- Fili ! Tu vas bien ? Tu es blessé ?
Alors qu'il pénétra le plus discrètement qu'il put dans le camps endormi, l'épéiste sursauta face au chuchotement alarmé que poussa Thorin, assis contre le tronc d'un arbre, caressant distraitement la tête de Kili qui reposait sur ses genoux, profondément endormi.
- Je… oui. Oui, je vais bien mon oncle. J'ose espérer qu'il en va de même pour vous.
- Que s'est-il passé ? Où étais-tu ?
Fili serra les lèvres, après tout, la réaction de Thorin n'avait rien d'exagérée, il savait que son oncle craignait autant pour sa vie que pour celle de Kili, malgré tout ce que dira le hobbit, et le nain blond venait d'apparaître dans un état lamentable.
- Ho… ça ? Ne vous inquiétez pas mon oncle, j'ai simplement contrarié notre petit cambrioleur une fois de trop.
Thorin haussa un sourcil admiratif et examina plus attentivement l'état de son neveu malgré la pénombre, avant de laisser ses lèvres s'étirer dans un sourire amusé.
- Méfie toi, il nous a montré aujourd'hui que, malgré son air d'épicier, il n'est pas adversaire à prendre à la légère. Et je comprend maintenant pourquoi tu lui portes une telle attention, je ne pensais pas rencontrer une personne aussi valeureusement surprenante un jour.
Pour une fois, Fili ne releva pas le « que tu lui porte une telle attention » lancé innocemment par son oncle et c'était étrange de constater à quel point le sourire rayonnant qu'il cherchait à contenir contrastait fortement avec le sang qui coulait de sa joue, griffée par des ongles furieux, et sa pommette bleuit. Sans oublier ses cheveux trempés, à peine essorés qui dégoulinaient encore sur ses vêtements humides.
- A qui le dites vous... Et il reste tellement prompt à se laisser déstabiliser…
Intrigué, Thorin observa suspicieusement son neveu aux anges qui venait de parler d'une voix tendre, amusée. Charmé.
- Fili… non pas que je doute de ta sincérité et de ta clairvoyance, mais j'aimerai que tu me dises ce que tu viens de faire du hobbit, il se trouve que, moi aussi je m'y suis attaché et qu'il a un rôle important à tenir dans notre quête… Tu devrais éviter de trop le brusquer…
- Que je… ? Trop, quoi !? C'est la meilleure celle là, tient ! Vous avez vu ce qu'il m'a fait, ce sacripant ?
Dans un geste outré, Fili releva la manche droite, découvrant un poignet ensanglanté auquel il manquait, sans aucun doute, un bon morceau de chair.
- Cet animal m'a mordu ! Vous bous rendez compte ? Il a osé !
- Il doit bien y avoir une raison ?
- Ho… je pense que vous gagneriez à ne pas le savoir…
Aucune honte dans les mots de Fili, seulement une certitude assurée pendant qu'il remettait délicatement sa chemise en ménageant la petit blessure.
- Si tu le dis… Tu ne lui as pas fait de mal au moins ?
- Thorin, je suis navré de vous l'apprendre, mais s'il y a bien une victime ici, c'est moi. Je l'avoue, j'ai commencé fort avec cette histoire de pêches au sirop, mais je trouve sa réaction extrêmement excessive et disproportionnée… Mais ne vous inquiétez pas pour l'honneur et la réputation de votre premier héritier, j'ai vite repris le dessus.
Thorin fronça les sourcils à l'évocation des pêches au sirop, finalement, Fili avait raison : il gagnerai à ne pas savoir ce qu'il s'était passé.
- Je veux bien te croire, mais s'il n'est pas ici, parmi nous maintenant, c'est qu'il doit bien y avoir une raison. Je m'inquiète simplement pour lui, en fait.
- Ho. Il ne devrait pas tarder à arriver, il boude, j'ai du le vexer je pense.
- Fili ! Que se passe t-il ? Tu saignes ?
Fili se figea lorsqu'il remarqua que les yeux écarquillés de son petit frère, encore embrumés de sommeil, rivés sur lui. Ce fut Thorin qui répondit à son jeune amant, tout en passant une main douce dans ses cheveux :
- Ne t'inquiète pas, une simple querelle de tourtereaux…
Kili écarquilla les yeux et poussa un sifflement admirateur :
- C'est Bilbo qui t'a fait ça ? J'espère que la raison en valait la peine !
- Ho que oui… elle en valait la peine…
Fili se tut et chercha à contenir son sourire ravi en se mordant la lèvre inférieure et ses yeux pétillants de malice continuaient de parler à sa place, lourds d'aveux et de sous-entendus. Kili et Thorin échangèrent un regard et se tournèrent une nouvelle fois vers Fili, curieux d'en apprendre d'avantage sur l'étrange relation qui se développait entre le blond et son hobbit.
- Que s'est-il passé ?
- Tu l'as embrassé ?
- Pourquoi t'as t-il mordu ?
- Jusqu'où vous êtes allé ?
- Quel rapport avec les pêches au sirop ?
- Il s'est laissé faire ?
- Tu ne l'as pas forcé au moins ?
Mais, avant que Fili n'ait pu répondre à l'avalanche de questions, un juron se fit entendre et le petit hobbit courroucé apparu dans le camp. Il releva le col de sa chemise sur ses cheveux trempés pour cacher les marques qui recouvraient sa gorge et lança un regard noir à Fili qui lui répondit d'un sourire mutin, poussant la taquinerie jusqu'à passer langoureusement le bout de sa langue sur ses lèvres. Le hobbit se détourna en maugréant mais aucun des trois descendants de Durin ne manqua le petit rougissement qui envahit ses joues et si Kili et Thorin ne firent aucun commentaire, ce ne fut pas le cas de Fili qui, les yeux brillants toujours fixés sur la silhouette qui s'installait pour dormir, lâcha échapper dans un souffle : « vraiment trop craquant ».
- Hé bien, Fili, c'est du sérieux cette histoire !
- De quoi tu parles ?
Troublé, Fili se résolut à quitter le hobbit des yeux pour s'intéresser de nouveau à son frère.
- Je veux dire… toi et Bilbo, c'est du sérieux, non ?
- Ho… il reste deux ou trois petites formalités à régler et il sera à moi…
- Vous n'avez toujours pas conclu ?
Pas vraiment dans la conversation, les yeux de Fili revinrent caresser les courbes du dos et de la nuque du hobbit en répondant distraitement :
- Peut-être bien, oui, encore faut-il que le hobbit soit au courant… et coopérant, ce qui n'est pas une mince affaire…
- Enfin… tu as donc décidé d'arrêter de te voiler la face ! Je t'en prie, je veux être là le jour où tu annonceras à Mel que tu as trouvé mieux qu'elle. Je n'ai jamais pu saquer cette pimbêche et je veux voir la tête qu'elle fera à ce moment.
- Kili… Cette réaction n'est pas digne…
- Excuse moi, Thorin.
Mais, sans avoir l'air désolé, Kili fit signe à son frère qu'ils parleraient de ça plus tard, seuls tous les deux. Mais Fili ne lui accorda qu'un regard puis planta son frère et son oncle pour se diriger d'un pas vif vers la silhouette allongée du cambrioleur tout en retirant ses habits encombrants et encore humides. Arrivé près du hobbit, il se pencha sur lui et posa sa main sur sa bouche, pour l'empêcher de râler alors qu'il prenait place à ses côtés, partageant les couvertures, sans un mot, juste un sourire.
- Je crois que je serais capable de tuer pour savoir ce qu'il s'est passé entre ces deux là.
- Dans ce cas, tu me raconteras ce que tu auras appris une fois que tu auras cuisiné ton frère…
- Dites moi monsieur Baggins, qu'est-ce que je pourrais obtenir de vous en échange d'un bocal de pêches au sirop ?
