Bonjour à tous,

Voilà donc la suite, tant attendue, apparemment par certain(e)s, encore un grand merci à ceux qui ont pris quelques instants pour me laisser une review !

Bonne lecture

Chapitre 5 : Garde à vue

La douleur était immense, telle qu'un doloris n'était qu'un chatouillis insignifiant à côté. J'avais posé mes mains, entourant mon ventre, dans l'espoir de la faire partir, mais en vain. Je sentais aussi que le bébé s'agitait beaucoup, trop sans doute. Lui aussi la ressentait-il, la douleur ? Ou juste mon angoisse ? J'étais incapable de le dire et pour être honnête, j'étais incapable de raisonner correctement … Tant à cause de la douleur physique que morale.

Je fermai les yeux un instant, respirant à grand bruit, comme Richard me l'avait montré … Je sentais la main de Constance se contracter sur mon épaule.

- Calypso, répéta Henry, il ne faut pas qu'on te trouve ici … Tu dois partir …

Je hochai de la tête mais en moi-même je ne me croyais pas capable de faire deux pas, dans l'immédiat. Comment je réussis à me relever, je fus incapable de le dire. J'allais m'avancer quand soudain, un fracas, celui d'une porte qu'on ouvre avec violence et force de sortilèges, résonna, faisant presque trembler le salon. J'entendis grogner Henry … Je sentis la main de Constance raffermir sa prise sur mon bras. Quelques secondes plus tard, la porte du salon s'ouvrit en grand sous les cris courroucés de l'elfe de maison qui avait tenté d'interdire l'accès. Sept Aurors firent leur entrée. Je reconnus parmi les sorciers quelques visages ô combien désagréablement familiers, parmi lesquels le tristement célèbre Maugrey.

Je sentis un mouvement sur ma droite et j'aperçus Constance faire deux pas en avant. Son visage restait impassible, mais je sentais qu'elle bouillonnait.

- Quelle charmante réunion de famille, commenta simplement Fol-Oeil.

- Vous n'avez rien à faire chez moi ! gronda soudain Mrs Lestrange. Sortez de ma maison !

- Mais avec plaisir, lui répondit Maugrey … Mais avec vous trois …

La situation était plutôt mal partie : à trois contre sept Aurors … Je n'avais même pas ma baguette : elle était restée dans ma chambre. Du coin de l'œil, je vis Henry jauger la situation et il dut parvenir à la même conclusion que moi quand nos regards se croisèrent. Il m'adressa un petit non discret de la tête voulant sans nul doute contrer n'importe quelle idée saugrenue qui me serait passée par la tête. Mais à dire vrai je n'étais pas du tout en état d'affronter les sorciers du ministère … C'était perdu d'avance. Tout le monde, ici, le savait. Et c'est sans doute pour cela que personne n'avait encore récupéré nos baguettes …

L'Auror aux nombreuses cicatrices posa son regard sur moi, un sourire de satisfaction s'affichant alors sur son visage marqué par les combats.

- Depuis le temps que je cherchais à te voir, lança-t-il soudain à mon encontre.

Serrant les dents, je relevai brusquement la tête, le regard plein de morgue et de fierté, les mains posées sur mon ventre, je le fusillai du regard.

- C'est toujours un déplaisir de te voir Maugrey, grommelai-je.

Une goutte de sueur glissa le long de ma joue. La mère de Rabastan avait refait marche arrière et était venue se placer à côté de moi, posant une main sur mon bras. Maugrey fit alors un geste de la baguette et les Aurors qui l'accompagnaient se déployèrent nous entourant.

- Trêve de bavardage, on y va ! Ordonna-t-il tout à coup.

- Elle n'est pas en état de faire un pas, protesta soudain ma belle-mère.

- Rien à faire, rétorqua alors Fol-Oeil qui fit signe à un Auror de s'approcher de moi.

Il voulait sans doute me soutenir pour me faire avancer malgré tout, et le voyant s'approcher de moi, je fis un pas sur le côté pour l'esquiver.

