- Bilbo ! Bilbo, où êtes-vous ?
Dehors, les nains étaient abasourdis par les terribles rugissements d'agonie que poussait le dragon abattu et ils restaient hypnotisés par les flammes qui s'élevaient de la ville humaine embrasée. Ils avaient tout vu : le décollage de Smaug puis son attaque d'une violence à couper le souffle sur Lacketown, suivit par la chute effarante et inattendue de la bête. De la où ils étaient, personne n'avait remarqué la minuscule silhouette de Bard qui baissait son arc, debout au centre du brasier et personne n'entendait les cris de détresse de la population prise au piège.
Fili encore moins que les autres, parce que, au moment même où le premier rugissement du dragon s'était fait entendre, il s'était propulsé à l'intérieur de la Montagne, sur les traces de son Bilbo.
- Bilbo ! Mahal, faites entendre votre voix ! Le dragon n'est plus là, vous ne risquez rien !
Crapahutant sur les collines d'or et de pierreries, Fili cherchait son hobbit en maudissant la particularité qu'avait celui-ci à disparaître, mais, bientôt, un faible gémissement, noyé dans l'écho du tintement des trésors de Smaug, interpella le guerrier blond qui se précipita derrière une colonne dorée. Bilbo était caché dans son ombre, avachi contre la pierre froide et avait les mains plaquées sur son front, duquel coulait une quantité impressionnante de sang qui ruisselait le long de ses doigts crispés. Doucement, Fili s'agenouilla face à lui et posa une main sur le poignet fin tout en attrapant la nuque de l'autre. Il le força à lâcher prise pour évaluer l'état de la blessure, conscient que généralement, les plaies les plus impressionnantes n'étaient pas les plus graves. Il déchira un morceau de sa tunique pour faire un bandage de fortune puis il enroula un bras autour de la taille du plus petit et passa le deuxième sous le creux de ses genoux avant de se lever sans effort, portant le hobbit sonné et prit la direction de la sortie
- Qu'est-ce que… Que s'est-il passé ?
- Tu as réussi Bilbo, tu l'as délogé. Notre quête est un succès !
Quoiqu'encore un peu confus par le coup qu'il s'était pris, Bilbo décela sans peine l'euphorie qui faisait rayonner la voix du nain et il ne chercha pas à empêcher le sourire ravi qui étira ses lèvres. Pourtant, il ne put s'empêcher de faire remarquer quelque chose qui lui tenait à cœur :
- Cela veut dire… que cette quête est terminée ? Que j'ai remplis ma part du contrat ?
A l'annonce de ses mots, les pas de Fili se firent soudain plus lourds et le nain s'immobilisa totalement, non loin du petit tunnel qui les ferait sortir de la Montagne. Et, en analysant ses puissants battements de cœurs qui pulsaient contre sa poitrine, Bilbo comprit que toute joie avait quitté le guerrier.
- Moi… Je n'ai pas encore honoré le mien…
- Oui, vous devez me faire visiter le cellier d'Erebor !
- Si vous n'avez pas l'intention de partir sans avoir gouter nos vins, je peux vous assurer que je m'arrangerai pour que cela se fasse le plus tard possible… Mais ce n'est pas de ça que je parle… J'ai promis que je saurai vous faire oublier la Comté, or, plus les jours passent, plus vous vous languissez de votre douce demeure… Plus vous mettez un point d'honneur à éviter toute altercation avec moi tout en préparant vos mots pour me dire adieux…
Gêné, Bilbo baissa le museau. Fili n'avait pas tors : le hobbit en avait par dessus la tête de cette aventure, il n'était pas un guerrier ou une personne de voyage et il prisait la tranquillité plus que tout, ce qui était l'exact opposé du nain blond. Le cambrioleur avait cherché à éviter Fili à tout prix depuis l'épisode des pêches au sirop, parce qu'il ne voulait pas avoir à être déchiré entre le choix de la raison et celui de la passion, parce qu'il sentait que s'il laissait la moindre chance à l'héritier de Thorin de lui plaire, alors il allait irrémédiablement en devenir totalement dépendant.
Doucement, Fili se remit en marche, mais il ne fit que quelques pas, car Balïn venait d'apparaître à l'entrée du couloir, un sourire rayonnant sur le visage, le vieux nain se retourna pour crier aux autres nains, toujours à l'extérieur, que le hobbit était en vie et entre de bonne mains, puis il annonça à Bilbo et Fili que le dragon Smaug avait été abattu. Collé à la poitrine du Blond, Bilbo pu sentir le cœur de ce dernier battre bien plus vigoureusement à l'annonce de la merveilleuse nouvelle, bien qu'aucun sourire n'éclaira son visage sombre. Heureux comme un matin de noël, Balïn parti inspecter le trésor du dragon et passa à côté du cambrioleur et du neveu de Thorin sans remarqué le feu ardent qui couvait dangereusement dans les yeux de ce dernier et ne le vit même pas tourner les talons pour s'enfoncer, le hobbit toujours dans les bras, dans les couloirs oubliés de la mine.
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- Et maintenant, que fait-on ?
Les flammes qui ravageaient la cité en contrebas perdaient du terrain, étouffées par la vaillance des humains qui se battaient pour protéger ce qu'il restait de leur ville perdue. Thorin lança un dernier regard au cadavre de Smaug qui gisait au milieu des habitations qu'il avait détruites puis il s'en détourna pour se dresser face à la Montagne, Sa Montagne. Il ne sentit même pas que Kili glissa sa main dans la sienne, obnubilé par l'éclat des trésors endormis qu'il devinait à l'intérieur.
- Nous avons beau avoir atteind notre but, ce n'est pas fini, il nous faut à présent prendre possession de cette mine et lui rendre la grandeur qui fut sienne. Nous devons informer notre peuple qu'Erebor vit de nouveau et que tout nain y est le bienvenu. Et, surtout, nous devons remettre la main sur le joyau de Thror, sur l'Arkenstone.
Le roi ne remarqua même pas la brulure du froid qui étreignit sa main au moment ou Kili le lâcha précipitamment, comme s'il avait été brulé par la mention de l'Arkenstone et, sans un regard en arrière, Thorin Ecu-de-Chêne s'engouffra dans la Montagne qui hantait ses songes.
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- Où m'emmenez-vous ?
- Les autres ne vont pas tarder à pénétrer dans la Montagne, plus rien ne nous attend à l'extérieur… Et je profite de vous avoir enfin tout à moi, sans dangers qui nous entours, sans la proximité de nos compagnons et sans possibilité de fuite de votre part pour… en profiter.
- En profiter ? Comment ?
Sans répondre, Fili donna un puissant coup d'épaule à la première porte qui s'offrait à lui, ouvrant sur une pièce sombre, poussiéreuse, au sol jonché de squelettes plutôt macabres. Le hobbit frissonna mais il n'eut pas le temps d'étudier le spectacle, Fili avait déjà fait demi tout et essaya plusieurs autres pièces, cherchant celle dont l'ambiance serait la plus propice pour ce qu'il avait l'intention de faire au cambrioleur. Ce fut lorsqu'il dégomma une cinquième porte qu'il sourit et qu'il posa son chargement au sol pour le faire entrer dans la salle tandis qu'il refermait derrière eux, s'assurant de bien sceller la pièce. Bilbo s'avança doucement, marchant d'une démarche encore un peu instable, son corps était toujours engourdi par le choc qui lui avait fracassé le crâne. Malgré tout, il ne manqua pas de s'émerveiller face à la beauté de cette caverne que Fili venait de dénicher et qui portait en son sein une multitude de petits bains, qui avaient surement été taillés par les nains qui avaient occupés ce royaume, mais qui avaient ensuite été façonnés par le temps et l'oubli, dans lesquelles frémissait des sources d'eau chaude. L'atmosphère de la pièce était troublée par les vapeurs qui s'en échappaient et les petits champignons phosphorescents qui poussaient dans les coins donnaient au tout un charme féerique.
Bilbo, tout à sa contemplation, n'avait pas entendu Fili approcher et il hoqueta de surprise lorsqu'il sentit les mains audacieuses du nain s'emparer de sa taille pour le tirer à lui, et le murmure rauque et impétueux que souffla gravement le blond dans le creux de son oreille désamorça toute tentative d'esquive.
- Déshabille toi.
Troublé, Bilbo ne réagit pas tout de suite, il se contenta de fixer Fili qui s'écarta de lui en délaçant les lacets qui tenaient ses vêtements tout en se dirigeant vers le bassin le plus accueillant, large, peu profond et dont l'eau trouble mais propre bruissait doucement mais sans sembler trop chaude. Le hobbit sentit son cœur s'emballer à la vue du corps qui se dévoilait et il eut de mal à reprendre sa respiration. Il posa ses yeux sur ses vêtements qui portaient la crasse du voyage et le sang qui avait coulé de son front lorsque l'aile de Smaug l'avait envoyé s'écraser contre le pilier et, la gorge sèche, il commanda à ses doigts de s'activer pour se défaire de ses habits, bien conscient du regard intense que Fili, entièrement nu, avait posé sur lui sans aucune gêne. Il rosit légèrement lorsque, une fois qu'il fut déshabillé, le nain s'avança sur lui et entoura de ses bras sa taille qui sembla bien frêle comparée à la stature du guerrier qui lui vola un chaste baiser avant de le prendre par la main pour le guider dans l'eau. Ce fut avec délice qu'ils se glissèrent dans l'onde brulante qui, en un instant, gomma la fatigue et la crasse du voyage, et instaura en eux une vigueur nouvelle. Fili amena Bilbo au centre du bassin et se retourna pour lui faire face, il l'embrassa une nouvelle fois, avec une tendresse qu'aucun des deux n'avait déjà expérimenté, avant de le mettre à genoux, s'agenouillant lui aussi, s'enfonçant dans l'eau chaude juste qu'aux épaules. Il passa une main humide sur le visage ensanglanté du hobbit qu'il nettoya délicatement, souriant de voir s'étendre sur ses joues un rougissement intense qui n'avait rien à voir avec la chaleur du bain.
