CHAPITRE 12.
L'après-midi s'est écoulée, Zack a pu retrouver ses amis. Gabe et Zack surfent ensemble. Ils se régalent d'un plaisir partagé. Et sortent d'un commun accord de l'océan. Tout en courant, ils commentent :
- Mec, la dernière était géniale !
- Waouhhh ! siffle Gabe, en mimant la glisse.
- Mais tous ces gamins nous bloquaient.
- Sûrement des gars de Malibu High!
Installés sur la plage, dos à un rocher, ils se sèchent au soleil. Gabe a descendu le haut de sa combinaison alors que Zack n'a rien quitté. Seuls leurs cheveux mouillés indiquent qu'ils sortent tout juste de l'eau. Gabe n'ayant pas vu son ami depuis un moment, s'enquière de lui :
- Mec, alors, c'est quoi les dernières nouvelles ? C'est vraiment fini avec Tori, cette fois ?
- Oui.
Zack hoche la tête pour appuyer sa réponse.
- Tant mieux, il était temps...Alors tu fais quoi, maintenant ? Tu dragues ?
Zack ne répond rien, toujours aussi mystérieux et imperméable aux questionnements personnels. Mais, Gabe le connait bien, cela ne l'empêchera pas de s'intéresser à lui. C'est son ami. Les quelques réponses laconiques de Zack lui permettent toujours d'en savoir un peu plus sur ses états d'âme.
- J'ai discuté avec un tas de gens et plus personne ne te voit nulle part.
- Tout le monde est parti, Man, justifie Zack en haussant les épaules.
Au même moment, Shaun émerge lui aussi de l'eau en courant, planche sous le bras. Gabe ne peut s'empêcher de commenter sa sortie :
- Oh ! le voilà ! T'as perdu la ligne, vieil homme ! rajoute t'il à l'attention de Shaun, lorsque celui ci les rejoint.
Cette dernière réflexion est le prétexte à un début de chamaillerie et miment tous deux de se boxer l'un et l'autre devant Zack, amusé. Les trois hommes rient.
- Oh! Mon grand frère sur une planche. Je ne pensais pas voir cela un jour.
- Ouais, donne moi dix ans et on en reparle, rétorque Shaun, en prenant sa serviette posée à proximité de Zack, sur le rocher sur lequel celui-ci est assis.
Zack ne dit toujours rien. Déjà pas bavard de nature. Il est mal à l'aise entre les deux frères. Les deux hommes qui comptent le plus pour lui, mis à part Cody.
- Ouais, vrai. Tu ne me verras plus sur une planche. Jamais ! Bien, je vais me baigner...
Gabe se lève et s'exécute en courant à petits pas sur le sable. Shaun a fini de s'essuyer le visage, il repose sa serviette et le regard tourné vers Zack, il ébauche une caresse sur son genou :
- Quoi de neuf, bébé ?
Mais Zack, paniqué, repousse violemment sa main :
- Shaun ! Quoi !
Shaun, qui s'accroupi pour être plus près de son jeune amant, , se voit rejeté une fois encore et lève les mains, contrarié. Il en a marre de devoir toujours être rejeté par Zack. Lui qui a été capable de donner tant et tant de tendresse et de s'abandonner totalement... sans retenue. Mais Zack ne s'en rend pas compte et insiste, fâché :
- Shaun, Tiens-toi tranquille !
Zack ressemble à un parent qui gronde son enfant. Shaun acquiesce de la tête. Il fixe Zack mais le jeune homme a détourné le regard, l'ignorant. Alors Shaun secoue la tête de dépit, prend sa serviette résigné et avec un dernier coup d'œil frondeur, se lève et part. Il laisse Zack seul, les mains jointes contre sa bouche, comme une prière, perplexe et pensif. Comment gérer cette situation ?
Plus tard, en fin d'après midi, le jeune homme rentre chez lui. Changé et habillé, Il ouvre la porte d'entrée de sa maison et y retrouve Cody et sa mère dans le salon. Passé le pas de la porte, Zack salue l'enfant qui joue avec son bolide. Cody qui lui tourne le dos ne lui répond pas. Il continue de faire rouler le jouet auprès de sa mère qui fume, assise dans le fauteuil. Elle rejette une dernière bouffée puis écrase sa cigarette. Comme le silence règne dans la pièce, Zack perçoit un malaise. Il ferme la porte derrière lui et demande à sa sœur :
- Qu'est ce qui ne va pas ?
