Merci à Lunastrelle, Sewell et Didine22 pour leurs reviews.

Bonne lecture !

DISCLAIMER : Aucun personnage ne m'appartient, tout est à Jim Henson.


Chapitre 8 :

Le jeu de la Reine des Poisons

Hoogle errait à travers les couloirs du palais sans but précis.

Sarah se reposait dans la chambre, ces dernières heures riches en émotion l'avaient épuisé.

Soudain, le gobelin vit un garde accourir vers lui et ordonner de le suivre, le roi voulait le voir.

Hoogle le suivit jusqu'à une meurtrière au bout d'un couloir. Le roi était assis contre la paroi en pierre inclinée face à l'ouverture, et regardait l'horizon avec l'air songeur, tout en jonglant distraitement avec une boule de cristal dans la main.

« Vous m'avez demandé, votre altesse ? » demanda Hoogle.

« Oui… J'aimerais que tu m'expliques quelque chose, Horreur. »

« Hoogle ! »

« Oui, bref… Est-ce que Sarah était venue seule ici ? »

« Comment ça ? »

« Quand elle est revenue en Underground, et que Ludo et Didimus l'ont guidée jusqu'ici, est-ce qu'il n'y avait pas quelqu'un d'autre avec elle ? »

« Euh… Didimus m'a dit qu'il y avait un animal avec elle… un chien. »

« Et où est cette bête ? »

« On l'ignore ! Didimus le cherche partout. »

Jareth hocha la tête, comme si les paroles de Hoogle avaient suffi à lui donner la réponse à une énigme. Il leva la boule de cristal devant ses yeux et regarda dedans.

Il pouvait voir l'image de Foufou, le chien, qui errait dans un espace brumeux et sombre. Cet endroit, c'était la dimension où la Reine des Poisons pouvait retenir Sarah prisonnière et lui empoisonner l'esprit.

La jeune fille n'était pas complètement tombée sous l'envoûtement de la coupe. Quand il lui avait avoué que sa mère était morte à cause de l'esprit maléfique de l'artefact, il s'était attendu à ce qu'elle sombre dans une folie totale, mais non. Elle n'avait fait que pleurer.

Une telle nouvelle aurait dû abattre les dernières barrières de son esprit et laisser l'entité prendre totalement la place. Mais non. Elle tenait encore. Tout ça à cause de ce stupide chien, qui empêchait la Reine de se concentrer. Les animaux ne se laissaient pas facilement affecter par la magie, une chose qui avait fort souvent gêné les créatures magiques tels que lui ou la Reine des Poisons.

Mais pour le moment, il devait en finir avec elle.

« Tu peux disposer, Hautgroin. »

« C'est Hoogle, votre majesté ! » explosa le gobelin.

Jareth émit un ricanement puis se leva. Il se dirigea vers les escaliers menant au sous-sol du château. Et là, il ouvrit la porte où se trouvait enfermée la coupe. Elle luisait d'une lueur rouge malsaine.

Le roi la regarda un instant, puis poussa un soupir.

« Montre-toi, je sais que tu as assez de forces pour te matérialiser, maintenant. »

La coupe cessa de luire. Puis les ronces qui ornaient sa surface se matérialisèrent. Elles s'allongèrent jusqu'à former une masse compacte au sol qui prit la forme d'une femme vêtue d'une grande cape noire. La même femme que Sarah avait vue dans ses rêves.

« Bonjour, Jareth », dit-elle de sa voix suave.

« Je vois que tu n'as pas chômé, en mon absence. »

Les lèvres de la femme s'étirèrent en un sourire moqueur.

« Que veux-tu, je suis telle que les légendes m'ont créée. Assoifée, possessive… »

« … Et incapable de respecter les limites de ton pouvoir. Tu as failli plusieurs fois révéler l'existence de tout le monde féérique avec tes maudites incursions dans l'esprit des gens. »

« Tu crois vraiment que c'est cela le plus important ? Ne serait-ce pas plutôt cette jeune fille qui te préoccupe ? »

Les mains de Jareth se crispèrent légèrement.

« Oui, je sais que tu as encore des sentiments pour elle. Ne le nie pas, c'est mon pouvoir, je peux lire dans le cœur des gens mieux que n'importe qui ! C'est gênant, d'ailleurs, car elle aussi a des sentiments pour toi. »

« Ne me fais pas rire ! » dit Jareth.

« Je suis sincère ! »

Le roi haussa légèrement un sourcil. Oh, vraiment ? Non, il se ressaisit vite. Elle cherchait juste à gagner du temps.

« Tu ne me crois pas ? Très bien, alors que dirais-tu de jouer, Jareth ? »

« Tu n'es pas en mesure de m'imposer des règles… »

« Oh, mais si je perds, je te laisserai me détruire sans protester, cette fois, c'est promis ! » dit la femme en levant les mains en un geste de défense désespéré.

