[Disclaimer : A qui appartient à Ghost Hunt? Sûrement pas à moi, en tous cas.]


La caméra était posée un peu avant les ouvertures, à distance égale entre les deux. Enfin, peut-être.

- Tu es sûr que c'est bon? Demanda Mai en contemplant le travail. Ce n'est pas un peu trop décalé sur la droite?

- Non, je vois bien les deux pièces, confirma Bou-san de derrière l'appareil.

Tous les deux étaient occupés à installer des caméras et des microphones pour enregistrer ce qu'il se passait dans toutes les pièces du château. Ce qui était assez difficile, car ils n' avaient pas tant de matériel que ça, comparé au nombre de pièces que leur réservait le bâtiment.

Ils avaient donc trouvé une solution: placer des caméras et des micros en face de deux portes ouvertes pour qu'elles puissent enregistrer ce qu'il se passait dans deux pièces en même temps. Après avoir consulté le plan de Nishimura, ils avaient finis par se séparer en plusieurs groupes pour tout installer. Mai et Bou-san avaient choisis l'étage du haut du petit bâtiment secondaire. En tout cas, il n'y aurait pas grand-chose à filmer ici, s'était dit Mai en montant les équipements. Même si un esprit énervé décidait de provoquer un petit poltergeist, il n'aurait rien à faire bouger, puisque ce bâtiment était complètement vide. Il n'y avait pas de meubles, pas de portes pour remplir les espaces découpés dans les murs, et même pas de vitres.

- C'était facile, déclara-t-il tandis qu'ils redescendaient les escaliers. Je me demande vraiment si il y a quelque chose de dangereux, ici. Je n'ai rien sentit de bizarre. A par cette propreté...C'est peut-être juste un esprit maniaque, non?

- Bah, répondit Mai, il est peut être maniaque et méchant.

- Dis donc, tu pourrais porter un peu plus de choses, non?

C'était la voix d'Ayako, qui tenait entre ses mains de grande caisses de plastique vides. Elle se dirigeait vers la sortie ( également dépourvue de porte ), l'air exaspérée

- Je suis fatiguée, répondit doucement Masako, qui elle ne tenait rien. En fait, je ne pensais pas qu'une personne forte comme toi aurait besoin d'aide!

- Pfff! Souffla Ayako, mais elle n'ajouta rien.

Elle sait vraiment manipuler les gens, se dit Mai en observant la jeune médium. Comme Naru...Non! Elle ne voulait plus penser à lui. Parce que, chaque fois que le nom de son patron lui venait à l'esprit, elle repensait à leur conversation à la base. Et chaque fois, elle ressentait de la tristesse, de la colère, de la déception...Et surtout, une honte intersidérale. Elle lui avait avoué qu'elle voulait qu'il la retienne! Elle lui avait demandé de l'attention! Mon Dieu...A coup sûr, l'énervant jeune homme la pensait collé à ses basques. Il devait même penser un truc du genre ; "Ah, la, la, cette fille s'imagine que je vais lui courir après ... Pathétique. " Elle pouvait presque voir son visage afficher alors une expression particulièrement méprisante. Rien que d'y penser... Argh ! Si seulement elle pouvait retourner dans le temps et tout effacer!

- Ça va Mai? Quelque chose te gêne? S'inquiéta la prêtresse en remarquant la tête qu'elle faisait.

Tout le monde se tourna vers elle avec attention, s'attendant probablement à ce qu'elle leur délivre en direct un message du monde des esprits. Et bien non! Tout ce que je fais, c'est me mettre dans tous mes états pour une histoire stupide! pensa Mai. Malgré elle, les paroles de Naru lui revinrent à l'esprit. Elle ne devait plus se laisser distraire...Il y avait plus important, pour le moment. Cet endroit était bizarre, probablement hanté. Voilà sur quoi elle devait se concentrer. Elle secoua la tête pour chasser toutes les pensées plus ou moins lié à la honte intersidérale, et déclara d'un ton assuré:

- Tout va bien! Je suis juste un peu fatiguée!

