OoO

— Hors de ma vue, putride racoleuse !

Avec rage, Bilbo lança le somptueux cristal qu'il avait déniché mais, après quelques minutes d'étude intensive, il se rendit compte qu'il ne possédait aucun charme et donc, qu'il n'était pas digne d'être ramené à la surface pour être sertie en pendentif.

Il avait passé un nombre incalculable d'heures dans les galeries d'Erebor à la recherche d'une pierre, n'importe laquelle, tant qu'elle irait à l'autre ingrat malcommode et qu'elle pouvait rivaliser d'éclat avec le saint-frusquin prétentieux de la mégère glabre et déplumée, à comprendre: le rubis de Mel.

Le hobbit n'avait pas vraiment la tête à cette quête, mais c'était la meilleure chose qu'il avait trouvé pour tuer l'ennui et la nervosité en attendant le réveil de ce casanova flavescent de prince endormi.
Il shoota dans un rubis en imaginant que c'était celui que Mel avait longuement taillé pour Fili, puis il marcha distraitement parmi les galeries gorgées de pierres toutes aussi sublimes les unes que les autres, mais pas assez au goût de Bilbo qui avait tout de même été amené à côtoyer sans le savoir les pierres les plus majestueuses du monde minéral.

Puis, soudainement, il se tendit et il eu le reflexe de se baisser lorsqu'il entendit un projectile siffler en volant vers lui. La pierre qui lui était destinée vola en éclat en s'écrasant contre des cristaux d'ébonite et il se retourna, sur ses gardes.

— Toi ! Le cambrioleur… Tu ne paies rien pour attendre !

Bilbo écarquilla les yeux lorsqu'il se trouva face à Mel, les yeux rougis par les pleurs et un rictus haineux déformant ses belles lèvres pleines. Bilbo n'était pas un génie de la déduction, mais il n'eut pas besoin de chercher loin pour comprendre de quoi il en retournait.

— Fili s'est réveillé ?

En réponse, elle hurla de rage et ramassa la première pierre à porté de main, un lapis, qu'elle lui lança au visage. Bilbo l'esquiva et, loin de se sentir en danger, alors qu'il le devrait, compte tenu de la force supérieure que possédait cette naine de bonne constitution habitée par la rage, il ne put s'empêcher de se réjouir en imaginant les mots utilisés par Fili pour faire comprendre à cette grognasse qu'elle s'était fait piquer sa place.

Sans qu'il ne puisse les en empêcher, ses lèvres se retroussèrent dans un sourire victorieux qui ne dura pas bien longtemps : l'agate lancée à pleine puissante se fracassa contre son front. Puis ce fut le noir.


oOo


— Pourquoi faut-il toujours que tu te mettes dans des situations effroyablement inénarrables ? Moi qui m'attendais à me réveiller avec la douce compagnie d'un chapardeur piaffant d'impatience et d'ennui, me voilà, à peine réveillé, à devoir retourner tout Erebor pour te retrouver victime d'un aigre règlement de compte…
— Pourrais-tu, si ce n'est pas trop demander, éviter de toucher à ça ? C'est plutôt douloureux, je trouve.
— Il faut bien que je m'assure que rien n'est cassé…

Avec douceur, Fili continua de tâtonner la monstrueuse bosse qui ornait le front du hobbit encore étourdi et allongé à même le sol des galeries Arc en Ciel.

— C'est de ta faute si ta carogne m'a attaqué !
— Je n'avais pas imaginé qu'elle puisse réagir de la sorte !
— Allons bon, tu t'attendais à quoi ? Si j'avais été à sa place, je ne me serai pas contenté d'une agate, je serai directement aller l'écharper avec Dard !

Fili rigola légèrement et s'assit à la tête du hobbit, qu'il souleva pour la poser doucement sur ses cuisses avant de passer tendrement ses doigts dans ses boucles.

— Rien que pour assister à une scène de ce genre, je regrette de ne pas l'avoir choisi elle…
— Hypocrite ! Je ne suis pas resté autant de temps à me morfondre dans ma morosité pour me prendre une pierre en pleine poire suivit par ce genre de réflexion le jour de ton réveil !
— Ne t'inquiète pas, j'ai autre chose à te proposer…

Avec douceur, Fili s'abaissa sur le hobbit alangui et il embrassa sa bouche une première fois. Il se redressa ensuite, posa à nouveau la tête de Bilbo au sol, puis ses mains d'un côté et de l'autre de son visage avant de s'abaisser sur lui, le couvrant de son corps. Il happa ses lèvres une deuxième fois et joua longuement avec, s'imprégnant avec délice du gout sucré et épicé qu'il avait appris à aimer. Le cambrioleur enroula ses bras autours des épaules du nain qui se redressa, soulevant le plus petit avec lui et l'amenant à s'asseoir à califourchon sur ses cuisses. Le baiser s'approfondit et prit en passion tandis que les langues dansèrent ensemble pour célébrer leurs retrouvailles. Puis Fili rompit se sépara et l'enlaça fortement.

