CHAPITRE 10

Au petit matin, les deux amants dorment l'un contre l'autre, paisiblement, Shaun enlaçant tendrement Zack de son bras. La chambre où se trouve le grand lit de Shaun n'a ni volets, ni rideaux. Et la lueur du jour réveille une fois encore Zack. Il se retourne vers son compagnon et pose sa main sur la sienne. Celui ci ouvre un œil puis avec douceur accueille Zack dans cette nouvelle journée :

- Bonjour.

- Quelle heure est-il ? demande Zack en se frottant l'œil pour mieux s'éveiller, sa main libre restée posée sur celle de Shaun.

- Pourquoi, tu dois aller quelque part ? demande celui-ci, encore ensommeillé.

- Oui...

Puis plus affirmatif, comme si la question l'avait tout à fait réveillé :

- Oui, je dois y aller, répond Zack en ébauchant un mouvement pour sortir du lit.

Mais Shaun l'empêche de fuir en serrant sa main plus fort sur la couette qui borde Zack, pour le retenir et avec un sourire, réclame :

- Attend !

Zack se laisse attendrir...un trop bref instant. Il s'étend à nouveau à côté de lui et pose sa main sur la sienne comme au réveil. Mais, aussi vite, pousse l'immense couette pour s'extraire de ce doux cocon. Il murmure pour se convaincre peut-être plus lui-même que son amant :

- Ecoute, je dois y aller.

Shaun le regarde s'habiller puis partir sans un mot. Malgré tout, il est serein et détendu. Il sait qu'il ne faut prendre de Zack que ce que le jeune homme veut bien donner de lui.

Zack roule sur le chemin du retour, vitre ouverte, le bras appuyé sur le rebord, comme à son accoutumée. Il suit du regard les véhicules circuler en sens inverse de lui. Prenant conscience que le monde continue de tourner comme si de rien n'était. L'air frais, qui souffle par la fenêtre de son véhicule, lui rappelle la douceur des caresses de son ami, comme un rêve éveillé.

Le bonheur illumine alors son visage. Il se remémore cette nuit magique et l'accueille en lui comme un cadeau. Un immense sourire se dessine sur ses lèvres. Il laisse éclater sa joie, seul dans l'habitacle de sa voiture. Il tape sur son volant dans un enthousiasme incrédule. Il a peine à croire à tant de perfection... C'est exactement cela. C'est comme si Shaun l'avait réveillé.

Il est revenu, maintenant vêtu d'un maillot blanc sur son jean, face à l'immense pignon vierge de l'immeuble resplendissant sous les rayons matinaux du soleil californien. Il est armé de son attirail d'artiste, mais le blanc est sa seule couleur aujourd'hui. Avec un large pinceau, il remplit, de l'immaculée peinture, les espaces qu'il a laissé là, entre les volutes d'un arbre sinueux, monochrome, orné d'arabesques. Il marque une pause pour prendre du recul et admirer dans son ensemble son œuvre. Sa satisfaction est pleine. La "toile " est inachevée mais il a le temps. En cet instant, il sent son âme déborder d'inspiration créatrice. Le dessin déjà ébauché révèle les prémisses d'une gigantesque réalisation à venir.

La faim l'a tenaillé, et il est de retour dans sa cuisine familiale, désormais. La fraicheur de la maison lui a fait revêtir un polo à manches courtes sur son maillot. Il s'affaire à élaborer un sandwich avec désinvolture. Il balance allègrement la deuxième tranche de pain qui recouvre ainsi sa préparation, lorsque Jeanne, ayant entendu son frère, hésite sur le pas de la porte puis entre dans la pièce et s'assoit sur une chaise. Elle semble gênée et se fait discrète. Il jette un regard vers elle.

- Hey, Jeannie, l'accueille t'il.

- Hey, lui répond-elle. Elle passe sa mèche de cheveux libres derrière son oreille et prend un stylo dans sa main.

- Où est Cody ? l'interroge t'il, lors qu'il s'approche du frigo.