Elle posa le tas de caisses vides qu'elle portait dès qu'ils furent arrivés dans le bâtiment principal . En quelques heures, les nouveaux arrivants avaient complètement investit les lieux. A présent, l'entrée était encombrée de caissons vides, de leurs chaussures, de leurs manteaux. Ils s'étaient également installés dans les chambres dans le couloir où se trouvait la base, qu'ils avaient protégés d'éventuels esprits en bougeant de grosse étagères pour empêcher la circulation en ligne droite. A par ça, ils avaient laissé les autres pièces tranquille. Le château était vraiment immense, et, pour l'instant, ils n'avaient rien trouvé qui attirait leur attention, à part l'étrange propreté des lieux. On aurait dit que les habitants de la maison venaient tout juste de la quitter. Personne n'avait encore réussi à éclaircir ce mystère.

- J'ai posé des questions aux habitants du village voisin, quand on est descendu chercher de l'eau, expliqua John, et, apparemment, ils n'ont jamais entendu parler de quelqu'un qui vivrait là.

Ils se trouvaient à présent dans un grand salon, tous rassemblés après avoir accomplit les divers tâches que leur avait demandé Nishimura.

- Waouh, tu te débrouilles en français? Demanda Mai , franchement admirative.

- Oh, non ! Je n'y connaît presque rien, admit le prêtre avec un petit rire. Je leur ait parlé anglais D'ailleurs, je ne sais pas si on s'est vraiment compris...L'accent français est bizarre!

- Donc, le coupa Naru, personne ne vit ici. Et à part ça, ils t'ont dit pourquoi personne n'est jamais venu vandaliser les lieux ?

John baissa la tête, pensif.

- C'est à dire...Ils m'ont dit qu'il y avait des rumeurs. Des rumeurs de disparitions.

Mai se figea, et elle pût sentir distinctement les habitués de la SPR réagir également. Tout cela ressemblait au cas qu'ils avaient appelé "le labyrinthe ensanglanté" . L'un des plus effrayants de sa carrière, à son avis. Cette fois là, ce n'était pas seulement une histoire de phénomène dangereux et meurtrier : ç'avait été dangereux, meurtrier, et malsain.

- Apparemment, développa John, des gens auraient disparus, et cela arrivait alors qu'ils s'approchaient du château. Ils allaient se promener dans la forêt qui l'entoure, et...Ils ne revenaient pas.

- Nishimura, tu as consulté les registres de disparition? Intervint Yasuhara. Ça correspond?

- C'est mon frère qui s'en est chargé, dit Aoko Tomaru.

Elle lui signa rapidement l'histoire, et se chargea de traduire sa réponse :

- En fait...Rien. Il n'a rien vu. Il n'y a eu aucune disparition reportée dans ce secteur. Enfin...Il y en a eu, quelques unes, mais les victimes ont toutes été retrouvées par la police, en vie...ou pas. En tout cas, ça s'est toujours révélé être d'origine humaine. Ils n'ont jamais eu à fouiller ici, au château, ou bien dans la forêt qui nous entoure. Fujitaka a même fait des recherches dans de vieux registres, qui datent parfois de plus de 100 ans, et...Il dit qu'il n'y a pas non plus mention de disparitions prêt du château ou à ses alentours.

Cette révélation laissa planer un silence étonné. Qu'est-ce que cela pouvait bien pouvoir dire?

- Euh...Intervint timidement John, je ne vous ait pas tout dit. En fait, j'étais intrigué par ces histoires, donc, j'ai demandé aux gens ce qu'ils entendaient par là. Qui , exactement, avait disparu. Et ils ... ils ne savaient pas.

- C'est normal, ça, non? Avança Ayako. Ce n'est qu'une rumeur, un genre de légende urbaine. Ça se construit souvent autour des endroits étranges, et on ne peut pas dire que ce château ne l'est pas.

- Non, réagit Mariya.

La jeune femme se leva, les yeux baissés, et commença à marcher en cercles, l'air concentré.

- Non, ce n'est pas une simple rumeur. Vous croyez vraiment que des gosses éviteraient de saccager cet endroit à cause d'une petite histoire sans fondement ? Les jeunes ne sont plus superstitieux, de nos jours. Au contraire, ils seraient heureux de se faire un peu peur. Ils devraient venir, mais non, ils ne viennent pas.