Bilbo se figea soudainement et se retourna lentement, pas vraiment certain d'avoir compris la question lancée innocemment par le blond.
- Je vous demande pardon ?
En réponse, Fili eut un sourire mutin et sortit doucement un bocal déjà bien entamé dans lequel deux pêches flottaient pacifiquement dans un sirop qui semblait velouté et capiteux, ne se doutant de rien.
- Elles sont délicieuses…
- D'où tenez vous ça ?
- Ho, je pense que vous devriez revoir vos cachettes… les débusquer a été un jeu d'enfant…
Bilbo chercha à se montrer détaché, mais voir ces pêches, qu'il savait exquises, danser dans ce nectar divin alors que cela faisait un bon moment qu'ils n'avaient rien mangé de correcte hobbitement parlant, ça le fit saliver. Et ce que Fili ne savait pas encore, après toutes ces aventures, c'était qu'un hobbit gastronomiquement frustré est un hobbit hargneux et potentiellement dangereux.
- Alors… Bilbo… que me donneriez vous en échange de ce bocal ?
- Rien du tout, je suis lassé de ce jeu, je vais me coucher, bonne nuit.
- Dans ce cas…
Sans ajouter un mot, Fili trempa ses doigts dans le sirop, attrapa une pêche et mordit dedans, prit le temps de savourer la friandise, conscient que les yeux horrifiés du hobbit pétrifié étaient rivés sur lui. Il joua même à appuyer la chose en léchant ses doigts langoureusement.
- N'ayez crainte maitre cambrioleur, manger la dernière pêche ne me dérange pas, il n'y aura pas de gâchis.
- Non ! Je vous l'interdis !
Et, de rage de voir ce fripon vider le bocal de grand mère Sacquet avec autant de désinvolture et d'insolence, il prit son élan et sauta sur le nain, ceinturant sa taille de ses jambes et s'accrocha à son épaule alors qu'il cherchait à récupérer le récipient mais Fili n'eut aucun mal à le mettre hors de porté en levant le bras.
- Cette situation me rappel quelque chose… Allez vous m'embrasser de nouveau pour récupérer le gout de la pêche ?
Nouveau sourire mutin et Bilbo eut soudainement un peu chaud, conscient de la position dans laquelle il se trouvait.
- Ca vous ferait bien trop plaisir ! Rendez moi ça, maintenant, ce bocal m'appartient !
- Hey, on se calme, ce bocal à un prix, à vous de me le donner.
- Il ne vous appartient pas et je n'ai rien à vous donner.
- Ho que si, j'attends beaucoup de chose de vous… Si vous désirez le récupérer…
- Si c'est un baiser, vous connaissez ma condition : dites à votre pintade qu'elle ne vous intéresse plus.
- Comment voulez vous que je fasse une chose pareille ? Elle se trouve à des miles d'ici actuellement…
- Parce que vous le feriez ?
Et Bilbo se mit à rougir, parce que Fili ne répondit pas et se contenta de le regarder intensément, très. D'un regard poignant et bien trop troublant pour que le hobbit puisse le supporter et pourtant, il le fit. Le silence s'étendit entre eux alors qu'ils restèrent immobiles, seule la main qui portait le bocal s'abaissa pour que le bras de Fili puisse s'enrouler autour de la taille du cambrioleur et le soutenir. Mais Bilbo ne s'en rendit pas compte, parce qu'il était subjuguer par le visage du nain qui s'approchait doucement du sien.
- J'en serai capable…
- Qu'est-ce qui vous retiendrait ?
- Je veux être certain que le prix en vaille la peine…
- Comment comptez vous procéder ? Vous avez l'intention de me gouter et de me tester pendant une durée déterminée, puis me jeter si je me montre décevant ?
- Arrêtez de jouer à ça, vous savez que je ne suis pas ainsi. Je sais déjà que vous avez toutes les chances de me plaire… Non, je veux seulement savoir si vous, vous êtes prêt à faire des sacrifices en retour… Pour moi.
La réplique eut l'effet d'une douche froide pour Bilbo. Elle était arrivée de manière tellement soudaine et porteuse de promesses tellement inattendues qu'il en resta sans voix. Le cambrioleur sentait que, de façon totalement abrupte, Fili avait cessé de jouer, et cela lui fit peur.
- Mais… je… Et votre bécasse à barbe envers qui vous vous dite amoureux ?
- Je ne suis plus amoureux de Mel.
Ca, pour Bilbo, ce n'était plus une douche froide. Prononcé sur un ton si bas, si assuré, affirmatif… Les yeux bleus vrillés dans les siens, francs, sincères… Le hobbit se serait jeté dans un torrent glacé, l'effet aurait été le même, si l'on met de côté cette incroyable chaleur qui se répandit en lui de manière violente, enivrante.
- Tu… Je… Ce n'est pas à moi qu'il vous faut le dire !
Fili ne prêta même pas attention à la voix rouée qui sortit difficilement de la gorge bloquée du hobbit qui cherchait maladroitement à se dépêtrer de ses violentes émotions.
- Qu'allez vous faire maintenant ?
- Comment ça ? Ce n'est pas mon problème si l'autre naine ne vous intéresse plus !
La panique, ce fut la seule chose, pourtant discrète, que décela le nain dans les mots effrontés du hobbit. Fili remarqua tout de même que c'était la première fois que Bilbo n'utilisait pas un mot péjoratif pour désigner Mel.
- Vous mentez… Mais cela ne me surprend pas de votre part… Je voulais seulement savoir si vous avez l'intention de jouer avec le cœur que vous m'avez volé.
Bilbo déglutit brusquement. Un peu plus tôt, il avait reproché à Fili le fait que ce dernier se voilait la face, mais, maintenant qu'il exposait l'évidence avec autant de franchise, le hobbit en vint à se dire que c'était peut-être un peu trop brutal pour son petit cœur.
- Vous me croyez si cruel ?
- Ignorant, plutôt, vous ne savez pas ce que vous avez entre les mains. Le cœur d'un nain n'est malheureusement pas aussi dur que le corps qui l'abrite et dépourvu d'esprit critique… Vous êtes tellement prompt à me surprendre… Je ne sais plus que penser de vous.
- Dans ce cas, pourquoi vous déclarer à moi ?
- Parce que j'aimerai savoir s'il est raisonnable de ma part d'attendre de vous quelque chose qui ne m'appartiendra jamais.
- De quoi parlez vous?
Fili ne répondit pas tout de suite, parce qu'il était profondément troublé. Bilbo avait perdu toute sa morgue, sa répartie et sa mauvaise volonté pour se draper dans une incertitude touchante et adorable. Un aspect du plus petit qu'il n'avait encore jamais vu, mais qu'il apprécia au moins autant que sa personnalité pétillante et infernale.
- Des sacrifices…
- Parce que vous ne vous contenterez pas de mon cœur ?
- Je l'ai déjà.
- Bien sûr que non ! Ce n'est pas parce que vous me faite une déclaration sulfureuse et que vous me donner votre cœur que vous aurez le mien !
- Vous avez trouvez ma déclaration sulfureuse ? J'ai été très chaste pourtant.
Amusé, Fili resserra sa prise sur la taille du hobbit qui rougit légèrement, totalement désemparé. Ce terrain de discussion n'était décidément pas le sien.
- Vous êtes arrogant…
- J 'aime quand vous me faite l'affront d'affirmer certaines choses alors que vos yeux hurlent le contraire…
- Vous vous méprenez, je pense réellement que vous êtes arrogant !
