Blablatage inutile : Ce chapitre a été, ma foi, plutôt difficile à écrire. Soop le sait, c'est elle qui m'a supporté pour une grande partie de l'écriture et puis il y a aussi eu l'intervention d'Aschen qui lui a fait prendre un tournant parfaitement inattendu (par apport à ce que j'avais en tête au début), mais que je trouve bien plus cohérent.
Encore une fois, j'aimerai remercier tous les reviewers, réguliers ou non, mais sachez que c'est tout de même grâce à vous que je me suis dit qu'il fallait que je sorte le chapitre dix avant la fin de l'année (délais tenus !).
Blablatage technique : Rien de grave. Je veux juste faire remarquer que la Désolation de Smaug est sortie au cinéma, mais je n'ai pas l'intention de prendre en compte ce qu'il s'y passe pour Cuvée Prestige. Je me suis basée sur le premier film et ce que je me rappelais du livre jusqu'à maintenant. Mais là, je vais partir en freestyle (ok, j'avoue, c'était déjà du freestyle). Mais je veux dire qu'à partir de la fin de ce chapitre qui suit (plus ou moins) de très très loin le canon original, je vais faire la suite à ma sauce (et fuck la police).
Il y a encore et toujours des fautes, je ne maîtrise pas très bien cette obscure science qu'est la relecture, soyez sympa, excusez moi sur ce coup là.
Bref, Bonne lecture !
- Bas les pattes, espèce de bric !
- Allons, Bilbo, ne me dit pas que tu es gêné par ma main après la nuit que nous venons de passer…
Le hobbit couina lorsque, taquin, Fili pressa la fesse qu'il était à l'instant occupé à caresser et il le repoussa sèchement tout en continuant sa marche, raide, marmonnant et rougissant. Le blond rigola en lui emboitant le pas et ils se rendirent tous les deux dans les salles principales pour rejoindre le groupe qui s'affairait déjà à préparer la suite des événements. Bilbo en profita pour s'enfuir et s'éloigner de cet odieux profiteur mais il glapit quand des doigts implacables se fermèrent sur son bras et le firent valser sans douceur pour lui plaquer le nez contre un torse qu'il appréciait de plus en plus.
- Hey, Bilbo, tu ne vas tout de même pas me quitter comme ça ?
- Plait-il ?
Aussi rouge qu'une pivoine, le hobbit perçu sans mal les ricanement discrets et les petits sourires des nains présents qui assistaient à la scène hautement éloquente, mais il choisit de les ignorer pour ne se concentrer que sur ce que lui réservait ce terrible bandoulier.
- Embrasse moi.
Fili avait parlé d'un ton bas de manière à ce que seul Bilbo puisse entendre sa sommation, ses yeux exigeants ancrés dans les siens et un coin de lèvre étiré dans un sourire étrange mais redoutable. « Embrasse moi, montre leur à tous que tu es mien. » Ce fut ce que le cambrioleur lu dans l'attitude de ce goujat hypocrite et, furieux, il se dépêtra des bras qui le tenaient pour s'en éloigner rageusement. Mais il ne fit pas deux pas qu'il jura et fit demi tour pour attraper la nuque du plus grand et poser ses lèvres sur les siennes en se promettant que le blond lui revaudra ça. Fili répondit au baiser en souriant, sentant son cœur se gonfler de joie et d'amour pour cette charmante teigne qu'il prit un instant dans ses bras avant de la laisser filer lorsque Bilbo jugea que cela suffisait. Et si Fili ne se joignit pas à l'éclat de rire qui explosa autour de lui, ce fut parce qu'il capta le regard sombre que Balin avait posé sur lui, suffisamment sombre pour le faire frémir alors qu'il se rendit soudainement compte, maintenant que Bilbo n'était plus à côté de lui, que l'atmosphère était chargée d'une énergie violente et crépitante.
Il répondit distraitement à l'accolade de Dwalin et s'éclipsa discrètement, cherchant son frère du regard, mais il n'eut pas le temps de s'inquiéter, car il tomba nez à nez avec Kili au détour d'un couloir, le percutant à moitié alors que celui-ci arrivait en courant dans sa direction.
- Fili ! J'ai besoin d'aide !
- Que se passe-t-il ? Où est Thorin ?
- Dans ses anciens appartements… Il est… C'est l'opale, Fili,… je ne sais pas ce qu'il se passe !
Le blond jura et fila avec son frère jusqu'à la chambre de leur prince et il se sentit immédiatement étouffer tellement l'air était surchargée en énergie agressive. Derrière lui, Kili gémissait, il avait suffisamment côtoyé l'opale pour être plus que sensible à son rayonnement corrosif qui le touchait bien trop pour que ce soit supportable.
- Kili, va chercher les autres ! Dit leur de venir avec de la tourmaline noire. Et ne reviens pas ici.
Le brun acquiesça et tourna les talons, mais son frère lui attrapa l'épaule et lui mit dans les mains la petite citrine dédiée à Bilbo avant de le faire partir, il ne voulait pas la mettre en danger en l'exposant à l'énergie destructrice qui irradiait de la pièce. Le blond y pénétra ensuite et se jeta sur Thorin qui était allongé au sol, le corps crispé par une douleur incompréhensible, ses yeux clos et sa bouche scellée ne permettant d'établir aucun diagnostique.
Fili écarquilla les yeux lorsque qu'il remarqua la présence de l'Arkenstone, plus belle et plus brillante que tout ce que les légendes disaient d'elle, tout comme il ne manqua pas d'apercevoir la fière opale rutilante, caché par les phalanges maintenant blanches de Thorin et il comprit immédiatement ce qu'il se passait. L'opale et l'Arkenstone se livraient en ce moment même une guerre sans merci, une guerre de pouvoir et de domination dont le trophée sera l'esprit du roi d'Erebor, leur champ de bataille actuel. Et Fili sentit clairement que la pierre Arkane utilisait sa puissance brute pour écraser celle, bien moindre, de l'opale qui, pourtant, persévérait et accomplissait difficilement l'exploit conséquent qui était de tenir tête à la pierre la plus redoutable jamais exhumée. Mais malgré cela, le joyau de Kili était totalement submergée et le jeune blond percevait la manière dont sont énergie, mise au pas par celle de la pierre maléfique, se tordait et se fissurait alors qu'elle commençait à agoniser, sans cesser de lutter.
- Fili ! Que se passe t-il ? D'où vient cette opale ?