Il est surpris de la voir seule, s'installer pour remplir une grille dans un magazine posé sur la table, sans un regard pour lui.

- Comme si ça t'intéresse, ironise t'elle, sans lever les yeux du papier. Encore un reproche ?

- De quoi parles-tu ? s'interloque t il dans un ricanement, en ouvrant le réfrigérateur pour en extraire une sauce pimentée.

- Où étais-tu, la nuit dernière ? Je t'ai appelé, genre trois fois, lui reproche t'elle, en le regardant.

- Tu avais besoin de quelque chose ?

- Oui, j'ai besoin de savoir que tu es là.

- Je suis toujours là...pour Cody, répond Zack, sérieux, en continuant de s'activer à son repas.

C'est une grande fille. Sa sœur peut se débrouiller sans lui, tout de même. Il veut bien être à la disposition de la famille. Mais principalement pour son neveu, lui semble t'il bon de lui rappeler.

- Pas la nuit dernière, insiste t'elle, sans scrupule. Zack connaissant bien sa sœur, soupire et lui demande :

- ...Qu'est ce que tu veux, Jeannie ?

Avant d'entamer, debout, son sandwich par une grosse bouchée. Jeanne s'explique :

- En fait, Allen va à Portland, ce weekend. Et, euh...il a un entretien pour un job. Il veut m'emmener... Cela me ferait tellement de bien de sortir d'ici.

- Allen?

- Oui.

- Allen ? répète t-il, en désignant dans le flou, le type qui "accompagnait" sa sœur l'autre soir.

- Uh, hun...répond t-elle en acquiesçant de la tête - ...Peux-tu garder Cody, ce week-end, s'il te plait ? supplie t'elle d'un regard.

- Ohhhh...dans un immense et bruyant soupir. -...J'espérais avoir ce weekend pour moi...déplore t'il, en levant les yeux au plafond tout en continuant de mastiquer.

- Pourquoi ?... Tu baises qui ? demande Jeanne avec curiosité.

Zack, à cette question , ricane et demande :

- De quoi parles-tu ?

- Allez! je t'ai vu rêvasser. Je sais que ce n'est pas Tori. Qui est-ce ?...

Jeanne sourit et voudrait en savoir plus sur de son jeune frère si secret. Zack s'active toujours dans la cuisine et ouvre une nouvelle fois, la porte du frigo pour en retirer une bouteille d'eau fraîche. Mais à cette dernière question , il suspend, un court instant, son geste, puis ferme la porte. Mais comme il ne répond pas, sa sœur insiste :

- Personne ?...

Zack ralentit son mouvement et ferme les yeux, en pensant à Shaun. Il se tait.

- Bien, je suppose que tu es libre, alors!

Zack la fixe mais garde le silence et lassé, baisse les yeux, un court instant. Jeanne ne se décourage pas du silence de son frère :

- Allez ! Tu es la seule personne que j'ai...

- Je sais ! lui reproche t'il, d'un regard sombre dont il la foudroie, en quittant la pièce.

Il est dans sa chambre, maintenant, seul. Sa collation est finie. A genoux sur sa couette, il colorise, à l'aide d'un fin pinceau rouge des petits rectangles disséminés ça et là sur les deux murs couverts d'affiches et encadrant son lit. Son téléphone mobile vibre. Il attrape celui-ci et découvrant son messager, interrompt promptement son activité, pose son pinceau, et s'installe confortablement sur son lit, un sourire aux lèvres. Il ouvre son téléphone pour prendre la communication, son visage illuminé :

- Hey!

- Hey, tout va bien ? interroge Shaun, qui tâte le terrain.

- ...Oui, oui.

Son plaisir est grand d'entendre son amant. Ses yeux pétillent.

- Et euh...tu fais quoi ?

- Je vais bosser.

- Viens faire un saut, ce soir, suggère Shaun qui poursuit : - Je cuisinerai des steaks.

- Euhhh...je ne peux pas, regrette Zack.

Cela ne lui semble pas raisonnable même si son cœur dit tout le contraire et déborde d'enthousiasme à l'idée de passer une soirée avec son ami.

