— Mais laissez moi partir bon sang ! Vous ne voyez pas que nous sommes condamnés de toute manière ?
— Qu'il se taise, je réfléchis !

Ulfric, les lèvres plissées par la panique, fit une révérence obséquieuse et, pour s'occuper les mains, contraignit le hobbit au silence en lui couvrant la bouche du bâillon dont il avait réussi à se défaire. Bilbo, terrorisé par la clameur immonde qui résonna dans la vallée, promesse terrible et cruelle d'une aube cauchemardesque, chercha à ruer et se débattre, mais il ne parvint qu'à resserrer les liens qui lui sciaient les poignets et qui le maintenaient contre le mur où il était entravé.

Le maitre, qui avait pensé l'utiliser comme monnaie d'échange lors d'un discret marchandage avec le prince qui régnait dorénavant sur les somptueux trésors de la Montagne, avait conduit Bilbo dans les ruines de ce que fut la ville de Dale. Ruines vers lesquels se dirigeaient maintenant des troupes d'orques, de wargs, de trolls et de gobelins.

Dale, de part ses renfoncements, ses tours et ses murs, sera sans aucun doute un point stratégique et un véritable avantage pour quiconque la conquerra, du moins, les elfes devaient le penser car des guerriers de Thranduil marchaient aussi dans cette direction à vive allure, déterminés à prendre les orcs de vitesse.

— Maitre, il nous reste peu de temps et les orcs seront là avant les elfes...
— Je le sais, mais nous n'avons aucune issue.

Bilbo, sourd aux paroles défaitiste de l'humain, ferma les yeux et chercha à calmer les pulsations de son cœur, qui étaient tellement fortes, emballées et irrégulières qu'elles en étaient douloureuses. Sa respiration déjà mise à mal par le bâillon en était devenue saccadée et difficile. Il tira une nouvelle fois, en vain, sur ses liens puis se contraignit à l'immobilité.

Son anneau était dans sa poche, il le sentait, plus lourd et plus tentateur qu'à l'accoutumée, mais il ne pouvait même pas l'atteindre. Un gémissement de terreur s'écrasa sur le tissu sale lorsque le sol se mit à trembler sous la proximité de l'effroyable armée. Les gros des troupes venaient de se rencontrer dans la plaine, les flèches des elfes pleuvaient, de même que les coups et les morts. Un liquide violet, mélange du carmin des humains, de l'écarlate des elfes et du noir des orcs, commençait déjà à abreuver la terre recouverte de cendres ternes, générant ainsi une boue pâteuse et immonde qui charriait une odeur répugnante.

oOo

Perdu dans la mêlé, un nain blond se frayait un passage, amputant et tailladant quiconque se pensait assez fou pour le ralentir. Sa petite taille et le tumulte qui régnait alors au cœur du chaos étaient ses alliés, mais avancer lui était très difficile et il rageait de ne pas savoir où se trouvait Bilbo. La seule indication qu'il avait étaient les pulsations qu'il sentait dans sa poche, celles d'une petite pierre qui portait l'éclat du Soleil et qui se désespérait de sentir son possesseur en danger.

— Accroche toi, Bilbo, j'arrive.

Coupant le bras d'un orc qui était sur son passage, Fili s'avança et, s'en remettant à l'unique piste qu'il avait : il obéit à la citrine qui l'enjoignait de se diriger vers les ruines de la ville immense, infestée par les centaines de Gobelins qui en avait pris possession.

oOo

Des larmes acides coulaient le long de ses joues et son corps tremblait tellement la tension qui le parcourait était intense. Les orcs et les gobelins avaient été les premiers à pénétrer dans l'ancienne cité humaine, mais les elfes n'avaient pas mis longtemps à arriver non plus. La bataille qui se déroulait ici ne ressemblait en rien à celle qui sévissait sur la plaine. Les combattants étaient tapis, à couvert des murs de pierres et des bâtiments à moitié détruits. Les armées s'affrontaient à coup de flèches et de fourbes escarmouches, mais aucun combat ne se faisait à découvert, car les archers embusqués faisaient des ravages des deux côtés.

Le combat qui faisait rage dans les ruines était d'un fouillis indescriptible, sitôt un groupe d'elfe parvenait à prendre le contrôle d'une tour, leur donnant l'avantage sur un certain secteur toujours plus avancé que le précédent, une troupe d'orc en faisait de même à l'autre bout de la ville. Si bien qu'à chaque coin de la vieille cité se trouvaient autant d'elfes que d'orcs.

Par chance, les deux humains, qui s'étaient enfuis un peu plus tôt, avaient abandonné Bilbo à son sort dans une bâtisse détruite et oubliée.

Le hobbit, toujours entravé et bâillonné, entendait les cavalcades, les cris, les sifflements des flèches, les chutes des corps tout autour de lui, mais il ne pouvait rien faire.