- Je te trouve bien sage, Bilbo…
Le chuchotement de Fili se perdit dans les brumes de la pièce et Bilbo ferma les yeux pour profiter de la caresse des doigts doux qui couraient sur sa peau découverte en mordillant sa lèvre inférieur, luttant de tout son cœur pour ne pas se laisser aller et poser sa joue sur l'épaule qui lui semblait tellement confortable. Pourtant, lorsque la main de Fili remonta le long de son dos pour venir presser sa nuque, il céda et vint cacher son visage pivoine dans le creux du cou du blond qui l'étreignit avec tendresse.
- Que puis-je faire pour vous convaincre de rester ?
- Taisez-vous, cet instant est magique, ne venez pas le troubler avec vos inquiétudes.
- Je ne peux profiter pleinement de cette étreinte si je sais que c'est la dernière.
Bilbo ferma les yeux en sentant que les bras qui le tenaient resserrèrent leur prise et il enlaça timidement le corps de Fili, sans un mot en se disant qu'il ne verrait pas d'inconvénient à ce que cet instant dure une éternité.
- Un hobbit n'a pas sa place dans une cité naine… Nous sommes trop différents… Rien n'a plus de valeur à nos yeux qu'une terre bien cultivée, que la paix et la tranquillité… Nous n'avons que faire des richesses de ce monde et nous n'accordons de l'importance qu'aux choses simples et agréables… Que gagnerai-je à vivre sous la terre, à compter vos pierres et vos joyaux?
- Je saurai faire en sorte que jamais vous ne regrettiez votre douce Comté ! Je vous montrerai qu'Erebor comporte bien d'autres richesses que ses pierres et ses joyaux !
- Vous aurez fort à faire…
- N'éprouve-tu donc rien pour moi ?
Fili posa sa main sur l'épaule du hobbit, qui gardait obstinément ses yeux baissés, pour le séparer de lui et le forcer à lui faire face.
- Tu préfères t'en retourner chez toi pour rempoter tes tomates plutôt que de me laisser une chance ?
- Il ne s'agit pas… De toi…
- Quoi alors ? Pourquoi ce silence ? Où donc est passée ta fameuse verve ?
Troublé par le ton soudain cassant, Bilbo écarquilla les yeux et planta son regard désorienté dans celui du blond, qui se reprit aussitôt et qui passa une main douce sur une joue, maintenant pâle malgré la chaleur de la pièce, du hobbit.
- Tu as peur.
- Je ne…
- Ce n'était pas une question.
Bilbo ferma la bouche mais ne détourna pas les yeux de ceux, ardents, de Fili. Il était terrorisé, oui, et déchiré. Plus que jamais, la douceur de la Comté lui manquait, lui qui n'était jamais allé plus loin que Bree durant ses pérégrinations, le voilà qui crapahutait à des miles de son foyer. Mais, d'un autre côté, plus le temps passait et plus l'idée de repartir en laissant Fili derrière lui, lui semblait insurmontable… Et, en cet instant, alors qu'il se perdait dans les bras du nain blond, sincèrement et sans compromis, il lui était tout simplement aberrant de penser à une telle chose. Au final, ce malappris s'instaurait comme le grand vainqueur de leur petit jeu, car, quoiqu'il arrive, Bilbo en ressortait perdant. Sauf que ce n'était plus un jeu, si ça ne l'avait jamais été. Dépité, Bilbo baissa le museau et revint se coller contre l'épaule si accueillante de Fili qui ne se fit pas prier pour le prendre de nouveau dans ses bras.
- Je ne sais pas quoi faire…
- Laissez moi une chance. Restez quelques temps parmi nous, je vous promets que je vous laisserai repartir si je constate que vous dépérissez en lorgnant vers les terres de l'Ouest.
- Quelques temps ? Combien ?
Le prince lui lançant un long regard profond, comme s'il le sondait, puis il lui déposa un baiser sur le front et se leva, l'eau ruissela sur sa peau jusqu'au bas de son ventre, qui était encore, immergé, lorsqu'il se dirigea vers le bord du bassin sous les yeux curieux du hobbit. L'épéiste attrapa l'un de ses vêtements qu'il fouilla en quelques secondes avant de revenir vers Bilbo, un éclat indéchiffrable brillant dans ses pupilles. Il lui prit la main pour le mettre debout à son tour, profita de la proximité pour lui prendre un baiser exigeant, puis il se sépara de lui et présenta sa main dont la paume portait un cristal jaune pâle absolument ravissant, duquel Bilbo tomba irrémédiablement sous le charme.
- Il n'est pas dans nos coutumes de présenter la pierre que l'on compte offrir avant qu'elle ne soit parfaitement travaillée, mais j'estime que vous ne me reprocherez pas d'y avoir dérogé… Je dois finir de la tailler et la sertir… Mais lorsqu'elle sera prête, elle sera à vous.
- Et… vous souhaitez que j'attende qu'elle soit finie ?
- Ceci vous appartient depuis que vous m'avez volé ce baiser durant la réception inattendue… Vous devez en prendre la responsabilité.
- Parlez-vous seulement de la pierre ?
Sous le regard poignant de Fili qui restait immobile, semblant ne pas comprendre la question, Bilbo posa timidement sa main sur la poitrine encore humide du blond, à plat, paume pressée contre la peau qui semblait brulante et il écouta religieusement les battements puissants qu'il ressentait et qui semblaient se propager dans tout son corps. Fili sourit légèrement et s'empara de la main curieuse du hobbit qu'il mena à sa bouche pour l'embrasser tendrement.
- Les deux sont liés. Vous avez pris mon cœur, la pierre vient avec.
- Merci mais je n'ai que faire du cœur d'un gougnafier tel que vous, donnez moi le cailloux, ça suffira !
Fili rigola franchement, heureux de voir que son petit hobbit avait retrouvé sa verve, même s'il en usait pour se défendre, le blond était conscient que Bilbo était empêtré et acculé avec ses sentiments.
- Ainsi, vous avez pris votre décision…
Le sursaut de pugnacité qui avait pris Bilbo lorsqu'il avait compris que, de toute manière, la question ne se posait pas s'évanouit aussitôt qu'il se trouva confronté au regard trop brulant de Fili dont la main impétueuse commença à caresser le creux de son dos en y imprégnant des petits cercles brulants du bout des doigts.
- Je… ne vais pas partir… tout de suite.
Ce fut un sourire éclatant qui lui répondit et, enivré par une douce allégresse, Fili s'empara de la bouche du hobbit pour lui imposer un baiser passionné, laissant ses mains avides courir le long de la peau humide du plus petit. Mais, rapidement, alors que le baiser s'approfondissait et que les caresses se firent plus osées, entreprenantes, Bilbo mordit doucement les lèvres qui le tourmentaient et repoussa Fili dans une gerbe d'éclaboussures.
- Je n'ai pas dit que je souhaitais m'offrir ou m'unir à vous ! Simplement que je ne désire pas partir tout de suite !
- Dans votre bouche, cela sonne comme un aveu.
- Certes, mais ce n'est pas une raison pour me sauter dessus de la sorte !
- Pace qu'il me faut une raison ?
- Vous êtes toujours lié à…
- Cessez d'utiliser Mel comme excuse pour vous dérober à moi, je sais que vous n'avez que faire de cette naine et de ce qu'elle représente à mes yeux.
Mouché, Bilbo ferma la bouche et, lorsque les mains de Fili revinrent se poser sur sa peau, il se rendit compte que, effectivement, Mel était la seule excuse valable qu'il avait trouvé pour se défaire des manières un peu trop audacieuses du nain blond. Il se trouva de nouveau pressé contre le corps chaud de l'épéiste, soumis à sa bouche et à ses doigts, et qui semblait bien déterminé à pousser les caresses brulantes un peu plus loin. Mais le hobbit ne voulait que ce soit aussi facile pour ce cornichon qui venait de gommer l'attrait qu'il avait pour sa Comté d'un seul regard brulant. Enervé de se voir si faible par apport à ce mécréant, si offert, Bilbo lui attrapa la nuque pour l'embrasser avec passion, utilisant l'effet de surprise pour conquérir de sa langue la bouche au goût si entêtant, montrant par là que Fili n'était pas le dominateur incontesté du jeu, même s'il en était le maître. Grisé par le baiser, il laissa ses doigts parcourir le corps ferme qui frémit sous ses caresses et il répondit à celles de Fili en se cambrant et se pressant plus encore contre lui. Mais, aussi soudainement qu'il l'avait commencé, il rompit le baiser et s'éloigna de ce corps au parfum si envoutant, un éclat farouche dansant dans ses yeux troublés.
- Je parle de renoncer à la Comté durant quelques temps… Pour vous… Vous ne deviez pas en attendre autant de ma part… donc n'espérez pas recevoir plus.
