[ Disclaimer : Pour l'avant-dernière fois, NON, Ghost Hunt n'est pas à moi! Mais pourquoi vous tenez tellement à me le donner ? ]
La respiration de Mai se bloqua.
Cependant, Naru ne fût pas blessé. A la place, la machine se mis à biper, et une lumière rouge éclaira maintenant son embout plastifié.
- Et de un! Fit il. Tu permets...? Demanda-t-il à Naru.
L'intéressé avait beau ne pas être en état de parler, son regard furieux constituait une réponse suffisamment éloquente. Cependant, Nishimura l'ignora, puisqu'il passa tout de même la main dans la poche de la chemise de son voisin...Avant d'en sortir un minuscule objet noir et brillant, à peine plus gros qu'un petit aimant.
Mai le contempla, bouche bée, se demandant ce que c'était que ça. Cependant, sans lui laisser le loisir de le regarder plus longtemps, Nishimura ouvrit la fenêtre et le jeta dehors. Naru baissa les yeux, et, pour la première fois depuis qu'ils avaient compris que Nishimura leur cachait beaucoup plus que prévu, paru autre chose qu'en colère. En fait, il avait l'air un peu étonné.
- Ces saletés trouveront toujours un moyen de s'accrocher à toi , déclara Nishimura, comme en réponse à sa surprise. Et je te parie que ce n'est pas le seul.
Il passa la machine le long du corps de Naru. Elle bipa de nouveau quand il atteignit la couture d'une de ses poches.
- Tu m'excuseras, dit-il en sortant de sa poche une petite paire de ciseaux.
Et il découpa le tissu. Mai le regardait faire, les yeux écarquillés, se demandant ce qu'il se passait. Est-ce que le plan de Nishimura pour tuer Naru consistait en découper tous ses vêtements pour qu'il meure de froid?
- Et de deux! S'écria alors Nishimura, et dans sa main brillait un autre de ces objets mystérieux.
Il le jeta également par la fenêtre. Puis, il passa la machine sur Naru, et cette fois, elle n'émit aucun signal. Apparemment satisfait, il déclara:
- Il est clean! A ton tour, Mai.
Elle voulut protester, mais elle n'en eût pas la possibilité. Aoko attrapa la machine que lui tendait son ami, et la pointa sur Mai. Elle bipa de nombreuses fois, et la jeune femme, se contorsionnant pour se plier au dessus de son siège, tira tout autant d'objets mystérieux des vêtements de Mai, au point d'y faire pas mal de trous. Elle songea fugitivement qu'elle aurait besoin de se racheter des vêtements, après ça... Enfin, si jamais elle s'en sortait, corrigea-t-elle avec un pincement au cœur. Son attention fût cependant détournée quand son regard rencontra les étranges petites choses qu'Aoko venait de trouver dans ses habits.
- Six d'un coup, Mai. Je le savais...Ils t'adorent! Commenta cette dernière, ignorant la mine désormais confuse de la jeune fille.
Parce que, s'il y avait une chose dont elle était sûre, c'est que ce n'était pas elle qui avait mit ces objets dans ces vêtements.
Mai les regarda s'envoler par la fenêtre alors que la jeune femme les laissait tomber avec un grand sourire. Et, avec eux, elle sentait s'envoler sa colère envers ceux qui devaient être les meurtriers d'Eugène, brièvement remplacée par la plus totale confusion. Parce que...Qu'est ce que c'était que ça? Qu'est ce que ça voulait dire?
- J'espère qu'une voiture va leur rouler dessus, murmura la médium, les yeux dans le vague. Ça fait toujours un bruit infernal quand on les écrase.
- Finit? Demanda Mariya.
- C'est bon! Ils sont parfaits! Répondit Aoko en passant une dernière fois la machine sur leurs corps désespérément immobiles, sans qu'elle ne produise un son.
- Et leurs affaires? Insista la conductrice.
- Ah! Bien sûr! Heureusement que tu es là. Takeshi?
Nishimura hocha la tête, et lui tendit les sacs de Naru et Mai. Après un long moment, Aoko en avait sortit une petite dizaine des étranges objets, dont elle se débarassa également. Enfin, elle déclara à l'adresse de Mariya:
- C'est bon!
Il y eût un silence, puis la jeune femme se tourna de nouveau vers eux, et, d'une voix douce:
- Dans ce cas... C'est bon.
Alors, Mai sentit son corps se décontracter d'un coup, comme si une pression invisible l'avait retenue tout ce temps. Elle toussa un peu, puis repris sa respiration, suffisamment pour questionner d'une voix rauque:
- Mais...Qu'est ce que vous faites?
- Juste parler, Mai. Juste parler, fit Nishimura. Je suis désolé, je ne voulais pas t'inquiéter. Mais se débarrasser de ces micros étaient une priorités. Ils ont un système de guidage par satellite, alors...
Des micros? Mai écarquilla les yeux. Qui avait pu lui mettre des micros dessus? Et pourquoi des gens qui voulaient les tuer les leur enlevaient? Pourquoi savaient-ils qu'ils en avaient, d'abord? Et ce n'était pas eux qui les surveillaient, au départ? Elle les contempla, ébahie. Elle ne comprenait pas. Non, décidément, elle ne comprenait pas...
- Ils ne pourront plus nous suivre, maintenant, conclut Mariya, et elle tourna brusquement le volant, entrant dans une sortie au dernier moment.
Un concert de klaxons accueillit son embardée, mais elle ne réagit même pas.
- Mais...Nous...Nous suivre ? Qui ça?
Nishimura échangea un regard avec Aoko et Fujitaka, devant.
- C'est une longue histoire...
- Et j'ai déjà dit qu'elle ne nous intéressait pas, intervint une voix glaciale.
Pendant que Mai essayait vainement de comprendre ce qu'il se passait, Naru, visiblement n'en avait pas perdu de vue ses priorités. Mai sentait la voiture trembler autour d'elle - et elle était certaine que c'était loin d'être normal.
- On se calme, rétorqua Nishimura. Mariya peut encore t'arrêter, et...
- Non, le coupa le garçon. Non. Vous avez tué mon frère. Vous pouvez pas m'arrêter.
Il ne l'avait pas dit d'un ton particulièrement menaçant, mais il y avait quelque chose de définitif dans sa voix. Comme s'il décrivait l'avenir. Et il ne mentait pas. Ça se voyait. Ils ne pouvaient pas l'arrêter. Pas après ce qu'ils avaient faire. Ce n'était tout simplement pas possible.
Cependant, aussi ébranlé qu'il fût par ces paroles, Nishimura protesta vivement:
- Non! Non, on ne l'a pas tué! Bon sang! Où tu vas chercher ça?
Ses mots laissèrent planer un silence surpris.
- Mais...Vous avez dit qu'il était mort parce qu'il avait cherché à vous connaître! Objecta finalement Mai.
- Exactement! Est-ce que ça veut dire qu'on l'a tué? Absolument pas, répondit le vice-président. Ça veut surtout dire que quelqu'un ne voulait pas qu'il nous trouve, au point de le tuer. Et ce quelqu'un, ce n'est pas nous!
