CHAPITRE 8

Le soleil est levé sur la côte californienne. La lumière du jour réveille Zack, qui dormait sur le côté, serrant un coussin sur lequel sa tête était posée. Il ouvre les yeux, s'étire et baille. Puis il se tourne vers le centre du lit et réalise le lieu où il se trouve, en apercevant Shaun qui dort à ses côtés, tourné vers lui, capuche relevée sur sa tête et bras croisés. Un regard vers lui et immédiatement son sourire s'efface, les baisers d'hier soir lui reviennent à l'esprit :

- Merde ! Chuchote t-il.

Il se passe la main dans les cheveux, nauséeux et mal à l'aise. Il se lève immédiatement laissant Shaun endormi au milieu du fourbis. Il lui faut partir, il lui faut fuir.

Lors de son trajet retour, il se laisse distraire par ses pensées à un feu de croisement et oublie un instant de redémarrer. Son visage est fermé et ses yeux baissés dans le vague. Il est désorienté. Tout cela n'a t-il été qu'un mauvais rêve ? Il ne sait plus ni qui il est, ni ce qu'il a fait. Est-ce lui qui a provoqué cela ? Est-ce que cela a une quelconque signification ? Mais la circulation matinale le rappelle à l'ordre. Alors, avec un signe d'excuse, par la vitre baissée, envers les autres conducteurs, il enclenche sa vitesse et accélère, préoccupé. Il soupire et se pince les lèvres. Il y réfléchira plus tard... Voir pas du tout.

Arrivé à la maison, il ouvre précipitamment la porte d'entrée et se dirige vers la cuisine où il retrouve Jeannie, assise à la table, fumant en attendant son frère... Sa première phrase à sa sœur est :

- Pourquoi t'as fait ça ?

Mais sans répondre, Jeanne écrase sa cigarette et appelle son fils.

- Cody ! On y va ! Puis demande en prenant son sac

- Où étais-tu ?

- Je surfais.

- Toute la nuit ? Interroge t-elle, surprise.

- Ouais, et alors ?

- Je demande, c'est tout!

Jeanne ouvre ses mains, en signe de désarroi. Elle aimerait un peu plus de confidences de son frère mais il n'est pas du genre à partager ses émotions. Et maintenant qu'elle s'est levée, ils se font face dans une attitude de confrontation. L'heure n'est pas à la dispute, il est tard et Zack doit emmener Jeanne à son travail. Elle a déjà mis sa blouse et est pressée.

- Je te conduis ou non ?

- Allons y ! Cody, on y va!

Dans la voiture, Zack au volant souffle, et interrompant le silence, s'adresse à sa sœur, passager avant.

- Je pense que je vais faire une nouvelle demande pour Cal Arts.

Ce que lui a dit Shaun, à plusieurs reprises sur son talent lui redonne envie de tenter sa chance. Après tout, pourquoi pas ? Il exprime le besoin d'en parler à sa sœur. Jeannie le regarde mais c'est Cody dans son habituel siège auto, à l'arrière, qui demande :

- C'est quoi, Cal Arts ?

- Une école, mon grand, lui répond il avec un sourire.

- Je vais à l'école, l'année prochaine.

- Yeap !

- Ils t'ont déjà rejeté ! rappelle Jeanne à son frère.

Celui-ci lui lance un regard noir. Elle a l'art de lui saper le moral. Mais elle insiste :

- Pourquoi cette idée ?

- C'est juste une idée, dit il en baissant les yeux.

- Bien, n'espère pas trop... Je veux dire les temps sont durs, Zack, je n'ai pas besoin que tu te laisses aller.

- Ouais, répond-il en fixant la route. Elle poursuit :

- Allan peint des maisons. Peut être, je peux voir s'il peut te trouver un job.

Zack regarde sa sœur d'un air sévère mais ne répond rien. Pourquoi s'acharne t-elle à lui briser ses rêves ? Ne peut elle donc pas le laisser espérer un peu ? Il continue de rouler sans plus un mot.

Arrivé sur le parking du supermarché, Zack descend Cody par sa portière conducteur et le pose au sol.

- Waouh, t'es lourd !

Il verrouille sa portière et accompagne son neveu vers sa sœur, à quelques mètres devant eux. Mais après avoir contourné sa voiture, Zack s'aperçoit que Tori est là sortant de son véhicule et habillée pour aller elle aussi travailler au supermarché : blouse couleur framboise sur un pantalon bleu turquoise qui ne lui sied pas plus qu'à Jeanne.

- J'arrive, dit il à sa sœur en poussant Cody vers sa mère.

- Hey, petit singe, l'accueille t'elle avec un sourire, en fermant sa portière et en voyant son ami. Elle finit de nouer son tablier mais Zack la surprend.

- Hey!

Alors qu'il avait les deux mains dans ses poches, il s'approche d'elle d'un pas hésitant. Quelle attitude adopter ? Puis tout à coup, il se dit qu'il doit se rassurer alors il l'enlace et dépose un baiser sur sa bouche avec ferveur en la plaquant le long de la voiture. Mais, Tori le repousse fermement :

-Je suis en retard.

