Il s'agit d'une histoire que j'avais déjà publiée il y a quelques années mais qui n'était pas terminée à l'époque. Cette fois-ci c'est bon, j'en suis venue à bout ! Il y aura 17 chapitres. Il s'agit - évidemment ;) - d'une histoire d'amour entre Alice et Bella. Tous les personnages sont humains, pas de surnaturel cette fois !
Merci de laisser des commentaires pour me dire ce que vous en pensez ! Bonne lecture !
Chapitre 1.
"On ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où l'on va"
Christophe Colomb
Bella ouvrit violemment la porte de l'open space et plusieurs têtes se tournèrent dans sa direction pour déterminer qui était responsable de ce tumulte. Voyant qu'il s'agissait de leur chef, tous se replongèrent dans le travail, ne voulant pas risquer de s'attirer ses foudres. Elle était assez clairement d'une humeur massacrante et il y avait de fortes chances pour que le comité de direction se soit mal passé. Pourtant, Bella ne prêta aucune attention à son entourage et alla directement s'enfermer dans son bureau. Lorsqu'elle eut fermé la porte sans faire preuve de la discrétion appropriée dans un lieu de travail, elle posa bruyamment ses dossiers sur son bureau, ferma dans un claquement l'écran de son ordinateur portable et se laissa tomber sur sa chaise en soupirant : « eh merde !… ». Le comité de direction s'était effectivement mal passé, du moins de son point de vue. Le projet sur lequel elle travaillait d'arrache-pied depuis un peu plus de 6 mois, qui avait été validé par son ancien chef de région venait d'être refusé par son remplaçant qui était arrivé 1 mois plus tôt et que, pour exprimer les choses clairement, Bella ne pouvait pas sentir. Six mois de travail venaient de tomber à l'eau, et pour couronner le tout, un prochain remaniement avait été annoncé. Vu le niveau intellectuel du nouveau directeur de région, il n'en sortirait probablement rien de bon. Bella se reprocha aussitôt cette pensée, mais elle ne pouvait s'en empêcher, ce type lui sortait par les yeux. Il ne connaissait pas leurs métiers, ne connaissait pas les contraintes, prenait des décisions sans aucune concertation avec les salariés et était tellement mou qu'elle avait envie de le secouer pour lui faire finir ses phrases plus vite. En plus, ses pantalons de costumes étaient trop courts. Ridicule.
Elle se prit la tête dans les mains pour tenter de se calmer. Cela ne servait à rien de s'énerver et un bref coup d'œil à sa montre lui indiqua que de toute manière, son prochain rendez-vous arriverait dans 30 minutes. Elle ralluma son ordinateur portable et lança sa messagerie. Il était déjà 13h et elle n'avait toujours pas lu ses messages de la journée. Elle était pourtant arrivée à 8h, mais avait dû finir un dossier d'appel d'offre en urgence avec l'un de ses ingénieurs qui venait de débuter dans son poste. A 10h, elle avait enchaîné avec le comité de direction, qui lui avait fait perdre non seulement 3 heures de son temps, mais aussi 6 mois de travail. Sa messagerie était en train de charger ses messages et elle décida d'aller s'acheter une boisson au distributeur. Elle n'aurait pas le temps de manger, et un Schweppes Agrumes lui permettrait peut-être de couper sa faim pendant un moment. Elle ressortit de son bureau, et traversa le plateau. C'était toujours une épreuve quand elle était pressée, car il y avait toujours quelqu'un qui avait besoin de son aide, de sa signature, de son avis, d'un conseil ou d'un renseignement. Cette fois-là ne fit pas exception à la règle puisque son assistante la héla pour lui donner un dossier contenant le courrier du jour, probablement deux tiers de mauvaises nouvelles et un tiers de factures. Autant dire 100% de mauvaises nouvelles.
Elle regarda sa montre, soupira et demanda à son assistante :
- Si l'accueil appelle pour dire que mon rendez-vous est arrivé, est-ce que tu peux leur demander de le faire patienter ? Je vais me chercher quelque-chose à boire à défaut d'aller manger. Je te remercie.
Son assistante était habituée à gérer ses problèmes d'emploi du temps et à prendre des messages quand elle ne pouvait ou ne voulait pas répondre au téléphone et acquiesça à sa demande.