Naru sortit un papier de sa poche, et l'agita sous les yeux du vice-président.
- Et ça? Dit-il, dangereusement calme. Comment vous l'expliquez?
Mai parvint à voir ce qu'il y avait d'écrit. " SHA-1673 , there might be a danger. If I die, you will know why. " Malgré son niveau d'anglais, elle ne tarda pas à comprendre. SHA... Devrait être un danger... Si je meurs, tu sauras pourquoi... Les yeux de Nishimura avaient finis de parcourir le papier avant elle, et maintenant, il levait des yeux étonnés sur Naru.
- Oh, c'est pour ça que tu cherchais "SHA"! Eh, mais, attends...Tu crois que...
- Je n'en étais pas certain jusque là, mais je crois effectivement que mon frère a écrit ça pour me prévenir que la "SHA" était un danger. Il a également dit, juste après ça, que s'il mourrait, je saurais pourquoi. Et vous avez dit être cette SHA. Vous avez aussi dit qu'il avait été tué parce qu'il vous avait suivit.
- Non, Oliver. Non. C'est un malentendu.
Nishimura voulut ajouter quelque chose, mais Naru ne lui en laissa pas le temps.
- Vous n'avez pas de rapport avec cette SHA? Demanda-t-il en haussant un sourcil. Vous n'avez pas choisi ce nom exprès parce qu'il correspondait à ce dont mon frère parlait?
- Eh bien, si, mais...
- Dans ce cas...
Mai sentit son énergie vibrer de nouveau. Nishimura devait aussi comprendre ce qu'il se passait, parce qu'il n'attendit pas pour s'exclamer:
- Mais ce n'est pas ce qu'il voulait dire! SHA-1673, c'est un numéro de téléphone. Le nôtre. Et il ne l'a pas laissé pour te prévenir qu'on étais un danger... Il l'a laissé pour que tu nous prévienne.
Naru s'interrompit. Il regarda fixement l'homme, lui donnant silencieusement la permission de continuer. Nishimura se dépêcha de poursuivre:
- Quand il l'a laissé, il ne voulait pas te dire qu'on était un danger... Il devait vouloir dire qu'il y avait un danger. Et il pensait qu'on pourrait te renseigner si jamais il lui arrivait quelque chose. C'est pour ça qu'il l'a laissé. Il voulait que tu cherches à nous contacter au cas où il mourrait.
- Tous les numéros de ce genre ont été désactivés il y a très longtemps, lui objecta Naru.
- C'est vrai. Mais ce n'est pas le numéro de téléphone qui comptait. C'était l'endroit. SHA-1673 a été pendant quelques années le numéro de téléphone du 6, Oak Street, à Sharon, dans le Massachusetts.
Voyant que Naru continuait de l'écouter, le vice-président se renfonça dans son siège, ou plutôt ce qu'il en restait, et poursuivit d'une voix moins tendue:
- Cette maison a cependant été détruite il y a une dizaines d'années. Depuis, c'est un terrain de jeux. Mais il reste toujours quelque chose de cette maison: un vieux chêne. Et si on creuse assez profondément prêt de ce vieux chêne, on peut trouver une petite boîte en fer. Dedans, il y a quelques sucreries qu'il ne faut mieux pas manger, des jouets cassés, des dessins d'enfants, et trois vieux magazines. Mais si on ouvre celui qui porte le numéro "73" à la page "16", on trouvera, dans le petit encadré en bas, juste à côté du "16", une publicité pour une entreprise postale. Et sur l'adresse du carton de la publicité, il est écrit "Japon".
Mai regardait Nishimura, les yeux écarquillés. Qu'est-ce que c'était que ça? Mais Nishimura ne l'expliqua pas: il se contenta de demander à Naru:
- Ton frère a-t-il fait un voyage dans le Massachusetts ? Avant de partir au Japon?
Silence. Et puis, finalement, Naru répondit lentement:
- Oui.
Alors Mai comprit: Nishimura, ou la SHA, ou quoi que ce soit, avait créé cet étrange parcours, et Eugène l'avait suivit. Mais pourquoi avait-il fait ça?
- Pourquoi vous a-t-il recherché? Interrogea Naru, comme en écho à ses pensées.
- Je ne sais pas. Nous n'avons pas cherché à le contacter. Nous ne cherchons plus à contacter les gens...Maintenant. Ce que nous savons, en revanche, c'est que nous n'avons pas tué Eugène. Je vous le promet. Nous ne lui avons pas fait de mal.
Mai secoua la tête. Elle voulait y croire, mais...
- Pourquoi vous nous avez enlevé, alors? Pourquoi vous avez monté tout ça? C'est plus que suspect!
Nishimura l'arrêta d'un geste.
- Je suis désolé, Mai, mais... Si on a fait tous ça...C'est pour que les gens qui vous écoutaient ne puissent pas nous suivre. C'est tout. Je sais que c'était brusque mais on ne pouvait pas trop en dire...Les micros, vous comprenez. Les personnes qui écoutent ce qu'enregistrent ces micros... C'est ceux qui ont tué Eugène. Et ils vous tueraient s'ils savaient qu'on avait cette conversation.
Mai baissa les yeux. En fait, elle devait bien admettre que, malgré la réaction allergique de sa propre énergie au garçon, elle ne parvenait pas à croire qu'il ait pu tuer qui que ce soit. Et puis...Et puis, au fur et à mesure qu'elle en prenait conscience, cette histoire de micros était vraiment très étrange. Savoir qu'on l'épiait comme ça...Et s'ils savaient vraiment quelque chose qu'ils ignoraient? De toute façon, ils étaient à leur merci. Mariya pouvait les immobiliser à tout moment, et sauter d'une voiture qui roule à 130 est hors de propos. Il n'y avait pas d'autre choix que de leur faire confiance...Ou plutôt, de faire semblant jusqu'à la prochaine occasion.
- Maintenant, si vous voulez comprendre ce qu'il se passe, écoutez nous. C'est tout ce que je vous demande. Vous n'avez pas envie de comprendre pourquoi on vous espionne? Vous n'avez pas envie de comprendre pourquoi il existe des personnes qui veulent absolument vous empêcher de nous rencontrer? Je comprends que vous n'ayez pas confiance en nous, surtout avec ce message ambigu qu'Eugène a laissé, mais s'il pouvait parler, il vous dirait que ce n'est pas ce qu'il a voulu dire.
A ces mots, Mai sursauta.
- En fait... Il le peut, dit-elle d'une petite voix.
- Hein?
C'était au tour de Nishimura de la regarder, interloqué.
- Je...Je peux lui parler, parfois. Il est toujours là. Et...Et je peux le voir. Et il me parle.
Au fur et à mesure qu'elle se remémorait leurs discussions, elle se souvenait de quelque chose qu'elle n'avait d'abord pas compris, mais qui maintenant lui apparaissait très clairement. Elle se tourna vers Naru.