Sans s'occuper de l'angoisse qu'il perçut dans la voix de Dwalin, ni des exclamations des autres nains qui hoquetèrent lorsqu'ils remarquèrent la présence des deux pierres légendaires, Fili se tourna vers le grand nain et lui arracha les cristaux de tourmaline noire qu'il avait dans les mains. Il s'agissait du cristal le plus neutre, mais dont l'énergie, pure et puissante, avait le pouvoir de drainer toutes les mauvaises ondes à la terre pour les y emprisonner. Le blond ensevelit l'Arkenstone sous les fragments de pierre noire avant de se relever, paniqué.
- L'Arkenstone essaie de corrompre l'esprit de Thorin, comme elle l'a fait jadis avec celui de Thror !
Un léger craquement sonore se fit entendre et le corps du grand prince s'arqua au moment même où un premier sillon fissura l'opale. Bilbo se détourna de sa pierre verte qui surchauffait dans sa paume, comme si elle aussi participait à la bataille malgré sa petite taille et son allure bien plus terne que celle de la pierre Arkane.
- Je ne comprend pas, que se passe t-il ? Est-ce l'opale qui l'a mis à terre ?
Bilbo était le seul ici qui ne pouvait percevoir les ondes d'énergies que libérait le combat des deux pierres et Balin, le visage marqué par l'inquiétude, se tourna vers lui.
- Je… Je ne sais pas, c'est la première fois que je vois ça… Nous ne savons rien des opales, ces pierres sont considérées comme dangereuses car elles ont tendances à agresser leur porteur… Du moins, ceux dont l'esprit est avili par l'or ou l'arrogance… Mais il semble qu'elle ne s'en prend pas à Thorin, du moins, pas directement… Elle se dresse contre le pouvoir de l'Arkenstone et n'hésite pas à réduire en miette toute trace de corruption dans l'esprit de son porteur… Mais cela fait trop longtemps que la pierre Arkane s'est implantée dans le cœur de Thorin, elle a su le ronger durant des décennies, même de loin… Ce pouvoir dépasse notre entendement, j'ai peur que nous ne pouvons rien faire…
- Nous ne pouvons éloigner les pierres ?
- Nous sommes incapable d'étouffer le pouvoir de l'Arkenstone, même par la distance et je ne veux pas prendre le risque de lui retirer l'opale maintenant… les choses ne pourraient qu'empirer…
- Mais… Et Thorin ? Que va t-il se passer pour lui ?
Balin ne répondit pas et Bilbo scruta tous les visages, sombres et terrifiés, des nains présents. Il y aura des séquelles, c'était indubitable, mais à quel point ? Certains savaient de quoi l'Arkenstone était capable, ils avaient vu le regard de Thror changer au fil des décennies et beaucoup redoutaient que cela arrive à son héritier, mais la violence de la pierre les surprenait.
A l'entrée de la pièce, Kili expira doucement, ses yeux aussi secs que sa gorge étaient rivés sur son amant et sur la pierre qu'il tenait dans ses mains. De tous, il était le plus calme et le plus serein, malgré l'angoisse qui stagnait au fond de lui. Mais il savait. Il avait appris à connaître Thorin, il l'avait vu se métamorphoser au fil de l'aventure, il avait vu son regard autrefois si clair et si perspicace se voiler et se teinter d'une sombre folie. Kili avait beau être jeune et éperdument amoureux, il n'était pas aveugle et savait ce qui les attendait au bout du périple : la désolation et la ruine. L'Arkenstone avait sa volonté propre, malsaine et dangereuse, elle avait su combler les failles que portait Thorin, sans se douter que, de son côté, Kili jouait le même jeu qu'elle, avec sa propre règle et ses propres armes.
Le brun savait depuis le début que les choses auraient une fin brutale, voire mortelle, et il s'y était préparé, tous les jours, alors que ses doigts répondaient douloureusement à sa volonté et taillaient l'opale avec dévotion. L'opale… La pierre qui réduira à néant cette mascarade et qui était condamnée à se faire briser par sa rivale afin d'exposer au grand jour les viles desseins de cette dernière. Mais il ne s'était pas douté que la pierre qu'il avait taillée porterait en elle la volonté farouche que le plus jeune avait, sans le savoir, distillé en elle au fil de son travail, volonté qui interdisait à ce fier joyau de se laisser ensevelir.
Kili savait qu'aucun enfant d'Aüle, pas même Thorin, n'avait le pouvoir de supporter les énergies furieuses de ces deux pierres, pourtant, il n'avait pas hésité un instant avant de mettre son opale dans les mains de son amant. Le brun savait le plus vieux condamné, de toute manière, condamné par la surpuissante volonté de l'Arkenstone. Alors il préférait le voir tomber maintenant, l'esprit brisé par le pouvoir conjugué des deux pierres en gardant tout de même l'espoir qu'il surmonte cette terrible épreuve, plutôt que quelques jours plus tard, après avoir pris des décisions désastreuses qui lui auraient interdit l'accès des halls d'Aüle.
Ce qu'il ignorait, c'était la possibilité que Thorin y survive, et dans quel état.
Il était maintenant flagrant que l'Arkenstone étendait tout son pouvoir pour étouffer l'opale et prendre le contrôle sur l'esprit de Thorin. Chose qu'elle aurait faite, sans l'intervention de Kili, en plusieurs décennies, de manière fourbe et insidieuse, mais l'opale la forçait à se dévoiler de plus en plus et les nains présents dans la pièce furent bientôt incapable de supporter l'explosion de puissance. Thorin gémit alors que l'opale se fendit d'une deuxième fissure et seul Bilbo, imperméable à l'énergie qui crépitait autour de lui, pu rester stoïque.
Le hobbit réfléchi rapidement, se concentrant sur toutes les discutions que lui et Bofur avaient échangés à propos des pierres et, soudain, il écarquilla les yeux avant de partir en courant vers les galeries arc-en-ciel, déterminé à retrouver un certain cristal qu'il y avait rencontrer la veille.
Son départ passa inaperçu car l'Arkenstone, pressée d'en finir au plus vite, avait noyé l'opale sous sa puissance et s'était directement attaquer au cœur de Thorin, déterminée à le détruire pour mieux s'en emparer. Mais elle se heurta à quelque chose quelque ne pourrait corrompre si aisément : Kili, qui l'avait prise de vitesse en s'emparant de l'amour du roi, un amour à l'image des nains : implacable, irréversible et immortel. Chose contre laquelle l'énergie brute se fracassa avant de changer de cible.