— Je suis désolée, pour ce que t'a fait Mel.
— Ce n'est qu'une bosse, le geste est compréhensible même si j'aurai aimé qu'elle s'en abstienne.
— Je ne parle pas que de ça… Ces derniers jours n'ont pas du être très agréables pour toi… Je suis heureux de voir que, malgré tout, tu es resté.
— L'attente en valait la peine.

Il se sourirent et Fili clama une nouvelle fois ses lèvres avant de se séparer de lui pour se remettre debout. Il s'assura que Bilbo tenait bien sur ses pieds, puis ils prirent la direction de la sortie.


oOo


— Qu'en penses-tu ?
— Elle est immense, bien décorée, plutôt douillette, comparé aux autres chambres de ce royaume, c'est la tienne ?
— La notre.

Sans lâcher la taille du hobbit, Fili venait de lui faire visiter les appartements qui avaient été mis à leur disposition et rénovés, à sa demande, selon les goûts du plus petit.

— Ah… Parce que… Nous ne possédons qu'une chambre pour deux ?
— Bien entendu.
— Et… Pour ce qui est du lit…
— Ne pense même pas à le demander, il est hors de question que nous en ajoutions un deuxième !

Bilbo déglutit sans lâcher du regard le lit immense, cherchant à calculer mentalement la distance qui séparait les deux points les plus éloignés.

— Mais… Je n'ai pas signé pour dormir toutes les nuits dans le même lit qu'un escrimeur obsédan- heu… Obsédé !
— Ce n'est pas grave, si tu ne veux pas dormir, on fera autre chose.

La part prudo-sacquet-bienséante immaculée qui survivait en lui venait de faire court-circuité le système et Bilbo écarquilla les yeux en se statufiant. Avec toutes ces aventures, il avait presque oublié qu'il s'était déjà donné une nuit à cet arnaqueur ensorcelant –acte qu'il avait beaucoup apprécié- et que ce dernier avait, sans aucun doute, l'intention de remettre ça autant de fois que possible. Puis il poussa un soupir blasé et se laissa couler dans l'étreinte du plus grand qui lui grignotait indolemment la nuque.

— Ne t'inquiète pas, tu vas vite y prendre goût…
— C'est à ta présomption que je vais finir par prendre goût…
— Trop tard, je sais que c'est ce qui t'a charmé.
— Qu'est-ce qui te fait croire ça ?
— Le ton que tu utilises lorsque tu me reproches mon manque d'humilité…
— Sale nain.

Fili rigola et ébouriffa les cheveux du plus petit qui pesta violement avant de taper sèchement sa main.

— Et si tu m'emmenais au cellier au lieu de dire des absurdités ?


oOo


Immenses salles voutées taillées non loin du lac souterrain pour en garder la fraicheur, ce que Bilbo nommait naïvement le cellier d'Erebor était une série de caves gigantesques, retranscription fidèle de la démesure des nains, qui comptait une multitude de boissons alcoolisées vielles de quelques siècles. Bières de toute robe, liqueurs gobelines frelatées, vins de tout horizon et de tout âge, eau de vie, alcool non identifiés qui macéraient dans des tonneaux poussiéreux aussi grands que le smial de Bilbo, à base de feuilles, de fruits, de sucre, légumes, céréales ou autres.

— Ho c'est… Herm. Charmant.
— J'imagine qu'un lieu comme celui-ci est l'équivalent des halls d'Aüle pour un dipsomane rancunier tel que toi.
— Tu sais ce qu'il te dit, le dipsomane rancunier ?
— Aucune idée, ton répertoire sans fond d'insultes est bien trop innovant pour que je tente de deviner tes prochaines piques.

Bilbo haussa les épaules et s'avança, prenant la direction du lieu où étaient entreposées les bouteilles de vin. Il en sortit quelques unes pour en étudier, d'après les étiquettes, les âges et les origines. Fili s'adossa nonchalamment aux étagères, faisant tinter le verre des bouteilles qui s'entrechoquèrent, et il en sorti une au hasard avec laquelle il joua distraitement, la faisant rouler sur son bras avant de la projeter, d'un coup d'épaule, dans sa main adroite. Il fini par susurrer, l'air de rien, d'une voix significativement aggravée et sensuelle tout en faisant tourner la bouteille en équilibre sur son indexe.

