Chapitre 1 : Rencontre de deux peuples.
Le soleil se couchait doucement sur la ville de Telmor et les habitants regagnaient calmement leurs foyers. Les quelques rares enfants draenei trainaient encore dans les rues pavées de la cité, ramassant leurs jouets avant de rentrer chez eux. Ils se chamaillaient encore quelques instants, bientôt rappelés à l'ordre par leurs parents, bougonnant tout en se faisant trainer jusqu'à leurs chaumières. Herella et sa famille vivaient dans la huitième maison à droite en entrant dans la ville. Eleveurs renommés de talbuks et d'elekks, ils avaient installé leur ferme en Ombrelune, à Embaari, mais revenaient en fin de semaine à Telmor, appréciant particulièrement le repos de ce village, les laissant cachés aux yeux du monde.
Ce soir, ils dînaient ensemble, appréciant la soupe que la mère avait préparée. Au milieu de leurs pairs à la peau bleue, sa famille était reconnaissable entre tous : ils arboraient sur leur peau des tatouages blancs géométriques qui s'illuminaient par moments de vives émotions, réagissant à la Lumière qui habitait les draenei. Souvenir d'un court séjour dans un autre monde où ils trouvèrent refuge, avant que celui-ci ne soit envahi par les démons, comme tous les autres avant lui. Ces marques étaient censées les protéger contre le mal. Herella et son plus jeune frère n'avaient pas eu l'honneur de connaitre ce peuple, contrairement à ses parents et son frère ainé. « Il est de notre devoir de continuer à faire vivre les traditions qu'ils nous ont si humblement transmises. » lui avait dit son père, alors qu'il se chargeait lui-même de la tatouer. Mais la quiétude de cette soirée fit place à une certaine agitation alors que des bruits se firent entendre au dehors. La jeune femme se pencha par la fenêtre, cherchant ce qui troublait la quiétude de cette douce soirée.
Restalaan, éminent Capitaine de la Garde de Telmor, avait amené deux jeunes orcs en ville. De mémoire de draenei, et donc pas des moindre, c'était une grande première. Ils jetaient des regards intrigués tout autour d'eux, l'air ahuri, quelque peu perdus au milieu de l'architecture travaillée des bâtiments de la cité. Herella n'avait jamais vu d'orcs avant, son père et son frère ainé étant les seuls à aller faire du troc avec eux. C'était un long voyage, et ce n'était pas sans risque : beaucoup de créatures hostiles se promenaient au dehors. Elle sortit sur le pas de la porte, sans doute aussi intriguée qu'eux, et les dévisagea le plus discrètement possible. Ils avaient l'air tous deux jeunes, l'un ayant la peau plus pâle que l'autre. L'un d'eux portait une lourde fourrure blanche sur le dos, alors que l'autre portrait une tenue de cuir plutôt sombre. Alors qu'ils passaient devant elle, elle se cacha un peu plus derrière le pan de mur duquel elle les observait. Sa curiosité s'accentua encore quand elle entendit Restalaan demander si le Prophète était dans ses appartements. Ces deux orcs allaient donc rencontrer l'Eternel ? Ces deux orcs devaient être vraiment spéciaux. Ils s'enfoncèrent dans les rues de la ville et la jeune draenei retourna à l'intérieur, alors que sa mère la sommait de venir terminer son assiette. Cette nuit là, elle prit une décision : elle voulait rencontrer un orc. Le lendemain matin, elle demanda d'un air très sérieux à son père de commencer à lui apprendre l'orc. Celui-ci s'éclaffa un moment et sourit, acceptant volontiers. Sa famille avait toujours tenté d'établir des liens avec les autochtones des mondes qu'ils visitaient. Ce ne serait sûrement pas aujourd'hui qu'ils allaient arrêter.
