Bonjour,

Me voici de retour avec ce nouveau chapitre … Chapitre assez difficile, je dois dire (enfin vous verrez pourquoi ^^)

Merci aux personnes qui ont reviewé ^^

Pour te répondre, Jude, puisque je ne peux pas t'envoyer de messages : je ne sais pas encore combien cette partie-ci fera de chapitres, je compte aller jusqu'au tome 7. Si tu veux on peut se liguer ensemble pour effectivement faire bouffer son oeil magique à Fol-Oeil …

Merci également à lapin d'Alice pour sa fidélité dans les reviews … Effectivement ce n'est pas gai … Quant à savoir si les choses vont bien tourner, je te laisserai le découvrir au fil des chapitres !

Merci aussi ma chère bêta à qui j'ai donné pleinnnnnnnnnnnnnn de travail pendant ces vacances (le chapitre 9 avance bien … ) !

Bonne lecture !

Chapitre 6 : Cette douleur qu'on garde bien au chaud ...

J'eus l'impression qu'on bougeait autour de moi. Je percevais simplement des courants d'airs, un peu comme ceux que produisent des personnes qui s'agitent autour de quelqu'un. Je n'entendais aucun bruit, si ce n'était celui des battements de cœur qui résonnaient à mes oreilles. Je voulus bouger mais j'étais incapable de faire un seul geste : était-ce moi qui n'y arrivait pas ou était-ce quelque chose qui m'en empêchait ? Mes pensées étaient trop vagues pour que je puisse appréhender ce qui se passait autour de moi, quant à mes souvenirs, ils étaient si confus que je n'arrivai même pas à m'en rappeler.

Je n'étais même pas capable de savoir si j'avais les yeux ouverts ou non. J'essayai donc d'ouvrir les paupières ou de les refermer. Il y eut alors un changement : une lueur grisâtre et diffuse. J'en conclus donc que là, j'avais les yeux ouverts. Cette lumière me faisait mal et je préférai clore de nouveau mes paupières.

Peu à peu des bruits me parvinrent, d'abord ténus et presque inaudible, puis de plus en plus distincts : c'était comme des murmures - encore incompréhensibles pour moi, des tintements, des raclements … Cette fois j'ouvris en grand les yeux et ma vision n'était plus autant brouillée. Je devais être couchée car ce que je voyais ressemblait à un plafond blanc avec de drôles d'éclairages. J'inspirai un grand coup et le bruit que je fis m'aurait presque fait sursauté si un mouvement dans mon champ de vision n'avait attiré mon attention. Une forme d'abord indistincte se rapprocha et lorsqu'elle se pencha au-dessus de moi, je reconnus un visage : celui d'une femme d'une bonne cinquantaine d'années. Elle avait de grands yeux noisettes doux et un sourire aux lèvres. Elle respirait le calme et la bonté. Ses cheveux étaient cachés sous une coiffe qui me semblait familière, sans pour autant me rappeler pourquoi.

- Par Merlin ! S'exclama-t-elle. Vous êtes enfin réveillée !

Je sentais ses mains qui me palpaient par endroits. Elle s'arrêta et se redressa un peu plus.

- Ne bougez pas, je vais chercher le médicomage !

Elle disparut de mon champ de vision après avoir posé sa main chaude sur mon front glacé. Pourtant, elle devait être encore près de moi car j'entendis encore une fois sa voix s'exclamer.

- Par Merlin !

Il y eut un petit claquement que j'identifiais comme celui d'une porte. Et le silence revint. Je voulus bouger, mais c'était impossible.

Je ne savais toujours pas où j'étais, mais j'avais les idées un peu plus claires. La sorcière avait parlé de médicomage, se pouvait-il que je sois à Sainte Mangouste ?

Sainte Mangouste … Pour moi ce nom évoquait un hôpital … mais si c'était vrai, pourquoi étais-je là ?

Alors un souvenir me revint en mémoire, me frappant douloureusement.

La douleur !

J'avais eu si mal... La douleur, elle venait et allait, irradiant tout mon être et malgré moi à ce souvenir flou, je frissonnai.

Un autre souvenir me frappa tout aussi brutalement ; un visage. Fol-Oeil ! Un vent de panique souffla alors sur moi...

Il fallait que je me redresse ! Et alors que je tentais en vain de bouger, je me rappelai de tout : l'arrestation de Rabastan, les Aurors débarquant chez ses parents, le Ministère, la garde à vue, le bébé, la douleur …

Il fallait que je me lève, que je sache ce qui s'était passé, mais je ne pouvais pas bouger. Mon cœur s'était remis à battre la chamade, c'était une pulsation presque douloureuse. Ma respiration s'était accélérée et pourtant j'avais l'impression de suffoquer.

