[Disclaimer: d'abord, si Ghost Hunt m'appartenait, je ne m'embêterais pas à écrire "disclaimer" au début de chaque chapitre, vous voyez. Pour dire quoi sinon, hein? Que Microsoft Office Word n'est pas à moi? (c'est vrai aussi, remarquez, mais enfin, bon) ]
Ils mirent peu de temps à abandonner l'idée de briser l'illusion qui les empêchait de voir la porte. Après quelques charmes et autres prières, sans aucun effet, Mariya finit par déclarer:
- On ferait mieux d'arrêter...De toute façon, ce n'est plus la peine.
Et cette fois, Mai n'avait pas protesté.
Alors il ne resta plus que l'exorcisme. On décida rapidement qu'il aurait lieu dans le salon, là où on avait trouvé la carte, et là où s'étaient toujours produits les événements les plus impressionnants. Chacun exorciserait à tour de rôle pendant que les autres se prépareraient à le défendre. Nishimura arriva rapidement à la conclusion que les autres ne pourraient pas rentrer.
- Si la théorie de Narumi est la bonne, alors nous n'avons vraiment pas besoin que des personnes supplémentaires prennent le risque de se faire capturer. Cela ne ferait que nous rendre la tâche plus difficile. Fuji, Mariya, Takigawa, et Ayako, même si ce ne sont pas les conditions optimales pour toi...Vous allez y aller. Nous, nous allons rester dehors et essayer de protéger tout le monde.
Quand elle sut qu'elle n'entrerait pas, la jeune fille ne protesta pas beaucoup. D'abord, parce qu'elle comprenait les arguments du vice-président, et surtout, parce qu'elle ne voulait pas s'approcher du château. Même si l'on ne voyait toujours qu'un magnifique bâtiment joliment décoré, elle ne pouvait s'empêcher d'y superposer les images de son cauchemar. Et ça n'aurait pas été aussi horrible si elle n'avait pas su que c'était vrai.
Cependant, son soulagement fût de courte durée. Mariya intervint en effet, après que Fujitaka lui ait secoué le bras:
- Il faut qu'on déplace Aoko. On ne peut pas la laisser dans un endroit pareil!
- Effectivement, approuva Ayako, ses blessures risquent de s'infecter si elle reste là plus longtemps.
- On la bouge tout de suite, conclut Nishimura.
- Et les exorcismes? Demanda Bou-san. On ne peut plus attendre. Cette carte veut nous éliminer!
- Nous n'avons qu'à faire les deux en même temps, proposa alors Naru.
Le jeune homme n'avait absolument pas l'air secoué par la situation, comme si se promener dans un charnier faisait partie de ses occupations habituelles (en fait, c'était peut-être le cas) .
- Très bien, fit Nishimura après quelques instants de réflexion. Mai restera avec...
- Takeshi, le pressa Mariya. Tu viens avec nous. Tu peux faire quelque chose.
Le jeune homme tourna la tête vers elle, l'air indécis, avant de finalement dire:
- Oui, bien sûr. Tu as raison. Mais du coup...Cinq personnes pour les exorcismes, et quatre pour le brancard...Mai...
- Mai n'aura qu'à venir avec nous, déclara Masako. Elle ne peut pas rester toute seule dehors.
- Nous pourrons la protéger, ajouta Lin.
Nishimura les regarda, l'air d'être en proie à un doute assez douloureux. Mai devinait qu'il aurait voulu aider tout de suite Aoko, mais en même temps...Vu comme il était persuadé qu'elle était puissante, il ne devait pas avoir très envie qu'elle risque de faire partie des disparus à son tour. Elle prit soudain conscience qu'elle était, à ses yeux au moins, une arme de destruction massive...Ouch! Elle n'aimait pas l'idée d'être un fardeau.
- On a plus de temps! S'exclama vivement Mariya, attrapant le bras de son ami comme pour le secouer.
- Bon, très bien, concéda-t-il finalement. Allons-y vite.
Mai était assez contente de ne pas être laissée de côté. Elle n'avait pas envie de rester toute seule, entourée de ces bâtiments angoissants. Mais, en s'approchant du château, elle sentit le dégoût lui monter à la gorge. Bien sûr, elle ne voyait toujours rien d'autre qu'un bel endroit, mais chaque vitre, chaque pierre, la faisait s'interroger: qu'est-ce que c'est vraiment ? Et elle imaginait une main putréfiée, un amas de chair pourrie, une tête coupée qui la fixait. C'était abominable. Elle ne voulait pas toucher ça.
Elle n'était pas la seule à éprouver une telle répulsion. Les visages qui l'accompagnaient étaient tous plissés par l'horreur, même rien qu'un peu, tous, sauf un, qui restait parfaitement insensible à la situation, mais je pense que vous aurez deviné lequel. Chacun, néanmoins, se força à pousser la porte une nouvelle fois pour entrer. Personne n'avait envie de faire le difficile. Personne ne voulait rester plus longtemps.
