Après avoir passé je ne sais combien de chapitres à vous lapider avec mes cailloux, je me suis dite que j'avais sûrement perdu un ou deux lecteurs dans ce capharnaüm énergétique et minéral. Je vous ai donc concocté un petit rappel sur les caractéristiques des énergies des différents minéraux évoqués jusqu'à maintenant (dans l'ordre alphabétique s'il vous plait !).

Petit traité d'expertise minérale pour curieux et âmes égarées (ou extrait du guide de survie en territoire nain),

par Bilbo Sacquet

(du moins, ce qu'il en a comprit) :

Donc, d'abord : la base.

Les nains sont nés de, pour et par la pierre. Ils sont donc ultra sensibles aux rayonnements magnétiques qui émanent de chaque minérale.

Parce que, de par leur couleur, leur composition chimique, la manière dont elles ont été extraites et taillées, et leur naissance (en plusieurs centaines d'années ou bien brusquement, suite à une explosion, une soudaine variation de température, une fusion de plusieurs éléments...) chaque pierre est unique et possède ses propres caractères et son propre rayonnement magnétique.

Ici, on se fout totalement des pierres communes, mais il existe des pierres dites précieuses, dont la composition est pure et dont le rayonnement est assez puissant pour affecter un porteur suffisamment sensible à leur charme.

Plus une pierre sera pure, exempte de souillure, plus son rayonnement, et donc, son pouvoir, sera puissant. Plus sa composition, et donc, son espèce, sera singulière, plus elle aura de la personnalité et sera capable de décider si oui ou non elle décide de déployer son énergie ou bien la garder pour elle.

On a vu aussi différentes sortes de joyaux :

- Les pierres de protection : qui érigent des boucliers autours d'elles et leur porteur, contre le rayonnement des autres pierres, les coups du sort et du destin ou autre.
- Les pierres solaires, qui tirent leur inépuisable source d'énergie du Soleil et sont donc incorruptibles. Parallèlement, leur rayonnement n'est ni offensif, ni défensif voire même plutôt faible car sans le Soleil, elles se ternissent.
- Les pierres de légendes qui allient pureté et composition, chaque exemplaire possède sont propre caractère et leur puissance est parfois telle qu'elle vient à bout de la personnalité et l'esprit de leur porteur.
- Et plein d'autres ! En vrac : les guides, les médicales, les portes chances, ect... Mais n'ayant joué aucun rôle durant l'aventure, elles n'ont pas leur place ici.

Bien sur, chaque caillasse peut appartenir à plusieurs catégories.

Les nains ont donc comme coutume de se lier avec certaines de ces pierres,
celles qui s'accordent le mieux à leur personnalité, leurs ambitions et ce qui les caractérise.

Voici le panel des pierres les plus rares et les plus spéciales qui, bien sur, ont fait parler d'elles durant l'aventure, parce ce que de tous les graviers malhonnêtes, il a fallut que ce soit les pires qui eurent participé au voyage :

Arkenstone : La particularité de l'Arkenstone, c'est son unité. La composition de cette pierre n'est semblable à aucune autre, ce qui lui donne une personnalité redoutable, mais, parallèlement, ses caractéristiques sont inconnues des nains. Fin bon, nous, on a quand même découvert que c'est une sale garce avide d'or et de pouvoir, jalouse et possessive, qui sait frapper là où ça fait mal. Son rayonnement n'est que perversion et avidité et il imprègne le champ énergétique de ses victimes qu'il module à son image.

Citrine : C'est une pierre solaire qui rayonne la bonne humeur. Elle convient aux personnes audacieuses et volontaires et s'accorde surtout avec les natures loyales. Sa contemplation apaise l'esprit et permet de trouver des réponses aux questions que l'on se pose. La citrine a le pouvoir de transformer les pensées négatives en positives et est précieuse pour ceux qui manquent de lucidité envers eux mêmes. Elle a le très convoité pouvoir d'allonger significativement la vie de son porteur et de lui attirer la chance, l'opulence et la bonne fortune.

