[Disclaimer: J'aimerais bien que Ghost Hunt soit à moi...Nan, en vrai, j'aimerais pas, Naru est trop compliqué à imaginer. Bon, de toute façon, il n'est pas à moi, alors...]

Important : Vous voulez lire ce chapitre et vous n'avez pas envie qu'il participe à votre prochaine nuit blanche? Pas de panique! Le passage qui a le potentiel de vous effrayer ou de vous choquer a été mis entre / deux barres comme ceci / pour que vous puissiez l'éviter au cas où. Et vous n'avez même pas besoin de le lire pour comprendre la suite...De rien!


La pluie dégoulinait sur son visage, mais cela faisait bien longtemps qu'elle n'y prêtait plus attention. Il avait plu toute la journée, et elle n'avait rien pour s'abriter, évidemment. C'est alors qu'elle avait vu cette forêt devant elle. Elle avait espéré trouver quelque chose à manger à l'intérieur. Il n'y avait pas l'air d'y avoir de gardes-chasses, et elle n'avait de toute façon pas la force de courir après un animal. Elle comptait ramasser quelques baies, et s'abriter un peu de la pluie.

Mais cela faisait déjà une bonne demie-heure qu'elle marchait dans le labyrinthe d'arbres et de bosquets, et rien de comestible ne s'était encore présenté. Elle aurait eu peur de s'être perdue si elle avait eu une route à suivre. Mais, au moins, cette forêt la protégeait un peu de l'eau, avec ses grands arbres serrés les uns contre les autres, qui laissaient à peine passer la lumière grisâtre de ce début de soirée. Elle songea à s'arrêter sous l'un deux, pour reposer ses jambes épuisées. Mais il était dangereux de s'endormir ainsi, surtout en plein hiver, alors que ses pieds étaient gelés. Il fallait qu'elle puisse se sécher, et échapper à ce sol mouillé et boueux. Elle décida que, si elle trouvait une caverne sur son chemin, elle s'y arrêterait pour la nuit.

C'est alors qu' elle vit, entre deux arbres, une lueur éclairer les troncs. Peut-être un feu auquel elle pourrait se réchauffer ? Avec espoir, elle s'avança dans sa direction. Finalement, elle déboucha sur la source de lumière.

- Un château? Murmura-t-elle.

C'était effectivement un château qui se trouvait devant elle. Mais un drôle de château. Il était tout éclairé, mais il ne semblait pas terminé. De l'autre côté du mur d'enceinte, elle pouvait voir que le clocher de la petite chapelle n'était encore qu'un amas de pierre et de mortier, les marches qui menaient à l'entrée du bâtiment d'en face étaient des planches de bois, et , sur sa droite, elle apercevait même les fondations d'un troisième bâtiment émerger de la boue. Pourquoi vivre dans un endroit encore en construction?

Néanmoins, les drôles d'habitudes des riches ne la regardaient pas. Peut-être avaient-ils décidé d'organiser une fête dans une demeure plus grande que leur habitation principale, tout simplement. Par chance, la grille était ouverte. Elle entra. Les jours de fête, les nobles étaient plus enclins à donner aux pauvres, pour montrer leur largesse à tout le monde. Et peut-être trouverait-elle le moyen de se faire un peu d'argent. Avec espoir, elle s'engagea sur un joli chemin de pierres blanches qui menait tout droit à l'entrée.

Elle arriva devant la grande porte. Elle hésita, se demandant si elle ne devait pas plutôt chercher l'entrée des domestiques. Mais elle doutait de pouvoir se repérer ainsi dans un endroit inconnu, et décida de frapper sans attendre. Elle saisit le lourd battant de l'entrée, en donna plusieurs coups vigoureux, et attendit.

Au bout d'une quinzaine de minutes, elle attendait toujours. Étrange, se dit-elle. De plus, elle n'avait entendu aucune agitation de l'autre côté de la porte, aucun bruit signalant une présence quelconque. Pourtant, il y avait toutes ces lumières...Étonnée, elle recula un peu, pour regarder par les fenêtre éclairées: personne. Elle recula un peu plus, contemplant le bâtiment entier: pas un visage derrière toutes ces vitres. Qu'est-ce que ça voulait dire? Si elle avait été en forme, peut-être aurait elle éprouvé de l'inquiétude, mais elle était épuisée et n'avait rien mangé de toute la journée. C'est à peine si un sentiment d'étrangeté affleura à la surface de son esprit. Après tout, peut-être que la fête n'avait pas encore commencé, et que les domestiques étaient trop occupés à la cuisine pour penser à surveiller la porte d'entrée...