Ils se séparèrent dans le vestibule. Nishimura resta cependant avec eux pour pouvoir ramener Fujitaka. Mai partit dans le couloir, vers la chambre d'Aoko, où était resté Fujitaka pour surveiller la blessée. Durant tout le trajet, elle sentit sur elle le regard de Nishimura, qui ne cessait de lui jeter des coups d'œils inquiets, comme si elle allait disparaître d'un instant à l'autre. Elle n'aimait pas ça. L'idée que Nishimura la regarde ne la dérangeait pas vraiment (en fait, elle commençait même à s'y habituer), c'est juste que, chaque fois qu'il le faisait, elle éprouvait un frisson désagréable remonter le long de sa colonne vertébrale. Elle ne savait pas d'où cela venait, mais ça la mettait terriblement mal à l'aise. Mais elle ne voyait pas quoi faire à ce sujet, et puis, le plus important, c'était de se sortir d'ici au plus vite.
Une fois dans la pièce, après un rapide échange, le vice-président et son ami quittèrent la pièce pour rejoindre le salon. Mai le regarda partir avec un certain soulagement, quoiqu'incompréhensible.
- Bon, on prend la planche? Demanda-t-elle, montrant d'un geste le brancard improvisé dont ils s'étaient servi la dernière fois, appuyé contre un mur.
Et puis, elle se ravisa:
- Mais c'est peut-être...Quelque chose d'autre?
Elle déglutit en prononçant le "quelque chose".
- Je ne pense pas, intervint cependant Lin. Si la forêt a grandit, le château a probablement pu en prélever ce qui dépassait du dessin de la carte pour s'approvisionner. Cette planche est peut-être réelle. De toutes façons, nous ne pouvons pas prendre le risque de simplement la porter, nous pourrions ouvrir ses blessures, et...
C'est alors qu'un bruit explosa. Au même moment, les lumières vacillèrent, puis s'éteignirent. Ils se retrouvèrent plongés dans la lumière fragile du couchant. Tout le monde se figea. Mai sentit son estomac se contracter. Cela venait de dehors de la pièce, dans la direction du salon. Oh non! Et si quelqu'un avait été attaqué par le château? Elle pensa à Bou-san et Ayako avec affolement.
- Allons voir, décida immédiatement Naru.
- On ne peut pas laisser Tomaru toute seule, répondit Masako.
Mai la regarda, un peu surprise. Deux fois qu'elle s'opposait à Naru en seulement deux jours! Bientôt, elle l'appellerait également du doux surnom de narcissique (on pouvait toujours rêver).
- Effectivement, approuva Yasuhara. On va rester ici, et vous, vous y aller?
- Très bien, répondit Naru, et il se tourna vers Mai: On y va?
Elle mit quelques instants à comprendre:
- Euh...Moi?
Elle coula un regard vers Naru, oubliant un instant l'urgence de la situation. Pourquoi pas Lin? Qu'est-ce qu'il se passait? Elle s'attendait à moitié à ce que le jeune homme lui offre un refus peu flatteur, tel que "Je voulais dire Lin, évidemment" , ou bien "Tu crois vraiment qu'une idiote comme toi pourrait être utile dans ce genre de situations", mais, contre toute attente, il se contenta d'un:
- Bien sûr.
Ce qui surpris tellement Mai qu'elle en resta immobile quand il ouvrit la porte de la chambre pour sortir. Et puis, se souvenant enfin de ce qu'elle avait à faire, elle le suivit précipitamment. Elle remarqua à peine combien les portes entrouvertes étaient inquiétante, tellement elle était troublée. Après tout, ce "bien sûr" était probablement la chose la plus gentille que son ex-patron lui ait dit à ce jour. Qu'est-ce que ce changement d'humeur signifiait?
Puis ses inquiétudes lui revinrent à l'esprit tandis qu'ils traversaient le couloir sombre, éclairés par le mince faisceaux de la lampe de poche que tenait Naru. La lumière rebondissait sur les portes entrouvertes, laissant vaciller dans l'ombre des reflets furtifs et inquiétants. Mai sentait une vielle envie de vomir remonter au fur et à mesure qu'elle marchait sur le sol dont elle connaissait la véritable nature. Dans sa tête, elle murmurait des mots d'excuses pour les morts qu'elle écrasait certainement.
Déconcentrée par ses pensées morbides, elle faillit ne pas remarquer quand Naru l'entraîna vers l'escalier, au lieu du salon.
- Eh! Dit elle. Le bruit venait de là-bas, non?
- Il venait de plus haut, la contredit Naru.