- Eugène ... A aucun moment, il ne m'a dit que ces gens étaient ses meurtrier. Il n'a jamais essayé de me dire qu'ils étaient dangereux, et pourtant, il me prévient quand je suis en danger. En fait, il m'a dit...Il m'a dit qu'on avait rencontré des personnes qui pouvaient nous révéler des choses. Je crois que c'est ce qu'il voulait dire, Naru. Il sait. Il sait qui ils sont et il veut qu'on les écoute.
Le jeune homme lui retourna son regard, et, pendant un moment, ne dit rien, puis soudain, il se tourna vers Nishimura, et, avec son lyrisme habituel, déclara:
- Très bien. Parle.
Nishimura les regarda alternativement, l'air stupéfait et... heureux? Puis, il paru se ressaisir. Il se redressa, et demanda tout d'un coup à Mai:
- Alors... Dis moi, tu n'as jamais trouvé bizarre que toi et Oliver soyez orphelins? Deux personnes avec des pouvoirs psychiques, deux orphelins...C'est un peu beaucoup, comme points communs, non?
- Hein? Fit Mai, déroutée. Euh...Non. Je veux dire...Ça arrive, non? C'est le hasard...
- Bien, fit Nishimura. Et si je te disais que...Que tous les gens dans cette voiture sont orphelins? En plus d'être dotés de capacités psychiques? Est-ce que tu ne trouverais pas ça vraiment étrange?
Mai le regarda, incrédule, avant de se tourner vers les autres. Effectivement, c'était bizarre. En plus de toute cette situation, s'entend. Elle ne comprenait pas pourquoi Nishimura lui racontait tout ça, mais vu qu'elle ne comprenait rien, de toute façons...
- Eh bien, oui, finit-elle par répondre en haussant les épaules.
- Et tu aurais raison, compléta Nishimura. Parce que ce n'est absolument pas un hasard. C'est exactement le contraire: c'est dû à la science. Ou plutôt, à une expérience.
- Une...Quoi?
Mai avait parfaitement entendu le mot. Mais sa logique lui disait qu'elle avait dû mal comprendre. C'était n'importe quoi. On n'était pas dans un vieux film de science-fiction, et elle n'était certainement pas un espèce d'alien répugnant sur qui on faisait des expériences. Ou alors, c'était peut-être pour ça que Naru se fichait complètement d'elle?
- Une expérience, répéta Nishimura. Celle qui s'intéresse aux origines de...
Il tourna la tête vers Naru.
- Oliver Davis, le grand professeur de l'occulte...Tu te l'es forcément déjà demandé, non? Pourquoi tu avais ça en toi...
Il pointa un doigt sur son torse.
- La PK ?
Naru haussa les épaules en guise d'acquiescement .
- Oui, évidemment, ajouta Nishimura. Eh bien, tu n'es pas le seul. Longtemps, avant ta naissance, les chercheurs en paranormal se demandaient déjà d'où pouvaient venir les aptitudes psychiques. Et, pour une poignée d'entre eux, c'était même le début d'une autre question: est-ce que cette habileté n'existe vraiment que chez un tout petit nombre de personnes? Ou bien, et si d'autres la possédait, mais à un état dormant? Serait-il alors possible de la faire apparaître?
Il se renfonça dans son siège, et poursuivit, les yeux dans le vague:
- Dans ce cas, il suffirait de trouver le moyen de les déclencher...Il suffirait de savoir quelles conditions leur permettent de se réveiller, et alors...On aurait beaucoup d'individus dotés de capacités effrayantes à portée de main. Une véritable armée. Ces scientifiques se rendirent compte, en faisant quelques expériences discrètes sur des cadavres qui, de leur vivant, avaient quelques capacités surnaturelles, qu'ils avaient quelque chose en commun: une certaine particularité dans leur ADN.
Il fût interrompu par un coup de volant particulièrement violent de Mariya.
- Pardon, tout le monde, s'excusa-t-elle. Sol m'a demandé de changer de direction... Elle m'a dit que c'était dangereux si on ne le faisait pas exactement à ce moment là.
Nishimura hocha la tête, ignorant le regard interrogatif de Mai - qui était cette Sol, et comment pouvait-elle parler à Mariya maintenant ? - avant de continuer:
- Ces scientifiques, donc, ne se contentèrent pas de cette découverte. Ils demandèrent rapidement s'ils pouvaient continuer leur expérience. Mais cette fois sur des sujets...Vivants. A l'origine, ils étaient américains. Ils demandèrent à leur gouvernement, secrètement, bien sûr, de poursuivre ces opérations dans l'intérêt de leur pays...Le gouvernement accepta. Ils s'établirent dans un certain nombre d'hôpitaux. Il leur suffisait de quelques tests pour repérer l'anomalie ADN qu'ils cherchaient. Secrètement, ils analysèrent les ADN des patients...Oh, pas tous, en fait. Juste des bébés...Ils voulaient partir de zéro, vous comprenez.
Mai frissonna. Cette histoire lui plaisait de moins en moins. Mais pourquoi il leur racontait tout ça? Qu'est-ce que ça avait à voir avec elle? Elle regarda Naru, se demandant si ça n'avait pas plutôt à voir avec lui. Après tout, c'était lui qui les avait cherchés, n'est-ce pas? Mais Nishimura ne cessait de la regarder...
- Au cours de leurs analyses, ils se rendirent compte que certains bébés possédaient l'anomalie. Ils passèrent quelques années à ce projet, jusqu'à en avoir un nombre suffisant, mais pas trop, pour qu'ils aient tous à peu près le même âge. Et puis, le 11 février 1974, ils convoquèrent leurs parents dans l'un des hôpitaux. Et ils leurs annoncèrent que leurs enfants étaient malheureusement atteints d'une rare mais grave maladie, contagieuse et dangereuse pour leur vie...C'était faux, bien sûr.
Mai fronça les sourcils. Cette histoire lui rappelait quelque chose, mais elle ne savait pas quoi.
- Cependant, ils utilisèrent cette excuse pour placer les bébés en quarantaine pendant une centaine de jours. On raconta aux parents que les frais d'hôpitaux ne leur seraient pas facturés, parce que soigner cette maladie contagieuse était d'intérêt public...Alors ils acceptèrent. Ce qu'il se passa lors de cette quarantaine...Ils ne le surent jamais.
Mai se figea. Soudain, elle se souvenait. Sa mère, un jour, s'était inexplicablement mise à pleurer en voyant une rédaction de l'enfant qu'elle était alors, décrivant son rêve d'avenir d'être exploratrice et de voyager dans tous les pays du monde. Elle lui avait alors parlé de cette fois où elle avait été très malade, étant bébé... " C'était la seule fois où nous sommes partis à l'étranger, pour voir de la famille. Nous n'y sommes plus retourné. Nous sommes sûr que tu n'aurais pas eu ça si tu était restée ici... Oh, ça m'a juste rappelé des mauvais souvenirs, mais tu ne dois pas avoir peur, ma petite chérie. Fais juste attention à toi, d'accord? " La jeune fille eût l'impression que la tête lui tournait. Et si...