Dans son dos, le vent redoublait de violence, giflant son corps glacé par ses vêtements mouillés. Avec désespoir, elle frappa de nouveau . Toujours aucune réponse. Prise d'une impulsion, elle frappa une dernière fois. A sa grande surprise, la porte sur laquelle elle avait frappé, un peu fort, pivota sous la poussée, révélant un grand vestibule éclairé par de nombreux chandeliers. Aucune voix ne demanda qui venait d'entrer, aucun domestique furieux pour lui claquer la porte au nez. Une bourrasque plus forte que les autres la poussa dans le dos. Elle trébucha, et se retrouva à l'intérieur. Instantanément, la fraîcheur de l'hiver s'atténua, remplacée par une douce chaleur qui lui arracha un léger soupir de soulagement. Hésitante, elle s'avança encore un peu. La porte se referma brusquement dans son dos, la faisant sursauter, mais elle avait l'habitude des courants d'air.

Néanmoins, à par ce claquement, elle n'entendait aucun bruit autour d'elle. L'endroit était complètement silencieux. Solitaire. Elle demanda:

- Il y a quelqu'un?

Aucune réponse. Timidement, elle s'avança, ses chausses trempées produisant un son spongieux à chacun de ses pas. Sur sa gauche, par une porte ouverte, elle voyait une large pièce, un grand salon très éclairé et richement meublé. Dans la cheminée, elle apercevait un bon feu ronronner. Sa chaleur rassurante l'attirait. "Juste un petit instant", se disait elle. Si elle passait un petit instant devant ce feu, elle pourrait se sécher, au moins peu. Et si quelqu'un arrivait, il n'y aurait qu'à s'enfuir...Juste un petit instant, se répéta-t-elle en s'approchant lentement, hypnotisée par les hautes flammes brûlantes qui semblaient l'inviter à venir auprès d'elles. Elle entra dans le salon, et se laissa tomber sur le tapis moelleux qui se trouvait devant le foyer, ne prenant même pas la peine de s'asseoir sur le canapé derrière elle. Ses vêtements glacés se réchauffèrent, se séchèrent. Elle se sentait si bien...Elle s'endormit sans même s'en rendre compte, épuisée par sa longue marche.

/ Quand elle se réveilla, il faisait froid. Perdue, elle se redressa. Elle entendait autour d'elle un bourdonnement, un vrombissement, dont elle ne parvenait pas à identifier l'origine. C'est alors qu'une odeur la prit à la gorge. Une odeur immonde, qui lui donnait envie de vomir. Elle plaqua sa manche devant son nez, résistant à l'envie qu'elle avait de tourner de l'œil. Affolée, elle tenta de comprendre ce qu'il se passait. Elle s'était endormie auprès du feu, et, et...Maintenant, il faisait noir. Mais elle était sûre de n'être pas dans la même pièce que tout à l'heure. Sous ses jambes, plus de tapis moelleux, mais seulement...Quelque chose. Quelque chose de mou, et de dur, aussi. Quelque chose qui sentait abominablement mauvais, une odeur qu'elle connaissait, mais dont elle ne parvenait pas exactement à se rappeler. De toute façon, peu importait! Elle ne savait pas ce qu'il se passait, mais son instinct lui criait une chose: elle devait sortir d'ici. Tout de suite.

Elle fouilla dans les poches de sa robe et en tira la boîte d'allumettes qu'elle avait volé à son père avant qu'il ne la rejette hors de la maison. Comme il lui manquait à ce moment! Tout lui manquait, même les commérages et les insultes, quand cela s'était su qu'elle était enceinte alors qu'elle n'était pas mariée,même les villageois qui avaient applaudit quand elle avait dû quitter le village, faute de logis. Les gestes fébriles, évitant de respirer l'affreuse odeur, elle parvint à produire une étincelle. L'allumette s'enflamma.

Elle ne produisit qu'une lumière minuscule, mais suffisante pour éclairer un peu. Elle distingua, devant elle, des bras. Ils étaient habillés d'un un riche tissu rouge, peut-être d'une robe. Une dame était assise juste en face d'elle! Mais elle ne disait rien. Peut-être dormait-elle? Peut-être pourrait-elle lui dire où elles étaient? Elle décida de réveiller l'inconnue pour enfin comprendre ce qu'il se passait. Elle posa sa main sur son bras, pour la secouer, remontant l'allumette jusqu'à son visage. La petite lueur escalada lentement le corps, dévoilant entièrement les bras couverts de tissus, les épaules puis le cou qui l'étaient également.

- Excusez m...

Elle s'interrompit . L'allumette était à présent en face d'un visage. Un visage cauchemardesque. La chair qui le couvrait avait pourri, dévoilant une mâchoire d'un rouge sombre presque vert, un mélange de dents jaunâtres et de peau noircie. Les yeux étaient grand ouverts, le contour des orbites et les paupières presque entièrement dévorés, laissant les deux globes nus, fixés sur elle comme s'ils la regardaient. L'un d'entre eux trembla, et un asticot sortit d'un interstice pour se promener, accompagné d'une dizaine de mouches, sur la face pourrie.