Hésitante, elle jeta un coup d'œil vers la porte du couloir. Elle était fermée, et elle n'entendait aucune agitation particulière de l'autre côté. Naru avait probablement raison. De toute façons, elle ne le voyait pas se tromper...
- Mai?
Chassant ses hésitations, la jeune fille hocha la tête et rejoignit son ex-patron déjà haut dans les marches. Il l'attendit, puis ils partirent tous les deux en direction du deuxième étage. Mais, alors que Mai se tournait vers l'un des couloirs, Naru la rappela à l'ordre:
- Plus haut.
Elle fronça les sourcils:
- Plus haut?
- Il y a un grenier, tu ne te rappelles pas? Fit Naru en la gratifiant d'un de ses habituels regard méprisant.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, protesta Mai.
C'était vrai. Elle se souvenait qu'il y avait un grenier, mais elle avait la sensation qu'ils se trompaient de direction. Mais, déjà, son ex-patron ne l'écoutait plus. Il s'engageait dans le petit escalier qui menait au grenier. En grommelant, Mai le suivit, décidée à se moquer du jeune homme jusqu'à la fin de ses jours si jamais il s'était trompé.
L'escalier était petit, et raide, sans doute destiné à l'usage des domestiques et non des habitants du château. Heureusement, des murs l'encadraient, et, même s'il faisait sombre, Mai put s'en sortir sans une égratignure, les deux mains collées au mur malgré toute sa répugnance (après tout, les murs étaient peut-être de vrais murs). Devant elle, Naru souleva la trappe, puis, après avoir posé sa lampe sur le sol, lui tendit la main pour l'aider à se hisser jusqu'en haut. Surprise par ce contact inattendu, elle ne put s'empêcher de rougir, mais, heureusement, il n'y avait pas assez de lumière pour que le garçon puisse le remarquer.
Une fois en haut, il ramassa la lampe. Mai attendit qu'il s'en serve pour balayer la pièce et vérifier ce qui avait bien pu produire ce bruit, mais il resta là, immobile, pendant un moment. Ne sachant pas quoi faire, la jeune fille épousseta ses vêtements, bien qu'elle avait rarement été dans un lieu aussi parfaitement propre, puis se décida à ouvrir la bouche pour briser le silence, quand Naru la devança:
- Mai...
- Euh...Oui?
La jeune fille sentit son cœur s'affoler. La façon dont il avait prononcé son nom...Elle était sûre de ne l'avoir jamais entendu parler avec une voix aussi...douce. Il lui faisait presque penser à Eugène, à présent.
- Je pense qu'il n'y a rien ici.
La jeune fille fronça les sourcils.
- Quoi? Mais alors, pourquoi...
- Je voulais te parler, poursuivit Naru sans noter, apparemment, son interruption.
- Heu...Ah? Répondit Mai, embarrassée.
Elle venait de noter que Naru avait fait un pas dans sa direction. Ce qui ne s'était jamais produit, sauf par hasard. Est-ce que...Non, ce n'était pas possible. Il voulait lui parler de travail. C'est ça, de travail. Dans une minute, il allait lui demander où était tel dossier, ou bien, ou bien...
- C'est quelque chose que je voulais te dire depuis longtemps, continuait Naru. Et maintenant que nous sommes tous en danger...Je pense que c'est le bon moment pour le faire...
Sa voix n'était plus qu'un murmure. Il n'avait pas besoin de parler plus fort, de toute façons. Maintenant, ils étaient l'un contre l'autre. Mai était figée, incapable de bouger, incapable d'y croire, Même quand la main de Naru se posa, doucement, contre son bras, et qu'elle sentit la chaleur de sa peau contre son bras. Un sentiment de devoir se rappela cependant à la jeune fille, et elle ne put s'empêcher de dire:
- Mais...Et le bruit...Ce n'est...Peut-être pas le moment...
- Il se passe sûrement quelque chose, mais, justement...C'est peut être la dernière fois, répliqua Naru, et il se rapprocha encore, au point qu'elle sentit son souffle se mêler au sien.
Mai ne pu qu'approuver. De toute façon, elle n'était plus en état de vouloir enquêter sur un bruit mystérieux dans un charnier alors que tout son corps tremblait et qu'elle sentait un déluge de fourmillements dans son estomac. A la place, elle se contenta de sentir la main de Naru serrer son bras tandis qu'il se rapprochait, et il serrait fort, de plus en plus fort, un peu trop, peut-être...
- Tu me fais mal, Naru, réagit-elle finalement.
Mais il ne répondit pas, comme s'il n'avait pas entendu. Au contraire, sa main s'enfonça un peu plus dans son bras, au point qu'elle commença à avoir presque envie de pleurer. Mai tenta immédiatement de se dégager:
- Naru! Cria-t-elle. Naru!