A genoux à même le sol jonché de pierre, il parvint difficilement à se redresser et, oblitérant la douleur qu'il ressentit dans les muscles déchirés de ses omoplates, il fit glisser une jambe de manière à pouvoir porter son visage sur le genoux plié contre lequel il frotta la joue afin d'en faire glisser le bâillon. Il chercha une nouvelle fois à bouger les bras pour se défaire des liens qui rongaient ses poignets dans son dos et qui étaient attachés à un anneau rouillé rivé au mur.

Mais à peine fit-il un mouvement qu'un gémissement de douleur franchit ses lèvres alors qu'une brulure fulgurante remonta le long de ses bras meurtris jusqu'à se ficher dans le creux de ses omoplates. La corde était tellement serrée qu'elle avait pénétré dans la chair à vif qui saignait abondamment.

De nouvelles larmes suivirent les sillons à peine secs des premières et, abattu et désespéré, il courba l'échine. Les gouttes salées s'écrasèrent au sol, juste devant ses genoux et il se mordit la lèvre déjà bien abimée par le bâillon pour ne pas que ses sanglots soient entendus.

Et il fit la seule chose qui lui restait à faire, il pria pour que le premier guerrier qui pénétrera dans la demeure soit un elfe sage et non un orc assoiffé de sang et il implora l'aide de Fili, de tout son cœur, murmurant du bout des lèvres à quel point il regrettait toutes les insultes qu'il avait proféré à son encontre, taisant, mais n'en pensant pas moins, le fait qu'il ne s'était jamais sentit aussi bien que lorsque ce galier le prenait dans ses bras. Il jugula un sanglot amère lorsqu'il vint à admettre que le seul paradis qu'il considèrera digne de ce nom sera une salle de bains oubliée, parée de champignons phosphorescents et dont l'atmosphère sera saturée par les lourdes vapeurs des sources chaudes. Sans oublier ce pédant prince irrespectueux au sourire narquois et au regard insolent... Mais les princes et les cambrioleurs ne vont pas au même endroit dans la mort, n'est-ce pas ? Pas plus que les nains et les hobbits...

Bilbo sursauta soudainement lorsque le fracas caractéristique d'un combat s'éleva tout autour de lui et il se tendit. Contraint à l'immobilité, il ne pouvait qu'attendre.

Soudain, une ombre le couvrit et il écarquilla les yeux. Avec grâce, un immortel venait de prendre place quelques mètres au dessus de lui. L'elfe blond s'était collé contre le mur écroulé qui lui servit de meurtrière, sans voir le hobbit quelques mètres plus bas qui était figé par la surprise. Le guerrier sylvestre caressa distraitement l'empennage blanc de sa flèche encochée et prête à tirer. Plus tendu que son arc, il balaya la zone de son regard sans âge et, dès qu'il repéra ses cibles, il se mit en mouvement. Sa main, à peine la première flèche lâchée, virevolta de son carquois jusqu'à la corde à une telle vitesse que la suivre du regard était impossible.

Il décocha sept flèches et Bilbo entendit tout autant de grognements funestes. Puis, agilement, le guerrier immortel s'accroupi contre le mur pour se mettre à couvert. Plusieurs flèches noires sifflèrent au dessus de lui, quelques unes ricochèrent ou se brisèrent contre la pierre de la bâtisse, mais il resta immobile.

Ce fut à ce moment que son regard concentré croisa celui, stupéfait, de Bilbo et l'elfe eut un sursaut de surprise. Lui et le hobbit entravé s'étudièrent longuement, malgré les flèches qui sifflaient et les grognements qui se rapprochaient. L'un cherchait à établir un lien entre la présence incongrue d'un semi-homme ligoté et la bataille qui avait lieu, l'autre essayait de savoir s'il avait le droit d'espérer que les choses s'améliorent pour lui.
Puis, l'elfe jeta un regard par dessus le muret qui le couvrait et jura lorsqu'il se rendit compte que l'ennemi s'était approché. Tel un cerf effarouché, il allait bondir et s'éloigner de cette zone maintenant dangereuse, mais le cri interloqué que poussa Bilbo et que son ouïe fine interpréta comme un « Attend ! » désespéré le retint quelques secondes. Le temps qui lui fut nécessaire pour dégainer un petit poignard, viser et tirer.

Bilbo poussa un gémissement de douleur et bascula en avant, mais il eut le reflexe de porter ses mains devant lui pour réceptionner sa chute et, à sa grande surprise, ses poignets soudainement libérés et engourdis obéir à l'injonction. Il poussa un souffle douloureux lorsque ses paumes percutèrent le sol et il regarda un instant ses mains couvertes de sang sans comprendre, jusqu'à ce qu'une nette striure rouge n'apparaisse le long de son avant bras. D'un regard par dessus son épaule, il avisa le poignard finement ouvragé planté dans le socle de pierre au pied duquel gisaient les liens sectionnés et imprégnés de son sang.

Il leva les yeux pour les poser à l'endroit où s'était tenu l'elfe, mais la place était vide, le guerrier farouche s'était évaporé et menait son propre combat quelque part dans cette ville cauchemardesque. Le hobbit passa nerveusement sa langue sur ses lèvres abîmées et inspira à fond pour se donner un semblant de courage qu'il ne possédait pas et, sans force, ses jambes encore engourdies par l'immobilité forcée, Bilbo se leva et tituba jusqu'au mur pour récupérer le poignard. Ulfric était parti avec Dard et le hobbit était dorénavant désarmé. Mais il possédait quelque chose qui lui offrait un net avantage dans ce genre de situation.

