Le semi-homme pesta avec véhémence. Il avait mal aux pieds, il en avait marre et se sentait perdu. Une étrange ambiance régnait dans ces galeries aux reflets de l'arc en ciel. Comme si les énergies et personnalités des pierres présentes faisaient crépiter l'atmosphère chargée d'énergie. Des gisements de tourmalines brutes côtoyaient ceux de saphir, d'émeraudes ou de rubis. Partout sur les murs, qui semblaient avoir été taillés anarchiquement par la Montagne elle même, des gemmes de toutes tailles et de toutes morphologie sortait des parois d'ébonites, d'or ou même parfois de mithril. Si, lorsqu'il arriva dans ces galeries le hobbit n'avait pu détacher les yeux de ce spectacle époustouflant, il se trouva bien vite découragé, parce qu'il lui fallait choisir une pierre dans tout cet étalage de merveilles resplendissantes.
Au début, il avait pensé prendre l'une des premières pierres qu'il avait remarquées, un magnifique galet bleu aux reflets d'argent, mais la gemme suivante, qui possédait la lueur d'un feu ardent gomma l'éclat de la première. Et il en fut ainsi de suite, à chaque pas qu'il faisait, Bilbo rencontrait une couleur, une personnalité, une aura qui lui paraissait plus vif que le précédent. Tous les joyaux présents étaient en réalité bien plus beaux les uns que les autres et le choix s'avéra ardu.
Au bout de quelques heures à fixer bêtement deux pierres pour savoir laquelle était la plus belle, Bilbo dut se rendre à l'évidence qu'il n'avait aucune chance de s'en sortir ainsi, à observer toutes ces merveilles une à une. Il décida de procéder autrement et s'aventura dans les galeries, marchands les yeux grands ouverts résistant à l'envie de s'arrêter devant chaque nouveau spécimen, espérant que, lorsque la pierre idéale paraitrait, il la trouvera immédiatement. Il reconnu des agates, sœurs sauvages de la pierre promise à Ida, des rubis, des cristaux de grenat et il fit même la découverte d'un diamant rutilant, ancré dans la pierre et entouré de différents quartz, mais il préféra ne pas y toucher et passer son chemin, car malgré tout ce qu'il disait, il ne voulait pas prendre le risque d'exposer Fili à un danger qu'il ne comprenait pas.
Et maintenant, alors qu'il estimait que la journée tirait à sa fin, et donc, qu'il venait de déambuler des heures dans les galeries arc en ciel où il s'était rendu juste après son entrevue avec Bofur, il commençait à se dire que la tache à laquelle il se vouait était peut-être désespérée, que seul un nain était suffisamment subtil et sensible pour savoir qu'elle pierre pouvait correspondre à un autre nain. Il prit donc la direction de la sortie, reportant son entreprise à une prochaine fois. De rage, il shoota dans un cailloux qui trainait au sol. Il hurla. Fort. Son orteil dénudé ne sera surement plus opérationnel avant un bon moment. Parce que le cailloux dans lequel il venait de se défouler était solidement ancré au sol. Le hobbit furieux vit là un bon moyen d'expulser sa haine et c'est en fulminant qu'il sortit pioche et burin pour s'en prendre au gravier récalcitrant. Ce goujat de Fili… il parvenait à le mettre hors de lui sans même lui imposer sa présence ! C'est avec rage que Bilbo tenta de réduire son adversaire en charpie, mais la pierre tint bon et ne récolta que quelques égratignures. Bilbo changea alors de tactique et creusa tout autour, ressentant l'odieuse impression que ce malappris de cailloux coquin se jouait de lui et ricanait de le voir s'évertuer à lui faire du mal et qu'il lui résistait seulement dans le but de le mettre hors de lui. C'est donc avec un esprit guerrier qu'il dégaina Dard pour déloger la vilaine et, une fois celle-ci défaite de sa prison de pierre, Bilbo s'en empara avec la ferme intention de la balancer au large. Mais il retint son geste, sans vraiment savoir pourquoi, car, après tout… Fili méritait-il réellement une deuxième journée passée dans ces galeries ? Ce cailloux chenapan semblait lui convenir à merveille : exactement là où on ne l'attendait pas, déterminer à lui faire tourner la tête d'une manière ou d'une autre et surtout : modeste gravier dans cet univers de joyaux resplendissants, peut-être même la seule pierre qui ne soit pas précieuse ici, son allure jocrisse et son éclat terne en faisait un cadeau désespérément décevant pour quiconque portait le titre de prince guerrier... Bilbo pesa le pour et le contre. Oserait-il réellement se pointer face à l'autre fripouille avec ce genre de présent ? Un sourire machiavélique étira ses lèvres : Ho que oui, ne serai-ce que pour voir la tête que fera le blond. Et puis, après tout, il ne lui devait aucune gentillesse, n'est-ce pas ? Ce n'était pas comme s'il souhaitait réellement s'unir à lui. Ce galet sera simplement un dernier cadeau d'adieu qu'il lancera à la tête du nain avant de retourner dans la Comté. Dans sa main, le galet verdâtre semblait se foutre royalement de ce qui pourrait bien lui advenir et Bilbo décida de le mettre dans sa poche. Après tout, Fili était un scélérat de la pire espèce et le hobbit estimait que lui laisser une chance en se détournant de la Comté pour une durée indéterminée valait bien toutes les pierreries du monde. C'est en pensant à cela qu'il traina un peu en prenant la direction de la sortie, occupé à admirer les joyaux qui sommeillaient ici, puis il revint au cœur de la mine.
Comme il l'avait senti, le soleil était couché et les nains étaient sans doute encore tous endormis. Du moins, presque tous. Bilbo se doutait que Fili était à sa recherche, c'est pourquoi il rasa les murs en essayant d'atteindre le sac de Bombur qui contenait l'essentiel du ravitaillement de la troupe. Il s'empara ainsi de quoi se sustenter et fila se trouver une petite cachette dans une salle oubliée pour se reposer un peu et déguster l'absence du sagouin qui mettait un point d'honneur à lui rappeler que non, nous ne sommes pas toujours maître de notre propre cœur.