Quelque chose ne va pas, se dit-elle avec affolement, et un regard à l'autre main de Naru le confirma. Il tenait un couteau, un grand couteau de cuisine, et il commençait lentement à le soulever, en le pointant dans sa direction. Mai lui jeta un regard d'incompréhension, mais ses yeux semblaient ne pas la voir, et son visage était entièrement dénué d'expression. Soudain, la vérité lui apparu. Il est possédé.
- Non, non, Naru!
Mais ça ne servait à rien, elle ne pouvait rien faire. Le couteau était prêt à plonger dans sa poitrine, maintenant. Droit dans son cœur. Les yeux vides de Naru, sur lesquels se dessinaient le reflet de la lampe, la fixaient, et elle ne pouvait rien faire. Elle sentit des larmes dégouliner de ses yeux tandis qu'elle se débattait furieusement. Et le couteau tomba...
Et elle aussi.
Elle avait eu le réflexe de se baisser juste à temps, puisqu'elle ne pouvait pas se dégager. Le bras de Naru décrivit un arc de cercle qui s'arrêta juste au dessus de sa tête. Tremblante, la jeune fille n'avait cependant pas oublié, malgré le choc, son instinct de survie. Sous sa main tombée au sol, elle sentit une barre de fer qu'elle saisit. Elle la souleva d'un coup et l'abattit sur la main qui la retenait prisonnière.
La chose qui possédait Naru hurla de douleur, et il recula. Son visage était à présent déformé par une rage qu'elle ne lui avait jamais vu. Cependant, il n'avait pas encore utilisé son Qi. Mai devina que ce qui le possédait ne savait pas encore s'en servir. Elle avait donc une chance.
Le cœur battant, elle observa Naru, qui la regardait également, fixement. Il déclara soudain:
- Ne fais pas l'idiote, Mai...Ce sera encore pire si tu me fais mal...
Mai sentit les larmes lui monter une nouvelle fois aux yeux. C'était horrible de voir Naru lui dire de telles choses. Et puis, qu'est-ce qu'elle allait bien faire? Elle savait qu'elle ne l'égalait qu'à peine en force physique, et elle n'avait certainement pas toutes les ressources paranormales qu'il possédait... Et puis, elle se ressaisit. Elle n'avait pas le choix. Elle allait essayer de fuir. Par elle-même.
Maîtrisant la panique qui faisait trembler son corps, elle réfléchit intensément à la situation. Naru bloquait le chemin entre elle et l'escalier, donc, elle ne pourrait pas sortir par là. Si elle allait dans sa direction, il l'attraperait. Et, si elle reculait, elle finirait par buter contre la fin du grenier, et Naru n'aurait plus qu'à la cueillir, car il n'y avait pas d'autres sorties. Bref, elle était coincée. Le grenier, plongé dans la lueur de la lune et le minuscule faisceaux de la lampe torche, ressemblait à une prison, et...La lueur de la lune?
Mai ressentit une pointe d'excitation. Elle avait une idée. C'était possible...Mais c'était dangereux, se dit-elle, ce qui refroidit un peu son enthousiasme. Cependant, Naru s'approchait d'elle, un sourire effrayant sur les lèvres, ce qui mit immédiatement fin à ses doutes. Elle fit demi-tour, et couru à toute vitesse dans la direction opposée. Le noir la protégeait, se dit-elle. Il ne pouvait pas la voir.
- Ça ne sert à rien, l'entendit-elle crier dans son dos, et il ne courrait même pas. Tu es coincée. Allez Mai...Viens...
C'était tellement horrible d'entendre cette voix et de savoir qu'elle ne pouvait pas compter sur elle, comme d'habitude...Mais Mai secoua la tête et accéléra. Elle ne devait pas se laisser déconcentrer. Elle parcouru encore quelques mètres, puis s'arrêta. Au dessus d'elle, la lune brillait, pleine et ronde.
Une fenêtre.
En fait, il s'agissait plus d'une grosse lucarne ronde. L'espace était cependant suffisant pour que Mai puisse y passer son corps sans encombre. Le seul problème était que c'était trop haut.
Elle ne se laissa cependant pas abattre. De toute façon, elle n'avait pas d'autre solutions. Elle tâta l'ombre autour d'elle. Le grenier n'était pas vide: il y avait des étagères, du mobilier, des chaises. Sa main tâta une surface de bois, et, avec soulagement, elle tira. Vite.
- Ça suffit, grondait la voix, au loin, irritée de ne pas trouver sa proie immédiatement. Dépêche toi de venir.
Évidemment, elle n'obéit pas. Après avoir poussé le petit guéridon dont elle s'était saisie sous la fenêtre, elle monta dessus, tourna la poignée, et poussa la vitre, avant de s'agripper aux tuiles du toit de toutes ses forces. Elle les sentit craquer sous ses mains, fragiles, mais elle s'en fichait. Un danger bien plus grand qu'une chute l'attendait en bas.
