Chapitre 2 :
Les jours se ressemblaient et se succédaient sans apporter la moindre bonne nouvelle. Tout était gris comme ce ciel d'hiver qui se déchargeait régulièrement de ses flocons gelés. Cette année, Noël avait une saveur particulière.
Cela faisait un peu moins de deux mois que le Maître avait disparu, deux mois que le Ministère loin de relâcher la pression se montrait de plus en plus féroce pour faire disparaître totalement cet épisode des mémoires sorcières. Il y eut de très – trop- nombreuses arrestations et Azkaban se trouva bien vite rempli. Par chance, certains d'entre nous réussirent à s'en sortir à force de gallions – comme Lucius qui fut plus que généreux dans ses dons ou par manque de preuves.
Richard venait juste d'être libéré,il y a trois jours. Il s'était fait arrêté ; son nom ayant été cité plusieurs fois par certains qui pensaient racheter ainsi leur liberté. Mais faute de preuves, après avoir passé près d'une semaine à être interrogé, il avait été relâché.
D'autres ne l'avaient pas été et avaient été envoyés à Azkaban, qu'ils soient coupables ou non … Le Ministère avait une justice plutôt expéditive … D'ailleurs, peu après la disparition du Maître, une seule nouvelle avait fait sourire Bellatrix. La Gazette du sorcier avait annoncé en novembre l'arrestation d'un soi-disant Mangemort influent … Quand ma belle-soeur avait découvert en première page la photo de son cher cousin tant haï, elle avait éclaté de rire.
- Comme si ce bon à rien de Black pouvait être coupable de ce dont on l'accuse ! Douze moldus !Il n'aurait même pas été capable de toucher à un cheveu d'un seul d'entre eux … S'était exclamée Bellatrix.
Elle avait alors balancé le journal au feu. La perte de Pettigrew l'avait bien fait rire également. Et en voyant son air ravi, j'eus l'impression qu'elle s'en réjouissait. Je savais qu'elle l'aurait bien tué de ses mains puisqu'elle lui imputait la disparition du Seigneur des Ténèbres. Il ne faisait nul doute désormais que c'était sur ses informations que le Lord avait connu l'endroit où se cachaient les Potter et donc indirectement Pettigrew était responsable de ce qui était arrivé à notre Maître.
Bellatrix et Rodolphus avaient fini par venir s'installer chez nous. Notre cottage était introuvable pour les imbéciles du Ministère et c'était le seul endroit où personne ne viendrait nous arrêter. Plus question de sortir ni de se montrer en plein jour. Nous n'avions que très peu de contact avec les autres Mangemorts restés fidèles et en liberté. Quelques nouvelles de Richard, quelques rencontres dans des village souvent moldus avec Barty et des hiboux des parents de Rabastan …
Bellatrix avait plus ou moins coupé les ponts avec sa dernière soeur. Elle ne cessait de pester contre Lucius qui avait préféré renier le Lord et arroser de plusieurs centaines de Gallions le Ministère pour avoir une paix toute relative. Il ne se passait pas un jour sans l'entendre lancer des imprécations dans la maison contre lui.
Nous vivions donc en reclus.
Pourtant aujourd'hui, nous allions faire une entorse à notre isolement. Les parents de Rabastan avaient insisté pour que, tous les quatre, nous passions ce jour de Noël chez eux. Ils avaient pris toutes les précautions nécessaires et nous avions accepté – même Bellatrix qui pourtant ne cesser de maugréer contre l'inutilité de fêter Noël cette année ...
J'étais dans la chambre, en train de me préparer. J'avais le regard un peu dans le vague, perdue dans mon reflet dans le miroir. Je repensais à ma visite de la veille à Richard. Et à tout ce que je venais d'apprendre. Je laissai échapper un soupir. Il fallait que je me ressaisisse. J'attrapai ma brosse et commençai à peigner ma chevelure toujours aussi longue. Je n'utilisais la brosse que pendant les moments où j'avais besoin de réfléchir, sinon un rapide sort venait à bout en général de mes mèches récalcitrantes. Et quand Rabastan entra dans la chambre, il sut tout de suite que quelque chose n'allait pas. Il me regarda avec sérieux et s'avança vers moi. Arrivé à ma hauteur, il s'accroupit et me prit des mains ma brosse. Une ride soucieuse barrait son front. Il m'obligea à le regarder en attrapant avec douceur, mais fermeté mon menton.
- Quelque chose ne va pas, Caly ?