Biblo ne l'ajouta pas, mais le « pour l'instant » fut entendu par le blond qui eut un sourire qui n'avait rien d'innocent mais qui, au contraire, avait tout d'une redoutable promesse prédatrice.
- Soit… Je n'ai pas l'intention de vous forcer de toute manière, je sais ce que vous valez lorsque vous vous donnez à moi de votre plein gré depuis que vous avez répondu à mon… étreinte, au pied du carrock… Et je peux affirmer que ce moment hante mes pensées et illumine mes songes.
Bilbo ne dit rien, mais le rougissement qui se répandit sur ses joues avoua tacitement à Fili qu'il en allait de même pour le hobbit qui ne put que tressaillir et trembler lorsque le blond s'approcha et posa ses doigts sur les points les plus sensibles qu'il avait découvert sur le corps du cambrioleur cette nuit où il se l'était approprié. Enflammé par la tournure de la situation, le plus petit commença à s'inquiéter en se rendant compte que si Fili continuait son jeu attisant, il n'allait pas tarder à succomber sans offrir la moindre résistance à ce vil et séduisant tortionnaire. Néanmoins, il ferma les yeux sans chercher à retenir son souffle ravi, laissant son cœur s'emballer lorsque la bouche ardente rejoignit les doigts pour embrasser passionnément sa gorge et ses épaules. Un gémissement langoureux passa ses lèvres entrouvertes face au plaisir surprenant qui le prit lorsque les doigts fougueux s'emparèrent de ses boucles pour le forcer à jeter sa tête en arrière afin de permettre aux dents affamées de s'en prendre avec une finesse exacerbante à sa gorge offerte.
- Tu aimes ça, Bilbo… alors pourquoi résister ?
- Tu ne mérites pas… Que je t'offre tout ce que tu désires… Tu es arrogant, capricieux et sans scrupule…
Un trait de plaisir intenable vrilla les reins du plus petit qui se cambra en lâchant un gémissement sensuel lorsque les ongles aguicheurs de Fili griffèrent la peau délicate du creux de son dos tandis que le pouce de l'autre main malmena sans pitié un téton ultrasensible, électrisant son corps.
- Mais tu m'aimes lorsque je suis ainsi…
- Crétin… si tu savais comme je te hais…
- Je le sais… Et ça me plait…
Bilbo laissa échapper un souffle érotique arraché par une caresse enflammée, pour le plus grand plaisir de Fili qui se trouvait de plus en plus charmé par ce côté conquis mais pas soumis du plus petit. Mais il savait qu'il avait toujours cette limite qu'il ne devait pas dépasser s'il ne voulait pas voir son hobbit prendre son baluchon pour s'en retourner dans la Comté. C'est pourquoi il lui porta le coup de grâce, conscient que Bilbo lui en voudrait s'il passait outre sa volonté, il décida de refreiner son désir pour l'instant et de lui offrir une porte de sortie, bien conscient que ce ne sera que partie remise :
- Bilbo… Si je le désirais, rien ne m'empêcherait de t'allonger sur le sol de cette pièce pour prendre possession de ton corps… Pas même toi… N'est-ce pas ?
Le hobbit hoqueta de stupeur et écarquilla les yeux, l'esprit en déroute et le cœur affolé par cette affirmation murmurée dans un souffle brulant qui, bien sûr, n'était pas entièrement fausse, voire même parfaitement véridique. Il puisa dans toute sa volonté endormie pour repousser le nain blond, causant vague et remous dans son geste brutal.
- Vous rêvez ! Il est hors de question que je m'offre de la sorte à un interlope malfaisant tel que vous !
Amusé, Fili serra les lèvres pour ne pas rire face au rougissement charmant qui illuminait les joues de son hobbit récalcitrant qui se détourna de lui pour regagner le bord du bassin. Il était tellement facile de le déstabiliser et de le trainer dans ses derniers retranchements que le nain était certain qu'il ne s'en lasserait jamais.
- Vous partez déjà ? C'est pourtant maintenant que les choses sérieuses commencent enfin…
Hilare, le nain s'assit nonchalamment contre la parois du bain, l'onde recouvrant son corps jusqu'au menton, et il regarda son petit cambrioleur sortir de l'eau en maugréant sur la gourmandise de ce naufrageur en dérive pour aller s'habiller rapidement.
- Je n'ai plus rien à faire ici ! L'instant aurait pu être vraiment agréable, mais, malheureusement, vous vous montrer bien trop insatiable pour ce que j'ai à vous donner.
- Je ne vois pas où est le mal de chercher à passer un… Doux moment en charmante compagnie…
- Je n'ai rien contre moi non plus. Je n'ai tout simplement pas envie de faire plaisir à un improbe tel que vous !
- Vous dites ça… Mais je sais que, bientôt, le plus insatiable de nous deux, ce sera vous…
Pensif, Fili regarda distraitement les gouttes fumantes tomber de ses doigts lorsqu'il leva la main pour jouer à y faire ruisseler l'eau et il retint son sourire lorsqu'il entendit le hobbit s'étouffer discrètement face à cette hypothèse. Joueur, il décida d'appuyer le clou :
- Vous savez, j'ai beaucoup apprécié la fois où vous m'avez appelé par mon prénom… Le jour où je vous ai plaqué contre cet arbre…
- J'en suis fort aise.
- Si vous désirez recommencer, j'en serai ravi, il me reste des pêches au sirop je crois.
- Soyez gentils, étouffez-vous avec…
- En tout cas, si vous désirez partager ce gout sucré avec moi, vous n'aurez qu'à me le faire savoir, la seule condition que je pourrais vous soumettre, c'est que je souhaiterai entendre votre voix…
- Vous êtes tellement arrogant… Pourquoi êtes-vous si confiant ? Je n'ai pas l'intention de vous faire ce plaisir…
- Ho… Ce n'est pas un problème… Je saurai vous faire crier…
Et Fili eut bien du mal à attendre que la vieille porte claque sur les talons du hobbit pour laisser éclater son rire. Bilbo était tellement mal à l'aise dans ce genre de conversation que le nain blond prenait un malin plaisir à trainer leurs discutions sur ce terrain où il était le maitre incontesté.
Trempé et tremblant, Bilbo s'enfuit avec toute la dignité qu'il le put et retourna dans les salles principales d'Erebor. Il ne fut pas vraiment surpris d'y trouver la plupart des nains de la compagnie occupés à remettre en état quelques salles les plus importantes et rechercher les objets et reliques qui avaient le plus de valeur. Tous, dès qu'ils le voyaient, lui lançaient des sourirent joyeux, des tapes amicales sur l'épaule et des exclamations de remerciement pour son magnifique coup d'éclat qui avait mené Smaug à sa perte. Personne ne fit la moindre remarque sur ses cheveux trempés, ses joues rouges et son souffle anormalement irrégulier. Personne, sauf Bofur, qui s'approcha du glorieux cambrioleur avec un sourire énigmatique sur le visage avant de l'empoigner par l'épaule pour le trainer dans un couloir oublié de la mine.
- Je constate que vous avez savouré votre victoire de la manière la plus douce qui soit et en charmante compagnie…
- Je ne… !
- Cela ne me regarde pas, mais j'ai quelque chose à vous montrer, je pense que cela pourra vous être utile.
- De quoi parlez vous ?
Bofur ne répondit pas et entraina Bilbo dans un labyrinthe de galeries vétustes qui furent, sans aucun doute, d'une beauté époustouflante il y a quelques décennies. Ils pénétrèrent silencieusement dans une salle immense, mais délabrée, noyée dans un tapis de cendres et habillée de meubles calcinés. Le nain alluma la lampe qu'il avait apportée et cela suffit à illuminer la pièce que Bilbo classa sans aucun doute comme une bibliothèque. Il suivit Bofur jusqu'au fond de la salle, dont les étagères y avaient été épargnées par le feu, mais pas par le temps et qui donnaient l'impression d'être prêtes à s'effondrer au moindre souffle.
- Nous sommes dans la grande bibliothèque d'Erebor, la seule qui a su, un jour, rivaliser avec celle de Khazad-Dum, mais, malheureusement, il n'en reste rien…
Bofur avait parlé à voix basse, religieusement, par respect pour ce qui fut un lieu de haute érudition, mais Bilbo décela sans peine l'écho amère de ce simple marchand de jouet qui semblait regretter de tout son cœur la grandeur passée de ses aïeuls qui avait été savamment saccagée.
- J'ai eu le plaisir de constater que quelques ouvrages ont traversé le feu et l'oubli et restent aujourd'hui parfaitement lisibes… Je gage que celui-ci saura retenir votre attention.
Fièrement, Bofur extirpa un grimoire aux pages jaunies et volantes qu'il mit dans les bras du hobbit qui eut du mal à supporter son poids.
- Mais… il est énorme !
- Encore heureux, il recense toutes les sortes de pierres, leur pouvoir, leur caractère ainsi que leur influences sur les différentes personnalités.
- C'est… impressionnant.
Bilbo tourna avec dévotion les page du vieux livre et fronça les sourcils lorsqu'il s'aperçu que l'essentiel était écrit en Kudhzul, néanmoins, cela ne l'empêcha pas d'admirer les magnifiques illustrations qui accompagnaient chacune des descriptions, reconnaissant sans peine les agates, le rubis et toutes les pierres qu'ils avaient évoquées lors de leurs différentes conversations.