- Je ne parlais pas de ça…
Le feu et la glace, c'étaient exactement les éléments qui étreignaient le cambrioleur à ce moment, la glace, qui avait pétrifié ses pensées et ses gestes et le feu, qui venait d'embraser son sang et ses sens. Ca n'allait pas. Ca n'allait pas du tout. Depuis le début de l'expédition, Bilbo avait mis un point d'honneur à tenir tête au premier héritier, à ne jamais se laisser déborder par celui-ci et même, quelques fois, à pousser l'audace jusqu'à chercher à prendre le dessus sur leur interactions, même si, à chaque fois, il avait l'impression frustrante que s'il parvenait à écraser le nain blond, c'était tout simplement parce que celui-ci se laissait gentiment faire. Mais, maintenant, alors qu'il était dans les bras de Fili qui le portait sans effort et qui semblait prendre un plaisir intense à dominer la conversation avec une facilité déconcertante, Bilbo commençait à comprendre que, finalement, depuis le début, Fili avait pris la chose pour un jeu qu'il avait, pour une raison inconnue, décider de cesser jouer ce soir là. Mais le cambrioleur n'était pas prêt, lui qui était sérieux depuis le début, il ne s'était pas du tout préparé à ce que ça le soit, réellement, bien plus que ce qu'il avait seulement pu imaginer.
- Quand vous parlez de sacrifices…
- La Comté, pour commencer.
Voilà, c'était fait, en quatre mots, Fili venait de clouer le bec et de détruire toute pensée cohérente du hobbit dont l'esprit tomba à une vitesse vertigineuse, avant de parvenir à articuler d'une voix blanche.
- Parce que, vous pensez réellement que je pourrais quitter la Comté… Pour vous ?
- C'est la question que je vous pose. Si ce sacrifice vous paraît impensable, alors il n'est plus question de continuer ce jeu qui n'en est plus un. Du moins, il ne l'est plus pour moi. Si vous vous dites incapable de quitter votre smial, alors je passerai la fin du voyage à m'évertuer de vous le faire oublier. Et j'ai l'intention de rompre mes engagements avec Mel dès que j'en aurai l'occasion, quelle que soit votre réponse, parce que, à partir de maintenant, je ne connais aucune naine ou aucun nain qui saurait me ravir autant que vous…
Qu'est ce que Bilbo pouvait bien répondre à ça ? Dans le doute, il ne dit rien et resta figé dans les bras de Fili, inquiété par la tournure des évènements. Il ne voulait pas que ça cesse, il se sentait bien dans les discussions vives et emplies de réparties cinglantes, il prenait plaisir à inventer des nouveaux jurons qui, il le savait, ne manquaient jamais d'amener un sourire sur le visage de Fili qui se laissait toujours impressionner par son répertoire sans fond. Si Fili ne rentrait plus dans son jeu, alors le hobbit sera démuni, incapable de répondre correctement aux déclarations et aux promesses du blond, il passera sans doute pour une péronnelle effarouchée et Fili se rendra vite compte qu'il s'était trompé sur lui et sur sa verve efficace simplement lorsqu'il s'agit d'attaquer, attaquer pour se défendre.
- Bilbo ?
- Mais… Je… Je ne suis pas…
- Dites moi seulement oui.
- Ou… NON !
Ce fut trop de pression pour le petit cambrioleur acculé et sa patte vengeresse frappa. Sous la surprise, Fili lâcha tout ce qu'il avait dans les bars, à savoir un hobbit surprenant et un bocal entamé de pêche au sirop qui éclaboussa allègrement le plus petit au sol, et il porta sa main sur sa joue déchirée. Puis il lança un regard à ses pieds pour y voir un hobbit dégoulinant d'un sirop gluant et qui rouspétait avec véhémence.
- Oups...
Un léger sourire aux lèvres, il s'abaissa pour s'accroupir face à Bilbo qui maugréait sombrement en essayant de se dépêtrer du liquide collant. Le blond tendit un doigt qu'il fit courir sur la joue du hobbit pour y récupérer une goutte sucrée qu'il amena à sa bouche en ronronnant. Si Bilbo était du genre à se laisser faire, la suite aurait pu être particulièrement délicieuse. Mais Fili savait que Bilbo n'accepterai jamais de prendre part au fantasme qui parasitait en ce moment l'esprit du blond à la vue de son petit corps couvert de sirop de pêche et ça ne le dérangeait pas outre mesure, il savait que ce qui allait suivre allait lui plaire, quoiqu'il arrive, tout ce qu'il avait à faire, c'était de se laisser surprendre par son cambrioleur. Ce dernier était, pour l'instant, figé et terrorisé par le regard gourmand, très, trop, que Fili avait posé sur lui et qui s'intensifiait dangereusement, il se leva d'un bond, paniqué et retrouva l'usage de sa répartie.
- Qu… Ha non non non ! Je vous interdis de me regarder comme ça ! Je sais très bien à quoi vous pensez et c'est non ! Ne vous approchez pas !
- Voyons Bilbo… Vous êtes couvert de ce sirop poisseux… et délicieux… vous n'allez tout de même pas retourner vous coucher dans cet état ?
- Bien sûr que non ! Je vais me laver, sans vous !
- Moi non plus je n'ai pas été épargné par ce bocal…
- Dans ce cas, trouvez vous une flaque où barboter, je me réserve le ruisseau.
- Non merci, je préfère venir avec vous.
- Ha non ! Vous pouvez y aller en premier si ça vous chante, mais il est hors de question que je me baigne en même temps que vous !
- Pourquoi ? Je vous dérange ?
- Vous me faites peur.
- Peur ? Je n'ai pas l'intention de vous faire le moindre mal pourtant, ce serait plutôt le contraire…
- Hé ho ! Ca suffit avec vos sous entendus pervers ! Et puis il était question d'arrêter de jouer aussi !
- On pourrait tout simplement changer de jeu…
Fili se serait bien moqué un peu de la tête effarée que montrait le plus petit, mais il eut seulement le temps de sourire malicieusement : le poing du hobbit se fracassa sur sa pommette. Et il sourit une deuxième fois, tendrement. Parce que le coup que venait de donner le cambrioleur était trop puissant pour ce qu'était capable d'encaisser son poignet. Bilbo gémit de douleur et se laissa tomber aux pieds du plus grand, incapable de retrouver l'usage de ses doigts démolis et resta prostré au sol en incendiant le blond sous un flot de jurons fins et travaillés dont seul le hobbit connaissait la signification.
Le nain consentit donc à s'agenouiller devant le cambrioleur et lui prit gentiment la main.
- Mahal ! Tu as frappé si fort que ça ? J'ai à peine sentit le coup passer…
- Non… ça, je me le suis fait dans la caverne des gobelins. Le coup que je t'ai donné a seulement réveillé la douleur.
- Ho… Que s'est-il passé au juste ?
Curieux, Fili étudia la main écorchée qui portait encore du sang séché.
- Je suis tombé, et je me suis perdu dans les dédales.
- Et ils mordaient, vos dédales ?
- Non, pourquoi ?
- Pour ça.
A genoux devant le hobbit assis au sol, Fili tendit sa main pour abaisser un peu le col de la chemise et dévoila ainsi des traces de dents. Neuf, pour être exact, neuf petites traces qui formaient bien la marque d'une mâchoire plutôt acérée, mais assez légères par apport à la monstrueuse trace de crocs, surement gobelins, que portait l'épaule.
- Je… je me suis battu contre un gobelin, qui m'a fait tomber de la passerelle… Puis… Il y avait… une créature plutôt belliqueuse et affamée, mais j'ai su m'en défaire.
- Vous m'avez dit tout à l'heure que vous alliez bien.
- Quoi ? Vous me reprochez d'avoir passé sous silence des doigts écorchés et une tentative loupée de dévorage ?
- Et une chute de passerelle d'une hauteur plutôt vertigineuse… Nous devrions nous occuper de ces morsures, elles risquent de s'infecter.
Bilbo haussa les épaules.
- Qu'est-ce que ça peut vous faire ?
Le nain eut un sourire amusé et attrapa la nuque du plus petit pour poser un baiser sur le coin de ses lèvres.
