C'était finit.
La douleur s'arrêta. Mai sentit son esprit épuisé être soudain relâché à l'air libre. Pendant un moment, elle resta là, immobile, incapable de faire quoi que ce soit, se contentant de sentir, des larmes de gratitude dégoulinant de ses yeux, souriante. Elle avait survécu. Elle n'aurait plus mal. Elle se le répéta doucement: plus mal.
Et puis, elle ouvrit les yeux, et elle regarda autour d'elle. Elle se trouvait maintenant haut dans le ciel, dans la nuit. En bas, cependant, quelque chose de violemment lumineux attirait son regard. Elle baissa les yeux. Et elle vit, pendant un instant, un magnifique château se dresser sous elle, en transparence. Et c'était une vision tout à fait incroyable. Il était doté de milles meubles finement décorés, de fleurs, de parfums délicats, et illuminé de milliers de chandelles. Malgré sa fatigue, elle ne pût s'empêcher d'admirer la splendeur des tapisseries brodées qui couvraient négligemment les murs, la beauté des tableaux qui ornaient chaque pièce, l'éclat de chaque objet serti de pierres précieuses et d'or comme elle n'en avait jamais vues... C'était vraiment un magnifique château.
Et l'image vacilla, et disparu, et tout s'effaça dans la nuit.
Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre. Le château avait réussi. Il était devenu magnifique, comme ses propriétaires l'avaient voulu. Et comme il avait réalisé leur souhait, et qu'il était lui-même leur souhait... Il avait terminé. Enfin. Tout était finit.
Finit.
Le soulagement éclaira le visage de Mai. C'était finit! La tension qui animait son corps astral disparu. Épuisée, elle se tint là, immobile. Son esprit ne pouvait plus vraiment bouger. Elle n'en avait plus la force. Et puis, maintenant, elle n'avait plus rien à faire...Elle avait réussi. Alors elle resta à contempler la forêt qui s'étendait, et puis, au loin, des champs, et les lumières d'une ville et de plusieurs villages. Et bientôt, toute son attention fût accaparée par ce qu'il se passait au-dessus d'elle. Toutes les âmes qu'elle avait vues regroupées dans une espèce de cercle, probablement leur prisons, étaient maintenant libres. Des milliers de globes de lumières s'envolaient, bondissant dans l'espace avant de s'éclairer brusquement d'une lueur plus puissante et de disparaître. Elle se demanda si Gilberte était parmi elle. Et...
- Mai?
Intriguée, elle se retourna... Et elle vit John. Sa respiration s'interrompit un instant, tant elle était surprise. Le garçon se tenait face à elle, debout. Il ne ressemblait plus du tout à la dernière vision qu'elle avait eu de lui. Son corps était dépourvu de blessures, ses vêtements étaient en parfait état.
- Tu vas bien? Demanda-t-il, l'air un peu inquiet.
Sa voix était déformée, comme si elle n'était qu'un écho.
- John! S'écria-t-elle enfin. Oui, mais...Et...Et toi?
- Oh...Je ne peux plus vraiment aller mal, dans cet état, expliqua-t-il en baissant la tête.
Mai sentit une pierre lui tomber sur l'estomac. Pendant un instant, quand elle l'avait vu, elle s'était dit...C'était stupide, mais elle avait été soulagée. Elle avait eût le sentiment de l'avoir retrouvé, et qu'il n'avait plus qu'à rentrer avec elle, et tout serait comme avant. Étant elle-même transparente, elle n'avait pas fait attention à ses contours flous, et à la lumière qui pulsait dans sa poitrine. Mais maintenant, la vérité s'imposait, balayant ses illusions. Le retour en arrière était impossible. C'était trop tard. John ne reviendrait plus.
Elle ne voulait pas.
- Mais, continua-t-il, il y avait quand même une chose qui me mettait en danger...Ce château. Il allait me dévorer une seconde fois...Et tu l'en as empêché. Merci.
- Ne me remercie pas! Protesta Mai, les larmes aux yeux. Je ne t'ai pas sauvé. Je n'ai pas pu sauver ta...ta vie...
Elle sentait des larmes de frustration dégouliner sur ses joues. Ce n'était pas juste! Ce n'était pas juste!
- Mai, c'était impossible, de toute façon, dit-il en souriant gentiment. Je suis tombé en arrière, par accident, quand tous ces meubles sont tombés dans le salon, et après, les portes se sont refermées sur moi, et ensuite...Et ensuite, c'était trop tard. Personne ne pouvait rien faire.
