Merci à Lunastrelle, Didine22, Sewell et Sylvie pour leurs reviews.

Bonne lecture !

DISCLAIMER : Aucun personnage ne m'appartient, tout est à Jim Henson.


Chapitre 13 :

La décision de Sarah

Cette nuit-là, Sarah ne put trouver le sommeil.

La jeune fille ne cessait de penser au fait qu'elle abritait une vie en elle. Jamais, même dans ses rêves les plus fous – ou peut-être ses pires cauchemars ? – elle n'aurait pu imaginer qu'elle était enceinte. Et encore plus que son enfant avait du sang magique.

Et toujours, la question se posait dans son esprit : qu'allait-elle faire ? Cela lui semblait évident : s'en débarrasser !

Pourtant, à chaque fois, le doute s'emparait d'elle. Il fallait le reconnaître, elle n'avait pas prévu de fonder une famille. Elle était trop jeune, elle commençait à peine ses études !

Pourquoi avait-il fallu qu'elle cède bêtement à une impulsion dans le monde de la Reine des Poisons ? Mais cela lui avait paru évident à ce moment-là. Ils étaient seuls, désespérés, il avait risqué sa vie pour elle… Dans cette autre dimension, il leur avait semblé naturel de n'écouter que leur cœur.

Mais maintenant qu'elle était revenue dans le monde réel, il fallait qu'elle fasse un choix.

Elle s'était documentée dans la bibliothèque de la fac et sur Internet : les enfants nés de l'union d'un être humain et d'une créature féerique pouvaient paraître normaux comme ils pouvaient arborer des tares physiques effroyables.

Mais en même temps, l'idée de se faire avorter la terrifiait. Comment Jareth s'y prendrait-il ? Existait-il un chirurgien en Underground ? L'idée qu'on l'opère effrayait la jeune fille.

Et si elle le gardait ? Cela signifiait rester en Underground, abandonner sa vie normale… Elle ne se voyait pas du tout traverser les couloirs de la fac avec les élèves la regardant comme si elle n'était qu'une vulgaire traînée, avec son ventre bien gros.

Sarah enfouit la tête dans son oreiller et se mit à pleurer. Elle sentit soudain quelque chose grimper sur le lit et mouiller sa joue. Elle se redressa et vit qu'il s'agissait de Foufou, qui essayait de la réconforter. La jeune fille serra le chien contre elle.

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Assis sur le rebord de la fenêtre de ses appartements privés, Jareth fixait une boule de cristal au creux de sa main. Il pouvait voir Sarah en larmes sur son lit, le chien dans ses bras.

Le roi baissa tristement les yeux. Il s'en voulait terriblement, une chose dont il ne se serait jamais cru capable. Pourquoi ?

C'était pourtant naturel qu'il ait un héritier, il était roi après tout ! Mais au départ, quand Sarah lui avait demandé d'enlever Tobby, il avait pensé en faire son héritier. Mais la jeune fille avait gagné, elle était retournée dans son monde avec son petit frère.

Il s'était donc résigné à continuer de jouer son rôle de roi seul. Mais Sarah était revenue avec un nouveau problème sur les bras : la coupe maudite de la Reine des Poisons. Il avait été obligé de demander à Tobby de prononcer la formule qui ramènerait la jeune fille dans son royaume. Mais il n'avait pas prévu qu'au final, son vœu serait exaucé, que Sarah éprouverait des sentiments pour lui.

Il aurait dû prendre son temps avec elle, mais il avait cru qu'il mourrait dans cette autre dimension. Cela lui avait donc paru naturel qu'ils vivent pleinement leur amour au moins une nuit, une seule !

Mais voilà, il avait survécu. Et Sarah était enceinte de lui. Il n'osait imaginer ce qui se serait passé s'il était mort avant que Sarah rejoigne le monde normal. Elle n'aurait sûrement pas tenu plus de trois jours avec cet enfant en elle, il l'aurait tué, lui volant tous ses rêves et ses idées jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'une coquille vide. Les êtres féeriques avaient besoin des rêves et des pensées des humains, elles étaient la source de leur existence, ils étaient nés de l'imagination des hommes.