J'étais bloquée là ! Dans l'incapacité de faire quoique ce soit et la panique me submergea.

La porte claqua de nouveau.

Une voix gronda dans le silence.

- Ramenez-moi une potion au dictame, un mélange asphodèle – pierre de lune !

- Oui, répondit la voix de la sorcière.

L'autre voix, celle de l'homme, je la connaissais, j'en étais certaine. Mais tout était encore si flou. Quelqu'un toucha alors ma main, avec douceur, et un visage apparut dans mon champ de vision.

Richard …

Je voulus prononcer son prénom, mais j'étais toujours murée dans mon silence. Sa main quitta la mienne et vint caresser ma joue. Son regard sombre brilla un court instant et je le vis ensuite froncer les sourcils. Il se pencha un peu plus vers moi.

- Tu es sous stupefix médical, expliqua-t-il. Je n'ai pas beaucoup de temps, je veux que tu m'écoutes avec attention. Je t'ai aussi soumise à un silencio pour le moment. Tu comprends ?

Ses paroles n'avaient été qu'un souffle, mais je l'avais parfaitement compris. Je clignais des yeux pour le signifier puisque je ne pouvais rien faire d'autres.

- L'infirmière va revenir d'un instant à l'autre …

Il s'interrompit avant de reprendre encore plus bas. Il inspira et soudain je n'eus guère envie d'entendre ce qu'il avait à me dire. Son regard se brouilla quelques secondes, il se reprit.

- Calypso Lestrange est morte ! Déclara-t-il tout à coup. Désormais tu t'appelles Charlotte Nott, tu es une de mes cousines, tu viens d'Irlande. As-tu compris ?

Je détournai le regard avant de fermer les yeux. Oui, j'avais compris … enfin pas vraiment … Qu'est-ce que cela voulait dire.

Je sentis une pression sur mes épaules. Je rouvris les yeux. Richard me dévisageait l'air grave.

- Tu as compris ? Répéta-t-il.

Les larmes me montèrent aux yeux, je clignais rapidement pour lui signifier que oui et je me mis à pleurer en silence.

Sa main chassa une larme sur ma joue.

- Je suis désolé … me murmura-t-il. Je t'expliquerai tout plus tard.

Il se redressa brusquement. La porte s'ouvrit et j'entendis l'infirmière revenir. Richard avait repris un ton professionnel quand il s'adressa à moi.

- Je vais rompre le sortilège de stupefix et de silencio, expliqua-t-il.

Il sortit sa baguette et lança un informulé. Je ne sentis aucun changement. Je voulus faire un mouvement, mais de nouveau la voix de Richard m'interrompit.

- N'essaye pas de bouger, Charlotte … Pas encore …

L'entendre m'appeler ainsi me fit remonter les larmes aux yeux. C'était … surréalisme.

Bien entendu, je ne l'écoutai et je voulus me redresser.

- Je t'ai dit de ne pas bouger, me gronda-t-il.

Pourtant, il m'aida à m'asseoir. La tête me tournait horriblement et je fermai les yeux, attendant que le vertige se passe.

Il y eut un petit bruit, celui d'un bouchon que l'on ouvre et l'infirmière qui avait fait le tour du lit prit la parole.

- Le dictame …

Je sentis un mouvement et quand je rouvris les yeux, Richard s'était saisi de la potion.

- Je veux que tu avales ça.

J'ouvris la bouche comme une enfant et il m'administra trois gouttes. C'était amer au possible et cela me fit tousser violemment.

L'infirmière passa ensuite une petite boîte ronde à Richard. Il l'ouvrit et attrapa une pilule qui changeait de couleurs. Il me la tendit et je l'avalai avec le verre d'eau que me donna la sorcière.

Immédiatement je me sentis mieux, mais sans plus aucune volonté propre. J'avais l'étrange impression de flotter, sans pour autant avoir quitté mon lit.

- Qu'est-ce que …

Je toussai une nouvelle fois, le son de ma voix était rauque et caverneux comme si j'avais trop crié.

- Tais-toi, Charlotte, tu dois te reposer.

A peine eut-il parlé de repos que je me sentis lasse comme jamais je ne l'avais été.

- Je repasserai te voir, dors un peu.

