- Raaa, saloperie de gredin de hobbit chenapan !
- Tsss, ton langage, mon frère…
- Il m'a volé mes feuilles de tabac !
- Qu'attends-tu ? Vas les lui reprendre.
- Facile à dire… c'est qu'il mordrait l'animal.
- Allons bon, ce n'est pas toi que ça dérangerait…
Adossé à un arbre, pas le moins du monde concerné par les malheurs de Fili qui pestait de ne pouvoir profiter de sa dose de tabac du soir, Kili se contenta de laisser un petit rire lui échapper tout en polissant avec dévotion la jolie pierre précieuse destinée à Thorin qu'il avait difficilement déniché il y a quelques mois dans un tunnel désaffecté de Belegost, royaume abandonné des Montagnes Bleues.
- Arrête avec tes sous-entendus !
- Pourquoi ? Ils te mettent mal à l'aise ?
- Tsss.
Fili fouilla désespérément dans ses besaces pour dénicher ne serait-ce qu'une petite feuille à fumer, mais, malheureusement, les petites mains du hobbit s'en était emparé sans vergogne.
- Mahal ! Cette bayadère a même emporté mes briquets !
- Bayadère ? Méfis toi Fili, tu commences à utiliser ses jurons…
- Ce boit-sans-soif ne paie rien pour attendre, dès que j'en ai l'occasion, je le…
Absorbé par le polissage de son joyau, Kili ne s'était même pas rendu compte que son frère s'était soudainement tu, alors qu'il venait de retourner une énième fois sa sacoche. Et c'est nonchalamment qu'il chercha à relancer l'épéiste sur le sujet :
- Tu le, quoi ?
Surpris par le manque de réaction de la part de Fili, le brun se tourna vers lui et fronça les sourcils lorsqu'il remarqua le plus vieux, agenouillé au sol face à ses affaires éparpillées, aussi figé qu'une statut de glace et portant l'air médusé que pourrait avoir Dwalin si Ori venait à lui offrir une pâquerette. Mais, rapidement, Kili haussa les épaules et se détourna du blond, seulement interloqué par l'idée que celui-ci pouvait être mis hors circuit simplement par la vue d'un bocal de pêches au sirop et vaguement inquiété par l'air fripon qui apparut soudainement dans les yeux, déjà malicieux, de son grand frère.
L'air était doux ce soir là, et l'atmosphère était paisible. Bilbo s'adossa confortablement contre son tronc d'arbre en expirant la fumée de sa pipe. Fili avait beau posséder tous les défauts du monde, on ne pouvait nier qu'il avait du goût en matière d'herbe à fumer, ses feuilles étaient exquises. Bercé par le bruit du torrent qui coulait en contrebas, le cambrioleur laissa ses pensées errer, l'emmenant auprès de ses récents souvenirs… les énigmes dans le noir, la confrontation contre l'orc pâle ressurgi du passé… Les évènements s'étaient grandement précipités depuis leur départ de Fondcombe et, alors qu'ils venaient de descendre le long du Carrock, ils goutaient enfin à un repos bien mérité.
De là où il était, Bilbo ne pouvait voir ce que faisait Fili, cet odieux nain blond qui, contre toute attente, semblait prendre de plus en plus de plaisir à échanger des jurons avec le plus petit membre de la compagnie, pour la plus grande exaspération de ce dernier qui aurait préféré, du moins, c'est ce qu'il affirmait, voir ce brigand pleurer toutes les larmes de son corps en le suppliant de le pardonner pour la bouteille et les deux baisers. Et pour tout le reste, à l'occasion.
Lorsque Fili rangea ses affaires et se leva pour aller s'asseoir autour du feu, à côté de Dwalin, Bilbo lui envoya un petit regard narquois en expirant une nouvelle fois la fumée blanche de sa pipe, s'évertuant à faire des ronds d'une taille honorable qui se perdirent dans la nuit naissante. Mais le sourire de Bilbo disparut lorsque celui de Fili lui répondit : bien trop enjoué pour ne pas être dangereux et il fit un bond en s'étouffant avec sa fumée lorsqu'une voix chuchota à son oreille:
- Bilbo, est-ce que je peux vous parler ?
Surpris par le ton timide de Bofur, le hobbit repris sa respiration en acquiesçant et se leva pour suivre le fabricant de jouet à l'écart du camp. Manquant le regard appuyé posé sur lui qu'un certain héritier blond ne cherchait pas à cacher.
