, s'il refuse de vous venir en aide, c'est qu'il doit bien y avoir une bonne raison !

Si le hobbit ne répliqua pas, ce fut parce qu'il ne savait pas s'il devait rebondir d'abord sur le « péronnelle en détresse » ou bien sur le « nain parfaitement honorable ». Il décida d'hausser les épaules et de ne pas s'occuper du brun. Après tout, il avait la certitude d'être tombé sur une famille de timbrés et, mis à part sa vengeance acerbe qu'il menait contre Fili, il estimait qu'il n'avait rien à dire à personne.

Par chance, Kili se fourvoya et prit son silence pour de la culpabilité. En même temps, dans son esprit, personne ne pouvait tenir le moindre grief contre son grand frère très longtemps.

- Allons, ne vous inquiétez pas, quoi que vous lui ayez dit, il ne vous en voudra pas très longtemps, il a toujours été très prompt à pardonner.
- Je ne lui ai rien dit qu'il ne méritait pas d'entendre.

- Je pense que vous vous trompez sur lui.
- Je peux vous affirmer la même chose !

Kili eut un rire franc et, d'un claquement de langue, fit accélérer le pas de Myrtille, ce que Bilbo prit purement et simplement comme trahison de la part de sa monture qui avait fait la sourde oreille à toutes ses suppliques jusqu'à maintenant.

- Je pense sincèrement que, jamais vous ne serez en mesure de m'apprendre quoique ce soit que je ne sache pas à propos de mon grand frère.
- Soit. Mais cela ne changera pas ce que je pense de lui.
- Voyons ! Vous ne pouvez tout de même pas nier qu'il est charmant…

Bilbo faillit s'étouffer aux mots de Kili et réagit dès qu'il eut de nouveau l'usage de la parole.

- Charmant ? Vous êtes sûr que l'on parle de la même personne ?
- Celui à qui vous avez roulé le patin du siècle, oui.
- Vous êtes vicieux vous. Je ne vous aime pas beaucoup en fait.

Le petit ricanement fourbe qui lui répondit conforta Bilbo sur ce qu'il pensait du petit frère du blond.

- Disons seulement que, quoiqu'il arrive, je suis dans le camp de Fili, alors s'il est contre vous, c'est aussi mon cas.
- Sans même chercher à savoir qui de nous deux à raison ?

- Pourquoi chercherai-je, vu que je sais que c'est lui ?
- Vous pouvez aussi avoir votre propre esprit critique.
- Pas besoin d'esprit critique pour savoir que Fili n'a jamais tord et agi toujours de manière exemplaire.

- L'objectivité vous connaissez ?
- Inutile.
- Cela ne vous ferait pas de mal pourtant, je pense.
- Je peux affirmer la même chose pour vous.
- Je n'ai pas de conseil à recevoir de vous, merci bien.
- Vous êtes vraiment imbuvable.

- J'ai l'impression d'entendre votre frère.
- Je me demande bien comment il a fait pour marcher autant de temps à vos côtés, moi, ça ne fait même pas cinq minutes et j'en ai déjà marre.
- Je puis être de très plaisante compagnie si l'envie m'en prend, mais il se trouve que vous êtes celui qui a volé et débouché ma bouteille, je ne vous doit aucune gentillesse.

La plaisante conversation s'arrêta là puisque, au bout d'un moment, ils finirent par rejoindre les autres qui montaient le bivouaque. Kili s'enfuit pour retrouver Fili. Le hobbit qui, sans surprise, ne s'était fait aucun ami parmi les nains, chercha la compagnie de Gandalf et s'assit à côté du magicien en allumant sa pipe.

- Alors mon ami ? Comment s'est passée votre première journée en tant que cambrioleur ?

- Très mal, merci bien.
- Si vous cessiez de vous murer dans cette rancune, vous constaterez vous même que ces nains sont très agréables à vivre. Vous êtes simplement parti sur les mauvaises bases.
- « Je » ? Vous voulez dire que c'est de ma faute ? Que je sache, c'est eux qui ont vidé mes réserves et mon sellier, qui ont salopé ma maison en s'invitant sans prévenir et qui sont sûrement responsables de beaucoup de mes peines.

- Mais vous le leur rendez bien vous savez, cela ne fait même pas une journée que ça a commencé et ils se sont tous déjà fait insultés au moins une fois, si ce n'est deux, ou plus selon les profils, méfiez vous, ils vont finir par perdre patience.
- Humph, c'est facile de me faire taire quand on est un groupe de douze nains armés.
- Votre problème, c'est que vous les voyez comme des ennemis, alors que vous êtes celui qui les aidera à reprendre leur royaume.
- Pardon ?
- Voyons Bilbo, pourquoi pensez vous qu'ils vous supportent ? Ils comptent sur vous, vous savez, n'oubliez pas le contrat que vous avez signé.
- Je sais. Mais ça leur coutera cher. Très cher.

- Si vous le dite… Vu comme c'est parti, je vous fait confiance pour leur pourrir la vie jusqu'au bout de toute manière. Dommage, je pense que, sans cette bouteille, les choses auraient pu être autrement.