- Allez ! je ferai des margaritas... Bien fortes!

Zack hésite, visage détendu car il est bien tenté et convaincu, il s'apprête à lui répondre. Mais à cet instant, et tout à sa rêverie, il n'a pas entendu Jeanne rentrer dans sa chambre. Elle ne s'est pas annoncée et de surcroît, lui demande, impoliment :

- Qui est-ce?

Il pose sa main sur le micro du téléphone et jette un regard de mécontentement à sa sœur en lui répondant, sèchement:

- Personne !

puis il s'adoucit lorsqu'il s'adresse à Shaun :

- Ne quitte pas !

Il cache à nouveau le micro de son téléphone. Jeanne, persévérante, reste à l'embrasure de la porte mais toute à son idée, insiste et presse son frère :

- Alors je peux le faire ? N'est ce pas ?... Je dois prévenir Allen.

Zack ferme les yeux et appuie sa tête contre le mur. Il réfléchit un court instant. Pense déjà à tout ce qu'il va manquer. Puis, avec un bref regard vers son téléphone et résigné, il accepte :

- D'accord.

- Cool, merci.

A peine à t'elle prononcé ces mots qu'elle quitte la chambre, très satisfaite. Zack, à l'inverse de sa sœur, se désole et explique à Shaun :

- Shaun, je ne peux pas.

- Pourquoi?

- Jeannie part ce weekend et je dois surveiller Cody.

Sans hésitation, Shaun lui propose :

- Alors, amène le.

- Non.

Zack n'envisage même pas cela comme possible.

- Pourquoi pas ?

Zack marque un temps de réflexion, surpris de la facilité avec laquelle Shaun intègre l'enfant dans leur relation. Shaun a pourtant depuis longtemps compris qu'il n'aura pas l'oncle sans le neveu. Ce n'est pas un souci pour lui, il respecte entièrement leur lien affectif et admire même Zack pour cela. Alors Zack, enchanté à la perspective de la soirée, se fait confirmer :

- Ça ne...Ça ne te dérange pas ?

- Non, ce gamin est génial. Il dit des choses plutôt drôles.

Zack rit à cette remarque, satisfait de l'affection spontanée que semble porter Shaun à Cody. Son interlocuteur poursuit :

- Je lance le grill à 20 heures.

Zack comblé, approuve :

- Ok.

Avant d'arriver à la villa, Zack décide d'acheter une nouvelle paires de chaussures à son neveu qui l'accompagne. En centre ville, il se range sur le bas côté du trottoir, à un emplacement de parking, non loin d'un horodateur. Puis, il fait le tour de son véhicule, qu'il a laissé phares allumés, pour aider Cody à descendre de son siège auto, à l'arrière.

- Viens, Mec !

Il ne compte pas s'attarder longtemps, trop pressé de rejoindre Shaun. Mais l'urgence est là. Puisque son neveu est avec lui et qu'ils traversent le centre ville commercial. Autant faire d'une pierre, deux coups. Il fait grimper le petit garçon sur son dos et le tient fermement avec ses bras, en entrant dans un magasin d'équipements vestimentaires. Après un bref salut au caissier, gérant du magasin, l'équipage se dirige vers le rayonnage des chaussures étendu le long du mur. Il traverse une allée de teeshirts et vont vers le fond de la boutique. Dès les premières paires aperçues, Cody montre du doigt un modèle et indique à son oncle :

- J'aime bien celles-là! Celles-là!

Zack rit : le prix affiché signale 25$ la paire. Il descend Cody de son dos et le pose par terre. Le petit garçon lève les yeux vers son oncle, tout en ayant le doigt encore pointé en direction de la paire convoitée mais Zack, après un bref regard sur l'étiquette, lui énonce :

- Non, tu ne veux pas celles-là...humm...

Il continue de flâner, mains dans les poches arrières de son bermuda blanc, l'air de rien, le long des chaussures présentées, jusqu'à ce que le prix indiqué par catégories descende à une valeur raisonnable pour son porte monnaie. Son neveu, toujours aussi discipliné, le suit en silence. ...20$... Zack poursuit son parcours mais s'arrête devant une étiquette affichant 7.99$ et attrape une paire de tongs appartenant à cette dernière catégorie.

