Thorin étudiait la carte léguée par son père, récemment traduite par Elrond, lorsque l'on toqua à sa porte. Il se leva pour aller ouvrir et se trouva, sans surprise, face à Kili. Il se retint de prendre le brun dans ses bras lorsqu'il se rendit compte que ce dernier ne semblait pas être venu pour réclamer ce genre de chose. Le jeune nain eut un petit moment d'hésitation avant d'expliquer sa présence :
- Thorin… Ca s'est passé un peu vite, je n'ai pas tout compris... Je crois que notre cambrioleur a kidnappé Fili … Je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé… Je ne sais même pas si Fili était consentant… au kidnapping je veux dire…. Mais ils ont fini par faire une razzia dans le sellier du seigneur Elrond. Il paraitrait qu'ils y ont trouvé un vin qui date de 3441 du deuxième âge… heu… Ils m'ont invité à venir y goûter, si j'ai bien compris, je… Je me suis dit que ça pourrait vous intéresser vous aussi… Je crois que Fili est encore en train de courir derrière Bilbo, il s'est enfui avec la chemise de mon frère et toutes les bouteilles parce qu'il ne veut pas partager mais… Je sais dans qu'elle direction ils sont partis.
Le grand prince haussa un sourcil, se demandant bien comment Bilbo en était venu à kidnapper le guerrier blond. Mais il écarquilla les yeux lorsqu'il entendit parler d'un vin qui aurait plus de 2900 ans en se disant que, si Elrond apprenait qu'il s'était fait volé une bouteille pareille, il serait capable de déclarer la guerre à tous les peuples nains de la terre du milieu, car, après tout, 3 441 du deuxième âge, c'est l'année bénie qui marqua la chute de Sauron. Nul doute que le semi-elfe devait conserver cette bouteille et la choyer comme une relique. Comment diable ces deux tartempions avaient-ils bien pu réussir à mettre la main sur un joyau pareil ?
Il se trouve que, une fois qu'Elrond eut traduit la carte et s'en fut aller au conseil blanc avec Gandalf, Bilbo n'avait pas perdu un instant et s'était rendu d'un pas déterminé dans la chambre du blond. Que ce dernier vienne de sortir du bain, qu'il ne soit revêtu que d'un pantalon et qu'il soupirait d'aise à l'idée de pouvoir se glisser dans des draps frais n'émut en aucun cas le cambrioleur qui attrapa le nain pas la moustache pour le trainer derrière lui après lui avoir gentiment laisser le temps d'enfiler une paire de chaussure et une chemise.
- Ha non mais c'est pas vrai ! Déjà que vous me pourrissez mes journées, il faut aussi que vous veniez pourrir mes nuits ? Vous n'en avez pas marre ?
- Silence ! Je vous offre enfin un moyen de vous racheter.
- Me racheter ? De quoi ? Je vous subis au quotidien, ça ne vous suffit pas comme pénitence ?
- Non, dans la mesure ou moi aussi je l'endure.
- Et, en plus, vous arrivez à vous plaindre…
- Suffit ! J'ai entendu dire qu'il y avait à Fondcombe des vins d'exceptions, vous allez m'aider à les trouver.
- Et puis quoi encore ? De nous deux, le cambrioleur, c'est vous !
- Mais vous allez vous taire oui ? J'ai beau n'être qu'un cambrioleur depuis peu, je sais tout de même qu'il ne faut pas faire de bruit lorsque l'on s'apprête à commettre un méfait en milieu hostile…
- Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre… Nous sommes chez des elfes et vous allez voler du vin, rien d'autre.
- Rectification : NOUS allons voler du vin.
- Puis-je avoir le choix ?
- Non ! Maintenant silence !
- Je veux bien me taire, mais j'aimerai d'abord savoir si vous savez où vous allez.
- Je compte sur vous pour nous trouver le sellier.
Fili leva les yeux au ciel dans un un soupir exaspéré face à l'autorité du plus petit qu'il n'allait pas surpporter longtemps et suivit le hobbit dans les couloirs assombris par la nuit. Les vins se conservant au frais, ils déduisirent qu'il leur fallait aller « vers le bas », ils empruntèrent donc tous les escaliers et passages qui les emmenèrent dans les sous-sols.