Quelques années passèrent après ce bref séjour de deux jeunes orcs dans leur ville. Herella n'avait pas changé d'un trait, hormis peut-être ses cheveux qui avaient poussé. Mais elle était prête à parier que les orcs, eux, avaient bien grand depuis tout ce temps, devant certainement des guerriers et chasseurs aguerris. Elle avait assidument étudié les différents dialectes orcs auprès de son père, et était aujourd'hui fin prête pour les accompagner lors de leurs voyages commerciaux auprès des clans. Aujourd'hui, ils partaient vers les terres des Loup-de-Givre, et plus précisément Wor'gol, leur cité. La caravane était pleine à craquer de nourriture et d'épices, toutes récoltées dans la ferme familiale. Quelques étoffes de soies ouvragées et des cristaux se trouvaient à l'intérieur également, un échange entre les différents habitants d'Embaari. Herella, toute impatiente qu'elle fut, monta sur la charrette avec son frère ainé, alors que son père monta sur son vieux talbuk. La route fut bien longue, durant deux jours, mais cela n'embêta pas la jeune femme outre mesure. Elle aimait crapahuter dans les plaines, bien qu'elle ne s'aventura jamais aussi loin. Elle fut fascinée par la diversité des environnements, passant de la forêt des plus dense, froide, à une jungle tropicale aux couleurs bariolées. Mais elle fut plus étonnée encore en arrivant dans la Crête de Givrefeu tout n'était que roche et neige, et la nuit semblait maitresse ici. Ou peut-être bien l'obscurité venait-elle de la fumée dégagée par les volcans qui parsemaient la plaine glacée. De-ci, de-là, quelques puits de lave coloraient la neige d'une lueur rougeâtre. « Nous arriverons bientôt » signala son père. Elle sourit, impatiente, avide de découvrir ce peuple qui jusque là lui était inconnu.
Gol'kran caressait doucement la fourrure de sa louve de givre, Crin de Neige. La bête, appréciant son geste, posa doucement sa tête sur ses genoux, et baissa les oreilles, l'incitant à continuer ses gâteries. Assis autour du feu, il partageait le repas avec les autres membres de son clan un potage mêlant os et moelle ainsi que légumes et herbes, préparé selon la recette spéciale de l'une des Anciennes de sa Meute cela ne semblait pas fameux aux premiers abords, mais finalement, c'était très goûtu ça avait le mérite de caler l'estomac. Tout le monde discutait, mais Gol'kran restait silencieux il ne se sentait pas l'envie de s'éterniser en conversations inutiles aujourd'hui. Depuis quelques temps, il était las. L'hiver s'était installé depuis quelques semaines déjà et, bien qu'en ces terres l'hiver était éternel, les bêtes se faisaient de plus en plus rare, rendant la chasse encore plus ardue qu'à l'accoutumée. Il tendit un morceau de viande trouvé dans sa soupe à sa louve, qui l'avala avec bonheur. Il sourit quelque peu, grattant à nouveau sa compagne à quatre pattes derrière l'oreille. Soudain, un des éclaireurs de la ville arriva vers eux, sans toutefois se presser. Ce n'était pas pourtant dans les habitudes des gardes de revenir au village les mains dans les poches sans en avoir reçu l'ordre. Leur chef, Garad, se redressa, le regard dur.
- Pourquoi avoir quitté ton poste sans en avoir reçu la permission, Harugh ? demanda-t-il de sa voix forte.
- Une caravane de draenei est arrivée à l'entrée de la ville, Chef, répondit-il. Ils demandent à commercer avec nous. Ils ont apporté beaucoup de choses avec eux.
Le chef des Loup-de-Givre se leva, imposant, et arrangea sa tenue avant de marmonner que ceux qui désiraient aller à leur rencontre pouvaient se lever et y aller. Gol'kran n'avait évidement rien à offrir en échange des ressources des draeneis, mais il était bien trop curieux pour rester assis là à siroter sa soupe. Enfin de l'agitation ! De plus, il n'avait jamais eu l'occasion de voir ces étrangers de près, les apercevant toujours de loin, en chasse. Sa louve sur ses talons, il suivit alors les autres orcs qui étaient allés chercher leurs fourrures, leurs cuirs et leurs minerais pour finalement arriver à l'entrée du village de Wor'gol. La première chose qui le marqua, ce fut la bête qui tirait la charrette ouvragée des étrangers : un elekk immense à la robe brunâtre qui agitait sa trompe, certainement un peu énervé de voir tout ce monde s'approcher. Ainsi donc les draenei pouvaient dompter ces créatures ? Il se tint un peu à l'écart des siens, contournant le groupe, se tenant loin de la créature. Il n'avait pas envie de prendre un coup de défense ou de trompe. Il vit alors enfin ces fameux « peaux-bleues ».