Bilbo disparut au détour du couloir au moment ou Kili tomba au sol en gémissant de douleur, victime de la colère de l'Arkenstone qui reconnaissait en lui un rival à abattre.
Fili ne perdit pas de temps et s'empara de son frère pour l'éloigner lorsqu'il se rendit compte que l'esprit du plus jeune, totalement sans défense, commença à se consumer sous l'assaut de la pierre Arkane qui distillait en lui sa propre soif de l'or et du pouvoir, la même soif qui avait détruit Thror sur le long terme, cette même tare ancrée en Thorin que l'opale cherchait à détruire sans douceur.
Bilbo s'immobilisa et jura lorsqu'il se rendit compte qu'il n'avait aucun outil sur lui. Il fit rapidement demi tour et se précipita sur les restes d'un cadavre de mineur en partie calciné qu'il avait croisé un peu plus loin. Une fois armé d'un marteau et d'un burin, il reparti en courant vers les galeries qui regorgeaient de joyaux et n'hésita pas un instant en bifurquant dans l'un des couloirs les plus sombres. Il s'arrêta devant le diamant et pris le temps de respirer avant de s'attaquer précipitamment à la pierre qui l'emprisonnait. De ce qu'il avait compris, les diamants étaient les cristaux les plus dangereux car ils avaient le pouvoir de décupler les forces et les faiblesses de leur porteur, mais aussi des différentes pierres qui les entouraient. Bilbo ne savait pas si ces pierres étaient neutres et il était conscient que le joyau qu'il délogeait pouvait très bien prendre le parti de la pierre Arkane, mais il décida de ne pas s'en préoccuper. Bofur lui avait bien fait comprendre que le danger du diamant, considérée comme la pierre la plus pure du monde minéral, était qu'elle n'hésitait pas, à l'instar de l'opale, de s'en prendre à son possesseur si elle percevait en lui une souillure à éradiquer. Mais ce n'était pas la seule chose que Bofur lui avait déchiffrée. Ils avaient aussi appris que ce joyau surpuissant protégeait son porteur des énergies néfastes, que ce soient celles des autres ou de soit même.
Il rentra dans la pièce au moment où l'opale commença à se fendre sinistrement et, avant que Dwalin n'ait le reflexe de l'attraper par le col, il déposa le diamant sur le torse de Thorin. Le grand nain hoqueta sous l'afflux de puissance, de même que les nains qui s'insurgèrent contre l'initiative qu'ils jugeaient beaucoup trop risquée.
Mais le diamant fit son effet. Son énergie pure fut immédiatement agressée par la puissance corrosive de l'Arkenstone et elle déploya ses énergies pour se défendre. Elle s'imprégna des forces de l'opale épuisée, régénéra celle des tourmalines qui étouffaient et, forte de sa propre puissance, conjuguée à celle des autres pierres de la salle, elle purifia l'esprit de Thorin en se dressant face à la pierre blanche, déjà affaiblit par sa lutte contre l'opale qui durait depuis la veille.
L'énergie du diamant était trop pure pour que l'Arkenstone puisse y avoir la moindre prise et sa présence érigea un bouclier autour de Thorin, bannissant la pierre Arkane. Le cristal pur s'attaqua ensuite à l'esprit avili du roi nain et l'aurait sans doute réduit en charpie afin d'éradiquer toute souillure du joyau des rois, mais elle se heurta à l'énergie de l'opale qui commençait déjà à restaurer les dégâts que la lutte avait causé, instaurant en Thorin la sagesse et la sérénité qui la caractérisait.
Le corps du grand nain se décrispa dans un souffle et toute trace de douleur quitta ses traits qui restèrent néanmoins figés par l'inconscience. La tension dans la pièce s'allégea progressivement, même Bilbo put le sentir tandis que les nains respirèrent plus librement. Toutefois, aucun n'osa s'aventurer dans la salle, ils se savaient tous incapables de composer avec la moindre des pierres qui y étaient présentes, que ce soit le diamant implacable, l'Arkenstone surpuissante ou l'opale, épuisée et brisée, mais qui pulsait toujours dans les mains de son porteur, déterminée à reconstruire l'esprit de Thorin à son image.
Seul Bilbo resta dans la salle et il sentit immédiatement l'atmosphère changer du tout au tout. Son corps perçu le danger et réagit immédiatement en se mettant à grelotter, sa peau se hérissa comme si un frisson glacé venait de glisser dessus et son cœur se pétrifia d'effroi sans qu'il ne comprenne pourquoi. Jusqu'à ce que, doucement, la gorge soudainement sèche, il se tourna vers l'Arkenstone qui pulsait doucement.
Il tressaillit en sentant des voix glacées et ténébreuses autour de lui, qui semblaient autant résonner dans son esprit que dans la salle, pourtant, il était le seul à les percevoir. Son regard se focalisa sur la pierre Arkane qui lui sembla soudainement floue et mouvante et, hypnotisé, il tendit sa main pour la frôler de ses doigts.
Il hurla lorsque la sensation qu'une déflagration aussi froide que brulante lui traversa le corps alors que l'image d'un œil, unique, à la pupille noire rétractée méchamment au centre d'un ouragan de flammes explosa dans son esprit. Il tomba, évanoui, tandis que l'Arkenstone, inconsciente du danger, continuait de déverser son énergie maléfique dans une chose qui ne pouvait être corrompue, car l'anneau qui pulsait dans la poche du hobbit incarnait la corruption même.
Il se réveilla quelques heures plus tard, bercé par une discussion qu'il ne comprenait pas, ses sens encore engourdis par l'inconscience. Il se sentait extrêmement bien et il comprit pourquoi lorsqu'il ouvrit les yeux pour se rendre compte qu'il était lové dans les bras de Fili, assis à même le sol, dos contre le mur de la salle, et que la main de ce dernier, empêtrée dans ses boucles, lui caressait tendrement la tête. Il soupira d'aise mais se rappela soudainement les derniers événements et se leva d'un bond, faisant sursauter les trois nains qui discutaient autour de lui. Son premier reflexe fut de porter la main dans sa poche pour vérifier la présence de l'anneau, mais un frisson lugubre monta le long de son dos lorsque ses doigts touchèrent le métal froid. Le hobbit avait la sale impression que l'artefact qu'il avait trouvé dans les monts Brumeux était actuellement occupé à drainer le pouvoir de l'Arkenstone, qui gisait toujours dans l'ancienne chambre de Thorin, ensevelie sous un amas de tourmaline noire en attendant que les nains trouvent un moyen de se débarrasser d'elle.
