[ Disclaimer: honnêtement, c'est une bonne chose que Ghost Hunt ne soit pas à moi, parce que sinon, je n'aurais plus de vie à force d'écrire, et ça craindrait...]
- On doit exorciser le plan du château.
Tout le monde se retourna vers Naru, surpris par son intervention soudaine. Comme d'habitude, le jeune homme n'avait pas pris la peine de s'intégrer à la conversation, ni même de s'expliquer.
Ayako fût la première à réagir:
- Mais le tsukumogami n'est pas dangereux!
- Au contraire, répondit Naru, et il croisa les bras, silencieusement, attendant visiblement que l'on suive ses ordres, comme d'habitude.
Ce qui n'était pas au goût de Nishimura.
- Narumi...Déclara le vice-président, tu sembles avoir compris quelque chose. Tu dois nous l'expliquer.
- Ce serait une perte de temps, répliqua froidement Naru.
Mai assista à l'échange avec stupéfaction. Pourquoi Naru n'hésitait plus à briser sa couverture? Ce n'était pas bon signe. Elle connaissait Naru. Elle savait qu'il était plus buté que deux armées d'ânes. S'il changeait ainsi de priorités, c'était que même lui considérait que la situation était vraiment grave. Mais Nishimura n'avait pas l'air très impressionné par son changement de ton:
- Tu te trompes. Nous sommes une équipe. Nous permettre à tous de réagir est loin d'être une perte de temps. En fait, c'est ce qui pourrait nous permettre de tous sortir d'ici. De plus, n'oublies pas que tu pourrais toi-même te tromper.
Naru ne s'opposa pas à lui à nouveau, comprenant visiblement que, s'il n'expliquait rien, il ne pourrait pas cette fois mettre son plan à exécution. Il commença donc à dire:
- Vous voyez, cette porte qui apparaît soudainement? Et la disparition? Je pense qu'il y a un rapport entre les deux.
Naru contemplait l'entrée. Son visage était sérieux, encore plus sérieux que quand Aoko avait été blessée ou quand ils s'étaient rendus compte que quelqu'un avait disparu.
- Depuis le début, on a commis une erreur. L'on croyait qu'il y avait deux forces. Une de destruction, une qui construisait. Mais nous avions tort. Depuis le début, les deux travaillaient à la construction. Je sais , dit il en levant les mains pour couper court à toutes les objections, qu'il a l'air d'avoir été construit, puis détruit. Mais c'est une erreur. Il n'a jamais été construit . Jamais entièrement.
- Mais...
- Tout se tient, poursuivit Naru, ignorant l'interruption. Il n'y a pas d'esprit frappeur ici.
- Attends une minute, fit Mariya, c'est impossible! Aucune autre force ne produirait aveuglément la mort et la destruction...
- Si, il y en a une, rétorqua le jeune homme, et il se tourna vers Ayako:
- C'est un tsukumogami.
Silence.
- Eh bien, oui, déclara la prêtresse, l'air perdu. C'est ce que j'ai dit.
- Pas vraiment, corrigea Naru. Tu as dit que la puissance qui cherchait à reconstruire le château était un tsukumogami.
- Eh bien?
- C'est la puissance qui construit le château qui est un tsukumogami. La seule et unique puissance qui crée tout ces phénomènes depuis le début.
- Une force aveugle, murmura Mariya en baissant les yeux. Bien sûr. Je ne connais pas assez...
- Mais pourquoi? Demanda Bou-san, le visage plissé en un air de concentration. Pourquoi se détruire et se reconstruire?
- Il ne se détruit pas, répéta Naru, qui avait l'air franchement d'en avoir assez. Il ne se reconstruit pas non plus. Il se construit depuis le début.
- Tu veux dire qu'il n'a jamais été détruit? Demanda Nishimura. Cependant, le rêve de Taniyama...
- Le rêve de Mai était bien un souvenir. Jusqu'ici, je pense qu'il est raisonnable, et même réaliste de penser que tout était vrai.
- Mais alors...
- Alors je pense que quand ce fantôme a vu le château, il n'était pas détruit. Il était encore en construction.
Silence.
- Mais, protesta Mariya. D'après Fujitaka, les papiers indiquent la fin du chantier...
Naru haussa les épaules.
- Certainement. Mais ils indiquaient également des problèmes de paiement et des difficultés de construction.
- Et alors?
- Et alors, les propriétaires avaient peut-être tout simplement de réelles difficultés. Plus tôt, j'ai observé les peintures pour tenter de comprendre pourquoi Masako et Tomaru n'avaient pas pu contacter les bons esprits. Et c'est là que je me suis aperçu d'une chose. La peinture semblait faite de différentes couches à intervalles irréguliers.