— Dis moi, Bilbo… N'y aurait-il pas un ou deux vins auxquels tu aurais envie de gouter, avec moi ? Maintenant ?

L'épéiste ponctua sa phrase d'un regard brulant sous un haussement de sourcil suggestif et le hobbit sentit soudainement sa gorge s'assécher.

— Heu… Je… Nop. Non, non, non !
— Voyons… Tu n'étais pas si prude quand tu es venu me trouver pour…
— Ha oui mais non ! Ce n'est pas une raison !

Fili haussa un sourcil et attrapa la taille du hobbit au moment où celui-ci pensa à fuir pour sauvegarder sa chasteté malmenée.

— Je n'y crois pas… Tu me demandes de t'amener ici, dans ces salles oubliées de tous pour boire du vin, acte qui n'est pas dénué de la moindre connotation sulfureuse lorsque ça te concerne. Et arrivé là, tu parviens à jouer ta mijaurée.
— Je ne vois pas en quoi c'est surprenant ! Tu ne t'attends tout de même pas à ce que j'écarte les jambes à la moindre sommation !
— Tait toi un peu et attend d'être ivre avant de dire des bêtises pareilles !

Joueur, Fili n'attendit pas la réponse du hobbit et il déboucha la bouteille qu'il avait dans les mains avant de la lui tendre.

— Santé !


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Evidemment, avant même d'être entièrement vidées, les quelques bouteilles dénichées par Bilbo et Fili finirent par rouler sur le côté, dénigrées au profit d'une volupté ardente. Le hobbit aussi, d'ailleurs, avait fini par rouler au sol, mais c'était à cause du nain impatient et avide qui, à peine lui eut-il retiré la totalité de ses vêtements, l'avait allongé à terre pour prendre place entre ses jambes.

Fili, peu pressé maintenant qu'il avait enfin le cambrioleur à son entière disponibilité, prit le temps de découvrir une nouvelle fois son corps qui s'enflammait sous ses baisers et qui se tordait au rythme de ses caresses, lui rappelant la raison pour laquelle il avait craqué de manière parfaitement inattendu sur cet hostile importun.

Le délicieux goût enivrant des vins racés se mêlait subtilement au parfum têtu du hobbit conquis qui vengeait sa défaite en malaxant sensuellement le dos aux muscles finement ciselés, caressant les épaules, les biceps et les flancs dans des attouchements francs qui ne laissèrent pas le plus grand indifférent.
Fili vint embrasser voracement la bouche du cambrioleur et il ne s'en sépara qu'au moment où il s'enfonça lentement dans son corps.

Il s'empara une nouvelle fois de ses lèvres alors qu'il commença à se mouvoir en lui, d'abord doucement, puis de plus en plus intensément, se repaissant des gémissants qui portaient un arrière goût capiteux.
Lorsque le plaisir enfla en lui telle une vague embrasé, il attrapa Bilbo par la taille et il inversa les postions.
Le hobbit s'éjecta du baiser en criant de plaisir lorsque l'angle de la pénétration changea et, guidé par les mains qui tenaient ses hanches, il se cambra et se pencha en arrière pour l'accueillir plus profondément en lui avant de bouger à son tour, amenant Fili à jurer lorsque le plaisir atteignit la limite du soutenable.
Le blond se redressa pour reprendre le contrôle de l'étreinte et il empoigna ses cuisses pour le soulever sans effort et le plaquer contre les étagères.

— Tu sais que je rêve de ça depuis notre excursion dans les caves de Fondcomb ?
— De quoi ?

Le blond retint un sourire gourmand en s'emparant des poignets du plus petit qu'il épingla derrière lui et Bilbo eut le reflexe de s'agripper au meuble de pierre pour maintenir son équilibre alors que Fili, le visage plongé dans le creux de son cou, recommença à onduler en lui.

— Exactement ça, te prendre à la verticale contre une étagère de vin…
— J'aurai du m'en douter… Ivrogne et lubrique…

Fili le fit taire d'un coup de rein plus puissant puis il s'assura de son silence en couvrant sa bouche de la sienne, assumant parfaitement ce fantasme qui l'avait fait saliver la totalité du voyage et qu'il avait enfin l'occasion d'assouvir.
Se sentant proche de la jouissance, il ne pu empêcher ses mouvements de prendre en brutalité et il plongea sa main sur l'entrejambe de Bilbo pour assurer un orgasme simultané.