Diamant : Symbole de la perfection, de la pureté. Le diamant est la pierre la plus pure du monde minéral. Il représente la pureté de l'esprit et du corps, est un maître guérisseur. Il purifie nos idées, nos pensées, il nous aide à nous concentrer et à concrétiser nos envies. Il protège son porteur des énergies néfastes, des autres et de lui même.
Mais le porteur de cette pierre doit rester pur car il encoure autrement de grands risques. Nombreux sont les diamants qui se "retournent" contre leurs possesseurs car ils ne supportent pas la moindre souillure et l'éradiquent à leur manière.

L'opale : Elle reste très énigmatique pour les nains, dans la mesure où Thorin sera le premier à en posséder une.

Ce qu'ils ne savent pas (encore): Symbole de l'amour tendre, l'opale aide à garder son sang froid et à faire bon usage de la colère et elle protège les entreprises honnêtes (mais ça, aucun nain ne le sais puisque jamais personne n'a porté ou supporté d'opale, mis à part Kili, mais la dame ne l'avait pas reconnu comme son porteur, bien qu'elle consentit parfois à lui partager un peu de ses pouvoirs). Elle nous oblige à vivre les dépassements de soi, à dépasser notre orgueil spirituel, notre mental qui fait bourrage, notre égo (Ca, Thorin le sait). Elle nous pousse à penser et à agir avec sagesse et amour. Symbole de pureté, de protection, elle place la personne qui la porte entre les mains des dieux.

La puterelle verte qui échoit à Fili (ramassée avec amour et dévotion) : Cailloux cocasse au sens de l'humour douteux, irradiant de dignité et de noblesse malgré son allure peu avenante. Elle ne cherche pas à cacher son caractère belliqueux et ses manières d'impératrice capricieuse. Son énergie fière et arrogante est suffisamment puissante pour supporter la proximité de l'Arkenstone et pour être ressentie par un hobbit à qui elle ne rechignera pas à partager ses forces encore inconnues, notamment en lui procurant un sentiment de paix qui l'aidera à clarifier ses pensées. N'importe qui un tant soit peu cultivé sur les pierres en aurait déduit qu'il s'agit là aussi d'une gemme solaire, mais Bilbo n'est pas n'importe qui.


oOo Chapitre 11 oOo

Ho Erebor, prend soin de l'âme de mon frère
Et même si la fumée et le feu déchirent le ciel,
Continue de veiller sur les enfants de Durin

oOo

Fili gémit en se laissant tomber à genoux, les ongles plantés dans ses cheveux, et il tira cruellement sur ses longues mèches blondes. L'Arkenstone s'était tu et avait disparu de la Montagne pour le plus grand soulagement des nains, même si leurs esprits pervertis s'étaient d'abord insurgés contre le larcin de Bilbo. Mais leur jeune prince avait su les remettre au pas et les retenir dans la mine, jusqu'à ce que l'appel de l'or et de l'Arkenstone ne disparaisse brusquement, quelques heures avant l'aube.

Et, alors que le soleil se levait timidement, illuminant le lac malgré les nuages sombres qui couvraient le ciel, Fili guettait encore le retour tant attendu de Bilbo.

Il savait, au fond de lui, que l'occasion était inespérée pour le plus petit. Le nain était conscient d'avoir mis un lourd poids sur les épaules de Bilbo en lui faisant savoir que, dorénavant, il ne respirait plus que pour lui. Le cambrioleur savait aussi bien que Fili que l'épéiste ne pouvait tout simplement pas concevoir l'idée de vivre séparé de lui, et encore moins sans partager son amour. Le hobbit était conscient que s'il se sentait incapable de vivre hors de la Comté jusqu'à la fin de ses jours ou s'il n'était tout simplement pas certain de ses véritables sentiments pour le blond, alors ce qu'il avait de mieux à faire était de repartir d'où il venait sans prendre le risque de se confronter une dernière fois a Fili et son amour trop puissant pour être contenu.