- Biblo… Tu n'imagines pas à quel point j'aime quand tu cherches ainsi à entendre des déclarations de ma part…
- Je ne… !
- Voyons, après tout ce que je viens de te dire, tu parviens encore à me demander pourquoi je m'inquiète pour toi… Et ça me plait… vraiment.
Bilbo aurait bien démenti la chose, mais une bouche impétueuse s'empara de la sienne pour faire danser sa langue dans un baiser passionné qui avait le parfum sucré des pêches au sirop. Puis les lèvres du nain blond quittèrent celles du hobbit pour aller s'aventurer sur sa mâchoire, dans sa gorge, au gré des sillons sucrés laissés par les gouttes de sirop qui parsemaient la peau douce du cambrioleur.
- Alors… Bilbo… jusqu'où iriez vous, pour moi ? Pour m'entendre dire des déclarations passionnées ?
- Je…
La langue qui suivait les gouttes de sucre, accompagnée du souffle chaud du plus grand, les dents qui se plantaient parfois dans sa peau tendre, les lèvres qui laissèrent leurs marques… Tout cela n'aidait franchement pas la réflexion du hobbit qui se trouva une nouvelle fois à court de mots.
- La Comté a t-elle tant d'attrait pour vous ?
Les lèvres de Fili avaient quitté sa peau et ce dernier lui faisait maintenant face, son regard grave ancré dans le sien. L'esprit de Bilbo était en déroute. C'était trop soudain, trop brusque. A aucun moment il n'avait pensé quitter Cul-de-Sac pour ne jamais revenir, même si l'idée de quitter Fili à la fin de l'aventure lui serrait le cœur.
- Pour que je fasse une chose pareille, il vous faudra me trouver des arguments de pointe… Et prouver que vous… en valez la peine.
Les yeux de Fili s'enflammèrent instantanément, il relevait le défi.
- Vous me demandez de vous séduire ? Je pense l'avoir déjà fait. Il ne me reste donc qu'à vous faire oublier votre chère maison…
Les yeux toujours brulants, Fili approcha son visage de celui de Bilbo, qui avait oublié de respirer et qui ne savait plus quoi penser. Mais il prit peur et se leva d'un bond lorsqu'il sentit que Fili avait l'intention de lui voler un nouveau baiser et peut-être même plus. Le blond se leva à son tour, amusé par les réactions touchantes de Bilbo. L'épéiste était parfaitement conscient que, si aucun sentiment ne lui était retourné, le hobbit n'aurait eu aucun mal à utiliser sa verve acide pour l'envoyer au diable.
- Qu'est-ce que… vous comptez me faire ?
- Que voulez vous que je vous fasse ?
Le hobbit se mis inconsciemment à trembler lorsque Fili s'approcha pour poser ses doigts sur sa joue qu'il caressa galamment tandis que son autre main attrapa la taille du plus petit pour le tirer à lui.
- Tu es tellement craquant, Bilbo… J'aime te voir aussi rougissant qu'une péronnelle, ça te va si bien…
- Tu sais ce qu'elle te dit la péronnelle ?
Et, sans ajouter un mot, Bilbo, qui venait de retrouver son esprit guerrier, fit claquer sa mâchoire et mordit la première parcelle de peau qui était à porté de dents. Et serra, fort. Suffisamment fort pour que Fili ressente assez de douleur pour pousser une exclamation surprise. Toutefois, le blond resta doux envers le hobbit enragé et parvint à se dégager de lui tout en finesse et en délicatesse. Il poussa un sifflement surpris lorsqu'il vit le sang couler le long de son avant bras, à l'instar de celui que portaient les lèvres et le menton de Bilbo. A cette vue, il ne put s'empêcher de sourire malicieusement… Bilbo pouvait se montrer tellement belliqueux lorsque la situation l'exigeait que ça en devenait alléchant.
- Je retire ce que je viens de dire… à propos de la péronnelle, mais je maintiens que je vous trouve craquant, surtout quand vous vous défendez de la sorte.
Bilbo ne répondit pas, dégouté et troublé par le gout du sang qui stagnait dans sa bouche, incapable d'admettre qu'il venait d'attaquer Fili, trois fois de suite. Bon dieu, il était un hobbit pacifique lui, pas une bestiole endiablée, comment le blond pouvait-il ainsi le faire sortir de ses gongs ?
- Le gout vous plait ?
Le hobbit sursauta violement, il n'avait pas vu Fili s'approcher et sentir son souffle sucré contre lui le désorientait considérablement.
- Il est haïssable.
- Dans ce cas, tenez, cela fera passer l'arôme du sang.
Bilbo ne put répondre, parce que Fili venait de poser ses lèvres sur les siennes, des lèvres qui portaient encore le gout divin du sirop de pêche. Pour une fois, Bilbo ne se fit pas prier et ouvrit la mâchoire pour laisser passer la langue de Fili qui s'évertua à répandre en lui le parfum velouté. Le cambrioleur se cambra lorsque les bras du blond enserrèrent sa taille pour l'attirer à lui et il répondit en nouant ses bras autour de la nuque du malotru malpoli qui était en train de lui offrir un baiser exquis, galant, tendre et au gout sucré de pêche au sirop. Lorsque Fili fit mine de rompre le baiser, Bilbo l'en empêcha en lui attrapant la nuque et en exigeant plus d'un gémissement affamé.
Bien entendu, Fili ne se déroba pas et s'empara une nouvelle fois des lèvres du plus petit, qu'il tourmenta avec délice jusqu'à ce que Bilbo ne se sépare de lui.
- Vous pouvez me mordre autant de fois que vous le voulez, vous savez, du moment que vous vous rachetez ensuite de cette manière…
- Je ne voulais pas que vous y trouviez du plaisir…
- La seule chose qui pourrait me faire du mal venant de vous, c'est votre dédain et votre mépris… Mais je sais que vous m'appréciez trop pour me donner une chose pareille… Je me trompe ?
- Puisque vous me le demandez si gentiment… !
D'une démarche raide, Bilbo s'écarta du blond et s'éloigna, suivant un sentier de biche qui descendait doucement à travers les arbres et cette réaction, loin de l'émouvoir, amena un sourire prédateur sur les lèvres du blond, heureux d'avoir un nouveau défi à relever. Il s'engagea donc sur les pas du plus petit sans chercher à se faire discret alors qu'ils descendaient tous les deux vers le ruisseau qui coulait en contrebas.
- Je ne vous ai pas demander de me suivre.
- Ca ne me dérange pas, ne vous inquiétez pas pour moi.
- C'est du harcèlement.
- Ne vous plaigniez pas, je pourrai me montrer bien plus… entreprenant, au vu de la situation.
Le corps de Bilbo fut parcourut d'un frisson puissant alors qu'il se rendait compte de la proximité du nain, du silence qui régnait dans la forêt et de la distance qui les séparait du camp. Effectivement, Fili avait en main une occasion inespérée de se l'approprier sans craindre une quelconque interruption. Le hobbit déglutit discrètement lorsqu'une main baladeuse caressa la sienne de manière fortuite et il s'arrêta pour rester immobile sur le talus qui surplombait la petite rivière, incapable d'esquisser le moindre geste pour retirer ses vêtements et rentrer dans l'eau claire. Fili, aucunement gêné, délassa et retira ses habits les plus encombrants : ses protections de combat, son manteau de cuir et sa tunique de lin. Il se tourna ensuite, torse nu, vers le plus petit qui n'avait pas bougé et dont les yeux parcouraient le corps du nain blond, caressant ses pectoraux, les muscles saillants qui roulaient sous sa peau, les quelques hématomes monstrueux que l'épéiste avait récolté lors de la bataille des géants de pierre ainsi que les plaies, taillades et morsures infligées par les gobelins durant leurs passages dans les caves de Goblintown.