Évidement, malgré la fatigue, il fut incapable de prendre un repos serein, car son corps tremblait encore, il n'avait pas arrêté, à cause des sensations soulevées par les mains ardentes de Fili et des émotions réveillées par ses promesses aussi périlleuses qu'alléchantes. Cet instant qu'il avait passé avec Fili dans les bains, Bilbo ne saurait dire s'il le regrettait pour ce que cela impliquait, pour cet engagement qu'il tissait peu à peu au rythme des exigences du blond ou bien s'il s'en voulait parce qu'il avait volontairement écourté l'étreinte au moment où les choses devenaient intéressantes.
Néanmoins, il parvint à s'endormir quelques heures, ou quelques minutes, il ne le savait pas, mais son sommeil brouillé par deux yeux bleus fut troublé lorsque les murmures chauds qui s'adressaient à lui dans ses songes furent remplacés dans la réalité par la même voix, mais au ton plus grave, plus précipité, comme anxieux.
Immédiatement, Bilbo ouvrit les yeux en bondissant, mais il nota immédiatement l'absence de Fili. Fronçant les sourcils, il sortit discrètement de sa cachette et se glissa parmi les ombres pour se rendre à la source de la discussion qui l'avait réveillé alors que la voix rauque et dure de Dwalïn répondait sur le même ton au prince inquiet.
Bilbo ne parvint pas à cerner les paroles, même s'il comprit que le contenu était grave. Il s'approcha encore et avisa une pièce, plutôt grande, au fond de laquelle se trouvait une ouverture de la montagne cerclée de vieux rideaux ternes et poussiéreux que soulevait doucement la brise de la nuit. Elle donnait sur un balcon qui surplombait la désolation de Smaug et offrait une vue magnifique sur l'ancienne ville de Dale qui siégeait en contrebas, à peine visible à la lueur des étoiles qui se disputaient le ciel avec les nuages noirs qui s'amassaient à l'Ouest. Assis sur la balustrade de marbre, les pieds dans le vide et jouant distraitement avec une épée qu'il venait d'affuter, Fili regardait sombrement les trop nombreux corbeaux qui se distinguaient faiblement au dessus de la plaine, vautours charognards qui semblaient attendre voracement le carnage promis par la chute de Smaug et par la folie des créatures humaines, elfes et naines, si promptes à se déchirer lorsqu'il était question de trésor exhumé.
- Ils viendront. Daïn est loyal à Thorïn et il fut un jour où son allégeance allait à Erebor et au roi qui la gouvernait.
Dwalin, nonchalamment accoudé prêt du nain blond tachait de contenir l'impression d'angoisse qui oppressait sa poitrine. Il sentait que leur récente aventure et la confrontation avec le dragon sera bien moins périlleux que ce qui allait suivre.
- Je ne doute pas du renfort de Daïn, mais du temps qu'il mettra à arriver ici.
- S'ils marchent bien, ils en auront pour trois jours.
- Trois jours… Beaucoup de choses pourront se jouer, en trois jours… Surtout que Thorin…
- Thorin saura agir en tant que dirigeant avisé. Si tes craintes se trouvent fondée et que les humains viennent bel et bien demander leur part, il saura les entendre et nous préserver de leur courroux.
- J'ai peur que ce nain dont tu me parles ne soit sous l'emprise d'un mal qui nous dépasse. Tu ne peux plus le nier Dwalin, toi même sais ce qui le ronge.
- Tu ne dois pas parler ainsi de ton oncle et de ton leader. Certes Thorin a ses faiblesses, ses failles dans lesquelles le goût de l'or, attisé par la volonté de l'Arkenstone, a su se faire une place. Mais ce n'est pas une raison. Il est ton prince, bientôt ton roi. Ton devoir est de le suivre partout où il ira, que ce soit dans la gloire ou dans la mort, dans la paix où la tourmente.
- Cela va de soi bien entendu. Il est hors de question que je me détourne de lui, quelques soient ses décisions. Je crains seulement l'idée de suivre un damné…
Dwalin ne répondit pas et se contenta de lancer un regard au jeune guerrier qui se confiait et dont les paroles trouvaient un écho au fond de lui. Mais il haussa les épaules et posa sa main sur celles du blond qu'il pressa affectueusement.
- Je vais être franc, Fili, pendant un moment, j'ai partagé tes craintes. Avant même que nous ne partions pour Erebor je sentais que cette quête nous coutera notre roi et nous apporterait beaucoup de malheurs. Mais les choses ont changées, parce que Thorin a mis la main sur un joyau bien trop resplendissant pour que l'Arkenstone puisse faire concurrence.
- Kili dépérit, son éclat ternit. Il se laissera mourir pour Thorin si cela pouvait d'une manière où d'une autre être utile à son si cher amant.
- Tu te trompes sur ton frère. Tu l'as toujours sous-estimé. Mais je ne peux pas te blâmer, parce qu'il donne l'impression de n'être qu'un pantin offert corps et âme à ton oncle. Mais, crois-moi, il ne laissera pas une pierre lui voler l'attention de Thorin. Il va se battre pour évincer l'Arkenstone.
- J'aimerai tant te croire et croire en lui. Mais s'il faillit, Thorin l'emmènera dans sa chute et moi, je sais que je n'y survivrai pas. Quand bien même mon cœur a été chapardé par un cambrioleur qui ne pouvait se contenter de son 1/14ème , ma raison et mon honneur n'ont de cesse de me rappeler où est ma place et quel est mon rôle, aussi maudit soit-il.
- Fili… Parler ainsi ne te ressemble pas… Quelle funeste augure as-tu bien pu apercevoir pour te montrer si abattu ?
- Nul besoin d'augure, je le sens. Tout comme je sens que si je réchappe à la terreur qui va suivre, je ne survivrais pas au départ du hobbit.
Dwalïn leva les yeux au ciel face à l'air affligé du prince guerrier qui s'était laissé charmer par l'épicier. Puis le silence de la nuit grandissante reprit ses droits alors que les deux nains se turent pour admirer une première et dernière fois peut-être le spectacle magnifique du lac qui étincela, illuminé par la lueur de la Lune qui perça un nuage.