- Et… comment faites vous pour vous y retrouver ? Pour savoir laquelle est la bonne ?
- Ho… on le sait, c'est tout. Je veux dire, si on a un doute, on peux se référer à ce genre de livre, certaines personnes peuvent aussi avoir la certitude que telle ou telle pierre est la bonne, ces gens là sont généralement ceux qui vouent un amour véritable et sincère à l'élu de leur cœur. D'autres y vont à l'aveugle, cela veut dire qu'ils partent avec leur pioche au hasard des couloirs et se laissent guider, ils ne s'arrêtent que lorsqu'ils trouvent la pierre adéquate, celle qui évoque la personnalité du futur compagnon.
Bilbo plissa les lèvres, à entendre Bofur, ça avait l'air vraiment facile. Mais, alors qu'il tournait les pages une à une, il se rendait compte que la tache était en réalité terriblement ardue et nécessitait non seulement une grande connaissance sur les différents minerais et leur faculté, mais, en plus, il fallait aussi connaître le caractère et la personnalité de celui à qui on comptait l'offrir… Foutus nains, foutue tradition. Si ça continuait ainsi, Bilbo était bien capable d'enrouler un papier cadeau autour du premier gravier venu pour l'offrir à Fili en prétextant que c'était chose commune dans la Comté. Découragé, il referma le livre en regardant le fabriquant de jouet d'un air désespéré. Celui-ci, adossé contre une étagère laissa échapper un rire clair :
- N'espérez pas trouver en moi une aide quelconque ! Je ne vois pas Fili comme vous pourrez le voir, ce n'est pas à moi de réfléchir à votre place.
- Pourquoi venez vous me parler de ce malfrat ? Je suis simplement curieux de la culture naine, ce nain m'est totalement indifférent.
- Hoho, pas de ça avec moi monsieur Bilbo… Surtout pas au vu de votre… Etat actuel. La première chose que vous avez cherché à voir dans ce livre, c'est la possibilité d'y trouver une gemme maléfique qui se retournerai contre son possesseur…
- Mmph, ce rustre l'aurait bien mérité !
- Vous ne devez pas jouer avec ça, Bilbo, je sais que les gens de votre espèce sont peu sensibles au rayonnement des pierres, mais nous, qui avons été conçus dans et par la roche, sommes littéralement assujetti à leurs pouvoirs. Certaines légendes racontent même la manière dont les pierres les plus puissantes transcendent leur porteurs, en bien ou en mal, pouvant les mener vers une félicité totale, ou bien… à la folie ou à la mort… l'une de ces pierres est d'ailleurs bien connu par ici…
- L'Arkenstone ? Parce qu'il en existe d'autres ?
- Ho, non, l'Arkestone est unique. Mais je sais que quelques pierres sont plus rares et puissantes que d'autres, on se garde de les offrirent celles-là. D'ailleurs, cet ouvrage ne les mentionne même pas.
- De quelles pierres s'agit-il ?
- Je ne sais pas trop, je ne les connais pas. Elles sont extrêmement rares et nous évitons de les côtoyer.
Devant l'air déçu du hobbit dont la curiosité venait d'être piquée, Bofur haussa les épaules et se tourna vers l'étagère branlante, avec un peu de chance, il y trouvera un petit traité sur ce genre de pierre. Et, après quelques instants de recherches, il dénicha quelques lignes évoquant les gemmes sacrées.
- Voilà, je suis désolé, c'est incomplet et je ne suis pas à l'aise dans la traduction du Kudzhul, mais voici quelques exemples: Il y a la pierre de lune "qui assiste à l'accomplissement de son propre destin et qui ne s'occupe pas de celui des mortels, même si elle a tendance à avoir un impacte sur des choses qui sont nécessaires par rapport aux choses qui sont juste voulues".
- Ho, ça n'a rien à voir avec toutes les autres pierres que vous avez déjà évoqué.
- Effectivement, cette pierre ne s'accorde pas avec un caractère : elle le crée, le module à son image. A ce jour, une seule personne aurait possédé une pierre de Lune, mais il paraît que cette dernière s'est emparée de son corps pour l'utiliser à ses fins et accomplir je ne sais quel destin mystique… Mais ce n'est pas la plus vile des pierres.
- Il y en a d'autres ?
- Le diamant, lui aussi, est différent de tous les autres : « pierre surpuissante qui absorbe et amplifie les pensées de son utilisateur, ainsi que les forces et les faiblesses des autres pierres précieuses et de leur porteurs, il possède un pouvoir de guérison inégalée, toutefois, le porteur de cette pierre doit rester pur car il encoure autrement de grands risques : nombreux sont les diamants qui se retournent contre leur possesseurs »... J'ai déjà entendu parler de ça, je crois… Il y a aussi la Prehnite, « pierre des rêves dont on se rappel, des prophéties et du destin »… Et l'opale qui est « une pierre puissante qui détient le principe de la loi cause à effet car l'énergie que dégage son porteur, positive ou négative, revient à lui d'une manière ou d'une autre et peut, si le besoin s'en fait sentir se retourner contre son possesseur, le « briser » d'une certaine manière parce qu'elle oblige à vivre les dépassements de soi, à dépasser l'orgueil spirituel, en l'annihilant, souvent avec violence, néanmoins, elle reste un symbole de pureté, de protection et elle place la personne qui la porte entre les mains des dieux ». Voilà, c'est tout ce qu'il y a ici et c'est fichtrement incomplet, voir nébuleux, je doute que toutes ces gemmes ne soient simplement réduite à ce que je viens de vous lire, m'est avis qu'elles sont bien plus complexes que ça.
- Je veux bien vous croire, mais ces pouvoirs sont véritables ? Ils influencent réellement la vie de certains nains ?
- Je n'en sais rien, je ne connais aucun exemple à citer. Ces pierres sont rares et redoutées.
- Pourquoi ? Il y a réellement des nains qui ont été victimes de telles pierres ?
Bilbo connu la réponse lorsque le visage de Bofur se ferma et s'assombrit légèrement.
- Certains nains... Ils… disons que les diamants ont causés et causent encore bien plus de dommages et de douleurs que de bienfaits. Beaucoup de nains cherchent à s'en procurer dans l'optique de survivre à une maladie qui les ronge, une mauvaise blessure qui gangrène leur vie… Très peu de ces personnes s'en sortent indemne. Quelques légendes parlent aussi de seigneurs nains terrassés par leur opale et qui restent encore gisants sur le sol froid qui a accueilli leur chute au moment où ils ont passé cette pierre maudite autour de leur cou. La prehnite est moins agressive mais tient aussi sa mauvaise réputation.
Subjugué, Bilbo était accroché aux lèvres de son interlocuteur. S'il détourna son attention un instant, ce fut pour penser à Fili, regrettant presque d'avoir souhaiter trouver pour lui une pierre de cet acabit.
- Et l'Arkenstone ? Quel est son pouvoir ?
- Je ne sais pas mais, de vous à moi, je ne considère pas cette pierre comme une entité bénéfique, au contraire. Je ne suis pas un expert mais, à mon avis, ce genre de minerai détient un pouvoir qu'il ne faut pas prendre à la légère.
- Ho… Et… J'ai vu, tout à l'heure, un joli petit cristal jaune pâle, transparent… On aurai dit un… rayon de soleil, prisonnier dans du verre… Voyez-vous de quoi je parle ?
Bofur fronça les sourcils, la description lui semblait vague. Il prit le livre des mains du hobbit et le feuilleta rapidement, montrant à Bilbo quelques esquisses de pierres qui pourraient correspondre à la pierre dont il parlait. La cambrioleur sursauta au troisième essaie :
- Oui ! C'est elle ! Que dit le livre par apport à cette pierre là ?
Le nain ne répondit pas tout de suite, analysant, les yeux écarquillés les mots en Kudzul qui décrivaient le cristal.
- Où donc… avez vous vu une pareille gemme ?
Bilbo haussa les épaules, ne souhaitant pas s'étendre sur le marché que Fili venait de passer avec lui. Bofur ne s'en offusqua pas et plutôt que de déchiffrer le grimoire, récita de tête tout ce qu'il savait sur la citrine :
- C'est la pierre de l'optimiste, qui ne nous met en tête que des pensées heureuses, et elle chasse la mélancolie. Idéale pour ceux qui manquent de lucidité envers eux même, et qui, paradoxalement, convient parfaitement aux personnes curieuses et indiscrètes… Elle a la particularité d'attirer à son porteur tout ce que qu'il désir et, aussi, de faire en sorte de le conserver. Je ne sais pas d'où Fili tient une telle perle, mais, s'il décide de s'en défaire en vous l'offrant, vous ne devez pas prendre ce cadeau à la légère.
- Je n'ai pas dit qu'elle venait de cet escroc !
- Les citrines n'existent plus dans la Terre du Milieu, déjà qu'elles n'était pas communes, toutes ont connu un destin bien funeste, même les hommes, les orques et les elfes se les sont arrachés durant des millénaires… Leurs pouvoirs étaient bien réels... Je pense que seul un prince nain peut en avoir une en sa possession aujourd'hui… Ou alors un dragon… Mais je doute que Smaug vous aurait laissé voir une telle pierre, il l'aurait conservé contre lui jusqu'à la fin.
Bofur se tut ensuite et tous deux restèrent quelques instants à méditer, jusqu'à ce que Bilbo, qui ne savait plus trop si c'était bien une citrine qu'il avait vu dans les mains de Fili, ne poussa un soupir à fendre l'âme, ce qui éveilla une nouvelle fois le rire facile du nain.