- Je.. heu… je n'osais pas vous le demander avant… Mais la quête ne nous laisse pas beaucoup de temps et, je n'aurai peut-être pas d'autre occasion… Je voulais… enfin, si ce n'est pas trop osé de ma part…
A court de mots, Bofur décida de mettre la main dans sa poche pour en sortir un petit écrin. Il l'ouvrit, mal à l'aise et présenta une bague rutilante au hobbit, muet de stupeur tandis que Fili, un peu plus loin, seulement capable de percevoir le geste de Bofur de là où il était, manqua de s'étouffer avec sa propre salive.
- Voilà… j'ai rencontré il y a quelques années une naine qui, depuis, hante mes pensées... Elle vit en ce moment aux monts de fer, mais je sais que, une fois Erebor reconquise, elle fera parti des premiers à venir s'y installer. Je... j'aimerai la prendre pour épouse. La tradition exige que chaque déclaration se doit d'être accompagnée d'une pierre... je souhaiterai poser la mienne sur une bague. Elle n'est pas encore achevée… en fait, je… j'aurai besoin que quelqu'un la porte au doigt afin que je puisse y fixer la pierre…
- Et c'est le service que vous souhaitez me demander ?
- Il… il s'agit de quelque chose de très intime, j'en suis conscient, mais vous êtes celui qui a les mains les plus fines de la compagnie, et je n'ai aucun autre support. Et, si nous, les nains, avons des mains de forgerons, capable de piocher et combattre… Nos femmes, elles, elles possèdent des doigts d'orfèvres, fins et délicats… Un peu comme les vôtres.
- Ca ne me pose aucun souci, au contraire …
Sans gêne, Bilbo présenta son doigt. Il n'était pas conscient que ce que lui demandait Bofur était quelque chose très osé, pour un nain, parce que les bijoux ne se partagent pas, encore moins les présents et que l'échange de pierre était quelque chose de très intime tant les nains étaient sensibles à leurs charmes et leurs pouvoirs.
Mais l'artisan souhaitait réellement finir sa bague avant la fin de l'aventure et Bilbo était l'aide idéale. Il lui passa donc l'anneau au doigt et sorti avec dévotion une petite perle de l'écrin. D'une couleur un peu fauve, elle brillait doucement et une force tranquille en émanait. Et, si Bilbo remarqua du coin de l'œil un nain blond se lever précipitamment pour s'éloigner d'une démarche raide, il ne fit aucun commentaire et se contenta de suivre la silhouette des yeux jusqu'à ce qu'elle ne s'évanouisse dans l'ombre des arbres. Il reporta ensuite son attention sur la jolie pierre qui luisait doucement.
- Qu'est-ce ?
Prenant doucement le doigt qui portait l'anneau dans ses mains, Bofur plaça la pierre sur un petit accro du métal et, à l'aide d'instruments minuscules confiant une bonne finesse de précision, commença à la souder.
- Une agate, que j'ai extraite et taillée moi même. J'ai longtemps hésité quant au choix de la perle. Mais, finalement, elle sera parfaite.
- Oui, elle est vraiment très belle.
- Belle ? Encore heureux ! Aucun nain digne de ce nom ne s'engagerait avec une pierre qui ne soit pas taillée à la perfection ! Non Monsieur Baggins, la beauté est bien la dernière chose qui nous intéresse.
- Quoi alors ?
- La signification, voyons !
- Comment ça ?
- Comment ça, comment ça ? Vous faite comment vous, pour vous déclarer ? Vous vous pointez devant la donzelle pour lui déclamer des mots doux ? Comme
ça ? Les mains vides ?
- Non ! Nous, on s'offre des fleurs.
- Des fleurs ? Mais ça fane !
- Les fleurs oui, mais pas leur signification. C'est un peu comme un mot que l'on se donnerait.
- Drôle d'idée.
Délicatement, Bofur commença à ceindre finement la pierre d'un fil de mitrhil afin de la fixer à tout jamais sur l'anneau, mais Bilbo restait sur sa faim.
- Et donc… si je comprend bien, chaque pierre a sa signification propre, c'est ça ?
- Je pense que l'on pourrait parler de signification pour un hobbit. Mais, en réalité, c'est bien plus puissant que ça. Il s'agirait plutôt d'un charme, d'une protection, ou d'un pouvoir.
- Et l'agate… c'est pour inspirer l'amour ? Je veux dire, c'est la pierre officielle des déclarations ?