Bilbo, assis de l'autre côté de l'ouverture, dos au mur, jouait douloureusement avec le petit galet verdâtre et rugueux qu'il avait déniché dans les galeries Arc-en-Ciel. La conversation qu'il venait d'entendre lui faisait mal, très mal. Parce qu'elle mettait en évidence le fait que Fili ne lui appartenait pas et ne lui appartiendrait sans doute jamais, parce que ce nain avait un destin grandiose ou bien terrible sur lequel Bilbo n'avait aucune emprise et surtout, parce que ce prince pouvait lui être arraché d'un moment à l'autre, que ce soit par la mort ou bien par le devoir.
Et cela lui faisait mal, parce qu'une autre évidence venait de le frapper, bien plus cruelle, bien plus implacable et bien plus belle que tout ce qu'il avait pu apprendre jusqu'à maintenant : il était amoureux de Fili. De tout son corps, de toute son âme, il aimait cette crapule infernale qui soumettait ses sens et sentiments à de terribles et délicieuses épreuves.
Le hobbit enfouit son visage dans ses mains pour étouffer un gémissement de désespoir passionné et il ferma les yeux, en colère contre lui même d'admettre qu'il ait pu succomber à un voyou pareil alors qu'il tenait enfin la plus terrible des vengeances : « je ne survivrais pas au départ du hobbit ». Ca aurait été tellement simple… Mais non, à la place, il se mettait à trembler de la tête au pied pour un simple « Mon cœur a été chapardé par un cambrioleur ». Un nouveau gémissement frustré vint se briser contre ses lèvres closes alors qu'une douce chaleur l'envahit lorsque que les mots de Fili tournèrent en rond dans son esprit. Le contenu était le même que ce que cet harpailleur lui avait assuré dernièrement, mais il y avait une différence entre un murmure brulant soupiré entre deux caresses toutes aussi chaudes et un constat irrévocable annoncé froidement à une tierce personne. Les sentiments de Fili semblaient ainsi bien plus sincères, plus purs et plus profonds. Vrais. Et le hobbit commençait seulement à se rendre compte que Fili ne se jouait pas de lui comme il l'avait espéré mais que, au contraire, son cœur lui était bel et bien dédié. Et lui, comme un sot, l'avait rejeté de toute ses forces.
Bilbo se mordit ensuite la langue jusqu'à ce que l'infecte gout du sang envahisse son palais en repensant à la sinistre conversation. Il n'était pas certain d'avoir tout compris, simplement qu'un orage grondait dans l'air, une tempête suffisamment tumultueuse pour faire trembler Fili et Dwalin d'inquiétude, deux nains qui, d'après Bilbo, étaient censés ignorer la peur.
Et le cambrioleur tremblait à son tour, parce que l'idée de perdre Fili pour une obscure raison lui semblait intenable. Il sentit une douce pulsation dans sa paume et ouvrit les doigts sur la caillasse qu'il tenait sans y penser. Malgré son aspect ingrat, il sentit qu'elle partageait avec lui un sentiment serein. Légèrement encouragé, il offrit un pâle sourire à la pierre importune et se leva. Après tout, si Kili osait se battre contre la folie de Thorin, rien ne l'empêcherait, lui, de se dresser face au destin de Fili, celui qui voulait les séparer.
Le cambrioleur prit sa respiration et fit un pas, un seul. Les deux nains n'avaient pas encore remarqué sa présence et il en profitant pour chercher ses mots. Mais finalement, il n'eut pas le temps de réfléchir car, maintenant qu'il était là, il nota avec une acuité affiné par la possessivité à quel point Dwalin était proche de Fili et son petit corps se gonfla d'exaspération alors qu'il se dressa avec panache dans l'ouverture :
- Monsieur Dwalin, je vous saurais gré de retirer votre bras des épaules de ce voyou inconstant, je m'en réserve l'exclusivité.
Le nain blond, qui n'avait pas entendu le hobbit approcher, sursauta si violement qu'il faillit glisser de la balustrade sur laquelle il était perché avant de tourner ses yeux ronds vers celui qui mettait un point d'honneur à apparaître aussi futilement qu'il disparaissait.
Dwalin, quant à lui, dès qu'il eut identifié le visiteur, rangea l'arme qu'il avait sorti par reflexe et donna une petite tape amicale dans le dos de Fili, qui était toujours figé par la surprise alors que peu à peu, les mots que venait de lâcher Bilbo prenaient un sens sans ambiguïté dans son esprit. Le grand nain s'en alla rapidement en prétextant une urgence quelconque, courant presque au détour du couloir pour laisser exploser son fou rire : Fili s'était vraiment mis dans de beaux draps en s'offrant à cette harpie malfaisante.
Une fois seul avec son hobbit, le nain se laissa glisser sur le balcon et s'approcha du cambrioleur qui le regardait avec une lueur qu'il ne lui connaissait pas dans le regard. Mais le blond ne s'en préoccupa aucunement et posa ses mains sur les hanches de Bilbo qu'il agrippa pour s'assurer que la malbête ne chercha pas à se dérober. Il l'attira ensuite à lui, collant leur deux corps ensemble, partageant leur chaleur.
- De quoi te réserves-tu l'exclusivité ?
- Du sagouin que vous êtes.
Fili rigola légèrement et approcha sensiblement son visage, jugulant son désir d'embrasser cette bouche aussi attisante qu'insolente, se contentant d'en chatouiller les lèvres de son souffle amusé.
- En entier ?
- Sans concession.
- Méfie-toi, parce que je pourrai te prendre au mot.
- Et si tu te taisais et que tu me prenais tout simplement ?
Le silence interloqué qui lui répondit fit comprendre à Bilbo, aussi rouge qu'une pivoine, que ses mots avaient filés plus vite que sa pensée et il se tendit brusquement lorsque doucement, tout doucement, les mains de Fili abandonnèrent ses hanches pour glisser derrière son dos et l'enlacer implacablement, lui coupant toute retraite. Le plus petit se mis à trembler lorsque le souffle rauque, assourdi par un désir soudainement embrasé se perdit dans son cou :
- Tu es stupéfiant… Vraiment… Mais, encore une fois, je te conseille de faire attention à ce que tu me dis…
- Que risquerai-je ?
