Bonus I
L'épisode des Trolls
Il prend place entre le troisième et quatrième chapitre. (Avant Fondcombe)
Ils n'est donc pas encore (forcément) question d'amour entre Fili et Bilbo, on retrouve leur relation du début.
Bilbo se rongeait les ongles, il était perdu au milieu de cette compagnie de nains belliqueux et son seul allié avait disparu depuis plusieurs heures maintenant.
— Vous croyez qu'il va revenir ?
De tous, Bofur était le seul qui lui adressait encore la parole sans rouler les yeux au ciel ou sans se renfrogner à l'idée de se faire à nouveau insulter par le plus petit.
— Bien sûr, c'est un magicien ! Il fait ce qu'il veut. Allez, soyez gentils, veuillez porter ça aux garçons.
Bilbo regarda les bols les sourcils froncés et Bofur se demanda un instant si c'était une bonne idée de confier ce genre de tâche à un hobbit aussi sournois que celui-là, après tout, le plus petit ne cachait pas sa rancœur envers Fili… Et donc, accessoirement, aussi envers Kili qui lui reprochait tous les mots doux que le hobbit lançait au nain blond… qui sait de quoi il sera capable de faire subir à ces deux pauvres bols de soupe entre ici et le piquet de poneys ? Entre jeter leur contenu au sol ou bien y intégrer un poison quelconque…Craintes qui se confirmèrent lorsqu'un sourire machiavélique apparut sur les lèvre de Bilbo qui s'empressa de poser ses mimines sur le repas des neveux de Thorin. Prudent, Bofur garda les récipients en main un peu plus longtemps :
— Cambrioleur… je vous préviens… si un seul de ces deux bols n'arrive pas à destination ou si leur… composition, se trouve modifiée, je vous jure que vous le regretterez amèrement…
Soudain pâle face à la menace, Bilbo acquiesça vigoureusement de la tête et pris enfin les récipients pour se diriger en râlant vers la clairière où reposaient les poneys, surveillés par les deux pires spécimens qu'avait engendré cette race maudite.
Arrivé auprès des deux frères, Bilbo ne se rendit pas tout de suite compte que quelque chose n'allait pas, il fut simplement surpris de ne pas entendre la voix exaspérante de l'empaffé blond l'accueillir avec toute la morgue et l'arrogance qui le caractérisait. Ce fut quand il remarqua leur immobilité et leur air un peu plus crétin qu'a l'accoutumé qu'il s'interrogea :
— Que se passe t-il ?
— Nous étions censé surveiller les poneys…
— Il y en avait quinze…
— Maintenant, il n'en reste que treize.
Bilbo fronça les sourcils, comment ces cornichons avaient-ils bien pu laisser passer une chose pareille ? Enigme qui s'approfondit lorsqu'ils étudièrent les traces gigantesques laissée par les voleurs de poneys, comment avaient-ils bien pu laisser passer une chose pareille ?
— Je n'y crois pas… Il faut vraiment être un ent décérébré pour ne pas remarquer une créature aussi grosse ! Décidément, plus je pense que jamais vous ne pourrez vous enfoncer plus encore dans la bêtise, plus vous vous évertuer à repousser les normes de la raison ! Je vais aller prévenir votre oncle, tient ! Ca vous fera une belle jambe.
Dos à lui, Kili tourna instantanément la tête vers le hobbit, l'incendiant du regard à l'évocation de Thorin, mais Fili fut plus rapide.
— Silence ! J'entends du bruit, là bas.
Et, sans cérémonie, Fili posa sa main sur la tête bouclée du plus petit sur laquelle il appuya sans ménagement, plantant le doux visage de Bilbo dans la tourbe et les feuilles mortes qui jonchaient le sol et, puisque le hobbit récalcitrant semblait partit dans une crise de rage, l'incendiant de tous les noms, le nain blond lui attrapa la tignasse pour le porter à sa hauteur et posa sa paume sur la bouche injuriante, tout en lui montrant du regard un point lumineux, plus loin, dans la forêt. Soudain calmé, Bilbo écarquilla les yeux et plissa le regard pour tenter de cerner de quoi il s'agissait. Avant de pester violement face à l'impudence de Kili qui se dirigea discrètement vers la lumière.
Bilbo sentit qu'il était temps pour lui de faire demi tour et de laisser les deux marsouins s'occuper de ça tout seul, mais ce fut sans compter sur Fili qui l'attrapa par les bretelles pour le tirer derrière lui alors qu'il suivait Kili. N'oubliant pas la menace de Bofur, Bilbo raffermit sa prise sur les deux bols qu'il tenait dans la main alors qu'il arrosait Fili de murmures insolents.