- Que… Que s'est-il passé ?
- C'est… Difficile à expliquer… La puissance de la pierre Arkane s'est fracassé contre le diamant tel une vague sur un rocher, ça, nous sommes tous d'accord, mais ce qu'il s'est passé ensuite, quand vous, Bilbo, avez touché la pierre, cela dépasse notre entendement.
Fili acquiesça à la tirade de Balin et scruta le regard de son amant craintivement :
- Comment te sens-tu ?
- Je… je vais bien, je crois… Hey ! C'est pas une raison pour poser vos sales pattes sur moi, rapace !
- Tait-toi donc, charogne, tu m'as fait assez peur comme ça.
Sans douceur, Fili s'empara du menton du hobbit pour presser leurs lèvres ensembles en soupirant de soulagement. Son Bilbo ne semblait pas porter la moindre séquelle de sa brève confrontation avec l'Arkenstone, au contraire. Le plus petit s'extirpa du baiser, les sourcils froncés.
- Je ne comprends pas. Qu'est devenue l'Arkenstone ? Comment va Thorin ?
Dwalin, Balin et Fili s'échangèrent un regard grave et ce fut le blond qui lui répondit :
- Thorin et Kili sont toujours dans le coma. Nous ne savons pas si Thorin en sortira un jour, ni dans quel état. Kili a eu plus de chance, je ne sais pas quel Valar je dois remercier pour cela, mais il avait sur lui la citrine qui t'es destinée.
- Elle l'a protégée ?
- En quelque sorte… Les citrines ne sont aucunement des pierres de protection. Toutefois, elles tirent leurs forces du soleil, ce qui signifie que leur puissance, même si elle n'est en aucun cas agressive ou défensive, ne connaît aucune limite. Lorsque l'Arkenstone a attaqué Kili, il s'en est pris à ta citrine dans la foulée. Mais il s'agit d'une pierre incorruptible par ce genre de… Volonté, et surtout, elle a le pouvoir de transformer les ondes négatives en positive, quelles qu'elles soient et quelque soit leur puissance.
- Oh, je vois. On peut donc… Espérer qu'il n y ai pas de séquelle ?
- Nous le pouvons, oui. Kili s'en sortira indemne.
Bilbo cerna sans peine la sourde inquiétude qui imprégnait la voix crispée de son baubi de soupirant qui, malgré tous ses défauts, n'était assurément pas une baltringue ou un couard quelconque et le hobbit en fut touché. Délicatement, il se redressa pour poser tendrement ses lèvres sur celles de ce maltaillié. Il se sépara de lui en lui caressant la mâchoire et lui apporta son soutient d'un léger sourire sincère qui réchauffa le cœur angoissé du blond. Balin, de son côté, faisait le cents pas dans la pièce totalement paniqué, attisant malgré lui l'irascibilité de son frère qui, pourtant, se força à rester stoïque.
- C'est une bonne chose pour Kili, mais les faits sont graves, très graves. Nous savons pertinemment que les humains ne tarderont pas à frapper à notre porte, tous comme il se peut fortement que Daïn et son armée arrivent ici avant le réveil de Thorin. L'arkenstone reste une menace surtout que nous savons à présent à quel point cette pierre est dangereuse. Fili, je suis navré mon garçon, mais c'est maintenant à toi que revient le commandement de la pauvre compagnie que nous sommes…
Dwalin et Fili hochèrent la tête silencieusement pour acquiescer les mots du vieux nain et Bilbo se crispa imperceptiblement, apeuré par ce que tout cela signifiait. Il sentit Le blond prendre sa respiration pour parler, mais la porte de la salle dans laquelle ils se trouvaient s'ouvrit brusquement pour laisser place à Ori, paniqué et essoufflé :
- Les humains de la ville ! Une délégation est à nos portes, ils veulent la part que leur a promis Thorin !
Fili fronça les sourcils en se levant, sous le regard de toute la compagnie qui s'amassait à la porte, attendant de lui qu'il prenne une décision pour faire bouger les choses. Le blond perçu un regard encourageant de Balin alors qu'il annonça que trois d'entre eux iraient négocier avec Bard et le maitre de Lacketown.
- Je viens aussi.
Déterminé à ne pas laisser les événements lui ravir le prince dont il était amoureux, pour son plus grand malheur, Bilbo se colla à Fili, une lueur farouche dansant dans son regard. Mais le blond plissa amèrement les lèvres et s'excusa précipitamment auprès de la compagnie qui l'attendait. Il traina le cambrioleur dans une arrière salle, sourd à ses protestations, et captura ses yeux furieux dans son regard grave.
- Non, Bilbo. Toi tu restes ici et tu ne sors sous aucun prétexte… Je… Nous n'avons pas encore prévenu les autres, mais nous n'avons pas l'intention de léguer la moindre pièce d'or à qui que ce soit, quoiqu'il nous en coute, sans l'assentiment de Thorin…
- Quoiqu'il vous en coute ? Mais… ils sont armés ! Ils sont prêts à venir le chercher eux-mêmes ! Ils viennent de tuer le dragon, alors un groupe de douze nains ne les arrêtera pas !
- Pas si nous tenons jusqu'à l'arrivé de Daïn et son armée…
- Pourquoi ? Tu es prêt à déclencher une guerre pour protéger ce trésor ? Tu es prêt à sacrifier tout ce pour quoi vous vous êtes battu jusqu'à maintenant pour de l'or ? C'était ça, votre but ultime ? Plus qu'Erebor, plus que votre royaume, c'est son or qui vous appelait ?
- Tu ne peux pas comprendre, Bilbo…
Le hobbit hoqueta et écarquilla les yeux alors qu'il sondait le regard dur de celui qui venait d'endosser le rôle de chef. Il le savait, pourtant, que les nains étaient autrement plus matériel qu'un hobbit ne le sera jamais, qu'ils avaient un gout insatiable pour tout ce qui était fait d'or ou de métal et que jamais, même après en avoir amassé des montagnes, ils ne pourraient être rassasié de leurs possessions dorées. Il l'avait toujours su, pourtant, le constater par les mots et l'attitude du nain dont il était amoureux lui lacéra le cœur.