Il déglutit douloureusement lorsqu'il entendit des pas lourds s'approcher de la bâtisse qui le protégeait et, alors que les trois orcs qui avaient survécu à l'attaque de l'elfe et qui pensait pouvoir le trouver encore ici pénétrèrent dans la pièce détruite, le cambrioleur glissa son doigt dans sa poche et retint sa respiration.

Perdu dans le monde d'ombres et de lumières dans lequel l'anneau l'avait plongé, il se força à reste parfaitement immobile, le temps que les orcs, troublés par sa présence invisible et par l'odeur du sang, ne tournent les talons. Une fois seul, il reprit son souffle et se mit en mouvement.

oOo

— OÙ EST-IL ?
— Pas si fort, je vous en pris, les orcs-
— Les orcs seront bien le cadet de vos soucis si vous persistez à me cacher ce que vous avez fait de mon hobbit !

Ulfric poussa un nouveau gémissement où la terreur se mêlait à la douleur et il tenta une nouvelle fois de se défaire de la prise du nain qui l'avait cloué au sol, un genoux posé sur sa poitrine et ses doigts serrés sur la garde de l'épée courte qui était plantée dans son épaule, la transperçant de par et d'autre. Il ne prêtait plus aucune attention aux gargouillis immondes que faisait la gorge ouverte du cadavre du maitre de Lacketown, à quelques mètres de lui.

Ulfric aurait sans aucun doute connu le même sort, si Fili n'avait pas vu la petite lame elfique qui pendait à sa ceinture.

— Je ne sais pas, je vous le jure. Nous ne lui avons fait aucun mal.
— Menteur.

Le grondement implacable portait tellement de fureur que l'humain en sentit les poils de son échine s'hérisser sous le danger. Il gémit de nouveau, puis cria franchement lorsque la lame sortie de son épaule. Il ferma les yeux en attendant le coup fatal, mais Fili se releva et commença à s'éloigner, Dard dans ses mains.

— Vous... Vous ne me tuez pas ?
— Tu ne le mérites pas.

Fili était déjà loin, pourtant il entendit clairement les hurlements d'agonie que poussa le valet du maitre lorsqu'une petite troupe d'orcs le débusqua.

Le regard brulant de détermination, il n'y prêta aucune attention et continua d'avancer au cœur de la bataille qui opposait les flèches à l'empennage blanc à celles qui étaient peintes de noir.

oOo

Sous le choc, le mur explosa et Bilbo tomba à terre. Dans un grognement animal, le troll leva sa massue et l'abattit une nouvelle fois, fracassant le rocher qui ne se tenait qu'à quelques centimètres du hobbit invisible. Les sens exacerbés de la créature n'eurent aucun mal à localiser sa proie qui cherchait à se dépêtrée des gravats et il frappa, encore et encore. Prostré entre deux pierres qui se fêlaient dangereusement sous la violence de la pluie de coups, le cambrioleur parvint à se dégager discrètement et à s'éloigner du troll. Mais l'anneau qu'il portait à son doigt désirait retourner auprès de son maitre et il appelait à lui toutes les créatures qui étaient capable de sentir son aura maléfique.

Bilbo ne fit pas dix mètres avant qu'un warg lui barre le passage, les crocs découverts, le poil hérissé et les narines dilatées, captant facilement la fragrance du plus petit qui s'était figé. L'animal bondit et Bilbo parvint à l'esquiver et il chercha refuge dans les ruines d'une demeure qui fut autrefois immense et somptueuse. Le loup géant s'engouffra à sa suite mais Bilbo se faufila dans un passage trop étroit pour l'animal qui n'eut que le temps d'y engouffrer sa patte et ses griffes acérées se rétractèrent. La peau se déchira et Bilbo ne parvint pas à retenir un hurlement de douleur. Il traversa une suite de bâtiments en courant et, sans ralentir, il décida de retirer l'anneau qui ne lui était décidément d'aucune aide. Les créatures qu'il affrontait aujourd'hui avaient les sens trop affutés : à leur yeux, personne n'était invisible.