- Bien sur que non ! Pratiquement toutes les pierres sont utilisables pour une déclaration d'amour, je veux dire : le fait de l'offrir. Par contre, chaque spécimen à sa propre signification, ses propres pouvoir et points d'influences. Par exemple, j'ai choisi l'agate parce que c'est une pierre de protection, qui attire la force et éloigne les mauvais rêves, le stress et la perte d'énergie superflue. Et, surtout, elle sait rééquilibrer les énergies et aide les talents à se réveiller. Je me suis dit qu'une agate serait surement plus adaptée qu'un rubis dans la mesure où Ida est une naine assez craintive. Elle était enfant le jour de l'attaque du dragon, je pense que ce souvenir continu de la hanter… Vous saviez qu'elle travaille chez un bijoutier de renom ? Mais elle n'a pas assez confiance en elle. Elle est douée pourtant, elle pourrait travailler pour son compte…
- Je ne savais pas… mais pourquoi « plus adaptée qu'un rubis » ?
- En fait, une pierre ne s'offre pas à la légère, il faut qu'elle soit en adéquation avec la personne qui la reçoit, avec son mode de vie, ses rêves, ses espoirs, ses doutes… tout en fait. Parce que si elle peut avoir des actions bénéfiques, elle peut aussi se montrer dangereuse si elle n'est pas en adéquation avec son porteur, mais aussi avec le couple, parce qu'il s'agit d'un lien qui se noue. Le rubis est la pierre de prédilection pour les demandes en mariage. C'est une protection contre le malheur et la mauvaise santé, qui sert à ouvrir le cœur et promouvoir l'amour. Il en est d'ailleurs le symbole, de l'amour, et la passion. Le rubis est aussi appelé la pierre des rois.
- Et pourquoi une agate plutôt qu'un rubis ?
- Parce que je considère, mais c'est mon opinion, que le rubis est un peu la pierre « banale » pour qui n'a pas pris le temps de réfléchir à la véritable personnalité de son conjoint. Je veux dire, oui, recevoir un rubis c'est ce dont tout le monde rêve parce qu'il est synonyme d'amour fort, passionné, indestructible. Mais je sais que Ida vaut plus que ça. Et puis mon amour est déjà traduit par l'offre de la pierre, je n'ai pas besoin d'un rubis pour lui déclamer combien je l'aime.
- Mais… il y a une hiérarchie ? Dans les pierres ? Je veux dire, une agate vaut-elle plus qu'un rubis ?
- Non ! Bien sur que non ! Ce qui est important, c'est que la pierre soit adaptée. Je veux dire, par exemple, que ce serait bête de ma part d'offrir une topaze bleue à Ida. Ou alors, je le prendrai très mal si elle, en échange, elle m'offre une kyanite.
- Pourquoi ? Je pensais que la kyanite était très rare, et magnifique.
- La Kyanite est une pierre reposante, qui contribue à calmer le mental, dissoudre la confusion émotionnelle ou spirituelle, la colère ou bien la frustration. Je veux dire… vous commencez à me connaître, même vous ne ferez pas l'erreur de m'offrir cette pierre, par contre, elle conviendrait à merveille à mon cousin.
- Bifur ? Et la topaze ? Qu'apporte elle ?
- C'est la pierre du courage. Qui aide à surmonter les craintes et les obstacles. Elle est généralement offerte aux gens de grandes pensées, les intellectuels, écrivains, savants, artistes… Elle calme aussi les angoisses mentales et favorise la fidélité, l'amour, la douceur et l'intégrité, tout ce qu'Ida est déjà.
- Oh… je vois. Et pour moi ? Vous avez une idée d'une pierre qui me conviendrait ?
- Ha ça, cambrioleur, c'est une question très délicate parce que la réponse dépend de la personne qui vous regarde. Par exemple, moi je pourrai choisir pour vous une Améthyste, ne le prenez pas mal, et Thorin, lui, serai bien capable de vous offrir un lapis lazuli.
- Pourquoi ? Qu'est-ce que ça signifie ?
- Le lapis lazuli est une pierre de sagesse et de prise de conscience, elle représente l'amitié et la vérité et contribue à l'harmonie dans les relations, il est très courant de voir des bons amis s'échanger des lapis-lazulis. L'améthyste est une pierre de l'esprit, qui apporte calme et clarté, développe l'intuition, clarifie les sentiments et les vraies valeurs. Et, aussi, elle calme les comportements compulsifs obsessionnel et est une aide à la sobriété, donc, utile dans les luttes contre l'alcool, la nourriture et d'autres dépendance, ne serait-ce qu'un bon lit chaud et une tasse de thé…
- Je comprends le Lapis, et j'accepterai cette pierre avec plaisir et honneur. Mais pourquoi une améthyste ? Vous me croyez ivrogne ?
- Je sens surtout que vous êtes troublé… Je… je ne veux pas être indiscret, mais j'ai l'impression que vous n'êtes pas clair avec vous même, que vous êtes fermé à vos propres sentiments… Et puis, de vous à moi, vous avez une manière assez radicale pour récupérer les fonds de bouteille… Voilà ! J'ai fini !