- Quelques jours plus tard, les enfant furent rendus à leur parents. On leur raconta qu'ils étaient guéris, que tout allait bien, que c'était finit. Cependant...C'était faux. C'était loin d'être finit. Parce que, malheureusement...L'expérience fonctionnait. Tous ces bébés dotés du même ADN...Ils avaient développé quelques chose, pendant cette fausse quarantaine. Tous. Un résultat au-delà de tous leurs espoirs...Alors, les scientifiques décidèrent de ne pas s'arrêter là. Ils décidèrent de poursuivre l'expérience. Et ils firent tout mettre en place pour faire de ces bébés de véritables cobayes. Les parents ne surent jamais qu'ils étaient là. Ils ne surent jamais que leurs vies étaient enregistrées. Ils ne surent jamais que leurs enfants vivaient suivant un scénario écrit pour vérifier ce qui pouvait déclencher leur habiletés...Que ce petit accident qu'ils eurent à un carrefour très fréquenté où leur vie était en danger, c'était calculé...Que ces enfants qui les harcelaient à l'école, les menaçant de mort, c'était calculé...etc... Parce qu'en fait, tout était calculé.
Les yeux de Mai s'écarquillèrent. Parce qu'elle se souvenait. Son vélo dérapait, alors qu'elle le maîtrisait si bien, et les voiture passaient tout près d'elle, elle avait peur...Ces gamins qui se moquaient d'elle, qui la terrorisaient, et qui l'avaient, un jour, menacé de mort...C'était sa vie.
- Et surtout, ce qu'ils ignoraient, poursuivit Nishimura, c'est la conclusion de leurs recherches: que les facultés psychiques étaient en rapport avec la mort. C'est à dire, plus le sujet était en contact avec elle, plus elles se développeraient à leur maximum. Alors...Ils décidèrent de tuer les personnes qui étaient le plus en contact avec les enfants... Leurs parents.
Il se tourna vers eux.
- Ou plutôt...Nos parents. A nous tous, ici présents.
Il fit une pause. Mai eût très clairement l'impression de sentir quelque chose se casser en elle. Clac. Hébétée, elle resta sans bouger, incapable d'accepter ce qu'elle venait d'entendre. Au bout d'un moment, elle en vint à protester:
- Non. Non. Mes parents ne sont pas morts en même temps...
- Probablement pour...Expérimenter, répondit Aoko, dans un murmure.
- Mon père a eût un accident. Un accident de voiture, et...Et ma mère est tombée malade.
- Empoisonnement, sans doute, et l'accident de voiture...N'en était pas un. Mai...Je suis désolé, dit Nishimura d'une voix douce. Je suis vraiment désolé.
Et il en avait vraiment l'air, mais ça ne lui suffisait pas.
- Pourquoi je serais...Comme ça hein? C'est n'importe quoi, cette histoire! Ça ne tient pas debout! Je suis juste une orpheline, c'est tout...
- Non, ce n'est pas tout. Mai, ces micros...Ils sont sur toi parce que l'expérience n'est pas terminée. Elle continue. Et tu en fais partie. Vous en faites partie, ajouta-t-il en se tournant vers Naru, qui n'avait pas bronché. Si vous avez besoin d'une preuve...La voilà. Je suis désolé, répéta-t-il tristement. Vraiment désolé.
Mai ouvrit la bouche, mais ne su pas quoi dire. En fait, elle ne savait plus comment réagir. Elle était agitée de tremblements incontrôlable, et son cœur tambourinait dans sa poitrine, mais elle ne parvenait plus à faire un geste. Elle se sentait...C'était affreux. Ses parents étaient morts à cause d'une expérience! Ils avaient étés tués! Il n'aurait pas dû y avoir d'accident...Il n'aurait pas dû y avoir de maladie. Ils auraient pu être en vie...
Dans les plus mauvais jours, quand Mai se sentait seule, désespérément seule, et que la tristesse l'envahissait, alors, elle finissait par se laisser tomber dans un coin, et elle restait quelques heures sans bouger, en pleurant le plus silencieusement possible pour qu'on ne l'entende pas, et elle pensait: "pourquoi moi? Pourquoi eux? Pourquoi? Ce n'est pas juste!". Et puis, une fois qu'elle était trop fatiguée pour pleurer, elle allait se coucher en pensant " c'est comme ça, c'est tout...C'était un accident", et, quelque part, ça la réconfortait un peu, assez pour qu'elle s'endorme. Parce que, les accidents, c'était des choses terribles, mais quelque part, des choses innocentes, et elle pouvait accepter que ça arrive, un accident.
Et maintenant elle apprenait que ce n'en était pas. Que c'était des meurtres. Ils avaient été tués à cause d'une expérience...Et tout ce temps, ils auraient pu être ensemble, et tout serait parfait, mais il y avait eu cette expérience...Et elle répétait le mot dans sa tête, expérience, expérience, expérience, parce qu'elle ne parvenait pas à y croire, tellement c'était impossible et cruel, de mourir pour une raison comme ça. Et puis sa stupeur se changea en colère. Des larmes coulèrent sur son visage, et elle pensa qu'elle allait retrouver ce scientifique, non, tous ces scientifiques, ils allaient payer, ils...Et puis d'un seul coup elle sentit toute sa rage retomber, toute sa colère, et il ne resta plus que lui, ce qu'elle avait réussi à oublier en évitant d'y penser, ce qu'elle avait ressentit à chaque fois que l'un d'eux était mort...Le vide.
Et puis...Et puis elle sentit quelque chose de chaud se poser sur sa main. Elle leva la tête, quoiqu'elle ait à peine conscience de ce qu'il se passait autour d'elle. C'était Naru. Il ne la regardait pas. Mais ce n'était pas important. Parce que, rien qu'avec ça, elle le sentait. Elle n'était pas seule. Il était là, avec elle. Et elle savait qu'il devait sentir ce qu'elle ressentait. Il savait. Non, elle n'était pas seule. Les dernières larmes roulèrent sur ses joues, sa respiration se calma, et son corps tremblant s'apaisa. Elle ne se sentait pas bien, mais elle ne se sentait plus mal non plus. Elle n'était plus face au vide. Elle n'était plus seule.
- Je ne sais pas si je dois te croire, déclara enfin Naru. Ces micros ne sont pas des preuves suffisantes.
- Je sais. Ils sont malins, très malins. Ils ont fait en sorte que tu ne te doutes de rien, et à moins de savoir, tu ne peux pas remarquer tout ce qu'ils ont mis en place. C'est normal. Tu étais trop précieux à leurs yeux pour risquer de te contaminer avec la connaissance de ton statut de cobaye. Au point qu'ils se soient débarrassés de ton frère quand il s'est rapproché de nous, qui savons la vérité. En fait, ils devaient penser que ça accroîtrait tes capacités, encore mieux que la mort de vos parents. J'imagine qu'à leurs yeux, il n'était pas une grande perte, comparé à toi. C'est pour ça qu'ils l'ont tué.