Bien sûr, Bilbo fut hautement impressionné lorsqu'il vit les trolls et il se serait bien carapaté si Fili ne le tenait pas si fermement. Il se permit tout de même un rire cynique lorsqu'il vit que sa Myrtille était enfermée avec les autres : justice était faite ! Cette garce méritait au moins ça pour l'avoir trahit le matin même. Toutefois, un remords l'assaillit lorsqu'elle laissa échappé un hennissement paniqué, après tout, elle n'y était pour rien si Fili avait tenu à marcher à son rythme.
— Ils vont la manger, il faut faire quelque chose.
Il ne se rendit compte qu'il avait parler tout haut que lorsque Kili le regarda avec surprise en acquiesçant fortement.
— Oui, excellente idée !
Au discret froncement de sourcils que lui envoya Fili, conscient que Bilbo n'était pas vraiment le mieux placé pour accomplir ce genre de chose, Kili fit un signe éloquent : ils tenaient enfin un moyen radical pour se débarrasser du cambrioleur. Signe qui n'échappa pas à Bilbo qui rugit aussi fort que la situation l'autorisait.
— Comment ! Espèce de Macrocéphale ! Vous êtes timbrez ? Il est hors de question que je m'aventure là-dedans ! Qu'ils les mangent, je n'en ai cure ! Je n'aime pas les poneys de toute façon et ils me le rendent bien !
— De quoi avez vous peur, cambrioleur ? Ne me dites tout de même pas que vous êtes intimidé par ces grotesques créatures, aussi lentes que débiles ?
Le murmure sournois de Fili souleva une furieuse envie de meurtre dans la poitrine du plus petit qui se sentait prêt à hurler des douces insanités sur le nain blond et tant mieux si les trolls rappliquaient à l'éclat de sa voix, ces deux terroristes méritaient bien de finir écrabouillé par ces créatures, ce qui, en plus, lui laissera le temps d'aller ouvrir aux poneys. Soudainement inquiet par l'air concentré du plus petit qui gonflait ses poumons pour faire entendre sa voix si douce, Fili posa une nouvelle fois sa main sur sa bouche pour le contraindre au silence tandis que Kili essaya de rassurer le cambrioleur :
— Ne vous inquiétez pas, tout se passera bien, si vous avez le moindre problème, poussez deux cris d'effraies et un de hulotte !
— Vous vous moquez de moi ? Canaille ! Je sais très bien que vous ferez semblant de ne pas entendre mes sifflements qui n'auront comme seul mérite le simple fait de me ridiculiser avant de me faire splasher !
— Très bonne déduction ! Vous êtes vraiment très perspicace, maintenant, donnez moi ça et allez donc vous faire splasher, ce sera la meilleure chose qui vous arrivera durant l'aventure !
Ce gredin de Fili eut le culot de lui caresser les doigts en lui prenant les bols des mains et poussa même l'audace jusqu'à lui déposer un baiser « d'encouragement » sur le coin de ses lèvres tandis que Kili observait les trolls.
Ils balancèrent ensuite le hobbit outré, autant par ce qu'ils lui demandaient de faire que par le baiser de Fili, sur le sentier et Bilbo se trouva seul. Maugréant sur la sottise des deux malfrats, il s'avança vers les monstres qui discutaient philosophiquement à propos de la perception des gouts en faisant mijoter un ragout malodorant.
Il allait prouver à l'autre andouille qu'il était parfaitement capable de survivre à ce genre de quête. Ce qui, bien entendu, ne fut pas le cas et, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Bilbo se retrouva pendu par les pieds, couvert de morve et un peu surpris de cet inattendu retournement de situation. Il pensa un instant pousser un cri de hiboux, dans la mesure où c'était le seul oiseau qu'il était capable d'imiter, mais un sursaut de fierté l'en empêcha. La bonne nouvelle, dans tout ça, c'est que s'il se faisait manger par ces trolls, Fili et Kili allaient se faire cordialement incendier par Gandalf, ou par leur oncle, voire même les deux avec un peu de chance et, si le premier s'en foutait, ce n'était pas le cas du deuxième qui, d'ailleurs, ne tarda pas à se montrer.
10 minutes plus tôt, dans la forêt, un peu plus loin :
— Dis Fili, tu sais ce que c'est, toi, un macrocéphale ?
— Mmmmh, oui, mais ce n'est pas une insulte, c'est une maladie qui atteint parfois certains gobelins… ce sont ceux qui ont un excès d'eau, ou de je ne sais quel liquide, dans la boite crânienne, ce qui leur donne une tête anormalement volumineuse ou excessivement allongée…
— Ho… Je ne savais pas qu'il y avait un mot pour ça…
— Je ne savais pas que l'on pouvait l'utiliser comme une insulte, mais l'idée est bonne, quoique mal appropriée.
— Si tu le dis… Ho ! Ca y'est, il l'ont repéré !