Ils restèrent ensuite immobiles de longues minutes, jusqu'à ce que Bilbo se plaigne de l'inconfort de sa position et il se rhabillèrent sans se presser.

— Et tu en as d'autres, des fantasmes inassouvis qui me concernent ?
— Quelques uns, oui…

Bilbo haussa un sourcil et allait demander un éclaircissement, mais Fili fut plus rapide et s'empara de ses lèvres pour le faire taire.

— Ha mais ! Ca suffit cette répression forcée !? Tu n'obtiendras pas mon silence avec des baisers !
— C'est une méthode qui a fait ses preuves jusqu'à maintenant.

Taquin, l'épéiste s'empara de la taille du plus petit qui attrapa quelques bouteilles au passage et ils se dirigèrent vers les étages supérieurs, rassasiés et enlacés.


oOo


— Qu'est-ce que c'est que ça ?

Encore engourdi par le sommeil, empêtré dans ses draps, Bilbo ouvrit un œil pour tomber nez-à-nez avec un joli bouquet de fleurs communes savamment préparé.

— Ce sont… Des fleurs.
— Des fleurs ? Depuis quand les nains s'essaient-ils dans la composition florale ?
— Depuis que l'un d'entre eux… Est tombé sous le charme d'un hobbit effroyable…

Bilbo sourit gentiment en s'asseyant sur le lit et se frottant les yeux, rapidement rejoint par Fili qui l'enlaça en lui mettant les plantes dans les mains.

— Si tu veux réellement t'accorder aux mœurs de la Comté, il faut que tu saches que-
— Que le bouquet se doit d'être accompagné d'un poème… Tu peux toujours rêvé !

Bilbo rigola et prit les fleurs des mains du blond, pas mécontent d'échapper à une séance de torture auditive, même s'il ne doutait pas de l'éloquence de son amant.

— Je suppose que tu n'as pas la moindre idée de l'identité et de la signification des fleurs que tu as choisie…

Fili lui répondit d'un rire léger et, taquin, il s'empara d'une fleur violette aux pétales évasées avec laquelle il caressa doucement le nez du plus petit.

— Erebor ne possède pas beaucoup de plantes, tu sais, contrairement à ta chère Comté, mais je suis tout de même parvenu à trouver quelques… végétaux intéressants.

Le cambrioleur haussa un sourcil en identifiant la fleur et il retint un sourire. Fili ne pouvait pas l'avoir choisi au hasard celle là. Le muflier à grande gueule, le symbole de l'arrogance assumée. Il rigola légèrement et sorti du bouquet une jolie pivoine rouge, personnification de la modestie.

— Tu as l'intention de faire des efforts ?
— Je compte surtout sur toi pour équilibrer la balance.
— Et les fougères-
— Ne rêve pas, je les ai mises pour étoffer le bouquet.
— Menteur !
— Tu aimerais bien…

Bilbo rigola et joua distraitement avec les feuilles vertes qui exprimaient une profonde fascination. Il rougit en décelant des fleurs de cognassier, certainement cueillies à la place du marché, entremêlées dans de la glycine.

— Arrête moi si je me trompe, Monsieur Sacquet de la Comté, mais celles là, c'est le symbole de la tentation et ça… Je ne suis pas sur, mais ça veut littéralement dire « Je m'accroche à vous »…
— Où as-tu appris tout ça ?

Fili lui répondit d'un sourire énigmatique et il sorti du bouquet une tige sur laquelle perlaient une multitude de petites fleurs rouges à peine éclos.

Sauge rouge : « Je suis vôtre pour toujours ».


oOo


Nerveux, Bilbo joua avec le cailloux verdâtre qu'il avait ramassé pour Fili il y avait maintenant quelques semaines. Il avait pourtant assidument cherché, partout dans la mine, mais à aucun moment il n'était tombé sur une pierre qui lui avait donné le sentiment d'avoir plus de valeur que celle là.
Il avait donc hésité à s'emparer d'un marteau et d'un burin pour la tailler, mais, apeuré à l'idée de faire plus de mal que de bien à ce galet qui ne brillait déjà pas par sa beauté, il avait décidé de le laisser tel quel. Mais il s'en mordait les doigts car, dans quelques instants aura lieu la cérémonie d'échange de pierre entre lui et Thorin et Bilbo avait appris il y a peu que son amant avait l'intention de lui offrir officiellement la citrine à cette occasion.
Alors, de une, cela l'embêtait bien car il avait promis qu'il restera à Erebor jusqu'à ce que le blond ait fini de tailler la pierre, ce qui était chose faite et, donc, il allait devoir trouver une bonne raison pour rester, autre que dire que c'était pour les beau yeux de ce scélérat, mais, en plus, le cambrioleur avait compris que la coutume était, lorsque l'on nous offre une pierre, d'en donner une en retour, d'une qualité égale ou supérieure.