Elle ne frappa pas avant d'entrer sur l'open space de sa collègue et amie Tanya. Elle traversa le plateau pour aller s'affaler dans le siège en face de son bureau après avoir salué l'ensemble de l'équipe. Tanya était également chef de service dans la même division que Bella. Elle était arrivée environ 4 mois plus tôt et elles s'étaient tout de suite très bien entendues, allant boire des bières le soir après le travail et prenant leurs pauses ensemble dans la journée. Tanya perçut immédiatement l'humeur de Bella et la regarda avec sympathie. Le projet instrumentation était un projet national et important pour l'ensemble de l'entreprise, que ce soit du point de vue commercial ou du point de vue marketing, les problématiques techniques étaient intéressantes et le projet bien ficelé. Tanya était présente au Comité de Direction et elle partageait le point de vue de Bella, à savoir en particulier l'incompréhension face au refus de lancer ce projet.
- J'imagine que tu dois être déçue…
- J'en ai plein le cul… ça fait 6 mois que je bosse sur ce projet, il a déjà été validé par la direction, je ne comprends même pas pourquoi il a dû repasser par le comité de Direction… C'est n'importe quoi. Ils m'emmerdent tous !
- C'est clair, honnêtement, je ne comprends pas non plus. Tu veux aller fumer une clope ?
- Non, je te remercie mais il faut que j'y aille, j'ai un rendez-vous qui m'attend.
- Ok. A quelle heure tu comptes décoller ce soir ? Tu veux aller prendre une bière ?
- Ce ne serait pas de refus, par contre, je pense que je vais finir assez tard. J'ai deux entretiens cet après-midi, une réunion de débriefing avec le respo R&D et ensuite je dois lire mes mails et finir le projet sur la cathédrale de Nevers. Je t'appelle quand j'ai fini ?
- Ça marche. Bon courage !
Bella jouait avec son crayon tout en pensant à ce qu'elle avait de prévu ce week-end. Pas grand-chose a priori. Il lui avait semblé que Rosalie et Angela avaient organisé une soirée à la coloc mais elle n'était pas sûre et…
Elle fut coupée dans sa rêverie par son téléphone portable qui vibrait sur la table de réunion. Elle sursauta, regarda d'un air désolée le candidat au poste d'ingénieur qui était en train de lui expliquer le sujet de sa thèse et qu'elle n'avait absolument pas écouté et ferma son téléphone en lui faisant signe de poursuivre. Ce qu'il fit sans attendre et Bella jeta un œil sur son CV. Elle n'allait pas faire durer l'entretien trop longtemps, n'ayant eu besoin que de quelques minutes pour juger que ce candidat n'était pas celui qu'elle recherchait.
Lorsque Bella pu enfin retourner à son bureau et ouvrir à nouveau sa messagerie, il était 17h. Elle n'avait pas eu le temps de finir son Schweppes Agrumes et elle n'avait pas mangé depuis la veille. Son ventre avait cessé de gargouiller mais elle se sentait un peu faible. Lorsqu'elle constata qu'elle avait reçu 72 mails dans la journée, elle décida d'aller s'acheter un Kit Kat pour se donner du courage. Il fallait aussi qu'elle traite le courrier que lui avait transmis son assistante plus tôt et qu'elle lise les 3 rapports que ses ingénieurs lui avaient déposés sur son bureau pendant son absence. Mais avant, il fallait qu'elle boucle son dossier sur la cathédrale de Nevers. C'était un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur et elle y travaillait depuis le début de la semaine. Elle s'était endormie sur le dossier la veille au soir dans son lit, ne parvenant pas à le terminer. Elle ouvrit la porte de son bureau, lança aux trois pèlerins qui étaient encore au bureau un vendredi soir à 17h30 qu'elle ne voulait pas être dérangée pendant une heure et se mit au travail après avoir vissé ses écouteurs dans ses oreilles et renvoyé son téléphone fixe sur son portable. Elle mit The Strokes à fond et s'enferma dans son monde pour compléter le mémoire technique et le chiffrage de son dossier. C'était ce pour quoi elle était douée, c'était ce qu'elle aimait, elle regrettait simplement de ne pas avoir suffisamment de temps à consacrer à ces affaires très techniques et de devoir les transmettre à son équipe tout en les suivant de loin.