Je me levai avec lenteur et fis quelques pas dans la pièce. Comme à mon habitude lors des discussions sérieuses, je vins me planter devant la fenêtre et observai l'océan qui roulait ses vagues non loin de là. J'appuyai mon front sur la vitre froide et le soupir qui s'échappa de mes lèvres entrouvertes forma un petit nuage de buée sur le carreau.
Rabastan, lui, n'avait pas bougé. Il me regardait simplement.
Les mots sortirent tous seuls tandis que je me décidais enfin à lui faire face.
- Je suis enceinte …
Il me sembla soudain que le temps s'était figé, comme arrêté. Cela ne durait que l'espace d'une seconde qui me parut une éternité.
Puis tout se remit en mouvement et je me retrouvai soudain dans les bras de Rabastan. Il m'enlaça avec force.
- Mais c'est une nouvelle excellente ! S'exclama-t-il.
Et soudain, l'angoisse qui m'étreignit fit couler des larmes sur mes joues. Cette nouvelle aurait dû me réjouir comme elle réjouissait Rabastan, mais en réalité, j'étais terrifiée. Terrifiée par tout et rien … C'était quelque chose que nous attendions depuis tellement longtemps et maintenant … Maintenant, j'étais totalement perdue.
Le sorcier dut sentir mes larmes couler. Il desserra son étreinte et planta son regard dans le mien. Un air étonné et presque inquiet dans ses yeux, il essuya les larmes qui embuaient ma vue.
- Tu … tu n'es pas … heureuse ? Bredouilla-t-il surpris de ma réaction.
- Si, très, répondis-je mi riant, mi pleurant.
- Alors que se passe-t-il ? Me demanda-t-il.
Sa main glissait doucement sur ma joue et je fermai les yeux; savourant cette caresse. Je me serrai un peu plus contre lui, m'enivrant de son odeur si rassurante.
Les yeux toujours clos, je finis par lui répondre d'une toute petite voix.
- J'ai peur … murmurai-je.
Il déposa alors un baiser sur mes cheveux et reprit ses caresses.
- Tu n'as pas à t'en faire, chuchota-t-il. Tout ira bien.
Je ne pus que hocher la tête avant de la relever et de regarder Rabastan, le regard ruisselant de larmes.
Ce n'était pas tant cette grossesse qui m'inquiétait mais tout le reste. Dans quel monde allait naître notre enfant ? Un monde où la magie était souillée par tous ces sang-de-bourbes. C'était quelque chose d'inacceptable et à auquel je n'avais jamais songé. Comment aurai-je pu imaginer un seul instant que le Seigneur des Ténèbres puisse être mis en déroute ?
Je passai une main sur mon visage pour chasser mes larmes et soudain mon regard se fit plus dur, plein de résolution.
- Je ne veux pas de ce monde-là pour notre bébé ! Déclarai-je alors avec une voix toute nouvelle.
Rabastan eut alors un doux sourire. Il se laissa alors tomber à genoux devant moi et posa sa tête contre mon ventre. Mon coeur se mit à battre bien plus vite et je posai mes mains sur ses cheveux que je caressai avec douceur. Il resta ainsi quelques minutes avant de déposer un baiser à travers le tissu de ma robe. Il se releva et attrapa mes mains qu'il serra entre les siennes. Un éclair passa dans l'émeraude de ses yeux.
- Nous avons encore quelques mois devant nous, pour tout changer. Nous allons retrouver le Maître et les choses rentreront dans l'ordre, le seul qui vaille ! Affirma-t-il avec foi.
Je lui souris, rassurée.
- Le bébé doit arriver en juillet, expliquai-je d'une toute petite voix. Richard doit passer la semaine prochaine, pour me faire quelques examens.
Pas question pour moi d'aller en consultation à Sainte Mangouste, mais je savais que j'étais entre de bonnes mains avec Richard.
Machinalement, je posai ma main sur mon ventre.
Le regard brillant, Rabastan me dévisagea.
- Je suppose que … que c'est trop tôt … Pour savoir si c'est un garçon ou une fille ? Me demanda-t-il plein d'espoir.
Je ne pus m'empêcher de laisser échapper un petit rire.
- Ne mets pas les Sombrals avant la calèche ! Tu vas devoir attendre encore quelques semaines … La magie ne peut pas tout faire instantanément !