Son galet vert pouvait-il rivaliser avec la citrine ? Un simple regard du néophyte qu'il était suffisait pour l'amener à pousser un soupir désespéré.

Toutefois, il décida d'assumer son choix, ne serait-ce que pour heurter l'orgueil de ce pédant de prince héritier. Mais pas en public.

C'était la raison pour laquelle il était stupidement planté devant la porte de leur appartement sans vraiment oser rentrer.
Il prit enfin une grande inspiration, au bout de dix minutes, et pénétra à l'intérieur pour trouver Fili occupé à tresser ses cheveux, pas encore entièrement habillé.
Le blond poussa un sifflement admiratif lorsqu'il constata que la tenue que Bilbo avait revêtue pour l'occasion lui allait plutôt bien, puis il nota le regard grave du plus petit.

— Bilbo ? Qu'est-ce que-
— Dans la mesure où il est coutume dans votre peuple d'offrir des pierres pour de multiples raisons, je… J'ai ramassé… Ca. Pour toi.

Un peu honteux du piètre présent, Bilbo tendit l'agaçante pierre qu'il avait précieusement gardée pour cette occasion. Les yeux rivés au sol, il sentit le nain blond prendre délicatement la pierre éraflée d'une main délicate et le silence qui s'étendit dans la salle conforta le plus petit sur la médiocrité du cristal qu'il osait offrir.

— Elle est… heu… magnifique. Où l'as-tu trouvée ?

Fili observait le cadeau sous toutes les coutures, bien trop ému pour que ce soit sincère. Le hobbit tiqua, réticent à avouer qu'il avait passer une journée entière dans les galeries arc-en-ciel pour en ramener la pierre qui portait le moindre éclat. Puis qu'il y était retourné plusieurs fois pour en dénicher une de meilleur apparence.

— Je… l'ai trouvé au sol. J'ai shooté dedans par inadvertance et elle me narguait. D'un certain côté, elle m'a fait pensé à vous, alors je l'ai ramassé.

L'éclat de rire qui lui répondit le frustra, un peu et il fronça les sourcils lorsqu'il vit son amant se lever pour s'approcher de la fenêtre tout en faisant tourner la caillasse dans ses mains pour l'admirer à la lumière artificielle de la mine. Fili avait toujours des réactions inattendues…

— Sais-tu de quelle pierre il s'agit ?

Bilbo haussa les épaules, pour lui, il ne s'agissait que d'un galet sans envergure, tellement invisible aux côtés de la magnifique opale de Thorin ou bien de la sublime ébonite œil céleste que portait fièrement le nouveau consort du roi.

— Je t'en pris, dis moi simplement ce que tu penses d'elle, ou alors, pourquoi est-ce celle là que tu as choisi.

C'était flagrant que Fili était en ce moment en train d'user de toute sa vile volonté pour ne pas partir dans un fou rire incontrôlable. Piqué, le hobbit grommela qu'il n'avait aucune idée de l'identité du caillou, que son manque d'éclat correspondait très bien avec l'étendue de la bêtise du blond et que ce dernier valait bien la couleur terne qui n'avait aucun attrait. C'en fut trop pour Fili qui parti d'un joyeux éclat de rire avant de combler la distance qui les séparait en deux enjambées, le regard brulant. Ses lèvres étirées dans un sourire emplit de magnétisme s'écrasèrent sur celles du hobbit égaré dans les méandres d'une situation qu'il ne comprenait pas.
Pourquoi à chaque fois qu'il tentait d'accabler ce crétin d'épéiste, celui-ci finissait presque toujours par lui arracher un baiser ? Mais Bilbo oublia cette question lorsque l'échange prit en intensité et que le blond lui attrapa les fesses pour le soulever sans effort. Lorsque Fili se sépara de ses lèvres, sa bouche avide se promena le long de la mâchoire du plus petit, jusqu'à aller embrasser sa gorge, puis le creux de l'oreille, avant de souffler, ravi :