Elle releva la tête.

- C'est bizarre. Tout le monde évite cet endroit. A par celui que nous avons prit, je n'ai pas vu de chemins dans la forêt, quand on est arrivé. Les gens du coin ne viennent pas se promener ici. Les gens ne viennent pas ici...Ce n'est définitivement pas qu'une rumeur sans fondement...C'est plus que ça.

- Mais alors, qu'est-ce que c'est? Demanda Bou-san, perplexe.

- On dirait...Un souvenir. Ils se souviennent de quelque chose, et ça leur fait peur.

- Tu veux dire qu'ils se souviendraient des disparitions? Mais pourquoi ne les ont-ils pas signalées? Demanda Nishimura.

- Ce n'est pas une rumeur. - elle se laissa tomber sur le canapé - C'est impossible. La seule option qui reste, c'est que ces choses qui leur font si peur, ces disparitions, elles ont vraiment eu lieu. C'est vrai, par contre, que ce souvenir est très bizarre. Pourquoi ils ne fuient pas? Pourquoi ils ne parlent pas de ces disparitions clairement? Pourquoi ils ne s'en rappellent pas bien? Eh bien, je pense que ça nous prouve juste que cet endroit est loin d'être normal: s'ils ne s'en souviennent pas vraiment, c'est parce que quelque chose les en empêche.

- Quelque chose de paranormal ... ? Compléta le vice-président, songeur.

Mai les contemplait, bouche bée, quelque peu impressionnée. Elle même n'aurait jamais pu élaborer une telle théorie aussi rapidement.

- Vous dites...Dit Naru ( Mai ne pût s'empêcher d'être troublée par son intervention, même si elle le masqua de son mieux ) , que quoi que ce soit qui se trouve ici, cela cause des disparitions, et a le pouvoir d'empêcher les gens d'y réagir correctement?

- Exactement, répondit Mariya. J'ai déjà vu ça. Dans des endroits hantés, des gens qui se mettent à agir de façon illogique, d'un seul coup. On a eu cette histoire de puits. Beaucoup de gens y avait trouvé la mort. On en était conscient, et pourtant, un de nos membre a déclaré vouloir se promener sans raison particulière. Ensuite, on l'a retrouvé près de ce fameux puits, prêt à tomber...Il n'avait pas été possédé, un charme le protégeait de ce genre de choses. Mais il avait tout de même été manipulé, parce que l'esprit l'avait influencé.

Encore comme cette affaire...Mai se rappelait Masako sortir seule malgré le danger, lors du cas du "labyrinthe ensanglanté".

- Ce qui se trouve ici est donc capable d'influencer quelqu'un à ce point, et pendant toute sa vie? S'alarma Tomaru. Il pourrait même nous faire oublier totalement l'un d'entre nous s'il disparaissait?

Après ces paroles, l'ambiance s'assombrit considérablement. Un silence s'installa, pendant lequel tout le monde eut le temps d'évaluer combien ce cas s'avérait bien plus dangereux que prévu.

- En tout cas, fit Masako, je ne sens rien de particulier, ici. Je veux dire, tout est étrange, mais...Je ne sens rien. Je ne comprends pas.

Naru la regardait, une intense concentration peinte sur son visage. Pourquoi il la regarde comme ça ? Se dit Mai, avant de se souvenir qu'elle devait s'en ficher .

- Je crois que c'est à mon tour, intervint Tomaru.

La jeune femme s'était levée. Elle regarda la pièce un instant avant de s'agenouiller sur le sol, à un endroit qui n'était pas couvert par l'épais tapis qui se trouvait sous les fauteuils.

- Ici, ça ira, je pense, déclara-t-elle. Ça ne va pas tâcher.

Sous le regard curieux de Mai et des plus ou moins membres de la SPR, elle sortit de sa poche arrière un petit objet d'argent. Avant que quiconque n'ait pu réagir, elle le déplia, révélant une lame, qu'elle planta violemment dans la paume de sa main.

- Hé! Ne pût s'empêcher de s'exclamer Mai.