- Vous ne pourriez pas faire moins de bruit ? Vous allez nous faire repérer.
- Je ne fais pas de bruit.
- Vous faite un boucan effroyable !
- Excusez moi de ne pas avoir des coussinets de hobbit môssieur, mais sachez que si ma présence vous importune, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous, ce n'est pas moi qui ait insisté pour vous accompagner.
- Je n'allais pas vous laisser dormir alors que je cherche à réparer vos erreurs.
- Vous ai-je déjà dit que je trouve que vous avez une relation assez étrange avec cette boisson ?
- Vous l'avez déjà dit et je vous réponds, encore une fois, que je ne noue aucune relation avec la boisson mais que vous avez bu d'une traite une bouteille, d'une valeur inestimable, que je me désespérais de pouvoir gouter un jour, vous avez l'obligation de vous rattraper en me fournissant au moins l'équivalent de ce Touque.
- Je vous ai dit que le sellier d'Erebor regorgeait de vins exquis.
- Nous n'avons aucune certitude d'arriver à Erebor, alors que là…
Le hobbit se tut lorsque, de manière totalement inattendue, après avoir descendu un escalier de pierres humides, ils se trouvèrent devant les caves de Fondcombe.
C'était une suite de salles immenses aux voutes impressionnantes, dont les étagères ornant les murs regorgeaient de bouteilles savamment rangées et classées selon leurs cépages, leur âge ou leur provenance. Le nain et le hobbit, dans un silence religieux, arpentèrent quelques instants les couloirs gigantesques, étudiant de temps en temps les étiquetages, sortant les bouteilles pour en faire onduler la robe à la lumière de la lune qui passait par des trouées dans le plafond.
Il y avait de tout : cépages Malbec ou Grenache, vins pétillants, blanc, rosé ou autre, certaines bouteilles n'avaient que quelques années, voire quelques mois, alors que d'autres semblaient avoir plusieurs millénaires, la science des elfes aidant à la conservation de ces breuvages. Et puis il y'avait de toutes les origines : Bilbo reconnu quelques étiquettes provenant des coteaux Touques, d'autre venant de la Lorien, ou même de pays maintenant disparus, tel celui d'Angmar.
- Votre grand cru Touque à l'air bien fadasse à côté de tout cela…
- Je n'en sais rien, je n'ai pas eut le privilège de le goûter.
Fili haussa les épaules face à l'évidente mauvaise foi de ce hobbit rancunier et trouva une bouteille alléchante qu'il présenta à Bilbo :
- Tenez : Beleriand, 466 du premier âge, sûrement l'une des plus rares et vieilles bouteilles de cette cave, je ne pense pas que vous aurez un jour l'occasion de goûter un tel nectar, rien qu'avec ça, vous pourrez racheter la Comté, je vous l'offre avec plaisir. Maintenant, bonsoir, je vais me coucher.
Le hobbit jeta un œil à l'étiquette en faisant la moue.
- Quel arôme ?
- J'ai entendu dire que ces vins elfes avaient un fort arôme de myrtille..
- J'aime pas.
- Attendez, vous n'êtes tout de même pas en train de me dire que vous allez refuser cette bouteille ?
- Je refuse, trouvez moi mieux !
- Mieux qu'un Beleriand ? Le royaume perdu de Thingol ? Vous êtes fou !
Bilbo tourna le dos au nain pour continuer son exploration tandis que le blond rangeait respectueusement la bouteille en maugréant sur les goûts de luxe de ce hobbit esclavagiste.
- Un vin d'Arnor ? Connu pour les arômes fleuris ?
- Déjà goûté.
- Gondor ?
- J'aime pas, je les trouve trop austère, pas assez velouté.
- Et ce vin d'Isengard ? Il paraît que Saroumane est un as dans la confection des vins blanc mousseux.
- Trop dentelé, ses vins sont vraiment trop fins, bons pour les palais des dames raffinées.
- Bon, dites moi ce que vous voulez dans ce cas, au lieu de réfuter tout ce que je vous propose !