Le blond gémit en se recroquevillant. Plus le temps passait, plus les interminables minutes s'effilochaient, plus le nain sentait ses entrailles se tordent de douleur alors que, doucement, son sang se gelait dans ses veines, à cause de l'absence, la culpabilité et l'angoisse de se rendre compte que tout cela n'avait été qu'un rêve. Que Bilbo avait bel et bien disparu après s'être offert à lui dans une unique union exquise et somptueuse.

Les heures défilaient et le cambrioleur ne revenait pas. Parce que lui n'avait pas été à la hauteur.

Son souffle semblait de plomb, pourtant, il se força à inspirer profondément avant de se relever. Il était prince et ce statut lui interdisait le moindre laisser aller pour l'instant.

Thorin était toujours dans le coma, malgré le pouvoir bluffant de régénération que lui prodiguaient les énergies simultanées de l'opale et du diamant, et Kili n'avait pas encore retrouvé l'usage de la parole, bien qu'il soit de nouveau maître de son corps.

La disparition de la Pierre Arkane avait rendu au prince héritier sa lucidité, même qu'il s'en serait volontiers passer. Car, à présent, il était parfaitement conscient qu'il était le seul à blâmer pour le départ du hobbit alors que ce dernier avait été prêt à accepter son amour et ce qu'il impliquait. Mais, surtout, il sentait qu'il portait dorénavant en lui une perversion qui ne lui ressemblait pas et contre laquelle il lui faudra lutter toute sa vie s'il ne voulait pas la voir grandir en son sein et parler en son nom.

Parce que la soif de l'or et du pouvoir coulait maintenant dans ses veines.

Il frissonna en passant à côté d'un tas d'or endormi et se dirigea, droit et raide, vers les immenses portes de la mine. L'aube se levait, l'heure des négociations était venue.

— Fili...

Le blond sursauta brusquement lorsque la voix cassée s'éleva avec peine dans son dos. Il se retourna pour faire face à son frère puis le rejoignit en deux enjambées. Kili ne se fit pas prier pour se presser dans l'étreinte du plus vieux à laquelle il répondit avec désespoir avant de croasser :

— Je viens avec vous.

— Non Kili, tu restes ici pour surveiller Thorin. Les humains sont impatients et les elfes, dangereux, tu n'es pas en état.

— Thorin n'a rien à craindre, il porte avec lui les meilleures gardiennes... Je ne te laisserai pas y aller seul.

— Je ne serai pas seul.

— Dwalin et Balin ne savent pas de quoi est capable un fils de Dis s'il vient a être submergé pas ses sentiments... Ils ne savent pas non plus ce que l'Arkenstone a mis en toi...

— Que sais-tu de cela ?

— J'ai assez vu de la corruption de Thorin pour savoir la reconnaître si elle vient à voiler les yeux de mon frère...

A la grande horreur du blond, Kili fit un pas en arrière pour se séparer de lui, lugubre. Il jugula amèrement la vague irascible qui enfla en lui et parvint à l'oblitérer.

— Elle ne prendra pas le dessus sur moi, je te le promets. S'il le faut, je suis prêt à porter le diamant pour en venir à bout.

— Il te tuera, comme il aurait tué Thorin si l'opale ne s'était pas interposée.

— Peut-être que cela vaudra mieux ainsi...

Kili écarquilla les yeux et resta sans voix face au ton éteint de son frère. Immobile, le brun observa le premier héritier se détourner pour rejoindre Balin et Dwalin et une indicible terreur monta dans sa poitrine alors qu'il se rendit compte avec une acuité terrifiante que c'était peut-être la dernière fois qu'il entendait la voix de son frère. Qu'une fois que Fili aura franchit la porte, il ne reviendra pas.

— Fili ! Si nous devons tomber aujourd'hui-

— Alors nous tomberons tous ensemble.