Délicatement, Bofur retira l'anneau qui portait l'agate joliment et solidement ancrée dans le métal, il la rangea doucement dans son écrin, la regardant avec des yeux brillants de ferveur puis il s'assit confortablement et alluma sa pipe.
- A votre tour maintenant… Expliquez moi le langage des fleurs.
- Je suis navré, mais mon hobbit à mieux à faire que de blablater composition florale avec toi. Maintenant, si tu permets, je te l'empreinte.
- Hey ! Mais je ne vous permets pas, espèce de mérinos mal peigné ! Bas les pattes !
Accoutumé à voir ce genre de scène, Bofur ne s'inquiéta ni pour le cambrioleur, ni pour le neveu de Thorin et tira sur sa pipe en regardant distraitement Fili trainer Bilbo à l'ombre des arbres, se demandant bien qu'elles pierres ces deux là pourraient venir à s'échanger le moment venu, et s'ils se les offriraient poliment ou bien s'ils les utiliseraient pour s'entretuer.
- Vous n'avez pas honte ?
- De quoi ?
- D'offrir ainsi votre main de hobbit tyrannique, désagréable et effronté à un marchand de jouet trop gentil pour être honnête ?
- Bien sûr que non !
- Vous n'avez pas conscience de ce que vous venez de faire ?
- Je vous ai mis en colère et cette idée me plait bien.
- Tssss… Sale bête.
Fili mis ses mains dans les poches en shootant dans un cailloux. Frustré. Il n'avait pas pu s'empêcher de fondre sur le hobbit pour le séparer de Bofur et, maintenant que c'était fait, que ce sapajou n'était plus seulement éloigné du fabriquant de jouet mais bien de toute la compagnie, le nain blond se trouva à cours de réflexion à faire. Ils marchèrent côte à côte dans un silence tendu. Le nain cherchait à se justifier la raison de sa colère et Bilbo se faisait rouspéter par sa conscience qui lui en voulait d'apprécier ce rare instant où il se trouvait seul avec le blond, tout en analysant la réaction de ce dernier. Un petit sourire étira ensuite les lèvres du cambrioleur, sourire qui devint mutin lorsqu'il prit la parole, bien déterminer à jouer un peu avec la colère de Fili, après tout, il n'y était pour rien si ce dernier se faisait des idées.
- D'ailleurs, si je puis me permettre, ce vulgaire marchand de jouet a le mérite d'avoir des mains très douces. Et puis il est à croqué, non seulement je n'ai pas honte, mais en plus je ne regrette pas de lui avoir confier ma main, le moment aurait été parfait si vous n'étiez pas interven…
Avant même qu'il n'ait pu finir sa phrase, Bilbo se trouva projeté contre le tronc d'un arbre et il sursauta lorsque le poing de Fili s'y écrasa, à quelques centimètres de son visage.
Toutefois, le plus surpris de cette brusque réaction ne fut pas le cambrioleur, mais bien le premier héritier qui regardait, les yeux écarquillés, le sang qui gouttait doucement de son poing meurtri. Le silence s'étendit ensuite, aucun des deux n'osait faire un mouvement et Bilbo, coincé contre le tronc par le corps de Fili, ne chercha pas à s'esquiver, parce qu'il était occupé à sonder le regard troublé du nain blond.
- J'espère que la pierre que vous offrira votre pintade a un don pour calmer l'agressivité et effacer la jalousie, ça pourra lui sauver la vie.
- Je ne suis pas jaloux.
-A qui le dites vous ?
- A vous.
- De nous deux, je ne suis pas celui qu'il vous faut convaincre de ce fait…
Un nouveau silence s'étendit suite au murmure du hobbit et, mal à l'aise, Fili s'éloigna de lui.
- Ne prenez pas vos rêves pour la réalité, je ne suis pas jaloux, simplement exacerbé par votre insolence.
- Vous m'en direz tant… Si je suis insolent, c'est parce que vous m'avez coupé dans une forte plaisante conversation. Et, si ce n'est pas par jalousie, j'aimerais que vous m'en donniez la raison.
- Pourquoi voulez vous absolument que ce soit par jalousie ?
- Pourquoi pas ?
- L'idée vous plairait ?
Bilbo ne broncha pas quand Fili s'approcha de lui et se contenta de soutenir le regard qui était ancré dans le sien.
- Pourquoi devrait-elle me plaire ? Vous savez très bien ce que je pense du brigand que vous êtes.
- C'est drôle... dit par vous, certains mots banales peuvent devenir aussi tranchants que les pires insultes de Morgoth, mais, d'un autre côté, votre voix apporte aux mots péjoratifs un certain... charme, qui ne me laisse pas indifférent.