- Fili…
Le blond ne fut pas le seul à sursauter. Bilbo aussi fut surpris par le surprenant goût des deux syllabes qui roulèrent dans sa bouche alors qu'il se rendait compte qu'il ne l'avait, réellement, presque jamais appelé par son prénom. Il se reprit néanmoins et s'approcha du blond, paniqué.
- Fili, je t'en supplie, ne fais pas ça, ne soulève pas la colère des hommes… Donne leur mon quatorzième s'il le faut, cette part ne vaut rien comparé à ce que toi tu pourras me donner si je restes vivre avec toi… Je t'…
Bilbo buta soudain sur le dernier mot et se mordit la langue alors qu'il remarqua dans les yeux si poignants de Fili, pour la première fois, le même voile, bien plus léger et bien plus discret, trouble et malsain, qu'il avait vu dans le regard de Thorin quelques jours plus tôt quand il était question de retrouver l'Arkenstone. Sentant le sursaut horrifié du plus petit, le blond fronça les sourcils et marcha sur lui, mais il s'immobilisa lorsque Bilbo recula précipitamment pour se soustraire à l'étreinte qu'il voulut lui donner.
- Bilbo ?
- Renonce, Fili, je t'en pris… J'ai vu de quoi était capable l'Arkenstone sur Thorin, de quelle manière elle a avili son esprit malgré tous les efforts de Kili… Pas toi… Je t'en supplie… Pas toi…
- Pourquoi me parles-tu de l'Arkenstone ? Tu ne comprends pas que les choses vont plus loin ? Bien plus loin ? Ces humains réclament quelque chose qui ne leur appartient pas ! Nous avons mis nos vies en jeu pour récupérer ce trésor… Bilbo… Je ne puiserai pas sur ton quatorzième, tu l'as amplement mérité.
- TAIT TOI ! Tais-toi. Jamais le nain que je déteste ne parlerait ainsi ! Tu es un ignoble rustre méprisant, mais en aucun cas méprisable ! Ne me donne pas une bonne raison de te haïr, pas alors que je commençais à croire en nous !
- Bilbo, calme-t…
- Ne me touche pas !
Dans un mouvement de rage désespérée, Bilbo repoussa la main de Fili et le bouscula pour sortir de la pièce, les yeux brulants. Il se fraya un passage dans la compagnie de nain qui les attendait en silence, refusant de voir dans leur regard la même folie latente. Le hobbit pouvait sentir dans l'air le rire de l'Arkenstone qui, malgré sa défaite face aux pouvoirs conjugués de l'opale et du diamant, avait vu non pas sa force magnétique, mais sa volonté maléfique décuplée par la présence de l'anneau et elle s'était attaquée à l'héritier de sa victime. Le cœur de Fili avait beau être droit et exempt de souillure, il portait en lui une faille, béante et cruelle : la peur. Peur de voir la folie consumer son oncle, la détresse étouffer son frère et, surtout, terrorisé à l'idée de perdre son hobbit. Seul, l'Arkenstone n'aurait eu aucune prise sur le noble esprit du blond, mais les choses avaient changés, car, dorénavant, l'anneau s'était allié à elle.
Une fois seul dans la pièce, Fili resta figé, un air de total incompréhension sur ses traits effarés. Il ne comprenait pas. Tout simplement. Bilbo… Son Bilbo… Que venait-il de se passer ? Désespéré, il essaya d'analyser la conversation qui, selon lui, avait dérapé, puis, brusquement, il couvrit sa bouche de sa paume, les yeux écarquillés, horrifié par ce qu'il venait de dire et de penser. Il se précipita sur la porte dans l'idée de retrouver Bilbo pour lui dire qu'il n'avait pas été maître de ses mots, mais il se trouva confronté aux dix nains de la compagnie, prêts à en découdre avec les humains. Il plissa les lèvres et acquiesça lorsque tous assurèrent qu'ils n'allaient rien céder à ces traitres de Lacktown.
Sur le balcon de la salle qui avait accueilli leur union, Bilbo observa Fili, Dwalin et Balin se rendre auprès des émissaires humains à la porte du royaume. De là où il était il pouvait voir la petite armée humaine qui patientait plus loin, déterminée à prendre ce qui leur revenait de droit. Une angoissante douleur lui percuta la poitrine lorsqu'il remarqua que l'échange entre les nains et les humains s'envenimait et il ferma les yeux avant de se détourner lorsque Dwalin leva sa hache de manière menaçante sans que Fili ne donne l'impression de le retenir, au contraire.
Le hobbit ne vit pas de quelle manière Bard et Balin s'étaient interposés pour empêcher un pugilat et il retourna dans la salle des bains, la mort dans l'âme. Il y resta, assit contre un mur, les yeux perdus dans la lumière phosphorescente et jouant distraitement avec la pierre qu'il avait ramassée pour son amour déchu.
Il ne pourrait dire si c'était à force de la côtoyer, mais il avait l'impression de mieux en mieux ressentir les humeurs de cette gouge verdâtre qui semblait avoir un sacré caractère. Maintenant qu'il cernait un peu mieux le lien qui unissait les nains avec leur pierre, il commençait à comprendre beaucoup de choses, notamment concernant la folie qui avait ravagé l'esprit de Thorin dernièrement. Il avait aussi compris que les pierres avaient chacune une personnalité propre, dictée par leur rayonnement et leur énergie, et les nains étaient aptes à les percevoir et s'accorder avec. Et, contrairement à toute attente, il s'était pris d'affection pour la puterelle verte et rugueuse qui n'avait pourtant rien d'un joyau renommé, du moins, rien de comparable aux trois pierres qui s'étaient battues pour Thorin. Bilbo n'avait même pas été surpris lorsqu'Ori avait annoncé que ce à quoi ils avaient assisté entre l'Arkenstone et l'opale allait être relaté et entrerait dans les légendes naines.
Le cambrioleur observa la rugosité du galet de Fili, qu'il était incapable de considérer comme sien, même alors qu'il hésitait encore, du à son apparence gruau, à l'offrir au légitime propriétaire du minerai. Mais il ne saurait dire pourquoi, la pierre qu'il avait dans la main donnait l'impression de clamer son allégeance au prince blond, et à personne d'autre.