- Allons cambrioleur, ne désespérez pas ! Vous allez la trouver, la pierre qui correspond au prince qui vous fait soupirer ainsi. Si je puis me permettre, je vous conseille de vous rendre dans les galeries Est. Sûrement que Smaug a tenté d'y mettre les pattes, mais certains couloirs sont bien trop étroits, même pour un elfe. Ces galeries sont célèbres, car elles renferment la plus grande variété de pierres, quasiment toutes les minerais existants s'y trouvent, nous les appelons les Gisements Arc en Ciel. Avec un peu de chance, si vous déambulez là dedans, vous tomberez nez à nez avec une roche qui vous rappellera Fili. Vous n'aurez ensuite plus qu'à l'extraire et à la tailler et à cela, je puis vous aider.
Bilbo grommela à l'évocation du « prince qui vous fait soupirer ainsi » mais il ressentit tout de même une vague de gratitude pour ce nain qui prenait tant de temps à le conseiller. Et il le remercia chaudement avant de lui demander, l'air de rien, la direction de ces fameuses galeries.
o0o
- Kili ?
D'un geste brusque, Thorin ouvrit la porte d'une énième salle, vide, elle aussi. Il pesta et reprit ses recherches, répondant à peine au salut de Gloïn et Bofur qui passèrent à ses côtés, les bras remplis de joailleries et ne remarqua même pas un cambrioleur trempé s'enfuir en courant des anciennes thermes privées de la famille royale.
- Mahal, Kili, où es-tu passé ?
Thorin traversa l'aile saccagé, conscient que son neveu n'avait rien à y faire, et se dirigea vers ses anciens appartements. Le plus jeune n'avait jamais mis les pieds à Erebor, mais le roi se doutait que ce ne serait pas ça qui l'empêcherait d'aller fouiner dans l'aile réservée à la famille royale. Mais il n'y trouva que des cendres et aucune trace de Kili. Le roi jugula la vague de nostalgie qui l'étreignit à la vue de ses anciens appartements et repartit rapidement, il commençait à avoir sa petite idée sur l'endroit où aurait disparu son jeune amant.
Il prit la peine de toquer à la porte avant de pénétrer doucement dans la salle du trésor personnel de Thror, emplie de joyaux resplendissants, d'armes aussi magnifiques qu'effroyables et d'habits somptueux faits d'étoffes légères et éclatantes. Loin d'avoir pillé ce sanctuaire, Smaug l'avait, au contraire, enrichie de ses pièces les plus précieuses et même Thorin resta un instant interdit face à ces richesses accumulées. Mais il se reprit et appela doucement son neveu.
- Je suis là, Thorin.
Suivant le murmure de Kili, le grand nain s'engagea dans la pièce et, au détour d'un amas de pierres précieuses, il découvrit le plus jeune, dos à lui, agenouillé au milieu des trésors.
Lorsque Kili avait entendu Thorin pénétrer dans la salle, il était resté tétanisé, interdit, incapable de prendre une décision quant à ce qu'il devait faire maintenant. Maintenant qu'il avait trouvé l'Arkenstone. Il pouvait le cacher, rapidement, l'ensevelir sous un trésor quelconque et l'oublier, jusqu'à ce qu'il soit retrouvé par quelqu'un d'autre… ou alors, il aurait pu se lever et le remettre immédiatement dans les mains de son suzerain qui ne jurait plus que par cette pierre, ce qu'il aurait fait, sûrement, s'il n'était pas aussi désespérément amoureux de ce nain. Kili n'avait pu esquisser le moindre geste parce qu'il était terrorisé. Ils étaient dans la Montagne, le dragon était mort, la quête était finie. Terminée. Ce n'était qu'une question d'heures ou de jours avant que Thorin ne soit sacré grand roi sous la Montagne et Kili avait peur de ce qui allait advenir de lui. Il craignait de n'avoir vécu qu'un rêve dans les bras de son oncle, un doux songe dont l'accomplissement de la quête en sonnait le glas. Et, alors qu'il tenait le joyau de Thror dans les mains, alors qu'il se rendait peu à peu compte qu'il ne valait rien, absolument rien, face à toutes ces richesses incroyables, à la gloire qui couronnait maintenant Thorin ainsi que toutes ces responsabilités qui incombent désormais au roi d'Erebor, Kili se remémora des cruelles mises en garde de son frère.
Il y avait cru pourtant, il avait sincèrement cru qu'il serait capable de tout accepter de Thorin, qu'il était prêt à tout pour lui, même si cela signifiait reprendre la place qu'il avait outrepassée durant l'aventure pour redevenir l'héritier discret qu'il était censé être. Et pourtant, maintenant qu'il était là, Kili se rendit compte que ce n'était absolument pas le cas, que jamais il ne pourra accepter une chose pareille.
Alors que les pas du roi approchaient, Kili resserra sa prise sur la pierre maudite. C'était maintenant l'instant de vérité, le brun allait enfin savoir si, comparé à l'Arkenstone, il avait la moindre valeur aux yeux de celui qui possédait son cœur. Et il en tremblait. Cette redoutable incertitude, cette peur odieuse de ne pas savoir s'il était à la hauteur et ce triste désespoir qui l'étreignait avaient pris le contrôle de son corps tétanisé et il ne broncha pas lorsque l'ombre du roi couvrit son corps. Il n'esquissa pas le moindre mouvement lorsqu'il entendit celui-ci hoqueter de stupeur en remarquant ce qu'il tenait dans les mains. Kili ferma les yeux et se mordit la lèvre, il était parfaitement conscient de la faiblesse de Thorin, bien plus que quiconque, et ça le rendait malade de se savoir incapable de la combattre.
Le plus vieux n'avait pas bougé, il était subjugué par l'éclat de la pierre qui brillait dans les mains de son amant. Il n'avait même pas remarqué la larme silencieuse qui coulait doucement sur la joue de ce dernier. Lorsque les doigts sans vie de Kili, heurté par le silence religieux de Thorin, laissèrent échapper le joyau qui roula au sol, le roi s'agenouilla pour le ramasser et le porter devant ses yeux, hypnotisé sa robe rutilante, aveugle au regard noyé dans le désespoir qui était posé sur lui, sourd aux sanglots discrets qui déchiraient maintenant la gorge de Kili, simplement obnubilé par la beauté de l'Arkenstone et par la joie qui gonflait son cœur à l'idée d'avoir enfin remis la main sur le joyau de Thror.
Ce fut un courant d'air froid, ou un sursaut, qui le ramena à lui et, repu de la vision divine de la pierre, il se tourna vers son neveu. Il jura. Kili n'était plus là. Il ne l'avait même pas vu partir, il ne l'avait même pas entendu s'excuser. Ses articulations froides s'insurgèrent lorsqu'il se releva d'un bond et ses muscles raidis lui firent comprendre qu'il avait passé bien plus que quelques minutes agenouillé sur ce sol dur, mais peut-être plusieurs heures. Il jura une nouvelle fois et sortit rapidement de la salle du trésor, paniqué à l'idée de ce que devait ressentir Kili en ce moment, à cause de lui, de sa faiblesse. Il serra la mâchoire, il était simplement venu promettre à son neveu que rien ne changera, du moins, qu'il n'y aura pas de retour en arrière, mais plutôt une évolution, qu'il avait l'intention de le garder à ses côtés, de le prendre comme consort, maintenant que la quête était terminée. Mais la découverte de l'Arkenstone l'avait paralysé et lui avait fait oublier les mots qu'il avait préparés pour le plus jeune, ce que ce dernier avait du prendre comme une trahison. Il serra la main sur la pierre alors qu'il passait les portes de la salle du trésor et il s'immobilisa : Kili n'avait pas eu la force d'aller plus loin et s'était effondré dans l'immense couloir désert. Il venait de passer, lui aussi, de longues heures, immobile, assis contre le mur, le visage enfouit dans ses genoux qu'il avait remontés contre sa poitrine. Et si Thorin se figea à cette vue, ce ne fut pas seulement parce qu'il fut touché par la détresse qui irradiait du corps recroquevillé, mais aussi, surtout, parce que le regard que Kili posa sur lui en le sentant approcher ne ressemblait en rien avec celui qu'il lui connaissait, outre le chagrin et la déception, quelque chose d'autre l'habitait, quelque chose qui n'apparaissait dans ces yeux qu'au moment de combattre, de lutter pour sa vie, quelque chose qui semblait plus implacable que la détermination, plus fort que la rage de vaincre. Et Thorin frissonna.
- Kil…
- J'ai un présent pour vous, Ô grand roi sous la Montagne. J'espère qu'il se montrera à la hauteur de votre glorieux titre et qu'il saura attraper votre si précieuse attention.
- Kili, qu'est-ce que… ?
Mais le jeune prince ne prit pas la peine de répondre à la question du roi interloqué par cette courtoisie glaciale et se leva sans un regard pour celui qui lui faisait si mal. Il se dirigea sans bruit vers les appartements royaux, la gorge nouée, le poing crispé sur l'opale qui pulsait dans sa paume.