Elle hurla.

Elle repoussa le cadavre avec des gestes brusques, la main agitée de tics, dégoûtée d'avoir touché une chose pareille. L'allumette qu'elle tenait dans sa main tomba, et rebondit sur quelque chose. Instinctivement, elle baissa des yeux terrifiés, pour en rencontrer d'autres, froids et vides, dévorés eux aussi par la pourriture: elle se trouvait sur un cadavre ! Instinctivement, elle recula, mais sa main s'enfonça dans une substance molle avec un bruit répugnant, grouillant soudainement de vers qu'elle se sentait se débattre entre ses doigts. Elle hurla de nouveau, horrifiée. Un autre cadavre! Elle était sur des cadavres! Tout son corps se mit à trembler.

Pendant ce temps, l'allumette avait roulé, roulé jusqu'à rencontrer un bout de tissu qu'elle enflamma soudainement, déchirant l'obscurité.

Et c'est là qu'elle les vit. Des milliers d'yeux grands ouverts. Morts. Tous morts. Elle était entourée d'un nombre stupéfiant de cadavres. Ils recouvraient complètement le sol, et montaient jusque très haut, au point qu'elle ne voyait pas la fin de cette accumulation avec le seul feu. Cela formait des sortes de montagnes qui l'entouraient, lui bouchaient la vue. Certains étaient des squelettes, d'autres étaient en pleine décomposition, d'autres encore semblaient à peine morts. Il y avait de tout, humains, animaux, et autres choses non-identifiables. Un discret mouvement agitait la masse, comme un gargouillis, et elle distingua ce qui semblait être des milliards d'insectes qui remuaient la charogne et couraient sur les corps . Des dizaines de milliers de mouches volaient partout, vrombissaient, passant tout prêt de son propre corps. Brusquement, elle se souvint où elle avait déjà sentit cette odeur: c'était quand, une fois, en passant près d'une grotte, elle avait aperçu la carcasse d'un chevreuil oublié. C'était l'odeur de la mort.

Elle vomit le peu d'eau qu'elle avait absorbé, incapable de contenir sa panique et son dégoût plus longtemps. Où était-elle? Qui l'avait amenée là? Allait-on la tuer? Non! Elle ne voulait pas mourir Elle voulait partir d'ici! Elle devait partir d'ici ! Mais comment ? Elle se mit à pleurer.

C'est alors qu'elle entendit un énorme grondement retentir. Un bruit mat l'accompagna. Puis un autre. Son regard affolé tournoya, jusqu'à voir un corps chuter d'en haut, et s'écraser non loin d'elle, sa tête se détachant de son cou pourri maintenant brisé avant de rouler vers elle, la face plissé en un rictus putréfié, comme si le cadavre se moquait de ses larmes. Elle voulut se cacher les yeux, mais déjà, un autre bruit l'obligeait à lever la tête. Et se rendit compte que les contours des monticules qui l'entouraient tremblaient, se resserrant autour d'elle, comme poussés par une force invisible.

Comme pour l'engloutir.

- Non! Arrêtez! Non!

D'autres cadavres tombèrent, atterrissant autour d'elle. De plus en plus. Des jambes pliées dans des angles impossibles , des bras verdâtres couverts de pus, des ventres explosés libérant des intestins moisis fourmillant de parasites, des yeux dévorés par les vers, des bouches grandes ouvertes crachant des colonnes de vermines, tout cela s'amoncelait autour d'elle. Les montagnes de corps continuaient de se rapprocher d'elle, inexorablement.

- Pitié! Quelqu'un! Cria-t-elle, au désespoir. Pitié! Je ne veux pas! Non

Elle fit le signe de croix, et se mit à prier, frénétiquement. C'est alors qu'un cadavre atterrit sur ses mains jointes dans un craquement répugnant. Des milliers d'insectes filèrent sur ses jambes. Elle le repoussa, désespérée, plongeant avec horreur ses mains dans la bouillie décomposée qui dégoulina le long de ses bras. Mais un autre le remplaça, et encore un autre. Le charnier s'effondrait sur elle. Les corps dégringolaient à toute vitesse, s'entrechoquant, lui tombant dessus, la blessant, l'envahissant de leur odeur innommable, de leur consistance ignoble. Elle essaya de résister, les repoussant, les écartant, les escaladant , mais rapidement, il y en eu trop, et elle ne parvint plus à les chasser. Elle se retrouva recouverte de cadavres, incapable de bouger ou même de respirer. L'odeur était insoutenable. La pourriture imprégnait ses vêtements, se collait progressivement à sa peau. Son visage était couverte de cheveux, d'os broyés, de membres pourris, de dents déchaussées, où elle sentait s'agiter des asticots et d'autres choses, qui se collaient partout, s'infiltraient dans ses narines, dans ses oreilles, dans ses yeux. Elle voulu hurler, mais elle ne pouvait pas ouvrir la bouche.