— Tu t'es rendu au plus profond des galeries arc en ciel, pour moi.
— Qu'est-ce qui te fais dire ça ?
— De une, c'est là où je t'ai trouvé quand Mel t'a agressé, de deux, c'est parce que, dans toute la terre du milieu, il n'y a qu'un seul endroit où l'on puisse trouver des pierres de jade, et c'est ici. Mais les rumeurs affirmaient que, même si elles ne sont pas rares, ce sont celles qui sont les plus difficiles à trouver, notamment à cause du camouflage qu'elles revêtent…

Et, sans ajouter un mot, Fili posa Bilbo muet de stupeur sur la table, lui mit la pierre dans les mains et sortit un petit burin et un marteau d'un coffre de la salle. Il reprit la pierre qu'il étudia un instant puis, dès qu'il eut trouvé une veine qui lui convenait, la plaça sur la table, posa le burin sur l'irrégularité et, d'un mouvement pétrie d'expérience et du savoir faire propre à sa race, il donna un coup, un seul, et la carapace se fendit. Révélant aux deux spectateurs une gemme verte, luisant d'un éclat taquin, vraisemblablement très amusée du mauvais tour qu'elle venait de jouer au hobbit effaré. Et Fili en tomba sous le charme, immédiatement. Délicatement, il la tailla sommairement pour retirer la couche terne qui avait leurrée Bilbo et offrir ainsi à la précieuse une robe resplendissante.

— Je… Jamais je n'aurai pu… seulement rêver… posséder un tel joyau.

Dans les mains de Fili, la pierre semblait rayonner doucement, écrasante de prestance, charmeuse et Bilbo ne sut s'il était frustré d'avoir ainsi été roulé par un vulgaire galet ou bien s'il était fier d'avoir ainsi réveiller cet éclat qu'il ne connaissait pas dans les yeux du nain qui hantait son esprit.

— Calme tes ardeurs, prince, je n'ai fait que shooter dans ce cailloux insolent, à aucun moment je n'ai su qu'il s'agissait en fait d'une… une quoi ?
— Une jade…

Le murmure de dévotion lui fit lever les yeux au ciel, mais le hobbit était curieux.

— Heureux de le savoir, puis-je savoir pourquoi elle éveille en toi une telle ferveur ?

Surpris, Fili redressa le regard pour le planter dans celui de Bilbo.

— Hé bien… parce que c'est la pierre que tu as choisis pour moi. Contre toute attente, je l'avoue, et puis d'une manière affreusement éloignée de l'étiquette, mais, de ta part, j'attends bien plus de surprises que de convenances.

Puis Fili eut un sourire taquin et approcha une nouvelle fois ses lèvres du creux de l'oreille du hobbit offusqué.

— Mais ce n'est pas tout : ce cailloux insolent, comme tu te plais à l'appeler, est une pierre de noblesse et de puissance qui incarne les cinq vertus cardinales : la charité, la modestie, le courage, la justice et la sagesse et qui est doué de quelques qualités solaire, impériales, indestructibles… La pierre des puissants, des rois. Elle est aussi le symbole du cœur ou du noyau d'un être.
— Ho, miséricorde, de toutes les caillasses que j'avais à porté de main, il a fallu que je prenne celle qui te correspond le moins !

Fili ricana face à la mauvaise foi du hobbit et lui embrassa tendrement la gorge, heureux, tout simplement.

— Ce n'est pas tout… Le jade…. C'est l'emblème de la perfection.

Laissant un dernier baiser sur sa gorge, Fili fit une nouvelle fois face au hobbit, qui était resté bouche bée, les yeux écarquillés.

— Je… je t'ai offert l'emblème de la perfection…
— Tu m'en vois ravi… Bien plus que tu ne puisses l'imaginer.
— Rend la moi !
— Pardon ?
— Tu ne mérites pas cette pierre ! Rende la moi ! Je vais aller balancer ce vil rocher dans un lac souterrain.
— Ha ça… Mon Bilbo… Tu aurais dû te renseigner avant de me l'offrir. Mais… n'as-tu pas dit que c'est à moi que tu as pensé lorsque tu l'as découverte ? Tu as été attiré par cette pierre, parce qu'elle t'a fait penser à moi. Contrairement à tous les autres nains, tu ne l'as pas choisi pour ce qu'elle m'apporterait ou ce qu'elle signifie, mais pour ce qu'elle est... Et ce que je suis.
— J'ai pensé à toi lorsque j'ai vu l'écorce terne ! Je ne savais pas qu'elle renfermait une pierre de jade !
— Et alors ? Ce n'est pas ce qu'il s'est passé pour moi ? Tu n'as toujours vu de moi que l'écorce, tu n'avais jamais voulu admettre que je puisse avoir une valeur quelconque... jusqu'à ce que je m'ouvre à toi... Jusqu'à ce que la carapace tombe... comme cette jade... que je chérirai toute ma vie.
— Mais tu ne peux pas posséder quelque chose qui incarne la modestie, voyons !
— Il n'y a que toi qui me trouves arrogant, tu sais ?
— Mensonge !


oOo


— Eh bien… C'était… Inattendu…
— Que s'est-il passé, au juste ?