Jeanne demande gentiment à son fils de quitter la pièce :
- Cody, va dans ta chambre, quelques secondes.
L'enfant s'exécute sous le regard de son oncle. Zack soupire et se passe la main dans les cheveux, comme il le fait inconsciemment à chaque fois qu'il est perturbé. Ce micro massage le soulage peut être et lui permet d'aborder plus sereinement les problèmes à venir...Il s'assoie sur l'accoudoir du canapé, résigné, prêt à entendre les reproches de sa sœur :
- S'il te plait, dis-moi qu'il est juste perturbé.
- De quoi tu parles ?
Zack sérieux, ne comprend pas.
- Zack, pourquoi tu ne m'as rien dit ?
- Te dire quoi ?
Il fixe sa sœur. Quelle erreur peut-il avoir bien commise ? Il ne comprend toujours pas où elle veut en venir, ni quelle est la nature de ses reproches. Elle non plus ne quitte pas son regard :
- Ok, ton trouble, c'est une chose!...Mais entrainer Cody là-dedans, c'est totalement dégueulasse!
La tristesse est perceptible dans sa voix qui déraille. Zack se défend :
- Je ne l'ai entrainé dans rien du tout!
- Tu l'as emmené chez Shaun!
Sa voix commence à monter dans les aigus et Zack s'élève lui aussi contre cette injuste reproche.
- Il aime Shaun ! Shaun est mieux que...
- Tu sais quoi ? Oublies!
La colère gronde dans leurs propos et l'incompréhension entre ces deux êtres est totale. Jeanne continue son plaidoyer, à renfort de grands gestes :
- Ce n'est pas à propos de Shaun, mais de nous...C'est à propos de notre famille.
- Et alors ?
- Cody a perdu son père, il a besoin de toi, il a besoin d'un homme dans sa vie.
Le ton monte. Jeanne essaie de convaincre Zack. Fataliste, il s'excuse :
- Désolé de ne pas être Allen!
- Tu ne sais rien ! ok? C'est juste un gamin. Il ne comprendra pas ça.
Zack la trouve injuste. Il n'a cessé de s'occuper de son fils à elle, non le sien. Lors de toutes ses nombreuses défaillances de mère. Et le colère le rend sournois :
- T'as été élue "mère de cette putain d'année", maintenant ?
- Oh ! Je t'emmerde!
- Il serait perdu sans moi.
- Je t'emmerde ! Zack. Essayes-tu de foutre en l'air notre famille?
- Oui, oui, Jeannie, c'est ce que j'essaye de faire !...Tu sais ? Cody a le sens de la famille grâce à moi.
Tous deux sont aussi malheureux l'un que l'autre. Ils n'ont pas plus choisi le décès de leur mère, la maladie de leur père, l'abandon du père de Cody ou l'homosexualité de Zack. La tristesse, la rancœur et la colère transparaissent dans chacune de leurs tirades. Zack poursuit et reprend les mots de Shaun, l'autre soir. :
- Maman est morte et j'ai hérité du putain de gène de la famille.
- Oh, je vois, alors c'est ce gène "de la famille" qui te pousse à fuir pour ton grand mariage gay?
Ça y est. Le mot est lâché. C'est de ça qu'il s'agit. Zack baisse la tête, il ne répond rien et commence à céder. Il sait qu'il est irréprochable envers sa famille. Son comportement envers Cody est exemplaire, surtout comparativement à sa sœur. Mais il ne maitrise pas son penchant amoureux. C'est une découverte pour lui. Sa rencontre avec Shaun a bouleversé sa vie. Il ne se savait pas gay ou refusait de l'admettre. Et si lui même gère mal ce sentiment qu'il éprouve à l'égard de Shaun, comment peut espérer être compris des autres?
Mais Jeanne, tout à sa tristesse, continue de prononcer les mots qui font mal :
- Tu vas rendre la famille fière ?
Alors Zack reproche, dans un murmure en levant les yeux vers elle :
- C'est ça qui te fait peur ? Ce n'est pas à propos de Shaun...ou de moi... C'est le fait que tu sois abandonnée. Je suis le seul qui ne t'ait pas quittée.
Les larmes aux yeux, Jeannie répond :
- Sympa ! ...Mais, vas-y, juge... Juge-moi. Je m'en fiche...Tu sais? T'as raison.