Il ne pouvait supporter l'idée que Thorin se détourne de lui pour un vulgaire cailloux, pour un royaume en cendre ou même pour un peuple dépouillé de sa grandeur qui fut jadis chantée par tous. Non, Kili s'était trompé, il ne pouvait tout simplement pas l'accepter, il n'était pas ce nain dépourvu d'esprit critique qui horripilait tant Bilbo, cette marionnette dévouée corps et âme à Thorin que craignait Fili. Maintenant qu'il était là, Kili se rendait compte qu'il ne voulait pas refermer la page et se contenter des souvenirs que le roi lui avait offert. Il allait se battre pour continuer à les faire vivre, lui qui avait passé sa vie à se plier en quatre pour Thorin, pour satisfaire le moindre de ses désirs, à accourir au moindre regard pour s'effacer à la moindre tension… Kili avait maintenant l'intention de faire entendre sa voix, de faire comprendre à Thorin qu'il était prêt à tout pour le garder et pour rester auprès de lui, pour lui faire oublier la pierre Arkane.
Kili marcha sans hésiter vers l'ancienne chambre de Thorin, ce dernier le suivait sans un mot, occupé à chercher ceux qui sauront retirer ce voile si sombre qui couvrait les yeux de son amant.
La salle aux murs noirs, taillés dans la tourmaline, semblait posséder une aura mystique, gagnée par toutes ces années passées dans l'oubli. Le feu de Smaug n'avait pas atteint cette aile-ci et, si tous les meubles de bois ou de métal étaient détruis par le temps, ce n'était pas le cas de ceux en pierre : quelques tables et le lit majestueux qui trônait au centre de la pièce, pourvu de quelques lambeaux de soie effilochée qui le couvraient noblement. Encore une fois, Thorin jugula la vague de souvenirs acérés qui le percuta et ne s'intéressa qu'à Kili qui s'était immobilisé et qui gardait les yeux obstinément posés au sol, la main serrée sur un objet que le roi ne parvint pas à identifier. Le plus jeune prit ensuite sa respiration et se tourna vers son oncle, son visage pâle et sa mâchoire crispée contrastaient fortement avec le feu ardent qui brulait dans ses yeux. Il ouvrit les doigts et le plus grand hoqueta lorsqu'il y vit l'opale, somptueuse, flamboyante, taillée à la perfection et irradiant d'une puissance qu'il ne connaissait à aucune pierre.
- Kili… cette pierre… ?
- Je l'ai extraite et taillée pour vous… J'avais l'intention de vous l'offrir…
- Tu « avais » ?
Kili serra les lèvres et referma ses doigts, cachant l'opale au regard troublé de Thorin. Son cœur battant à tout rompre lui faisait mal, mais pas aussi mal que le doute et la crainte qui l'étreignaient à cet instant et son souffle tremblant eut bien du mal à se faire entendre.
- Vous avez… quelque chose dans les mains…
Thorin fronça les sourcils et posa les yeux sur l'Arkenstone qui brillait furieusement, cherchant à amplifier son éclat pour faire de l'ombre à celui de l'opale. Il regarda de nouveau Kili, ses yeux si sombres…
- Que veux tu que je fasse de ça ?
Kili tressaillit et il se retint d'ordonner à Thorin de balancer cette pierre au loin. Il savait qu'il serait déçu car l'ordre ne sera pas écouté ni même pris en compte. Il laissa son regard glisser sur le joyau de Thror, si belle… et une nouvelle pulsion brulante de l'opale le rappela à l'ordre. La pierre n'était vraiment pas contente de se trouver face à une concurrente de cet acabit et transmettait violement toute sa noble énergie au jeune prince qui en avait désespérément besoin. Mais cette énergie était trop puissante pour Kili qui n'avait pas l'envergure de Thorin et donc, le courage, la passion et la spontanéité qu'elle déversait en lui fluctuaient violement et n'étaient contenus que par la sagesse et le sang froid qu'elle partageait dans le même temps. C'étaient des aspects de cette pierre que n'avait pas su retranscrire le grimoire de Bofur et Kili ne pouvait supporter des émotions aussi puissantes. Le jeune prince, sans répondre au roi, s'approcha d'un bureau de marbre, y déposa religieusement l'opale scintillante et lâcha un soupir soulagé lorsque ses pensées se clarifièrent doucement. Toujours tremblant, il se tourna une nouvelle fois face à Thorin, qui tenait encore l'Arkenstone.
- Ce que je veux que vous en fassiez ?
Kili planta ses yeux dans ceux de son oncle et dégrafa sa tunique, qu'il fit glisser le long de sa peau pour la laisser tomber au sol, se dévoilant au regard poignant de Thorin, la gorge sèche, tremblant d'une incertitude qui contrastait fortement avec l'assurance de son geste et l'audace de ses paroles :
- Un choix.
- Entre quoi et quoi ?
Incapable d'ajouter un mot, Kili s'avança sur lui et posa sa main sur celle qui renfermait la pierre Arkane. Thorin, parfaitement conscient de ce que lui demandait Kili pour le moment, laissa le joyau glisser dans la paume du plus jeune sans chercher à le retenir, heureux de constater que son neveu faisait enfin mine de s'affirmer face à lui. Une fois la pierre en main, Kili se retourna et la posa elle aussi sur la table de marbre, fier de constater que sa valeureuse opale se défendait bien et parvenait à ne pas se laisser totalement effacer par le magnifique éclat de l'Arkenstone. Il observa distraitement les fissures qui firent craquer le pauvre marbre soumis au trop plein d'énergie dégagée par la réunion de ces deux pierres puis il se tourna vers Thorin qui n'avait pas bronché, curieux de la suite, alléché par l'idée de se laisser surprendre par le plus jeune.
- C'est un peu plus subtil que ça...
Lorsqu'il fut suffisamment proche de Thorin, Kili lui prit galamment les mains qu'il amena contre lui pour les poser sur sa taille dénudée. Il frémit de délice lorsque son oncle se mit à le caresser sensuellement et qu'il l'attira contre lui dans un geste dans équivoque.
- Que veux tu, Kili ?
- Votre… attention, me suffirait… Je crois…
- Tu l'as déjà.
Kili posa ses doigts sur le torse de Thorin pour délasser la tunique qu'il portait et glapit lorsqu'une main du roi descendit pour malaxer une fesse, enflammant ses sens.
- Je ne veux pas la perdre.
- Hors de question.
Se laissant guider par le toucher subtil de Thorin, Kili répondit à la caresse qui embrasa sa cuisse en enroulant sa jambe autour de la taille du roi et il se laissa porter lorsque celui-ci le souleva, ceinturant la taille qui le supportait sans effort.
- Ne mentez pas… votre esprit vacille… vous accordez autant d'importance à moi qu'à votre pierre sacrée… j'en ai conscience…
- Et que comptes-tu faire ?
La tunique de Thorin glissa au sol et Kili se perdit dans les yeux bleus qui le sondaient.
- Surpasser ce que j'ai exhumé… Arracher à l'Arkenstone cette attention qu'elle ne mérite aucunement.
- Comment… ?
Subjugué, Kili observa les pupilles de Thorin se dilater lentement, son désir pour ce corps qu'il avait dans les bras se trouvait décupler par l'audace désespéré de l'archer qui le regardait avec une détermination impétueuse. Ce n'était plus un neveu loyal prêt à répondre au moindre de ses caprices, mais bien un prince insatiable et attisant qui refusait de tomber dans l'oubli et cette facette là séduisit Thorin. Le charmant bien plus qu'il ne l'avait jamais été.
- Pose moi par terre…
Docile, Thorin obéit à l'ordre et laissa glisser Kili qui se réceptionna légèrement et resta quelques instants face au regard tenté de son oncle. Il recula d'un pas et se déshabilla, entièrement avant de s'approcher de nouveau de Thorin pour poser un genoux au sol, face à lui, et s'attaqua à la boucle de sa ceinture. Il frémit doucement lorsque les doigts du roi vinrent se perdre dans ses cheveux et sursauta à peine quand le tintement de la pince qui retenait ses mèches se fit entendre alors que le bijoux tomba au sol, libérant sa chevelure. Kili fit ensuite glisser le pantalon, dévoilant l'érection naissante de son oncle qu'il vint embrasser avec dévotion, mais la main de Thorin passa sous son menton et le força à regarder le roi dans les yeux.
- Pas comme ça Kili…
- Ca me fait plaisir.
- Ne t'abaisse pas à te cantonner au rôle d'un objet sans âme…
- Je n'en suis pas un… Aucune autre de tes richesses n'a le pouvoir de te faire ressentir ce genre de chose…
Les yeux toujours plantés dans ceux du roi, Kili prit le sexe en bouche, ronronnant de le sentir durcir considérablement contre sa langue, enivrer par la chaleur qui coulait maintenant dans ses veines et le souffle de plaisir que laissa échapper Thorin. Mais d'une pression sur ses mèches chocolat, le plus vieux le força à se relever pour lui faire face.
- Non… Pas comme ça… Si tu me veux, si tu souhaites me faire oublier tout ce que je possède… Il te faudra faire plus que ça…
Perdu et troublé, Kili déglutit et essaya d'une voix blanche :
- Que… que désires-tu ? Tout ce que tu veux, le moindre de tes caprices, de tes désires… dit moi…
Ce fut un léger sourire espiègle qui lui répondit et le regard de Kili s'embrasa, il répondait au défi tacite que lui lançait le roi. Sans rompre le contacte visuel, il attrapa la main du plus grand et le conduisit sur le lit de topaze. D'une pression sur le haut du torse puissant, il amena Thorin à s'y allonger tandis qu'il s'installait à califourchon sur ses hanches. Aucun des deux ne se soucia du nuage de poussière et de plume qui s'éleva sous le choc des deux corps qui réveillèrent le sommier endormit depuis plusieurs dizaines d'années. Kili caressa religieusement la peau à porté de main en se mordant la lèvre inférieure, intimidé par le regard brulant du plus vieux.