Cependant, Naru l'avait apparemment repérée. Il avait dû comprendre enfin ce qu'elle cherchait à faire. Elle entendit son pas s'accélérer pour se rapprocher d'elle. Essayant de surmonter la terreur qu'elle ressentait, elle s'agrippa encore plus au bord de la fenêtre, et sauta pour s'y hisser. Elle échoua. La voix était à présent tout prêt. Elle semblait pleine de haine, même si on aurait dit qu'elle riait.
- Arrête toi. Arrête toi!
Mai sauta de nouveau, imprimant une poussée encore plus forte à ses épaules. Le miracle se produisit alors: ses bras se tendirent, et son corps se souleva jusqu'à ce que ses genoux butent violemment sur le bord de la fenêtre, se mettant immédiatement à la brûler tandis que du sang commençait à en couler. Mais elle s'en fichait. Elle était dehors! Elle avait réussi! Vite, elle s'écarta avec précautions de la fenêtre, puis se mit à escalader les tuiles pour essayer d'atteindre le sommet du toit, car elle se sentait entraînée par la pente. Un vent violent ne cessait de la bousculer, mais elle tenait bon. Cependant, derrière elle, un fracas transforma son soulagement en peur: Naru venait, à son tour, de se hisser sur le toit.
Elle ne pût s'empêcher de se retourner, pour faire face à un spectacle angoissant: Naru se tenait prêt de l'ouverture de la fenêtre, debout, ignorant le vent et l'altitude, comme s'il ne pouvait pas tomber à tout instant, et Mai eût presque envie de lui crier de faire attention. Mais ses yeux la retinrent: il avait un regard vraiment effrayant, qu'elle ne lui avait jamais vu. Un regard de haine pure. Et il était dirigé vers elle.
Paniquée, elle s'agrippa aux tuiles, reprenant son escalade. Mais, elle n'y parvenait pas. Les tuiles glissaient dans sa mains, et allaient se fracasser plus bas, manquant chaque fois de lui faire perdre l'équilibre. Au contraire, derrière elle, elle entendait Naru qui progressait avec aisance, se hisser sans difficulté, de plus en plus proche. Dans un dernier sursaut, elle parvint cependant à atteindre le haut du toit. Elle s'accrocha au sommet de ses deux mains. Juste à temps. Les tuiles glissèrent sous ses pieds, et elle se trouva retenue au toit par la seule force de ses deux bras. Elle sentait son corps glisser, et une effroyable certitude s'empara d'elle: elle allait tomber. Incapable de s'éloigner de Naru, elle ne pût que le regarder arriver à sa hauteur, un sourire cruel sur les lèvres. Elle se demanda vaguement pourquoi il fallait que ce soit lui qui la tue, et pas la chute. Elle aurait préféré la chute, quelque part, parce qu'elle n'avait pas envie de le voir faire ça...Et puis un sursaut de peur l'agita, et elle se dit qu'elle ne voulait pas de ça du tout, et elle hurla:
- S'il-te plaît! Naru! Écoute moi!
Mais il ne disait rien.
- S'il-te plaît, répéta-t-elle avec l'énergie du désespoir. Je sais que tu es là. Hé, tu détestes être possédé, non? Qu'est-ce qui te prend de te laisser faire comme ça? Réveilles toi! Allez!
Il se rapprochait impitoyablement, sa lame brillant à la lumière de la lune. Alors, Mai ferma les yeux. Elle ne voulait pas voir. Elle ne voulait juste pas voir. Au moins.
Cependant, rien ne se passa.
Elle rouvrit les yeux, étonnée, se demandant d'où venait ce sursis. Elle vit alors que Naru était toujours face à elle, immobile, une expression désorientée sur le visage. Son corps était figé, et elle remarqua alors que le bras qui tenait l'arme avait reculé. Elle contempla la main desserrer, lentement, sa prise autour du couteau, et soudain, le lâcher. La lame rebondit sur les tuiles avant de plonger dans la nuit.
- J'ai réussi!
Le visage de Naru, souriant, se tourna vers elle. Mai remarqua qu'un tic nerveux agitait son visage, comme si son expression menaçait de changer à tout moment. C'était inhabituel, mais elle avait des problèmes plus urgents pour le moment. Par exemple, le fait qu'elle sentait ses mains glisser sur le métal, menaçants de l'envoyer rejoindre le couteau à tout moment...
- Oh, bon sang! Fit-il soudain, remarquant la situation.
Son visage se plissa en une grimace de concentration, et son corps bougea avec une lenteur exaspérante, comme s'il luttait contre quelque chose. Finalement, ses mains s'accrochèrent aux bras de Mai, à lui faire mal, mais cette fois, elle ne voulait surtout pas qu'il la lâche. Avec précaution, le jeune homme la tira, jusqu'à ce qu'elle se retrouve pliée en deux sur le haut du toit, essoufflée et endolorie, mais en relative sécurité.