Elle renifle, essuie une larme et poursuit :
- Ok, des mecs m'ont quittée. Mais, Zack, là, c'est toi qui n'est qu'une baise d'été, ok ?
Zack les yeux dans le vague, secoue la tête. Il ne veut pas entendre ce qu'elle a à dire. Et si elle avait raison ? Il ne veut pas penser cela. Sa relation avec Shaun ne peut pas se résumer qu'à cela. Malgré l'évidente souffrance de son frère, elle continue inlassablement de lui enfoncer des piques dans le cœur :
- Tu t'es réduit toi-même à un morceau de cul, alors, Bravo ! Puis se met à crier sur son frère :
- Tu t'en sors très bien, tout seul ! Tu crois que c'est un bon modèle pour lui ?
- Oui, répond t'il doucement.
Il se comporte bien avec Cody. Shaun se comporte bien avec Cody. Mieux, il a montré une évidente affection, un évident intérêt envers ce môme qui n'est rien pour lui. Mais, sa sœur n'est pas convaincue.
- Vraiment ?
- Non! Je ne sais pas! Je ne sais pas!
Zack est perdu. Si seulement Jeannie voyait comment Shaun est doux avec son fils.
- Si c'est le cas, penses-tu que tu devais nous le cacher ? A moi, à Gabe, à Tori...
Zack se passe la main dans les cheveux, totalement désorienté. Il n'a jamais pensé à mal. Il a juste attrapé au vol le bonheur qui lui tendait les bras. Sans réfléchir. Juste parce qu'il le fallait.
- Je ne sais pas, j'en sais foutre rien! Ok?
Jeanne essuie ses larmes et laisse son visage entre ses deux mains, accablée. Zack lui explique simplement ce qu'il en est :
- Je veux juste ce qu'il a de mieux pour Cody.
- Et...Moi aussi! répond t'elle dans un sanglot en le fixant.
Zack ne répond rien et détourne le regard. Que peut-il juger d'elle quand il ne se sent pas irréprochable, lui-même?
- Désolée...
Zack n'en veut pas à sa sœur. Il lui a déjà pardonné. Il sait qu'elle ne veut que le bien de leur famille, de tous les êtres qui la composent. Il sait qu'elle a peur. Lui même est terrorisé. Il ne sait pas bien gérer cette nouvelle situation. Il fait de son mieux - comme toujours - Et n a pas toutes les réponses. Il la regarde avec douceur. Il est si désolé...
La nuit est tombée, et Zack a quitté son domicile et roulé jusqu'à la villa pour rejoindre la fête annoncée par Gabe. La conversation avec sa sœur, le fait de revoir son ami d'enfance. Tous ces évènements le laissent en plein désarroi et dans une totale confusion. Les idées se bousculent dans sa tête. Il se gare dans l'allée et reste un instant assis sur son siège de conducteur. Songeur, il entend la musique et les bruits des fêtards. C'est sans enthousiasme qu'il se joint à eux.
La mélodie est forte. Un brasero illumine et réchauffe le patio où le groupe de jeunes est installé. Zack est assis, bière à la main à côté de son ami Gabe, qui raconte une blague. Mais Zack n'a pas le cœur à la fête. Le tumulte de sa réflexion le déconnecte du lieu où il se trouve et de l'ambiance joyeuse et festive qui règne ici.
Il montre des signes d'agitation et enfile les gorgées de bière avec une nervosité qui transparait dans tout son corps. Il n'est pas ici à sa place, insensible à toute cette désinvolture. Toutes les paroles prononcées par Jeannie repassent inlassablement dans sa tête. Tel un air de chanson dont on n'arrive pas à se débarrasser et que l'on fredonne, malgré soi. Qui a tord ? Qui a raison ? Est-ce que Jeannie est sa mauvaise conscience ? Où est le mal, dans sa relation avec Shaun ? Nulle part ? Alors, pourquoi se sent-il si fautif ? Si peu à sa place ?
Il boit une gorgée de sa bière, puis une autre. Mais alors qu'il vide la bouteille, il comprend que ce n'est pas sa soif qu'il doit calmer. Il n'écoute et n'entend rien de ce que raconte son ami, pourtant à côté de lui. Il lui faut s'éloigner de toute ce brouhaha futile. N'y tenant plus, il se lève soudainement de son fauteuil. Et s'en va, sous le regard surpris de son ami qui interrompt son histoire, dubitatif.