- Bas les pattes ! Grondai-je. Pas question que quelqu'un me touche ! Je peux me débrouiller toute seule.

L'Auror, un blondinet aux cheveux courts resta à distance raisonnable, sans me lâcher du regard. Alastor sortit sa baguette et marmonna un informulé. Les baguettes de Constance et Henry atterrirent dans la main du sorcier. Il me regarda avec étonnement.

- Pas de baguette ? S'étonna-t-il.

- Si j'avais su que tu venais, Maugrey, je l'aurais gardée avec moi pour t'accueillir comme il se doit … marmonnai-je entre mes dents.

Je ne pus rien dire d'autre, la douleur me coupa la parole.

Comment je parvins jusqu'au Ministère, je ne m'en rappelle guère. J'avançai comme dans un mauvais rêve, le regard embué par les larmes, que je voulais à tout prix empêcher de couler, et par la douleur. Cela avait au moins un avantage, la peur avait reflué bien loin dans mon cœur et le mal qui tordait régulièrement en deux m'empêchait de trop penser à ma situation ou à celle de Rabastan.

Ce fut presque avec soulagement que je me retrouvai assise dans une petite pièce sans fenêtre, au second niveau du Ministère de la magie.

Le mobilier était réduit au strict minimum : deux chaises, séparées par une petite table dont le bois était éraflé et fort abîmé par endroit. Je me trouvais sur l'une d'entre elles. Les murs étaient gris souris, la porte de bois peinte dans la même teinte. Il y avait encore deux autres objets dans la pièce. Sur l'un des murs, celui qui me faisait face, était accroché un tableau. Un portrait assez large d'un quelconque sorcier. Une peinture plutôt banale et dont la seule étrangeté résidait dans l'absence d'iris du sujet : les yeux étaient tout simplement blancs. Pour connaître un peu le fonctionnement de cet étage, je savais que ce tableau aveugle permettait aux Aurors de l'autre côté d'observer la pièce dans laquelle je me trouvais. De même que la petite sphère grise qui flottait à quelques centimètres du plafond. C'était un mouchard qui gardait en mémoire tout ce qui se passait ici, enregistrant et photographiant les interrogatoires.

J'avais, heureusement, mes deux mains libres. Fol-Oeil avait dû penser que, dans mon état, je ne pouvais pas grand chose – et il avait raison. J'en profitai donc pour masser un peu mon ventre, dans l'espoir fou et vain de faire partir la douleur.

Une chose était certaine, Fol-Oeil n'obtiendrait rien de moi … Pas un mot, pas un aveu …

Il se passa un très long moment avant que quelqu'un ne vienne. La porte grise finit par s'ouvrir. Sans surprise, elle laissa passer Maugrey qui dut se baisser pour la franchir. Il était accompagné d'un autre Auror, un sorcier assez petit et déjà bedonnant malgré son jeune âge : il paraissait à peine plus âgé que moi. Sans rien dire, je les observai. Fol-Oeil resta debout, dans un coin, appuyé contre le mur. Le second sorcier s'installa sur la chaise face à moi. Il sortit sa baguette et fit apparaître un dossier assez épais. Tandis qu'il s'en saisissait, la sphère quitta le plafond où elle planait pour venir se poser sur la table. Sa couleur grise était à présent irisée, comme si l'arrivée des deux aurors l'avait activée. Je la regardai avec suspicion . Il y eut encore quelques bruissements de parchemins et l'Auror prit la parole. Il parlait avec un ton monocorde, récitant ses phrases avec la régularité d'une machine.

- Vous avez été amenée jusqu'ici pour répondre de faits d'usage de magie noire, d'utilisation de sortilèges Impardonnables, de meurtres, de tortures, d'association de mages noirs, d'appartenance au groupuscule interdit connu sous le nom de Mangemort …

Je dus avouer qu'ensuite, son blabla ne me resta pas en mémoire : il continua à égréner pendant d'interminables minutes bon nombre de faits qui m'étaient imputés, à juste titre ou non, lisant le nom de sorciers ou sorcières qui étaient tombés sous ma baguette.