Le grondement s'amplifia, et une véritable avalanche détruisit les piles de cadavres, qui la recouvrirent, poussèrent sur elle. Son corps résonna de dizaines de craquements, blessés de multiples fractures. Ses côtes, brisées, s'enfonçaient dans ses poumons. La douleur était abominable. Elle émit un gémissement plaintif. "Pitié,pensait-elle. Pitié. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir." La pression l'empêchait de respirer. Dans une affreuse douleur, elle sentit son corps essayer de se tordre de façon incontrôlable, tentant de récupérer de l'oxygène, mais c'était impossible. Elle étouffait. "Pitié. Pitié. Je veux vivre." Ses lèvres bleuirent, sa bouche s'ouvrit dans une contraction désespérée. Sa dernière sensation fût le goût de la pourriture qui s'infiltrait dans sa gorge.../

- AAAAAAAAH !

Mai toussa, cracha désespérément, avalant goulûment l'air tout autour d'elle, le visage mouillé de larmes. La pourriture était partout, elle la sentait, en elle, autour d'elle, partout! Elle inspira encore plus fort, au point de se brûler, mais elle s'en fichait, mais elle devait respirer, elle devait respirer.

- Qu'est-ce qu'il se passe? Qu'est ce que c'est? Cria une voix, au loin, mais elle l'entendit à peine.

Des bruits, autour d'elle, une course, une porte qui s'ouvre. Elle sentit quelque chose lui toucher le bras. Elle se dégagea violemment, persuadée que c'était un cadavre.

- Ne me touchez pas! Hurla-t-elle, hystérique. Ne me touchez pas! Non! Non! Pitié! Non! Non!

- Personne ne peut allumer ? S'écria une voix de femme.

Quelqu'un pressa un interrupteur, et une violente lumière éclata. Mai ferma les yeux, déroutée. Ses mouvements se calmèrent, tandis que son corps sentait qu'il ne se trouvait pas écrasé sous une pile de corps et qu'elle n'avait pas mal. Elle se mit trembler. Des voix criaient autour d'elle, mais elle ne comprenaient pas vraiment ce qu'elles disaient. Quand elle ouvrit enfin les yeux, tout ce qu'elle distingua fut le salon - le salon. Les images de ce qu'elle avait vu lui revinrent alors brusquement à l'esprit. Les images, et les odeurs, et les bruits, et la douleur. Sa respiration s'accéléra de nouveau, et elle resta à genoux, dans un état second, les yeux écarquillés, incapable de bouger, une expression horrifiée sur le visage.

Elle sentit, alors, une chaleur l'entourer. Elle mit un peu de temps à comprendre qu'il s'agissait d'un corps pressé contre le sien, tandis que des bras entouraientLe souffle se changea en mots, doucement murmurés:

- C'est finit. Tout va bien. Ce n'était pas réel. Ce n'était pas réel. Ce n'était pas réel.

Et les mêmes mots, encore et encore. Peu à peu, leur sens lui parvient à l'esprit, et elle sentit qu'effectivement, elle ne se trouvait pas même à proximité d'un cadavre. L'odeur n'était plus là, ni toutes les horribles choses qu'elle avait ressentit. Son tremblement s'effaça, sa respiration s'espaça, et elle sentit ses membres contractés se détendre doucement, tandis qu'elle prenait conscience de son environnement, les voix qui s'agitaient au loin en demandant des explications, la douceur du tais sous elle, et...Le corps de Naru contre le sien! Sa respiration se figea, tandis qu'elle sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine, et ses joues lui brûler. Justement, le jeune homme choisit ce moment pour s'écarter d'elle et la regarder dans les yeux. Ah! Mai essaya de son mieux de masquer son trouble, mais, de toute façons, il ne sembla rien remarquer. Il l'observait intensément, les sourcils froncés. Puis il se releva, et annonça en direction des gens assemblés:

- C'était un rêve. C'est bon. Elle va bien.

Ignorant Mai qui le regarda s'en aller, hébétée, incapable de croire à ce qu'il venait de se passer, il s'avança vers Lin, resté un peu plus loin, avec qui il entama une discussion à voix basse. Elle remarqua soudain que tout le monde était là, la regardant avec des yeux à la fois endormis et étonnés. Ayako s'était précipitée vers elle et lui demanda, l'air très inquiet:

- Oh, mon Dieu, comment tu te sens?