- Ne t'inquiètes pas, ça fait partit du processus, sourit Tomaru, sans manifester aucune douleur.

Elle écrasa sa main sur le sol, et ferma les yeux. Quelqu'un allait poser une question, mais Nishimura mit un doigt sur sa bouche, intimant le silence. Tous les regards étaient à présent fixés sur la jeune femme, dont le visage fermé se crispait de plus en plus. Soudain, elle ouvrit les yeux, inspirant bruyamment, comme une noyée qui reprenait son souffle. Elle tremblait, et semblait sur le point de s'évanouir. Mariya se précipita sur elle, et la tint dans ses bras le temps qu'elle se ressaisisse.

- Je les ai vus, déclara finalement la jeune femme. Il y a des esprits ici.

Le sang continuait de couler abondamment de sa main, traçant des lignes brillantes qui contrastaient sur sa peau noire, et elle avait l'air très secouée. Cependant, la voix qui sortait de sa bouche était ferme et assurée, comme si de rien n'était:

- Ils sont là...Mais...Il y a quelque chose...Quelque chose qui les bloque...C'est pour ça qu'on ne les perçoit pas facilement...Ils sont...Ils sont si nombreux...Il doit y en avoir...Environ...un millier. Je pense. C'était extrêmement difficile, de les sentir...

Mai déglutit. Un millier...c'était énorme.

- Et puis...C'est étrange mais...En même temps...J'ai ressentit...Certains...Leur présence...S'effaçait...Pourtant, ils sont piégés...C'est très bizarre.

- Bon...J'imagine qu'on doit procéder à quelques exorcismes? Intervint Bou-san. C'est ce qu'on fait, d'habitude.

Mais Tomaru secoua la tête.

- Je ne sais pas si ça servira à quelque chose...Ils sont piégés. J'en ai sentit qui étaient prêts à partir d'eux-même, mais...Quelque chose les retiens. De plus, ce sont probablement les esprits des gens qui ont disparu. Ça ne réglera pas le problème de ce qui les a fait disparaître. Mais...On doit quand même essayer...J'ai le sentiment...J'ai le sentiment qu'ils veulent qu'on les libère. Même si je ne sais si on va réussir à les atteindre...Et puis, il se pourrait aussi qu'on touche ce qui est coupable dans leur enlèvement.

C'est alors que Naru se leva.

- Il faut qu'on trouve la nature de ce phénomène. Je vais aller voir dans ma documentation si je trouve quelque chose de similaire.

- Attends! S'écria Nishimura.

Il se leva, et posa des yeux préoccupés sur chacun des non-membres de la S.H.A. .

- Cette affaire se révèle beaucoup plus difficile que prévu. Comme personne n'avait jamais mentionné d'événement vraiment inquiétant, je ne l'ai pas jugée à sa juste mesure. Mais, ces disparitions...Elles pourraient nous arriver également. Je m'excuse de vous avoir mit dans un tel danger. Et si vous voulez partir...Vous le pouvez. Je ne tiens pas à vous impliquer. On demandera des renforts et on reviendra plus tard, ne vous inquiétez pas.

Ils se regardèrent. Mai pouvait voir l'inquiétude sur ces visages qu'elle connaissait bien. Enfin, presque tous. Naru semblait réfléchir, sans doute à la recherche d'une réponse adéquate pour poursuivre son espionnage industriel sans s'attirer la méfiance de qui que ce soit. Pourtant, ce fût elle-même qui intervint:

- Mais...On ne peut pas partir comme ça, non? Les disparitions vont se poursuivre !

En le disant, elle s'aperçut qu'elle ne cherchait pas juste une excuse pour atteindre leur objectif initial. Elle se sentait véritablement responsable de ce qu'il pourrait se passer.

- Peut-être que ce seront les nôtres, les prochaines, intervint Mariya, le visage marqué d'un pli inhabituel. Vous en êtes conscients ?

- Oui, répondit Mai après un silence. Oui, moi, je le suis.