Quoi?! Mai sentit la main de Naru se contracter brièvement sur la sienne, comme un sursaut, même si son visage ne laissa rien remarquer. Subitement, il croisa les bras.
- Vraiment, marmonna-t-il d'une voix atone.
- Oui, vraiment.
- La personne qui l'a tué ne ressemblait pas à un tueur en série. Elle avait l'air assez effrayée par ce qu'il se passait.
Il n'expliqua pas comment il le savait. Cependant, Nishimura ne paru pas s'interroger à ce sujet. Il se contenta de répondre:
- Eh bien... L'autre camp ne s'est pas contenté de tuer ceux qui savent. Ils les ont parfois récupérés... Et ils se servent de leur capacité. La personne qui a causé l'accident qui a tué ton frère était probablement guidée par autre chose à ce moment. On ne peut pas te le prouver, mais... On est certain que ce sont eux. L'information a circulé quelques jours sur leurs réseaux. Ils disaient que "l'élimination a été une réussite", et ... Et j'en suis désolé.
Ses yeux se voilèrent.
- Nous aurions du essayer de faire quelque chose. Il était l'un des nôtres...Mais nous n'avons pas pu le surveiller d'assez prêt pour prévoir ce qu'il allait se passer. Nous devions rester cachés. En fait... Quand nous avons commencé à savoir ce qu'il se passait...Ils ont eu peur. Il n'y a pas eu tant de sujets que ça, vous savez? Pour notre génération, une petite centaine...Je ne sais pas s'il y en a eu d'autres, murmura-t-il en passant une main distraite dans ses cheveux. En tout cas...Ils ne voulaient pas que l'expérience finisse. Ils ne le veulent pas. Et quand ils ont vu qu'on cherchait à prévenir les autres, ceux qui ne se rendaient pas compte de ce qu'il se passait...Ils ont commencé à nous traquer. Puis, sois les personnes disparaissaient, sois...Sois elles étaient tuées. C'est pour ça qu'on a dû prendre toutes ces précautions pour vous contacter. C'est aussi pour ça qu'on vous espionnait... On savait qui vous étiez, et on voulait être sûr que ce genre de choses ne se reproduirait plus.
Pendant un moment, le silence régna dans l'habitacle, et ce fût Mai qui le brisa:
- Et...Et on ne peut pas les arrêter?
- Ce ne sont pas juste des scientifiques, déclara Nishimura. C'est le gouvernement...C'est l'armée...C'est beaucoup de monde. Trop de monde. On ne peut pas se battre.
- Mais...On doit faire quelque chose! S'insurgea la jeune fille, brûlante de rage.
- Oui, répondit Nishimura. On devrait. Mais c'est impossible pour l'instant.
- Pourquoi me dire ça? Demanda-t-elle alors, avec colère. Pourquoi? A quoi ça sert? On ne peut rien faire!
Il baissa la tête.
- En fait...C'est pour que tu fasses quelque chose que je voulais te contacter.
- Moi? Demanda-t-elle, déroutée.
- Oui. En fait...Il y a une personne...Une personne qui...
Il ouvrit la bouche, comme pour ajouter quelque chose...Puis ne dit rien. Aoko se retourna, et, après lui avoir jeté un regard, continua:
- Il y a un certain temps, un ami à nous est mort.
Mai remarqua que Nishimura, s'il conservait un visage affable, semblait s'être recroquevillé sur lui-même. Ce n'était pas très visible, mais il y avait quelque chose dans la position de son corps, et il semblait plus petit, plus fragile. Il regardait silencieusement droit devant lui, mais il ne semblait pas voir le siège qui lui faisait face.
- Il a été tué parce qu'il s'est fait repérer. Et puis...Il avait un système pour se protéger, vous savez? Il était très puissant. Et il avait réussi à contrôler son esprit pour...Pour qu'il construise une sorte de protection, s'il était arrêté. Quelque chose qui le plongerait dans une sorte de coma, s'il était blessé. Quelque chose qui le couperait de toute stimulations extérieures... Comme ça, il ne pourrait pas donner d'informations sur nous à l'ennemi...
Elle baissa les yeux.
- Mais voilà...Quand il a été tué, la protection s'est mise en place. Et son esprit...Son esprit a été coincé dans cette barrière. Et il n'est pas partit...Il est resté.
Sa voix était heurtée, à présent, comme s'il lui coûtait de prononcer chaque mot.
- Son énergie psychique... Vous savez, quand Mari a parlé d'esprit frappeur...C'est ce qu'il se passe à présent. A force d'être là, son énergie se dégrade. Elle commence à agir...A mal agir. Christopher...Il...Il n'aurait jamais voulu ça...Il faut qu'on l'arrête...Avant que des choses vraiment graves ne se produisent...Mais on ne peut pas l'atteindre. Et on ne peut pas l'exorciser, non plus. On ne savait plus quoi faire. Et là, Mai...
Son visage s'illumina, plein d'espoir:
- Et là, avec tes capacités...Tu pourrais peut-être le contacter. Lui dire que tout va bien, qu'il n'a plus besoin de se protéger. Tu pourrais mettre fin à tout ça!
C'était donc ça...
- Mais...Comment vous savez ça? Que je pourrais faire une chose pareille?
- Parce que Christopher s'en souvenait, dit-elle avec un sourire. Ses capacités sont celle d'un contrôle absolu sur lui même. Sur son corps, sur ses pensées... Il a celui de sa mémoire, également. Et il a pu se rappeler...De ce qu'il s'est passé. De tout. C'est comme ça qu'on a pu retrouver les sujets de l'expérience. C'est lui qui s'en chargeait... C'est lui qui a commencé tout ça. Et il se souvenait de toi, Mai...Tu étais extraordinaire. Tu étais connectée avec tout le monde, tout le temps...Surtout avec Eugène. Il n'arrêtait pas de t'aider...
Mai déglutit. Tout cela était tellement irréel... Mais en même temps...Elle avait toujours sentit qu'Eugène était familier. Elle s'était sentie proche de lui, comme s'ils se connaissaient, alors qu'ils ne s'étaient pas tant parlé que ça. Et si ce n'était pas juste à cause de sa ressemblance avec son frère? D'ailleurs... Leur ressemblance, à eux, que tout le monde constatait... C'était comme si ils échangeaient quelque chose. Comme s'ils étaient connectés... Et puis, elle avait comprit que Naru mentait sur son caractère avant de le connaître vraiment... Toute cette histoire était si bizarre! Elle avait de nouveau la tête qui lui tournait.
- Et ce qui est extraordinaire, reprit Nishimura, qui semblait à nouveau pouvoir parler, c'est que cela ne s'est jamais vraiment arrêté...Quelques fois, Christopher se réveillait, et il disait qu'il avait rêvé de toi... Non, qu'il avait rêvé qu'il était toi. Et il n'est pas capable de faire ça. Tu le contactais sans t'en rendre compte. Tu pouvais faire ça...Mai... Tu... Tu pourrais l'aider. S'il te plaît.
Ses yeux brillaient un peu trop, comme s'il était sur le point de pleurer.