Et part travailler sans plus un regard. Zack, abandonné sur le parking est perplexe et maussade. Décidément rien ne va comme il le souhaiterait. Tori le rejette alors qu'aujourd'hui, il se rendait disponible pour répondre à ses avances de l'autre soir...

Plus tard dans la soirée, après s'être habillé avec son maillot blanc et avoir mis son chargement dans sa voiture, Zack arrive sur le parking qui borde la plage. Il ne reste plus beaucoup de places, et des hommes et des femmes affluent de toute part. Tous en tenue estivale, beaucoup d'hommes torse nu, les uns planche de surf sous le bras et combinaison à moitié enfilée se dirigent vers la plage, mais plus encore en reviennent serviettes autour du cou ou sur l'épaule, les coffres de leur voiture ouverts.

Zack, comme d'autres autour de lui, se change. Il s'assoie à l'arrière du coffre de sa voiture et torse nu, enfile sa combinaison noire. Il observe l' homme de la voiture parquée à côté de la sienne. Il se prépare lui aussi. Il est torse nu et une serviette est nouée autour de sa taille. Il enfile debout un bermuda qu'il essaie de remonter en sautillant et en le passant sous sa serviette. L'homme est superbement bâti et s'aperçoit de la présence de Zack. Il le salue de la tête sans un mot et Zack lui répond pareillement. Mais comme celui-ci ne détache pas son regard de son voisin, il le fixe et Zack finit par détourner le regard, embarrassé. A croire qu'un homme l'ai embrassé hier soir se lit sur son visage...Ne voulant pas rester un instant de plus avec cette impression, il prend sa planche, et sa serviette, ferme les deux pans de son coffre qu'il verrouille et se dirige d'un pas rapide vers l'océan.

Vient alors le temps du surf. Zack semble seul et s'abandonne dans le Pacific jusqu'au coucher du soleil. Il y a ces moments où il dompte la crête des vagues, toute pensée envolée, dans le seul vertige de la vitesse et de la puissance. Et ces instants apaisants où il se laisse bercer par le doux flux de l'eau, assis ou couché sur sa planche. Le calme revient en lui. Le soleil rougeoyant est son seul compagnon désormais...Mais il cesse bientôt de se profiler pour se perdre noyé dans l'horizon. Zack assiste apaisé au crépuscule de cette journée singulière.

De retour chez lui, il se douche pour se rincer du sel marin et alors qu'il se savonne dans l'espace vitré, sa sœur entre dans la salle de bain, avec toujours ce besoin de communiquer avec le jeune homme :

- Hey!

- Hey! répond il en poursuivant son shampooing.

Ce n'est pas la première fois qu'elle envahie son espace intime. Mais c'est sa sœur après tout. Il en a l'habitude.

- Il parait que tu traines avec Shaun, engage t elle, appuyée sur le rebords du lavabo.

Zack stoppe son mouvement, mains dans la mousse de ses cheveux. Il répond calmement :

- On surfe

- Tu sais pour lui, pas vrai ?

- Quoi donc ?

- Il est gay! s'exclame t elle, gênée.

- C'est un vieil ami, Jeanne. Nous surfons ensemble depuis que j'ai huit ans.

- Oui, et c'est tout?

- Oui, qu'est ce que tu sous-entends ?

- Rien.

- Bien!

Et Zack continue de se laver mais Jeanne n'en a pas fini avec lui. Des questions la taraudent et elle veut en avoir le cœur net, elle exprime son point de vue, les yeux baissés comme si les mots étaient dérangeants à prononcer :

- Zack, je pense juste que ce n'est pas le meilleur type avec qui trainer toute la journée, à moitié nu ... si tu vois ce que je veux dire...Et je ne veux pas de Cody près de ça.

- Quoi? Pourquoi ? s'étonne Zack, qui, rincé, ferme le robinet d'eau chaude de la douche et ordonne à sa sœur, en attrapant sa serviette et en ouvrant la porte vitrée:

- Je suis en retard, dehors !

- Très bien...

Zack a sa serviette devant lui. Il s'essuie les yeux et noue le drap éponge autour de sa taille tandis que Jeanne s'exécute en haussant les sourcils et sort de la pièce comme il le lui a demandé, de manière autoritaire. Mais à peine s'est-il posté devant le miroir du lavabo où se tenait sa sœur la minute d'avant, que celle-ci revient à la charge et s'avance vers lui. Il la regarde. Que lui veut-elle, encore ?

D'un air ennuyé, elle voudrait savoir :

- Zack, t'es pas un pédé, vrai ?

- Jeannie...lui répond-il en baissant les épaules.

- Tu ne me dis jamais rien...comment je le saurais.

- Tu penses à quoi ? lui demande t-il, droit dans les yeux, l'air détendu, son bras gauche essuyant une goutte sur son épaule droite.

- Je pense que je ne veux pas avoir à gérer ça.

Puis elle s'en va, soulagée d'avoir pu lui exprimer son point de vue, sans même attendre une confirmation de la part de son jeune frère. Cette idée est tellement inenvisageable que le sujet est clos.

Se retrouvant seul, face au miroir, Zack interrompt son mouvement et pose les deux mains sur le rebords du lavabo pour mieux figer son regard bleu dans son reflet. Il essaye d'y lire la vérité...

(0.36.27/1.29.00)