Elle mit le point final à son dossier vers 18h50, courut à l'imprimante pour récupérer le mémoire, pesta contre la machine à relier qu'elle ne savait pas utiliser. Habituellement, c'était son assistante qui se chargeait de mettre en forme les dossiers papiers mais il était presque 19h et elle était partie depuis longtemps. Lorsque le précieux document fut parti, elle se dirigea d'un pas trainant vers le bureau de Tanya.
- T'as fini ?
- Oui. Enfin, je n'ai pas encore lu mes mails, ni trié le courrier, ni lu les 3 rapports qui sont sur mon bureau mais disons que j'ai fini le plus urgent.
- Ah… Bon, je ne voudrais pas jouer les filles de l'air, mais pour une fois tu pourrais peut-être remettre ça à lundi, non ?
Bella s'apprêtait à accepter cette proposition plus que tentante lorsqu'Aro fit irruption dans le bureau, son téléphone à l'oreille et plusieurs dossiers sous le bras. Il parlait avec animation au téléphone et fit signe à Bella d'attraper les dossiers. Celle-ci jeta un regard en coin à Tanya et attendit que leur chef termine sa conversation téléphonique pour savoir de quoi il retournait. Lorsqu'il eut raccroché, Aro se tourna vers Bella pour déclarer :
- Le dossier vert concerne Abidjan, il est terminé, il faudrait juste vérifier que tout est bon administrativement parlant. Le deuxième concerne le Maroc. Je ne sais pas à qui le donner. Il s'agit d'un sujet compliqué, je pense donc que vous devriez le traiter, Bella.
- Je ne peux pas… Tous les ingés du service Bois sont bookés jusqu'à la fin du mois, et avec le départ en congés de maternité de Mélanie, je ne peux pas surbooker les autres qui récupèrent déjà ses dossiers et…
- Et la stagiaire ?
- Il me semble que je ne peux pas refiler un sujet compliqué à une stagiaire à moins d'être sans arrêt sur son dos ? C'est pour quand ?
- Mardi prochain. On est large, ça nous laisse 4 jours.
- Euh… Vous comptez samedi et dimanche, là ?
- Oui, vous aurez bien un petit créneau ce week-end pour boucler ça ?
- Euh… Ce n'était pas prévu. De toute façon personne n'a assez d'expérience dans le service Béton, et avec la démission de Vincent, je suis débordée. Je ne suis pas là lundi, je suis en déplacement en Belgique et mardi matin j'ai une réunion de chantier. Je ne vois pas comment je peux faire pour traiter ce dossier.
- Je ne sais pas, mais c'est un sujet qui devrait vous intéresser, c'est très technique. Il s'agit de mesurer des vides dans la maçonnerie de l'enceinte en pierre de la vieille ville par méthode non destructive. A priori, le radar devrait donner quelque-chose, enfin, je vous laisse juger.
Bella n'écoutait plus. Elle ne savait pas comment elle allait s'en sortir. La tâche que sa direction lui avait confiée était gargantuesque, et elle avait suffisamment de recul et connaissait suffisamment bien son métier pour savoir que c'était une tâche impossible à réaliser pour une seule personne, même avec la meilleure volonté du monde. Cela faisait déjà 4 mois qu'elle avait repris la charge du service Béton, en plus de son service Monuments Historiques, avec pour objectif de le remettre sur pied après qu'il eut été largement ébranlé par plusieurs départs. Cela faisait 4 mois qu'elle travaillait sans relâche, ramenant du travail le soir, le week-end, ne prenant plus le temps de manger le midi, téléphonant en conduisant pour gagner du temps, enchaînant les réunions, les réunions de chantier, et elle n'en voyait toujours pas le bout.
Elle n'avait de toute façon plus d'argument pour refuser et le sujet l'intéressait… Elle finit donc par acquiescer du bout des lèvres :
- Je vais faire ce que je peux, mais je ne promets rien. Vous n'avez pas un ingé qui pourrait m'aider ?
- Non, je suis désolé.
