Pendant une seconde, rien ne se passa. Mai regarda l'empilement désordonné, entouré de poussière de bois, des meubles écrasées, sans bouger, hébétée. Elle avait l'impression que la scène n'était pas réelle, comme si elle sortait d'un rêve. Ou plutôt, dans un cauchemar.

Et puis un hurlement déchirant retentit, et elle vit Fujitaka se précipita vers les meubles, le visage couvert de larmes. Alors, le choc initial se dissipa et elle couru à son tour, accompagnée de tous les autres, en direction du tas d'objets.

Mais, alors qu'ils s'en approchaient, les meubles s'élevèrent de nouveau.

Mai recula, effrayée...Puis elle vit Fujitaka, devant elle, les bras tendus, entouré d'un étrange miroitement, comme s'il était au milieu d'une flamme. Elle comprit alors que c'était lui qui contrôlait le phénomène.

Au même moment, les meubles volèrent brusquement au dessus de sa tête, avec un sifflement, avant d'aller s'écraser sur le mur derrière elle dans un fracas assourdissant. L'homme laissa retomber ses mains, et le miroitement disparu. Il tituba alors jusqu'à un corps immobile, près duquel il se laissa tomber. Quelqu'un alluma une lampe de poche, et la lumière tomba sur le corps d'Aoko. Immobile, la jeune femme semblait morte. Elle était couverte de multiples contusions, et sur son torse s'élargissait une large tâche de sang. Son frère cherchait fébrilement son pouls, l'air terrifié.

C'est alors que Mai réalisa que Masako n'était nulle part. Affolée, elle jeta un regard vers le tas de meubles écrasés : était-elle là-dedans? Heureusement, elle aperçu la médium, immobile, allongée un peu plus loin dans l'ombre. Elle semblait inconsciente. La jeune fille se précipita vers elle. Cependant, à peine lui toucha-t-elle le poignet que la l'autre ouvrit les yeux et se dégagea. L'air perdu, elle se redressa lentement.

- Que s'est-il passé...?

- Tu n'as rien? Demanda Mai.

Derrière elle, les visages inquiets des membres de la SPR qui étaient venus la voir posaient la question en écho.

- Non, je...J'ai juste quelques bleus, je pense, répondit-elle en secouant la tête, les sourcils froncés. Mais comment...

C'est alors qu'elle aperçu la scène qui se déroulait non loin d'elle:

- To...Tomaru?

- Elle est vivante! Cria à ce moment Nishimura, la voix tremblante. Mais elle...Elle...

- Ne bougez pas! Dit une voix calme.

C'était Ayako. Elle rejoignit Tomaru, toujours étendue par terre, inconsciente. Mai la suivit des yeux tandis qu'elle s'accroupissait doucement auprès de la blessée.

- Écartez vous, ordonna-t-elle avec autorité. Je vais l'examiner. Je suis médecin.

Après que tout le monde se soit écarté, la jeune femme, concentrée, prit le couteau resté dans la main d'Aoko, et l'utilisa pour découper son vêtement. Elle l'observa, murmura quelques mots que Mai ne pût entendre, puis cria:

- J'aurais besoin de quelque chose qui ressemble à un brancard!

Après plusieurs recherches, ils trouvèrent une longue planche de bois, sur laquelle ils hissèrent avec précaution la blessée, qui était toujours inconsciente. Ensuite, quatre d'entre eux la portèrent jusqu'à son lit. Tous y suivirent la procession, mais à peine étaient-ils entrés que la prêtresse leur demanda de sortir, car elle avait besoin de l'examiner plus avant. Elle n'autorisa que la présence de Fujitaka avant de fermer la porte sur les visages désemparés des autres.

Tout le monde finit par s'installer dans le couloir, s'asseyant par terre en attendant que la médecin ressorte. Enfin, presque tout le monde. Naru n'hésita pas même un moment avant d'annoncer qu'il allait vérifier les caméras avec Lin. Mai fronça les sourcils. Il ne pense vraiment qu'à ses petits fantômes chéris...Quel égoïste! Mais elle n'avait pas l'énergie de se mettre en colère. Elle se sentait trop désorientée, après tout ce qu'il venait de se passer. A côté d'elle, Masako aussi avait l'air vraiment secouée. Au bout d'un long moment, d'une petite voix, elle demanda:

- Tu peux m'accompagner? Je dois aller chercher quelque chose .