Il haussa les épaules, doucement.
- Et puis, tu sais...C'est comme ça.
Il leva les yeux vers le ciel, mais il paraissait regarder autre chose, quelque chose qu'elle ne pouvait pas voir.
- Et maintenant, tu vois, il y a cette chose qui m'appelle, et...C'est vraiment très chaleureux...Ce n'est pas mauvais, tu sais...
La lumière avait débordé de la sphère de sa poitrine, enveloppant sa forme transparente, le rendant de moins en moins visible. Il s'effaçait. Mai secoua la tête, terrifiée de le voir disparaître. Non! Il ne pouvais pas partir! Il ne pouvais pas! Il était juste en face d'elle, elle pouvait lui parler, et bientôt, elle ne pourrait plus le revoir? Elle ne parvenait pas à y croire. C'était impossible! Pas John!
- Je suis désolée, bredouilla-t-elle. Je suis désolée!
- Ne le sois pas. Tout vas bien, je rejoins mon Dieu, c'est tout...
- Mais ce n'est pas juste, protesta Mai. Ce n'est pas possible...
Le jeune homme sourit tristement, puis secoua la tête, ce qui la fit taire.
- Ça va aller, je t'assure, ne t'inquiète pas.
Sa voix était faible, distante. Son corps commençait à se noyer dans la lumière de son âme. Ses contours disparaissaient.
- Tu veux bien juste... Retrouver ma famille? Ils sauront quoi faire de... De mon corps.
Il rit doucement , un petit rire un peu étonné, comme s'il ne parvenait pas vraiment à croire à ce qu'il disait.
- Oui, bien sûr! Cria Mai.
Elle avait l'impression qu'il ne pouvait plus l'entendre. Qu'il était déjà loin. Que c'était trop tard.
- Et...Et...
Il continuait de parler, mais elle ne parvenait plus à percevoir sa voix, maintenant, comme s'il n'était déjà plus tout à fait là. Elle distinguait cependant encore son corps au milieu de la lumière. Elle pût lire sur ses lèvres:
" Merci..."
Il la montra du doigt, puis le pointa dans le vague.
" A vous tous ..."
Il agita la main.
" Et..."
- " Au revoir " , murmura-t-elle en même temps que lui.
Alors, elle vit un sourire gentil, un peu timide, se poser sur ses lèvres, comme d'habitude...Et puis la lumière avala tout.
Mai rouvrit les yeux. Elle mit quelques secondes à comprendre pourquoi elle les rouvrait: parce qu'elle avait réintégré son corps. Elle frissonnait, et elle sentait des larmes couler sur ses joues. Perdue, elle mit quelques instants à se rendre compte que Naru la regardait, le visage penché sur elle.
- Mai? Demanda-t-il. Qu'est-ce qu'il se passe? Tu as mal?
Elle secoua la tête, bouleversée, puis laissa échapper d'un seul coup:
- John est partit...Il est partit...Je lui ai dit au-revoir, mais il est partit...C'est finit, il est partit...
Naru ne répondit rien, mais il ferma brièvement les yeux, pendant un instant.
- Il m'a dit qu'on devait retrouver sa famille, ajouta Mai précipitamment. Il l'a dit et...Tu pourras le faire, hein? Tu peux faire ça, Naru? Demanda-t-elle.
- Bien sûr, répondit le garçon, semblant reprendre ses esprits. Je vais le faire dès qu'on sera rentrés.
Mai acquiesça, puis se tut. Elle aurait voulu pleurer, réagir, mais elle n'y arrivait plus...Elle se sentait vide.
Et puis, peu à peu, elle prit conscience de son environnement. Elle se rendit compte qu'ils avaient quitté la cave. Ils étaient dehors, maintenant. Il ne faisait plus nuit. L'aube s'était levé. La lumière était grise et froide. Elle se redressa soudain, les yeux inquiets, se souvenant de quelque chose:
- Et les autres? Où...
- Mai est réveillée?
C'était Yasuhara. Le garçon était à peine reconnaissable: son corps était couvert de sang. Mai sentit son cœur faire un bond...
- Tu vas bien? S'écria-t-elle, effrayée.
- Hein? Dit-il. Oh, ajouta-t-il en baissant les yeux sur ses vêtements. Ne t'inquiète pas, ce n'est pas le mien. Et il n'est pas non plus à quelqu'un de l'équipe.