Et, depuis que les yeux de Fili s'étaient posés sur l'Arkenstone, il semblait à Bilbo que l'énergie de la caillasse verte rugissait et ruait, comme si elle explosait dans une crise de jalousie phénoménale mais impuissante. Malgré tout, elle communiqua à son porteur actuel de manière parfaitement imperceptible, un indicible sentiment de paix, propre à l'énergie qui caractérisait les pierres de son espèce non identifiée.
Sentiment de paix qui vola en éclat lorsque la porte de la salle s'ouvrit brusquement pour laisser entrer Fili. Bilbo se releva tandis que le blond scellait la salle avant de se tourner vers son amant qui resta à une distance respectable. Mal à l'aise, le prince fit passer sa main dans ses cheveux avant de prendre la parole, le regard fuyant.
- Me pardonneras-tu, Bilbo ?
Le plus petit fronça les sourcils, jugulant difficilement un terrible pressentiment angoissant et il resta figé, n'osant demander au blond comment s'étaient déroulé les négociations avec les humains.
- Je… Quoique tu fasses, Fili, qui nécessite ensuite mon pardon… Il te faudra me dire que cela en valait la peine…
- Et si… Si je sais pertinemment que non, ça ne la valait pas ?
Bilbo déglutit douloureusement lorsque les yeux, dont le trouble ne parvenait aucunement à cacher son esprit maintenant corrompu, se rivèrent dans les siens et son cœur tomba.
- Qu'as tu fait ?
Fili ferma les yeux, la mâchoire crispée, comme s'il luttait de toutes ses forces contre sa propre volonté avilie.
- Je… La guerre a été déclarée…
- Non… Tu avais le pouvoir de l'en empêcher ! Rien ne t'interdisait d'accéder à leur requête ! Tu ne…
- Ca suffit ! Les revendications de ces humains capricieux n'étaient aucunement raisonnables ! Nous sommes les nains d'Erebor et nous ne ploierons devant personne !
- Fili, tu ne penses pas ce que tu dis ! Les mot que tu utilises ne sont pas les tiens mais ceux de l'Arkenstone ! Reprend toi avant qu'il ne soit trop tard !
Bilbo hoqueta lorsque la poigne du blond lui attrapa le col avant que Fili ne le soulève d'une main, sans effort.
- Garde tes mots, Bilbo ! Je ne suis pas victime de cette pierre. J'ai vu de quelle manière elle a détruit mon oncle et mon frère qui s'échinait à la combattre, personne ne peut la détester plus que moi…
Dans les yeux luisants du nain qui ressemblait à celui qu'il aimait, Bilbo lu sans mal l'éclat malsain que la pierre lui adressa. Il fronça les sourcils et refusa de laisser cette pouffiasse minérale sans âme s'emparer de ce qui lui appartenait, à lui. Furieux, il attrapa la nuque du prince dont il s'estimait le seul possesseur et se colla à lui avant de l'embrasser avec désespoir. Il se sépara pour mieux assaillir ses lèvres une nouvelle fois, se mouvant contre lui pour approfondir le baiser. Lorsque Fili tenta de le pénétrer de sa langue, il le repoussa et lui mordit tendrement la lèvre avant d'ouvrir la mâchoire pour se laisser conquérir. Une fois rassasié, le prince abandonna sa bouche pour l'étreindre tendrement.
- Bilbo… Si tu savais comme je t'aime…
- Tu mens, Fili… Et bien plus à toi même qu'à moi…
- Que veux-tu dire ? Je t'interdis de douter de mes sentiments.
- J'ai vu ton amour, je sais à quoi il ressemble… Et en aucun cas il s'agit de la pâle imitation que tu es en train de me jouer…
Fili écarquilla les yeux et se sépara de Bilbo. Ce dernier ressentit une douleur poignante et inexprimable qui lui vrilla le coeur lorsqu'il croisa l'ineffable regard égaré et empli de désarroi du nain qui ne parvenait pas à comprendre la tournure des évènements. Le cambrioleur décela sans peine la lutte qui se jouait au fond des yeux bleus, il perçu sa détermination infaillible qui se mouvait, furieuse et indomptée, mais ô combien ensevelit sous les pouvoirs conjugués de l'anneau et de l'Arkenstone qui étendaient leur vile volonté sur le nouveau leader nain, la personne qui était dorénavant la plus à même de déclencher un chaos indescriptible dans les prochains jours s'il persistait à dénigrer les humains et leurs alliés.
- Bilbo… ?
- Lâche moi maintenant.
Interloqué, Fili n'eut pas le reflexe de retenir Bilbo qui se laissa glisser de ses bras, totalement imperméable à l'éclat désespéré qui ravagea le regard de celui qu'il aimait tant. Les pupilles du prince tremblèrent un instant et le cambrioleur se mordit la langue pour trouver la force de se détourner de lui et ne pas se laisser submerger par la détresse qui irradiait du corps qu'il avait pourtant cru inébranlable.
- Ne te détourne pas de moi !
Le hobbit hoqueta lorsque la main de Fili revint sur lui pour le faire volter et le forcer à lui faire face.
- Je te l'interdis, Bilbo… Tu n'as pas le droit de te détourner de moi !
- Il y a quelques heures encore, cette hypothèse ne m'aurait même pas effleuré l'esprit !
- Que veux-tu dire ?
- Que tu avais réussi ! Je ne sais pas comment le maroufle que tu es s'y est pris, mais tu avais fait en sorte que tes bras soient l'unique endroit sur cette fichue terre où je souhaitait finir ma vie !
Le blond écarquilla les yeux. La tournure au passé de la déclaration lui laissa un goût de cendre dans la bouche et, alors que la porte claqua doucement sur les pas silencieux du hobbit. Un cri silencieux, porteur d'une douleur indescriptible se bloqua dans sa gorge et il se laissa tomber à genoux. Sa poitrine lui semblait lacérée, couverte de failles béantes et, dans un sursaut limpide, il se rendit compte que sa douleur se muait en quelque chose trop sombre et trop cruel pour qu'il se reconnaisse dans cette perversion.
- Ho, Mahal… Bilbo… Aide moi… S'il te plait… Je ne veux pas devenir comme ça… Pas comme ça… Pas maintenant… Pas alors que tu commençais à embrasser l'hypothèse de rester vivre à mes côtés.