Était-ce à cause de tout ce qu'elle avait affronté avant? A cause de cette fois où, possédée par un esprit, elle s'était sentie mourir? Sans doute un peu des deux. En tout cas, elle savait que malgré la peur qui l'agitait en ce moment, le sentiment qu'elle devait faire quelque chose était plus fort.

Elle se tourna vers ses amis:

- Et vous?

- Eh bien, commença Bou-san...J'aimerais bien tenter quelque chose, avant de me déclarer vaincu.

- Il doit bien avoir des arbres vivants, dans toute cette forêt, déclara Ayako.

- Je n'ai pas de pouvoirs psychiques, mais j'espère que je pourrais vous être utile, sourit Yasuhara.

- Je ne peux pas partir alors que mes capacités n'ont pas encore eu l'occasion de se rendre utile, murmura Masako.

- Je pense pouvoir faire quelque chose, conclut Lin.

Nishimura les contempla un instant, puis hocha la tête, donnant son assentiment.

- Très bien. Je ne vais pas essayer de vous faire changer d'avis. Mais...A présent, on sait qu'on doit être deux fois plus prudents. Apparemment, ça peut nous faire oublier l'existence de quelqu'un s'il disparaît, où que l'on soit, vu qu'aucune famille, aucun ami, aucun collègue, n'a jamais réclamé tous ces disparus. On doit se préparer à cette éventualité...Et savoir comment faire si cela arrive.

- Si on enregistrait tout le monde? Proposa Bou-san. Il nous suffirait de visionner les vidéos pour remarquer que l'une des personnes qui s'y trouve manque.

- Je ne pense pas que ça marchera, déclara Nishimura. Ce qui est là parviendrait à nous influencer, à nous faire croire que cette personne est partie, qu'on ne la voit pas, ou quelque chose d'autre...Je pense que c'est comme ça que ça marche. Ces disparus avaient bien des photos, eux aussi...Et des chambres, et des maisons...Et pourtant, personne n'a rien remarqué.

- J'ai une meilleure idée, déclara Mariya.

Elle sortit un grand ruban de sa poche, prit la main - maintenant bandée - de Tomaru, attacha le fil autour de son poignet, avant de répéter le geste avec le sien.

- Voilà ! Si je remarque qu'il n'y a plus personne au bout de ce fil, je comprendrait qu'il se passe quelque chose de bizarre. Si on fait tous pareil, on ne pourra pas oublier à quoi il sert. De plus, quand on est au courant de que ce genre de phénomène est en train de se produire, ils sont moins puissant. Je pense que ça peut marcher.

Quelques minutes plus tard, chacun, un ruban/fil/ficelle à la main, cherchait un partenaire. Mai ne jeta pas un regard à Naru, même quand elle entendit la douce voix de Masako qui se proposait pour être avec lui. Elle s'en fichait, elle s'en fichait complètement ! Surtout qu'elle avait un problème: elle ne parvenait pas à trouver de partenaire. Nishimura s'était mis avec Fujitaka, Bou-san avec Yasuhara, Ayako avec...personne ! Mai se précipita vers elle:

- Ah, Ayako, tu ne veux pas...

- Ayako, s'il te plaît...demanda quelqu'un au même moment.

C'était Masako. Mai devina que Naru lui avait sans doute préféré Lin. Ayako les regarda un instant, durant lequel les filles la dévisagèrent avec espoir, avant de finalement déclarer:

- Désolée...Mais je me suis déjà mise avec John!

Elle sourit, visiblement amusée par la situation, et déclara:

- Vous n'avez qu'à vous mettre ensemble!

Et c'est pourquoi les deux filles se retrouvaient à présent allongées sur un lit, le visage tourné vers le ciel, avec la même expression pleine de joie qu'auraient eu, par exemple, des poissons morts.

Soyons clairs. Mai ne détestait pas Masako. Il y avait eu un froid entre elles au début, mais il avait progressivement disparu pour laisser place une appréciation mutuelle. Cependant, tout cela avait ses limites. La médium pouvait se montrer particulièrement jalouse. Une fois, même si c'était sous l'influence d'un esprit, la médium lui avait même dit qu'elle la détestait, et Mai n'était pas sûre que ledit esprit avait eu beaucoup besoin de l'influencer. Et puis, elles n'avaient pas tant de points communs que ça. Masako était une célébrité qui menait une vie complètement éloignée de la lycéenne fauchée qu'elle était. Bref, elles ne formaient pas vraiment un couple bien assortit. Plutôt en instance de divorce, en fait.