- Conformément au Décret cent cinquante deux du code pénal magique, vous avez le droit de …

- Ses droits, O'Connell … On peut les passer !

Fol-Oeil était enfin sorti de son mutisme, sans doute lui aussi lassé d'entendre la voix monocorde réciter si parfaitement son texte.

- Mais enfin, Alastor, c'est la procédure ! Se défendit le dit O'Connell.

- Je pense qu'on peut simplifier cette procédure exceptionnellement et lui signifier simplement qu'elle a le droit de répondre à nos questions ! Qu'on en finisse …

Maugrey avait fait quelques pas autour de son collègue, sa jambe de bois claquait désagréablement contre le sol en ciment de la pièce. Je restai silencieuse, observait leur petit face à face d'un air absent. Pour une fois, j'étais plutôt d'accord avec Fol-Oeil : qu'on en termine au plus vite …

- Mais je dois tout de même faire les vérifications d'usage … protesta le sorcier.

Maugrey fit un geste las de la main, lui signifiant de continuer …

- Soit … gronda l'Auror. Foutue paperasse …

O'Connell lui jeta un dernier coup d'œil avant de reporter son attention sur moi. Il ouvrit une chemise en papier remplie de divers documents. Une plume et un encrier étaient apparus.

- Vous êtes tout à fait libre de rectifier les informations vous concernant si elles s'avéraient fausses … reprit-il finalement imperturbable.

Visiblement, il s'attendait à une réponse, mais ma bouche restait close. Mon silence ne le désarma pas et il continua de la même voix. Par Salazar, l'envie de lui faire avaler tous ces parchemins était de plus en plus tentante tandis qu'il débitait ses phrases.

- Vous êtes donc Calypso Lestrange, née Kered-Ann. Fille de Julius Kered-Ann et de … euh …

Je le vis s'interrompre et baisser la tête pour tenter de déchiffrer son parchemin.

- Hum, se râcla-t-il soudain la gorge. Le nom de votre mère est … illisible.

Il leva les yeux vers moi, attendant sans doute que je l'aide à combler ce manque... Ce fut Alastor qui lui répondit.

- Ce n'est qu'un détail ! Passons !

O'Connell, bizarrement, n'insista pas. Il poursuivit donc.

- Vous êtes née le 10 janvier 1960 sur l'île de Tresco, Duché de Cornouailles. Dernière adresse connue … euh … inconnue.

Une nouvelle fois, il leva les yeux vers moi plein d'espoir insensé. Il avait un regard bleu très clair avec l'expression d'un gamin suppliant pour se faire offrir un jouet … Il toussota pour se donner une contenance et poursuivit.

- Votre baguette est en bois de cyprès, 32,56cm et contient un crin de sombral. Je note que votre baguette n'a pas été saisie par le Ministère.

Il s'interrompit pour lire une note.

- Il apparaît également que cette baguette était à l'origine enregistrée au nom de … euh … Kered-Ann Titus … Ce … euh n'est guère réglementaire tout ça …

Réglementaire ? Je ne voyais pas en quoi le fait d'avoir hérité de la baguette de mon arrière grand-père n'était pas réglementaire ! Cette baguette m'avait choisie, un peu par hasard certes, quand je l'avais trouvé au fond d'une vieille malle chez moi. Je devais alors avoir quatre-cinq ans ; c'était certes la seule chose discutable et encore … Je ne m'en étais guère servie avant mes onze ans … Mais cette baguette me convenait parfaitement ! Et peu importait que je ne l'aie pas achetée chez Ollivander comme la plupart des sorciers le faisait !

- Vous avez fait votre scolarité à Poudlard, dans la maison de Salazar Serpentard. Vous avez obtenu vos B.U.S.E.S en astronomie, potions, Défenses Contre les Forces du Mal, Sortilèges et Enchantement, Histoire de la Magie, Métamorphose, Étude des Runes, Arithmancie et Soins Aux Créatures Magiques. Vous avez obtenu six A.S.P.I.C. : Potions, Défenses Contre les Forces du Mal, Sortilèges et Enchantements, Histoire de la Magie, Métamorphose et Etude des Runes. Vous avez été également renvoyée une semaine lors de votre Sixième Année pour usage de sortilège de magie noire …

Malgré ma résolution de ne pas parler, je ne pus empêcher quelques paroles de franchir la barrière de mes lèvres.