- Mais...A qui c'est, alors? Demanda Mai en fronçant les sourcils.
Sans rien dire, le jeune homme tendit le bras derrière elle. Elle se retourna. Et elle vit...
Ils se trouvaient sur le haut d'une colline où elle n'avait jamais été, mais qui surplombait un paysage par trop familier. Il y avait une grande forêt aux arbres sombres, et, au milieu, une clairière. Et au milieu de cette clairière, il y avait...Un tas. La lumière grisâtre ne lui permettait pas de bien voir, mais elle savait pertinemment de quoi il était constitué. De cadavres. Un nombre si affolant, si abominable de cadavres, qu'elle sentait leur odeur doucereuse d'ici, et que le vrombissement des mouches qui les dévoraient affluaient à ses oreilles.
Mai s'arracha à cet horrible spectacle, répugnée, et se tourna vers les garçons.
- Et...tout le monde?
Ce fût Yasuhara qui lui répondit.
- On était dans le salon, et puis, tout le monde s'est évanouit, petit à petit...Il ne restait que moi. Comme je ne pouvais pas me battre contre ça, je me suis dit que je devais au moins les mettre en sécurité. J'ai porté tout le monde dehors...En même temps, je voyais des lumières s'allumer les unes après les autres dans le bâtiment annexe, alors qu'il n'y avait même pas de bougies, au départ, et j'ai compris que quelqu'un devait être en train de se faire...Bref, soudain, tout le château s'est écroulé, et là, je l'ai vraiment vu...C'était horrible, avoua-t-il avec une grimace.
Il tourna la tête vers Naru.
- Et puis j'ai entendu des cris...Et là, j'ai remarqué une porte en bois entourée de murs qui devaient être ceux de la cave. Elle était coincée par tout ce qui était tombé, alors, je l'ai dégagée, et puis elle s'est ouverte et j'ai vu un jeune homme à l'air étrangement méchant malgré sa beauté...Et je me suis souvenu de mon patron bien-aimé! Conclut-il d'un air théâtral.
Naru ne réagit pas à sa réplique, mais Mai pu voir qu'il levait les yeux au ciel, ce qui la fit sourire.
- Et puis nous avons mit tous le monde dans les vans, et on a décidé de partir très vite parce que c'était vraiment insupportable. On a commencé à conduire, et puis... Voilà. On s'est arrêté là parce que tu t'es mise à pleurer sans raison, et comme tu étais toujours inconsciente, Naru avait peur que ce soit en rapport avec le château, donc, on s'est arrêté...
Naru avait peur? Mai regarda le garçon, quelque peu incrédule.
- En tout cas, Mai, bravo! C'est toi qui a détruit ce truc, non? Naru m'a expliqué.
- Ah, euh, répondit Mai. Oui...C'est à peu près ça...
Elle avait un peu de mal à réfléchir pour mettre des mots les uns derrière les autres. Trop de choses s'étaient passées ces dernières heures pour qu'elle puisse penser convenablement. Quoiqu'elle vienne de passer, physiquement parlant, toute la nuit à dormir, elle était épuisée.
Et puis Yasuhara s'éloigna, expliquant qu'il allait vérifier les niveau d'essence des véhicules. Elle se redressa lentement, et pris une longue inspiration, avant de prendre appui sur ses deux bras, prête à se relever...
- Mai.
Surprise, elle tourna la tête. Naru était resté, attendant visiblement qu'elle se relève. Elle ne l'avait pas remarqué. Déséquilibrée, elle retomba en arrière, avec un "Aïe" quelque peu indigné. En relevant la tête, elle croisa le regard de son ex-patron, qui avait observé silencieusement la chute dont il était la cause. Avec mauvaise humeur, elle dit:
- Oh, c'est bon, ne te moque pas de moi...
- Je n'en faisais rien, répondit-il.
- Arrête de mentir, râla-t-elle en se massant le poignet. Je peux lire dans ton esprit...
- Apparemment pas, puisque tu as tort, répliqua le garçon.
- Et qu'est-ce que tu voulais, alors? Demanda-t-elle agressivement, persuadée qu'il n'attendait qu'un mot naïf pour se moquer d'elle.
Il y eût un silence, puis Naru déclara:
- Eh bien...Te féliciter. Tu as fait un bon travail.
Mai en resta bouche bée.