- Je...Je n'ai rien...Ça va...Mais...

Soudain, alors qu'elle observait son poignet, elle se rendit compte de quelque chose :

-Le ruban...Il n'est plus ici...Masako!

- Je suis là! La rassura une voix un peu endormie. Yasuhara et Takigawa sont venus me chercher dès qu'ils t'ont vue toute seule.

Elle n'avait donc pas vu le câlin de Naru...Bon sang..."Le câlin de Naru"...On dirait un oxymore. Mais qu'est-ce qui lui a pris?

- Mai, demanda a ce moment le moine, la dispensant de songer aux possibles drogues qu'avaient pu prendre son patron pour en arriver là, qu'est-ce qu'il s'est passé?

Mai baissa la tête, assaillie par les images du cauchemar.

- Je...J'ai vu...J'étais une fille...Une fille qui marchait...Et...

Et elle raconta tout. Absolument tout. Même le pire. Maintenant qu'elle était lancée, elle ne pouvait plus s'arrêter. Elle devait tout dire, parce que, parce que...Elle ne voulait pas que ça reste en elle.

A la fin de son récit, seulement, elle remarqua que tout le monde l'avait écouté attentivement. Ayako lui avait passé un bras autour des épaules, la soutenant quand elle s'était remise à trembler. Mais il y avait aussi des membres de la S.H.A. . Nishimura en particulier la regardait avec une attention particulière, et elle se sentit gênée même si elle était aussi vidée. Elle parvint cependant à soutenir son regard jusqu'à ce qu'il lui demande:

- Ce rêve..Ce n'était pas qu'un rêve, n'est ce pas?

- Euh, dit Mai. En fait...Ça en était un, mais...Mais c'était aussi un souvenir... Le souvenir de quelqu'un d'autre.

- D'une personne disparue ici, c'est ça ?Compléta Tomoda. Tu as donc ce genre de pouvoirs? Ce qui est étonnant, c'est qu'elle ait pu te contacter malgré ... quoi que ce soit qui enferme les esprits.

- Ou peut-être qu'elle ne le pouvait pas.

Tout le monde se retourna. C'était Naru, qui, après que Mai ait finit son récit, était sortit de la pièce, et venait juste de revenir.

- Nous sommes allés voir les moniteurs. Ils ont enregistrés une forte chaleur dans cette pièce quand Mai s'y trouvait, inconsciente.

- Et alors...? Demanda Bou-san, intrigué.

- Quand un phénomène paranormal se produit, il est fréquent que la température change, expliqua Lin. Elle peut baisser, ou augmenter. Cependant, quand elle augmente, il est très fréquent qu'elle provienne d'humains, et pas d'esprits. En particulier quand il ne s'agit pas de poltergeist, et ce n'en était effectivement pas un.

- Donc, conclut Naru, c'est Mai a dû attirer l'esprit ici.

- Mais...Je ne sais pas faire ça! Protesta l'intéressée.

D'ailleurs, même si elle l'avait su, elle ne l'aurait pas fait.

- C'est la seule explication possible, trancha Tomoda. Wow! C'est très impressionnant. Tu as réussi à créer un lien malgré la barrière.

- Mais, si le rêve de cette fille est vraiment un souvenir, intervint Mariya...Ca veut dire que...cet endroit rempli de corps existe?

Nouveau silence.

- C'est vrai que c'est bizarre, répondit Tomoda. Des montagnes de corps, au point qu'on n'en voie pas le bout? Si ça existait, ça se saurait, non?

- Attendez, Mai n'a pas juste rêvé! Elle a déjà eu des visions de ce genre! Intervint Ayako, protectrice.

- Je n'en doute pas, répondit Tomoda, calmement. Simplement, il se pourrait que cette fille qui lui ait envoyé la vision ait aussi fait un rêve à ce moment là. Elle s'est endormie, non? Peut-être qu'elle a eu cet horrible rêve, et qu'on la tuée sans qu'elle s'en rende compte...

- Non, non, c'était réel! Je sentais que c'était réel! Protesta Mai.

Elle s'en voulu immédiatement d'avoir parlé. Sa voix était tremblante, son visage encore mouillé de larmes dessinait une expression effrayée digne d'une bête traquée. Elle devait avoir l'air ridicule, à défendre ainsi une vision. Mais elle se sentait comme si elle était cette fille: et elle savait qu'elle était morte ainsi, pour de vrai.

- Je ne pense pas que Mai se trompe, intervint John. Même si c'était impossible, ça ne l'est pas tant que ça, si on songe qu'on a affaire à un phénomène paranormal. J'ai vu des objets voler dans le ciel, des esprits morts posséder des corps vivants...Il ne faut pas abandonner si vite.