- Techniquement cette information est fausse … marmonnai-je, étonnée de savoir que cet incident figurait aussi dans mon dossier. J'ai été injustement accusée à tort …

- Ah ? Vraiment ? Pourtant cela ne figure pas dans le dossier … C'est … embêtant, souffla l'Auror, au grand dam de Maugrey.

Du coin de l'œil, je le vis s'avancer, l'air grave. Une grosse veine palpitait à sa tempe, ressortant encore plus à cause d'une vilaine cicatrice.

- O'Connell ! Gronda Fol-Oeil. Nous ne sommes pas là pour ça !

O'Connell bafouilla encore autre chose que je ne compris pas, mais cela Fol-Oeil dut l'entendre, car il s'énerva vraiment. D'un geste brusque, il attrapa tous les dossiers étalés sur la table. Dans le même temps, de son autre main, il repoussa la chaise du petit Auror, le força à se lever et lui fourra dans les mains les parchemins. La porte s'ouvrit toute seule et d'un grand geste, Maugrey lui indiqua la sortie.

- Va faire la paperasse et laisse-moi me débrouiller tout seul !

O'Connell bredouilla un timide oui et disparut. La porte claqua dans le silence soudain assourdissant. Fol-Oeil n'avait pas rangé sa baguette.

- Nous n'avons pas vraiment besoin d'O'Connell et de son protocole, tant de blabla pour pas grand chose … Discutons plutôt … tous seuls …

Une étrange lueur brilla dans ses yeux étranges et cela ne me plût guère : je me sentais aux abois.

En tout cas, je restai sur ma position : si Fol-Oeil voulait parler, il parlerait tout seul, pas question que je laisse échapper un seul mot … Vu la situation, cela ne pouvait pas être pire …

- Cela faisait longtemps que je voulais … parler un peu avec toi …

Je ne disais rien, je gardai le regard fixé sur la table, une éraflure y avait laissé une marque étrange et je préférai la fixer plutôt que de regarder l'Auror dans les yeux.

- Pourquoi avoir attaqué les Londubats ? Me demanda-t-il soudain.

Lui moins, il n'y allait pas par quatre chemins ! Lentement, je relevai la tête et lui offris pour seule réponse un regard moqueur. S'il pensait que j'allais lui apporter la moindre réponse, il se fourrait la baguette loin dans l'œil.

- Alors ? Insista-t-il.

- - …

Il eut un petit rire.

- Pourquoi croire que tu vas répondre à ma question … conclut-il dans un souffle.

Il se releva soudain et commença à faire quelques pas dans la pièce. Sa jambe de bois cliquetait en rythme avec son pas. Je me désintéressai de son petit manège. La table et ses marques avaient plus d'attrait que l'Auror.

- Et Bartémius ? Pourquoi l'avoir pris avec vous ?

La seule réponse que je lui apportais fut le tapotement de mes doigts sur le bois de la table. Je remarquai qu'à chaque claquement de mes ongles la petite sphère qui était toujours posée non loin de moi voyait ses reflets irisés s'amplifier.

Fol-Oeil revint finalement s'asseoir.

- Soit, peut-être seras-tu plus loquace sur un autre sujet ? Proposa-t-il d'un ton presque amical, comme s'il avait voulu me proposer une tasse de thé.

Il n'avait toujours pas compris que, peu importait le sujet, je ne lui dirai rien ? Les sorts qui l'avaient défiguré avaient aussi affecté son cerveau …

- Il reste encore quelques cellules de libres à Azkaban, des cellules que je souhaiterai voir occupées … Alors dis-moi … qui d'autre faisait partie de votre groupe de Mangemorts ? Demanda-t-il.