- S'il te plaît, répéta-t-il doucement. Je... Je... Je t'en supplie...
Elle baissa les yeux, incertaine. Elle n'était même pas sûre de pouvoir faire ça. Mais la façon dont Nishimura la regardait... On aurait vraiment dit qu'elle était sa dernière chance. Comment lui dire qu'elle n'était pas si capable que ça? Elle devait quand même essayer, non?
- Je...
- Mais avant cela, la coupa Aoko, il faut que tu saches ce qu'il va se passer si tu choisis de nous rejoindre. Il faut que vous le sachiez, ajouta-t-elle en hochant la tête à l'égard de Naru. Il ne s'agit pas seulement de nous aider...Il s'agit de venir avec les vôtres. Vous êtes tous les deux concernés. Vous pouvez tous les deux choisir de nous rejoindre.
- Qu'êtes-vous, exactement? Interrogea Naru.
- Nous sommes simplement les personnes issues de ses expériences, et qui essaient d'en sortir. Et cette organisation...Nous avons décidé de l'appeler "Les Orphelins".
- Il y a beaucoup de...D'"Orphelins"? Demanda Mai.
- Actuellement, nous sommes environ quarante. En fait, y en a bien plus, qui sont inconscients de ce qu'ils sont. Mais nous n'avons pas réussi à tous nous rassembler. Ce n'est pas grand chose, mais...C'est un certain nombre, quand même.
Mai s'adossa à son siège. La tête lui tournait un peu. Quarante personnes...Quarante personnes qui la connaissaient, quarante personnes qui avaient partagé des "expériences" avec elle...D'un coup, toute l'histoire de Nishimura, qui juste là avait été quelque chose d'assez étrange qu'elle ne parvenait pas vraiment à voir comme réel, l'était soudain devenu. C'était terrifiant...Mais pas seulement. Elle n'était vraiment pas seule, en fait. Ils étaient beaucoup.
- Je veux vous rejoindre, décida-t-elle immédiatement.
Elle ne savait pas si elle pouvait aider ce Christopher. Mais elle savait qu'elle voulait quand même quitter cette horrible expérience pour de bon.
- Attends, répliqua vivement Aoko. Vous devez comprendre ce qu'il va se passer si vous venez avec nous. Ce sera finit. Votre vie de maintenant. Mai, tu ne pourras plus aller à l'école...Ou voir tes amis...Ou aller dans les rues où tu marches d'habitude...Si tu veux rester en vie, mais que tu nous rejoins...Tu devras disparaître. Sinon, c'est eux qui te feront disparaître. Oh, tu as remarqué combien tu es précieux à leurs yeux, vu le nombre de mouchards... Ils ne te tueront pas. Mais ils ne te laisseront pas dehors non plus. Avec tes facultés de communication, tu représentes un trop grand danger. Et ne crois pas que tu peux simplement leur échapper. Ils sont tout prêt de toi, tu sais. Ils te surveillent. Ils t'ont mis ces micros...En fait, il s'agit probablement de certains des amis que nous avons abandonné à l'hôpital...
- Quoi?! S'exclama Mai, indignée. Non, ils ne feraient jamais ça! Je les connais...
- Tu crois les connaître...Plus le surveillant est proche du cobaye, mieux c'est. Ils doivent penser que ce n'est pas méchant, poursuivit doucement Nishimura. Ils doivent...
- Non, non, je leur fait confiance, rétorqua Mai, butée.
Les deux autres échangèrent un regard, puis Nishimura poursuivit;
- Très bien. Peu importe. En tout cas, ne dites rien à personne. Sinon, vous vous ferez tuer, ou enlever, avant même d'avoir finit de parler. Il faudra que vous fassiez comme si rien ne s'était passé. Comme si nous ne vous avions rien dit. C'est pourquoi nous avons jeté les micros, avant toute chose. Ils n'ont pas entendu ce qu'on a dit. Vous avez encore le choix. Finalement, le malentendu de tout à l'heure va être très utile. Vous pouvez raconter que vous nous avez pris pour les meurtriers d'Eugène...Qu'on s'est battus...Qu'on a été obligé de vous jeter hors de la voiture...
Il fit une pause.
- Ce n'est pas tout...Il y a autre chose que vous devez savoir avant de nous quitter. Certains de nos contacts ont réussi à s'infiltrer dans l'endroit où ils stockaient leurs vieux dossiers. Ils voulaient savoir si d'autres que nous existaient. Et à la place...Ils ont trouvé quelque chose. Une note qui indiquait qu'un des scientifique avait eu une idée...L'idée de ne pas tuer certains parents.
Il se renfonça dans son siège.
- Il se demandait si c'était la mort, ou bien, l'idée que quelqu'un était mort, qui déclenchait les pouvoirs psychiques chez les nôtres...Et il disait...Que ce serait bien de laisser quelques parents vie...De les faire disparaître, mais pas de les tuer pour de bon, pour voir si ça marcherait quand même. Et donc, de les emprisonner, le temps de voir ce qu'il se passe...
Mai mit quelques secondes à comprendre ce que cela voulait dire. Naru fût plus rapide qu'elle:
- Nos parents biologiques pourraient encore être en vie?
Nishimura se mordilla la lèvre, songeur.
- On n'en sait pas plus que ça...On ne sait même pas si l'idée a été proposée, mais...C'est peut-être possible, oui. Peut-être que les parents de certains d'entre nous sont encore en vie, mais prisonniers.
Mai écarquilla les yeux, abasourdie. Elle leva les yeux vers Nishimura, suppliante. Non, il ne pouvait pas lui faire ça. Pas après lui avoir dit que ses parents étaient morts à cause d'une expérience, pas après l'avoir à nouveau plongée dans le vide...Il ne pouvait pas lui redonner de l'espoir. Un espoir terriblement incertain, un espoir inutile, un espoir destructeur qu'elle sentait déjà s'insinuer dans son cerveau, traçant un chemin à base de "peut-être". Il n'avait pas le droit. Parce que si c'était faux...Elle sentait très clairement qu'elle ne pourrait pas supporter une autre déception de ce genre. Elle ne pourrait pas enterrer ses parents encore une fois. Mais c'était trop tard. Dans sa tête, elle voyait déjà des images de sa mère et de son père, plus âgés, en vie, autour d'elle, souriants...Vivants.
Nishimura lui rendit son regard, l'air désolé, comprenant probablement ce qu'il venait de faire, parce que cela lui était, après tout, déjà arrivé. Et il ajouta doucement:
- Écoutez...Je ne dis pas ça pour vous donner de fausses idées, mais...Sachez qu'on prend cela très au sérieux. Et qu'on essaye de voir ce que ça veut dire, et si, bien sûr, il n'y aurait pas moyen de les retrouver... Ce n'est pas juste une idée en l'air. Même si ce n'est pas énorme, c'est quelque chose...Et on a le droit de le considérer.
Il s'interrompit un instant, laissant son regard dériver dans le vague, vers le paysage flou offert par la vitre juste à côté de lui.
- Trois minutes, lui dit soudain Mariya.