Fili rigola face au ton profondément égaré de son hobbit et, curieux, il s'empara de la main du plus petit pour admirer la bague que Thorin venait de lui offrir. D'aspect acéré, le cristal que Thorin avait choisi de laisser brut revêtait la couleur du métal. Ses cristaux minuscules semblaient déchiquetés et aiguisés, presque belliqueux, toutefois, le cambrioleur en était totalement sous le charme, incapable de quitter le bijou du regard, tant l'étrange beauté du minéral était hypnotisante.

— Une stibine contre un diamant... Totalement… Thorin a un don pour prendre les gens au dépourvu…
— Il y a un problème avec cette pierre ?
— Je ne sais pas trop. Disons que… C'est un cristal qui ne s'offre pas.
— Pourquoi ?

Le blond haussa les épaules et il s'adossa au mur pour expliquer patiemment au hobbit les caractéristiques de sa nouvelle pierre.

— Tout d'abord, parce que elle ne convient pas aux novices. Je veux dire par là qu'elle demande une certaine expérience dans le domaine minérale car ses ondes sont… Compliquées à gérer. Mais, dans la mesure où tu t'es démarqué avec l'Arkenstone et le diamant, j'imagine que Thorin te fait confiance de ce côté là. Ensuite, comme tu peux le remarquer à son physique, contrairement à ta citrine qui est une pierre pacifique, la stibine est plutôt guerrière dans son genre. Les propriétaires de Stibine expérimentés parviennent à l'utiliser pour combattre le mal et la douleur, malheureusement, c'est très désagréable car c'est en eux qu'elle déverse les mauvaises ondes qu'elle absorbe.
— Mais… Pourquoi m'a t-il donné une telle pierre ?
— Ca, crois-moi, c'est la question que tout Erebor est en train de se poser ! Pour ma part, je pense que mon oncle l'a choisi pour sa puissance de protection, qui n'a rien à voir avec la tourmaline noire ou l'ébonite, elle est une arme redoutable contre toute manifestation du mal et elle agit en garde rapprochée… En fait… C'est Gandalf qui nous a soufflé que, durant la quête, tu aurais mis la main sur un artefact ennemi… Thorin a l'intention de veiller sur toi, à sa manière.
— Ha… Et… A-t elle d'autres caractéristiques ?
— Bien sur ! Si elle n'entre pas parmi les pierres de légende, c'est certainement parce que ce elle n'est pas rare et n'a donc pas beaucoup de personnalité, mais, crois moi, la stibine fait beaucoup parler d'elle ! C'est l'unique minéral qui a un pouvoir à la limite du « physique », tellement son énergie peut avoir un impacte sur le corps et l'esprit.
— Comment ça ?
— Elle est en mesure de nous couper toutes les souffrances et attaches passées afin d'entamer un nouveau départ, elle peut aussi propulser son porteur vers les plus hautes sphères de la perfection, ou alors le détruire, tout simplement, si celui-ci se présente à elle sans intégrité ou sans une maturité sans faille. Et puis elle est un puissant catalyseur, à un point où son possesseur peut devenir maitre des énergies, bonnes ou mauvaises selon son tempérament, la personnalité de la pierre n'est pas assez forte pour s'imposer. Et puis il y a autre chose : elle est un fil d'Ariane pour les plus grands projets. Elle a le pouvoir de… D'offrir des choses, spirituelles ou même physiques… Des choses qui représentent sans doute l'aboutissement d'une vie et qui sont propres à son possesseur. Mais il ne s'agit pas d'une pierre vers laquelle on se tournerait par quête de puissance ou d'élévation transcendante. Au contraire, il est nécessaire d'entendre son appel... C'est seulement dans ces conditions extrêmes que la Stibine offrira à son possesseur son potentiel si rare et, à ce moment là, lorsque la chance se présente à lui, s'il parvient à la saisir, elle lui offrira l'accomplissement de ses rêves, ou alors elle le renverra à terre, et l'opportunité d'atteindre cette grâce ne se représentera plus jamais de son vivant. Elle est l'incarnation de la plus merveilleuse des chances et du plus grand des risques.