Le hobbit ne répondit pas immédiatement, trop occupé à étudier les paroles de son interlocuteur, persuadé qu'il se devait de les prendre pour un affront, mais cependant incapable de s'en offusquer. Après tout, Fili ne venait-il pas de dire qu'il ne le laissait pas indifférent ?
- Vous voulez dire… que vous aimez quand je vous insulte ?
- Ma foi, cela dépend du ton que vous employez, mais je pense que je pourrais m'en passer.
- Vous ne faites rien pour vous faire apprécier.
- Je viens de vous extraire d'une conversation fort ennuyeuse avec un nain sans intérêt.
- Voyez ! Vous vous montrez offensant envers tous ceux qui ont mon affection. Ne venez pas vous plaindre de vous être fait insulter après cela. Qu'a donc fait ce pauvre Bofur pour attirer ainsi votre mépris ?
- Il ne s'agit pas de mépris.
- Encore cette fameuse jalousie inavouée, donc ? Cela est-il si difficile de l'admettre ?
- Dans la mesure où cet aveu vous ferait trop plaisir, cela m'arracherait la gorge.
- Cela n'empêche pas que vous n'avez absolument rien à reprocher à ce valeureux nain, si ce n'est d'avoir capter mon regard et mon amitié.
- Allons bon, il est donc à plaindre ce pauvre nain finalement.
- Ho… et puis, pour ce qui est des baisers, je peux dire que sa bouche est bien meilleure que la votre, sans parler de l'agilité de sa langue…
Bilbo laissa sa phrase en suspens, savourant intérieurement de voir les yeux du nain blond se voiler de noir. Qu'il vienne lui dire qu'il n'était pas jaloux après ça… si le cambrioleur survivait à cette conversation, il avait bien l'intention de profiter de cela pour pourrir plus encore le quotidien de Fili, même s'il ne pouvait s'empêcher de rougir à l'idée que ce guerrier puisse se mettre dans cet état seulement suite à un quiproquo. En réalité, au fond de lui, il n'osait croire que l'épéiste était réellement en train de lui faire une crise de jalousie. C'était vraiment trop troublant. C'est pourquoi Bilbo avait décidé d'appuyer sur une liaison fictive qu'il aurait avec un membre du groupe, parce que voir Fili se gonfler de rage, sentir ses mains l'empoigner pour le plaquer contre l'arbre, se faire épingler par ses yeux furieux… Ce n'était plus troublant, c'était intense.
- Pourquoi cherches tu à attiser ma colère ?
- Pourquoi te mets tu en colère ?
- Tu me mens, tu te joues de moi…
- Que non ! Comment pouvez vous affirmer une chose pareille ?
Bilbo se tut et fronça les sourcils lorsque le visage de Fili s'éclaira d'un sourire et que ce dernier approcha son visage de manière à ce que ses lèvres frôlent sa mâchoire et que son souffle se perde dans le creux de son oreille.
- Parce que Bofur, comme tous les membres de la compagnie, sait parfaitement que vous êtes mien… et qu'un héritier de Thorin ne partage pas ses affaires…
- Je ne me rappelle pas vous avoir donner mon autorisation… Je ne vous appartiens pas ! Et puis sachez, monsieur, que les hobbits ne sont pas plus partageurs que les nains et je n'apprécie pas du tout l'idée de tenir ce genre de conversation avec une personne qui est fiancé à une naine dont il se dit fou amoureux.
- Et si je vous disais que les choses avaient changés ?
- Je ne vous croirais pas jusqu'à ce que vous ne rompiez vos engagements avec elle.
- Et que feriez-vous si je venais à rompre mes fiançailles ?
- Je rirais parce que j'aurais su vous pourrir la vie de la pire manière qui soit.
- Méfiez-vous… Il se peut que j'aie contaminé la votre de mon côté.
- Vous aimeriez bien ? Un épicier et un prince héritier amoureux l'un de l'autre, ça sonne étrangement, vous ne trouvez pas ?
- Je ne suis pas amoureux de vous.
- Encore heureux.
Bilbo avait murmuré ses derniers mots dans un souffle peiné, ce qui interpella Fili. Le blond se sépara du hobbit de manière à pouvoir le regarder dans les yeux, sans toutefois le lâcher complètement.
- Vous êtes déçu ?
- Je suis déçu oui.
Maussade, Bilbo se dégagea des bras de l'épéiste et fit quelques pas, les yeux sombres.
- Je suis déçu de constater que vous continuez de vous voiler aussi odieusement la face alors que l'évidence est si flagrante.
- Je peux en dire de même pour vous…
- Et que me diriez-vous si j'admettais que jamais je ne pourrais apprécier un baiser de Bofur ou de quiconque aux vôtres ?