- Oh...Ok, répondit Mai.

En partant, elle jeta un regard inquiet vers la porte, toujours fermée, puis se dépêcha de suivre Masako dans leur chambre. La médium s'avança vers son sac, y prit une petite trousse d'où elle sortit des bandages, qu'elle enroula silencieusement autour de sa main.

- Oh, j'avais des pansements sur moi, nota Mai, tu n'avais pas besoin de partir.

Masako interrompit son geste, et ne dit rien. Perplexe, la brune s'avança vers elle, et c'est alors que la médium murmura:

- Je voulais partir.

- Quoi?

- Je ne voulais pas rester...

La jeune fille se retourna, et Mai pût voir qu'elle pleurait. Elle ne l'avait vue comme ça qu'une seule fois: dans l'affaire du labyrinthe, quand elle avait cru qu'elle était un fantôme.

- Je ne voulais pas rester à attendre de savoir si elle était morte, avec tout le monde...Alors que c'est de ma faute...Bredouilla l'adolescente, et elle fondit littéralement en larmes.

Surmontant sa stupéfaction, Mai s'approcha d'elle et la serra dans ses bras.

- Qu'est ce que tu racontes, ce n'est pas de ta faute, murmura-t-elle.

- Si, c'est ma faute, protesta vigoureusement Masako. Je voulais juste...montrer ce que je savais faire...C'était tellement...Orgueilleux...Et maintenant...Tomaru est peut-être...A cause de moi...

- Ce n'est pas de ta faute, répéta Mai avec conviction. C'est la faute de la chose qui l'a attaquée. Et ce n'est pas toi.

- Mais...

- Ce qui l'a attaqué, c'est ce qui est ici...C'est la faute de cet endroit.

Masako ne protesta plus, et, peu, à peu, ses sanglots s'espacèrent. Finalement, elle s'écarta, et se retourna pour essuyer ses larmes. Puis, le visage à nouveau calme, comme si rien ne s'était passé, elle demanda:

- On y va?

Mai sourit:

- Oui.

Lorsqu'elles revinrent, la porte de la chambre d'Aoko s'ouvrait, et Ayako en sortait, l'air exténué. Les vêtements de la prêtresse étaient couverts de sang. Cependant, elles purent l'entendre dire:

- C'est bon, elle va s'en sortir.

Le corps de Mai se détendit. Elle ne connaissait pas vraiment la blessée, mais l'idée qu'elle puisse être morte l'avait quand même angoissée.

- En vérité, poursuivit Ayako, son corps n'a pas été vraiment touché. Même si tous ces objets lui sont tombés dessus, apparemment, elle a trouvé un moyen d'amortir le choc. J'ai pu nettoyer ses blessures. Cependant, elle reste inconsciente. Mais apparemment, ce n'est pas lié à son état physique...

Elle fit un signe de tête en direction de la salle, d'où le garçon n'était pas sortit.

- ... Il m'a dit que c'était normal, parce qu'elle avait brisé le "lien", mais je n'ai pas très bien compris.
- C'était prévisible, fit Nishimura d'une voix calme, mais où perçait un vibration détonante, j'ai déjà vu ça avant. Et...Et maintenant, peut-on la voir?

- Allez-y. Et, aussi... Même si ses blessures ne sont pas graves il faudrait aller dans un hôpital au plus vite, pour éviter l'infection répondit Ayako avec douceur, sans doute pour ne pas trop l'inquiéter.

Cela n'eût pas l'effet escompté, puisque la figure du vice-président se contracta, angoissée, et c'est ainsi qu'il entra dans la pièce, suivit de Mariya. Les autres se regardèrent, ne sachant pas quoi faire. Personne n'avait envie d'interrompre ce qui était après tout un moment d'intimité. A ce moment, Nishimura revint derrière la porte, et leur annonça:

- Reposez vous. Restez par ici, n'allez pas dans les autres pièces. Rejoignez votre base, elle est bien protégée. On reviendra vous voir pour la suite. Ne commencez rien maintenant, ok?