Tanya profita de la présence d'Aro, dont l'emploi du temps était généralement encore plus chargé que celui de Bella pour lui poser la question que tous les chefs de service d'Ile-de-France se posaient depuis l'annonce du remaniement au comité de direction :
- Est-ce que vous savez ce qu'il en est du remaniement annoncé ? Est-ce que notre division va être impactée ?
Aro se racla la gorge. C'était un sujet qu'il devait d'abord aborder avec Bella, qui allait probablement être touchée de plein fouet par les changements.
- Je ne sais pas trop, le projet ne nous a pas encore été présenté. Par contre, à ce sujet, je voudrais organiser une réunion avec l'ensemble des chefs de service de la division. Tanya, vous pouvez vous charger de caler une date la semaine prochaine où tout le monde sera là ?
Tanya soupira en pensant qu'elle n'était pas son assistante, mais savait d'expérience que si elle attendait que Paul s'en charge lui-même, la réunion aurait lieu l'année prochaine…
- Par ailleurs, Bella, il faut qu'on se voie pour faire le point sur le recrutement en cours et sur les dossiers brulants. Nous pourrons reparler du projet instrumentation. D'ailleurs, où en êtes-vous de la cathédrale de Nevers, vous avez besoin d'aide ?
Bella ne put retenir un petit rire. Son chef était vraiment très sympa et cela partait d'une bonne intention de lui proposer de l'aide, mais c'était un peu tard…
- Il est parti par coursier il y a un quart d'heure, mais c'est gentil de proposer.
Aro prit un air contrit avant de se tourner vers Tanya pour aborder les sujets épineux sur lesquels elle avait besoin de son avis. Bella fit un signe à Tanya pour qu'elle l'appelle quand elle aurait fini et remonta à son bureau après avoir salué Aro. C'était toujours la même histoire, les seuls moments où il était possible de discuter avec lui étaient en fin de soirée ou très tôt le matin. C'était toujours la galère pour le voir quand il y avait des urgences.
Tanya l'appela 45 minutes plus tard, alors qu'elle prenait connaissance de ses mails. Elle éteignit son PC, rassembla ses affaires pour travailler samedi et dimanche, et rejoignit Tanya qui l'attendait sur le parking.
- Pourquoi tu as accepté de prendre le Maroc ?
- Je ne sais pas, tu as eu l'impression que j'ai vraiment eu le choix ?
- Non c'est vrai, mais tu aurais pu tout simplement dire que tu n'étais pas là ce week-end et puis c'est tout.
- Peut-être, mais je n'y arrive pas… Il me connaît bien et il me prend par les sentiments. Il sait que ça m'intéresse ce genre de sujets et que je vais finir par accepter. Je fais tellement de trucs qui me font chier que ça m'énerve de devoir toujours sacrifier les trucs intéressants.
- Ce que je vois personnellement, c'est que c'est plutôt ta vie perso que tu es en train de sacrifier.
- Je sais bien…
- On va boire un verre au Café de Paris ?
- Si tu veux, mais tu m'accompagnes à la gare après pour que je puisse rentrer chez moi.
- Pas de soucis.
Elles étaient installées sur la terrasse du Café de Paris et sirotaient leur deuxième bière. Bella commençait à avoir la tête qui tournait légèrement, d'autant plus qu'elle n'avait quasiment rien mangé de la journée.
- Et alors, tu en es où avec Alec ?
- Mmmh, avec Alec, ben, tu sais, toujours au même point…
- Tu veux dire qu'il ne t'a pas rappelée ?
- Ben non… mais je ne l'ai pas rappelé non plus… Je n'ai pas eu le temps, le courage, je ne sais pas.
- Mais qu'est-ce qu'il t'a dit la dernière fois que vous vous êtes vus ? Vous ne pouvez pas rompre sans vous parler si ?
- Oh, il m'a dit qu'il pensait encore à son ex…
- Ah. Merde.
- Oui, c'est exactement ce qu'a dit Rosalie.
Bella prit une voix aiguë pour déclamer moqueusement : « S'il te dit qu'il pense encore à son ex, ça veut dire qu'il te largue »…
- Oh, pas sûr, c'est pour ça qu'il faut que tu le rappelles pour savoir ce qu'il en est exactement.