Fili ne répondit pas tout de suite, il se contenta d'inspirer à plein poumon l'odeur du plus petit puis il éloigna son visage pour planter ses yeux dans ceux de Bilbo. Le souffle de ce dernier eut un accro et le cambrioleur sentit ses sens s'embraser à la vue des pupilles dilatées et affamées qui venaient de capturer les siennes, sans parler de l'étreinte qui se resserrait alors que Fili ajustait sa prise sur la taille fine du hobbit.
- Ce que tu risqueras ? Veux-tu vraiment le savoir ?
- J'aimerai surtout y goûter, si ce n'est pas trop demander…
Encore une fois, Fili se trouva pris de court par l'audace du plus petit qui montrait un aplomb insoupçonné et qui poussa même la provocation en posant ses doigts sur le torse du nain pour dégrafer son manteau. Le blond immobile frémit lorsque l'habit glissa au sol et il du user de toute sa volonté pour ne pas se jeter sur la fripouille tentatrice qui l'attisait odieusement. Il se contenta de marcher sur lui pour le faire reculer et le coincer contre le mur avant de murmurer d'un souffle brulant :
- Et pourrai-je savoir pourquoi Monsieur le cambrioleur si pudique à t-il décidé de venir m'enflammer ainsi alors qu'il sais très bien de quelle manière je vais répondre à l'invitation ?
Bilbo expira un souffle érotique lorsqu'un genoux impétueux se faufila entre ses jambes pour les écarter et il hoqueta de plaisir lorsque la cuisse frôla son entrejambe. Il ferma les yeux et retint un sourire gourmand en frémissant de délice lorsqu'une poigne puissante s'empara sans ménagement de ses boucles pour l'amener sans douceur à relever le menton, dévoilant sa gorge qui fut immédiatement assaillie d'une bouche avide. L'odeur du nain lui faisait tourner la tête et il déglutit lorsqu'il se rendit compte que, maintenant plus que jamais, il désirait sentir Fili en lui.
La quête venait de se terminer mais ils étaient à la veille d'un trouble que le hobbit ne pouvait qu'appréhender. Cela faisait une éternité qu'ils crapahutaient dans la terre du milieu, qu'ils vivaient les aventures les plus désagréables et subissaient des tourments les plus sombres. Bilbo pensait de plus en plus souvent à son Smial, il n'avait pas arrêté depuis le début du voyage et il rêvait d'en retrouver le confort et la sécurité. Mais il se trouvait à des miles de la Comté, séparé de ce doux pays par des dangers et des obstacles désespérants, et, surtout, il venait de s'engager à rester dans cette mine maudite. Pour un nain qu'il ne voulait pas aimer. Bien sur, il était censé rechigner à s'offrir au blond aussi facilement, mais plus qu'une envie c'était un besoin, et puis rien ne l'empêchera ensuite de se montrer toujours plus odieux et désagréable envers ce maroufle et tenter de lui faire regretter ce qu'il pourra définir comme un viol avec suffisamment de mauvaise fois. Oui… Ce plan convenait parfaitement à Bilbo, il lui permettrait de prendre du plaisir puis d'avoir de nouveaux griefs à reprocher à ce croquefedouille. Il reprit son souffle et planta ses yeux avides dans ceux de Fili.
- Peut-être que, justement, je connais ta réponse… Et que j'en ai envie…
- Mais en quel honneur répondrai-je à cette demande ?
La question posée d'un ton grave, presque chuchotée, eut le mérite de figer Bilbo, qui fronça les sourcils et frémit désagréablement lorsque Fili quitta sa gorge pour le regarder dans les yeux.
- Parce que… Tu en as envie ?
- Ho… Bien sur que j'en ai envie… Mais… Vois-tu, il se trouve que je suis celui qui a été lâchement abandonné tout à l'heure, dans les bains… Et je sais très bien que, si jamais j'ai le malheur de m'emparer de toi, tu trouveras un moyen de me le faire regretter… Si tu me veux, Bilbo, si tu me veux vraiment, il va falloir me convaincre…
Bilbo entendit sans peine le rire dans la voix de Fili qui s'écarta de lui en faisant un pas en arrière, sans le quitter des yeux. Le plus petit sentit soudainement une vague de colère poindre en lui. Comment ça ce grippeminaud osait t-il se jouer de lui ainsi ? Comment osait-il le repousser après avoir mis tant d'ardeur à l'enflammer durant la totalité du voyage ? Il serra les dents et retint son poing qui désirait fracasser ce sourire insolent autant que sa main se désespérait de passer dans cette sublime crinière. Bilbo n'hésita pas un instant, il leva le menton et tourna les talons, outré.
Mais il se figea lorsqu'un rire clair se fit entendre. Furieux, il se tourna vers Fili pour lui balancer un espèce de cailloux verdâtre à la figure et l'éborgner si possible, mais il se figea et déglutit en remarquant que le regard du nain était anormalement intense, que sa posture irradiait d'une tension contenue, sans oublier ce sourire qui ornait ses lèvres et qui se répercutait dans ses yeux... Un prédateur. Bilbo frissonna lorsqu'il comprit ce qui l'attendait s'il avait le malheur de s'enfuir en endossant tacitement le rôle de la proie. Après tout, il venait de faire comprendre à Fili que lui aussi en avait envie, la chasse était donc ouverte. L'idée était plutôt alléchante, mais le cambrioleur refusa d'y penser, il ne ferait pas ce plaisir à ce rapace. Le prince lui faisait l'affront de prendre cela pour un jeu dont il se savait le maitre incontesté, ce qui n'était pas faux, mais Bilbo n'avait pas l'intention de lui faciliter la tâche.
- Qu'est-ce qui vous fait rire ?
- Tu es tellement prévisible…
- Vraiment, dans ce cas, savez-vous ce que j'ai en tête ?