Il se cacha dans le renfoncement d'un mur pour reprendre son souffle et étudier les trois lacérations que portait dorénavant son épaule, mais un grognement guttural s'éleva au dessus de lui. Le troll qu'il avait pensé semer un peu plus tôt avait retrouvé sa trace et grogna une nouvelle fois lorsque son regard cruel croisa celui du hobbit. Il affermit sa prise sur sa massue et chargea. La pierre vola en éclat et Bilbo fut projeté au sol. A bout de force, il hésita à se relever, mais lorsque les pas lourds martelèrent le sol en s'approchant pour lui donner le coup de grâce, il serra les poings et refusa de laisser les choses se terminer ainsi. Il attendit le dernier moment et roula sur le côté, amenant son bras déjà meurtri devant son visage pour le protéger des débris qui volèrent lorsque la massue du troll fit éclater la roche. Agacée, la créature grogna furieusement et se retourna, les pupilles rétractées sous la colère. Bilbo s'était déjà relevé et avait commencé à s'enfuir, mais le troll, plus rapide, le rattrapa et leva sa main. La gifle qui le percuta fit voler le cambrioleur contre le mur le plus proche et la main immense continua son mouvement en le plaquant contre la roche. Compressé, Bilbo poussa un gémissement de douleur qui se transforma en hurlement lorsque la créature commença à appuyer sans pitié. Son corps n'était plus que souffrance et il ne parvenait même plus à respirer, les larmes aux yeux, tout ce qu'il était capable de faire dorénavant, c'était d'attendre que ce cauchemar cesse, d'une manière ou d'une autre. Ce fut le noir qui l'extirpa du chaos et il glissa avec bonheur dans le néant forgé par l'inconscience.

Il se réveilla en sursaut, la joue cuisante et il écarquilla les yeux.

— Qu'est-ce que-
— Shhh !

Une main rude se posa fermement sur ses lèvres, veillant à le faire taire sans lui faire le moindre mal. Bilbo remarqua qu'il était à l'abri à l'étage d'une immense bâtisse à moitié détruite, alors il resta muet, le temps qu'une petite troupe de gobelins passe sous les fondations de la cachette, puis il répondit avec désespoir au baiser soulagé que lui exigea son sauveur.

— Ca y est, je suis enfin mort ?
— Pas encore, même s'il s'en est fallu de peu...

Le murmure était bouleversé et des mains rudes parcoururent rapidement son corps, à l'affut de la moindre blessure. Bilbo ferma les yeux et se mordit la lèvre pour juguler la puissante vague de soulagement qui lui fit tourner la tête. Sans réfléchir, il passa ses bras autour du cou de l'épéiste et cacha son visage dans le creux de sa gorge en tremblant, un sanglot de reconnaissance lui laboura la gorge lorsque Fili lui rendit une étreinte protectrice et rassurante.

— Je vais te faire sortir de cet enfer, je te le promets.
— Tu es blessé toi aussi.
— J'ai traversé un champs de bataille pour te retrouver et je viens d'affronter un troll, je n'espérais pas m'en sortir indemne.

Avec douceur, le nain l'aida à se remettre sur pied et il le soutint quelques instants afin de s'assurer que tout allait bien. Il plissa les lèvres lorsqu'il sentit que le corps de son cambrioleur tremblait violement et refusa de prêter attention aux poignets déchirés et aux multiples blessures qui faisaient couler son sang, pas maintenant. De l'ivrogne tyranique et rancunier qui lui avait pourris le début de l'expédition il ne lui restait qu'un hobbit tenace mais terrifié qui ne trouvait pas les mots pour dire à quel point l'intervention de Fili lui était salutaire.

— Tu peux marcher ?
— Je crois.
— Très bien, quoi qu'il arrive, tu restes près de moi.

Bilbo hocha la tête en percevant sans mal la tension et l'angoisse dans les paroles du nain et il déglutit.

— Comment as-tu-

Mais une violente clameur éclata au pied de la maison qui les protégeait et ils furent témoin d'un court et brutal combat qui vit la mort de deux elfes et six gobelins. Les guerriers sylvestres acculèrent les créatures de l'ombre et mirent à mort les quatre derniers combattants avant de s'évaporer et Fili ne perdit pas de temps. Profitant de l'ouverture momentanée et du fait que les elfes dominaient plus ou moins ce secteur, il prit la main du hobbit et le traina à sa suite à découvert. Ils slalomèrent entre les cadavres, se firent frôler par quelques flèches noires et bifurquèrent de nombreuses fois pour éviter les zones de bataille.

Ils se figèrent lorsqu'un ordre en noir parlé retentit non loin d'eux et le guerrier nain dirigea Bilbo vers ce qui ressemblait à un temple, du moins, ce qu'il en restait.

Le bâtiment était déjà occupé par une dizaine d'archers gobelins, mais l'effet de surprise et la manière de combattre de Fili lui donna l'avantage contre les tireurs embusqués qui devaient déjà composer avec les volées de flèches envoyées avec une précision mortelle par les elfes et aucun ne survécu à l'attaque.

— Il y en a d'autres qui vont venir.
— Je sais.

Le ton était crispé et ils se ruèrent à la recherche d'une autre sortie, accélérant l'allure lorsque la porte fut forcée.

— Fili, pas par là !
— Fais moi confiance.

Refusant de lâcher la main du cambrioleur, le nain s'engagea dans les escaliers qui menaient à l'étage supérieur au moment où le grognement typique d'un troll se fit entendre. L'animal flaira sans mal leur trace et se propulsa vers eux, arme en main.

— C'est un cul de sac, il va nous coinc-
— Accroche toi.