- Dis...Tu penses que les exorcismes ont été efficaces? Demanda Mai d'une petite voix, espérant briser le silence dévasté que Masako n'avait pas quitté depuis qu'elles s'étaient liées. ( Elle n'avait cessé de regarder Lin d'un air sombre tout au long du repas. Bon sang, elle était jalouse de Lin ! )

- Hm? Non, je ne pense pas, répondit la médium. Ce serait trop simple, si quelques exorcismes pouvaient suffire à se débarrasser de quelque chose qui a autant de force...

Après le repas, en effet, chaque personne qui le pouvait avait procédé à un exorcisme. Bou-san, Ayako, et John avaient été rejoins par Fujitaka Tomaru et Mariya. Ces derniers avaient eu recours à des méthodes que Mai n'avait jamais vu avant. Tomaru avait tracé un drôle de cercle avec du sel sur le sol de l'entrée avant d'y écrire des incantations dans une langue que Mai ne connaissait pas, et Mariya avait défilé dans chaque pièce, vêtue d'une étrange toge blanche, y compris l'église et le bâtiment qui lui faisait face en chantonnant dans une autre langue inconnue.

Ensuite, Aoko Tomaru avait essayé de sentir à nouveau les esprits, mais elle semblait si fatigué que Nishimura lui avait demandé d'attendre le lendemain. Cependant, personne ne se faisait beaucoup d'illusion. Ils ne savaient même pas quoi exorciser.

- A vrai dire, reprit Masako, la voix lasse, je ne sais absolument si quoi que ce soit se passe. Je ne sens rien. C'est tellement...frustrant.

Mai la regarda, compatissante. La médium avait l'habitude du succès, elle ne devait pas apprécier que ses capacités ne fonctionnent pas comme elle le voulait.

- Bah, ne t'inquiètes pas, dit-elle gentiment. Tu vois, moi j'ai l'habitude de ne rien pouvoir faire non plus, et...En fait, il y a toujours quelque chose qu'on peut faire, tu vois? Même si c'est juste soulever une caméra...

- Hmpf! Rétorqua Masako d'un ton dur. Ce sont les paroles de quelqu'un d'incapable ! Je refuse d'être comme ça, moi!

Mai sentit sa compassion fondre illico. Mais, soudainement, la médium se tourna vers elle, l'air paniqué:

- Non, non, non, non, non ! Ça ne va pas du tout! C'est exactement le contraire de ce que je voulais faire! Je ne voulais pas...Enfin, tu sais...Te dire des choses comme ça. Je suis désolée d'accord?

La médium avait effectivement l'air désolé, et Mai hocha vaguement la tête, interloquée. Elle se serait même demandé si Masako était possédée, si la jeune fille n'avait pas eu, comme eux tous, un talisman d'Ayako en sa possession.

- C'est que je ne sais pas trop comment faire, bredouilla Masako, l'air gêné. En fait, je voulais vraiment...qu'on...qu'on échange...qu'on...qu'on...

- Qu'on discute? Compléta Mai d'une voix incertaine.

- Oui, voilà, discuter. En fait, je passe mon temps avec des personnes très âgées, et...Ce n'est pas vraiment...Enfin, des gens avec qui je peux discuter. Je n'ai pas trop l'habitude, avoua-t-elle, l'air renfrogné comme chaque fois qu'elle devait exprimer une de ses faiblesses.

Mai dû se retenir d'éclater de rire. Si elle avait explosé, sûr que l'autre lui en aurait voulu à vie. Mais elle avait du mal à s'en empêcher. C'était trop mignon !

- Et de quoi tu veux parler, Masako? Demanda-t-elle sans pouvoir retenir un grand sourire.

- Ben...Je me demandais, euh...Si ça allait bien entre Naru et toi.

Mai sursauta.

- Quoi?