- Sauf que je ne vois pas où on pourrait trouver ça! Déclara Tomoda. Fujitaka...Il m'a dit qu'il devrait y avoir des traces, si ce lieu existait. De la pourriture, des mouches, une odeur persistante...Même si c'est sous terre, il devrait y avoir des choses de ce genre partout, surtout avec une concentration aussi impressionnante de cadavres.

- L'impossible devient possible, répliqua Bou-san avec un petit sourire à l'adresse de Mai, qui le lui rendit.

- Bon...Je dois admettre que ça pourrait être vrai, concéda la jeune fille en haussant les épaules. Mais où ça pourrait bien se trouver, alors? Puisqu'elle dormait, on ne sait pas qui et comment elle a été emmené là, et bien sûr, pas où c'est.

- Où c'était, corrigea Nishimura. Ça avait lieu dans le passé, non? Il n'y avait pas d'électricité, à l'époque, apparemment, vu que le château était éclairé à la bougie. Ni de chauffage, vu qu'il n'y avait qu'un feu.

- Mes vêtements...ses vêtements, corrigea Mai, c'était une robe et de drôles de chaussures pas très pratiques...Je ne crois pas que ça existe encore aujourd'hui.

- Pourtant, ce n'est pas si vieux que ça, déclara Aoko. Mon frère dit...Il dit que les allumettes modernes n'ont pas été inventées avant 1805, et ce sont celles-ci que tu as décrit, Mai, et...Le château date d'avant, non? Attends! S'exclama-t-elle.

Elle signa quelque chose à son frère, qui réfléchit un instant avant de lui répondre.

- Bon sang! S'exclama la jeune femme à l'intention des autres. La construction du château a été achevée en 1742, d'après les rapports! Et pourtant, au moment où se passait ton rêve, il était toujours en construction...Qu'est-ce que ça veut dire?

Personne n'avait la réponse. Ayako intervint:

- En tous cas, une chose est sûre: on doit absolument trouver ce cimetière.C'est là que doivent être enfermés les esprits, je me trompe? Si on les libère, on aura un problème de moins. La chose qui habite ici ne risque pas de les lancer à notre poursuite, où je ne sais quoi. Et je suis sûre qu'on trouvera ce qui les avait emmené là à proximité.

- Il faut qu'on délimite un périmètre de recherches, décida Nishimura. Sous le château, peut-être?

- Ou dans les bois, dit Mariya. Personne ne les a jamais fouillé non plus.

- On devra s'occuper de ça, demain, conclut-il. Maintenant, retournez vous coucher. Ça ne sert à rien de gaspiller notre énergie.

-Attendez! Mon frère demande...

C'était Tomoda. Elle regarda Fujitaka, qui signa rapidement quelque chose, puis traduisit:

- Il demande si ce n'est pas justement ça, qui a déclenché l'enlèvement de cette pauvre fille...Le sommeil.

- Pourtant, nous sommes tous encore là, objecta Nishimura en fronçant les sourcils. Et pas mal d'entre nous se sont endormis...

Fujitaka montra son bloc de papier: "Pas tous" .

Après un silence, le jeune homme acquiesça.

- C'est vrai. C'est peut-être ça, la clé. Le sommeil de tous ceux qui se trouvent là, et...Et pourquoi pas, le fait qu'il y ait une seule personne dans le château ? Deux conditions qui n'ont pas été réunies cette nuit, et aucun enlèvement n'a eu lieu. Et enfin...Il y a cette pièce. C'est dans ce salon que la fille du rêve de Mai a disparu. Bon, c'est simple, alors.Déjà, on évite cette pièce. Ensuite, on va continuer les tours de gardes, et on reste toujours au moins à deux à l'intérieur. Narumi, Lin? J'aimerais que vous alliez dormir. Je vous ai laissé vous organiser comme vous fonctionnez d'habitude, mais il est maintenant capital que ce soit des personnes qui ont déjà dormis qui surveillent. Je ne veux pas prendre de risques.

Naru ne répondit rien, mais Mai pouvait dire à son visage glacial qu'il n'était pas du tout content de se voir donner des ordres. Néanmoins, il n'avait pas d'autre choix que d'obtempérer.

- Quelqu'un pour commencer le second tour de garde? Demanda le vice-président.

- Moi! Se proposa Mai, qui n'avait absolument pas envie de dormir, après ce qui lui était arrivé pendant ses dernières heures de sommeil.

Il lui jeta un regard étonné, mais ne fit aucun commentaire.

- Très bien...Hara, tu es d'accord?

- Pas de soucis, répondit Masako. J'ai l'habitude de me lever vers cinq heures, de toute façons.