Le reste du groupe, moins Ayako restée pour surveiller l'état de la blessée, acquiesça. Au bout d'un moment, tout le monde se dirigea vers la base. Naru et Lin, qui surveillaient les caméras, assistèrent à leur arrivée sans broncher.

- Est-ce que Tomaru est vivante? Demanda finalement le jeune homme, les yeux toujours fixés sur les moniteurs face à lui.

- Oui, répondit Mai d'une voix acide. Elle s'en sort. Enfin, si ça t'intéresse.

Sans réagir à sa pique, il poursuivit:

- Est-il possible de lui parler?

Comme Mai se refusait à lui répondre, préférant lui jeter un regard noir en maudissant son manque d'humanité pour la milliardième fois (est-ce qu'elle avait vraiment sentit un cœur battre dans la poitrine de cet individu la dernière fois? Franchement, elle ne l'aurait pas parié), Bou-san ajouta:

- Elle est inconsciente, donc, non.

- Savez-vous quand elle se réveillera?

Personne n'en avait aucune idée, jusqu'à ce qu'une voix intervienne:

- Cela devrait prendre quelques jours.

C'était Nishimura, qui venait de pousser la porte de la pièce. Sa voix était relativement calme, mais son expression reflétait une certaine angoisse, même si l'on voyait ses efforts pour la dissimuler.

- C'est à cause de ses propres capacités...Elle a dû briser le lien qu'elle avait construit pour qu'Hara puisse se connecter à l'esprit, afin de pouvoir libérer son corps avant qu'il ne soit blessé. Chaque fois qu'elle fait ça, presque toute son énergie psychique est expulsée. Elle se réveillera seulement quand elle aura retrouvé ses forces.

- Et c'est tant mieux, ajouta doucement Ayako. Je n'ai pas d'anesthésiant, et j'aurais eu du mal à la recoudre si elle avait été consciente.

Derrière elle venait Mariya, qui regardait silencieusement le sol, le visage fermé.

- Bon tout le monde est réunit, reprit Nishimura. J'ai déjà eu le temps d'expliquer la situation à Fujitaka, et il surveille Aoko pour l'instant, donc ne vous inquiétez pas de son absence.

Il se laissa tomber sur une chaise avant d'ajouter:

- Hara, as-tu remarqué une activité particulière?

- Oh, répondit la médium avec hésitation, eh bien...Non. Je ne sens toujours rien.

- Et vous? Demanda-t-il en se tournant vers Naru.

- Aucun phénomène particulier n'a été enregistré depuis ce qu'il s'est passé tout à l'heure, répondit l'intéressé.

- C'est bien ce que je pensait, répondit lentement le vice-président. Bon...Il me semble que la meilleure chose à faire, maintenant, serait de continuer les exorcismes. Je crois que l'aide des propriétaires ne pourra pas être demandée...

- Attends...Que s'est il passé, au juste? Demanda Bou-san. Je n'ai rien comprit.

- L'esprit qui se trouvait dans Hara a été attaqué. Je pense qu'il ne pourra rien faire pour nous, à présent. Je ne sais pas ce que l'autre force lui a fait, mais...

- A ce sujet...C'est ce qu'à dit l'esprit, non? Fit remarquer Yasuhara.

Toute la salle lui jeta un regard interrogatif.

- Eh bien, il a très clairement dit "Je ne peux pas vous aider", fit le jeune homme en haussant les épaules. Et il a aussi dit : "Je suis juste Thomas". Aucun des propriétaires que nous cherchons à contacter n'a eu ce nom.

- Donc, c'était l'esprit de quelqu'un d'autre? Fit Mai, perdue.

- C'est possible, soupira Masako, même si j'ignore pourquoi. Normalement, nous aurions du parvenir à les contacter...Je ne me trompes jamais, d'habitude...

- En fait...Intervint Ayako, tu n'as peut être pas commis d'erreur. Et si c'était parce qu'ils ne sont pas là qu'on a pas pu les contacter? Et donc, un autre esprit aurait été attiré à la place?

- Quoi?

- Peut-être que c'est autre chose qui poursuit leur volonté. Un tsukumogami, par exemple. La carte...

Mai lui offrit un regard d'incompréhension. Elle se rappelait vaguement qu'elle avait su ce que c'était, mais elle avait oublié.