- Oh, allez, inutile de faire semblant, j'ai bien vu que tu l'évitais...Tu ne l'as pas regardé de la soirée, tu ne lui as pas dit bonsoir...Et d'ailleurs, lui aussi, il t'a évité. Il ne t'as même pas critiqué sur quoi que ce soit...

- Et pourquoi tu veux savoir ça? Demanda Mai, soupçonneuse.

- Oh, ce n'est pas en tant que rivale! C'est...En tant qu'amie. Je sais que tu aimes bien Naru, et...Ça m'inquiète que tu ne t'entendes plus très bien avec lui...Vraiment, ajouta-t-elle, l'air sincère. Vous êtes mes amis, tous les deux, et je me demandais pourquoi vous étiez en froid.

Mai hésita un instant. Était ce parce que Masako lui avait avoué quelque chose? Elle décida subitement de tout lui raconter. Après tout, même si Nishimura avait monté tout un plan pour qu'ils en parlent seuls, il n'avait pas explicitement dit que son offre d'emploi était un secret, n'est ce pas?

- Et puis...Je pense que Naru a presque tout entendu.

- Et...C'est à cause de ça que vous êtes en froid? Demanda Masako.

- Oui et... En fait, il m'a dit... - elle déglutit avec difficulté en repensant à ce mauvais souvenir - ... Il m'a dit...Que je pourrais partir...Et qu'il ne me retiendrait pas...Et...

A sa grande stupéfaction, Mai s'aperçut qu'elle pleurait. Heureusement qu'il faisait nuit! Espérant que la médium n'avait rien vu, elle essuya rapidement ses larmes et s'empressa de poursuivre:

- Donc...Et après, je lui ait demandé pourquoi il voulait me virer, et puis, il a dit qu'il ne voulait pas me virer, mais je...je lui ait...Balancé des tas de trucs. Du genre qui vont lui faire penser que je lui court après!

Elle se cacha la tête dans son oreiller, tandis que la honte intersidérale repointait le bout de son nez (enfin, si la honte intersidérale a un nez, hein) .

- Mai, murmura Masako après un instant de silence, tu as dit quoi à Nishimura?

- Hein? Demanda la jeune fille en sortant la tête de sous son oreiller.

- Ta réponse? A son offre?

- C'est à dire, j'ai pas eu le temps de répondre...Ils sont arrivés trop vite...

L'autre fille resta silencieuse, au point que Mai demanda:

- Euh...Tu dors?

- Pas du tout! répondit l'autre d'un ton brusque. Je réfléchissais à quel point tu n'avais rien compris! Tu as cru que Naru voulait t'encourager à partir, alors que ce n'est pas du tout ce qu'il a fait!

- Euh...Tu sais, même si tu veux arranger la situation, ça ne sert à rien de mentir. J'ai compris ce qu'il a dit, hein. Après tout, j'aurais du savoir que je ne pouvais pas m'attendre à mieux...On sait tous comment est Naru...

- Le Naru habituel se serait complètement fichu de cette histoire, répondit Masako, l'air énervée. Il n'aurait rien dit du tout. Mais ce n'est pas ce qu'il s'est passé! Et toi, tu ne comprends rien du tout, espèce d'idiote!

- Hé! S'écria Mai, vexée. Pourquoi tu me traites d'idiote?

- Laisses tomber! C'est désespérant! De toutes façons, il faut que je dorme, alors, bonne nuit.

Et la médium se retourna brusquement de l'autre côté du lit, apparemment en colère. Mai grimaça. Dire que c'est elle qui voulait discuter...En se tournant à son tour, elle se demanda ce qu'avait voulu dire Masako. Naru n'aurait pas vraiment voulu la virer? Mais pourquoi lui dire ça, alors? De toute façons, s'il ne voulait pas se débarrasser d'elle, c'était sans doute parce qu'elle était son lien avec Eugène...Enfin, si la médium soupe-au-lait ne se trompait pas et qu'il n'avait pas effectivement voulu la virer. Bref, elle ne comprenait plus rien. Qu'est ce que tout cela voulait dire?