Fol-Oeil était vraiment plein d'espoir … et plein de ténacité aussi. Il ne démordait pas de vouloir me faire avouer quelque chose. Il agita alors sa baguette et des photos s'étalèrent devant moi. J'y jetai un coup d'œil nonchalant. Je reconnus bien quelques visages sur certains clichés, tous pris à la sauvette. On voyait par exemple Lucius sortir du Ministère.

Maugrey attrapa cette photo justement. Avait-il vu mon regard se poser un peu plus longuement dessus ? Sans doute, pas grand chose ne lui échappait, il fallait reconnaître ça …

- Malefoy ? Il est des vôtres ? Questionna-t-il.

Je savais que Lucius avait été longuement interrogé mais qu'il avait fini par s'en sortir, comme d'habitude, monnayant sans nulle doute le fait qu'on le laisse tranquille. Ce qui n'était pas du tout au goût de l'Auror qui me faisait face. Il avait rempli à lui tout seul une majorité des cellules d'Azkaban et ne comptait pas en rester là.

Il attrapa une autre photographie.

- Et Nott ?

Seul mon silence lui répondit. Un autre sorcier se retrouva sous mon nez, puis un autre, encore un autre et un autre. A chaque fois, je restai impassible, le silence était mon seul ami. Combien de temps il resta ainsi à brandir inlassablement devant moi des photos, j'étais incapable de le dire. Pas d'horloge pour voir le temps passer, pas de fenêtre pour suivre la course du soleil ou de la lune. Je pouvais très bien être ici depuis deux minutes, deux heures ou deux jours … J'étais incapable de le dire. La fatigue se faisait sentir et la douleur qui s'était calmée revenait, lentement, mais sûrement. Et ce problème de temps qui passait faisait surgir inexorablement une autre angoisse perverse qui peu à peu me glaçait le sang. Mes potions …

D'un geste vif qui trahissait sans nulle doute son agacement, il fit soudain disparaître les photos. Sans ajouter quoique ce soit, il se leva. La porte de la petite pièce s'ouvrit sous son injonction silencieuse et il sortit, me laissant seule.

Je sentis la tension qui nouait mes muscles se relâcher un petit peu. Car je n'étais pas tout à fait seule, je savais qu'il y avait quelqu'un derrière les yeux du tableau aveugle pour m'observer... de même que la petite sphère sur la table qui était toujours activée.

Mes pensées purent se tourner vers Rabastan. Où était-il ? Etait-il dans une pièce semblable à celle dans laquelle je me trouvais ? Avait-il déjà été transféré à Azkaban ? Ou pire ? Ma gorge se serra douloureusement et l'envie de pleurer s'empara une nouvelle fois de moi. Je fermai les yeux un long moment. Une main sur le ventre, j'essayai de me dire que tout ceci n'était qu'un cauchemar, que j'allais me réveiller, que Rabastan serait à mes côtés et que tout irait bien.

Mais le claquement sec de la porte me signifia que rien n'allait bien et que tout ceci était bien réel. La dure réalité me revint en pleine figure.

Fol-Oeil était de retour, il s'était changé. Une nouvelle fois, je me demandai combien de temps j'étais restée seule. Une goutte de sueur glissa dans mon dos, froide et désagréable. Il n'était plus seul, une petite sorcière au chignon strict, aux lunettes dorées et en tailleur orange criard l'accompagnait. Une chaise apparût de l'autre côté de la table, la sorcière y prit place et posa devant elle le dossier qu'elle semblait tenir avec amour. Maugrey, lui, ne prit pas place immédiatement. Il se tourna vers la femme.

- Un instant Deborah …

Semblant comprendre le message non-dit, elle hocha de la tête et en profita pour sortir plume et encrier. Pendant ce temps, Alastor avait sorti sa baguette. Il eut un étrange sourire qui ne laissait rien présager de bon. La pointe de son artefact magique toucha soudain l'étrange sphère et celle-ci s'éclaira d'un coup avec de retrouver sa couleur grise terne en émettant un dernier petit bruit. Un sourire satisfait sur les lèvres, le sorcier s'assit et croisa les mains sous son menton. Son regard se posa encore une fois sur la sphère et dut bout de sa baguette, il la fit tomber. Elle se fracassa au sol en milles éclats coupants scintillants.