Conscient qu'il se jetait dans la gueule du loup mais déterminé, Bilbo s'approcha de Fili, ses yeux rivés dans les siens et le nain blond s'empara distraitement de sa taille pour l'attirer à lui, un sourire aux lèvres.
- Tu comptes me surprendre, parce que tu ne veux pas me laisser mener la danse…
- Vas-tu te laisser faire ?
- Bien sur que non.
- J'aimerai bien pourtant
- Cela ne me dérangerait pas non plus, mais je préfère l'idée de te voir lutter…
- Tu penses que je n'ai aucune chance ?
- Je me plais à le croire… Mais je suis avide de voir de quelle manière tu comptes t'y prendre…
- M'y prendre pour quoi ?
Sans vraiment y réfléchir, sous l'impulsion des doigts de Fili, le hobbit se colla au corps du nain dont la main glissa le long de sa cuisse qu'elle caressa un instant avant de l'empoigner. Bilbo se donna dans l'étreinte et se laissa faire lorsque Fili le hissa sur lui, enserrant de ses jambes la taille de l'épéiste.
- Pour chercher à t'affirmer face à moi…
Bilbo ne chercha pas à se dérober au baiser qu'exigea ensuite Fili. Il le laissa jouer avec ses lèvres et répondit avec la même ardeur. Il retrouva avec délice les sensations qui l'avaient gouverné lors de la dernière étreinte qu'il avait eu avec le blond, lorsqu'il s'était trouvé totalement offert à lui, prisonnier de son souffle, esclave de ses lèvres. Il avait beau dire, il savait qu'il adorait ça. Répondre à la moindre de ses caresses, la moindre de ses imprécations en laissant Fili propager son feu en lui. C'était comme une valse menée par le nain blond, Bilbo n'avait qu'à se laisser guider. Il savait que tous les deux trouvaient un plaisir incommensurable dans cet arrangement : Fili exigeait et Bilbo donnait, il lui cédait ou lui offrait tout ce qu'il lui demandait et les sensations étaient déjà intenses. Mais Bilbo ne voulait pas se contenter de ça et il savait que le prince attendait plus, qu'il voulait plus que ce qu'il pouvait prendre.
Et, surtout, Bilbo ne voulait pas se donner, malgré les sensations, malgré le plaisir et la volupté qu'il recevait en échange, il ne voulait rien offrir à cet odieux charmeur.
Alors le hobbit lui mordit la lèvre, sans sommation, pour montrer qu'il n'était pas si offert que ça et faire comprendre à l'épéiste qu'il n'aura pas tout ce qu'il voulait si facilement. En réponse, Fili empoigna sa tignasse et força ses lèvres pour envahir la bouche de Bilbo. Le cambrioleur sentit son bas-ventre s'enflammer sous l'intrusion et eut le reflexe d'ouvrir la mâchoire pour l'accueillir plus encore, mais, sans attendre, il planta ses ongles dans l'épaule découverte et lacéra la peau du bras pour le forcer à lâcher prise. La douleur attisa le désir du nain qui plaqua le hobbit contre le mur, sans douceur, lui arrachant un gémissement outré qu'il étouffa bien vite en reprenant le contrôle de ses lèvres. De rage de voir qu'il n'était même pas capable de tenir tête au désir du blond, Bilbo se sentit de plus en plus déterminé à reprendre possession de ses sens, de son corps et de l'échange. Il lui mordit la langue violement, puis la lèvre tandis que ses ongles traçaient de nouveaux sillons dans la peau, visant la mâchoire et la gorge cette fois-ci. Alors que Fili s'extirpa du baiser, Bilbo s'empara de sa nuque pour poser ses lèvres sur celles du blond et se retira avant que le nain ne cherche à approfondir une nouvelle fois l'échange. Ils se regardèrent ensuite dans les yeux, essoufflés et embrasés.
- Ne devrions-nous pas trouver un endroit… plus intime ?
- Aurais-tu peur de ne pas savoir retenir ta voix ?
- J'ai surtout peur que l'on me surprenne avec un vaurien tel que vous, je ne veux pas dégrader ma réputation avec ce genre de chose…
- Cela va de soit…
Amusé par cette tentative de diversion, Fili laissa Bilbo glisser au sol non sans lui voler quelques caresses indécentes.
- Et maintenant, cambrioleur, qu'allez-vous faire ? Allez-vous vous enfuir une fois encore et disparaître comme vous savez si bien le faire ? Ou bien consentirez vous à m'accompagner dans un endroit… Plus intime ?
- Dites-moi ce qui vous ferait le plus plaisir et je ferai le contraire.
- Charmant… Dans ce cas, je ne vais pas te demander ton avis… Ni attendre ton accord.
- Je vais donc devoir me défendre ?
- Ou bien te laisser faire…
- Je ne veux pas.
- Ca ne t'apportera aucun mal pourtant, au contraire… Crois-moi…
Bilbo frissonna et son souffle s'emballa lorsque, doucement, très doucement, suffisamment doucement pour que le cambrioleur ait le temps de se dérober, une odieuse manière de lui faire comprendre qu'il ne rechignait pas tant que ça à s'offrir, Fili s'approcha plus encore de lui, l'amenant à se coller contre le mur de pierre pour tenter de se soustraire à cette proximité qui lui faisait tourner la tête. Le temps que Bilbo songe à mettre à profit son anneau magique et son aptitude à passer inaperçu pour fuir cette situation qui lui échappait, les mains du blond avaient glissé sur ses épaules puis sur ses bras pour venir caresser les poignets, qu'il agrippa fermement. Bilbo ne chercha même pas à lutter lorsqu'il se fit punaiser au mur par la poigne du nain, parce qu'il savait qu'il n'en avait pas la force.
- On songe à s'enfuir encore une fois ?
Le murmure était rauque et le souffle bouillant qui s'échoua dans le creux de sa nuque lui renvoya des frissons dans tout son corps. Il ferma les yeux pour juguler la vague voluptueuse qui s'empara de lui alors que Fili le conquérait sans difficulté.
Déjà que tenir tête à ce nain n'était pas évident, il fallait en plus que Bilbo se sente fondre de plaisir à chaque petite victoire du blond. Avait-il la moindre chance ?