- Ah, oui, fit le garçon, puis il se tourna vers eux: dans peu de temps, on est arrivé, dit Nishimura.
- Où ça?
- A l'endroit où le reste de votre équipe devrait vous retrouver dans peu de temps. Et alors, vous pourrez prétendre que cette conversation n'a jamais eu lieu. Vous pourrez dire que vous vous êtes battus contre nous alors qu'on tentait de vous enlever, et les scientifiques croiront que vous êtes toujours d'innocents cobayes. Alors vous pourrez reprendre votre vie.
- Mais je ne veux pas, s'écria Mai.
Après tout ce qu'elle savait, retourner vivre en se sachant observée par les meurtriers de ses parents, en se disant qu'ils étaient peut-être d'ailleurs encore en vie et qu'elle ne faisait rien pour les chercher? Impensable.
- On n'a pas le choix pour l'instant. On n'a pas de quoi vous faire quitter le pays. Normalement...On pensait discuter de ça avec vous dans ce château...On pensait que ce n'était pas grand chose, là-bas quelques poltergeist et des problèmes de plomberie. On aurait eu le temps de préparer un départ discret. Quelque chose comme...Leur faire croire que vous étiez morts, là-bas, et vous faire quitter cet endroit discrètement avant qu'ils n'aient compris la vérité. Vous vous souvenez le truc des disparitions? On ne pensait pas que c'était vraiment vrai... Mais ça l'était. Et maintenant... Si on vous emmène maintenant, ils nous trouveront sans problèmes. Parce qu'ils vous chercheront.
- Deux minutes.
La voiture se rapprochait à toute allure d'une bifurcation, mais Mai ne regarda pas: elle était trop occupée à fixer Nishimura, et à chercher de quoi le convaincre:
- Mais...
- Non, je suis désolé, c'est impossible. Mais il y a autre chose...
Il se baissa, fouilla dans le sac à ses pieds, et en sortit deux petites fioles de verre où brillait un liquide rouge.
- C'est mon sang, expliqua Aoko. Si vous le versez par terre ainsi qu'un peu du votre, puis que vous touchez le mélange...Je le sentirais.
- Cela voudra dire que vous êtes prêts. Que vous avez acceptés. Et alors, on vous retrouvera.
- J'ai déjà prit ma décision, déclara Naru. Vous n'avez qu'à venir dans trois mois.
- Non, le contredit Nishimura. Ce n'est pas une décision facile, et tu te rendras peut-être compte que tu n'as pas envie de tout quitter. Tu te rends compte que tu ne pourras plus jamais être "Oliver Davis" ? Que tu ne pourras pas faire tes recherches en paix...? De toute façons...On ne pourra rien faire avant trois mois. C'est trop risqué. N'essayez pas de nous contacter maintenant. Ça pourrait nous faire repérer. Attendez qu'ils aient relâché leur surveillance...
- Ou pas, termina Aoko. Si vous ne dites rien, on comprendra, et on n'essayera plus jamais de vous contacter...
- Attendez, dit Mai, mais Mariya s'exclama:
- 50 secondes!
Le van s'arrêta dans un crissement de pneus sur une aire d'autoroute déserte. C'était juste un parking abandonné.
- Vite! Vite! Les pressa Nishimura.
Mai ouvrit la portière, et ils sortirent. Quelques instants plus tard, leurs sacs atterrirent derrière eux.
- Euh...Bredouilla la jeune fille. Mais comment on va vous retrouver? On ne connaît pas vos vrais noms!
- C'est nous qui allons vous retrouver, la corrigea Nishimura.
- D'accord mais... Et maintenant, qu'est-ce qu'on va...
- Pas de problèmes, on va venir vous chercher. Au vu des probabilités, votre équipe devrait faire une pause ici dans...Mariya?
- Quinze minutes, et quarante-trois secondes! S'exclama la jeune femme.
- OK. Dis merci à Sol. Allez, au revoir, cria rapidement à leur adresse. Enfin...Je l'espère, ajouta-t-il à voix basse.
Puis, sans leur laisser le temps de répondre, il claqua la porte, et le van repartit dans un crissement violent.
Mai resta immobile, abasourdie. Elle ne parvenait pas à croire que tout ce qui avait eut lieu avait vraiment eu lieu. Elle avait l'impression de s'être pris un mur dans la figure. Et maintenant, elle était sonnée, et elle ne savait pas du tout comment réagir.
Elle se laissa tomber, par terre, essayant toujours de réaliser ce qu'il venait de se passer. Elle se trouvait sur le rebord d'un terre plein couvert de pelouse. Il n'y avait rien autour d'eux, d'ailleurs, à part ce terre plein, une forêt épaisse qui s'étendait tout autour d'eux, traversée par la route, un parking, et les bruits des voitures qui filaient sur l'autoroute au loin.
Quelques instants plus tard, elle sentit Naru s'asseoir à côté d'elle. Lui non plus ne disait rien, évidemment. Elle lui jeta un discret regard en coin. Le jeune homme regardait devant lui, le visage fermé, un pli nouveau ridant son front, marquant sa préoccupation. Soudain, il se tourna vers elle, et demanda:
- Dans combien de temps?
Mai sursauta, surprise et un peu honteuse de s'être fait prendre en pleine observation. Elle détourna la tête, gênée, et articula rapidement:
- Quand ils arrivent? Les autres?
Il ne répondit rien, mais son regard dédaigneux disait très clairement "quoi d'autre ? ".
- Un quart d'heure, ils ont dit, soupira Mai, blasée par son comportement. Enfin, moins, maintenant.
Sans la remercier, Naru se tut. Au bout d'un moment, cependant, elle demanda:
- Eh...
Il tourna la tête vers elle. Encouragée, elle poursuivit:
- Tu penses...Tu penses qu'ils disaient la vérité?
Il baissa les yeux, pensif, avant de finalement répondre:
- Je n'en suis pas certain.
- Alors...Tu penses qu'ils mentaient? Demanda Mai, affolée.
- Je n'ai pas dit ça, répondit simplement le garçon.
Mai ne dit rien, puis finalement, murmura:
- Mais si c'est vrai, alors...Qu'est-ce qu'on va faire?
- C'est très simple, dit Naru. Il suffit de vérifier.
- Mais s'ils ont raison, les scientifiques qui s'occupent de... De notre "expérience"... Ils voudront nous capturer...
- On verra bien s'ils existent quand j'irais rejoindre les autres.
- Mais...Mais...C'est dangereux! Protesta Mai. Tu prendrais un tel risque?
- Bien sûr, fit Naru en coulant un regard vers elle. Je suis ici pour retrouver les personnes qui ont tué mon frère. Et puis...Je pensais que tu voulais les rejoindre, toi aussi. Je ne comprends pas en quoi ça te gêne.
- Oui...Mais...
Ce n'est pas pareil, Naru, avait-elle envie de dire. Je n'ai pas envie que tu sois en danger. Mais si elle lui disait ça, il répondrait probablement un truc du genre "pourquoi ça" avec un petit sourire moqueur et c'était la dernière chose dont elle avait envie pour l'instant. Alors, elle ne dit rien.