- La vue vous plait ?
- Vous êtes blessé.
- Les derniers jours furent rudes pour tout le monde. Maintenant, débarrassez vous de ça…
Fili s'approcha de Bilbo pour dégrafer ses bretelles et déboutonner sa chemise, mais, sans surprise, le hobbit lui donna une tape sur la main et s'éloigna de lui en rougissant et maugréant qu'il savait très bien retirer ses habits tous seul, merci bien, ce à quoi Fili rétorqua finement que c'était une bonne chose et que si ça ne tenait qu'à lui, Bilbo serait déjà débarrassé de ses frasques et qu'ils barboteraient innocemment tous les deux dans l'eau fraiche sous le clair de lune. Encore une fois, la gêne priva Bilbo de répartie et il du s'y prendre plusieurs fois avant de déboutonner le premier bouton de sa chemise, qu'il reboutonna aussitôt en priant Fili de détourner les yeux, troublé par le regard intense que le nain ne cherchait même pas à cacher.
- Ne soyez pas si pudique… j'aimerai beaucoup voir à quoi vous ressemblez…
Bilbo se sentit frémir d'être la proie d'une telle attention, de la part d'un tel nain et il se retourna pour lui faire dos, les mains toujours crispées sur son premier bouton, n'osant dévoiler son corps parce qu'il savait que celui-ci faisait bien pâle figure à côté de celui de Fili. Il glapit fortement lorsqu'il sentit ses bretelles glisser de ses épaules alors que le corps à moitié nu du blond se colla à son dos et que les mains de ce dernier vinrent se poser sur les siennes. En moins de quelques seconde, tous les boutons cédèrent aux doigts agiles de l'épéiste qui ne perdirent pas de temps pour parcourir impunément toute surface du corps coincé dans ses bras. Des attouchements et caresses chauds et odieusement bien placés, trop pour que Bilbo soit en mesure de trouver la volonté nécessaire pour se défaire de l'étreinte et il ne remarqua même pas que sa chemise était tombée au sol.
- Bilbo…
Le touché de Fili se fit plus lourd, plus exigeant, alors que ses mains descendaient pour malaxer le ventre, puis la taille avant d'attraper les hanches pour l'attirer à lui pendant que sa bouche audacieuse se frayait un chemin à travers les boucles châtains afin de tourmenter sa nuque. L'esprit ensevelit sous un afflux de sensations et d'émotions bien trop puissantes pour ce qu'était capable de supporter son corps, Bilbo se laissa aller et s'abandonna aux mains avides qui le tenaient, cambrant le dos pour approfondir le contact avec le corps qui se pressait au sien. La bouche qui ravageait ses épaules réveilla en lui une chaleur insoutenable qu'il exprima d'un soupir tourmenté, soupir qui devint gémissement désorienté lorsque, grisé, Fili planta ses dents dans la chair et raffermit sa prise sur les hanches pour donner un premier coup de rein. Le hobbit glapit alors qu'il sentait son corps répondre aux mouvements électrisants que le blond imprégnait sur son bassin, se réchauffant considérablement en percevant l'érection de ce dernier à travers les vêtements. Il voulut se retourner, pour faire face à ce nain exacerbant, mais ce dernier fut plus vif et, d'un geste, lui fit faire volte face en avançant sur lui, de manière à le plaquer contre l'arbre le plus proche. Bilbo se trouva emprisonné des bras de Fili dont les mains se posèrent de part et d'autre de sa tête, lui coupant toute retraite en un clin d'œil. Le nain resta immobile un instant, ses yeux bleus plantés dans ceux noisettes du plus petit, sondant son regard troublé, puis il fondit sur ses lèvres, négligées jusqu'à présent, tandis que ses mains descendirent le long de la taille du hobbit. Fili rompit le baiser passionné et s'abaissa afin d'attraper les cuisses de Bilbo, qu'il souleva sans effort le long de l'arbre rugueux, clouant son entrejambe à celle du plus petit qui répondait maintenant à la moindre de ses exigences et qui ne se fit pas prier pour enrouler ses jambes autour de la taille du guerrier blond, les mains accrochées à sa nuque et ses épaules. Fili agrippa une nouvelle fois le bassin de Bilbo et roula des hanches, la friction de leur deux érections prisonnières des vêtements arracha une exclamation voluptueuse à Bilbo qui se cambra et renversa la tête en arrière pour approfondir le contacte. Et Fili ne montra aucune merci au hobbit dévasté par les sensations et intensifia la friction savoureuse, laissant lui même échapper quelques soupir échauffés. Empoignant les hanches d'une main, le blond laissa la deuxième courir sur la peau de Bilbo, attisant ses flancs, enflammant son ventre. Ses doigts vinrent à la limite du pantalon que le nain déboutonna afin de soulager la pression que le tissus contraignait sur l'érection du plus petit, la main repartit ensuite ravager le corps tremblant qui s'offrait à elle tandis que la bouche du nain explorait la gorge découverte. Enfin… Fili avait l'impression que cela faisait une éternité qu'il attendait que le cambrioleur l'autorise à le toucher ainsi et il n'était pas déçu, parce que l'attente en valait la peine. Le plus petit, encore une fois, réagissait exactement de la manière dont le blond s'attendait le moins, répondant à la moindre de ses exigences avec volupté, suivant sans peine le rythme imposé par le plus grand et montrant un petit corps d'une finesse délicate, d'un exotisme érotique et au courbes à croquées. Alléchant, exquis et savoureux. Et, surtout, désirable et désirant : les ongles de Bilbo labourèrent ses épaules alors que le plus petit commença à implorer pour plus, prière à laquelle Fili répondit en amplifiant la friction sensuelle, emballant le brasier qui grondait en eux.
- Fili… ! Je vais…
- Attend moi.
La friction se fit plus intense et il attrapa une main de Bilbo qu'il cloua à l'arbre, laissant leurs doigts se nouer ensemble. Une pensée lucide traversa l'esprit grisé du blond, la simple constatation que c'était surement la première fois que Bilbo l'appelait par son nom, sans l'agonir d'insultes exquises, et entendre cette voix délicieuse, brisée par le plaisir, murmurer ainsi ces deux syllabes de manière décousue décupla son ivresse et son désir. Il vint clamer la bouche du cambrioleur pour un baiser ardent alors qu'il se pressait plus encore contre le petit corps, se sentant proche lui aussi. Puis Bilbo se cambra sensuellement dans un gémissement voluptueux qui s'écrasa contre les lèvres du blond, il se laissa emporter par l'orgasme conscient, d'après le rythme qui prit en brutalité, que Fili venait en même temps que lui mais son esprit embrasé n'y prêta pas attention alors qu'il se laissait délicieusement perdre dans la tourmente de sensations brulantes qui ravageaient son corps et qui, une fois que la vague ardente l'eut transportée, le laissèrent pantelant, essoufflé et extrêmement lucide et conscient du corps puissant venait de s'immobiliser entre ses jambes, de la poigne qui maintenait sa hanche, de la rugosité de l'écorce qui éraflait la peau de son dos et du souffle profond qui s'échouait de manière régulière contre son épaule. Le front posé contre le tronc d'arbre, Fili dégustait silencieusement la chaleur apaisée qui coulait maintenant dans ses veines, bercé par le souffle chaotique du plus petit qui, pour une fois, restait muet. Le nain raffermit ensuite sa prise sur Bilbo et se laissa glisser pour s'agenouiller au sol en amenant le hobbit à s'asseoir à califourchon sur ses genoux. Il relâcha la hanche, qui portait dorénavant la marque de ses doigts ,et la main qu'il tenait toujours pour prendre le visage du plus petit en coupe, il planta ses yeux dans les siens quelques secondes, puis il vint l'embrasser doucement, tendrement. Et Bilbo se laissa faire et répondit au baiser, sans compromis, pour une fois. Il ne savait pas quoi dire de toute façon, il n'arrivait même pas à formuler la moindre remarque, il savait que Fili s'emparait de lui, qu'il s'appliquait à le faire sien, et pas seulement physiquement, tout comme il savait qu'il ne faisait rien pour l'en empêcher. Il était dans de beaux draps, il le sentait. Cette histoire allait lui couter la Comté.