- J'ai toujours rêvé de goûter à un vin d'Ithilien…
- Et vous pouvez continuer de rêver.
- Je veux un vin d'Ithilien ! Trouvez moi en un !
- Ces vins sont extrêmement rares et d'une saveur inégalée ! Même si Elrond en avait une bouteille, elle serait sûrement enfermée dans un lieu inabordable.
- Un lieu comme celui-là ?
Fili tourna le regard vers l'endroit que montrait le semi-homme et hocha la tête.
- Ce lieu là, exactement.
Ils se dirigèrent vers les grilles sellées et le hobbit chercha à s'approcher le plus possible pour lire les étiquettes des vins enfermés malgré l'obscurité.
- Alors ?
- Je crois bien qu'il y a un vin de Numénor qui date de 32 du deuxième âge.
- Un trésor ! C'est l'année de la création de ce royaume !
- Un vin de Dunharrow de 2510 de cet âge.
- Année de création du Rohan… Il les collectionne dit donc.
- Que… ? Un Touque ?
- Quelle année ?
- La même que celle que vous m'avez sifflé !
- Allons bon !
- Pays de Dùn, 1765.
- Excellent cru, excellent terroir, dommage que ce soit si rare.
- Et une Ithilien ! De 3441 du deuxième âge, mazette !
- Quoi ?
Sans ménagement, Fili poussa Bilbo pour prendre sa place et chercha la bouteille des yeux.
- Incroyable ! Il paraît que les vins de ces coteaux sont d'un goût incomparable.
- C'est le seul breuvage que les Valars acceptent de boire…
- 3441 en plus, la meilleure année de tous les temps !
- Défaite de Sauron.
- Instauration de la paix.
- Fin du second âge…
- Début du troisième…
Fili s'éloigna de la grille et se tourna vers Bilbo, qui le regardait avec insistance.
- Je ne sais pas à quoi vous pensez, cambrioleur, mais s'il s'agit de vous emparer de cette bouteille, c'est non ! Encore, la Touque, je veux bien, mais celle là… Elrond pourrait entrer en guerre pour moins que ça. Et ce n'est pas la peine de me regarder avec ces yeux là ! Je ne cèderai pas !
- Mais… C'est une Ithilien… 3441…
- Bilbo, arrêtez ça ! Ca ne marchera pas avec moi !
Le hobbit soupira et abandonna l'idée d'avoir le nain blond en lui faisant les yeux doux, il regarda de nouveau la bouteille, sage sur son présentoir.
- Je la veux.
- Mais vous n'êtes pas possible vous ! Cette bouteille appartient à Elrond, vous ne pouvez pas la lui prendre comme ça !
- Ce n'est pas ce genre de chose qui vous arrête vous…
- Un Touque, aussi fameux soit-il, n'est pas comparable à une Ithilien, surtout pas de cette cuvée !
- Mais je la veux !
- Vous êtes véritablement une créature abominable, moi qui espérais vous voir un jour sous un aspect plus sympathique…
- Si vous n'aviez pas volé ma bouteille, jamais je n'aurais eu l'idée de visiter ce sellier.
- Je ne vous crois pas ! Vous utilisez cette excuse comme prétexte pour ne faire aucun effort de plaire aux gens de votre entourage et pour faire ce que vous voulez ! Je sais que, avec ou sans vol de bouteille, vous êtes parfaitement imbuvable et je comprends pourquoi vous êtes encore célibataire à votre âge !
- Allons, vous n'allez tout de même pas me faire croire que vous, avec votre caractère belliqueux, vous avez réussi l'exploit de trouver une pauvre demoiselle qui veuille bien de vous !
- J'en ai une pourtant ! Magnifique princesse à l'esprit vif. Cela fait quelques années que nous nous vouons un amour réciproque.
- Pauvre fille.
- Elle se porte très bien, merci pour elle.
- Normal, vous l'avez quitté pour participer à une quête désespérée de laquelle vous pouvez ne pas revenir, elle doit être aux anges.