Kili frémit tellement le regard que le blond lui lança en se tournant vers lui brulait d'un feu ardent. Et, alors que la pierre se refermait doucement sur leurs trois ambassadeurs, Kili perçut un morceau du ciel et s'étonna de le voir si noir encore à cette heure-ci. Un nouveau frémissement s'empara de son corps et il jugula un gémissement de terreur. Il ne pouvait dire d'où lui venait cette effrayante acuité, mais une peur sans nom lui vrillait les entrailles. Jusqu'à maintenant, il avait toujours plus craint le feu qui rongeait l'esprit de son oncle que celui que crachait le dragon. Mais leur expédition avait soulevé des flammes d'un tout autre acabit et la désolation ne viendra pas du ciel comme il l'avait été prédit, mais sera bien vomit de la terre, déversée par ces légions innommables qu'avait soulevé la soif du sang.

— Ho, mon frère, j'espère que tu te souviendras de ces mots avant la fin.

oOo

Gandalf détourna nerveusement son regard de l'Est. Aucune lumière ne jaillissait à l'horizon, les rayons du soleil levant ne parvenaient pas a percer la sinistre couche de nuages, noire et malsaine, qui s'étendait depuis le Sud-Ouest.

Il capta le regard de Thranduil et il put lire dans ses yeux sans âge la même crainte qui étreignait ses entrailles.

Alors, sans ménagement, il bouscula Bard qui allait prendre la parole pour accueillir Fili et ses compagnons mais il ne lui laissa pas le temps de parler.

— Le temps n'est plus à vos rivalités enfantines ! Je sens que quelque chose bouge dans l'ombre. Notre ennemi a déployé ses forces pendant que vous vous disputiez les parts du trésor!

— Gandalf ? De quoi parlez-v...

Mais, avant que Fili n'ai pu finir sa phrase, une clameur sourde s'éleva du Sud-Ouest, répandant la terreur dans le cœur des hommes, nains et elfes pris au piège par l'innommable armée qui venait de pénétrer dans la vallée.

— Aux armes ! Vous vouliez du sang, pauvres fous, vous serez servis au delà de vos attentes ! Réveillez vos guerriers, rois elfe, prince nain et capitaine humain, réveillez-les et dîtes-leur de changer de cible ! Nous seront attaqué de front. Que les archers se positionnent sur les contreforts de la Montagne, les fantassins défendrons leur vie dans la plaine !

Thranduil lâcha avec classe un violent juron elfique fort approprié dont le sens aurait sans aucun doute fait rougir Bilbo, pourtant maître en la matière et il fit demi-tour pour se rendre au plus vite auprès de ses soldats et les organiser efficacement.

Affolé, Bard ne mis pas longtemps à se rappeler qu'il était dorénavant le capitaine de la petite armée humaine et il se hâta sur les traces de Thranduil sans un regard pour Fili qui avait déjà lancé ses ordres à Balin et Dwalin, renvoyant les deux nains dans la Montagne, plusieurs centaines de mètres plus loin. Il allait les suivre, mais Gandalf s'empara se son épaule pour le forcer a lui faire face.

— Qu'avez vous fait du cambrioleur ? Où est Bilbo ?

Fili ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Sentant une vague d'angoisse enfler en lui, il se dégagea du magicien et scruta nerveusement la plaine, le relief de la Montagne et les ruines qui se devinaient en contrebas malgré les ténèbres qui stagnaient encore dans l'aube inexistante.

— Il est sortit il y a quelques heures avec l'Arkenstone...

Il sursauta à peine lorsqu'un immonde cor orc sonna, repris par une centaine d'autres et il accrocha le regard anxieux de Gandalf qui fronça les sourcils.

— Nous vous l'avons renvoyé aussitôt.

— Il n'est pas... Nous ne l'avons pas revu ici...

Le magicien sonda le regard du jeune nain et, loin de le rassurer, l'effroi sincère qu'il lu dans les yeux agités lui fit comprendre que Fili ne mentait pas, Bilbo n'avait pas remis les pieds dans la mine.

La clameur de l'armée orc prit de l'ampleur alors qu'elle s'élança et Gandalf fouilla des yeux la désolation de Smaug qui les entourait. Mais le temps était compté, ils étaient totalement à découvert entre le camps des armées elfe et humaine et les portes de la mine. Le magicien et Fili, en temps que leaders, ne pouvait pas perdre leur temps à chercher un hobbit disparu, quelque soit la valeur qu'ils lui portaient.