- Et donc?
- Je pense que cela veut dire qu'il n'y a pas eu un seul peintre, mais plusieurs. Ce qui veut dire une chose: ils n'ont jamais pu payer un seul peintre pour finir le travail. Et je pense que c'est parce qu'ils n'en avaient pas les moyens.
- Des problèmes d'argent...Murmura Mai.
- C'est ça. Ils n'avaient pas d'argent. Et donc, le château ne pouvait pas être finit. Réfléchissez. Ils ne pouvaient pas avoir les moyens de construire un endroit pareil, et en même temps, ne pas être capable de payer un peintre, non? Les travaux ont probablement été terminés...Mais le projet, lui, pas. Ils ont simplement arrêté de construire sans finir ce qui était prévu. Et le chantier a effectivement été terminé. Personne ne pouvait vraiment s'en plaindre: c'était ceux qui l'avaient demandé qui ne pouvaient plus payer.
- Mais...Pourquoi personne ne l'a mentionné? Si le château était en construction, les gens auraient du s'étonner de le voir se construire, non?
- Tout simplement parce que les gens qui venaient ici...N'en revenaient pas. Sauf les propriétaires qui descendaient de la première lignée. C'est ce qui m'a permit de comprendre. Les propriétaires sont les seules personnes a n'avoir pas disparu. La lignée a perduré. Pourquoi le château ne leur voudrait aucun mal, mais tueraient tout ce qui l'approche?
- Parce qu'ils ne restaient jamais longtemps? Proposa Nishimura. Ou...Parce qu'on les protégeait?
- Effectivement. On les protégeait. Ou plutôt: on ne les attaquait pas.
- Oh, répondit Nishimura. Tu veux dire que...?
- C'est la volonté des propriétaires qui a causé tout cela, oui.
- Mais pourquoi protéger Mai? Demanda Nishimura en fronçant les sourcils.
- C'est elle qui l'a fait, je pense, répondit Naru.
Mai voulu protester, mais il lui jeta un bref regard et hocha la tête, l'invitant à se taire. Pourquoi? Qu'est-ce que ce mensonge voulait dire? Eugène ? Pensa-t-elle. Elle ne dit rien. Ça se tenait. Mais, évidemment, Naru ne pouvait pas le mentionner. Bon, elle n'allait rien dire, alors. Mais il aurait pu la prévenir avant...!
- Imaginez, continuait le jeune homme. Ils voulaient ce château...Ils le voulaient désespérément, au point de s'endetter. Au fur et à mesure, tout leur argent y passait. Mais des problèmes les gênaient, l'argent se perdait...Le chantier s'allongeait encore et encore...Et ils voyaient leur rêve partir en fumée...Oui, leur rêve. Cette carte...Elle n'appartenait pas à un professionnel. C'était le dessin de l'un deux, ou bien des deux, que sais-je. En tout cas...Il reflète leur volonté.
Mai avait l'impression, au fur et à mesure que Naru racontait, de voir se dérouler l'histoire. Tout cela lui apparaissait très réaliste, tout d'un coup.
- Et ils sont morts, conclut finalement le chasseur de fantômes. Après avoir tout perdu pour leur rêve, ils ne pouvaient pas le voir devenir réalité. Et alors...
- Le tsukumogami, compléta Ayako d'une voix étonnée. Leur volonté était si forte qu'elle a donné vie à la carte qu'ils avaient faite... Mais...Comment le château pouvait-il se construire? Et pourquoi tous ces morts?
- Au départ, je ne comprenais pas, moi non plus, dit Naru. Et puis...Ce château qui change de forme...Qui se nettoie en permanence...Ces esprits enfermés...Mais maintenant, je pense que je sais ce qu'il se passe. Ce château n'est qu'une illusion.
Tout le monde réagit à cette affirmation. Même Lin eût un haussement de sourcil surpris. Chacun se tourna ensuite vers le bâtiment principal, noyé dans l'ombre du soleil couchant, qui semblait effectivement étrangement irréel dans la pénombre rougeâtre.
- Pourquoi dire cela? Demanda finalement Nishimura.
- Le château se transforme aussi facilement, parce qu'il n'y a rien à transformer. D'abord, tous ces meubles anciens ne sont absolument pas abîmés, alors que le temps aurait dû les modifier. Je pense qu'ils sont tous faux. Tout se passe dans notre tête.
Il croisa les bras.