- Thorin… tu sais que je ne suis pas si expérimenté… pour ce genre de chose…
- Je te fais confiance.
Dans la mesure où il était celui qui lui avait pris sa virginité, Thorin était parfaitement conscient que Kili était loin d'avoir expérimenté tout ce que son corps était capable de ressentir, qu'il se contentait encore de subir les trop plein de sensation que réveillaient en lui les caresses et attouchements de son oncle. Mais il était bon élève et le roi avait toujours la surprise de ressentir plus de plaisir à chaque rare nouvelle fois qu'il partageait avec le plus jeune.
- Que dois-je faire ?
- Fais moi ce qui te fais du bien, à toi.
- Aimeras-tu ?
- Essaie.
Thorin sourit face à l'incertitude touchante et humble du plus jeune. Celui-ci n'était pas conscient qu'il avait su évincer l'Arkenstone d'un regard enflammé et que l'esprit et le corps de Thorin étaient maintenant intégralement concentrés sur lui et la promesse d'une douce luxure qui irradiait de son regard intense. Doucement, Thorin prit les mains de Kili qu'il fit glisser sur sa peau, frissonnant de plaisir en sentant ces doigts frais y laisser des sillons brulants. Il relâcha les poignets lorsque ceux ci atteignirent son ventre puis il attrapa les hanches, si fines, pour les faire reculer, lâchant un soupir d'aise lorsque les deux entrejambes entrèrent en contacte et que Kili ondula du bassin pour augmenter la friction. Le roi fit ensuite glisser ses doigts le long des cuisses fermes, les caressant doucement, dégustant les tressaillements qui parcouraient la peau de Kili dont les mains s'étaient mises à malaxer inconsciemment les abdos du plus vieux. Thorin exigea délicatement, en quelques attouchements, à Kili d'écarter les jambes pour approfondir le contact, puis ses doigts remontèrent le long de ses cuisses, de sa taille et de son dos pour lui attraper la nuque qu'il força gentiment à s'abaisser sur lui. Kili ne se fit pas prier et vint lui même poser ses lèvres sur les pectoraux du plus vieux, qu'il embrassa passionnément. Il remonta ensuite en picorant le corps qu'il aimait tant de baisers incandescents, s'évertuant à grignoter et laper toute surface de peau, se régalant du goût et des frissons de Thorin, faisant vibrer chaque fibre de son corps. Ce dernier savourait le doux supplice en puisant de plus en plus profondément dans sa volonté pour ne pas céder à la tentation de ce corps si apetissant qui s'évertuait à lui faire tourner la tête et, ainsi soumis à la merci de ce jeune nain attentif à satisfaire ses désirs, il découvrit de nouvelles sensations inattendues. Depuis le début, il avait toujours été celui qui dominait leurs ébats, laissant rarement à Kili l'occasion de faire ce genre de chose, du moins, jamais longtemps. Et le voir ainsi, hésitant, presque timide le rendait encore plus désirable. Chacun de ses légers baisers lui brulaient la peau et ces attouchements tendres avaient plus d'emprises sur lui que les caresses habiles, ardentes et sensuelles des naines où guerriers expérimentés qu'il avait déjà connus.
Conscient que son oncle s'abandonnait à lui, Kili embrassa sa peau et souffla gentiment dans son cou. Thorin frissonna de plaisir. L'archer l'embrassa encore, essayant de lui arracher une nouvelle fois ces bouleversants tremblements, puis il s'accouda pour déposer dans le creux de son épaule et le long de son cou une guirlande de baisers papillonnants. Chatouillé au delà du supportable, le roi se força pourtant à réprimer les frémissements qui l'agitaient.
Kili ne s'en démonta pas et couvrit de baisers sa gorge, son visage, sa barbe qui lui picota les lèvres. Il mordilla sa bouche avant de s'immobiliser. Penché au dessus de lui, il l'observa, étudiant une nouvelle fois ce visage qu'il connaissait pourtant par cœur. Les yeux clos, Thorin attendait. Lorsqu'il ouvrit enfin les yeux, Kili le dévisageait avec ravissement, ses cheveux détachés tombant en cascade de son épaule. Le roi eut envie de le serrer contre lui, son corps le suppliait d'empoigner celui du plus jeune pour l'honorer à sa manière, mais il se contenta de sourire, déterminé à voir comment Kili avait l'intention d'usurper à l'Arkenstone cette attention à laquelle il accordait tant d'importance.
Il glissa sa langue entre ses lèvres, si doucement que Thorin la sentit à peine, mais la fraicheur de son souffle aiguillonna ses sens, embrasant ses reins. Un toucher frustrant par sa légèreté. Au bord de l'exaspération, il sentait qu'il ne saurait plus se contenir, mais Kili l'embrassa soudain à pleine bouche, toujours avec cette frustrante légèreté. Avec une infinie douceur, sa langue explora ses gencives, son palais, chatouillante, énervante et elle bécota ensuite ses lèvres les effleurant à peine. N'en pouvant plus, fou de désir, Thorin tendit le cou, l'empoigna, l'attira à lui et l'embrassa avec une ardeur libératrice, faisant valser la langue du plus jeune sans pitié, dévorant implacablement ses lèvres, sourd aux gémissements étouffés qu'il lui arracha alors qu'il ravageait avec délice sa cavité buccale.
Sa tête retomba ensuite sur le sommier, soulevant une gerbe de poussière et il vit que son neveu l'observait, provoquant, un sourire moqueur étirait ses lèvres rougies. Il l'avait poussé dans ses derniers retranchements, tous les deux le savaient. Et le plus jeune avait l'air si content de lui que le roi le fut lui aussi. La crainte et l'incertitude avaient été chassées par la chaleur du plaisir et le bonheur de constater que Thorin était tout à lui à présent, qu'il ne voyait que lui et ne pensait qu'à lui. Kili était maintenant d'humeur joueuse et le plus grand se demandait ce qu'il était capable d'inventer pour lui plaire. Et il se disait que cela devenait fichtrement intéressant.
Il baisa sa bouche, son cou, le creux de son épaule, sa poitrine, ses pectoraux, ses mamelons, ses lèvres effleurant sa peau tiède, en petit cercles humides et excitants tandis que Kili sentait en lui des vagues de désir de plus en plus intense. C'était presque une torture pour Thorin, une torture délicieuse. Et, soudain, Kili s'agenouilla et plongea la tête pour engloutir son sexe dressé. Son érection disparut dans sa douce bouche, chaude et humide, lui arrachant un feulement de plaisir. Il ferma les yeux, passa une main dans les mèches brunes du plus jeune et s'abandonna au plaisir dévastateur de ces lèvres qui montaient et descendaient le long de sa verge, faisant naitre en lui des sensations d'une profondeur insensée. Du bout de la langue, Kili explora l'érection, devenant de plus en plus audacieux et ce qui restait des draps se déchira alors que Thorin s'arc-bouta en sentant croitre son désir de manière insoupçonnée.
Kili se redressa pour juger du résultât de son entreprise. Le visage de Thorin reflétait le plaisir intense qui grondait en lui et ses beaux yeux troublés lui souriaient. L'archer sentit une chaleur poignante l'étreindre : donner du plaisir était finalement aussi exquis qu'en recevoir, si ce n'était plus… Voir Thorin réagir à ses attouchements l'excitait et asséchait sa gorge, embrasait ses reins. Soudain, le roi lui attrapa la nuque d'une main pour le tirer à lui, agrippant sa hanche de l'autre. Kili n'eut pas vraiment le temps de comprendre ce qu'il se passait : la langue de son souverain explorait sa bouche alors qu'une vague de plaisir traversa son corps lorsque le doigt de ce dernier pénétra en lui. Il rompit le baiser et se cambra pour faciliter le travail de Thorin, lui offrant ainsi une vue sublime d'un érotisme poignant. Bien que terriblement pressé et aguiché, le roi se contraignit à préparer correctement le plus jeune, malgré les hanches de ce dernier qui ondulaient de manière trop séduisante pour être ignorée.