Sans ralentir sa course, Fili attrapa le hobbit et le plaqua contre lui au moment où il prit son élan.
La vitre, qui avait survécu à l'attaque du dragon, explosa bruyamment sous l'impact des deux corps et la chute fut longue, mais la réception de Bilbo fut amortie par le nain qui ne put empêcher un souffle meurtri de franchir ses lèvres. Le cambrioleur se jeta immédiatement sur ses pieds et aida le plus grand à se relever en murmurant ses excuses mais une slave de flèches noires s'abattit sur eux et Fili, à peine levé, jeta Bilbo dans le renfoncement d'un mur et le couvrit de son corps. Les traits ricochèrent ou se brisèrent contre la pierre, mais ils étaient hors de portée. Les orcs, soudainement pris d'assaut par une nouvelle troupe d'elfe, détournèrent leur attention et ils en profitèrent pour prendre la fuite au hasard des ruelles dégagées.

La journée était déjà bien avancée lorsqu'il parvinrent enfin à l'extrémité de la ville. Entre les pluies de flèches, les rencontres avec les orcs, les gobelins ou les trolls et les longs moments où il leur avait fallu rester tapis dans des recoins à l'abri des regards en attendant que passent les différents dangers, ils avaient l'impression que cela faisait une éternité qu'il cherchaient à sortir de cet enfer.

Les elfes et les orcs continuaient de se tirer dessus et combattre pour dominer les bâtiments les plus avantageux et une sourde clameur montait encore de la plaine, signe que le combat était loin d'être fini.

— Ils sont derrière nous !

Fili jura suite à l'exclamation du plus petit et il ne prit même pas la peine de se retourner. Ils contournèrent une dernière maison et s'immobilisèrent, parce qu'ils avaient atteint les contreforts de la Montagne et qu'ils ne pouvaient aller plus loin. Fili jura une nouvelle fois et, lorsque les grognements orcs se firent entendre, ils firent volte face et le blond, d'un geste ferme, fit reculer son cambrioleur d'un pas afin de le placer derrière lui.

— Bilbo, je vais les retarder, trouve toi un passage et essaie d'escalader ces falaises, ça ne devrait pas être trop compliqué pour toi.
— Ils sont trop nombreux, tu ne tiendras pas cinq minutes !
— Ca devrait te suffire, je t'ai déjà vu disparaître en moins de temps que ça !

Le chuchotement crispé du nain ne souffrait aucune réplique et ses yeux ne quittaient pas la troupe d'orcs qui les encercla doucement en s'assurant de leur couper toute retraite. Mais Bilbo, serra les dents et répondit sur le même ton.

— Ho non Fili, n'y pense même pas.
— Bilbo, par Mahal, comment peux-tu encore espérer que l'on s'en sorte tous les deux ? Je t'en prie, va t-en !
— Je t'ai dit non !

Fili jura mais ne pu répliquer, car les orcs attaquèrent à ce moment. Du coin de l'œil, il vit Bilbo lever son arme et se porter en avant pour combattre à ses côtés, mais d'un coup de coude impatient, il le fit de nouveau reculer de quelques mètres en lui ordonnant de s'enfuir. Bilbo serra les lèvres et leva de nouveau son arme, le regard brulant. S'il y avait bien une chose dont il était certain, c'était qu'il refusait d'assister à la chute de cet insolent tyran blond en restant les bras croisés. Il profita que ce dernier soit aux prises avec un terrifiant guerrier qui faisait plus de deux fois sa taille pour attaquer à son tour et se jeter dans la mêlée. Mais il n'eut le temps d'échanger que trois coups qu'une flèche à l'empennage blanc lui frôla la joue et se ficha dans la gorge de l'orc qu'il affrontait. Elle fut suivit d'une dizaine d'autres flèches similaires et, d'un coup d'œil, Bilbo et Fili repérèrent une tour de guarde perchée sur les falaises de la Montagne de laquelle tombait une pluie de flèches blanches. Sans attendre, le prince nain cessa le combat et attrapa le hobbit pour le trainer au pied de la Montagne et l'aider à commencer l'ascension. Il se retourna ensuite pour mettre à mort la créature qui avait tenté de l'attaquer dans le dos puis, profitant d'être couvert par les guerriers de Thranduil, il rengaina pour commencer l'ascension à la suite de Bilbo, sous le sifflement des traits mortels qui distribuaient la mort autour d'eux, sans voir que certains de ses ennemis avaient su se mettre hors de porté des flèches blanches.

oOo

Bilbo allait atteindre le promontoire qui surplombait la bataille, quand soudain, il sentit clairement que son cœur avait brusquement cessé de battre. Un étrange silence l'engloba soudainement et il ferma les yeux aussi fort que possible, le temps d'un battement de cœur, et il les ouvrit d'un coup lorsqu'un deuxième cri de douleur franchit les lèvres de Fili.

oOo

L'orc, ses deux mains serrées sur la garde de sa lame noire, fit tourner cette dernière de manière à l'enfoncer plus profondément encore dans la chair, glissant dans la faille de l'armure, faisant couler un sang carmin. Fili posa ses doigts tremblants sur ceux de son ennemi et chercha faiblement à le faire lâcher prise, mais la douleur et la fatigue semblaient avoir vidé ses forces et le monstre le dominait aisément. Le guerrier orc inclina l'épée et, du flanc, la fit remonter dans le corps du nain, à la recherche d'un point vital, suivant l'ouverture de l'armure. Fili poussa un troisième cri de douleur et vacilla, mais l'ennemi posa sa main sur son épaule afin de le maintenir alors que sa lame se faufilait entre ses côtes, déchirant tout sur son passage. D'un coup sec, il retira son épée, arrachant un gémissement empli de souffrance à sa victime et affirma sa prise, reculant son bras pour s'assurer que le prochain coup sera bien le dernier.