Jareth pouvait comprendre qu'elle n'ait pas envie de le garder, mais cela le chagrinait. Et il avait peur que l'enfant disparaisse dès qu'il serait introduit dans le corps d'une autre femme. Cet enfant était puissant, rien que la fatigue de Sarah et la quantité de potion magique qu'elle avait dû boire pour retrouver ses forces le prouvaient.

D'un autre côté, si Sarah le gardait, elle courrait un grand risque. De nombreuses créatures magiques n'approuvaient guère la naissance d'enfants mi-féeriques mi-humains. Ils étaient méprisés, snobés, considérés comme des bâtards, mais en réalité, on les craignait, car ils étaient capables de résister à de puissants charmes qu'aucun humain ou être magique pur ne pouvait contrer.

Pour lui aussi, le fait de laisser cet enfant en vie ou non était un terrible dilemme.

Pour le moment, il devait aider Sarah à tenir le coup. Il fallait qu'il fasse quelque chose. Se levant, il se changea en chouette et s'envola, direction le monde des humains.

Lorsqu'il arriva à la fac, il faisait encore nuit. Sarah aurait jusqu'à demain soir à minuit pour se décider. La jeune fille dormait dans son lit, elle avait fini par s'assoupir, assommée par la peur et le chagrin.

Jareth s'assit au bord du lit et la regarda. Elle était toujours aussi belle et à chaque fois qu'il la voyait, il se sentait brûler d'amour pour elle. Il fit un effort pour résister à l'envie de l'embrasser et sortit une boule de cristal de sa veste.

Il la fit tournoyer avec des gestes experts au-dessus de Sarah, jusqu'à ce que des images floues apparaissent. Des rêves. Puis il souffla sur la boule de cristal. Celle-ci s'éleva dans les airs, telle une bulle, puis éclata en une myriade de petites étoiles qui tombèrent sur le visage de Sarah. Elles illuminèrent sa peau puis disparurent à l'intérieur d'elle.

Cette nuit, la jeune fille ferait de nombreux rêves paisibles. Cela l'aiderait à retrouver un peu de sérénité, et l'enfant en elle aurait moins besoin de puiser dans ses forces.

Le visage de Sarah parut s'apaiser. Sa respiration se fit plus régulière. Satisfait, Jareth voulut se lever, quand une idée lui traversa l'esprit.

Il hésita, puis tendit la main et la posa sur le ventre de la jeune fille. Il sentit le contact mental de l'enfant. Faible, mais bien là. Surpris, il faillit lâcher, mais ne le fit pas.

Au lieu de ça, un sourire ému apparut sur son visage. Cet enfant n'était même pas encore né que déjà, Jareth pouvait ressentir l'amour qu'il lui vouait. Impossible de définir s'il s'agissait d'une fille ou d'un garçon, mais il tenait déjà à lui. Et l'enfant tenait aussi à Sarah, il faisait des efforts pour prendre le moins d'énergie possible à sa mère, il ne voulait pas qu'elle meure !

Si seulement Sarah pouvait ressentir cela ! Si elle pouvait le comprendre… Mais elle était humaine, elle ne pouvait pas utiliser la télépathie pour communiquer avec son enfant. Cela ne pourrait peut-être se faire que si elle acceptait de garder l'enfant et l'aimait de sa seule initiative. Le lien entre la mère et l'enfant serait alors définitivement noué.

Mais cela ne dépendait que de la jeune fille.

« Fais ton choix, Sarah. Mais fais le bon, je t'en prie », souffla Jareth à l'oreille de la jeune fille.

Puis il se leva et disparut par la fenêtre sous sa forme de chouette.

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Le lendemain, Sarah s'éveilla avec un sourire aux lèvres. Elle avait merveilleusement bien dormi ! Mais soudain, elle sentit une vague de nausée la saisir.