Avant de se détourner, il lança un dernier regard grave au nain blond qui restait figé par l'horreur, sourd aux hurlements de son petit frère qui le suppliait de venir se mettre à l'abri et le magicien plissa les lèvres, soudain inquiet de voir une détermination, farouche et implacable, effacer peu à peu l'effroi et l'agitation de ses pupilles troublées.

— Fili, ils seront aux portes de la mine dans quelques instants, ce n'est qu'une question de minutes, les tiens ont besoin d'un général pour affronter ce qui
arrive !

— Mourir à leurs côtés est tout ce que je puis faire pour eux, mais si je dois perdre la vie aujourd'hui, il y a une personne que j'aimerai revoir avant de fermer les yeux.

Le regard du magicien s'assombrit et Gandalf perdit quelques secondes pour chercher les mots qui feraient renoncer le blond à la folle entreprise qu'il lisait dans son attitude. Mais ce furent quelques secondes de trop, Fili avait déjà disparu, malgré son frère qui hurlait et se débattait, retenu par Bofur et Gloin qui cherchaient à l'empêcher de franchir la porte que fermaient les autres nains de la compagnie. Gandalf serra la mâchoire et fit volte face en jurant sur l'opiniâtreté des nains et la disposition surprenante qu'avait les hobbits à se fourrer dans les ennuis.

— Fili !

Le blond se figea lorsque la voix impérieuse claqua malgré le fracas de l'armée orc qui s'avançait et des troupes elfes et humaines qui prenaient positions sur les points stratégiques de la Montagne. Lentement, Fili se retourna et planta ses yeux gris dans ceux, aussi bleus que le ciel maintenant disparu, de Thorin, plusieurs dizaines de mètres plus loin, qui maîtrisait Kili d'une main et maintenait la porte de l'autre.

— Fili... Reviens ici. C'est un ordre de ton roi et une supplique de ton oncle.

Fili se perdit un instant dans les pupilles bleues dont la clarté retrouvée était noyée dans l'angoisse et il n'osa même pas regarder Kili dans les yeux. Sans voix, il se contenta de secouer négativement la tête et se détourna. Le tumulte de l'armée qui se propulsa soudainement dans la plaine couvrit les hurlements de Kili qui se débattait désespérément dans les bras de son oncle, s'arrachant la voix sur le nom de son frère.

oOo

Kili parvint soudainement à se défaire de la poigne de Thorin et s'élança à découvert, sur les traces de Fili qui avait disparu de vue. Mais il s'immobilisa brusquement lorsqu'il vit la vague noire, composée des créatures les plus infâmes que portait la terre du milieu, qui déferlait à vive allure sur la plaine. Thorin l'attrapa à ce moment et se figea lui aussi, les yeux écarquillés. Mais il ne perdit pas de temps et profita de la terreur qui avait pris le contrôle du corps de Kili pour le ramener dans la Montagne avant d'ordonner à ses compagnons de sceller la porte d'un lugubre hochement de tête.

— Non...

Thorin déglutit tellement le murmure brisé que gémit son amant lui fit mal, mais il musela sa douleur et traina le plus jeune derrière lui.

— Thorin... Je t'en supplie... pas Fili, n'importe qui mais pas lui...

Le roi ne répondit pas et s'enferma avec Kili dans une ancienne salle d'arme qui regorgeait d'armures étincelantes. Sans un mot, il déshabilla Kili pour lui passer la cote la plus solide qu'il ajusta rapidement.

— Quoi qu'il arrive, tu restes prêt de moi.

— Je refuse que tu prennes le risque de me protéger !

— Ce n'est pas pour te protéger que je te demande ça...