- Vous êtes mauvaise langue, elle m'attend. Je la retrouverai pour la prendre comme fiancée une fois Erebor reconquise…
- ...Elle attend parce qu'elle caresse l'espoir de se marier avec un prince…
- Vous avez dit quelque chose ?
- Je la plains !
Le hobbit se tut ensuite et s'agenouilla devant la serrure, les sourcils froncés, étudiant le mécanisme consciencieusement. Puis il sursauta violemment en poussant un petit cri lorsque le souffle de Fili s'échoua dans le creux de son oreille :
- Vous êtes jaloux ?
- Non mais ça va pas ? Qu'est ce qu'il vous prend de venir me parler comme ça ? Et pourquoi serai-je jaloux ? J'en ai rien à faire de votre belle princesse naine, j'ai du mal avec les femmes à barbe de toute façon !
Fili se redressa pour regarder le hobbit, un sourire en coin.
- Je ne vous demande pas si vous êtes jaloux de moi, mais d'elle, qui, d'ailleurs, ne porte pas de barbe.
- D'elle ? Com.. Ha mais non ! Non non non ! Encore moins ! Je ne suis pas intéressé par vous le moins du monde ! Quelle idée !
Le sourire du nain blond s'agrandit lorsqu'il constata la gêne du hobbit face à cette hypothèse.
- Maintenant, cessez de déblatérer autant d'âneries et donnez moi votre couteau !
- Pourquoi faire ?
- Pour ouvrir la serrure pardi !
- Vous savez faire ça vous ?
- Bien sûr ! Puisque je suis cambrioleur.
- Ce n'est pas parce que vous portez ce titre que vous êtes maintenant capable de réaliser ce genre d'exploit.
- Il n'est jamais trop tard pour apprendre, donnez moi votre couteau !
Fili leva les yeux au ciel et s'accroupit aux côtés du hobbit en lui donnant son couteau. Le cambrioleur essaya plusieurs systèmes pour crocheter la serrure à l'aide de la lame mais il ne parvint qu'à érafler le métal. Le nain lui vint en aide en lui prenant l'arme des mains, en en profitant allègrement pour le caresser du bout des doigts avec un sourire taquin. Il n'eut besoin que de trois essais avant que le cliquetis caractéristique de l'ouverture se fasse entendre sous le regard ébahit du cambrioleur.
- Je vous apprendrais un jour, si vous êtes sage…
Bilbo leva les yeux au ciel et se leva pour ouvrir la porte de la réserve.
- Vous ne devriez pas toucher à cette bouteille, Azog deviendra un moindre danger si le maitre de ces lieux apprend que nous sommes venus ici, prenez plutôt la Touque, comme ça, nous serons quittes vous et moi.
Mais Bilbo s'était déjà emparé de la fameuse bouteille qui semblait rayonner.
- Vous ne pensez pas, qu'avec l'âge, les papilles des elfes s'atrophient ?
- Quel dommage, ça les empêcherait de goûter à la véritable saveur des choses.
- Ce serait du gâchis de leur laisser un bijou pareil entre les mains.
- Ce serait du gâchis de saccager notre quête et notre relative bonne entente avec les elfes pour une bouteille de vin, reposez ça maintenant.
- Je n'ai aucun ordre à recevoir de vous. Allez plutôt me trouver un chiffon humide.
- Pourquoi f..
- Suffit les questions ! J'ordonne et vous obéissez ! Il vous faut au moins ça pour vous rachet… Qu'est-c…
Bilbo déglutit et recula jusqu'à buter contre les présentoirs lorsque Fili avança sur lui, l'épinglant du regard.
- Vous pouvez ordonner comme vous voulez petit cambrioleur, mais ne me faites pas l'affront de penser que je puisse ne serait-ce que vouloir vous obéir.
- Vous vous êtes montré docile jusqu'à là…
- Parce que vos histoires m'amusent, je dois bien l'avouer.
- Vous prenez toujours tout à la légère vous.
- Et vous, vous êtes beaucoup trop sérieux.
- S'il vous plait, vous pourriez reculer un peu, je crois que vous êtes…
- Proche ?
- Trop proche.