Zack s'installe les mains au volant de son véhicule, mais sans démarrer pour autant. Les yeux fermés, il murmure pour lui même, dans un profond soupir :
- Oh, mon Dieu!
Il ne sait plus où il en est. Le répit est de courte durée. Shaun frappe sur la carrosserie trois petits coups :
- Hey !
Zack le regarde puis détourne aussitôt les yeux. Ne peut-il lui laisser un instant de répit ? Mais sans attendre, Shaun a ouvert la portière du passager avant et s'installe dans l'habitacle, aux côtés de son ténébreux ami. Il soupire. Il sait bien que Zack ne va pas bien. Il est venu le réconforter, l'aider. Mais Zack ne le voit pas de cet œil, il le fixe droit dans les yeux et intervient tout de suite, avec reproche :
- J'ai besoin de temps !
Shaun bouche ouverte, entend son ami mais ne trouve pas les mots justes. Avant qu'il ne dise quoi que ce soit, Zack essaie juste d'expliquer son malaise et rajoute :
- Je ne sais pas si c'est vraiment ce que je veux.
- Ça ressemble à ce que tu veux, rétorque doucement Shaun.
Il a bien compris, lui, que la véritable sensibilité de Zack s'est révélée avec leur relation. Mais Zack secoue la tête :
-C'est peut être pas ce que je veux...vraiment.
Les deux hommes baissent la tête, simultanément. Shaun ricane blessé. Comment Zack peut-il lui dire ça ? Après ce qu'ils ont vécu ? Et le bonheur approché par Zack, qui n'avait rien de simulé...Ne peut-il comprendre que c'est là sa vrai place ?... définitivement. Il veut que Zack lui explique, franchement et demande, dégouté :
- C'est supposé vouloir dire quoi ?
- Ça n'est pas aussi facile pour moi que ça l'est pour toi...Tu sais ! C'est ...C'est totalement nouveau pour moi.
- On va s'en sortir pour Gabe...
- Non, c'est pas ça! Shaun, le coupe Zack, fâché - Tu ne comprends donc pas ? Ok! ... Je ne prends pas juste ce que je veux. Ma vie n'est pas comme ça!
- Tu n'auras jamais rien à moins de le prendre ! essaye de lui expliquer Shaun.
Mais Zack rétorque, des sanglots dans sa voix :
- "Le prendre"...Tu sais? ...Gabe et toi, il vous suffit de montrer et de prendre, sans poser de question. Tu ne réalises pas que ce n'est pas pareil pour les autres. Putain d'ignorant !
- Oh ! Toi et Jeanne, vous reprochez juste aux autres de n'arriver à rien...Comment t'appelles ça ?
Shaun ne sait plus quoi faire, ni quoi dire. Comment convaincre son tendre ami qu'il fait fausse route? Qu'il ne peut lui reprocher avec rancœur les carcans qu'il s'est lui même fixés. Il voit bien que celui-ci est désorienté. Il l'observe et aimerait tellement percer cette carapace de conventions dont Zack se revêt si facilement. Shaun ne veut pas perdre celui dont il a connu le total abandon, avec un pur bonheur.
- Ecoute !...Merde !... Pourquoi tu nous fais ça ?
Mais, Zack déboussolé, s'en prend à son passager :
- Ne fais pas ta tapette émotive avec moi. Ok ?
Ses mots sont prononcés avec colère, mais sa main essuyant une larme dément l'apparence de ses états d'âme. Shaun ne comprend pas. C'est hors de propos. Zack lui reproche de lui avoir révéler sa vrai nature ? Comment Zack peut renier ainsi ses propres sentiments et les lui balancer à la face de leur...amitié...amour ?
- Quoi ?
- J'en est marre d'être ton fantasme érotique, Shaun. Trouve-toi un autre fantasme à la con!
Les mots de Zack lui font tellement mal que lui aussi s'en prend à son ami, avec agressivité :
- T'es qu'un foutu trouillard!
Mais Zack ne l'écoute plus :
- C'est fini !
- Un foutu trouillard...
Shaun comprend que c'est trop tard.. Zack a pris sa décision.. Elle est irrévocable. Il secoue la tête avec un petit sifflement, de déception. Mais docile, il s'exécute quand Zack, avec sévérité, lui ordonne :
- C'est fini, Sors !
Zack démarre aussitôt la portière de Shaun ouverte. Une larme caresse lentement sa joue.
(1.01.45/1.29.00)