Jareth fronça des sourcils. Jouer avec elle ? Il est vrai qu'un tel enjeu était tentant. Mais avec la Reine des Poisons, on pouvait s'attendre à tout.

« Voici la règle : si toi et Sarah parvenez à retrouver ce petit chien qui traîne dans mon univers et à sortir de là indemnes, je te laisserai me jeter dans les Marais de la Puanteur. Mais si vous êtes blessés par mes ronces magiques… je vous dévorerai tout entiers ! »

Jareth fit la moue. Ce marché n'était guère tentant. Il aurait préféré y aller seul, à la limite. Sarah risquait de le gêner. Mais la Reine se montra intransigeante.

« J'accepte », dit-il.

Aussitôt, la reine ouvrit grand les bras. De sa cape jaillirent des ronges qui foncèrent sur Jareth. Ce dernier les regarda se diriger sur lui sans bouger, le visage de marbre.

XxXxXxXxXxXxXxX

Sarah s'éveilla en sursaut. Elle avait encore fait un cauchemar. Elle rêvait que des espèces de ronces lui fonçaient dessus pour la transpercer, telles des tentacules de monstre sorti des abysses.

La jeune fille se redressa sur son lit et fronça des sourcils. Pourquoi tout semblait si… différent ? C'était toujours bien la chambre où on l'avait laissée pour dormir, mais tout semblait bizarre. Une étrange lumière bleu sombre régnait dans l'espace. Comme un écran télé où l'on aurait apposée une teinte bleue, changeant toutes les couleurs des images.

« Hoogle ? » dit la jeune fille. Sa voix résonna en écho.

Non, là, quelque chose n'allait pas. Où était-elle ?

« Ludo ? Didimus ? Y'a quelqu'un ? » cria la jeune fille.

Elle sortit dans le couloir. Il était désert. Pas un seul garde dans les parages.

Elle descendit un escalier pour atteindre la salle du trône. Elle était vide. Mais où avait-elle atterri ?

« Sarah… »

La jeune fille se retourna et vit Jareth debout près de la porte. Jamais la jeune fille ne s'était sentie aussi heureuse de le voir.

« Jareth… Qu'est-ce qui se passe ? Où sont tous les autres ? »

« En Underground. C'est nous qui avons changé d'endroit. »

« Quoi ? De quoi tu parles ? On est dans ta salle du trône, en Underground, voyons ! »

Jareth secoua négativement la tête quand soudain, un bruit de clochette retentit. Il leva les yeux et fronça des sourcils.

« On doit faire vite, dit-il. Dépêchons-nous de retrouver ton chien, elle va lancer ses sbires sur nous. »

« Elle ? De qui tu parles ? Eh, attends-moi ! » cria la jeune fille.

Mais le roi des gobelins ne l'attendit pas. Il traversa prestement le couloir puis franchit la porte du château. Dès qu'il fut sorti, il prit l'apparence d'une chouette et s'envola dans le ciel.

Sarah étouffa un juron. Génial, il la laissait donc se débrouiller toute seule dans cette espèce de dimension parallèle inquiétante !

Elle vit soudain une boule de cristal passer entre ses pieds et descendre l'escalier pour prendre le chemin d'une des rues de Goblinville.

Avec espoir, la jeune fille se mit en route. Elle suivit la boule de cristal à travers les rues. Tout était désert et pourtant, il y avait quelque chose d'inquiétant dans l'air. Il lui semblait parfois que des volets ou des portes claquaient, qu'un vrombissement retentissait dans certaines maisons. À travers les vitres, il lui sembla voir des tentacules hérissés de pointes qui bougeaient, et des yeux inquiétants qui la regardaient avec malveillance.

Soudain, un aboiement retentit. Didimus ? Non… Soudain, une petite boule de poils blanches jaillit de derrière une maison.

« Foufou ! » cria la jeune fille, toute contente.

Le chien lui répondit par un aboiement joyeux et courut vers elle, quand la porte d'une maison entre eux s'ouvrit et une grosse masse de ronces mouvante s'interposa.

Sarah s'arrêta en poussant un cri. D'où sortait cette horreur ?

Elle regarda autour d'elle et vit un rateau posé près d'une maison sur sa droite. Pas terrible comme arme, mais tant pis !

Elle le saisit et le tendit vers la masse de ronces qui s'approchait d'elle. Elle parvint à repousser certains ronces qui se tendaient vers elle, mais cela ne suffisait pas.

Soudain, la « chose » lui arracha son râteau puis se rua sur elle, prête à la blesser.

La jeune fille porta les mains à son visage dans un geste de défense, mais rien ne vint.

Elle risqua un coup d'œil et se figea. Jareth… se tenait devant elle !

« Jareth ! »

Le tas de ronces vivant ne bougeait plus, il semblait figé dans le temps. La jeune fille se pencha sur le côté pour mieux voir. Elle comprit ce qui s'était passé.