- Hé bien, aurais-je enfin trouvé le moyen de vous contraindre au silence sans avoir à vous forcer ?
- Taisez-vous ! Pourquoi le marsouin que vous êtes se sent-il obligé de troubler ce moment ?!
- Mahal, même après ce que l'on vient de faire, tu gardes ta pugnacité…
- Parce que vous pensiez que prendre mon corps me la retirerait ?
- Je n'ai pas pris ton corps… pas encore…
Mutin, Fili fit glisser sa main le long du dos éraflé du plus petit et ne s'arrêta pas lorsqu'elle rencontra le tissus du pantalon, au contraire, elle s'y engouffra pour venir flatter une fesse de Bilbo, qui frémit sous la caresse, mais qui ne dit rien.
- Tu ne te dérobes pas ?
- Pourquoi le ferai-je ?
- Parce que je te sais suffisamment « inconquis » pour refuser de t'offrir ainsi à moi… à quiconque…
Ils se regardèrent gravement, puis Fili retira sa main pour enlacer le hobbit, un sourire ravi sur le visage. Bilbo n'avait pas parlé, mais le « essaies et tu verra bien » était clairement lisible dans ses yeux encore brillants.
- Est-ce que vous pouvez me lâcher ? Là, maintenant, j'aurais vraiment besoin d'un bain…
- Très bien, je vous accompagne.
- Comment pourrais-je vous faire comprendre que je ne veux pas d'un traine-potence comme vous avec moi ?
- Ho, mais vous me l'avez très bien fait comprendre, ne vous inquiétez pas. Ca ne changera rien au fait que, maintenant, je vous considère comme mien et que je ne vous quitte plus.
- C'est une nouvelle forme de torture ?
- Prenez le comme ça vous chante… et si ça vous tient tant à cœur, je vais me laver en contrebas, pour vous laissez votre intimité à laquelle vous tenez tant… Mais ce ne sera pas gratuit…
o0o
- Et c'est pour ça, le coup de poing ?
- Je pense, oui, il n'a pas apprécié le sous entendu.
- Et après ? La morsure ?
- Je me suis montré un peu trop entreprenant, il a pris peur je pense…
- Il est délicat quand même, et puis il chipote, je ne connais pas beaucoup de monde qui doive se faire prier ainsi pour recevoir tes attentions… Tu es sur que tu ne perds pas ton temps ?
- Certain, il en vaut la peine, croit moi… Je… Il a voulu s'éloigner de moi… Pour aller se rincer dans le ruisseau, je l'ai suivi et… curieusement, même s'il a un peu rechigné au début, il a fini par se laisser faire quand j'ai fait mine de le déshabiller, puis il ne m'a pas empêcher à aller plus loin, je ne saurais dire pourquoi… Il s'est totalement abandonné à moi… c'était… un délice.
Encore occupé à polir sa pierre, Kili était pourtant accroché aux lèvres de son frère, avide de connaître les moindres détails de la nuit de ce dernier.
- Ce n'est pas la première fois que quelqu'un s'abandonne dans tes bras.
- Peut-être, mais c'est la première fois que c'est aussi surprenant… et aussi bon… Il s'est offert à moi de la plus exquise des manières… Même si nous ne sommes pas allé bien loin.
- Je pensais que, ce que tu aimais chez lui, c'est son esprit combatif, le fait que lui, contrairement aux autres, il t'offrait des résistances à soumettre…
- Je le pensais aussi… Mais… je l'ai découvert sous une autre facette cette nuit… C'est ce qui m'a amené à me déclarer à lui, alors que je pensais garder mes mots pour plus tard, pour le moment où j'aurai rompu avec Mel… Mais j'ai craqué…
Kili eut un petit sourire amusé lorsqu'il leva les yeux sur le visage de Fili et qu'il constata que son regard était perdu dans ses délicieux souvenirs nocturnes.
- Et puis ? Tu t'es approché de lui, tu l'as déshabillé, il s'est offert à toi... Et ?
- La suite ne te regarde pas.
- Je vois… Il est croustillant au moins ?
- Savoureux.
- Bruyant ?
- Il se retient, il n'a pas laissé entendre sa voix, mais ce n'est que partie remise… Et le moindre de ses gémissements suffit à…
- Hola ! T'enflamme pas, je ne veux pas les détails non plus… seulement… Allongé au sol ou plaqué contre un arbre ?
- Contre un arbre…
- Hmm… si tu t'y prend de la même manière que Thorin, avec la même poigne et la même ardeur, il a du-
- NON ! Tait toi ! Je ne veux pas savoir ce que Thorin te fait ! Hors de question !
- Allons… J'ai pourtant deux ou trois choses à te conseiller que tu pourrais faire subir au hobbit… Des choses vraiment délicieuses…
Ce fut au tour de Kili de revivre les derniers moments intenses qu'il avait partagé avec Thorin, au grand dam de son frère.
- Kili…
- Pardonne moi… Et après ?
- Quoi après ?
- Il s'est passé quoi ? Il n'avait pas l'air très ravi en rentrant au camp… tu l'as forcé à subir quelque chose qu'il ne voulait pas ?
- Bien sur que non !
- Ho, ne le prend pas mal… dans la mesure où lui même ne sait pas ce qu'il veut…
- Je ne le forcerai jamais !
- Très bien, mais alors, pourquoi avait-il ce visage si sombre cette nuit en rentrant ?
- Ho, surement parce que je l'ai forcé à avouer qu'il avait pris du plaisir dans mes bras et que ça ne le dérangerait pas de remettre ça le plus tôt possible… J'ai eu du mal et j'ai du me montrer inventif, mais il a fini par l'admettre, difficilement…Je me suis ensuite montré aussi vile et mesquin que lui en le dépouillant de ses richesses… Il n'a pas apprécié, je crois…
Fier de lui, Fili posa la tête sur l'arbre contre lequel il était adossé et expira avec délice la fumée qui stagnait dans ses poumons. Mahal, que ça lui avait manqué, il était vraiment devenu dépendant au tabac… et cette herbe à pipe qu'il avait finement subtilisé, ou plutôt : prise de force, au plus petit portait le doux goût de la Comté ainsi que celui d'une petite revanche mesquine.
- Méfies toi, s'il est en manque de tabac, il sera prêt à aller en quémander auprès de Bofur…
- Qu'il le fasse… Qu'il essaie seulement d'aller voir quelqu'un d'autre…
- Ne parles pas sur ce ton, tu es terrifiant…
Fili se contenta de souffler un joli rond de fumée qui se perdit dans l'air du soir puis il lança un regard du côté de la clairière qui abritait les autres nains. Bilbo, Thorin et Gandalf se tenaient à part eux aussi, ils discutaient sur la meilleure chose à faire maintenant qu'ils avaient passé les Mont Brumeux et le magicien leur faisait part de son avis concernant la maison de Béorn, qui leur offrirait un bon accueil à partir du moment où l'on se présentait correctement à lui. Se sentant observé, Bilbo tourna les yeux pour rencontrer ceux du nain blond. L'échange dura quelques secondes puis Fili se détourna pour s'intéresser de nouveau à son frère qui regardait étrangement la gemme qu'il réservait à Thorin, les sourcils froncés, les lèvres plissées.
- Que se passe t-il, Kili ? Ce cailloux t'a mordu ?