- Na...Naru...Souffla-t-elle. Merci...
- Non, merci à toi, répliqua-t-il curieusement, et puis, sans prévenir, il l'entoura de ses bras et la serra.
Désorientée, Mai ouvrit la bouche, mais elle fût incapable de trouver quoi que ce soit à dire. Naru recula, des larmes aux yeux (Quoi ?!) et s'exclama d'une voix heurtée:
- J'ai cru que c'était finit. C'était tellement difficile...C'est difficile, corrigea-t-il avec une grimace. Mais je tiens bon. J'ai réussi à repousser le château.
Mai, toujours aussi surprise, fût bien incapable d'articuler un mot. Il ne mentait pas, elle voyait bien que ce n'était pas la chose de tout à l'heure. Elle sentait que son inquiétude et son soulagement étaient sincères. Mais comment c'était possible?
Mais elle n'eût pas le loisir d'y réfléchir plus longtemps. Naru recula et secoua la tête.
- Il faut qu'on parte! On est trop visible ici!
Il jeta un coup d'œil devant lui.
- La tour! Il y a une fenêtre, on va rentrer par là. On ne peut pas rester ici. Ils vont nous trouver trop facilement.
Mai se demanda qui étaient les "ils". Elle eût une vision du cadavre qui l'avait attaquée dans la salle de bain et , avançant à quatre pattes sur la gouttière, elle se précipita vers la fenêtre de la tour qui dépassait le toit du bâtiment principal en face d'elle. Une fois là, elle enroula son bras dans le pull qu'elle avait attaché à sa taille, pour ne pas se prendre d'éclats de verre, et donna un coup de poing dans la vitre. Par chance, elle explosa sans encombre, et elle pu atteindre la poignée et l'ouvrir en quelques secondes seulement. Puis, elle poussa la fenêtre, et quelques secondes plus tard, ils se trouvaient à l'intérieur de la tour. Naru soupira de soulagement.
- Pause, marmonna-t-il. Je ne peux plus...Ce corps est tellement dur à manipuler...J'ai cru que je n'y arriverais jamais...Le château essaie encore d'y entrer. J'ai beaucoup de mal.
Son visage était plissé en une grimace douloureuse, et sa main ne cessait de se contracter et de se décontracter, probablement involontairement.
- Tu crois que le charme d'Ayako ne fonctionne pas.
- C'est impossible, répondit catégoriquement Naru. On a du le lui enlever. Je ne pouvais rien faire, quand il l'avait. Et, d'après ce que je sens, il n'est pas le genre de personne à perdre ses affaires...
Mai haussa un sourcil. "lui", "il"...
- Tu...Tu n'es pas Naru! S'exclama-t-elle d'un ton accusateur.
- Ah, oui, répondit le garçon. J'ai oublié que tu ne pouvais pas voir.
Mai hésita. Elle se souvenait de ce qu'il s'était passé dans la salle de bain. Maintenant qu'elle y pensait, ça ressemblait beaucoup à ce qu'il arrivait à Naru. L'esprit ne l'avait pas attaquée: il l'avait sauvée. Et si...
- Eugène? Demanda-t-elle finalement.
- Hein? Fit le corps de Naru, en haussant un sourcil. Qui ça? Moi, c'est Gilberte.
- Oh, dit Mai. Et...Qui-es tu?
Elle était un peu déçue, mais elle fit de son mieux pour ne pas le montrer. Après tout, cette personne venait quand même de la sauver...
- Tu me connais, répondit Gilberte en souriant.
- Tu es la personne qui a disparu? Interrogea Mai, affolée.
- Oh, j'ai disparu, oui, mais je ne suis pas la personne dont tu parles. Qui cette personne est...Je ne peux pas te le dire, quelque chose m'en empêche. Mais je l'ai vue. J'étais avec elle. Là où...Là où il nous garde.
Mai baissa les yeux. Elle avait espéré, mais... Maintenant, c'était sûr. Elle, ou il, était mort.
- Nous sommes enfermés, poursuivait Naru, le visage sombre au point qu'il n'en avait plus l'air possédé. Le château...Il nous garde ici, et puis, il nous dévore...C'est horrible, parce qu'alors, on disparaît pour de bon. Notre âme ne peut pas aller là où elle devrait aller. C'est juste... ça fait mal. Je l'ai sentit s'approcher de moi, plusieurs fois...C'était comme si ma peau fondait ... Alors je fuyais. J'ai réussis à fuir aussi longtemps, parce que je n'avais pas de pouvoirs magiques...
- De pouvoirs magiques?