- Je ne sais pas… ça me fait peur de savoir ce qu'il en est exactement… J'ai bien peur que Rosalie ait raison et je crois que je préfère rester dans le déni et me dire que j'ai encore un copain. Comme ça ma vie n'est pas trop merdique, et il me reste encore une étincelle d'espoir.
- Tu es bien déprimée ce soir, je te commande un mojito, ça ira mieux !
Lorsque Bella franchit la porte de son appartement, il était 22h30 et elle avait déjà atteint un degré d'alcoolémie non négligeable. Elle avait du mal à marcher droit et devait se concentrer pour faire des phrases grammaticalement correctes. Elle déposa son sac et son ordinateur près du bar américain et alla s'écrouler sur le canapé à côté d'Angela. Celle-ci était en train de boire une bière en feuilletant un magazine de mode.
- Dure journée ?
- Pire que ça.
- Tu n'as pas l'air ton assiette.
- Je suis bourrée.
- Déjà ? Tu es allée boire un verre avec Tanya ?
- Oui. Où est Rosalie ? Elle n'est pas rentrée du travail ?
- Elle m'a appelée il y a un quart d'heure, elle rentre de Niort, elle ne devrait plus tarder. Tu te souviens qu'on a rendez-vous avec les garçons tout à l'heure ?
- Euh… non je ne me souviens pas.
Bella soupira. Elle n'avait aucune envie d'aller se trémousser dans une boîte de nuit avec les garçons. Certes, cela faisait longtemps qu'elle ne les avait pas vus et ils lui manquaient, mais ce n'était vraiment pas le soir. Cependant, il y avait peu de chance qu'elle réussisse à esquiver, surtout si Rosalie était motivée également. Et Rosalie était motivée. A peine eut-elle franchi le seuil de l'appartement qu'elle cria :
- Allez les filles, on se prépare et on va bouger son corps sur le dance floor.
Pendant que Angela et Rosalie se trémoussaient sur le dernier tube de Britney Spears qui résonnait à fond dans l'appartement, Bella se dirigea vers le frigo pour prendre une bière. Quitte à être bourrée, autant y aller à fond pour faire passer la soirée plus vite. Rosalie la serra dans ses bras pour lui dire bonjour, la dévisagea de la tête aux pieds et lui dit :
- Allez ma grande, tu vas nous enlever ton tailleur de femme d'affaire perverse et tu vas nous mettre un beau décolleté pour aller chasser ce soir.
- Mais… Rosalie ! Je te rappelle que je ne suis pas célibataire.
- Oué d'accord, je te rappelle qu'Alec « pense encore à son ex ». Tu pourras lui dire ça quand tu te seras envoyé un beau gosse. Oui, Alec, moi aussi je pense encore à mon ex, et mon ex, c'est toi. Allez on se bouge. Chop-chop.
Bella se dirigea en trainant les pieds vers sa chambre pour se changer. Elle en ressortit portant une paire de jeans, un tee-shirt rouge col en V et une veste noire. Elle chaussa ses converses rouges et se passa la main dans les cheveux pour se recoiffer. Elle finit sa bière en attendant que ses deux collocs se préparent, ce qui pouvait prendre un peu de temps. Lorsque Rosalie sortit de sa chambre, elle portait une robe grise très décolletée et très courte avec une paire de talon assortis. Angela quant à elle portait un jean et un débardeur noir avec une paire de bottines. Rosalie dévisagea Bella et lui dit :
- Ma grande, ce n'est pas habillée comme ça que tu vas ramener quelqu'un dans ton lit ce soir… Allez, va mettre tes chaussures à talon.
- Nooooon, j'en ai porté toute la journée et j'ai mal aux pieds. En plus, je suis bourrée, je pourrais tomber et me faire mal. C'est ça que tu veux ?
- Mais non, bon allez bouge, on a déjà une heure de retard.
Elles sortirent toutes les trois et se dirigèrent vers le bas de la rue. Heureusement, la MOV était tout près de chez elles. C'était d'ailleurs probablement pour cette raison - et non parce qu'elles étaient alcooliques - que les serveurs connaissaient leurs prénoms. Bella aimait bien y passer ses soirées, d'autant plus qu'il y avait souvent des concerts au sous-sol. Les 3 garçons étaient déjà installés à leur table habituelle et sirotaient leur bière en riant bruyamment.