Il voulut lui répondre, mais c'était sans compter sur la fourberie sans limite de l'autre fumiste, seul un gémissement franchit ses lèvres, parce que la main de Fili venait de se faufiler sous ses vêtements.
- Tu le savais pourtant, que ça allait se terminer ainsi… Que le moment où je ne te laisserai plus fuir approchait… Pourquoi être venu m'attiser ?
- Parce que… J'aime… Lorsque tu es ainsi… Quand tu cherches à t'emparer de moi… Et plus je te résiste, plus tu te montres ardent…
- Tu aimes quand je suis ardent ?
Bilbo ne put répondre, car tenant ses deux poignets d'une main, Fili arracha sans douceur sa tunique, comme si elle avait été faite de papier. Une exclamation sensuelle s'échappa des lèvres du hobbit soudain découvert. Il tremblait, mais pas de froid, il sentait que l'air autour de lui était glacial, pourtant, il brulait. Il voulut se débattre pour fuir la puissance des sensations générées par la main, le souffle et les lèvres du blond incendiaire qui parcouraient sa peau, mais la prise sur ses poignets s'intensifia et des dents acérées se plantèrent dans sa gorge avant qu'un souffle implacable ne s'insinue en lui.
- Laisse-toi faire, Bilbo. Laisse-moi te découvrir, donne nous une chance…
- Je… N'ai pas l'intention de me contenter de subir…
- Dans ce cas, pourquoi ne pas t'emparer de ce qui te reviens ?
- Ho… Par pitié, Fili, Arrête ça !
Bilbo s'était arqué et cherchait à reprendre le contrôle de son souffle emballé. Sans pitié, embrasé par l'entente des deux syllabes qui composaient son nom, dites d'une voix si provocante, expirées avec tant de sensualité, Fili mit au supplice ce corps extrêmement réceptif qui se tordait sous ses doigts et tremblait au rythme de son souffle. Il déposa une myriade de baiser sur ses épaules et sur sa gorge en se pressant contre lui et attrapa de sa main libre la cuisse de Bilbo qui se glissait le long de sa jambe, remontant jusqu'à la taille. Lâchant les bras du plus petit qui retombèrent autour de son cou, il s'empara des fesses du cambrioleur pour le soulever une nouvelle fois, poussant une exclamation rauque lorsqu'un trait de plaisir lui vrilla les reins parce que leur entrejambe éveillée venaient d'entrer en contact, puis, il jugula un râle de plaisir quand Bilbo le ceignit de ses jambes pour approfondir la friction, ondulant contre lui de la plus enivrante des manières.
Ne tenant plus, le prince délassa le pantalon du plus petit pour le prendre sur le champ, mais un éclair de lucidité le frappa. C'était leur première union et, quitte à se faire houspiller par la puterelle qui lui avait ravi son cœur, autant que ce soit pour une autre raison qu'un dos abimé par cette pierre rugueuse et cette position inconfortable.
Fili quitta le cou ravagé pour planter son regard dans celui, étourdit par un plaisir qui le dépassait, du plus petit et déglutit pour maitriser le furieux désir qui prit soudainement possession de lui.
Docile, Bilbo suivit Fili lorsque celui-ci lui prit la main pour le conduire dans la salle à qui appartenait le balcon, sûrement un ancien salon privé et le prince fut ravi de constater que Dwalin avait fermé la porte lourde derrière lui, assurant ainsi une intimité et une discrétion qu'ils n'avaient pas connu depuis bien longtemps. Le blond se retourna ensuite et, sans sommation, pris le visage du hobbit en coupe pour lui arracher un baiser tout en le faisant reculer de quelques pas, jusqu'à ce qu'il ne butte contre la table de pierre qui occupait une grande partie de la pièce. Fili le contraignit encore à reculer et Bilbo n'eut d'autre choix que de s'allonger sur la surface plane, guidé par Fili qui rompit le baiser pour retirer le pantalon de son amant et pour finir de se déshabiller. Une fois tous les deux nus, le blond revint embrasser le plus petit tout en s'imposant entre ses jambes qu'il caressa avec dévotion, le faisant tressaillir.
Biblo, dans un sursaut pugnace, décida que le nain avait assez joué. Il attrapa à pleine poigne la crinière blonde pour forcer les lèvres de Fili à profaner de nouveau les siennes tout en faisant courir sa main sur le corps qui l'enivrait. Il tenta une première fois d'inverser les positions, mais Fili empoigna ses épaules pour le plaquer contre la pierre, usant du poids de son corps pour le coincer sous lui et approfondit le baiser. Bilbo le mordit et le griffa, plantant ses ongles dans ses poignets pour le faire lâcher prise puis, il réussit à se redresser. Il laboura le dos ferme du nain jusqu'à ce que celui-ci consente à se séparer sensiblement de lui. D'une fourbe torsion, le hobbit parvint enfin à faire basculer le blond et, une fois installer à califourchon sur son bassin, il ne perdit pas de temps et posa immédiatement ses lèvres sur le torse qui tressaillit d'un plaisir exacerbé, avec la ferme intention de s'emparer de ce qui lui revenait : ce corps sublime, du moins, autant que Fili le laisserait faire.
Les doigts du blonds s'emmêlèrent dans ses boucles alors qu'il goutait sa peau et Bilbo eut la surprise de découvrir un plaisir brulant s'emparer de ses reins lorsque, dans un souffle heurté, le blond s'arqua en étouffant un gémissement dès qu'il se mis à laper ses abdos, la poigne sur ses cheveux s'intensifiant considérablement. Sa bouche dessina des arabesques aléatoires tandis que ses mains découvraient chaque parcelle du corps puissant et il s'enivra du gout et de l'odeur de l'épéiste. Il pensa continuer son exploration buccale un peu plus bas, mais les doigts de Fili l'en empêchèrent en tirant sur sa tignasse pour le forcer à faire face au blond. Celui-ci lui arracha un baiser exigeant puis, d'un mouvement fluide, inversa de nouveau les positions.