Elle plaqua une main sur sa bouche puis courut à la salle de bain pour vomir le peu que contenait son estomac. Elle se souvint alors de ce qui se passait actuellement, et du choix qu'elle devait faire.

Toute sensation de bonheur et de légèreté disparut. Elle allait devoir faire son choix aujourd'hui.

Démoralisée, elle fit sa toilette, s'habilla puis suivit la foule d'élèves dans les couloirs, vers les salles de cours.

La jeune fille passa la journée dans un état second. Elle faisait semblant d'écouter, mais son esprit revenait toujours sur le même sujet. Le plus dur à l'heure du déjeuner. Elle faillit perdre connaissance dans la file d'attente à la cafétéria. Un élève voulut la conduire à l'infirmerie, mais la jeune fille refusa et sortit rapidement de la salle en emportant une pomme au passage sur le buffet des desserts.

Une fois près du parc de l'établissement, elle se laissa tomber au pied d'un arbre et se mit à manger sa pomme. Elle avait senti que le bébé ne supportait pas bien la faim. Il lui pompait vraiment beaucoup d'énergie ! Elle comprit pourquoi Jareth ne lui laissait que jusqu'à ce soir. Passé ce délai, elle ne tiendrait plus.

Une fois sa pomme finie, elle se dirigea vers la fontaine pour s'asperger le visage d'eau quand elle vit une petite fille assise sur le rebord, occupée à jouer avec sa poupée.

Soudain, une voix l'appela. Sa mère. Sarah la reconnut, c'était celle d'une élève de sa classe. Apparemment, elle était venue rendre visite à sa fille avec sa petite sœur.

L'enfant sauta de la fontaine et courut vers sa mère qui la prit dans ses bras pour lui faire un câlin. Elles semblaient si heureuses ! Sarah les regarda avec tristesse. Soudain, elle se souvint du temps qu'elle avait passé avec sa mère quand elle était enfant. Elle était si heureuse alors, quand elle avait une maman pour l'aimer, lui parler, la consoler quand elle pleurait…

La jeune fille baissa les yeux vers l'onde et regarda son reflet. Une larme coula de sa joue et tomba dans la fontaine.

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« Votre Altesse ! Votre Altesse ! »

Jareth ouvrit les yeux. Pourquoi ce maudit garde venait-il le déranger alors qu'il réfléchissait à des choses importantes ?

Les gobelins autour du trône cessèrent de se bagarrer, désireux d'écouter ce qu'il avait à dire.

« La jeune Sarah est revenue ! Elle veut vous voir, elle dit que ça ne peut pas attendre, elle ne veut pas traverser tout le Labyrinthe pour vous parler. »

Déjà ? Il ne pouvait croire qu'elle avait pris sa décision aussi tôt ! Dans ce cas, ça ne pouvait signifier qu'une chose…

« Très bien. Dis-moi où elle est, je la rejoins tout de suite », dit le roi en se levant de son trône.

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Sarah se trouvait sur la colline surplombant le Labyrinthe. Assise au milieu des hautes herbes, la jeune fille regardait le Labyrinthe et au loin, Goblinville.

Le soleil éclairait le paysage, lui donnant de beaux reflets dorés. C'était dans ces moments-là que la jeune fille se souvenait combien elle aimait ce monde et tout ce qui se rattachait à la magie.

« Je ne t'attendais pas aussi tôt dans la journée », dit Jareth.

Sarah poussa un léger soupir puis tourna la tête. Le roi des Gobelins se tenait debout à deux mètres d'elle.

« Je sais. Mais ça ne pouvait pas attendre. J'ai failli m'évanouir et finir à l'infirmerie en plein de la journée. »

« Tu te sens comment ? » demanda Jareth, l'air inquiet.

« Mieux, maintenant que j'ai un peu mangé. Et… je crois que le fait que je me sois décidée y est aussi pour quelque chose. »

Jareth acquiesça en silence, attendant la réponse fatidique.