- Je resterai sans voix, je crois, parce qu'une telle déclaration ne vous correspondrait pas.
- Vous seriez déçu ?
- Je n'en sais rien… probablement, oui.
Bilbo haussa les épaules et se remis à marcher, troublé par la conversation qui glissait sur un terrain qu'il sentait instable. Fili le regarda s'éloigner, tout aussi troublé et pensa faire demi-tour, retourner au camp pour réfléchir à ce qu'il venait de dire par apport à Mel et à ses fiançailles, désorienté par ses propres sentiments. Mais il se ravisa et rattrapa le hobbit pour marcher à sa hauteur.
- J'aimerai aussi que vous sachiez que j'ai… vraiment eu peur aujourd'hui… lorsque vous vous êtes dressé face à Azog.
- Moi aussi, je l'avoue.
Sentant que le plus petit n'avait pas envie d'en parler, Fili n'ajouta rien pendant un petit moment, il n'avoua pas que voir le petit hobbit aux prises avec ces orcs et ces loups géants lui avait vrillé les entrailles, tout comme il se savait incapable de définir ce qu'il avait ressenti lorsqu'ils avaient constaté sa disparition à la sortie des Monts Brumeux, s'il en avait été heureux ou non.
- D'ailleurs, comment allez vous ? Je veux dire… Personne n'a pris la peine de vous apporter des soins, en avez vous besoin ?
- Qu'est-ce que ça peut vous faire ? Vous vous inquiétez pour moi maintenant ?
- Ca vous étonne ?
- En quelque sorte. Néanmoins, vous n'avez pas à vous en faire, je vais bien, merci.
- Je vous trouve vraiment surprenant.
- Vous ne me pensiez pas capable d'un tel éclat ?
- C'était inattendu… mais je suis persuadé que le plus surpris de nous deux, c'est vous.
Le cambrioleur haussa une nouvelle fois les épaules. Fili voyait juste : Bilbo n'arrivait toujours pas à se rendre compte qu'il avait véritablement sauvé la vie du futur roi d'Erebor.
- D'ailleurs, vous vous êtes fait dans le même temps un allié de pointe. Je doute que vous soyez un jour enclin à considérer une quelconque amitié envers mon frère, mais sachez que lui sera dorénavant prêt à donner sa vie pour sauver la votre.
- L'esprit de ce garnement est une véritable énigme pour moi…
- Vous auriez pu mourir en vous interposant pour sauver Thorin… Kili s'en veut parce qu'il estime que c'était à lui d'agir ainsi et que vous n'auriez pas eu à vous mettre en danger s'il avait été à a hauteur.
- Vraiment ? C'est donc la raison pour laquelle il est si maussade et qu'il me regarde si sombrement ? Je pensais que c'était parce que votre oncle m'avait pris dans ses bras.
- Ho… il y a de ça aussi…
- Je m'en doutais… Et vous ? Qu'avez-vous ressenti ? Avez-vous appréciez le geste de votre oncle ? En tout cas, sachez que je comprends pourquoi Kili aime tant se perdre dans ces bras là…
Cette fois-ci, Bilbo se trompa quant à la réaction supposée du blond et il fut déçu lorsque celui-ci fit entendre un rire clair, il aurait secrètement espéré voir Fili aborder une nouvelle fois les traits de la jalousie, qu'il lui dise une nouvelle fois qu'il n'était qu'à lui et à personne d'autre, pas même au grand nain. Mais l'épéiste marcha ensuite sur le plus petit qui recula craintivement face au regard brulant qui le fixait, jusqu'à buter contre le tronc de l'arbre le plus proche. Fili s'approcha encore, bien trop proche pour que ce soit innocent.
- Qu'est-ce qui vous fait rire ?
- Disons que… j'aime bien voir tous les efforts que vous faites pour titiller mon caractère jaloux, d'un certain côté, cela me conforte dans l'idée que je ne vous suis pas si indifférent que ça…
- Que… ? Bien sur que vous ne m'êtes pas indifférent ! Je souhaite votre malheur, rappelez-vous !
- Mon malheur ? Ou bien mon regard ?
- Cette fois-ci, c'est vous qui rêvez tout debout…
- Peut-être bien…
Ils restèrent quelques instants à se regarder dans les yeux, puis, doucement, Fili approcha son visage pour combler la distance qui séparait leurs lèvres. Mais Bilbo détourna vivement la tête et le nain s'immobilisa, sa bouche entrouverte délicatement posée sur la joue glabre du plus petit. Il fit remonter une main, frôlant légèrement les flancs, le bras puis l'épaule du hobbit, jusqu'à amener ses doigts à s'emmêler dans les boucles châtains, tandis que l'autre main se posa négligemment sur la hanche du cambrioleur.