- Ça explique pourquoi il attaque tout ce qui est vivant et s'approche de lui. Ce n'est pas une volonté de tuer qui l'habite, c'est une volonté de se construire, et pour ça, il a choisit l'illusion. Or, il a besoin d'énergie pour réaliser une telle illusion. Or, la seule source d'énergie pour les phénomènes paranormaux, c'est ce qui fait partie de leur monde. Par exemple...Les capacités psychiques. C'est pourquoi il s'est attaqué à Mai, qui avait réussi à percer ses défenses. Et puis, il y a aussi...Les esprits. C'est pourquoi celui qui possédait Masako a été attaqué. Et c'est aussi pourquoi tout ce qui nous entoure est mort.
Mai frissonna. Le problème, c'était que si Naru avait raison, cette chose n'allait jamais les laisser partir...
- Autre chose, poursuivit Naru. Aucun changement de température n'a été enregistré malgré la présence évidente de nombreux poltergeist. Pourtant, notre matériel fonctionne: des modifications ont été enregistrées, mais elles venaient de phénomènes naturels. J'en ai déduit que les choses ne bougeaient pas vraiment.
- Mais pas quand Aoko a été attaquée, réagit Mariya.
- Non. Mais on ne dirait pas non plus qu'elle a été attaquée par les meubles. Elle n'avait que peu de blessures, et dans son état, comment aurait-elle pu se protéger? Je pense qu'elle a tout simplement été attaquée par autre chose, mais nous n'en avons rien vu. Je pense qu'il s'agit de ce qui a déjà agressé Mai. Ça lui a aussi laissé des marques...
- Si tu savais tout cela, pourquoi ne pas l'avoir dit? Demanda la jeune femme.
- Je ne comprenais pas, à ce moment, et puis, nous avons été occupés par d'autre problèmes. Mais maintenant, je le dis.
Mariya soupira, l'air mécontente. Comme Mai la comprenait! Naru était vraiment irritant, avec tout ses petits secrets. Et puis, elle pensa:
- Naru.
- Hm?
Il se tourna vers elle, les bras croisés.
- Si tout ceci est dans notre tête, alors...
Elle ne pût s'empêcher de laisser un petit sourire s'étaler sur son visage.
- Si on essaie de se concentrer, on devrait pouvoir échapper aux illusions! Au moins! Ça...C'est possible! Et la personne qui a disparu, on devrait pouvoir la retrouver!
- Mai, je n'avais pas finit, répondit cependant Naru.
- Quoi ? Mais, et alors?
- Et alors, tu devrais écouter ce que j'ai à dire jusqu'à la fin avant de te faire de fausses idées, idiote, répliqua durement son ex-patron.
Mai vit la S.H.A échanger un regard. Elle se demanda ce qu'ils pouvaient bien penser du changement de caractère de "Narumi"...
- Donc, j'ai dit que tout était réel dans le rêve de la personne qui nous a fait perdre le plus de temps depuis le début, dit-il en coulant un regard vers Mai, qui grimaça. ( C'était quoi, ça? Il se vengeait de ne pas lui avoir dit de méchancetés pendant longtemps? ) Absolument tout, poursuivit-il. Même la partie la plus étrange.
- Les cadavres, dit Nishimura.
- Jusqu'ici, nous avons pensé que la femme de son rêve avait été déplacée dans un endroit, et nous avons cherché cet endroit. Mais en fait, elle n'a jamais bougé. Et nous ne l'avons pas vu parce que nous n'avons pas pu le voir. Parce qu'il ne voulait pas qu'on le voit.
- Attends, tu veux dire que...
Pour le commun des mortels, rien n'était compréhensible dans cet échange. Mais le vice-président semblait tout à fait réveillé, maintenant. De même que Mariya, qui avait l'air horrifiée, et murmura:
- Non...
- L' autosuggestion a ses limites, poursuivit Naru. L'être humain, lorsqu'il est persuadé de se faire mal, souffre. Lorsqu'il est persuadé d'être triste, pleure, même quand il n'a pas de vraie raison de pleurer. Mais, à part pour quelques rares personnes, il ne peut pas faire des choses qui dépasse ses capacités. Comme voler dans les airs. Et pourtant...
Il montra les bâtiments d'un geste:
- Nous n'avons cessé de monter et de descendre des escaliers...de poser des objets...Et de les retrouver à la hauteur où nous les avions posés...Sur des meubles qui n'existaient pas...
C'était au tour de Masako de réagir. La médium vira au blanc, et plaqua une main effarée sur son visage de craie. A bout, Mai finit par demander:
- Mais où tu veux en venir, à la fin?