« J'aimerais savoir comment ça va se passer. Est-ce que je pourrai retourner dans mon monde quand ce sera fini, ou bien devrai-je rester ici ? »

« Seulement le temps de l'opération. Ça ne durera qu'une demi-journée. Ensuite, tu pourras retourner dans ton monde et reprendre ta vie là où elle s'était arrêtée », dit Jareth en baissant tristement les yeux.

Sarah parut surprise de sa réponse.

« Opération ? Quelle opération ? »

« Pour t'en débarrasser… C'est bien ça que tu veux, non ? »

Sarah ne put réprimer un léger rire devant ce quiproquo. Non, elle n'allait pas s'en débarrasser. Lorsqu'elle avait pris conscience du bonheur de cette mère avec son enfant devant la fontaine, puis qu'elle s'était souvenue combien c'était merveilleux pour un enfant d'avoir une mère qui l'aime, elle n'avait pu s'y résoudre. Elle avait alors senti l'esprit de son enfant en elle, qui lui envoyait des vagues d'amour. Et cela avait définitivement enterré ses doutes.

Elle ne s'en débarrasserait pas. Elle aimait trop cet enfant pour oser une chose pareille.

« Non, je le garde, Jareth. »

Le roi resta un instant immobile, la bouche entrouverte, incapable de trouver une réponse cohérente. Sarah se retint difficilement de rire. C'était quelque chose de voir Jareth comme ça !

« Qu'est-ce qui t'a fait prendre cette décision ? » finit par demander le roi.

« Je ne sais pas. Enfin… Que les choses soient bien claires : je ne voulais pas avoir d'enfant. Pas aussi tôt, en tout cas, alors qu'on commençait à peine à… sortir ensemble », dit la jeune fille en mimant des guillemets avec ses doigts. « Mais, c'est comme ça, maintenant. Je ne sais pas si je ferai une bonne mère, je ne sais même pas si ce sera une fille ou un garçon, mais ce dont je suis sûre, c'est que je n'ai ni l'envie ni le courage de m'en débarrasser. Alors, je te repose la question : comment je vais faire ? Si je reste ici, est-ce qu'ils ne risquent pas de se poser des questions dans mon monde ? Mes camarades de fac, ma famille, mon petit frère… »

« Mmmm… Tu peux retourner dans ton monde si tu le souhaites et continuer ta vie d'étudiante. »

« Mais ils vont finir par se rendre compte que je suis enceinte ! Et on va me poser des questions, me demander qui est le père et… »

« Attends, laisse-moi finir. Je peux te jeter sort qui te rendra visible comme une fille normale tout le long de ta grossesse. Personne ne verra aucun changement physique. Mais il faudra que tu prennes matin et soir la potion, aussi tu devras avoir un miroir à portée de main pour qu'un gobelin te l'envoie. »

Sarah acquiesça. Bon, ça ne serait pas si compliqué que ça !

« Et si jamais tu constates quelque chose de bizarre ou qui t'inquiète, utilise le miroir pour venir ici, je viendrai immédiatement… si tu ne m'en veux pas trop, évidemment. »

La jeune fille secoua la tête. Il se sentait coupable ? Elle aussi, d'une certaine manière.

Mais elle n'avait plus envie de se disputer avec lui ces derniers temps. Elle avait surtout besoin de soutien, car elle avait toujours peur.

Aussi franchit-elle les mètres qui la séparaient de lui pour venir se blottir contre lui. Comprenant ce qu'elle ressentait, Jareth l'enveloppa de ses bras et posa son menton contre la tête de celle qu'il aimait.

Ils restèrent ainsi un long moment, blottis l'un contre l'autre.

Cachés dans les hautes herbes alentour, les gobelins les regardaient avec les yeux embués.

« Oh, c'est touchant ! » dit l'un d'eux.

« Oui ! Snif ! »

« Tellement touchant ! »