- Vous êtes la personne la plus haïssable que je connaisse, petit cambrioleur.
- Je suis aussi celle que vous préférez.
- Comment pourrais-je vous préférer à qui que ce soit ? Je vous trouve hargneux, désagréable, fourbe et malpoli.
L'arrête du nez de Fili glissa le long de la mâchoire pour aller se perdre dans le creux de la gorge, inspirant distraitement l'odeur sucré du hobbit dont les mains s'accrochèrent à sa tunique.
- Vous avez une bien drôle de manière d'exprimer votre haine…
- Quant à moi, j'adore la façon que vous avez de me pourrir la vie.
Bilbo tressaillit légèrement en sentant le souffle chaud du blond caresser sa peau et il déglutit discrètement avant de chuchoter :
- Et si je vous demandais de m'embrasser, maintenant, vous le feriez ?
- Pourquoi devrais-je attendre que vous m'en donniez l'ordre ?
Fili se redressa légèrement de manière à faire face au hobbit et, son regard provoquant ancré dans celui du plus petit, il approcha de nouveau son visage pour déposer un petit baiser sur le coin des lèvres de Bilbo.
- Parce que vous êtes bien trop poli et éduqué pour vous conduire comme un rustre.
- Pourtant, je n'aurais aucun mal à vous forcer, si je le désirais…
Sans ajouter un mot, dans un souffle, Fili fit basculer le hobbit sans effort, et, malgré le cri surpris de ce dernier, il n'eut aucun mal à l'allonger au sol, épingla ses poignets d'une seule main dans les feuilles mortes, dont quelques unes volèrent pour s'accrocher aux boucles de Bilbo. Ce dernier ne chercha pas à se débattre, conscient que, même s'il le voulait, il n'avait aucune chance de se défaire de l'emprise du blond, bien trop puisant et bien trop agile pour qu'il ait la moindre chance. Tout comme il savait très bien que jamais ce dernier ne lui ferait le moindre mal, quoi qu'il en dise. Il resta donc sagement étendu sur le dos, maugréant pour la forme lorsque les doigts audacieux de Fili se baladèrent sur son ventre, à la limite de la frontière du pantalon et de la chemise, pour aller dégrafer tranquillement les bretelles qui lui barraient le passage.
- Tu es tellement faible… Si je le voulais…
Doucement, la main tira sur la chemise pour la remonter, dévoilant le ventre de Bilbo qui frémissait doucement, serein, veillant tout de même à ce que Fili ne dépasse pas une certaine limite, mais n'étant pas certain d'avoir envie d'arrêter le nain si celui-ci faisait mine d'aller trop loin.
- Si vous voulez, quoi ? M'humilier ? Ou bien autre chose… ?
Assis à califourchon sur les hanches du plus petit, Fili ne répondit pas. Il assura sa prise sur les poignets prisonniers tout en regardant distraitement le ventre qui se soulevait irrégulièrement, au gré de la respiration chaotique de Bilbo. Il posa ensuite sa main à plat sur la peau douce près du nombril, qu'il caressa négligemment, s'amusant de sentir les frémissements qui parcouraient l'épiderme.
- Vous êtes troublant, vous savez… pour un nain…
- Tait toi un peu, tu es bien plus appréciable lorsque tu ne dis rien.
Et Bilbo fut bien forcé de se taire lorsqu'une main implacable se posa sur sa bouche, le contraignant au silence. Il chercha à se débattre, sans autre succès que de faire sourire le blond qui apprécia l'initiative.
- Vous n'êtes pas obligé de me regarder avec ces yeux là… Non seulement je ne suis pas impressionné, mais, en plus, cela vous donne un air à croquer absolument adorable.
Le cambrioleur muet s'immobilisa instantanément et son regard, déjà noir, s'assombrit encore un peu de colère, ce qui fit frémir Fili, loin d'être indifférent à ce doux contraste. Le blond avait beau, à l'instant, être maitre de son corps, le plus petit ne lui était pourtant aucunement soumis ou bien offert. Ils se regardèrent quelques instants dans les yeux puis, doucement, la main de Fili se fit plus tendre alors qu'il approchait son visage de celui du hobbit. Les doigts du nain glissèrent gentiment sur le menton de Bilbo pour s'en emparer et le maintenir, mais Fili s'immobilisa quand ses lèvres touchèrent légèrement celles du cambrioleur, incapable d'aller plus loin malgré le désir qui le taraudait. Lorsque Bilbo amorça un geste pour l'embrasser franchement, l'héritier de Thorin se recula et se redressa un peu, sans vraiment s'éloigner.