Le hobbit se tendit lorsqu'il sentit le corps du nain blond contre le sien et il se pressa plus encore contre le mur en voyant que Fili n'avait pas l'intention de s'éloigner, au contraire.
- A cet ordre là, je n'ai pas envie d'obéir.
- Je croyais que vous me trouviez imbuvable, qu'est-ce qu'il vous prend tout d'un coup ?
Le plus petit frémit lorsqu'une main avide se posa sur sa hanche qu'elle se mit à caresser.
- Vous êtes imbuvable, exaspérant et vous possédez une monstrueuse liste de défauts innommables tellement ils sont innombrables.
- Ce qui explique parfaitement pourquoi vous me tenez de la sorte, je dois sûrement ressembler à la pintade qui vous attend.
- De loin, de dos et dans le noir, on pourrait s'y tromper…
- Bas les pattes !
Bilbo repoussa Fili lorsque celui-ci osa une caresse un peu plus poussée que les autres. Le blond se laissa faire et s'éloigna, se répétant en boucle qu'il n'avait pas à agir ainsi, qu'il était censé avoir une dulcinée dont il était fou amoureux. Il ne comprenait pas comment il pouvait l'oublier aussi vite et n'avoir aucun remord. Surtout que, quand il était avec le cambrioleur, c'était comme si elle n'avait jamais existé.
- Et donnez moi votre chemise !
- Pardon ?
- J'ai besoin d'un chiffon humide, or, vos cheveux sont encore trempés du bain et donc, votre chemise est mouillée aussi. Donnez la moi !
- S'il vous plaît.
Fili plissa les lèvres en retenant un ricanement puis se débarrassa du vêtement qu'il tendit au hobbit. Celui-ci attrapa la bouteille d'Ithilien et la frotta délicatement avec le tissu humide.
- Auriez vous l'amabilité d'aller quérir une bouteille quelconque ?
Comprenant la manœuvre, Fili s'éclipsa le temps de trouver un cru qui puisse se faire passer, jusqu'à ce que l'on y goutte, à un vin d'Ithilien.
Il revint plus tard avec un Osgiliath qui datait aussi de la fin du second âge et dont la robe semblait similaire celle de la bouteille convoitée. Bilbo avait réussi à retirer proprement la vieille étiquette du vin de 3441. Celle de l'Osgiliath connut le même sort. Ils échangèrent adroitement les étiquettes et reposèrent la bouteille usurpatrice à la place du bijou de la collection d'Elrond. Puis ils sortirent et refermèrent consciencieusement la porte derrière eux.
- Vous me rendez ma chemise maintenant ?
- Pas envie.
- Parce que vous appréciez la vue ?
- Non.
- Vous avez l'intention de vous emmitoufler dedans et vous enivrer de l'odeur ?
- Votre idée est répugnante !
- C'est ce que vous dites, mais je sais très bien que vous y avez mis le nez dedans quand je suis aller chercher l'autre bouteille.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
Fili rigola puis se pencha pour susurrer à l'oreille du hobbit :
- Le rouge qui vous monte actuellement aux joues que je puis voir même dans cette pénombre…
- Arrêtez ça ! Je ne supporte pas vous savoir si proche de moi !
En réponse, il eut le droit à un petit baiser sur la joue qui le fit maugréer sombrement.
- Si j'ai besoin de votre chemise, c'est pour transporter les bouteilles.
- « Les » bouteilles… ?
- Il y en a tellement, ils ne vont pas s'en rendre compte…
Ils quittèrent donc les caves en piochant ici et là quelques vins prestigieux, dont le fameux Beleriand qui faisait saliver Fili et s'enfuirent en emportant leur butin.
- Vous avez un tire-bouchon ?
- Quoi, sur moi ? Là maintenant ?
- Je ne vais pas faire la même erreur que pour ma Touque ! Je vais la boire maintenant, tant que je l'ai entre les mains.
- Holà ! Mais attendez, un vin pareil, ça se déguste et pas à la va-vite dans un couloir.
- Pas comme une Touque, c'est ça ?