- Oui. Des fois, des gens viennent ici, et ils peuvent faire des choses dont aucun être humain ne peut être capables. Et quand ils sont tués, ils ne peuvent plus bouger...Ils sont retenus par ça. Ils sont les premiers à se faire avoir... Et cette personne qui est ton amie...elle est bloquée comme ça...Oh, je suis désolée ajouta-t-elle précipitamment en plaquant la main devant sa bouche.
C'était trop tard. Mai sentait déjà l'angoisse l'envahir. Son ami était encore en danger...Et elle ne pouvait rien faire!
- Eh, lui dit doucement Gilberte. Ce n'est pas la peine de s'inquiéter. Je suis sûre que tu pourras faire quelque chose...
- Mais je ne peux pas! Protesta Mai. Pourquoi vous croyez tous ça? J'ai juste réussi un exorcisme par hasard, c'est tout!
- C'est faux. Tu as réussi à me faire sortir. L'endroit où il nous garde...C'est impossible de s'échapper. Mais un moment, j'ai sentit quelque chose m'attirer...C'était différent de cette chose, alors, je me suis accrochée...Et c'était toi!
Son visage s'illumina en une expression que jamais Naru n'aurait abordé.
- C'est incroyable. J'étais enfin libre! Enfin, presque, corrigea-t-elle avec une petite grimace. J'étais toujours coincée dans le château...Mais plus là-bas... Alors, j'ai essayé de vous aider à mettre fin à tout ça. Je t'ai envoyé une vision...J'ai possédé ce cadavre -beurk - dans la salle de bain... C'est pour ça que j'ai dit qu'on se connaissait. Mais, quoi que j'ai fait...Ça n'a pas fonctionné. Vous êtes toujours piégés... Et maintenant, la situation est encore pire, murmura-t-elle en jetant un coup d'œil inquiet par la fenêtre.
- Mais les exorcismes...
- C'est inutile, répliqua Gilberte. Ça n'a pas fonctionné. Pourquoi crois tu que ton ami a été possédé? A vrai dire, je l'ignore aussi, avoua-t-elle. Les choses comme nous...Les choses qui sont des esprits, on ne peut pas toucher ça. C'est comme si vous nous ensorceliez. Si on essaie de le toucher, on ne peut pas...C'est comme essayer de respirer sous l'eau, par exemple, c'est impossible. Alors...S'il ne l'a plus, c'est qu'on le lui a enlevé. Mais...Pourquoi?
Mai secoua la tête.
- Je ne sais pas...Et pourquoi les exorcismes ont échoués? Pourtant, ça aurait dû marcher! Ils étaient dirigés vers la bonne cible...La carte...
- La carte?
Naru secoua la tête d'un air aussi exaspéré que ceux qu'il abordait habituellement.
- Mais ce n'est pas la carte! C'est le château tout entier! C'est lui qui fait tout ça! Évidemment que ça n'a pas marché! Enfin...Encore heureux! Si vous l'aviez touché, vous n'auriez pas pu le détruire...A peine l'affaiblir...Heureusement que vous ne l'avez pas fait.
- Mais c'est déjà bien, non? Demanda Mai avec espoir.
- Absolument pas, fit l'autre, définitif. Il ne faut pas l'affaiblir...Il ne faut surtout pas lui faire perdre son énergie...
- Hein?
- Écoute, expliqua Gilberte, ce château ne désire qu'une chose: se terminer. Et c'est presque le cas! Plus on le blesse, plus on le ralentit...Et plus il aura besoin de chercher de l'énergie! Et donc...De tuer!
- Mais si on le détruit complètement?
- Vous n'avez pas la capacité de le faire, répliqua Gilberte en fermant les yeux, l'air triste. Et pour lui donner de l'énergie...Je connais la solution, mais...Cela implique la mort de tout le monde, ici...Même toi, toute seule, tu n'as pas assez d'énergie pour lui suffire ...
Elle s'interrompit.
- Mais je suis sûre que tu peux faire autre chose, reprit-elle en serrant la main de Mai. Depuis le début, il essaie de te tuer...Il n'a même pas essayé de te faire disparaître! Pourtant, il suffit qu'une personne soit seule dans une pièce pour que ça lui arrive. Il a eu énormément d'occasions avec vous...Oh, c'était si horrible de vous voir prendre tous ces risques! Mais non, son seul mouvement a été de t'attaquer...Il ne voulait pas se montrer, Mai. Je crois qu'il a peur de toi. Tu m'as libérée. Il a peur que tu libères les autres. Il a peur que tu sauves tout le monde. C'est pour ça qu'il a essayé de tuer, sans réfléchir...Instinctivement.
- Mais, et la personne disparue?
- Le château voyait que tu ne faisais plus rien. Alors il a dû se reprendre... Mais je pense qu'il a encore peur de toi. Utiliser une possession pour te tuer...Il aurait pu le faire autrement. Je l'ai vu faire autrement, murmura-t-elle en baissant les yeux.