Il demanda ensuite aux autres d'aller se coucher, ce qu'ils firent, non sans que les amis de Mai lui adressent diverses paroles rassurantes tandis qu'ils franchissaient le couloir qu'ils avaient investis . Même Lin lui adressa un sourire avant de se diriger vers leur chambre. Cependant, ni lui, ni son patron ne remarquèrent le pied de Yasuhara posé sur le fil entre eux. Les deux hommes faillirent se casser la figure, et, par chance pour leurs fiertés respectives, eurent tout deux le réflexe de tirer violemment sur le ruban, qui se cassa net.

- Oups, déclara le coupable. Désolé.

Lin lui adressa un de ses célèbres regard irrité. Quand à Naru...Si un congélateur s'était trouvé en face de Naru, à ce moment, le congélateur aurait sûrement attrapé froid.

- J'ai d'autres rubans, si vous voulez, intervint Masako. Shibuya, tu viens avec moi pour que je ne sois pas seule? Mai, tu n'as qu'à attendre à la base...

Mais Naru répondit:

- Je dois aller vérifier quelque chose . Lin, vas y.

Ignorant la déception manifeste de la jeune fille, il s'éloigna dans le couloir. Mai mit quelques secondes à se rappeler qu'elle devait le suivre. Naru ne lui fit aucune remarque sur sa lenteur, cependant: il l'ignorait. Une fois qu'il fût entré dans la pièce, il s'installa immédiatement à son bureau et alluma l'ordinateur portable qui s'y trouvait. Mai regardait la porte avec anxiété. Pourquoi les autres ne revenaient-ils pas? Masako avait-elle assommé Lin dans sa jalousie? Elle ne voulait vraiment pas rester seule avec son patron. L'ambiance était trop...bizarre. Elle se rappelait encore leur dispute, qui n'était pas vraiment terminée. Et quand il l'avait serrée dans ses bras, alors qu'elle pouvait compter leurs contacts physiques avec les doigts de la main ! Au bout d'un moment, cependant, ce silence menaçant devint insupportable, et, après une profonde inspiration pour se donner du courage, elle prit le risque de parler :

- Euh...Naru?

Tout d'abord, il ne leva pas la tête de l'écran, et elle cru qu'il ne l'avait pas entendu, mais finalement, il déclara:

- Oui ?

Il n'y avait qu'une toute petite trace d'exaspération dans sa voix. Un peu plus assurée, elle poursuivit:

- Je voulais juste te remercier. Pour tout à l'heure.

- De quoi tu parles? Demanda son patron, consentant enfin à lui accorder un regard.

- Ben, t-tu sais...Quand, enfin, quand tu m'as...euh...Serrée dans tes bras...Bredouilla-t-elle, le visage en feu.

Argh! Pourquoi fallait-il qu'elle soit aussi gênée? Juste pour ça ? Heureusement, Naru n'en profita pas pour se moquer d'elle, et se contenta de répondre:

- Ah, ça ? Oh, de rien. Je ne savais pas si ça marcherait. C'est ce que mon frère faisait, quand j'avais...Ce genre de visions. Il me rappelait que ça ne m'était pas réellement arrivé.

C'était donc ça...Elle se sentait un peu déçue, mais en même temps, c'était certain qu'un homme dont le surnom était Naru-chan le narcissique n'aurait pas pu avoir l'idée tout seul. Elle nota que son ton était calme, mais elle était certaine d'avoir vu un léger frémissement parcourir son visage en mentionnant ses "visions". Elle comprenait. Ils n'en avaient jamais parlé directement, mais elle connaissait leur existence . Elle savait que c'était , comme la sienne, souvent des visions de la mort de quelqu'un. Que Naru était ainsi "mort" une bonne centaine de fois.

Mais son frère avait quand même su l'aider...

- Eugène aidait tout le temps les gens, murmura-t-elle doucement, sans attendre de réponse en particulier.

Mais Naru ajouta:

- En fait...Je ne pouvais pas te poser la question devant tout le monde, mais...Je me demandais s'il ne t'aidais justement pas. En ce moment.

- Tu veux dire...Si je l'ai vu dans mon rêve, et qu'il m'a guidée? Non, non, j'ai tout dit devant les autres.

- Ah ...

- Mais, réfléchit la jeune fille...Je me demande s'il ne m'a pas aidée quand même.

- La température a augmenté, pas baissé, répondit Naru en la regardant comme si elle était idiote.

- Je sais bien! Grogna-t-elle, quelque peu exaspérée. Mais je me disais qu'il avait pu me guider pour que j'utilise mes capacités...Sans que je m'en rende compte...