- Un tsukumogami, expliqua patiemment la femme en remarquant sa tête, est en quelque sorte l'esprit d'un objet, né de la volonté de la personne à qui il appartient. Cet objet possède en quelque sorte une énergie psychique, capable de déclencher des poltergeists pour obéir à cette volonté.

- La carte, murmura Naru, influencerait le château, parce qu'on aurait voulu qu'il ressemble à cela?

- Exactement, répondit Ayako.

Pour une fois, le chasseur de fantôme lui offrit autre chose qu'un regard méprisant.

- C'est une bonne idée, ajouta Nishimura en hochant la tête. Ça explique tout. Et malheureusement, ça veut dire que nous allons devoir chercher nous même l'origine de l'esprit frappeur si nous voulons en apprendre plus. Je ne vois pas comment nous pouvons communiquer avec un objet.

- Je pense qu'on en sait assez pour passer aux exorcismes, répondit Bou-san.

Il se leva.

- Cette chose est trop dangereuse. Je ne sais pas si on passera la nuit si on ne fait rien.

- Tout à fait, répliqua Nishimura. Mais avant, j'aimerais qu'on s'organise. Combien d'entre vous pensent pouvoir parvenir à faire un exorcisme?

- Je passe mon tour, répondit Ayako en secouant la tête. Il n'y a aucun arbre vivant par ici. Ce serait inutile. Je vais rester avec Tomaru.

- J'y vais, répondit immédiatement Mariya d'une voix atone.

- Attends, fit le jeune homme en la retenant par le bras. Personne ne reste seul. Je vais venir avec toi. Pour les autres...Nous sommes onze...Une personne avec Aoko, deux personnes à la base...Trois exorcistes, plus trois personnes pour les accompagner...Bon, il reste une personne en plus...Mai, déclara le vice-président, tu ferais mieux de rester à la base. Tu es la cible, tu risquerais de perturber l'exorcisme de la personne que tu accompagnes.

Mai soupira, mais elle s'y attendait. Ce n'était pas comme si elle pouvait être d'une grande aide, de toute façon: son exorcisme à elle, c'était guider les esprits en les convainquant de passer de l'autre côté...Mais de l'énergie ne pouvait pas passer de l'autre côté.

Puis les groupes se formèrent, sans lien cette fois, pour laisser aux exorcistes leur liberté de mouvement, avant de quitter la pièce, la laissant seule avec Lin et...Naru. Oh, bon sang! Elle avait subitement très envie d'essayer un exorcisme, juste au cas où. Ce serait forcément mieux que rester ici. Ces derniers temps, elle avait été beaucoup trop avec Naru pour que ce soit une bonne chose. La preuve? Elle avait réussi à se faire renvoyer de la SPR...

Découragée, la jeune fille s'assit sur un matelas abandonné par terre dans le silence le plus complet. Comme d'habitude, les deux hommes travaillaient, ne lui prêtant aucune attention. Enfin, non, d'habitude, on lui aurait souvent demandé des tas de petites tâches. Mais là...Elle n'était plus assistante, après tout, donc c'était normal. Elle baissa les yeux sur ses mains en fronçant les sourcils. Oh, elle n'aimait pas ça! C'était tellement...Bizarre! Elle ne pouvait s'empêcher de vouloir retourner en arrière, malgré le fait qu'elle continuait de penser que tout était de la faute de Naru. Mais ce n'était pas comme si elle allait pouvoir le changer, de toutes façons...Et elle non plus. Même si elle réussissait à remonter le temps, elle ne pourrait pas accepter d'être mise à l'écart, et elle serait toujours virée.

Après un moment à regarder les dos immobiles des deux autres occupants de la pièce, elle commença à s'ennuyer ferme. Comme elle avait mal au dos, elle s'allongea sur le matelas, le regard dans le vague. Elle était fatiguée, et le bruit des touches qui cliquetaient pendant que Lin tapotait dessus la berçait, tout comme les sons des voix et des mouvements des divers exorcismes qui se déroulaient un peu partout dans le château, enregistrés par les micros. Elle avait beau ne pas être rassurée, tous ces événements l'avaient épuisées. Elle se sentait irrésistiblement attirée vers le sommeil...