- Que se passe t-il ? Vous êtes timide tout d'un coup.
Fili resta muet, ses doigts vinrent distraitement caresser la mâchoire et la joue du hobbit immobile et replacèrent une mèche rebelle derrière son oreille, sans le quitter de ses yeux sombres. Puis, sans un mot, il relâcha Bilbo et se leva, ignorant le regard surpris et déçu qu'il venait de capter dans les yeux du plus petit.
- Je vous interdis de me donner l'excuse d'une pintade poilue qui vous attend ! Pas après tous ce que l'on vient de se dire !
- Je suis toujours lié à elle. Je ne suis pas le genre de nain qui bafoue ses engagements pour les douces lèvres d'un hobbit rancunier.
- Ne vous voilez pas la face, je sais que vous vous donner un genre qui sied à votre rang, tout comme je sais que vous êtes exactement ce genre de nain qui sait rompre les promesses qui ne lui apporteraient que du mal.
- Cela vous plairait, avouez le.
- Je ne veux pas que vous bafouez ou rompiez votre engagement. Je veux que vous épousiez cette garce et que vous viviez ensuite dans le regret de ne pas m'avoir choisit, moi ! Et j'aimerai que cela vous fasse mal !
Touché par une colère douloureuse, Bilbo se releva sans se soucier des feuilles mortes accrochées à lui et prit la direction du camp, mais Fili lui attrapa le bras avant qu'il n'ait pu s'éloigner.
- Que je vous choisisse, vous ? Pourquoi dites vous cela ? Vous avez réellement envie de prendre la place de Mel ?
Bilbo se figea. Il ne l'avait pas dit à voix haute tout de même, si ? Il frissonna lorsque la poigne sur son bras s'intensifia, à l'instar du regard qui le sondait.
- Si vous me le demandez, Bilbo…
- Je ne vous demande rien du tout ! Gardez votre dindon et laissez moi tranquille !
- Pourquoi avez vous peur tout d'un coup ?
- Je n'ai pas peur.
- Vous tremblez.
- De colère.
- Vous n'êtes pas en colère.
- Qu'en savez vous ?
- Je commence à vous connaître…
Bilbo ne remarqua que Fili s'était approché de lui seulement lorsque le souffle du nain caressa ses lèvres. D'un mouvement vif, sans réfléchir, le hobbit attrapa une tresse blonde qu'il tira à lui. Surpris, le nain ne put esquiver la douce bouche qui se pressa à la sienne quelques courtes secondes avant de se dégager tout aussi brusquement.
- Malgré cela, jamais je ne cesserai de vous surprendre.
- C'est ce qui me plaît.
- Il y a donc en moi quelque chose d'autre que mon répertoire d'insultes qui trouve grâce à vos yeux ?
- Ils sont durs à trouver, mais vous possédez bien quelques caractères… alléchants.
- Vous êtes alléché ?
- Vous avez l'air d'avoir très envie de me l'entendre dire.
- Et ça à l'air de vous faire plaisir.
- Vous crevez d'envie que je vous murmure des mots doux… l'idée me fait sourire parce que malgré toute la hargne que vous mettez à me repousser, vous usez d'au moins autant de volonté pour venir me chercher… et pour m'attiser...
Bilbo se figea une nouvelle fois, choqué de constater que Fili n'avait pas tord. Le rire que celui-ci laissa échapper l'agaça fortement et il s'éloigna du guerrier en pestant, furieux de sentir ses joues s'empourprer. Le nain ne fit aucun geste pour le retenir et, faute d'excuses, le cambrioleur fut contraint de prendre la direction du camp, espérant sans se l'avouer que Fili le rappelle pour le garder auprès de lui. Encore un peu. C'est pourquoi il ne fit pas la sourde oreille lorsque le blond l'apostropha une dernière fois :
- Dites moi monsieur Baggins, qu'est-ce que je pourrais obtenir de vous en échange d'un bocal de pêches au sirop ?
Outch, il ne s'est pas trop fait attendre ce chapitre... Si ?
Sorry ^^'
J'espère que le passage Bofur/Bilbo n'est pas trop lourd, mais c'est une notion que je vais pas mal utiliser dans la suite de l'histoire (qui viendra avant trois mois, je l'espère).
Et puis pour ceux qui aiment bien jouer aux devinettes, vous pouvez essayer de me dire qu'elle est la pierre que Kili compte offrir à son oncle:
A) Une obsidienne
B) Un diamant
C) Une opale
D) Un rubis
E) Une pierre de lune
Bref, excusez moi, je m'ennuie, j'ai tendance à divaguer dans ces cas là.
Plush'