- Je pense que tu dois prendre celles-là.

Zack les présente à Cody. Mais, l'enfant proteste :

- Mais, je veux des vrais chaussures!

- Mais, elles sont plus cool, rétorque Zack en les lui montrant à hauteur de nez de l'enfant.

Cody obtempère, il est facile :

- Ok.

- Très bien, allons-y !

Zack une main posée sur l'épaule de son neveu guide leur pas vers la caisse à l'entrée afin de régler leur achat.

Zack connait par cœur le chemin menant à la villa. Alors que le soleil se couche sur le Pacifique, non loin de là, la petite famille entre dans la spacieuse cuisine. Ils y trouvent Shaun en train de couper des tomates sur une planche en bois posée sur un immense ilot central, ornant le pièce. Immense. Le cuisinier accueille avec enthousiasme ses deux invités.

- Hey, salut p'tiot!

Zack en passant la porte dirige l'enfant vers Shaun et libéré, met ses mains dans ses poches avant et s'adosse à une gazinière. Il assiste, en spectateur silencieux, à la conversation des deux êtres qui lui sont chers.

- Quoi de neuf, man ? Comment vas tu ? demande Shaun au petit garçon, en frappant dans ses mains puis dans celles de Cody pour le saluer.

Il attrape celui-ci sous les bras, pour le déposer sur le plan de travail, en lui demandant, chaque mot appuyé :

- As-tu faim ?

- Affamé ! répond Cody avec un sourire et ses grands yeux bleus levés vers Shaun.

Assis à cette hauteur, son visage est plus près de son interlocuteur que lorsqu'il est debout mais Shaun est grand. Alors, l'homme baisse un peu la tête pour s'adresser à lui :

- Affamé ? Tu veux manger quoi, pour diner?

En le regardant droit dans les yeux, ne s'adressant qu'à lui, très sérieusement. L'enfant réfléchit. Mais alors qu'il est sur le point de répondre, Zack interrompt ce tête à tête, avec un sourire qui ne le quitte plus, attendri par la scène:

- Hé, il mange de tout..

Shaun , regarde l'enfant et dans une grimace l'interpelle :

- Je ne pense pas avoir demandé à lui, n'est ce pas ?

- Non, répond Cody, amusé.

- Non, je ne crois pas, confirme Shaun en secouant la tête.

Zack est sous le charme et sourit plus que jamais. Shaun s'adresse à lui et lui signale :

- Les bières fraiches sont au frigo.

- Qu'est ce que tu bois ?

- Du rouge. Larry avait cette bouteille démente dans le cellier, dit-il, en soulevant celle-ci.

- Je vais essayer ça, répond avec réserve Zack.

Il ne sait pas trop quelle attitude adopter. Cette facilité qu'a Shaun en toute circonstance lui est étrangère.

- Bien, cool.

Shaun va chercher un verre propre et le pose sur l'îlot, s'adressant de nouveau au jeune enfant :

- Allez, mon pote. Dis-moi tout. Que veux-tu pour diner, ce soir?

Shaun reste attentif à Cody tout en servant du vin dans le verre à pied qu'il tend à Zack.

- Euh,... Mac and Cheese.

- Ok.

- Hot-dogs.

- Hot-dogs ?

- Et... des crêpes, avec...

- Ok.

- ...des pépites de chocolat.

- Des pépites de chocolat ? Ok!

Shaun s'amuse de cette liste enfantine d'aliments éloignée de ses menus habituels. Zack les contemple tous les deux, regard attendri et sourire aux lèvres.

- Et pas de légumes.

- Pas de légumes ? T'es sûr ? ...Sûr ? Sûr ? demande t'il, le front plissé, et bras croisés, montrant au petit garçon, par là-même, qu'il l'écoute très attentivement.

- Ok, très bien, gamin... Fais moi plaisir, dit-il en le prenant de nouveau dans ses bras pour le descendre du plan de travail et le reposer doucement au sol.