Kili pâlit soudainement lorsque le regard grave de Thorin se perdit dans le sien. Ensemble... S'ils devaient mourir ce soir, ce sera ensemble. Il hocha nerveusement la tête, le cœur battant la chamade et ouvrit les lèvres pour répondre au baiser désespéré de son oncle qui portait un odieux gout de dernière fois. Ils se séparèrent en tremblant et, main dans la main, rejoignirent les autres nains, parés pour le combat. Tous se redressèrent et regardèrent le grand nain avec un regard brulant, les armes tirées aux claires, prêtes à défendre la vie de leur porteur et Thorin prit le temps de saluer chacun de ses compagnons d'un hochement de tête auquel ils répondirent un par un.

Puis, Dwalin, le premier, mis un genoux à terre et jura son allégeance au grand roi d'Erebor, souverain sous la Montagne, serment repris par tous les nains présents, même Kili lâcha les doigts du plus vieux pour s'agenouiller, ses yeux sombres rivés sur le visage majestueux du nain à qui il comptait offrir sa vie.

— Thorin, quoique tu fasses, nous te suivront.

Le souverain hocha gravement la tête en direction de Dwalin et, avisant les regards attentifs posés sur lui, il prit la parole.

— Avant de prendre la moindre décision, je veux vous faire part de la joie et la fierté que votre compagnie m'a procuré au court de cette aventure, à travers les immondices des caves gobelines, à travers les enchevêtrements et les maléfices de cette forêt lugubre, et surtout, à travers le feu ! Nous avons évincé celui du dragon et celui de l'Arkenstone, mais un nouvel incendie nous menace et si c'est par ce feu immonde que nous devons bruler, alors nous brulerons tous ensemble !

Tous les nains acquiescèrent avec ferveur, et sursautèrent à peine lorsqu'un fracas ignoble résonna dans la mine entière. Le choc des armées qui s'écrasent les unes contre les autres fit trembler les murs mais Thorin ne s'en préoccupa pas.

— Si la mort est le point final de cette aventure, alors mourir à vos côtés sera la plus belle récompense que j'aurai pu espérer.

Du coin de l'œil, Thorin remarqua la manière dont les nains se resserrèrent, le rapide coup d'œil qu'échangèrent Oin et Gloin, l'accolade discrète de Bifur à Bofur qui fit sursauter le moustachu, la manière dont Ori glissa timidement ses doigts entre ceux de Dwalin et la façon dont le grand guerrier les porta à sa bouche pour un ultime baiser et lui même ouvrit la main pour laisser celle de Kili s'en emparer. Il déglutit et regarda la porte qui trembla une nouvelle fois, mise à mal par la colère des gobelins qui s'y écrasa et sa voix se fit soudainement plus puissante et bien plus déterminée, résonnant dans les halls de la mine :

— Mais il y a, au dehors, deux de nos compagnons, notre cambrioleur et notre prince, et il est impensable que nous les abandonnions à leur sort !

Kili écarquilla les yeux et se tourna vers son roi alors que les dix autres nains approuvèrent bruyamment la décision et il se turent leur la voix puissante de Thorin tonna comme le tonnerre.

— Que la Montagne brûle, que le ciel s'écroule sur une mare de sang ! Si mon peuple doit tomber, alors je tomberai aussi, mais pas avant d'avoir retrouver deux des personnes les plus chères à mon cœur ! Si nous devons mourir aujourd'hui, alors nous mourrons tous ensemble !

Un nouveau coup résonna à la porte scellée, couvert par les hurlements des nains et, sans lâcher la main de son neveu, dégainant solennellement Orcrist, Thorin se tourna vers l'ouverture avant de murmurer d'une voix implacable :

— Et maintenant, que l'on ouvre les portes, crions le noms de nos pères, montrons leur de quoi est faite la lignée de Durin.

Et c'est alors que le chant de guerre des nains d'Erebor se mêla à la clameur du combat.

oOo

Si mon peuple doit tomber,
Alors je tomberai aussi
Confiné dans les Halls de la Montagne,
Nous nous sommes trop approchés des flammes

oOo

Et j'espère que tu te souviendras de moi


Oui, ce chapitre est court (très), mais rassurez vous, si j'arrive à faire tenir tout ce que j'ai en tête dans le suivant, il sera au moins trois fois plus long...