Il frappa, de toute ses forces.

Dans le vent.

Le hobbit avait sauté, et il parvint à emmener l'orc avec lui dans sa chute. L'animal se releva et serra les doigts sur sa lame, Bilbo voulut attaquer directement, mais le guerrier fut plus rapide et il frappa, du poing. Le cambrioleur fut propulsé au sol où il resta sonné quelques instants, mais il se repris lorsqu'il vit l'ombre le couvrir et, d'une roulade, il se mit hors de porté de l'orc. Un sifflement sinistre le frôla et une flèche noire se brisa contre la roche derrière lui, quelques centimètres au dessus de sa tête. Du coin de l'œil, il avisa un bâtiment duquel sortaient des volées de flèches orcs en direction de la tour de guet un peu plus haut, auxquels les elfes répondaient avec le même acharnement. Un deuxième trait vola dans sa direction et Bilbo esquiva de justesse le coup que l'orc lui porta pour le couper en deux, il repoussa maladroitement le revers suivant et se déplaça de manière à se poster devant Fili. Le nain était agenouillé au sol, une main pressée sur sa blessure pour contenir l'hémorragie, l'autre posée à terre qui fournissait l'intense effort de soutenir son corps sans force et ses yeux, troublés et légèrement voilés, ne quittaient pas Bilbo du regard, luttant contre l'inconscience qui commençait à l'engloutir.

L'orc poussa un bref grognement et leva son bras pour en finir une bonne fois pour toute, puis il rugit, de douleur. L'épée recourbée tomba au sol et le guerrier porta devant ses yeux sa main transpercée d'une flèche blanche. Bilbo profita de l'ouverture et se rua sur lui. Une estafilade au genoux mit le plus grand à terre et, la garde fermement enserrée dans ses deux mains, Bilbo frappa, plusieurs fois. Jusqu'à ce que les grognements de l'orcs se taisent irrémédiablement.

Puis il se jeta sur Fili qui tenta de se remettre debout, mais ses jambes sans force ne le portaient plus, son corps était à bout. Le nain blond se laissa de nouveau glisser contre la pierre maintenant écarlate et chercha à reprendre le contrôle sur sa respiration chaotique.

— Attend, je vais t'aider.
— Je ne sais pas si-
— Laisse moi t'aider et ne discute pas.

La mâchoire serrée à s'en faire mal, Bilbo décida de ne pas se laisser perturber par la faiblesse de la voix et il fit doucement passer un bras autour de la taille du nain blond. Les flèches blanches sifflèrent soudainement au dessus d'eux et Bilbo assista à la chute d'une petite dizaine de gobelins à quelques mètres. Il bénit les elfes dans toutes les langues qu'il connaissait et offrit son épaule en appuie pour venir en aide à son amant.

— Fili, je t'en pris, tu dois tenir bon, si on rejoint les elfes on sera en sécurité jusqu'à la fin, mais tu dois rester avec moi, je n'y arriverai pas tout seul.

Le blond leva son regard troublé vers la tour de garde accrochée au flanc de la Montagne et il serra ses lèvres blêmes, incapable de dire que l'effort était hors de sa portée.

— Pas tout seul...

Bilbo avait suivit le regard du nain et se demanda comment ils allaient bien pouvoir atteindre la tour accrochée au flanc de la Montagne. Mais une chose était certaine : ils y seront en sécurité jusqu'à la fin. Les premiers mètres devaient êtres escaladés, mais ensuite, un petit sentier rejoignait le bâtiment, et les elfes les avaient repérés, ils semblaient prêts à les couvrir.

— Ce n'est pas impossible, on peut le faire.
— Alors fait-le.
— Pas sans toi.

La réplique était intransigeante et Fili souffla doucement, fermant délicatement les yeux, comme si les tenir ouvert lui demandait trop d'effort.

— Une semaine auparavant, tu aurais été trop heureux de pouvoir m'abandonner ainsi. Je n'aurais même pas eu à te le demander. D'ailleurs, je ne m'attendais pas à ce que tu fasses demi tour pour t'interposer...
— Les gens changent.

Les lèvres plissés, Bilbo observa un nouveau groupe de gobelins se faire terrasser par les flèches elfes et il se demanda combien de temps il leur restait devant eux. Fili, quant à lui, avait entendu le reproche à peine voilé dans la voix du hobbit. « Les gens changent ». En bien, mais aussi en mal, il en était conscient plus que quiconque et c'était pour cela qu'il était considérablement reconnaissant envers Bilbo d'être encore à ses côtés, malgré le visage qu'il lui avait montré lorsqu'il était sous l'emprise de l'Arkenstone.