— Je te l'avais bien dis : Cinq minutes ! Tu me dois dix pièces d'or mon frère…
— J'aurai sincèrement pensé qu'il tiendrait plus longtemps…
— Impossible, cette vérole attire les ennuis comme un aimant. Je lui laisse six coups avant qu'il ne se fasse attraper…
— Il vient déjà d'en user deux… moi, je pari sur quatre coup, il est cuit.
— Nop, il est vif, regarde.
— Zut, le voilà à cinq coups, plus qu'un et…
— Le voilà pris !
Kili soupira et se tourna vers son frère pour lui donner les pièces qu'il venait de perdre, mais il fronça les sourcils lorsqu'il remarqua le regard inquiet de plus vieux et sa main crispée sur la branche qu'il tenait, la mâchoire serrée.
— Il ne va pas s'en sortir…
— Bien sur que si, tu l'as dit toi même, il est vif. Ces trolls sont maladroits, une torsion suffira pour…
— Non, regarde comment il le tient, Biblo ne peut pas se soustraire à cette poigne.
— Mince.
Consterné à son tour, Kili fronça les sourcils en constatant que Fili avait raison. Ce dernier s'extirpa des fourrés et s'avança ver la lueur du feu en sortant ses lames pour venir en aide au cambrioleur, mais il s'immobilisa presque aussitôt.
— Ce hobbit… il serait prêt à se laisser mourir pour ne pas avoir à me remercier si je lui porte secoure !
— Je m'en occupe !
— Non ! Je peux le faire !
— Ce n'est pas une bonne idée, Bilbo est réellement capable de se laisser tuer si c'est toi qui t'occupes de le sauver, et je ne veux pas avoir à expliquer sa mort à Thorin !
— Soit, mais fais attention à toi, le plus gros à l'air plutôt dégourdi…
— Ne t'inquiète pas, mon frère, je vais te ramener ta bougresse en bonne santé.
Fili leva le regard au ciel face au clin d'œil malicieux de Kili et ne put que ronger ses ongles en voyant son petit frère s'avancer à la lueur du feu. Les armes au clair, le blond était prêt à intervenir et c'est ce qu'il fit lorsque le troll balança la péronnelle en détresse sur son frère avant de l'attaquer. Mais il n'eut pas le temps de faire trois pas : Thorin le bouscula en poussant un cri de guerre et s'interposa entre la créature et son plus jeune neveu, suivit par tous les membres de la compagnie.
Dans la mêlé chaotique, Fili remarqua son cambrioleur, que Kili avait balancé au large pour se relever, et il se dirigea vers lui. Le voulut, parce qu'il se trouva confronté avec le plus petit des trois trolls, et il se perdit aussitôt dans la mêlée.
oOo
— Vous êtes plutôt mignon, en fait.
— Fermez là !
L'un sur l'autre dans leur sac de fortune, Bilbo et Fili échangeaient autant de mots doux que leur souffle crispé l'autorisait et le nain blond n'avait pas loupé une miette du rougissement qui s'était répandu sur les joues du hobbit lorsque les trolls lui avaient retirer tunique et chemise avant de le fourrer dans le sac.
— Et puis, vous avez réussit votre coup, regardez : les poneys se sont tous enfuis. C'est vraiment surprenant de la part d'un épicier ivrogne et lubrique tel que vous.
— Vous savez ce qu'il vous dit l'épicier ?
— Peut-on savoir de quoi le cambrihobbit est en train de parler ?
Bilbo sursauta lorsque la voix profonde de la créature l'interpella tandis que Fili serrait les lèvres et se tendit imperceptiblement.
— Je… je disais que vous faisiez un énorme erreur !
Sous le regard interloqué de cet odieux nain blond, Bilbo parvint à se relever et s'approcha des trolls.
— Vis à vis de l'assaisonnement, je veux dire… honnêtement, vous les avez sentit ? Si j'étais vous, j'ajouterais quelques épices à foison !
Et Bilbo eut le bonheur suprême d'entendre des hoquets outrées surgir de toute part.
Ho oui… c'était le moment, puisqu'ils allaient tous mourir de toute manière, autant se venger de cette catastrophe que furent les derniers jours au milieu de ces nains. Et puis si cela pouvait rendre service à ces trolls par le même temps, peut-être qu'ils lui laisseraient la vie sauve et qu'il pourra enfin rentrer dans la Comté qu'il n'aurait jamais du quitter. Bilbo réfléchit donc rapidement… le thym ? Trop fade… Pour une odeur aussi entêtante que celle de Fili, mieux valait utiliser de la sauge… ou du curcumin… quoiqu'une pointe de sel pour relever le goût devrait suffire… Inconsciemment, Bilbo se mit à saliver en imaginant ce que deviendrait le parfum du blond s'il était attisé par les épices les plus fines. Mais il repris rapidement ses esprits quand le leader troll grogna.