Bella en était à son deuxième mojito et elle ne savait plus très bien comment elle s'appelait. Elle dévisagea un par un ses amis qui étaient lancés dans une grande discussion au sujet du dernier concert de M. Elle détestait M, et bien qu'étant allée au concert pour accompagner Rosalie qui ne voulait pas y aller toute seule, elle ne souhaitait pas prendre part à la discussion. Elle ne pouvait rien refuser à Rosalie. Elles s'étaient rencontrées en école d'ingénieur, il y avait de ça maintenant… 7 ans… et si la première année elles ne s'étaient guère parlé, probablement parce que rien ne semblait les rapprocher, elles avaient fini par apprendre à se connaître et à s'apprécier au point de décider de se mettre en coloc à leur retour sur Paris après leur troisième année qu'elles avaient toutes les deux passé à l'étranger, l'une en Suède, l'autre en République Tchèque. Rosalie était grande, blonde et avait un corps de rêve. Elle le savait, et elle en jouait. Elle était cependant célibataire depuis sa rupture avec Emmett avec qui elle était restée 2 ans mais qui avait fini par lui dire qu'il ne la supportait plus. Well done boy… C'était l'une des raisons pour lesquelles elles n'avaient pas côtoyé Emmett, Edward et Ben depuis un certain temps. Mais depuis peu, la tension était retombée entre Emmett et Rosalie, et ils avaient recommencé à se voir régulièrement, à l'initiative d'Angela qui était inséparable de Ben et qui avait souffert des tensions entre les deux groupes. Bella se demandait d'ailleurs quand Ben se déciderait à faire le premier pas avec Angela… Aussi loin que Bella s'en souvenait, Ben en avait toujours pincé pour Angela. Cependant, celle-ci avait une relation compliquée avec son ex-copain, qui vivait dans le sud de la France et semblait complètement obnubilée par celui-ci. Elle était totalement aveugle aux avances – certes discrètes de Ben. Bella les avait rencontrés lorsqu'elle avait décidé de poursuivre ses études après son diplôme d'ingénieur et avait intégré un master spécialisé dans le patrimoine bâti. Ils se connaissaient déjà depuis 1 an puisqu'ils avaient fait leur première année de master ensemble et Bella avait tout de suite accroché avec ces deux énergumènes. Ben était tête en l'air, un peu à côté de ses pompes et Angela était un peu bipolaire, de temps en temps survoltée, de temps en temps complètement déprimée. Ils faisaient la paire.
Elle fut coupée dans ses réflexions par Emmett qui revenait avec de nouveaux verres. Bella attrapa le sien et se leva pour aller écouter le groupe qui jouait au sous-sol. Angela et Ben la suivirent et ils descendirent en tenant la rampe, aucun d'eux n'étant très stable sur ses pieds. C'était souvent le même groupe qui jouait, et Bella aimait bien leur style. Ils s'attablèrent dans le fond de la salle qui était plutôt sombre et Ben demanda à Bella comment allait son travail :
- Alors comment ça se passe à ton boulot ?
- Ne m'en parle pas, c'est l'angoisse, je suis débordée.
- Ah ouai ? Et tes prochaines vacances, c'est quand ?
- Je ne sais pas, pour l'instant, mon chef ne veut pas signer mes congés d'août. J'espère qu'il va bientôt changer d'avis.
- C'est sûr… C'est dommage qu'il n'y ait pas beaucoup de ponts cette année en mai…
- Et toi, ça va ?
- A vrai dire, je commence à m'ennuyer un peu… Je me demande si je ne vais pas changer bientôt. Et toi Angela, t'as des vacances bientôt ? On pourrait organiser un voyage non, vous en pensez quoi ?