Elle se rendit soudain compte qu'elle se trouvait debout, dans l'allée qui menait au château. Quand était-elle arrivée là? Elle ne se rappelait pas s'être levée. Puis, en remontant le cours de ses souvenirs, elle se souvint qu'elle s'était endormie. C'était donc un rêve...Mais pourquoi était-elle ici?

Elle leva les yeux vers le bâtiment qui lui faisait face. Il faisait nuit, mais les lumières étaient toutes allumées, éclairant chacune des fenêtres. Elle mit quelques instants à comprendre qu'ils s'agissait des chandeliers, et pas des lumières électriques. Pourquoi étaient-ils allumés? Elle frissonna. Cela lui rappelait un autre rêve, un rêve qui s'était très mal terminé.

- Mai !

Elle se retourna. Qui l'appelait...? Pourtant, elle ne voyait personne derrière elle. Tout ce qu'il y avait, c'était l'allée assombrie, uniquement éclairée par les lumières provenant de la petite chapelle à l'entrée, près de la grille. Elle voyait cependant assez pour se rendre compte qu'il n'y avait personne. Pourtant...

- Mai? Mai, tu m'entends?

La jeune fille tourna sur elle-même, regardant partout autour d'elle, mais elle ne voyait toujours personne. Pourtant, elle était certaine d'avoir entendu une voix l'appeler, très distinctement.

- Où vous êtes ? Demanda-t-elle avec hésitation.

- Mai ? Mai, je suis là!

Cette voix...Elle l'appelait par son prénom, mais Mai était sûre de ne pas la reconnaître. Elle avait d'abord cru que c'était Eugène, mais maintenant, elle en était certaine, ce n'était pas le cas. Et puis, elle ne voyait toujours pas d'où elle venait. Elle savait que c'était un rêve, alors, elle n'était pas inquiète, mais c'était étrange...

- Je ne vous vois pas, répliqua-t-elle. Où-êtes vous? Vous pouvez venir ici?

Car elle avait l'impression que la voix était, quoique pas beaucoup, un peu éloignée.

- Je ne peux pas bouger...Je suis là juste devant toi!

Mai regarda devant elle en fronçant les sourcils: il n'y avait rien. Enfin, rien d'autre que le bâtiment encore en construction. Mais elle était dans un rêve, après tout. Hésitante, elle quitta l'allée et se dirigea vers l'entrée toute proche.

Il n'y avait personne.

- Vous êtes...A l'intérieur ? Demanda-t-elle avec hésitation, mal à l'aise.

Même si ce n'était pas réel...Elle n'avait pas envie de rentrer là-dedans. Le bâtiment n'était pas pourvu de chandeliers, il n'était donc pas éclairé, et ses fenêtres sombres n'avaient rien d'accueillant. Et puis, la porte entrouverte ne lui inspirait pas confiance. Elle avait l'impression que quelqu'un la regardait dans l'entrebâillement sombre. Elle déglutit. La voix inconnue lui répondit alors:

- Mais je suis juste là! Tu ne me vois pas?

Mai secoua la tête.

- Je ne peux pas bouger, répéta la voix. Je ne sais pas quoi faire...Tout ça...M'empêche de sortir...Mes jambes sont cassées...J'ai mal...Et puis...

C'est là que pour la première fois, Mai remarqua que la voix semblait trembler, comme si la personne qui parlait luttait contre la douleur et la panique. Mais elle ne voyait rien...Et puis...Le son ne semblait pas venir de l'intérieur du bâtiment...

- Tu veux sortir? Mais tu es déjà dehors, non?

Elle commençait à se sentir vraiment mal. Quelque chose dans ce rêve l'angoissait beaucoup, même si elle ne comprenait pas quoi.

- Je ne suis pas...Mai, tu...Tu ne vois pas?

- Mais non! S'exclama-t-elle avec inquiétude.

Le ton d'urgence de la voix commençait à la toucher. Instinctivement, elle voulait l'aider, mais...Comment aider une personne qu'elle ne pouvait pas voir?

- Tout ça...Tout...Attends, tu n'es pas vraiment là? C'est une de tes visions?

- Eh bien...

Cette personne connaissait ses rêves? Comment était-ce possible? Alors qu'elle-même ne savait même pas à qui la voix appartenait...