Je n'avais pas encore réfléchi à la question du sexe du bébé. C'était trop nouveau pour moi. En fait, peu m'importait, tant que le bébé était en bonne santé. C'était tout ce qui comptait, car que ce soit un petit garçon ou une petite fille, je serai heureuse dans les deux cas. Mais je savais que la question de Rabastan cachait une certaine impatience et sa préférence pour un garçon. La pérennité du nom … Et je ne pouvais le blâmer. Ce n'était pas avec Rodolphus et Bella que le nom de Lestrange survivrait ...
- Ne t'en fais pas, répéta-t-il une nouvelle fois. Et maintenant, sèche tes larmes et en route !
Il me tira brusquement de mes rêveries par son exclamation et je souris une nouvelle fois à son intention. Le sorcier me dévisagea de haut en bas, l'air radieux, un sourire rayonnant sur le visage.
- Tu es superbe, murmura-t-il avant de déposer un baiser sur mes lèvres.
Avec douceur, il me tira par la main pour me faire sortir de la chambre. Une fois dans le couloir, il s'arrêta et se retourna pour poser de nouveau son regard sur moi.
- Ma mère va être folle de joie … ajouta-t-il alors.
Il plissa des yeux avant de poursuivre.
- Je … je peux leur annoncer ? Demanda-t-il.
- Bien sûr …
Je savais qu'il avait raison. Constance Lestrange serait enchantée de cette nouvelle, depuis le temps qu'elle espérait avoir un petit enfant à gâter et à câliner …
Quelques minutes plus tard, nous étions arrivés. Rodolphus et Bella étaient déjà là. La sorcière avait un verre à la main et semblait contrariée d'être là. La connaissant, elle trouvait que ce repas de Noël en famille n'était que pure perte de temps … Mais Rodolphus l'avait obligée à être présente. Personne n'avait vraiment le coeur à faire la fête, cette année. Constance avait tout de même tenu à organiser ce repas. Le traditionnel sapin de Noël, immense et lourdement décoré, trônait dans le salon, mais aucun cadeau n'avait été posé à son pied.
Après les traditionnelles salutations, tout le monde avait pris place dans les confortables fauteuils canapé du petit salon. Pas un bruit ne vint troubler le silence si ce n'était le tic tac de la vieille horloge et les craquements des bûches dans la cheminée. Tout le monde se regardait en dragon de faïence. Henry Lestrange se leva tout à coup et fit léviter les boissons sur la table basse. Quand il eut servi le champagne sorcier, les verres lévitèrent vers chacun d'entre nous. Mais avant qu'il ne fasse venir son verre à moi, je l'arrêtai d'un geste de la main.
- Non merci, murmurai-je.
Tous les regards se tournèrent vers moi, plein de questions.
- Je … je ne peux pas, expliquai-je simplement.
Rabastan, radieux, posa une main sur mon genou et voulut prendre la paroles pour annoncer à tous la bonne nouvelle, mais Constance qui n'avait cessé de faire aller et venir son regard sur nous deux poussa un petit cri et se leva d'un bond.
- Par Salazar ! S'exclama-t-elle en venant se planter devant moi.
Rabastan éclata de rire et je l'imitai. Nous n'étions que trois à comprendre, je vis Henry ouvrir grand les yeux devant le comportement devenu soudain étrange de sa femme mais ne rien dire.
Mon époux se leva.
- Laisse-moi quand même le temps de l'annoncer officiellement …
Il ne put rien dire d'autre, il se retrouva happé dans les bras de sa mère.
- Je suis si heureuse, s'écria-t-elle.
Imperturbable, le père de Rabastan haussa un sourcil avant de parler d'un ton calme et détaché.
- Quelqu'un aurait-il l'amabilité de m'expliquer ce qui se passe ici ?
Constance voulut prendre la parole, mais Rabastan l'en empêcha d'un geste. Il voulait annoncer lui-même la bonne nouvelle.
- Caly est enceinte ! Lança-t-il la voix pleine de fierté.
- Oh, fut la seule réaction d'Henry.
Il y eut un battement de quelques secondes avant qu'il n'affiche un sourire. Il se leva.
- Félicitations !
Et le père et le fils s'étreignirent. La mère de Rabastan me prit à son tour dans ses bras et murmura maintes félicitations à l'oreille.
Seule Bella était restée immobile à cette nouvelle. Pas une émotion ne transparaissait sur son visage fermé. Rodolphus avait levé son verre en direction de son frère avant de me jeter un étrange regard que je ne sus interpréter.
Finalement cette journée se révéla plus joyeuse que les événements extérieurs ne l'avaient laissé présager : le repas de Noël se déroula dans une relative bonne humeur que même l'air bougon de Bellatrix ne parvint à gâcher.