- Je ne pensais pas que c'était possible d'être si rancunier, d'ailleurs, comptez vous vraiment me pardonner suite à l'effort que je viens de faire pour vous trouver cette bouteille ?
- Vous n'avez rien fait du tout ! Vous avez seulement râlé tout du long. La seule raison pour laquelle je ne regrette pas de vous avoir emmené, c'est parce que je sais que vous n'avez pas passé un bon moment.
- Dites plutôt que vous raffolez de ma présence…
- Comment le pourrai-je ? Il n'y a qu'une bêtasse poilue qui puisse vous apprécier sur cette terre ! Et aussi un jeune fourbe torturé qui n'a aucun esprit critique.
- Kili n'est pas fourbe ! Et je vous interdis de traiter Mel de bêtasse poilue !
- Kili ? Pas fourbe ? Vous êtes certain de bien connaître votre frère ? Il vous lancera un poignard dans le dos un jour !
- Vous dites ça parce que c'est lui qui a ouvert votre bouteille, si ça n'avait pas été le cas, vous l'auriez adoré !
- Heureusement qu'il a fait ça finalement, j'ai pu constater qu'elle vermine il est et ne pas me fourvoyer sur lui !
Fili leva les yeux au ciel, normalement, les gens qui parlaient ainsi de Mel ou de Kili ne vivaient pas vieux, mais il n'arrivait pas à en vouloir au plus petit.
- Dans ce cas, venez, nous allons faire un détour par sa chambre et l'inviter à boire avec nous.
- Ha non ! Je n'ai pas l'intention de partager la moindre bouteille ou le moindre moment avec cet échalas !
- Vous préférez restez seul avec moi ?
- Non, j'allais justement vous proposer de retourner vous coucher.
- Vous m'accompagnez ?
- Vous pouvez toujours crever ! Moi, je vais aller boire un coup. Tout seul.
- Avec moi. Et mon frère.
- Je ne l'aime pas lui. Et vous non plus, d'ailleurs, je ne vous aime pas.
- Tant mieux, comme ça, nous allons pouvoir gâcher votre douce dégustation de ce fameux vin. Hey ! Kili !
Fili, tenant le hobbit par le bras pour s'assurer que celui-ci ne cherche pas à s'enfuir, toqua à la porte de la chambre de son frère.
- Quoi !? Mais je vous interdis de l'inviter !
- Allons, des crus pareils, ça se partage !
- Dans ce cas, allons plutôt chercher Bifur, lui au moins, il est de bonne compagnie !
- C'est parce que vous ne comprenez pas ce qu'il dit.
- Bofur alors, je l'aime bien lui.
- Hors de question !
- Pourquoi ?
- Parce que lui aussi vous aime bien !
- Fili ? Où étais-tu passé ? Je commençais à m'inquiéter !
- Ha, Kili ! Tu es cordialement invité par Bilbo et moi-m…
- Comment ça ! J'ai dit que je ne voulais pas le voir celui-là ! Je vous répète qu'il est fourbe, il va saccager ma soirée.
- Notre soirée.
- Personne d'autre que moi ne goûtera mon 3441 !
- Vous avez un 3441 ? De quel temps ?
- Le troisième !
- Bilbo… mon frère n'est pas si ignorant, il sait que le calendrier du troisième âge ne compte pas encore d'an 3441…
- M'en fiche ! S'il veut une bouteille, il n'a qu'à aller la chercher lui même, vous n'avez qu'à lui montrer le chemin ! Sur ce, bonsoir !
Kili fronça les sourcils en voyant son grand frère partir à la poursuite de leur cambrioleur qui venait de s'enfuir et qui portait sur son dos un nombre impressionnant de bouteilles empaquetées dans la chemise de Fili. Le brun haussa les épaules et pensa rentrer dans sa chambre, mais l'idée d'un vin datant de 3441 ne le laissait pas indifférent, loin de là. Il suivit donc le tintamarre de la course du cambrioleur qui cherchait à semer son frère pour voir où ils allaient et décida de faire un crochet par chez Thorin sitôt qu'il eut compris où les deux soiffards avaient fini par échouer.
- Qu'est-ce qu'ils sont allez faire sur les toits ?