- Je crois qu'elle n'est pas de bonne humeur…
- Allons bon…
- Ne te moque pas de moi ! Cette pierre ne ressemble à aucune autre ! J'ai l'impression qu'elle est… vivante…
Le blond fronça un sourcil et lança un regard au joyau éclatant que Kili tenait entre les mains, en temps normal, la gemme semblait presque ronronner de l'attention, l'amour et la dévotion que le plus jeune lui portait mais, effectivement, une aura outrée émanait d'elle aujourd'hui, qu'elle n'avait pas avant et Fili qui, comme tout nain, était sensible au rayonnement des pierres, avait bien l'impression que celle-ci était troublée, tendue et qu'elle semblait presque… grogner, silencieusement, dangereusement.
- Tu vas réellement lui offrir ça ?
- Pourquoi pas ? Si tu savais le mal que j'ai eu pour la trouver… j'ai retourné tout Norgod et j'étais prêt à partir pour la Moria avec ma pioche si je n'avais pas rencontré ce voleur des Monts de Fer à qui j'ai extorqué la position d'un ancien filon oublié pour une somme astronomique...
- Tu n'aurais pas mieux fait de lui acheter acheter une gemme ? Tu m'as dit qu'il avait des pierres aussi grosses que des œufs de poule, et même une pierre de Lune et une petite malachite.
- T'es sérieux ? Tu penses vraiment que j'aurai dû acheter la pierre que je compte offrir à Thorin ? Ce nain vaut bien tous ces mois passés dans les profondeurs des mines oubliées pour lui trouver le joyau qui lui correspond le mieux… Surtout que j'aurai mis plus de temps à chercher dans le commerce que dans les mines oubliées, ces pierres sont tellement rares…
- J'ai du mal à comprendre pourquoi tu as choisi celle-là... Et pourquoi tu ne veux pas entendre parler d'aucun autre joyau… De toutes les pierres destinées aux rois, aux amants ou au nains de grandes destinés, tu as voulu l'opale et je ne sais par quelle chance ou coup du sort tu as bien pu en trouver une…
Kili se contenta de répondre d'un haussement d'épaule tout en caressant du pouce la perle aux éclats de l'arc en ciel. Ecoutant son frère d'une oreille, il inclina la pierre, jouant à capter les rayons du feu un peu plus loin. Instantanément, l'opale sembla s'embraser, tel un brasier sur lequel de l'huile aurait été jetée. Puissante, flamboyante. Parfaite.
- … Certes, il s'agit d'une pierre rare et celle que tu as extraite est magnifique, mais de tous les joyaux à notre porté, tu as choisi le plus énigmatique, celle aux reflets ambigus…
- Formée de ce qui fait le mérite des pierreries les plus précieuses : le feu subtil de l'escarboucle, l'éclat purpurin de l'améthyste, le vert de mer de l'émeraude…
- A la signification troublée par une réputation sombre, de porte malheur et de source d'ennuis…
- On dit aussi qu'elle ont combattues de grands dangers auprès des plus grands roi… Mais les réputations ne sont pas toujours vraies…
- Les mauvaises sont fondées, cela fait des siècles qu'aucun nain n'a reçu une opale en cadeau, je ne sais même pas si cela s'est déjà fait…
- Thorin sera le premier.
- Tu ne sais même pas quelles sont les propriétés de cette pierre, peut-être qu'elle lui fera du mal, peut-être qu'elle ne lui correspond pas le moins du monde.
- Comment se pourrait-ce ? Elle est parfaite… elle possède tout de Thorin : son éclat, son ambiguïté, sa puissance... Peut-être que, au contraire, elle aura un rôle à jouer le moment venu… Regarde là, Mahal ! Elle respire la puissance, la gloire et le charisme, elle semble prête à se dresser face à tous les dangers… Et puis… Je ne sais pas… mais… Il y a quelque chose en elle… quelque chose qui semble puissant, très. Tellement qu'il y a des jours où je ne peux la garder sur moi et où je suis obligé de la mettre dans un sac de cristaux de tourmaline noire pour atténuer son rayonnement… Et… tout à l'heure, je me suis rendu compte que les cristaux s'étaient tous fendus, brisés… Comme si les tourmalines avaient été trop faibles pour contenir la puissance de l'opale…
- Elle s'en est prise aux tourmalines ? Kili… A quoi tu joues ? Tu sais que certaines pierres maléfiques ont tué leur porteur ou alors les ont conduis à la folie, quand elles n'ont pas éradiqué leur esprit pour utiliser leur corps telle des marionnettes ?
- Ce sont des histoires pour enfants... Regarde, cela fait des mois que je la porte et que je la travaille et il ne m'est rien arrivé…
- Parce qu'elle sait que ce n'est pas à toi qu'elle appartient ! Mais elle a fendue tes tourmalines, Kili ! Les pierres qui ont la plus grande force magnétique et qui ont un des pouvoir les plus purs et, surtout, totalement neutre, aucun minérale ne s'est encore jamais attaqué à ce minerai, au contraire, l'énergie de la tourmaline contribue à absorber toutes les ondes néfastes et à décharger les joyau les plus fatigués ! Si l'opale s'en est prise à eux, qu'en est-il des autres pierres que tu portes sur toi ? Le bracelet d'obsidiennes que je t'avais offert ?
- De quoi tu parles ? Elles étaient surement gorgées de mauvaises ondes et je ne l'ai pas vue, ces tourmalines étaient vieilles, elles n'avaient plus la force de contenir l'énergie de l'opale, c'est tout, regarde ton bracelet, il va toujours aussi bien et je suis sur que c'est grâce à lui si je suis encore en vie auj…
Kili se tut alors qu'il venait de remonter la manche de sa tunique pour montrer le bracelet aux pierres noires qui l'accompagnaient depuis ses vingt ans et qui n'avaient jamais failli dans leur tâche première : ériger un bouclier autour de leur porteur et le protéger contre les mauvais coups du sort. Mais ces pierres luisantes, étincelantes et vigoureuses étaient aujourd'hui ternes, fêlées et tristement éteintes, comme si leur énergie magnétique avait été saccagée, brisée. Avec une émotion non feinte, le plus jeune retira le bracelet et le mit dans les mains de son grand frère qui inspecta les pierres une à une.
- Je… elles me sont venues en aide tellement de fois…
- Ca va aller, elles vont s'en remettre… laisse leur du temps, leur pouvoir est trop faible pour supporter les dangers de cette quête, elles sont malmenées… sans oublier la proximité de l'opale… Il n'est pas rare que certaines pierres s'en prennent à d'autres, soit parce qu'elles ont un rayonnement trop puissant pour être supporter, soi parce que les caractères et particularités ne s'accordent pas… Les obsidiennes sont des pierres de protection, si jamais elles ont ressenti l'opale comme une menace pour toi ou alors, si cette dernière les voit comme une barrière... Kili, je t'en pris, méfies toi d'elle…
- Elle n'est pas maléfique… je te le jure Fili… Elle ne lui fera aucun mal… ne nous fera aucun mal.. Je… Thorin doit recevoir une pierre qui lui fera oublier l'Arkenstone, parce que s'il dénigre mon opale pour récupérer le joyau de Thror… je… Je n'aurai plus qu'à me détourner de lui…
- Ca n'arrivera pas même si je comprend tes craintes… Mais de là à lui offrir une pierre aussi mystérieuse… Une malachite aurait fait l'affaire…
- Non… Je ne sais pas pourquoi, mais je sens au fond de moi que seule une opale, cette opale, pourra convenir à Thorin.
- J'en doute.
- T'es jaloux parce que tu ne sais pas encore quelle pierre tu va offrir à ton hobbit…
- Tss… Tu te trompes… j'ai une idée précise en tête…
Le blond tourna une nouvelle fois le regard vers son cambrioleur qui souriait doucement à une boutade de Gandalf et son esprit lui rappela avec une netteté vertigineuse la manière dont Bilbo s'était laissé toucher, comment son corps avait répondu au sien et la manière touchante dont il avait réagit lorsque Fili s'était déclaré à lui, en prenant la fuite alors que le blond pensait simplement être rejeté. Finalement, la carapace du hobbit était bien moins dure que ce qu'il laissait paraître et le petit cambrioleur n'était sûr de lui seulement parce que l'on ne lui laissait pas le choix.