— Tu penses mieux savoir que moi ? Les épices gâchent le gout de la viande ! Tu veux nous empoisonner ?
De son doigt, le troll frappa le torse du hobbit qui vola pour atterrir sur Fili, ce dernier en profita pour lui donner un fourbe coup de genoux dans le dos. Furieux, Bilbo chercha encore une fois à se relever, décidant d'appuyer son raisonnement d'un argument valable :
— De toute manière, leur viande est déjà gâchée et seules les monstres que vous êtes sont capable de se contenter de cette chaire avariée et pourrissante ! Mais vous ne connaissez pas le pire ! Que savez vous du régime alimentaire de ces coquins ? Je vais vous le dire moi ! Ils mangent des tomates de concours et des courgettes de collections ! Oui messieurs, de la verdure !
Constatant que sa verve n'avait aucun effet sur les trolls qui, vraisemblablement, n'avaient pas compris tous les mots employés, Bilbo changea de tactique pour descendre un peu plus les nains, tout aussi intrigués que les trolls.
— Et puis, si je vous déconseille de les manger, c'est surtout à cause des parasites qui grouillent dans leur corps !
— COMMENT !
Cette nouvelle insulte de la part du cambrioleur souleva l'ire de la plupart des nains. De tous en fait, sauf Fili, qui était trop occupé à rire malgré l'heure sombre. Mais, finalement, le plus gros troll s'approcha de Bilbo en le menaçant de sa spatule et en grognant :
— Et alors, que voulez vous que l'on fasse dans ce cas ? Qu'on les laisse partir ?
Bilbo se trouva sans voix. Ha tient, c'est qu'il n'y avait pas pensé, à cette hypothèse.
— Hé bien…
Mais Bilbo ne put répondre parce qu'un nouveau coup le fit tomber encore une fois sur le corps de Fili qui réceptionna sa chute d'un souffle douloureux.
— Cette fouine nous prend pour des poires !
Les deux autres trolls s'insurgèrent contre l'insulte qui leur était faite tandis que Bilbo découvrit un nouveau juron fort bien approprier… fouine… il connaissait une paire de neveux qui méritaient amplement ce sobriquet. Mais, avant qu'il n'ait pu faire la moindre remarque et, dans le même temps, sauver sa vie face à ces créatures qui semblaient lassées de lui, Gandalf apparut, le soleil avec lui, et les trolls se transformèrent miraculeusement en pierre.
— Parasites, hein…
— Fermez là…
— De nous deux, ce n'est pas moi qui vient d'être traiter de fouine…
— De nous deux, ce n'est pas moi le tartignole qui a laissé trois trolls emmener deux poneys sans m'apercevoir de rien… Cette bourde nous a amenée bien des ennuis…
— Ho… nous deux, on s'en sort plutôt bien… vous ne trouvez pas ?
— Qu… allez vous-en ! Vous êtes trop près de moi !
— De vous à moi, je suis navré de vous l'apprendre, mais c'est vous qui êtes avachi sur moi…
— Parce que vous penser que c'est facile de se défaire d'un sac ?
— Bien sûr, laissez moi faire…
D'une pression, Fili fit rouler le hobbit au sol et se mit à genoux. Tournant le dos à Gandalf qui s'occupait des nains prisonniers du bucher et à Thorin, qui avait su se défaire sans peine de son sac et qui s'attaquait à celui de Kili sans un mot, approfondissant le malaise coupable du jeune brun, Fili n'eut aucun mal à immobiliser le hobbit sur le dos puis il se baissa sur lui. Aussitôt, le cambrioleur se débattit et voulut crier au viol, mais Fili le fit taire en posant ses lèvres sur les siennes. Lorsqu'il fut certain que le cambrioleur s'était calmé, Fili se dégagea de lui en maugréant.
— Si je vous ai embrassé, ce fut seulement pour faire taire votre abominable voix… rien d'autre…
Une nouvelle fois, le blond s'abaissa, frôla la mâchoire de ses lèvres avide, caressa sa gorge de son souffle, puis posa les dents sur les liens qui fermaient le sac, qu'il trancha d'un unique coup de dents. Immédiatement, le hobbit se dégagea de la toile et se jeta sur ses pieds, profitant de la pagaille autour de lui pour aller quérir ses vêtements, rougissant du regard amusé que Fili avait posé sur lui. Le nain blond s'assit ensuite et le son caractéristique d'un tissus qui se déchire se fit entendre. A l'instar de Thorin, Fili avait constamment une ou deux lames attachées discrètement à ses poignets ou bien ses chevilles et s'extraire du sac fut un jeu d'enfant et si ni lui, ni Thorin n'avaient fait mine de se libérer un peu plus tôt s'était tout simplement parce qu'ils attendaient le moment propice pour frapper, moment que leur avait voler Bilbo.