En réponse, Bilbo haussa les épaules, doutant fortement que les choses auraient pu être autrement. La conversation dévia sur un sujet moins fâcheux et Gandalf fut heureux de constater que la verve du hobbit ne s'appliquait pas seulement aux insultes et aux jurons bien placés.

De son côté, Fili se poussa un peu pour que Kili puisse s'asseoir à côté de lui, deux bols dans les mains dont un qu'il tendit à son frère.

- Je crois que je vois ce que tu veux dire.

- Odieux, n'est-ce pas ?
- Invivable, en plus, il te déteste.

- J'ai cru le comprendre, du moins, il s'est arrangé pour que je le sache.
- Il a vraiment tout pour te plaire celui là…
- Je trouve aussi…

Fili osa un regard discret vers le hobbit qui discutait avec le magicien et se rendit compte que c'était la première fois qu'il voyait son sourire.

-… Vraiment tout pour plaire…

Kili rigola légèrement et passa un bras autour des épaules de son frangin qui avait toujours les yeux rivés sur Bilbo au loin. Fili avait toujours apprécié les caractères faciles, y trouvant une agréable douceur sereine et, ayant grandit en tant que prince, il trouvait normal que ses conquêtes le traite comme tel, ce titre faisait parti de lui, sans oublié qu'il détestait se faire traiter de gueux. C'est pourquoi Kili n'était aucunement surpris de voir que son grand frère était tombé sous le charme de cet adorable hobbit.

- Depuis le temps que je te dis que cette princesse n'est pas pour toi : trop propre, trop parfaite, trop gentille, trop belle… Ne va pas me faire croire que tu as pensé à elle une seule fois depuis que nous avons rencontré ce cambrioleur.

Fili se figea et se souvint que, juste avant son départ, il avait fait la promesse à celle qu'il avait considéré comme sa dulcinée qu'il penserait à elle tous les jours et qu'ils se fianceraient sitôt Erebor reconquise. A ce rythme, il était certain que, dans trois jours, il aura oublié son nom. Ce qui était plutôt vexant étant donné qu'il avait assuré à Kili que jamais il ne verrait quelqu'un d'autre qu'elle.

- Je n'ai jamais dit être intéressé par le cambrioleur.

- Pas de ça avec moi Fili. Tu peux peut-être te voiler la face, mais pas la mienne et…
- Dixit celui qui pense vivre la plus belle des romances dans les bras de son oncle.

-… Fili ?
- Excuse moi de m'être montré vexant, mais, même si je pense comprendre ton choix, je ne l'approuve pas.
- Encore une preuve que ce cambrioleur te fait tourner la tête…

Fili n'apprécia pas du tout le ton brisé de son petit frère et il se dit que cette histoire le dépassait peut-être un peu, il leva la main pour lui caresser la joue mais Kili détourna le visage.

- J'ai cru… du moins, j'aurais pensé… ou plutôt, j'aurais aimé, non pas que tu me comprennes ou que tu m'approuves, mais peut-être, tout simplement…
- Que je te soutienne ?
- Comme tu l'as toujours fait.
- Je suis désolé, je ne veux pas te pousser dans les bras de celui qui te détruira.
- Il me détruira, quoi qu'il advienne.
- Pas si tu l'oubli.
- Je ne peux pas, pas maintenant que j'ai enfin son regard.
- Kili… Tu sais très bien qu'une fois à Erebor, tu ne seras plus rien pour lui, tu redeviendras son héritier, rien d'autre, il se joue de toi.
- Tu n'en sais rien, tu ne le connais pas, Thorin n'est pas comme ça.
- Ne fais pas l'erreur d'y croire Kili, il est encore temps de limiter les dégâts.
-… Je suis désolé… Je ne peux pas…
- Oh, Kili…

Le blond posa une main sur la nuque de son frère qu'il amena à lui pour une étreinte réconfortante. Il venait de se rendre compte que, tout ce qu'il venait de lui dire, Kili se l'était sans doute répété des centaines de fois avant d'oser dévoiler ses sentiments à son oncle. Contrairement à ce que Fili pensait, son frère était parfaitement conscient du risque qu'il courrait : vivre dans un rêve jusqu'à ce qu'Erebor appartienne de nouveau à Thorin et que la réalité ne le rattrape. Aucun roi ne prenait son neveu comme compagnon.

- Je serai toujours là pour toi, ne t'inquiètes pas.

Quelques mètres plus loin, Thorin détourna le regard lorsque Fili amorça l'étreinte. Il fit mine de s'intéresser aux paroles de Balïn, mais il savait très bien qu'il avait été le sujet de la conversation de ses neveux et que celle-ci n'avait pas été joyeuse. Il se prit à espérer que Fili vienne à lui pour le menacer, pour l'interdire de s'approcher de nouveau du plus jeune, que c'était mal et qu'il n'avait pas le droit. Mais il savait que, même ainsi, les choses ne rentrerons pas dans l'ordre, si Fili osait braver la hiérarchie et s'attaquer à son oncle, Thorin ne l'entendrait pas, qu'il se cacherait sous son statut de prince pour faire taire le blond lorsque les arguments lui manqueront, parce qu'il ne voulait pas croire que sa relation avec Kili était sans issue. Parce qu'il voulait y croire.

Son plus jeune neveu était un joyaux digne des plus grands rois, il avait bien l'intention de se le réserver.