- Enfin. En attendant, je pense que je vais avoir beaucoup de travail, puisque la SHA n'existe plus, apparemment.
"je"... Elle baissa les yeux sur ses genoux, abattue. Le fait qu'elle ne travaillait plus à la SPR venait de lui revenir en pleine figure...
- Et tu vois, continua Naru, c'est un problème.
- Un problème, répéta Mai, se demandant où il voulait en venir.
- Oui. J'avais...Une assistante.
Il tourna la tête vers elle, et elle dû s'efforcer de ne pas montrer que son cœur s'était mis à tambouriner dans sa poitrine comme s'il avait décidé de s'entraîner, inspiré par l'autoroute, à battre à 130 000 000 à l'heure.
- Elle n'était pas très douée. Elle n'arrêtait pas d'arriver en retard, et elle n'écoutais jamais ce que je lui disais...
Mai leva les yeux au ciel. Tu parles! Elle écoutait parfaitement ce qu'il disait. Elle réagissait toujours de la façon la plus appropriée à ses paroles absolument pas sympathiques: par des paroles encore moins sympathiques.
- Mais, maintenant qu'elle n'est plus là, le travail risque d'être plus difficile. Cette assistante remplissait quand même son devoir. Sans elle, les dossiers risquent de s'accumuler. Ce serait embêtant, nota Naru d'une voix tranquille.
Mai le regardait, n'arrivant pas à y croire. Est-ce qu'il essayait de...
- Alors...Je me demandais. Est-ce que cette assistante pourrait revenir travailler à la SPR?
Silence. Mai l'observa. Les yeux dans le vague, il ne la regardait pas, et on aurait presque dit qu'il n'avait pas remarqué sa présence, mais elle savait que ce n'était pas vrai. Elle sourit. Passa une main dans ses cheveux. Tourna la tête. Soupira...
- Je ne sais pas, dit-elle finalement, d'un ton faussement indécis. C'est vrai, cette assistante vient de perdre son employeur, mais elle aurait besoin que certaines conditions soient respectées avant de pouvoir reprendre son ancien travail. Par exemple... La patron devrait lui dire merci au moins une fois par mois...
Naru l'étudia un instant du regard, avant de secouer la tête.
- Dans ce cas... Je crois que je vais reconsidérer mon offre, dit-il placidement.
Mai leva les yeux au ciel.
- Quoi? Eh, Naru! C'est une fois par mois!
Mais il se taisait. Elle soupira.
- Ok, ok, je rigolais, je rigolais, dit-elle en levant les mains en l'air en geste de capitulation. C'est bon. J'accepte. On retravaille ensemble.
Naru tourna enfin la tête vers elle. Et si elle ne l'avait pas connu aussi bien, elle aurait peut-être manqué le mince sourire qu'elle vit se dessiner l'espace d'un instant sur son visage. Mais il disparu si vite qu'elle se demanda si elle n'avait pas rêvé. Cependant, son désormais nouveau patron lui déclara, coupant court à ses interrogations intérieures:
- Bienvenue à la SPR.
A cet instant, un bruit de moteur plus fort que les autres retentit, et une camionnette arriva sur le parking.
Voilà voilà...
Ce n'est pas encore tout à fait finit, hein!
Bon, c'était un long chapitre, alors voici une longue note d'auteur, en tout logique xD
Tout d'abord, sachez que tout ce chapitre est la vraie raison qui m'a poussé à écrire une fanfic sur Ghost Hunt. Le château est venu après. Mais je venais de finir de le relire, et les personnages sont tellement mystérieux. Pourquoi Eugène a-t-il été tué? Pourquoi est-il lié à Mai? Pourquoi ne part-il pas? Pourquoi se ressemblent-ils autant? (Surtout qu'on insiste énormément sur ce point dans la série, je suis sûr que ça veut dire quelque chose pour la suite! ) Pourquoi le passé de Mai est si secret? ( franchement, la façon dont il est évoqué, on dirait un truc scénaristique pour signaler: "eh! son passé est louche! regardez, on en montre juste un peu, mais pas trop, car on a des choses à cacher, héhé " ) Et s'il est intéressant, comment? Enfin, pourquoi nos deux héros ont autant de points communs? Et voilà.
On dirait une jolie problématique, vous ne trouvez pas? xD
J'adorerai que la suite de GH donne des réponses à toutes ces questions! Mais comme ça n'arrive pas encore, j'ai passé ma frustration sur une fanfiction xD Voilà pour l'histoire!
Autres choses:
Je ne connais pas vraiment la date de naissance de Mai, j'en ai déduis l'époque des faits à partir de l'âge qu'elle est censée avoir au moment où le premier livre est sortit. A vraie dire, je ne sais pas vraiment à quelle époque ça se passe, surtout qu'il y a des différences entre le manga et l'anime j'ai l'impression, mais je crois me souvenir que dans aucun des deux ils ne sortent de portable alors bon... C'est vraiment vieux ça non? xD Quand aux livres, vu qu'ils datent de 1992... C'est vraiment, vraiment vieux! C'est avant ma naissance, quoi! X)
Quand au numéro de téléphone, ne cherchez pas, il ne renvoie sans doute pas à la location que j'ai donnée, vu qu'elle est fictive. Mais des numéros de téléphone de ce genre ont effectivement existé aux USA.
Bref, on se retrouve pour la fin lundi prochain, comme d'habitude!
Réponses:
Eclipse 1995: Bon bah du coup... Ils n'ont apparemment pas tué Eugène. Heureusement que tu n'as pas dit toutes les insultes! xD
Finalement, c'est un peu le contraire, c'est Mai leur objectif, et Naru... Ils ne comptaient pas le prendre à la base xD Le pauvre, il perd carrément de sa superbe dans ma fic... PARDON NARU ;_;
Oh, une personne qui souffre en prépa! Courage!
X) Toujours ravi de faire une blague qui marche! : D
Bye !
FrenchCirce : Finalement, oui, j'ai expliqué la mort d'Eugène, même si c'était différemment du chapitre précédent! : D Et pareil, je suis pressé que l'auteur ( c'est un auteur alors? J'hésitais toujours aha) nous explique tout! Franchement, cette mort est trop bizarre, on dirait que la personne l'a fait exprès mais en même temps elle paraissait pas trop s'amuser alors j'imagine qu'elle n'en avait pas vraiment envie... Un fantôme l'a pris en otage? Une possession? Une hallucination, toujours d'origine paranormale? Je ne sais pas, mais je sens que ça annonce un cas pour la suite !
Heureusement que Nishimura s'est révélé gentil, parce qu'apparemment, Naru n'avait pas prévu grand chose... Enfin, laissons lui le bénéfice du doute. On ne saura jamais. xD
Bon, je laisserais comme ça alors ^^ !
Mais... C'est pas drôle sinon! xD
Elle était là ~ Alors, elle t'as plu?
Pompom : Héhé ! Alors, ça valait le coup d'attendre? ^^