Je sursautai et dardai le sorcier du regard.

Par Salazar, cela n'était pas bon signe … Ce qui allait se passer ici ne serait connu que de nous trois … La peur soudain s'empara de moi. Je voulus alors poser une main protectrice sur mon ventre, mais Fol-Oeil avait sans doute prévu mon geste. Sa baguette, à présent pointée sur moi, fit apparaître deux chaînes des accoudoirs et tout mouvement me fut tout à coup interdit.

- Qu'est-ce que … grommelai-je.

Fol-Oeil me sourit.

- Bien, au moins, je constate que tu sais toujours parler …

Il se tut quelques secondes.

- Nous allons vraiment pouvoir passer aux choses sérieuses.

Il tourna la tête vers la sorcière. Elle lui sourit, bizarrement et prit la parole.

- Deborah Callaghan, chef du service de la PATES ! Se présenta-t-elle.

La PATES ? Ce service ne me disait rien. Elle eut un petit rire et continua.

- PATES : Protection et Assistance Temporaire aux Enfants Sorciers, expliqua-t-elle. Il me manque quelques renseignements pour monter un dossier.

Un dossier ? De quel dossier parlait cette vieille mégère. Mon cœur battait d'une manière désagréable à mes oreilles. Et ces fichues chaînes qui m'empêchaient de bouger mes mains !

- Monsieur Maugrey m'a gentiment prévenue que vous alliez sans nul doute être envoyée à Azkaban, puisque, d'après ce qu'il m'a dit, vous ne souhaitez pas répondre à ses questions. Vous devez bien sûr vous douter qu'il n'est pas question que votre enfant grandisse dans de telles … conditions.

Je voulu bouger mais la seule chose que je réussis à faire fut de faire cliqueter les chaînes, ce qui arracha un petit sourire à Fol-Oeil.

Imperturbable Deborah farfouilla dans un dossier.

- Si j'en crois mes informations, le bébé est prévu pour mi-juillet … Un garçon, n'est-ce pas ?

Je ne répondis que par un grondement trollesque.

- Vous avez déjà songé à un prénom ? Me demanda-t-elle soudain avec un sourire mielleux.

Mon nouveau grognement fut étouffé par un toussotement de Fol-Oeil, la sorcière se tourna vers lui.

- Oui ? Lui demanda-t-elle.

- Est-ce vraiment nécessaire, ce genre d'informations ? La questionna-t-il.

- Je dois remplir un dossier et il ne pourra pas être enregistré sans un prénom pour l'enfant …

- C'est ennuyeux, effectivement, admit Maugrey qui continua à parler à la sorcière comme si je n'étais pas là. Mais ne pouvez-vous pas mettre vous-même un prénom ? Après tout …

Deborah hocha la tête et se remit à griffonner quelques mots. Je tentais de garder mon calme, de refréner ma colère … mais je bouillonnais et de nouveau la douleur revenait, mettant mes nerfs à rude épreuve. Je ne savais pas trop à quoi jouait Fol-Oeil, et malgré ma curiosité et ma peur, je me refusai à lui poser la moindre question. Je ne m'abaisserais pas à cela ! Il n'en était pas question !

Tout en écrivant, la sorcière laissa échapper quelques mots.

- De toute façon, cela n'a pas vraiment d'importance, les parents adoptifs changeront sans aucun doute le prénom … Ce n'est qu'un détail, Alastor …

Cette fois, je ne pus m'empêcher de bondir.

- Adoption ? Répétai-je en haussant la voix.

Deborah me sourit avec cet air condescendant que je ne pouvais déjà plus supporter.

- Bien entendu, je vous l'ai dit, il n'est pas question que ce bébé à venir connaisse Azkaban … d'où l'adoption …

- Vous n'avez pas le droit ! Grondai-je sourdement.

- Ah oui ? Répondit laconiquement la sorcière.

Elle voulut rajouter je ne sais quoi, mais Maugrey l'interrompit.