Mais le hobbit était maintenant trop loin pour entendre le murmure brisé du blond. Il courrait sans s'arrêter, tentant de juguler les sanglots amers qui sillonnaient ses joues. Il aimait Fili, de tout son cœur, et c'était pour cela qu'il avait si mal. Sans réfléchir, il pénétra une nouvelle fois dans la salle qui avait vu Thorin tomber et dont les murs de pierre étaient sinistrement lézardés. L'Akenstone était là, ensevelie sous une quantité de minerai de Tourmaline noire, mais les cristaux autrefois nobles et rutilants étaient à présent ternes et brisés. Sans perdre un instant, le hobbit couvrit la pierre de cauchemar avec un drap épais et la prit sous son coude. Il sentit dans sa poche son galet verdâtre rugir puissamment alors que la proximité avec l'Arkenstone agressait sa noble énergie. Le hobbit ne s'en soucia pas et, machinalement, il sortit son anneau de la poche pour le passer à son doigt.
Il s'était habitué à ce que le monde qui l'entoure devienne essentiellement d'ombres et de lumières lorsqu'il avait l'anneau au doigt, pourtant, il fut profondément surpris et inquiété de voir que le visage de l'Arkenstone avait changé et qu'il le discernait sans mal malgré le voile dont il l'avait couvert. Sa somptueuse robe blanche avait mué et était maintenant faite de flammes et de ténèbres et, en son centre, Bilbo revit cette pupille cruelle qu'il avait surprise lorsqu'il avait touché la pierre pour la première fois avant de tomber dans l'inconscience.
Il déglutit lorsqu'il comprit avec une clarté stupéfiante que la pierre d'Arkane était elle même corrompue par quelque chose qui la dépassait, quelque chose qui utilisait son énergie et son rayonnement pour étendre son pouvoir déjà conséquent. Biblo était parfaitement conscient qu'il ne pouvait lutter contre ça, et Fili encore moins. Il s'excusa mentalement auprès du blond alors qu'il passait les portes de la mine pour se débarrasser de la pierre Arkane. Cette plaie corrosive ne pouvait pas rester dans Erebor plus longtemps, Bilbo refusait de la voir corrompre cet esprit si fier qui l'avait tant courroucé avant de le séduire. Il était prêt à se battre pour préserver son Fili d'une folie qui ne lui correspondait pas. Parce qu'il se savait condamné à aimer ce vil démon aveuglé, et qu'il avait décidé qu'il ne remettrait plus jamais les pieds dans la Comté si un certain prince blond n'était pas avec lui pour lui murmurer des insanités déplacées.
Oui, Fili avait réussi le tour de force de se montrer bien plus attrayant que la plus douce des cheminées d'Hobbitebourg au yeux du hobbit et Bilbo n'était pas le genre de cambrioleur qui se laissait damner le pion par un vulgaire cailloux.
Il marcha en direction du camp que les humains avaient installé non loin de la Montagne et se faufila entre les guetteurs à la recherche de Bard, la personne la plus avisée qu'il connaissait ici bas. Toutefois, lorsqu'il le trouva, un long frisson de joie parcouru son corps las, car, en compagnie de l'humain, en plus du dangereux roi elfe qu'il avait aperçu au royaume sylvestre et qui venait à l'instant d'arriver avec son armée, se trouvait Gandalf, épuisé et inquiet, mais présent, avec toute la sagesse et la puissance qui le caractérisait. Fou d'espoir, Bilbo retira son anneau pour se découvrir à la vu des personnes présentent sous la tente de commandement et, si beaucoup eurent un sursaut de surprise, Thranduil haussa un sourcil élégant et le visage du magicien refléta un sentiment de soulagement intense.
- Bilbo ! Je craignais que la folie des nains ne vous ait porté préjudice !
- Pas encore, mais si cela continu, les dégâts risques d'être irréversibles et extrêmement douloureux…
L'Istari fronça les sourcils en sondant le visage tourmenté du plus petit et il attendit que Bard et Thranduil aient fait sortir les elfes et humains qui n'avaient pas à entendre ce qu'il avait à dire pour l'interroger doucement.
- Qu'est-il arrivé à Thorin ?
- Il… Il a succombé à ce pourquoi il s'est battu jusqu'ici…
Mal à l'aise, le cambrioleur fit glisser le drap qui couvrait la pierre blanche et la posa sur la table. Sa splendeur en laissa plus d'un bouche bée mais Gandalf décela immédiatement la mal qui la rongeait. Le magicien ferma douloureusement les yeux alors que son visage s'assombrissait et il enjoignit le plus petit de lui raconter tout ce qu'il s'était passé dans la mine. Bilbo obtempéra et relata rapidement les principaux événements : la chute de Thorin, le combat des pierres, du moins, ce qu'il en avait compris, la corruption de Fili. Gandalf n'eut aucun mal à remarquer que Bilbo ne disait pas tout, qu'il taisait la raison pour laquelle la pierre elle même était corrompue, mais il avait suffisamment matière à s'inquiéter pour s'attarder sur ce fait.
- Gandalf… Je vous en supplie… Dites moi que ce n'est pas irréversible…
Le regard douloureux du magicien vrilla le cœur déjà malmené de Bilbo qui sentit son esprit tomber. Si Gandalf lui apprenait que, quoiqu'il fasse, les souillures qu'avait instauré l'Arkenstone dans le cœur pourtant si noble de Fili étaient immuables, alors le hobbit n'avait plus qu'à retourner chez lui, où alors, rester ici et, à l'instar de Kili, passer le reste de sa vie à se battre contre un mal sur lequel il n'aura jamais aucune emprise.
- Je ne pourrai le dire, Bilbo… Je vais détruire cette pierre avant qu'elle ne fasse plus de mal, mais il se peut que ce cela ne change rien…
Bilbo hocha la tête et confia la pierre à Gandalf avant de s'entretenir avec Bard et Thranduil pour tenter de calmer leurs ardeurs belliqueuses.
oOo
- JE T'INTERDIS DE ME DICTER CE QUE JE DOIS FAIRE !
La porte de bois se fracassa sous la puissance du coup et Fili, son poing ensanglanté crispé à s'en faire blanchir les jointures, la mâchoire douloureusement serrée et le regard embrasé se redressa en fulminant. Il ferma les yeux lorsque le besoin impérieux de se rendre dans la salle du trésor pour y contempler l'or, son or, se fit soudainement sentir et il hurla sa rage en achevant ce qui resta de la porte d'un coup de pied puissant.
- Je ne succomberai pas ! Jamais je ne serai comme ça ! JAMAIS !