Jareth était réapparu juste devant elle et tenait la boule de cristal dans ses mains. Elle avait arrêté le tentacule de ronces de plein fouet, figeant la créature elle-même dans un sort d'immobilité.

Le roi lâcha la sphère et recula en serrant les dents. Une épine avait touché sa main, il était blessé !

Le jeu s'annonçait mal pour lui.

« Ça ne va pas ? » demanda Sarah, inquiète.

« Si… Éloignons-nous, ce sort est temporaire », dit le roi.

Sarah le suivit sans protester. Elle s'aperçut pourtant, alors qu'ils s'éloignaient, que le Roi des Gobelins avait changé d'attitude. Il serrait fort sa main et avait l'air étrangement pâle.

Ils finirent par s'arrêter dans une impasse de la ville. Là, le roi s'assit par terre contre le mur et poussa un soupir.

« Tu es blessé », dit Sarah en s'accroupissant près de lui.

« Ce n'est qu'une égratignure », répliqua le roi en détournant le regard.

Il sentit soudain deux gentilles mains lui prendre la sienne. Surpris, il leva les yeux pour regarder Sarah panser sa blessure avec un mouchoir sorti de sa poche.

« Merci de m'avoir protégée », dit la jeune fille avec un timide sourire.

Jareth ne dit rien, stupéfait par son changement d'attitude. Alors il avait suffi qu'il fasse ça pour qu'elle devienne soudain plus amicale avec lui ?

« C'est pour faire perdre la Reine des Poisons que je me suis interposé, pas pour toi », dit Jareth.

Sarah haussa des épaules. Qu'importe la raison, elle lui en était reconnaissante.

L'espace autour d'eux s'assombrit.

« Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi il fait plus sombre ? » demanda Sarah.

« La nuit tombe, elle est plus sombre ici que dans l'Underground », expliqua Jareth.

Sarah se mit à se frictionner les bras. Apparemment, il faisait aussi plus froid ici que dans l'autre monde.

Elle s'assit près du roi et se mit à se frictionner les bras. La température chutait vraiment vite !

Elle sursauta lorsqu'elle sentit quelque chose de doux et chaud se poser sur ses épaules. Elle tourna la tête et que Jareth avait ouvert sa cape et en avait passé un pan sur le dos de la jeune fille. Celle-ci hésita, puis se cala légèrement plus près de lui.

Jareth évitait toujours son regard et fixait le ciel avec l'air sombre.

« Tu aurais pu me prévenir que j'étais aussi dans ce… jeu que la Reine t'a proposé comme défi », dit Sarah.

« Je croyais que tu aimais les défis. Tu m'as bien battu, moi. »

Sarah se pinça les lèvres. Il avait dit cela avec tellement d'amertume !

« Jareth ? »

« Mmmm ? »

« Pourquoi tu as fait cette tête quand tu m'as vue, étant petite ? »

« Quelle tête ? »

« Quand je t'ai demandé d'aider ma mère. Tu m'as regardée comme si j'avais dit ou fait quelque chose de bizarre. Qu'est-ce qui t'a intrigué, comme ça ? »

« Rien, tu te fais des idées. »

Sarah hésita, puis posa la main sur l'épaule du roi. Ce dernier se tourna vers elle.

« S'il te plaît. J'ai besoin de savoir. »

Le roi poussa un soupir. Il regarda un long moment la jeune fille avant de répondre.

« Je comptais m'en aller après que ta mère se soit fait agresser par les ronces. Et puis, tu m'as demandé de t'aider. Ce qui m'a frappée, à cet instant… C'était le fait que tu ne sois qu'une fillette fragile, mais… en même temps, tu avais l'air si forte ! »

Il tendit la main pour caresser la joue de la jeune fille.

« Cela m'a encore plus frappé lorsque je t'ai revue plus grande, alors que tu me suppliais de te rendre ton petit frère. »

Sarah ne dit rien, bouleversée autant par ses paroles que par le geste doux que sa main exerçait sur la joue de la jeune fille.

Tous deux ne firent rien un instant, puis Jareth prit le risque. Il se pencha et embrassa la jeune humaine. Celle-ci cligna des yeux, surprise par son geste.

Jareth finit par reculer et poussa un soupir.

« Je suis désolé, je n'aurais pas dû mais… »

Sarah posa un doigt sur ses lèvres, l'obligeant à se taire. Cette fois, ce fut elle qui s'approcha pour l'embrasser.

Le roi ferma les yeux, savourant ce baiser que la jeune fille lui donnait enfin de son plein gré. Ses mains glissèrent doucement sur les hanches de la jeune fille, la rapprochant de lui. Sarah passa les mains dans ses cheveux en fermant les yeux, laissant leur premier baiser plutôt timide se changer en un autre passionné.

Mais, dans l'ombre d'une rue près de la leur, deux monstres de ronces grouillantes les cherchaient, guettant leurs proies sur ordre de la Reine des Poisons.