A côté d'elle, la respiration de Masako s'était ralentie. Elle dormait pour de bon. Mai aurait bien aimé faire pareil. Elle se sentait si fatiguée, et elle en avait assez de ressasser les mêmes pensées. Mais elle n'y arrivait pas. Quelque chose la gênait. Elle se sentait oppressée. Encore cette sensation que...Qu'elle était observée. Elle avait l'impression que, si elle ouvrait les yeux, elle croiserait le regard d'une chose horrible. Quoi, exactement, elle ne savait pas. Mais elle sentit son corps se contracter sous l'effet de la crainte. Bon sang, Mai ! Se dit elle. Tu es vraiment trop bête! Cet endroit est effrayant, c'est vrai, mais là, tu imagines des trucs! Tu n'aurais jamais dû regarder de films d'horreur!

Cependant, malgré ces paroles de courage, elle sentait la panique l'envahir, tandis que la sensation d'être observée grandissait. A l'affût du moindre bruit suspect, elle écoutait tout ce qu'il se passait, mais elle n'entendait rien d'autre que la respiration de la fille à côté d'elle. Malgré tout ce qu'elle lui avait dit, elle aurait cependant vraiment voulu savoir que Masako, à côté d'elle, était réveillée. Elle avait presque envie de la secouer un peu, et qu'importait sa réaction. Elle ne voulait juste plus être seule avec ce, ce...Ce regard.

Comme elle n'osait plus bouger, ses membres commençaient à lui faire mal. Elle se sentait de plus bête, figée comme une statue, et peut-être. S'il y a quelque chose, se dit-elle soudain, je n'aurais qu'à l'exorciser! Masako est incapable de se défendre, c'est à moi d'agir! Forte de cette idée, malgré sa peur, elle se redressa d'un coup et pressa de toutes ses forces le bouton de sa lampe de chevet.

Face à elle, se trouvait...La chambre. Vide. Ses yeux inquiets fouillèrent la pièce, les ombres, cherchant un reflet inquiétant, ses oreilles analysant le silence dans la crainte d'y trouver un bruit suspect. Mais il n'y avait rien. Elles étaient seules.

Mai soupira. Elle avait dû tout imaginer. Sans doute à cause de ces histoires de disparitions. Mais elle n'avait rien à craindre. John avait aspergé leurs portes d'eau bénite, Fujitaka Tomaru avait tracé aux deux extrémités du couloir une barrière avec du sel. Il fallait vraiment qu'elle arrête de se faire des films, et qu'elle dorme, si elle voulait pouvoir être aussi efficace qu'eux. Elle éteignit la lumière et se renfonça sous ses couvertures, fermant résolument les yeux. Cependant, bien que sa panique soit calmée, et bien qu'elle rejette cette idée de toutes ses forces, elle ne la quittait pas. C'était encore là. Elle le sentait. On la regardait.


J'espère que ça vous a plu! ^^ C'est encore un peu long, mais bon, comme personne n'a dit que ça le dérangeait, ben, je continues. XD

Réponses:

FrenchCirce, merci pour le follow et le fav!
, merci pour le fav!

-Commentaires:

Pompom : Merci beaucoup, je suis content que ça t'intéresse. Et si la longueur n'est pas un problème, ce chapitre devrait te plaire X)

FrenchCirce : Content que la longueur ne soit pas un problème *^* . Heureux aussi que mon style te plaise. Pour les fautes, je suis désolé, je devrais faire plus attention! J'ai essayé de n'en faire aucune ici, et je vais retravailler les autres chapitres. Merci de me l'avoir signalé en tout cas, j'oublie souvent de bien me relire ^^. Je suis trop content de ne pas être OOC ^^ ! Et j'espère que ce chapitre satisfera tes attentes : D

MlleGr : Merci beaucoup! ^^ Et là voilà : D

50shadesofNaru : Merci à toi pour ton commentaire ^^ J'espère que la suite te plaira aussi ~

Au fait, je pense updater une fois par semaine, maintenant. Comme ça, avant la rentrée, j'ai le temps de préparer des chapitres en avance pour quand je n'aurais plus le temps d'écrire. Donc, le chapitre suivant sera posté lundi prochain. Voilà voilà ~