- Va regarder l'Océan.

Shaun pointe du doigt la terrasse d'où le point de vue est sublime. Et poursuit :

- Y a de magnifiques vagues, en ce moment.

Cody part en courant à petits pas. Il contourne l'ilot de cuisine et frôle son oncle qui lui caresse les cheveux à son passage.

- Je prépare ton diner...mais, comment?

Cette dernière parole s'adresse à Zack, en levant ses mains dans un geste de désarroi.

- On est toujours en Californie ? demande Cody

- Oui, mon grand, lui répond Zack, affectueusement.

Détendu, il a une main dans la poche gauche de son bermuda à carreaux et dans sa main droite, le verre de vin qu'il a à peine gouté. Il porte un sweat de jogging bleu foncé sur un teeshirt marron clair. Les soirées se rafraichissent et les manches longues sont de rigueur. C'est un barbecue qui est prévu et même si l'accueil s'est fait dans la maison, la soirée va se poursuivre dans le jardin. Shaun lui-même a revêtu un léger pull marron clair. L'hôte fébrile, cherche ses clés de voiture et ses papiers. Zack, prend une gorgée de son verre rempli à la main, puis voyant Shaun s'agiter, s'inquiète :

- Où... Où vas-tu?

Shaun lui explique, en s'approchant de lui :

- Je...ne pense pas qu'on ait ces trucs à la maison.

Zack se veut rassurant. Conquis et ravi d'être ici, il ne veut pas déranger son ami et s'excuse de la peine qu'il occasionne :

- Sérieusement, ne te tracasse pas.

- Non, je veux le faire, je le veux vraiment : regarde-le ! Les gamins doivent être gâtés. De plus, je suis de retour dans cinq minutes, Ok ? dit Shaun, d'une voix attendrie, en s'approchant du jeune homme.

Il lui caresse l'épaule et met son bras autour de sa taille pour l'enlacer, s'apprêtant à l'embrasser. Mais Zack est réservé, il ne s'autorise aucune démonstration, alors il se dirige doucement vers l'enfant et se dérobe ainsi à l'étreinte de Shaun :

- ...Je...vais voir ce qu'il fait.

Shaun respecte son souhait et laisse sa main glisser comme une caresse sur le torse de Zack lorsque son doux ami s'éloigne vers la terrasse.

Cody est endormi maintenant. Il a été couché sur un grand canapé blanc qui lui sert de lit d'appoint, à l'intérieur de la villa au rez-de-chaussée, une couverture le protège de la fraicheur du soir car toutes les baies sont ouvertes. Les deux adultes peuvent ainsi surveiller son sommeil tandis qu'ils sont confortablement installés dans le jardin.

Shaun debout, s'affaire tranquillement devant le barbecue. Il retourne et laisse cuire la viande lentement sur le grill. Gaucher, il prend son verre de rouge et met l'autre main dans sa poche. Il trempe ses lèvres à son verre pour accompagner Zack qui déguste tranquillement le sien, assis sur un fauteuil, non loin du palmier où sont entassées les planches de surf. La bouteille de rouge encore à moitié pleine, trône sur un reposoir métallique, partie intégrante du barbecue, parmi les condiments.

Les deux hommes discutent, leur verre à la main. Shaun profite de cet instant de répit, pour s'intéresser à Zack. Il aborde le sujet qui tient le plus à cœur au jeune homme, ou tout du moins, qui lui monopolise sa vie : la famille.

- Où Jeannie a t'elle dit qu'elle était partie ?

- Elle est partie en Oregon, il y a peut être du boulot qui en vaut la peine, là-bas.

Shaun montre de sa main occupée la direction du jeune enfant assoupi et exprime son sentiment à Zack :

- J'admire ce que tu fais pour Cody...Tu n'y es pas obligé.

Son dernier commentaire est accompagné d'une moue dépitée. Zack qui jette un regard vers la maison, puis au fond de son verre, répond, en levant les yeux vers son ami, dans un léger soupir :

- Si, en fait.