Et son cambrioleur ne semblait pas prêt à le quitter maintenant.

Il serra les dents, brima la douleur et riva son regard sur le promontoire qui était seulement à quelques mètres au dessus de lui. Ca, il pouvait le faire : un dernier effort pour s'assurer de mettre Bilbo hors de portée des légions ennemis.

Appuyé sur son hobbit, il parvint à se redresser et puisa dans la force tenace propre à sa race pour escalader la roche, lentement et laborieusement, aidé de Bilbo et couvert par les flèches blanches qui pleuvaient autour d'eux.

L'ascension vida ses dernières forces et, une fois sur le promontoire, il se laissa tomber et cessa de lutter contre son corps. Bilbo s'assit à ses côtés, s'autorisant enfin à relâcher sa garde maintenant qu'ils étaient hors de vue et de porté des ennemis qui grouillaient dans la ville. D'un geste irréfléchi, il s'empara d'une main, faible et pâle, du nain et la porta à sa bouche pour l'embrasser et y noyer le sanglot qui lui déchira la gorge. La main se délia et vint lui caresser la joue, recueillant délicatement une goutte salée.
Le nain porta la larme devant lui et y fit distraitement ricocher les rayons du soleil couchant, incapable de déterminer si s'agissait du plus magnifique ou bien du plus triste des présents que l'on ne lui avait jamais fait.

Bilbo expulsa un souffle tendu et se glissa contre la roche derrière Fili qu'il aida à se redresser un peu pour s'adosser sur lui afin d'être installé plus confortablement, sans se soucier du sang qui coulait. Il leva le regard vers la tour occupée par les elfes, si proche et pourtant inaccessible, puis il soupira une nouvelle fois et resserra son étreinte sur Fili qui était avachi sur lui, entre ses jambes.

— Reste avec moi, Fili, je t'en pris.
— C'est toi qui es parti en premier.
— J'y ai été contraint, je ne voulais pas que tu sois victime de l'Arkenstone.
— Pourquoi ?
— Parce que je suis amoureux de toi, crétin.

Fili, qui avait fermé les yeux, les rouvrit sous la surprise et chercha le regard du hobbit, il le trouva et sentit son cœur chavirer lorsqu'il croisa les pupilles noyés sous la sincérité et l'angoisse. Emu et assommé par sa blessure, il ne réussit qu'à chuchoter faiblement d'une voix emplie d'espoir :

— Amoureux comme « Je suis prêt à passer ma vie à Erebor avec toi » ?

Bilbo le regarda un instant, considérant la question qui n'avait plus lieu d'être depuis quelques temps, avant d'hocher la tête en chuchotant à son tour :

— Oui. Oui, bien sur, mais sous certaines conditions.
— Lesquelles ?
— Que tu survives à cette blessure.

Le nain écarquilla faiblement les yeux et fit glisser ses doigts dans ceux de Bilbo en souriant doucement.

— Si je survis, tu ne partiras plus ?
— Non.

Le blond ferma de nouveau les yeux, sans cesser de sourire.

— Merci, Bilbo.

Le hobbit, la gorge obstruée par des sanglots qu'il ne voulait pas lâcher, regarda son prince glisser dans l'inconscience. Puis il posa son regard sur la tour de garde et gonfla sa poitrine d'un souffle déterminé.

Fili avait bravé un champs de bataille pour le retrouver, il avait mis sa vie en jeu un nombre incalculable de fois pour le protéger, la dernière lui avait été funeste.

Il était absolument hors de question que Bilbo le laisse mourir dans ses bras alors qu'ils étaient enfin hors du danger. Alors il se leva, soulevant le nain avec lui en passant l'un de ses bras sur ses épaules et l'agrippant à la taille.

Le sentier était abrupte, l'ascension de nuit fut pénible et incroyablement longue, à moins que ce ne soit lui qui ait perdu la notion du temps. Fili oscillait entre l'inconscience et un vague état éveillé, sans vraiment de lucidité, mais avec un contrôle suffisant sur son corps pour aider Bilbo à grimper vers les elfes.
Le hobbit arriva à la tour de garde à bout de force. Son souffle était douloureux, sa tête était lourde et des tâches noires dansaient devant ses yeux. Il ne se rendit même pas compte que quelques elfes étaient sortis du bâtiment pour prendre en charge son fardeau, il fut incapable de dire de quelle manière il avait pénétré dans la tour ni combien de temps il passa assis à même le sol, adossé contre le mur sombre, bercé par le sifflement des flèches, par la clameur des combat en contrebas, par les ordres aboyés par le lieutenant qui dirigeait la vingtaine de guerriers sylvestres et par le ballait des doigts du guérisseur qui allaient et venaient, armés d'une fine aiguille d'argent et d'un fil brillant, d'un bord à l'autre de l'effroyable blessure du prince d'Erebor.