- C'est simple, répliqua le jeune homme, sombrement. Pour que toutes ces choses soient possibles, il faut de la matière. Mais pourtant, puisque le château n'est pas finit...Cette matière ne devrait pas exister. Oh, le tsukumogami qui se trouve ici est puissant, il devait bien pouvoir trouver de la matière. Mais où? La forêt? Non, elle figure sur la carte. Il ne pouvait pas la détruire...Cependant, il lui restait une immense source de matière dans laquelle il pouvait puiser...Peut importe que ce ne soit pas une matière pour construire. Personne ne le verrait, avec l'illusion, de toute façons...
Mai secoua la tête, mal à l'aise. Elle ne comprenait pas bien, mais elle avait un très mauvais pressentiment. C'était comme si elle pouvait deviner les prochain mots de Naru - et qu'elle savait qu'ils n'allaient pas du tout lui plaire. En fait, elle avait peur de comprendre. Elle regarda son ex-patron, avec des yeux presque suppliants. Elle aurait voulu qu'il se taise.
- J'ai tout comprit, poursuivit-il cependant, impitoyablement, lorsque nous avons découvert cette porte. Elle est apparue après qu'une personne ait disparu. Il y a un rapport, conclut-il.
Mai se tourna vers la porte, horrifiée. Elle avait enfin compris. Les murmures incrédules dans son dos lui révélèrent qu'elle n'était pas la seule. Elle dit, d'une voix douce, hypnotisée par le battant dont le heurtoir luisait froidement:
- Il est là...Celui qui a disparu est toujours là, n'est-ce pas ?
Naru la contempla, le visage fermé.
- Exact, Mai, répondit-il d'un ton dénué d'émotion. Je pense que le corps de cette personne est ici. En face de nous.
La respiration de la jeune fille s'interrompit. Ses yeux étaient à présent fixés sur la porte, immobiles, comme si elle pouvait trouver des réponses dans les nervures du bois sombre et la lumière métallique du fer. Elle ne pouvait cependant pas s'en approcher, comme retenue par un espèce d'instinct épouvanté.
Et puis... Elle se précipita sur la porte, les larmes aux yeux, et, avec maladresse, l'effleura, avec désespoir, comme si le corps blessé de son ami disparu allait soudainement se matérialiser dans ses bras. Il n'en fût rien. D'autres membres de la SPR s'approchèrent et contemplèrent la porte avec la même expression d'impuissance, mais personne ne savait quoi faire. Et Mai savait exactement pourquoi. Parce qu'il n'y avait plus rien à faire. Elle avait comprit. Une porte ne bougeait pas. Une porte ne parlait pas. Une porte ne vivait pas. Une porte était morte.
- Et les cadavres? Murmura Bou-san, le dernier peut-être qui n'avait pas comprit, ou alors, qui ne voulait pas y croire. Où ils sont?
- Mais les voilà, répondit Naru en se tournant vers lui. C'est pour ça qu'il les gardait. C'est pour ça que les gens les voient avant de mourir, quand l'illusion qui pèse sur eux est levée. Il aurait pu les détruire, mais non, parce qu'ils lui servaient. Ce sont eux, sa matière. C'est eux, qui ont servit à continuer la construction.
Naru leva les bras, englobant d'un geste tout ce qui les entouraient. Le château où ils avaient discutés, mangé, dormis, s'étaient lavés. Le magnifique château aux meubles admirables sur lesquels Mai avait passé une main appréciatrice. Le sublime château à la beauté presque parfaite, dans sa décoration à la fois riche et de bon goût que chacun avait regardé et apprécié à sa juste valeur.
- Voilà les cadavres, répéta-t-il.
Eh voilààà !
Comme ce chapitre vraiment court et qu'on est bientôt en vacances (ouais, bientôt. Tout le monde n'a pas cette chance ;_;) vous en aurez un autre...Dès jeudi!
A jeudi, donc!
FrenchCirce: J'espère que tu te remettras de ce chapitre du coup...Il reste encore pleins de gens en vie dans l'histoire, ne les abandonne pas à leur triste sort! ;_;
J'ai toujours peur d'être OOC avec Naru donc je suis content que tu ne trouves pas que ça fasse trop d'affection de sa part d'un coup...(Tu te rends compte, il ne fait pas que l'insulter! C'est beaucoup pour lui aha)
Effectivement tes soupçons étaient justifiés ! Mais je ne pense pas que tu réussiras à deviner la suite...Héhé
Pompom:
En effet, pauvre John... Le pauvre je le maltraite dans ce chapitre...Merci pour ton commentaire! ^^