Il supposa que les deux plus grands étaient des hommes, avec leurs torses larges et puissants et leurs sortes de tentacules qui pendaient de leurs mentons. Intrigué, il jeta rapidement un œil à leurs pieds. Ainsi donc la légende était vraie : ils n'en avaient pas. A la place, ils avaient d'énormes sabots fendus et des jambes arquées à la manière d'un talbuk. Les deux mâles étaient impressionnants, et semblaient être capable de broyer un arbre entre leurs mains. Pourtant, ils semblaient également paisibles et courtois, le genre à rester serein devant des insultes, le genre à valoir mieux que cela. Ils dégageaient une paix et une quiétude telle qu'aucun orc ne pourrait un jour atteindre. Mais ce qui le perturba le plus c'étaient leurs yeux d'un bleu luminescents, ils brillaient assurément dans la nuit. A côté d'eux, il y en avait une beaucoup plus petite. Elle était fine et svelte, bien que sa musculature n'avait rien à envier à celle des orques. Sûrement une fille. La peau d'un violet foncé, des tatouages blancs, quatre lignes, courraient le long de son menton, et Gol'kran se prit à se demander si elle en avait ailleurs… mais il chassa bien vite cette idée de la tête. Il n'était pas ce genre d'homme ! Et puis, ce n'était même pas une orque…
Elle se tourna vers lui, et lui sourit, agitant doucement la main pour le saluer. Il regarda autour de lui, mais il n'y avait personne d'autre que lui. Maladroitement, il répéta son geste, fasciné par la gentillesse que dégageait cette femme étrange. Elle fit un pas, comme pour venir le voir, mais se ravisa, mal à l'aise. Gol'kran se sentit un peu idiot, et fit le premier pas. Aussi impressionnants soient-ils, ils se trouvaient loin de leurs terres, et n'importe qui se sentirait mal à l'aise loin de son foyer et de ses habitudes. Crin de Neige sur ses pas, il hocha brièvement la tête devant la draenei. A son plus grand étonnement, ce fut elle qui entama la conversation… en orc.
- Je… C'est la première fois que je rencontre un orc. Je m'appelle Herella. Articula-t-elle avec application.
Sa voix était douce et mélodieuse, mais elle butta légèrement sur les syllabes plus gutturales. Cela laissa Gol'kran sans voix un instant. Bien sûr ils avaient appris leur langue, il le savait. Mais il fut étonné de la qualité du dialecte dans lequel elle s'était exprimée.
- … C'est… Vous êtes la première draenei que je rencontre, vous aussi, balbutia-t-il, maladroit. Vous… Vous parlez très bien notre langue. Je me nomme Gol'kran, fils de Karag et de Ma'shur, du clan Loup-de-Givre.
Elle lui sourit, tendant la main vers lui. Il voulut faire de même mais la louve qui guettait à ses pieds laissa échapper un grondement de mécontentement. Allons bon, serait-elle devenue jalouse ? L'orc lança à sa bête un regard réprobateur, quittant un instant des yeux la draenei. Il fut bien étonné en reportant son regard sur elle de la voir accroupie devant le canidé, tendant une main vers son museau. Retenant sa respiration, il s'apprêta à retenir son amie à quatre pattes, car de toute évidence elle attaquerait. Mais pourtant, rien de ne passa. La jeune peau-bleue plongea son regard dans celui de l'animal, comme hypnotisée, et avança doucement sa main. La louve appuya doucement son museau au creux de sa paume, puis releva la tête, incita l'étrangère à lui gratter le menton. Ce qu'elle fit. Gol'kran était resté saisi, observant la scène avec un air ahuri collé sur son visage. Sa louve avait une confiance aveugle avec cette inconnue, une réaction qu'elle n'avait jamais eue avec personne. La draenei se releva, souriante.
- C'est un bel animal, et une gentille fille. Souffla-t-elle.
« Cette femme parle aux bête. » pensa-t-il intérieurement.