Sans attendre, une main se faufila entre les jambes du plus petit et ce dernier écarquilla les yeux lorsqu'il sentit une première intrusion en lui. Voyant venir le commentaire impertinent, Fili prévint toute révolte en forçant les lèvres de Bilbo, s'emparant de sa langue qu'il fit valser tandis que le cambrioleur se mettait à onduler sous lui, l'attisant bien plus que de raison. Il s'appliqua toutefois à le préparer correctement car, vu ce qu'il avait subit pour le vol d'une bouteille et un baiser accidentel, il ne voulait pas savoir de quoi le hobbit était capable s'il se trouvait incapable de marcher le lendemain.
Mais cela faisait maintenant pas mal de temps qu'il crevait d'envie de s'enfouir dans ce corps chaud, de le sentir ployer sous lui, crier pour lui… Un gémissement sourd franchit ses lèvres et se répercutèrent sur celle de Bilbo lorsqu'il réalisa que les images qui avaient longtemps parasité son esprit, fantasmes inavoués et refoulés, rejoignait maintenant la réalité et Bilbo s'extirpa du baiser en poussant un cri lorsque, les doigts de Fili se montrèrent soudainement plus brusques, plus avides et plus ardents, bien plus ardents, trop pour qu'il puisse le supporter et, sans même s'en rendre compte, il somma le nain de le prendre maintenant.
- Si tu le veux, Bilbo, il te faudra supplier…
Le hobbit, quoique perdu dans les affres du plaisir, entendit la sourde requête du blond et écarquilla les yeux, il n'était pas encore prêt à ça. Il décida de tenter autre chose et de faire craquer Fili, en commençant par mouvoir son corps lentement, ondulant avec érotisme au rythme du feu qui couvait en lui, avivé par les doigts qui le préparaient. Il sentait sur lui le regard embrasé qu'il avait capturé et en frémit, mais il se décida à ouvrir les yeux et un gémissement roula dans sa gorge lorsqu'il se trouva confronté à l'intense désir débridé qui brillait dans les pupilles flamboyantes, dilatées à l'extrême, de Fili. Il geignit lorsque les doigts qui le tourmentaient quittèrent son corps, et se mordit la lèvre inférieure pour s'empêcher de le supplier malgré la tourmente des sens qui ne demandait qu'à être apaisée. Il écarta plus encore les cuisses dans une invitation provocante à laquelle Fili eut bien du mal à ne pas répondre.
Bilbo ferma une nouvelle fois les yeux et enroula ses jambes autours de la taille du nain au dessus de lui tout en laissant ses mains vagabonder sur la peu brulante du torse, des flancs et du dos, dégustant les frissons d'impatience qui faisaient trembler le corps tendu.
Il poussa une exclamation sulfureuse et écarquilla les yeux lorsque, sans sommation, Fili le pénétra. Sans vraiment de douceur, mais sans brutalité non plus, par à coups. Le hobbit se cambra à outrance et ondula en haletant pour facilité la pénétration, trop heureux de voir que Fili était capable de brider son désir pour ne pas lui faire trop de mal et intensément troublé de sentir cet odieux profanateur prendre possession de lui. C'était bon, bien plus que tout ce qu'il avait pu imaginer.
Une fois enfoncé jusqu'à la garde, le prince ne put s'empêcher de se mouvoir en lui, étouffant les gémissements de son amant en clamant ses lèvres. Il les mordit à sang lorsque Bilbo hurla de délectation, foudroyé par un plaisir surprenant qui le prit lorsque le sexe dur de Fili commença à masser ce point si sensible qui lui faisait voir des étoiles.
Il voulut bouger pour approfondir cette étourdissante sensation, mais le blond se retira soudainement et, d'un puissant coup de rein, s'enfonça bien plus profondément en lui, molestant sa prostate et jouissant d'entendre la voix se briser sous la puissance du plaisir.
Avide, Fili attrapa, sans aucune douceur, les boucles du plus petit qui poussa un souffle heurté lorsqu'il le força à jeter sa tête en arrière, tout en entamant un rythme intense et puissant. Le blond, enivré, s'attaqua à sa gorge, ses joues, ses lèvres, l'embrassant et le mordant frénétiquement, jusqu'à ce que Bilbo se mette à crier son nom et se cambra soudainement, dévasté par un orgasme qui le balaya. Il se laissa retomber sur la table, totalement offert à Fili dont la tête tournait du trop plein de sensations et d'émotions. Le nain sentait qu'il était proche lui aussi, mais l'instant était tellement exquis qu'il voulait le faire durer. Bilbo recommença très rapidement à gémir et se tordre sous les coups de plus en plus brutaux de son amant qui assouvissait un désir trop longtemps contenu et sa voix se mêla à celle de Fili lorsque le prince se répandit en lui, profanant ce corps qui l'avait tant nargué durant l'aventure. Il se retira ensuite et s'allongea sur le dos pour reprendre son souffle et ses esprits.
- Pas mal, pour un hobbit…
- Je croyais qu'il me fallait supplier…
- Ho mais tu l'as fait, pas avec des mots, mais ton corps, crois-moi, il ne demandais que ça.
Se redressant sur un coude, Fili se plaça au dessus de Bilbo, un étrange sourire dansant dans ses yeux.
- Bilbo, il y a quelque chose que j'aimerai savoir... Tout à l'heure, quand tu as repoussé Dwalin, était-ce réellement de la jalousie ?
- De quoi parlez-vous ? Comment pourrai-je être jaloux d'un pique assiette pareil ?
- Ho Mahal… Je crois que je suis irrémédiablement amoureux…
Et, avant que le hobbit n'ait pu protester, une bouche avide s'empara de ses lèvres tandis qu'une main audacieuse s'enroula autour de son membre, y infligeant un va et viens ardent qui en hâta la renaissance. Bilbo ne se fit pas prier pour écarter les jambes, permettant à Fili de s'y placer à nouveau, même s'il ne put s'empêcher de protester faiblement.
- Tu n'es donc pas rassasié ?
- Je suis navré Bilbo, mais j'espère pour toi que tu es aussi endurant qu'insolant, parce que la nuit n'est pas terminée.