Lorsque Thorin retira ses doigts, Kili n'attendit pas et s'empala lentement sur lui, se cambant avec délectation, parfaitement lucide du souffle rauque, emprunt de plaisir, que laissait échappé son oncle. Il grogna son nom en gémissant de bien-être pendant qu'il le chevauchait. Il sentait son membre dur le masser, le perforer, déclenchant des pointes d'intense volupté dans le tréfonds de son être. Il se pencha sur son roi pour lui offrir ses lèvres. Le plus vieux les mordit puis attira sa langue qu'il tourmenta avidement, avant d'abandonner sa bouche meurtrie pour s'attaquer aux points les plus sensibles de sa gorge, conscient du trouble de Kili qui ressentait chaque succion comme autant de pointes de feu. Guidé par Thorin, Kili se redressa ensuite pour se pencher en arrière et accéléra la cadence, faisant surgir en eux des plaisirs nouveaux et Kili fut fortement troublé par les yeux bleus bouleversant qui étaient rivés sur lui, sur le spectacle qu'il offrait alors qu'il dégustait l'étreinte, les yeux clos, la tête rejetée en arrière, la bouche entrouverte, le visage rayonnant d'extase et sa tignasse noire caressant son dos sinueux. Il se souleva légèrement et le sexe de Thorin pénétra plus profondément en lui, une première fois. Il hurla et recommença la manœuvre, plus violement et, cette fois-ci, Thorin donna un puissant coup de bassin au moment où Kili s'abaissa, s'enfonçant plus profondément en lui, et le plaisir foudroyant brisa la voix déjà malmenée du plus jeune qui jouit en premier, criant le nom de son amant qui ne perdit pas une miette de la vision exquise : le dos cambré, le visage ravagé par le plaisir, les pupilles tellement dilatées qu'on ne percevait plus qu'elles dans son regard troublé et, lorsqu'il interrompit son mouvement, Thorin le prit par les hanches, impulsant un nouveau rythme, plus rapide jusqu'à ce que, du plus profond de ses reins, la vague déferla et embrasa ses sens, lui arrachant un gémissement rauque. Kili, emporté par un long spasme voluptueux, l'accompagna dans les Plaisirs en hurlant, ses ongles plantés dans la chaire du ventre ferme du roi.
Thorin le guida dans une ultime et lente chevauchée, puis l'étreignit et le couvrit de baisers. Le plus jeune frissonna une dernière fois et s'écroula sur lui, épuisé de bonheur. Haletants, ils restèrent allongés sans bouger.
- Thorin… Tu es... Pardonne moi d'avoir douté de toi.
- Kili, je comprends tes peurs… Mais saches que je n'ai pas l'intention de me séparer de toi et ce, à n'importe quel prix… comment le pourrais-je ?
- Je… Je ne sais pas quoi te dire Thorin… Si ce n'est que je suis vraiment prêt à tout pour garder cette place, crois moi.
- Je te crois… Et ce que tu m'as fait vaut mieux qu'un long discoure. Et tous les jours tu me prouves ta loyauté, ta valeur et ton amour de milles manières… Tu ne peux faire plus. Je suis comblé.
Thorin pressa Kili contre lui, conscient de l'émotion qui étreignait le plus jeune.
- Tu es tellement exigeant… j'ai toujours peur de te décevoir.
- Tu ne dois pas… Kili… tu es un nain exceptionnel, jamais je n'aurais pu espérer meilleur compagnon.
- Et moi donc…
Les lèvres se cherchèrent une nouvelle fois, se trouvèrent et se scellèrent d'abord tendrement, puis le baiser pris en fougue alors que Thorin sentit renaitre en lui un désir brulant pour ce corps si aguichant. Et ce fut avec délice qu'il fit basculer les positions pour prendre Kili avec une passion nouvelle. Et ils oublièrent sans peine l'Opale et l'Arkenstone dont les énergies rivales se faisaient la guerre, posées sagement sur une table dont le marbre était dorénavant irrémédiablement brisé en mille éclats épuisés.
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Une fois que Bofur eut montré à Bilbo la direction des galeries arc-en-ciel, il se dirigea en sifflotant vers la salle principale, déterminé à y trouver une chaîne dans le trésor de Smaug à laquelle il pourra accroché son agate, prête à être offerte. Mais un certain guerrier blond apparut dans le couloir, lui coupant le passage.
- Fili ? Que me veux-tu ?
- J'ai l'impression que toi et Bilbo êtes… plutôt proche…
- Ha… si c'est cela qui t'inquiète, n'ais crainte, je ne suis pas intéressé par le cambrioleur.
Au regard que lui lança Fili, Bofur déglutit en se disant que, de toute façon, même s'il avait été intéressé par le cambrioleur à un moment ou à un autre, cela n'aurait aucunement inquiété le prince et n'aurait rien apporté d'autre que des ennuis à l'humble fabriquant de jouet.
- Non, en réalité, je me demandais si tu étais au fait des coutumes et mœurs en vogue dans la Comté… Notamment en ce qui concerne les engagements…
- Ho, Je peux commencer par te dire que, pour les hobbit, les pierres n'ont pas beaucoup de valeur, de même que les bijoux qu'ils voient comme des objets encombrants et sans intérêt autre qu'éveiller les jalousies et les ragots.
- Ha…
- Par contre, ils utilisent leur propre langage, celui des fleurs… Bilbo m'en a longuement parlé, il semble y être attaché…
- Vraiment ? Que t'a t-il appris à ce sujet ?
- Mmmm, je suis désolé Fili, mais je crois que c'est presque aussi complexe que nos pierres… Déjà, ils n'utilisent pas leurs fonctions et leurs propriétés, du à l'aspect éphémère de la plante, mais ils s'intéressent au symbole et à la signification d'un bouquet. Il y a tout une symbolique avec le nombre de fleurs, leur couleur, leur place dans le bouquet et, bien sur, leur espèce….
- Outch.
- Et ce n'est pas le pire…
- Quoi d'autre ?
- La tradition exige un poème de la part de celui qui fait la courre.
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Pendant ce temps, dans la ville détruite de Lacketown, les humains, furieux d'avoir été témoins de cette terrible attaque, qu'ils mettaient sur le dos de ce groupe de nains maudits, se rassemblaient et leur voix grondant de colère laissaient enfler un sourd brouhaha dans l'air du soir, duquel ressortait une idée récurente: les nains se sont fait massacrer par le dragon qu'ils ont réveiller. Maintenant qu'un des leur avait tué le dragon, son trésor n'était plus gardé et n'appartenait plus à personne... et ils avaient aujourd'hui besoin d'argent pour reconstruire leur ville détruite... cet or qui dormait sous la Montagne leur appartenait donc de droit.
Ils ne se doutaient pas, que, a quelques miles de là, dans la Forêt Noire, Thranduil regroupait ses troupes. La rumeur de la chute du dragon lui était parvenu au moment même où Smaug avait touché le sol, il devait voir ça de ses propres yeux et apporter son aide au peuple de la vallée. Les rumeurs de ses éclaireurs sur ces inquiétantes concentrations d'orques et de gobelins avait de quoi chasser le plus doux des sommeils même lors des nuits les plus calmes au sein de son palais qui baignait pourtant dans une quiétude sereine.
Et, accoudé à un petit balcon extérieur de la Montagne Solitaire, dos au vieux lit de topaze sur lequel reposait la silhouette alanguie d'un jeune archer, Thorin observait distraitement un vieux corbeau prendre difficilement son envol dans l'air de la nuit, comme alourdi par le petit papier qui était accroché à sa patte. Lorsque le volatile ne fut plus qu'un point noir qui se dirigeait inexorablement vers les Monts de Fer, Thorin se détourna de lui et s'en retourna dans son ancienne chambre pour se glisser silencieusement au côté de son amant qu'il enlaça amoureusement. Un terrible pressentiment qui lui vrillait les entrailles lui faisait comprendre que c'était sûrement l'une des dernières fois qu'il pouvait ainsi serrer son neveu dans ses bras, c'est pourquoi il n'eut aucun scrupule à le réveiller doucement pour lui faire l'amour encore et encore, jusqu'à ce qu'ils en tombe d'épuisement.
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Voici encore un (très) long chapitre, j'espère que l'attente en valait la peine.
D'ailleurs, je n'avais absolument pas prévu de faire un lemon entre Kili et Thorin à un moment où à un autre de cette histoire, je ne sais pas ce que ce truc là vient foutre ici, il faudrait que je demande à Aschen...
J'annonce: J'ai écrit il y a peu un... truc, qui conviendrait parfaitement en bonus de cette histoire, donc je vais l'envoyer à tous ceux qui laissent une review (parce que j'estime que ces lecteurs sont intéressés par cette histoire et donc qu'ils ne cracheront pas sur trois pages supplémentaires de Fili et Bilbo).
Blabla parfaitement inutile de l'auteur, vous pouvez passer votre chemin, vous ne louperez rien:
Bon, j'ai aussi envie de dire, (pour ceux qui n'en ont pas marre de m'entendre), parce que ça m'occupe depuis quelques semaines, que Coup Fatal et Cuvée prestige sont (ou étaient, plutôt) parfaitement égaux en ce qui concerne le nombre de reviews par chapitres (et, en plus, ils ont, le même nombre de chapitres pour le moment).
Fin voilà, je me demande, à terme, (c'est le suspens), laquelle de ces deux histoires gagnera, même si le dernier chapitre de coup fatal n'a pas eu franchement de succès, je ne peux pas dire laquelle des deux fics plaît le plus, parce que vous êtes formidables et que, pour n'importe laquelle, vous laissez toujours des commentaires absolument agréables à lire. (Mes autres fics sont larguées, donc ça ne se joue qu'entre ces deux là.)
(bon, après, pour être franche, il y a bien plus de vues sur Coup Fatal, mais ça veut dire que Cuvée prestige remporte haut la main la catégorie "nombre de reviews/nombre de vues".
Fin bon, on en reparlera quand les deux seront finis, je voulais simplement partager ça avec mes lecteurs.
Et puis je m'en fou en fait, c'est juste que j'ai l'impression de suivre une course de petits chevaux et que je m'amuse à faire des paris que je perds tout le temps.
Justement, les paris sont ouverts ! (ma conscience a parié sur Cuvée prestige, mais vu que toutes mes autres 'moi' en ont marre de ce despote tyrannique, personne n'a relevé le pari... dur... mais, généralement, on est globalement d'accord entre nous.)