Il se réveilla en sursaut lorsqu'une clameur s'éleva de la plaine et de la ville et fut un instant déboussolé. Plusieurs elfes étaient venus prendre refuge dans la tour durant la nuit, mais aucun des guerriers présents n'avaient leurs armes en main, le combat semblait avoir cessé. Immédiatement, il chercha son compagnon des yeux et le trouva torse nu, allongé à même le sol de cette immense salle dénudée du moindre meuble, non loin de lui. Toutes ses blessures avaient été lavées et soignées et il gisait, parfaitement immobile, les yeux clos et la peau trop pâle. Bilbo se releva en remarquant que ses propres blessures avaient été pansées elles aussi, puis il se dirigea en titubant vers le neveu de Thorin. Il fit glisser sa main sur le torse et la posa à plat sur la poitrine, jugulant difficilement un nouveau sanglot lorsqu'il sentit sans mal les puissants et réguliers battements du cœur qui charriaient le sang à travers son corps: Fili était en vie.

Il leva ensuite le regard et remarqua que plusieurs soldats blonds étaient aussi allongés à même le sol, certains ne respiraient plus du tout, d'autres présentaient des blessures inquiétantes. Bilbo fronça les sourcils et se redressa pour s'approcher de l'un des elfes qui distribuait des soins non loin de lui, à un guerrier inconscient au visage ensanglanté.

— Il va s'en sortir ?
— Son œil est perdu, mais sa vie est hors de danger.
— Comment s'appelle t-il ?
— Kaluinen.

Le hobbit hocha la tête et s'écarta pour laisser le soigneur s'éloigner vers un autre blessé. Il resta un instant à côté de l'elfe maintenant borgne et s'accroupi à ses côtés en dégainant un petit poignard joliment ouvragé qu'il posa près de la main fine et élégante.

— Je ne vous remercierai jamais assez pour votre geste et pour ce poignard m'ont sauvé la vie. Je vous le rends maintenant, j'espère que vous l'utiliserez encore de nombreux siècles.

La main pâle qui se délia pour se poser sur le manche du poignard fut le seul signe que donna Kaluinen pour montrer que les mots de Bilbo avaient été entendu et le hobbit se releva pour se diriger vers les meurtrières devant lesquels une dizaine d'elfes commentaient ce qu'ils voyaient, l'un d'entre eux eut l'amabilité de mettre Bilbo au fait des événements de la nuit :

Pendant que Bilbo et Fili défendaient leur vie dans la cité en ruine, Daïn et l'armée des Monts de Fer étaient arrivés à temps pour taillader la ligne d'attaque de l'armée sombre, allégeant ainsi les combattants elfes et humains de la plaine qui étaient submergés. La bataille a duré toute la nuit et ce fut l'arrivée des aigles, à l'aube, qui a fait tourner l'avantage en leur faveur.

Certain elfes évoquèrent aussi une créature immense, un ours monstrueux qui a fait couler beaucoup de sang noir parmi les orcs mais, lorsque Bilbo demanda des nouvelles des nains de la compagnie de Thorin, ce furent des visages sombres qui lui répondirent.

Un capitaine elfe entra soudain dans la tour et donna rapidement quelques ordres dans leur langue chantante. Les archers encore capables de combattre s'évaporèrent soudainement pour prendre en chasse ce qui restait de l'armée de Sauron, laissant derrière eux les soldats spécialisés dans les soins et une vingtaine de blessés. Bilbo s'approcha de la meurtrière la plus basse mais détourna rapidement les yeux lorsqu'il vit qu'elle donnait sur le champs de bataille de la plaine et sur le nombre affolant de cadavres qui y gisait.

Epuisé, il retourna auprès de Fili et s'allongea du côté qui n'était pas blessé, posant sa tête sur le torse solide du nain qui, dans son sommeil, eut le reflexe de passer son bras autour de la taille du cambrioleur pour le presser contre lui.

Bilbo sombra dans l'inconscience en bénissant cette incroyable ténacité qui permettait aux nains d'encaisser les pires des blessures sans broncher là où n'importe quel mortel se serait contenté de perdre la vie et il espéra de tout son cœur que chacun des nains de la compagnie dont il était sans nouvelle ait pu voir le soleil se lever sur la défaite des orcs.


Je suis vraiment désolée pour les délais de parution du moment, mais je suis un peu dans le rush pour tout (et je sacrifiebeaucoup de mes temps libres à mon potager qui est mourrant avant même que puisse y planter la moindre chose, si vous voulez un exemple : la bataille des cinq armées est dans mon jardin, entre les orties, les ronces, les framboisiers, Daenerys (ma poule qui est en fait un coq), moi-même et cette plante non identifiée qui ressemble à de la vigne mais qui commence à prendre l'avantage et qui pousse partout sauf là où elle a le droit. C'est épique, tout le monde est contre tout le monde et je ne sais pas s'il y aura des survivants à la fin).

Tout ça pour dire que je vais avoir du retard.
Mais les prochains chapitres de Coup Fatal, Requiem et Vous revoir (et quelques OS) sont en cours, ils arriveront un jour.