- Je n'en sais rien, je pense que c'est le cambrioleur qui a choisi l'emplacement.
Thorin haussa un sourcil et grimpa agilement le long de l'habitation à l'aide des glycines qui y étaient accrochées, il se pencha ensuite pour attraper la main de Kili qu'il aida à monter sans effort. Il tenait toujours la main de son neveu dans la sienne alors qu'ils approchaient du cambrioleur et du premier héritier qui ne les avaient toujours pas entendu arriver, trop occupés à s'échanger des mots doux.
- Bas les pattes j'ai dit ! Cet Ithilien est le mien !
- Si vous buvez cette bouteille tout seul, je vous préviens que je n'hésiterai pas à récupérer le goût à votre manière !
- Hors de question !
- Alors donnez la moi que je puisse l'ouvrir !
- NON !
- En plus d'être rancunier, vous êtes égoïste, décidément, vous cumulez les tares !
- Je ne partagerai rien avec vous !
- Je n'ai pas l'intention de vous laissez le ch… Thorin !?
Fili se figea tout en ayant le reflexe d'attraper les bretelles du hobbit qui allait profiter de l'occasion pour s'enfuir avec la bouteille. Le premier héritier ne sut pas trop où se mettre, n'ignorant pas que lui et le cambrioleur avaient un peu dépassé les bornes, ce fut le hobbit qui chercha à les défendre :
- Fili voulait absolument se racheter pour sa mauvaise conduite de la dernière fois, j'ai essayé de l'en empêcher, mais vous le connaissez, il est buté comme vous, il n'a rien voulu entendre… Tenez, je vous offre cet exquis Beleriand en gage de ma bonne foi.
Thorin prit distraitement la bouteille que lui tendit le hobbit mais son regard resta figé sur celle que le plus petit gardait contre lui.
- Une Ithilien ?
- J'était en train de dire à Bilbo que nous devrions la ramener à sa place, le seigneur Elrond n'appréciera pas…
- Donnez la moi !
- Que...? Non !
- Je ne vous donne pas le choix, hobbit, le vol de cette bouteille peut déclencher une guerre !
- Elrond ne s'en rendra pas compte tant qu'il ne la goûtera pas ! Et il n'a aucune preuve de notre méfait !
- Raison de plus pour que vous me la donniez ! C'est un vin digne d'un roi !
- Non ! C'est la mienne !
Thorin fit un pas sur Bilbo qui se cacha derrière Fili qui, lui aussi, était bien déterminé à se garder la bouteille. Mais Kili vint contre son oncle et regarda son frère dans les yeux:
- Nous pourrions la partager…
- Bonne idée ! C'est ce que je me tue à lui expliquer !
Sur ce, Fili, d'un geste agile, s'empara de la bouteille que tenait le hobbit, qui se mit à hurler, et la tendit à Thorin, lui offrant l'honneur de déboucher ce 3441. Le grand nain mis le Beleriand dans les mains de Kili et prit respectueusement l'Ithilien dans les siennes. Il échangea un regard avec le jeune brun, qui acquiesça légèrement, puis le roi offrit ensuite un sourire fourbe à son premier héritier, attrapa la hanche du second et fit demi-tour, emmenant Kili, le Beleriand et L'Ithilien avec lui tandis que le jeune archer lança un regard narquois à son frère ahuri : « Désolé mon vieux, mais, dans la vie, il faut savoir choisir ses alliés… ».
Sous le choc de la trahison, le blond se laissa tomber par terre et le hobbit, dépité, s'assit à côté de lui, ouvrant l'un des grand cru qu'ils avaient emmené avec eux et bu quelques gorgées à même le goulot avant de proposer la bouteille à son camarade d'infortune.
- Je vous l'avais bien dit : votre frère est un démon d'une fourberie sans nom...
Fili prit la bouteille, la mort dans l'âme.
- C'étaient nos deux meilleures vins...
- On ne va tout de même pas se laisser faire !
- Nous ne pouvons rien contre Thorin...
- Vous me devez deux bouteilles maintenant.
- Et vous, vous me devez ce Beleriand.