Naru n'ajouta rien, l'air songeur. Mai le regarda, pensant toujours à Eugène. Elle espérait que c'était bien ça. C'était peu sympathique, si on y réfléchissait bien, puisque cela voulait dire être coincé dans la peau d'un fantôme au lieu d'être suffisamment apaisé pour "passer de l'autre côté", mais...Elle n'avait pas eu envie qu'il parte. Elle voulait le revoir. Pendant tout ce temps, sa présence ne s'était pas manifesté, et après ce qu'il lui avait dit avant qu'ils ne retrouvent son corps, elle était persuadée qu'il était partit pour de bon. Cependant, elle savait une chose: elle ignorait totalement comment se connecter à un esprit, qui plus est un esprit piégé. Mais les caméras l'avaient filmé, la température avait changé, et...Eh!

- Naru! Dit-elle. Au fait, c'était à toi et Lin de surveiller les caméras au moment où je suis partie dans cette pièce, non? Pourquoi tu n'as rien remarqué?

Son patron, qui s'était remis au travail, releva la tête, et, après un silence, répondit, en haussant les épaules:

- Pour rien.

Qu'est-ce qu'il me cache? se dit-elle en fronçant les sourcils. Sans doute encore un de ces secret très sérieux qu'il ne laisserait jamais échapper, comme celui de sa véritable identité. Juste à ce moment , Masako entra en trombe dans la base, s'excusant d'avoir mit si longtemps à trouver les rubans, et proposant à Naru de l'aider à attacher le sien - évidemment, il refusa. Mai demanda, sans trop d'espoir, à Lin:

- Pour quelle raison vous ne m'avez pas vue quand je suis allée dans le salon?

- Oh, répondit Lin avant que Naru n'ait eu le temps d'esquisser un geste, on a repéré une baisse de température rapide et des objets qui se déplaçaient, et...Et finalement, quand nous sommes allé vérifier, il y avait juste une fenêtre mal fermée qui s'était ouverte, avoua-t-il avec une certaine gêne.

Ooooh! Mai laissa échapper un petit rire , tandis que Naru refermait la bouche, résigné.

- Ah ouais, quand même...c'est carrément idiot , ça, déclara la jeune fille en regardant fixement son patron, qui feignait maintenant de l'ignorer.

C'était ça qu'il avait voulu lui dissimuler! Ce sale petit fourbe ! Et dire qu'elle le prenait au sérieux ! Alors qu'il voulait juste cacher à quel point il était bête! Ah! Après toutes les fois où il l'avait traitée d'idiote pour presque rien! Elle savait une chose: elle n'allait pas laisser passer ça.

- Eh, ajouta-t-elle innocemment, je suis sûre que Nishimura n'aurait jamais commis une erreur de débutant comme celle-là. Il est vraiment doué, hein?

Naru ne répondit toujours rien, mais elle pouvait voir un pli inhabituel marquer son front normalement lisse, révélant sa colère. Ah!Ah!Ah! Mai ressentait toute la jubilation d'une vengeance longtemps attendue. Tandis que les deux hommes allaient se coucher, elle leur adressa un "au revoir !" joyeux, auquel Naru se contenta de répondre par son regard meurtrier favori. Quand à Masako, abasourdie par le comportement de son idole, elle resta sans bouger, oubliant même de chercher un plan pour que Naru reste avec elle.

Mai sourit. Elle connaissait un point faible de Naru! Enfin! Elle le tenait! Le cœur plein de joie, elle s'assit devant les moniteurs, avec la sensation d'avoir entraperçu un bon présage. Tout irait bien, maintenant. Elle le sentait.

Elle n'aurait pas pu être plus éloignée de la vérité.


Comment le narrateur se fiche trop des capacités de voyante de Mai xD
En tout cas, j'espère que ce chapitre vous aura plus malgré ses parties un peu difficiles et pas très rassurantes, parce que comme ce narrateur le sait,ce genre de choses est loin d'être terminé...

Au fait, j'espère que le rated T est bon? J'ai pas trop l'habitude de ce genre de classement, donc, je n'en sais rien. Ce n'est ni suggestif ni vraiment violent, c'est plutôt assez dégoûtant...Donc je suis confus. Si vous pensez que je me trompe, n'hésitez pas à me le dire!

Réponses:

HarukaN, merci pour le follow!

FrenchCirce: Je suis heureux de voir que ça t'intrigue, j'avais peur de ne pas correspondre au tag "mystère" aha xD Et pour les autres personnages, je fais en sorte que leurs "techniques" soient différentes des autres (même si bon John utilise souvent le sel...Mais oublions ça ! x)) exprès ^^. Au fait, ta remarque sur les lights novels m'a fait pensé à les chercher (oui...Je ne pensais pas qu'on pouvait les trouver avant ! ) et ils sont super intéressant même si la traduction anglaise est incomplète...Donc merci! Et bonne rentrée à toi aussi :)

Pompom: Merci pour ton com', et j'espère que la suite t'as plu!

A lundi prochain ~