Alors, Shaun , le regarde et chagriné rétorque :

- C'est ton choix, Zack.

Les deux hommes s'affrontent du regard dans un bref silence. Aucune animosité...juste un désaccord. Shaun se désole de constater le sacrifice permanent de Zack et le jeune homme veut lui faire comprendre qu'il ne peut renoncer à ses principes.

- C'est la famille.

Shaun acquiesce silencieusement, il baisse la tête lorsqu'il entend Zack lui expliquer :

- Je suis le seul qui reste.

Zack boit une gorgée tandis que Shaun repose le sien à côté de la bouteille :

- Tu tiens ça de ta mère.

- Ouais, je sais...je suis un veinard, rajoute Zack, chagriné et les épaules affaissées.

Shaun les deux mains dans les poches, observe son ami mélancolique, qui le fixe à son tour. Les deux hommes sont connectés. Shaun éprouve le besoin de le tenir dans ses bras , il sort sa main gauche de sa poche et retire le verre que tient Zack pour le poser non loin du sien. Zack suit des yeux son mouvement mais son ami lui prend la main et lui ordonne, tendrement :

- Viens-là.

Et l'attire vers lui. Docile, Zack se lève, sous l'emprise de sa voix, mais ne lâche pas prise pour autant et demande, grave :

- Quoi ?

Shaun lui sourit et tente de l'accueillir dans ses bras, mains sur les bras du jeune homme :

- Viens là ! répète t il.

Zack, sombre, tourne la tête vers la maison et ne cède pas encore :

- Je dois aller vérif...

- Il va bien... Il dort. Tout va bien, convainc Shaun en souriant et en caressant doucement les bras de Zack.

Alors, enfin... Zack n'offre plus de résistance, il l'enlace à son tour et pose sa tête sur l'épaule de son amant.

- Viens là! répète encore Shaun en serrant davantage son étreinte.

Il devine son ami, yeux fermés, qui, blotti contre lui, s'abandonne, et ferme les yeux à son tour pour savourer plus profondément cet instant :

- Voilà.

Il sont à leur place, juste là, comme un refuge, blottis au creux des bras l'un de l'autre, imprégnés d'une profonde tendresse. Ils restent ainsi à se bercer mutuellement pendant de longues minutes...

Mais, la nuit est tombée depuis un moment. C'est donc l'heure de rentrer. Sur le pas de la porte, déjà sur le perron, Zack tient dans ses bras Cody, endormi. L'enfant a les bras ballants et sa tête repose sur l'épaule de son oncle. Ils doivent repartir et ce n'est qu'un au revoir. Shaun est lui adossé à la porte vitrée qu'il maintient ouverte et propose :

- T'es sûr que vous ne voulez pas rester ?

Mais, avec douceur, toujours quand il parle de l'enfant, Zack explique :

- Il n'aime pas se réveiller dans des endroits inconnus. Et ça arrive assez quand je ne suis pas là.

Shaun lui sourit tendrement, son affection pour le jeune homme transparait dans son regard.

Il lui tend un document :

- Prends ça.

- C'est quoi ?

- Une candidature pour Cal Arts.

- Shaun, je ne veux pas revivre ça, encore, se justifie Zack en voulant lui rendre le papier.

Mais Shaun ne veut rien entendre. Il s'est procuré les documents de formalités d'entrée à cette université car il veut offrir une nouvelle chance à son ami. Il souhaite que Zack envisage enfin un avenir meilleur que celui qu'il ne s'autorise qu'à rêver. Alors il insiste :

-Prends-le !

Zack, docile, garde le formulaire et remet sa main sous Cody pour le soutenir plus fermement dans ses bras. Il exprime sa gratitude à cet homme qui lui offre un échappatoire à son quotidien morose :

- Merci pour ce soir.

- Bonne nuit, murmure Shaun en avançant son visage pour cueillir sur les lèvres de Zack un doux baiser.

- Bye.

Sous les yeux de Shaun, Zack et Cody disparaissent, absorbés par la profondeur de la nuit bien avancée.

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