Et, alors que Fili s'enfonçait une nouvelle fois en lui avec délice, il parvint à marmonner d'une voix hachée :
- Menteur, s'il y a bien une chose qui est certaine, c'est que tu es tout, sauf navré.
Un coup de rein insidieux coupa court à la discussion et la volupté qui les enveloppa alors ne les quitta qu'un peu avant l'aube, lorsque Bilbo, assis à califourchon sur le prince, empalé profondément sur son sexe, mena l'ultime étreinte. Il le chevaucha jusqu'à ce que la jouissance ne les prenne tout les deux en même temps et son corps couvert de marques de morsures, de griffures et de sueur, cambré à l'extrême et son bouleversant regard noyé dans une magnifique luxure offrirent à Fili une vision qui ne le quittera plus jamais. Simultanée, leur jouissance fut encore plus forte et Bilbo se laissa ensuite tomber sur le prince qui l'emprisonna de ses bras.
Le hobbit s'endormit presque immédiatement et Fili, bien que fatigué, ne chercha pas le sommeil et se contenta de regarder les ombres de la pièce qui rétrécissaient doucement tout en caressant machinalement le corps de celui qui tenait maintenant bien plus du cambrioleur que de l'épicier.
Il en était amoureux, c'était indubitable, tout comme il savait que ses sentiments lui étaient retournés. Mais à quel point ? De toutes les races mortelles, les hobbits étaient comparables aux humains, ces gens pour qui l'amour était bien plus souvent éphémère qu'éternel, passionné puis oublié, à l'image des fleurs qu'ils s'offraient lors de leurs engagements. Alors que pour les nains, l'amour était aussi dur et inébranlable que les pierres qu'ils s'échangeaient, c'était pour cela que Fili avait eut autant de mal à se défaire du souvenir de Mel, car il avait pensé que la sincère affection qu'il éprouvait pour elle était de l'amour. Mais ce n'était pas comparable à ce que Bilbo soulevait en lui et cette remise en question ne fut pas évidente.
Mais maintenant que la réalité le frappait de plein fouet, il se rendit compte qu'il n'avait pas menti à Dwalin, que le départ du plus petit le tuerait bien plus insidieusement qu'une lame orque.
Grisé par le poids du hobbit endormi et par son souffle qui s'échouait dans le creux de son épaule à intervalle régulier, il se plut à imaginer un futur à ses côtés, oblitérant le fait que les hobbits avaient beau être des créatures qui vivaient dans des trous, ils restaient des modestes gens de terre et de culture, non voués à une vie riche et souterraine. Il passa en revue toutes les concessions que lui devrait faire pour que la vie du hobbit soit la plus confortable et belle possible, mais il fit l'amer constat que, des deux, Bilbo sera celui qui devra sacrifier le plus de chose s'il décidait de rester vivre avec Fili. Pourtant, le blond se promis de faire en sorte que jamais Bilbo ne reparte dans la Comté, et que jamais il ne regrette d'avoir choisit Erebor comme foyer et le premier prince comme compagnon.
Perdu dans ses pensées qui filèrent durant un long moment, il ne vit pas le soleil se lever haut dans le ciel, preuve de l'heure tardive, mais ne s'en soucia pas. Ils étaient maintenant dans la Montagne et n'avaient plus rien à faire qu'attendre que les prochains évènements se dévoilent, l'heure était au repos et à la préparation. Le prince guerrier pensait se rendre auprès de Thorin pour lui parler de ses craintes concernant les humains de la ville, mais il doutait que Bilbo et lui étaient les seuls à avoir profité de l'intimité proposée par les grandes salles de la mine. Surtout que, doucement, le souffle de son amant devint moins profond alors qu'il quittait les affres du sommeil. Il ne tarda pas à ouvrir un œil encore embrumé et Fili lui souhaita le bonjour d'une caresse tendre, qui partie de l'épaule pour finir au bas du dos. Le hobbit resta immobile, reprenant ses esprits, rougissant des souvenirs de la nuit qui revinrent à lui, analysant l'impacte qu'aura cette union sur sa relation avec Fili, qui venait de prendre un virage vertigineux. Un léger sentiment de malaise lui comprima sensiblement le cœur et il se souvint de la conversation qu'il avait surprise entre Dwalin et son nain et de tout ce qui en découlait, que ce soit le danger imminent d'une menace sombre, soulevée par l'appel de l'or, ou bien le statut inabordable de Fili. Il décida de ne pas en parler, pas maintenant, pour ne pas troubler la quiétude du moment, puis il se redressa, légèrement étourdi.
- Je crois que j'ai vraiment besoin d'un bain…
Fili rigola en réponse, heureux de voir que Bilbo en oubliait de se montrer rancunier et insolent, puis il se redressa.
Ils se rhabillèrent rapidement et prirent la direction de la salle aux sources chaudes, main dans la main, pour la plus grande exaspération du hobbit qui se sentait de plus en plus prêt à houspiller le nain blond pour tout ce qu'il avait enduré pendant la nuit, même si la chaleur de l'eau gomma toute trace de douleur et de courbature pour ne laisser dans son corps qu'un poignant sentiment de bien être et de félicité.
Fili eut sa part de jurons et d'insultes, mais il gagna aussi une douce étreinte au rythme lent et profond, ses doigts entremêlés à ceux du cambrioleur et leur bouche scellée, que Bilbo ne rechigna aucunement à lui accorder même s'il maugréa sur la dureté et la rugosité du sol de la salle des bains et sur la gourmandise du nain blond.
Veuillez m'excuser pour le retard, mais j'ai eu beaucoup de mal avec ce chapitre qui est partie dans pleins de directions différentes qui me bloquaient toutes.
D'ailleurs, heureusement que Soop m'a poussé à me remettre à écrire hier soir, parce que j'étais dans une passe sans aucune inspiration, pour aucune de mes fics.
En tout cas voilà ce chapitre est fini, enfin !
Merci beaucoup à tous les reviewers, vous êtes géniaux !
Le bonus que je vous ai envoyé sera posté je pense, à la fin. Et je continuerai de l'envoyer à tous ceux qui reviews et qui ne l'ont pas eu.