- Mais...Mais non, bégaya-t-elle finalement, revenue de sa surprise.
Et puis, plus fermement, elle ajouta:
- Ce n'était pas moi...C'était vous tous. Votre énergie...je l'ai juste prise...C'est Eugène qui m'a expliqué...Et après, j'ai juste eût à le laisser me manger...Parce que j'étais un esprit, tu comprends? Sans me tuer! Honnêtement, je n'ai pas eu à faire grand-chose...
Il secoua la tête, puis, méticuleusement, expliqua:
- J'étais là, Mai. Je t'ai vue mourir...Et revenir. Soixante dix-huit fois. Ton cœur s'arrêtait, puis repartait.
Mai se sentit étrangement gênée, comme si elle avait été prise en faute. Sans la regarder, les yeux dans le vague, Naru poursuivait:
- A chaque fois, ça pouvait être la dernière...C'était vraiment l'idée la plus idiote du monde...Ça ne pouvait pas marcher. Personne ne pourrait supporter ça. Aucun coeur ne peut s'arrêter autant de fois et repartir après. Mais, finalement, il l'a fait.
Il fit une pause, avant d'ajouter:
- J'ai eu tord de vouloir te sortir de là. Tu étais capable de faire une chose pareille. Je ne m'y attendais pas.
J'ai eu tord...waouh...Mai avait envie de se pincer pour voir si elle ne rêvait pas. Mais si elle faisait ça, elle était sûre de le vexer pour la vie.
Et pendant qu'elle songeait à cela, Naru n'ajouta rien. Il avait finit de parler. Elle comprit alors qu'elle devait répondre. Sauf qu'elle ne savait pas quoi dire. Naru qui la félicitait ainsi, c'était trop inhabituel pour qu'elle sache quoi faire. Trop gênant. Le problème, c'est que si elle ne parlait pas, ce serait encore pire. Elle devait absolument parler! Forte de cette résolution, elle se lança:
- Euh, ben... hm... Merci .
Oh, bon sang! C'était tellement embarrassant! Vite, elle chercha quelque chose à ajouter pour détourner l'attention. La première idée qui lui passa par la tête fût:
- Euh...Et sinon, tu crois qu'on pourra récupérer les caméras?
C'était la tentative de diversion la plus minable du monde. Au moins. Naru coula un regard vers elle, mais, au lieu de la traiter d'idiote comme il le faisait habituellement, il se contenta finalement de dire:
- Je ne pense pas.
Puis il se redressa, épousseta ses vêtements et se retournant vers les deux camionnettes, demanda:
- Alors...On y va?
Encore un chapitre très court, mais si je le poste en avance, ça fait quand même 5000 mots par semaine environ ...
Et je sais que j'avais dit "probablement lundi" mais il y avait probablement dedans!
Mais là, je peux vous dire que la suite sera avec certitude lundi.
Réponses:
FrenchCirce: xD C'est ce que j'ai pensé aussi pour le gore. Pour les éclats verts, j'ai repris ce que Naru dit quand il voit la mort de son frère (il meurt - ça devient vert) . Et je pense qu'un gros câlin de Naru empirerait effectivement les choses, elle risque d'être terrifiée vu qu'il faudrait qu'il soit possédé pour cela X) #rtsictrist
On est d'accord, ils survivent trop facilement. C'est de la triche! Mais bon... J'accepte ça. Je veux pas qu'ils meurent vraiment non plus ;_;
Pour être honnête, ça c'est joué entre John et Lin... Et à un moment, j'ai pensé à "tuer" les deux xD
J'ai demandé à mon prof d'atelier si un mari était acceptable comme outil, mais effectivement, ce n'est pas le cas! Bon bah j'en avais pas à la base mais quand même... C'est bien dommage ;_;
Eh bien cette fois à lundi pour de bon xD (déso! Vraiment! Mais j'avais tellement envie de poster ce chapitre ... )
Ecclipse1995 : En fait elle est morte 78 fois, la pauvre! Ca s'explique parce qu'elle avait la force vitale d'au moins 79 personnes à ce moment là (non, ce n'est pas juste un chiffre au hasard xD)
Et on a revu John... Rapidement. Tristement. Snif ;_; Comment peut-on oser tuer ce personnage et le faire apparaître dans une scène émouvante comme ça, c'est tellement méchant...(si c'est moi qui ait écrit cette fic? Oui pourquoi?)
Ouiii! Heureusement qu'elle était là!
Bye !