- Tu...Tu ne sais pas vraiment où je suis ? Continuait la voix inconnue. Je pensais que...Personne ne m'as retrouvé ?

La voix semblait tellement désespérée, que Mai s'agita de nouveau, cherchant d'où pouvait provenir un tel appel au secours, mais elle ne voyait toujours personne. Pourtant, la voix semblait venir de tout prêt d'elle.

- Tu ne m'as pas retrouvé, répéta-t-elle alors, et il y avait quelque chose de déchirant dans son ton. S'il te plaît, Mai, retrouve moi. Vite. Je ne peux plus bouger. Je ne sais pas quoi faire...J'ai mal et...Je ne sais pas...Vite...Au secours!

C'est alors qu'une main se posa sur son épaule. Elle sursauta et hurla de toutes ses forces, terrorisée. La main se retira vivement, lui laissant à peine le temps de se retourner, pour tomber nez à nez avec...

- Naru...

Le jeune homme sourit, les mains levés en signe d'apaisement, et alors, Mai comprit son erreur. Ce n'était pas Naru. Elle sentit son cœur s'affoler, tandis qu'une chaleur joyeuse réchauffait sa poitrine. Elle était heureuse. Tellement heureuse. Ce sourire! Elle avait cru qu'elle ne le reverrait plus jamais.

- Je suis désolé, dit Eugène d'une voix douce. Je ne voulais pas te faire peur, mais je devais attirer ton attention. Je dois te parler, c'est urgent.

Mai se rendit alors compte que le décors avait changé. Ils ne se trouvaient pas dans l'allée, mais dans un étrange endroit sombre, dépourvu de sol ou de plafond, percé de milliards de petites lumières, comme s'ils flottaient dans l'espace. Le corps d'Eugène était entouré d'un halo éclatant. Comme d'habitude, le jeune homme ressemblait en tout point à Naru, jusqu'à ses vêtements, sauf la chaleur inattendue dans son regard qui trahissait son identité. Mais, pourtant...

- Attends, murmura la jeune fille. Pourquoi...Tu es toujours ici? L'autre fois, j'ai cru que...que tu étais partit.

- Il y a quelque chose qui me retiens, répondit le garçon...Mais je n'ai pas le temps de tout expliquer maintenant.

- Pourquoi, Na...Non, Eugène?

- Oh, tu connais ma vraie identité, maintenant? Dommage...Je trouvais ça drôle, avoua-t-il avec un petit sourire en coin.

Mai ouvrit la bouche, stupéfaite. Ainsi, Eugène était aussi ce genre de personne. Le genre de personne à aimer jouer des tours et à tromper tout le monde. Tiens, ça lui rappelait quelqu'un...

- Tu m'en veux? Ça faisait longtemps que personne ne nous avaient confondus comme cela. Désolé d'en avoir profité, fit le garçon, l'air gêné.

- Bah, répondit Mai avec un haussement d'épaule.

Son jumeau lui en avait fait voir des pires, de toute façon. Et lui ne s'excusait même pas...

- Très bien, fit le jeune homme, redevenu sérieux. Mai...Je ne te contacte pas sans raison...Tu es en grand danger...Tout le monde...Mais surtout...

Elle vit ses lèvres bouger, mais elle n'entendit pas.

- Quoi? Questionna-t-elle, les sourcils froncés.

Eugène répéta, mais elle n'entendait toujours rien. Voyant l'incompréhension sur son visage, le jeune homme secoua la tête, l'air découragé.

- Ainsi, je ne peux pas te le dire...C'est trop tard...

- Tu ne peux pas quoi? Le pressa Mai.

Elle commençait à sentir quelque chose, quelque chose qui lui donnait envie d'agir vite - un mauvais pressentiment.

Mais Eugène secoua la tête, définitif.

- C'est trop tard, répéta-t-il, l'air triste.

Et elle se réveilla.

Cette fois, elle ne mit que quelques secondes à reprendre contact avec la réalité. Elle se trouvait dans la base, la lumière était allumée, il faisait encore nuit, et...

- Naru! S'exclama-t-elle.

La silhouette du jeune homme se tourna vers elle. Oubliant tout ce qui avait pu se passer entre eux, elle s'exclama :

- Naru, je l'ai vu...J'ai vu Eugène!