- Nous avons tous les droits, comme par exemple celui de faire adopter cet enfant par une famille de … moldus …

- ESPECE DE SALE PETITE ORDURE ! Hurlai-je soudainement.

Je plissai les yeux de colère et de haine. Mais par dessus, c'était l'angoisse qui prenait le dessus, une terreur à l'état pur, car dans le regard de Fol-Oeil, je compris qu'il en était tout à fait capable.

- Vous n'oseriez pas ? Marmonnai-je d'une voix éteinte.

Je secouai de nouveau les chaînes mais en vain. L'Auror laissa échapper un petit rire.

- Quelle ironie cela serait … Un enfant de Mangemort, élevé chez des moldus …

Mes injures se perdirent dans le rire du sorcier.

- Bien, bien … Reprenons !

La voix de Callaghan brisa le rire de l'Auror. Elle continua à lire quelques feuillets de parchemins quand soudain, elle fronça les sourcils.

- Oh, s'exclama-t-elle alors.

Curieux, Maugrey jeta un œil en direction de la femme.

- Qu'y a-t-il ?

La femme tapota du bout du doigt quelque chose sur le parchemin.

- Affection du Bandimon … lut alors Maugrey par-dessus son épaule.

Une nouvelle fois, je bondis.

- Comment savez-vous cela ?

Personne n'était au courant, pas même Rabastan … Je n'avais pas voulu lui en parler pour ne pas l'inquiéter et voilà que cette crac-mol de chef de la PATES était au courant...

- Qu'est-ce que c'est ? Demanda Fol-Oeil.

- Une maladie assez rare, expliqua Deborah. Anodine quand elle est bien traitée … mais si on ne se soigne pas …

- Ah oui ?

Maugrey était visiblement soudainement intéressé. Avec son sourire niais, la sorcière continua ses explications, la rage m'envahissait un peu plus tandis que je les injuriais copieusement.

- C'est mortel dans quatre-vingt pour cent des cas pour le bébé : arrêt cardiaque dans tous les cas si la potion n'est pas prise régulièrement, en général la mère, elle, en réchappe, malgré de possibles complications …

Elle tourna la tête vers moi, son sourire toujours attaché sur les lèvres.

- Je ne me trompe pas, n'est-ce pas ?

- Espèce de véracrasse fouineuse …

Ma réponse la laissa de marbre.

- De quand date la dernière prise de potion ?

Je détournai la tête brusquement, sentant soudain les larmes poindre au coin de mes yeux. La sorcière continua de parler toute seule, sous le regard satisfait de Maugrey.

- Au mieux avant que vous n'ayez été conduite ici. Vous devriez donc commencer à sentir les ravages de cette maladie prochainement …

Je savais que la potion devait être prise toutes les quatorze heures … On avait encore la possibilité de la prendre trois heures après ces quatorze heures pour empêcher le virus de se répandre, après … les premiers symptômes se manifestaient … d'abord chez la mère, ensuite, lentement et inexorablement le bébé était touché.

Fol-Oeil se pencha à l'oreille de Deborah et lui chuchota quelques mots. Elle acquiesça en silence. Soudain, elle rangea les parchemins et se leva.

- Nous continuerons cela plus tard … si cela s'avère encore utile …

Elle fouilla alors dans sa poche et en sortit un petit flacon qu'elle posa sur la table devant moi.

- Si monsieur Maugrey est satisfait de vos réponses, je pense que cela pourrait vous … soulager …

Je posai les yeux sur la potion. Je savais très précisément ce que c'était : un liquide argenté avec un liseré vert. J'en avais suffisamment pris toutes les quatorze heures pour la reconnaître du premier coup d'œil.

Deborah quitta alors la pièce. Je me retrouvai seule avec Fol-Oeil. Il m'observait regarder avec avidité le flacon.

- Bien, nous allons peut-être pouvoir enfin avoir une discussion … plus … sérieuse.

- Dans tes rêves, Maugrey ! Lui rétorquai-je. Tu crois réussir à me faire parler en me faisant pareillement chanter ?