Bilbo fronça les sourcils en se disant que quelque chose lui avait échappé, car, si une pierre possédait de telles propriétés, comment cela se faisait-il qu'il était le seul, dans cette mine, à en posséder une ? Fili sembla lire dans ses pensées et il continua, en retenant un rire clair.

— Il se trouve, monsieur Sacquet, que l'énergie de cette pierre est fortement conditionnée par l'état d'esprit de son possesseur et qu'elle est… Hé bien… elle est assez… Capricieuse, dans son genre.
— Capricieuse ?
— Oui, je pense que c'est le mot.
— Pourquoi ?
— Parce que ses pouvoirs et ses caractéristiques, elle ne les partage que lorsque l'envie lui prend ou bien lorsque son possesseur est au pied du mur, au fond du gouffre ou dans une impasse, voir même déjà mort.
— Ha… Cela veut dire ?
— Que la pierre que tu possèdes pourra très bien resté endormie pendant des décennies, puis partager avec toi son pouvoir du jour au lendemain, ou jamais. Tu peux aussi essayer dès maintenant de l'utiliser comme guide, mais cela nécessite des objectifs à long terme, des réalisations d'une vie. Puis, à chaque nouveau tournant ou questionnement, elle te viendra en aide et te permettra d'exalter le sens profond de ta quête et ainsi trouver la bonne voie. Mais, si tu l'utilise ainsi, elle ne pourra pas te servir dans d'autres cadres. Sinon, il y a une chance sur deux pour qu'elle réveille son énergie, autrement, ce ne sera qu'un bijou sans importance accrochée à ton doigt. On peut la comparer au jeu de hasard : « Pile ou face ». Cela te correspond bien, je trouve, car tu es bien la personne la plus chanceuse que je connaisse, Thorin vient de parier gros sur toi.

Bilbo hocha la tête en la regardant attentivement et en se rendant compte que, effectivement, déjà qu'il avait du mal à ressentir le rayonnement des autres pierres, là, c'était le néant total, comme s'il portait un vulgaire cailloux, et il comprit soudainement pourquoi Thorin, au moment de lui passer le cadeau au doigt, lui avait simplement murmurer avec un petit sourire :
« Surprend nous. ».

— Toutefois, même si je prends personnellement cela pour un avertissement de la part de Thorin, je suis heureux de te savoir propriétaire d'une telle pierre car… Si jamais je ne… Disons qu'elle permettra l'aboutissement de tes choix si… Un jour que je n'espère jamais connaître, tu considéreras que notre relation est… Par apport à ton désir de t'en retourner dans la Comté… Je veux dire-
— Si je désir te quitter…
— Voilà. Avec une telle pierre en ta possession, si elle est activée, rien ni personne ne pourra t'empêcher d'atteindre tes buts et je suis assuré de ne jamais t'embarquer dans une relation qui te portera préjudice.

Bilbo sourit gentiment en percevant le ton soudain inquiet de Fili et il joua un instant avec la citrine sertie dans du cristal que le prince héritier lui avait passé au cou durant la cérémonie.

— Justement, en parlant de ça… Fili, pourquoi ai-je la sale impression que ce à quoi je viens de participer ressemblait plus à une union officielle qu'un simple échange de pierre ? Encore, avec Thorin, tout s'est bien passé, je n'ai pas eu de papier rédigé en Khudzul à signer, mais avec toi…
— Je me demandais bien combien de temps tu allais tenir sans poser de questions… D'ailleurs, je ne m'attendais pas à ce que tu signes d'abord et que tu t'interroges après… J'aurai parié sur le contraire.
— Que veux-tu dire ?
— Que ton impression était la bonne : il s'agissait bien d'une union entre toi et moi… Que tu as signé sans poser la moindre question juste après m'avoir officiellement offert la jade.

Hilare, Fili profita de l'état de choc qui immobilisa le plus petit pour prendre la fuite, mais Bilbo dégaina Dard, qu'il avait gardé sur lui pour la cérémonie, et se lança aux trousses de son nouvel époux en poussant un cri de guerre, jurant qu'il allait conjurer à sa stibine de l'assaillir de mauvaises ondes et que, si elle refusait, il utilisera la bague pour lui crever les yeux.


FIN !

Merci d'avoir lu jusqu'ici !

Ce dernier chapitre peut sembler un peu décousu, mais je vous jure que j'ai eu beaucoup de mal à l'écrire !
(En fait, j'ai beaucoup de mal avec les derniers chapitres de toute manière.)