- Je ne connais qu'une seule pierre qui puisse convenir à un caractère aussi… surprenant.
Oui, il y avait bien une pierre… très belle de surcroit… aussi chaude que le soleil, qui ne s'accordait qu'avec les natures loyales, dangereuse pour les autres, et qui convenait parfaitement aux personnes curieuses et indiscrètes, sans oublier l'aide qu'elle apportait pour ceux qui manquaient de lucidité envers eux même et la longévité qu'elle accordait à ses porteurs.
- De toute manière, quoique tu lui offres, elle n'aura aucun effet sur lui, c'est un hobbit, il est insensible aux rayonnement des pierres.
- Pas si j'utilise du cristal pour renforcer la puissance de celle que je vais lui offrir.
- Ho… ! Une pierre sertie dans du cristal ? La puissance décuplée sera intenable pour n'importe quel nain ! Et il faut être véritablement habile pour confectionner ce genre de bijou…
- Je le ferai… c'est impensable pour une bague, mais en pendentif ou en bracelet, c'est jouable…
- Bravo, il ne te reste plus qu'à trouver du cristal, chose aisée si tu n'as pas peur du noir et des mines les plus profondes, et le travailler pour l'accorder avec ton autre pierre ! Si elle n'est pas trop rare, tu n'en auras que pour quelques années… D'ailleurs, de quoi s'agit-il ?
- Une pierre capable d'ouvrir l'esprit à de nouvelles pensées et à équilibrer l'impatience et l'agitation… Qui ouvre à l'amour et au dévouement tout en donnant l'accès à tout ce que nous désirons...
- C'est contradictoire et surprenant ça… De telles propriétés ne passeraient pas inaperçues et, pourtant, ça ne me dit rien… qu'elle est son nom ?
- Tu la connais… notamment sous le nom de pierre du soleil…
- La citrine ?! La pierre de l'abondance qui attire à elle toutes les formes de richesses positives et qui génère l'optimisme ?
- La pierre que tous rêveraient d'avoir mais qui a disparu il y a maintenant quelques centaines d'années, tellement son pouvoir était recherchée et son éclat admiré…
- Victimes des plus grandes chasses au trésors, traquées et utilisées à outrance, toutes les citrines sont maintenant éteintes, épuisées ou corrompues… Fili, tu n'as aucune chance…
- Les opales étaient réputées introuvables et pourtant, il y en a une sous mes yeux…
- Très bien… donc, tu as l'intention de trouver une citrine, extraire du cristal et tailler le tout en pendentif… dit comme ça… c'est jouable, effectivement… En sachant qu'il faut mieux que tu fasses vite, tout d'abord, parce que nous ne sommes pas certain de finir cette quête en vie, et ensuite, parce que sitôt Erebor reconquise, Bilbo désirera s'en retourner chez lui, à moins que tu ne lui fasse comprendre que sa place est auprès de toi… Trouver une citrine, extraire du cristal et tailler le tout… Il faut vraiment que tu l'aimes pour avoir une telle ambition qui a pris la vie de nombreux nains avant toi…
- Concrètement, j'ai seulement l'intention de trouver du cristal et de tailler le tout, parce que pour ce qui est de la citrine…
Fili ouvrit sa main et Kili eu l'incroyable surprise d'y découvrir une petite pierre brute, un peu pâlotte, qui rayonnait joyeusement dans la paume du nain blond, son éclat doré semblait illuminer la peau blanche et se refléter dans les protections de métal. Le brun tendit le doigt pour prendre respectueusement ce qui correspondait surement à un éclat d'une pierre qui fut jadis un peu plus grosse.
- Mahal… une citrine… Je ne pensais pas en voir une un jour… D'où tiens tu une chose pareille ?
Fili haussa les épaules, il était tombé dessus parfaitement par hasard il y a quelques années alors qu'il était en mission de reconnaissance dans les galeries en ruine de Belegost, la cité oublié des Montagnes Bleues. Il l'avait immédiatement reconnue et l'avait gardé secrètement, heureux de constater qu'elle faisait honneur à sa réputation en amenant à lui les bonnes occasions lors des transactions économiques, lui offrant une constante source de bonne humeur et, si Fili voulait remercier une entité quelconque pour avoir inspiré Bilbo le soir où celui-ci l'avait si superbement embrasser, lors de la réception inattendue, il se plaisait à imaginer que c'était du fait de cette petite pierre pétillante de malice, même s'il savait très bien que le hobbit, n'étant pas sensible à son rayonnement, n'avait pas été influencé par quoi que ce soi pour lui sauter dessus et lamper à sa manière les dernières gouttes de vin.
- En tout cas, tu auras une raison de plus pour garder un œil constant sur Bilbo, une telle perle suscitera bien des jalousies, surtout si elle est sertie dans du cristal, ses pouvoirs d'attraction de richesses, de génératrices de pensées claires et heureuses et de maintient de la longévité en sera décuplée…
- Oui… c'est pour ça que je pensais y mettre un éclat de diamant… minuscule… qui s'attaquera à quiconque portera le bijou avec des pensées malveillantes.
- Si tu fais ça, alors tu n'auras aucune leçon à me donner par apport à la dangerosité de mon opale, parce que si ma pierre est mystérieuse, le diamant, lui, tout le monde sait qu'il est tout simplement mortel pour ceux qui ne le méritent pas.
- Tu sais aussi bien que moi que Bilbo est une des rares personnes, avec toi, qui soit capable de porter cette pierre pure sans en subir les conséquences…
- Parce qu'il est un hobbit… Et ne me surestimes pas s'il te plait, tous ceux qui se sont cru capable de porter un diamant sont aujourd'hui soit dans le hall d'Aüle, soit occupés à errer telles des âmes en peines à travers les mines, l'esprit brisé…
- Ce n'est pas seulement parce qu'il est un hobbit… Mais la question n'est pas là ! Donne moi tes tourmalines et toutes les autres pierres que tu portes, je vais prendre soin d'elles puisque tu n'a pas l'intention de jeter ton opale… Je vais te donner mon obsidienne, elle est en pleine forme, elle ne tiendra surement pas plus de quelques jours, mais je préfère savoir que tu as une protection quelconque… Même si je me demande si l'opale n'est pas tout simplement possessive et si elle n'essaies pas de te garder pour elle toute seule, si elle ressemble tant que ça à Thorin, cela ne me surprendrait pas…
- Quoiqu'il arrive, elle ne peux que faire le bien… toi même tu ne peux pas nier que son aura n'est aucunement maléfique, au contraire… sa puissance regorge d'une noblesse sévère, mais juste…
- Je le ressens aussi et c'est ce qui me fait peur, Kili, tu es trop attaché pour t'en rendre compte, mais Thorin n'est peut-être pas… enfin… Méfie toi.
Conscient que Kili serait capable de lui arracher la tête s'il avançait l'hypothèse que Thorin était peu être déjà corrompu par son orgueil et son avidité et que, si c'était le cas et que la pierre le ressentait, elle serait parfaitement capable de s'en prendre à lui et de le briser comme elle avait si facilement brisé les tourmalines. Fili expulsa sa dernière fumée de tabac, vida sa pipe au sol alors que Kili se levait souplement pour s'étirer. Oin et Gloin venaient de disparaître au détour d'un sentier et ils étaient les derniers dans la clairière. Ils attendirent les deux minutes que préconisait Gandalf, puis ils s'engagèrent à leur tour sur le chemin qui partait en direction de la cabane de Béorn.