Les yeux de son interlocuteur s'écarquillèrent, brisant son indifférence habituelle l'espace d'un instant, puis son visage se lava à nouveau de toute émotion apparente.

- Que s'est-il passé? Demanda-t-il.

Mai ouvrit la bouche, puis la referma.

Elle ne se souvenait plus.

- Je...Je...Bredouilla-t-elle, essayant de gagner du temps.

Elle se concentra de toutes ses forces, mais tout ce qui apparut dans sa tête fût le visage triste d'Eugène. Pourtant, une seconde plus tôt, elle savait exactement ce qu'il s'était passé...Finalement, elle s'avoua vaincue:

- En fait...J'ai oublié.

- Tu as oublié. Répéta Naru, glacial. Tu as oublié quelque chose d'aussi important.

- Eh, c'est pas de ma faute! Protesta Mai, piqué au vif. Ça ne m'arrive jamais, d'habitude! Je ne comprends pas!

Elle s'attendait à une réplique cinglante de la part de son ex-patron, mais celui-ci ne dit rien. Les yeux dans le vague, il paraissait plongé dans ses pensées. Puis il dit:

- Ça ne t'arrive jamais d'habitude...

Il redressa la tête:

- Tu devrais t'en souvenir...Mais tu ne t'en souviens pas...

Ses sourcils étaient froncés. Pour la première fois depuis longtemps, il paraissait véritablement préoccupé.

- Lin, dit il à l'adresse de l'assistant qui était resté silencieux pendant tout leur échange, au point que Mai sursauta, remarquant seulement maintenant sa présence. On doit rassembler tout le monde au plus vite.

- Attends...Quoi? Demanda Mai, perdue.

- Tu ne vois pas? Fit le jeune homme, l'air consterné, comme si elle avait accomplit quelque chose de désespérant.

Elle dû se retenir pour ne pas lui balancer toutes les insultes qui lui passaient par la tête (espèce de sale congélateur lui paraissant la plus appropriée), mais elle avait trop envie de savoir la suite et ne releva pas. Alors Naru ajouta:

- Ce n'était pas un rêve, c'était une vision, car tu as vu mon frère. Et pourtant...Contrairement à toutes les visions que tu as eu, tu ne parviens pas à t'en rappeler.

- Oui, et...?

- Qu'est-ce qui pourrait t'empêcher de t'en rappeler? Lui demanda-t-il.

Elle soupira intérieurement. Sérieusement, c'est le moment de me faire une interrogation ? Il se prend pour qui, mon prof? Prise au jeu, cependant, elle répéta, songeuse:

- Qu'est-ce qui pourrait me- …

Elle s'interrompit. M'empêcher de me rappeler. Sa respiration se bloqua, tandis qu'elle sentait un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale. Elle se rappelait de quelque chose. De quelque chose qui empêchait les gens de se rappeler. De se rappeler que...

- Tu veux dire, poursuivit-elle d'une voix nouée par la crainte, que mes souvenirs ont été effacé parce que...

- Exactement, la coupa Naru d'un ton grave. Je pense que quelqu'un a disparu.

-

Vous reprendrez bien un peu de suspens ?

Oui, je sais, il est presque demain...La prochaine fois, j'essaierai d'être plus dans la journée. Promis!

J'espère que vous avez apprécié le grand retour d'Eugène, qui révèle enfin pourquoi il n'avait jamais prit le temps de révéler son identité (et non! Ce n'est pas juste l'auteur(e ?) original(e ?) qui voulait faire un triangle amoureux bizarre! ) ...

Réponses:

[b]FrenchCirce : [/b] Ehe, moi aussi j'aime bien malmener Naru...Pauvre lui! (Mais bon, il n'a qu'a pas être méchant avec Mai! Na! )
Ca me fait plaisir de savoir que ce que j'écris est aussi intéressant aha :') J'espère que ce chapitre sera à la hauteur de tes attentes! ^^
De rien, et désolé pour ta journée...J'espère que ça va mieux et que tu auras pu lire celui-ci dans d'autres circonstances ^^ !

[b]Pompom : [/b] xD J'espère que tu aimeras ^^

[b]50shadesofnaru : [/b] de rien, merci pour ton commentaire : D !