- Mais...S'il a peur, ça veut dire...Que je dois vous libérer? Demanda Mai. Si je fais ça...Il n'aura plus d'énergie, non?
- Son énergie est ce qu'il digère de nous, répondit tristement Gilberte. Il est fort, même sans ses réserves...Non, ce n'est pas la solution.
C'est alors qu'ils entendirent un bruit.
- Qu'est-ce que...
Le corps de Naru se redressa, observant par la fenêtre sous laquelle ils s'étaient laissé tomber. Gilberte laissa échapper une exclamation mécontente.
- Ils sont déjà là!
Mai déglutit. Elle se rappelait parfaitement le cadavre de la salle de bain, et vu les bruits là-bas, il devait y en avoir beaucoup. Naru, ou plutôt, la femme qui l'habitait, se tourna vers elle et la saisit par les épaules, avant de chuchoter à toute vitesse:
- Vite! Pas une seconde à perdre! Pars! Je reste là pour les ralentir!
- Mais...Protesta Mai, je ne peux pas vous laisser là!
- Ils ne vont pas m'attaquer, tu sais. Le château a encore besoin de ce garçon, pour t'attraper. Il a sentit sa puissance, il veut l'utiliser. C'est toi qu'il cherche.
Elle grimaça.
- Aïe! Il cherche encore à entrer.
- Tu devrais peut-être laisser Naru...
- Impossible. Sa conscience est endormie. Je suis la seule chose qui le protège du château.
Mai entendit les bruits s'intensifier, comme si quelque chose essayait de grimper sur le toit.
- Mai, tu dois y aller. On n'a plus le temps. Si ils t'attrapent...Tout est finit.
Naru attrapa les mains de Mai, l'air suppliant.
- J'ai sentit ta puissance. Je sais que tu peux le faire. Tu dois nous aider. Tu peux nous sauver...Tu peux tous nous sauver...
Il poussa Mai vers la sortie:
- Vas y! Je t'en prie! Vas y!
Et il lui claqua la porte au nez.
Tétanisée, la jeune fille resta sans bouger un instant. Mais, peut-être à cause du visage effrayé de Naru- enfin, Gilberte- , et de ce qu'elle avait dit sur l'ami disparu...Elle se détourna de la porte et dévala les escaliers qui menaient à la tour. J'espère qu'il s'en sortira, se dit-elle. J'espère qu'il s'en sortira.
A peine fût elle tout en bas qu'elle poussa la porte et se précipita dans le couloir, criant de son mieux pour appeler les autres. Elle devait chercher de l'aide. Une lueur attira alors son regard. La base! Elle poussa la porte, s'attendant à trouver tout le monde...Mais il n'y avait personne, et la lumière n'était que celle des moniteurs. L'électricité est donc revenue, nota Mai distraitement, avant de se tourner vers la porte pour reprendre ses recherches. Elle remarqua, surprise, qu'elle s'était refermée. Comment...
C'est là qu'elle sentit un corps agripper le sien pour la retenir, une main se plaquant sur sa bouche pour l'empêcher de crier. Paniquée, elle se débattit, mais elle ne parvenait pas à se dégager. C'est alors qu'elle nota la sensation qu'elle éprouvait - une sensation qu'elle avait déjà ressentie. Une sensation de peur. Quelque chose d'instinctif, comme quand les animaux s'échappent des camions qui les emmènent à l'abattoir. Elle tourna doucement la tête vers son agresseur, et ses yeux s'écarquillèrent de surprise en le reconnaissant, même si, au fond d'elle-même, elle savait déjà qui il était.
"Nishimura !"
...
Ouiii, encore du suspens!
Je trouve que ce chapitre illustre assez bien mon idée personnelle de Naru, qui est: quand il se montre un tant sois peu affectueux, attention au piège...xD
Sinon, j'ai presque finit d'écrire l'épilogue. Comme le rythme de publication habituel visait à me laisser le temps de tout finir, je vais donc passer à quelque chose de plus rapide. La suite sera donc dimanche! ( j'avoue, c'est plus pour moi que pour vous. Comme elle est prête, j'ai envie que tout le monde la lise aha)
Réponses:
FrenchCirce: Pourquoi John, en effet? C'est pour mieux rendre les lecteurs tristes, mon enfant...Bon, on ne dirait pas, mais il y a énormément de réflexion derrière la disparition de John...Elle était même prévue depuis le début!
Quand à Nishimura eh bien...On dirait que la fin est faite pour que tu puisses le soupçonner encore plus. XD
Je suis d'accord! Je suis sûr qu'Urado aurait trop peur pour vivre ici xD
Merci pour tes appréciations sinon! J'espère que la suite sera assez pleine de rebondissements pour griller ton cerveau! (Dis comme ça, ça fait méchant, mais je t'assure que je te souhaites juste de lire un truc intéressant ;_;)
A jeudi!