Comment je réussis à attraper le flacon, je ne sus pas, les chaînes tiraient avec force sur mes poignets, mais dans un geste inconsidéré je réussis à refermer ma main sur le frêle cristal et avant que Fol-Oeil n'ait pu faire quoique ce soit, alors que tout mon être me criait de faire le contraire, j'envoyai au loin la potion. Le cristal se fracassa contre le mur, laissant une traînée liquide sur la peinture grise. La potions s'écoula lentement, bien plus lentement que mes larmes, bien plus lentement que la douleur m'arracha un cri.

Je ne me rendis pas compte que les chaînes avaient soudain disparu. Ce fut lorsque le sort de Fol-Oeil me fit rencontrer avec violence le mur du fond que je me rendis compte que j'étais libérée. Je m'écroulai lourdement au sol, alors qu'une nouvelle vague de douleur m'envahit. Les larmes coulaient toutes seules sur mes joues. Dans le choc, mes dents s'étaient refermées sur ma langue et le goût amer du sang avait envahi ma bouche. Une lueur sans doute de folie dans le regard, je repoussai avec difficulté les cheveux qui étaient tombés sur mon visage.

- Tu croyais quoi ? Maugrey ? Que ton petit numéro me ferait parler ? Tu te fourres la baguette loin dans l'œil … Je ne …

Un éclair jaillit de sa baguette et une nouvelle douleur vint s'ajouter à mon fardeau. Il venait de briser avec soin chacun des doigts de ma main gauche.

- Et ce … n'est pas … comme ça … non plus … que tu … obtiendras … quelque chose de … moi, parvins-je à bredouiller.

- Je n'en doute pas, rétorqua le sorcier. Tu ressembles beaucoup à ta belle-sœur... Mais ce n'est pas non plus le fait de savoir que tu ne diras rien qui me fera arrêter …

Un autre éclair fusa et toucha mon autre main.

Combien de sorts je reçus, j'en avais perdu le compte. En fait, je ne ressentais plus rien, j'étais au-delà de la douleur. Pourquoi je ne pouvais sombrer dans l'inconscience et ne plus rien ressentir, je ne le savais …

Soudain, la porte s'ouvrit brusquement. Le premier auror, celui que Fol-Oeil avait chassé revint essoufflé. Soudain médusé par le spectacle, il resta sans voix.

- Quoi ? Aboya Fol-Oeil.

J'eus du mal à comprendre ce qu'il lui répondit, les mots «Croupton» et «parler» me parvinrent comme de très loin. Les paroles de Maugrey m'étaient incompréhensibles, mais il disparut. Il fut vite remplacé par deux autres aurors. Je pensais que les questions allaient recommencer mais non. Ils me traînèrent seul Salazar savait où. J'étais incapable de faire un pas, j'avais ce goût horrible dans la bouche, l'impression abominable que mes mains étaient réduites en bouillie, et cette douleur dans le ventre qui ne faisait que grandir, contractions après contractions.

Il y eut un bruit métallique et je fus poussée sans ménagement au fond de ce qui devait être une cellule.

Je tombai lourdement au sol, incapable de toute façon de me rattraper ou me retenir. Ma chute m'arracha un nouveau cri.

Il y eut alors cette voix qui m'interpella.

- Caly ?

Je redressai la tête, mais les larmes et la douleur embrouillaient ma vue. J'étais incapable de chasser les pleurs de mes yeux. Mais cette voix, je ne l'avais pas rêvée. J'ouvris un peu plus les yeux et je le vis, là-bas, dans la cellule d'en face.

- Rab …

Et de le voir me fit me sentir encore plus mal, plus misérable. Je réussis à changer de position et à m'asseoir avec le restant de mes forces, à même le sol, contre un mur. Ce fut en bougeant que je me rendis compte d'autre chose : un liquide chaud et poisseux qui coulait le long de mes cuisses.

- Je … je suis désolée …

Je crois que ce fut les derniers mots que je réussis à dire … Ensuite ce furent les ténèbres, le néant … Plus rien …