Il puisa dans toute sa fière volonté, tendue à l'extrême, pour combattre son esprit perverti et il sortit de la salle. Il ne voulait pas faillir, il ne voulait pas sombrer au même mal qui avait rongé son oncle, il en était hors de question. Le départ de Bilbo lui avait fait mal. Très. Au delà du supportable.
Mais il avait permis à ses pensées de retrouver une clarté effarante. Il ne savait pas s'il aurait la chance de revoir Bilbo un jour et il espérait de tout son cœur qu'il puisse lui pardonner s'ils se revoyaient. Mais, pour l'instant, il savait qu'il y avait plus grave à régler. Les humains leur avaient donné un ultimatum pour le lendemain, à l'aube. Une nouvelle négociation aura lieu et Fili comptait leur offrir tout ce qu'ils demandaient en échange de la paix. Puis il attendra le réveil de son oncle avant de remuer le ciel et la terre pour remettre les mains sur le cambrioleur qui s'était enfui avec son cœur.
oOo
- Nous ne demandons rien d'autre que de quoi reconstruire notre ville !
- Croyez-moi, un quatorzième de ce trésor suffira amplement !
- Et je refuse de lever le siège tant que je n'aurai pas récupéré ce qui appartient à mon peuple, ces gemmes blanches n'ont rien à faire dans cette Montagne.
- Thranduil, ce trésor ne m'appartient pas, je ne peux vous fournir ces pierres sans l'accord des nains.
Bilbo frémit sous l'intensité du regard hautain que lui renvoya Thranduil, mais il se contenta de pousser un soupir las.
- Ecoutez, j'accepte de retourner dans la Montagne et de discuter avec eux, mais, il se peut qu'ils refusent d'entendre ma voix…
- Je puis comprendre qu'un… Semi-homme tel que vous ne soit pas entendu, mais j'ai avec moi des centaines de guerriers, prêts à donner l'assaut… Peut-être que si vous évoquez cet argument, votre parole aura plus de poids.
Gandalf soupira, persuadé que ce n'était pas la bonne méthode pour obtenir quoique ce soit d'un nain, encore moins si le nain en question avait été élevé par Thorin et portait le même sang que lui.
Bilbo, quant à lui, déglutit. Il avait peur de mal se faire comprendre vu l'état actuel de son amant. Celui-ci pourrait très mal prendre l'évocation de l'armée elfe et reprocher au cambrioleur de les avoir dupé. Il acquiesça néanmoins et se remis en route, angoissé à l'idée de revoir Fili et se sentit désolé de regretter le temps pas si lointain où tout ce qu'il avait apprécié du blond, c'était la distance qui les séparait.
Perdu dans ses sombres pensées, il ne vit pas les ombres qui le suivirent alors qu'il sortit du camp sans prendre la peine de chercher à se faire discret. Il voulut hurler lorsque qu'un bras le ceintura, mais une main sale lui couvrit la bouche. Il se débattit violemment lorsqu'il reconnu en son agresseur le serviteur du maitre de Lacktown, Alfrid. Celui-ci profita de la petite constitution de sa victime pour le maitriser sans effort et l'immobiliser afin de lui nouer les poignets après l'avoir bâillonné avec un tissu poisseux. Le maitre apparut dans le champs de vision du hobbit qui se débattit de plus belle et il se pencha sur lui, un sourire mauvais accroché aux lèvres.
- Hé bien… Avec ça, le petit blond ne pourra rien nous refuser…
- Ho que non, maitre, il n'aura pas le choix…
- Bien sur qu'il aura le choix… Reste à savoir s'il préfère garder son trésor d'or et d'argent plutôt que récupérer celui-ci qui est fait de chaire avant qu'il ne lui arrive malheur…
Le cambrioleur écarquilla les yeux et chercha à se défaire des liens qui le tenaient, mais il se prit un coup puissant à la tempe et les ténèbres le cueillirent instantanément.
oOo
Kili ouvrit un œil épuisé et gémit tellement son corps entier lui faisait mal. Toutefois, il trouva la force de se soulever doucement cherchant à ne pas paniquer alors que ses pensées lui rappelaient avec précisions les événements de la journée. Il prit une profonde respiration et se tourna lentement sur le côté. Il resta un long moment à observer Thorin, étendu sur le lit voisin, pâle et immobile, comme si la mort l'avait cueilli. Mais la respiration profonde qui soulevait son torse par intervalles réguliers rassura le plus jeune qui glissa de son lit pour s'installer dans celui de son oncle. Il déglutit lorsque ses yeux tombèrent sur le diamant rutilant et l'opale brisée qui gisaient aux côtés de Thorin, discrets et protecteurs. Mais, assommé par les récents événements, il ferma de nouveau les yeux afin de laisser le sommeil l'envelopper et sourit inconsciemment lorsque les bras du grand nain se refermèrent sur sa taille.
oOo
La désolation de Smaug était baignée dans la lueur de la lune qui marquait la fin du premier jour de l'année naine. La quiétude de la plaine n'était troublée que par les ombres silencieuses des centaines de corbeaux qui volaient au dessus, discrets charognards qui attendaient leur heure. Un sourd grondement se fit entendre, bientôt reprit par un deuxième, affamé et impatient. Mais une broche d'acier caressa la fourrure blanche du loup géant et celui-ci resta immobile, à l'instar des milliers de soldats, orques, trolls ou loups qui patientaient dans l'ombre. La nuit était trop claire, l'attaque ne se fera que lorsque les nuages noirs qui se mouvaient contre le vent auront recouvert intégralement le ciel afin de noyer la Montagne sous une nuit sans fin.
Nul jour n'accueillera la suite des évènements, l'obscurité les noiera tous.
A l'aube, l'enfer se déchaînera.
oOo
Au fait, Schnut, parait-il que c'est ton anniversaire aujourd'hui ! Avec Soop, on en a déduit que c'est un bon jour pour publier :p
Joyeux anniversaire !
Et bonne année pour les autres ! Joyeuses fêtes ! Méfiez vous des petits fours, c'est sournois ces bêtes là.
Ceci était le 128ème et le dernier chapitre que je publie en 2013 ! C'est beau, je trouve *larme à l'oeil*.
J'espère que vous êtes parés pour en recevoir le double en 2014 ! (quoique, non, je préfère ne pas m'engager...)
Bref, je m'arrête maintenant avant de déblatérer trop de conneries.