Bella se perdit dans ses pensées pendant qu'Angela discutait avec Ben. Sa vie se barrait en sucette. Rien n'allait plus au travail. Son projet majeur avait été refusé par le comité de direction, elle était débordée avec deux services à gérer, son chef ne voulait pas lui signer ses vacances, elle était épuisée, son copain l'avait plus ou moins larguée, elle n'en était même pas sûre. Il fallait qu'elle fasse quelque chose pour se reprendre. Alors qu'elle broyait du noir en analysant sa situation peu glorieuse, Rosalie, Emmett et Edward débarquèrent et l'entrainèrent sur la piste de danse. Elle finit son verre cul-sec et les suivit. Edward l'entraina dans un rock endiablé, en tout cas, c'est le sentiment qu'elle en avait tant tout tournait autour d'elle. Le groupe cessa de jouer et un DJ prit le relai. Grandes adeptes des clips du dimanche matin, Bella et ses collocs connaissaient tous les tubes du moment. Après avoir dansé collé-serré avec Rosalie sur le dernier tube de Jennifer Lopez, Bella remonta dans la salle principale pour aller aux toilettes. Avant de redescendre danser, elle décida de prendre un dernier verre « pour la route », après tout, au point où elle en était, ça ne pouvait pas lui faire de mal et commanda une vodka redbull pour la réveiller un peu. Elle faillit s'endormir sur le comptoir pendant que le barman lui faisait son cocktail et la descente fut plus que difficile. Alors qu'elle s'approchait du groupe que formaient ses amis sur la piste de danse, elle heurta par inadvertance un grand blond qui se démenait et renversa le contenu de son verre sur sa voisine, une petite brune qui lui semblait familière. Absolument désolée de sa maladresse, mais coutumière de ce genre d'incidents, Bella se confondit en excuses :
- Oh je suis désolée, vraiment, je n'ai pas fait attention, ton haut, il est tout tâché, tu veux que je t'aide à le nettoyer, attends je t'accompagne aux toilettes…
Son discours n'était probablement pas des plus cohérents mais ses excuses étaient sincères. En tout cas, la victime de sa maladresse se mit à rire et l'attrapa par la main pour l'entrainer vers les toilettes. Une fois arrivée à destination, Bella recommença à s'excuser :
- Je suis désolée, ça m'arrive tout le temps, je suis vraiment maladroite.
Pendant que son interlocutrice la rassurait en souriant, Bella prit le temps de la détailler plus attentivement. Elle était légèrement plus petite qu'elle, avait des cheveux mi-longs qui partaient dans tous les sens, semblait avoir une personnalité enjouée et portait un jean noir, des Doc Martens également noires avec des lacets de couleur différente et un haut blanc – enfin blanc tâché de rose à présent – déchiré au niveau des épaules. Elle était très belle, et son côté rebelle la rendait séduisante et « dangereuse », ce qui plaisait beaucoup à Bella. Elle se trouvait personnellement banale et aurait aimé pouvoir s'affirmer dans un style plus tranché. Cependant, elle se devait d'être habillée correctement au travail et elle ne pouvait laisser libre à court à son imagination pour ce qui était de la tenue vestimentaire. Elle imagina la tête d'Aro si elle arrivait à un rendez-vous client avec un piercing au sourcil, une veste en cuir et un jean troué… Hilarant… Elle fut tirée de sa rêverie par la jeune femme, qui lui semblait toujours vaguement familière qui s'adressa à elle :
- Ça te dirait d'aller prendre un peu l'air, personnellement il faut que je sorte d'ici !
- Ok, ça ne me ferait pas de mal de toute façon, j'ai beaucoup trop bu. Je vais juste prévenir mes amis.
- Ça marche, je t'attends devant le bar.
Lorsque Bella sortit, la jeune femme avait allumé une cigarette et lui tendit son paquet. Bella prit une cigarette et l'alluma. Elles fumèrent en silence, puis dans un consensus silencieux, elles s'éloignèrent du bar, sans but précis. Bella la dévisageait le plus discrètement possible du coin de l'œil, se demandant où elles avaient déjà pu se rencontrer. Après avoir trébuché plusieurs fois, elle décida qu'il était probablement plus prudent de le lui demander :
- Dis-moi, on ne s'est pas déjà vues quelque part ? J'ai l'impression qu'on se connaît ?
Son interlocutrice lui sourit et répondit :
- On ne s'est jamais parlé mais on s'est déjà vues : je joue de la batterie avec les Peppermint, et tu es une habituée du bar.
Bella mis plusieurs secondes à faire le lien, son cerveau étant quelque peu ralenti par les effets de l'alcool et luttant sur le terme "habituée du bar" :
- Oh. J'adore votre groupe. Je m'appelle Bella, by the way.
- Je te remercie. Moi c'est Alice.