Richard donna d'autres directives à l'infirmière que je n'entendis déjà plus. Je sombrai dans un long sommeil.

Mon séjour à Sainte Mangouste se passa lentement séparé en deux phases : de longues phases où les pilules arc-en-ciel me faisaient dormir et des phases d'éveil, très courtes. Mais à chaque fois que j'ouvrais les yeux, Richard était là. A chaque fois, également, il éludait mes questions. Aussi, à force, je finis par ne plus rien tenter de lui demander.

Mon état s'était stabilisé et lentement je repris des forces. J'étais capable de me lever et faire quelques pas seule.

Richard m'avait promis de me faire sortir au plus vite de l'hôpital. Il semblait aussi pressé que moi de quitter ces murs. Je pouvais le comprendre. N'importe qui à tout moment pouvait découvrir la supercherie. D'autant plus que, d'après l'infirmière, mes nuits étaient très agitées et je parlais souvent – de manière décousue – dans mon sommeil.

L'infirmière entra ce matin-là avec le sourire. Avec le temps, j'avais appris qu'elle se nommait Abigaëlle. C'était une sorcière très gentille et très dévouée pour les malades qu'elle avait en charge.

- C'est donc le grand jour aujourd'hui ! S'exclama-t-elle en me voyant. Vous allez nous quitter !

Je hochai simplement de la tête. Je ne parlais que très peu, le strict minimum.

- Le Professeur Nott ne va pas tarder à arriver. Il a pris un jour de congé rien que pour vous. Votre cousin vous aime beaucoup, vous savez. Vous avez beaucoup de chance !

Un nouveau hochement de tête lui répondit.

- Je sais, marmonnai-je dans une sorte de croassement lugubre.

Abigaëlle m'aida à passer une robe noire toute simple. Elle démêla mes cheveux. Il n'y avait pas grand chose à coiffer d'ailleurs, Richard pour parfaire le subterfuge avait coupé mes longs cheveux et leur avait donné une teinte chocolat. Je détestai le reflet que me renvoyait le miroir. Ce n'était pas moi et à chaque fois, le désespoir s'empara de moi.

Perdue dans ces sombres pensées, je n'entendis pas la porte de la chambre s'ouvrir et soudain Richard était là.

- Prête ? Me demanda-t-il.

Lui sauter dans les bras fut ma première réponse. Je le serrai contre moi avec force.

- Emmène-moi loin d'ici, le suppliai-je.

-Alors partons, me sourit-il. Je me suis occupé de ton dossier de sortie.

Quitter Sainte-Mangouste ne fut l'affaire que de quelques minutes, à chaque pas, je craignais que quelqu'un me reconnaisse. Je sursautais à chaque sorcier que nous croisions ou dans l'ascenseur ou dans les couloirs. Pas un seul instant je ne lâchai la main de Richard.

Ce ne fut que lorsque je sentis l'air frais de la rue que je respirai enfin.

Je me détendis tout à fait quand sous mes pas crissèrent les graviers de l'allée qui menait à l'entrée de la demeure de Richard.

La porte s'ouvrit et nous entrâmes. Richard me conduisit dans le salon. Il n'était pas vide : Théodore assit sur un tapis s'amusait à empiler des cubes en bois. A notre arrivée il leva les yeux et éclata de rire en voyant son père. Se redressant avec difficulté, il réussit à se mettre debout et esquissa deux pas hésitants avant de chuter sur le tapis. Je n'en vis pas plus, une tornade blonde me sauta dessus. Apollonia me serra contre elle.

- Caly ! Je suis …

La voix de Richard interrompit sa femme.

- Charlotte, la corrigea-t-il avec douceur mais fermeté.

- Mais ! Protesta la sorcière blonde. Nous sommes entre nous, à la maison.

Richard ne dit rien, il secoua juste la tête. Apollonia laissa échapper un soupir qui fit écho au mien.

- Ma chérie, continua-t-elle finalement. Je suis tellement désolée …

- Apollonia, s'il te plaît, marmonnai-je piteusement en me dégageant de son étreinte.

Il y eut un échange de regard entre la sorcière et son mari et Apollonia retourna s'asseoir.

Et moi, je restai là, plantée au milieu du salon, ne me sentant pas du tout à ma place. Le chagrin reprit le dessus, j'avais le cœur au bord des larmes.

- Je … je suis fatiguée, mentis-je soudain.

Apollonia hocha de la tête et se releva.

- Viens, je vais te conduire à ta chambre.

Je la remerciai d'un sourire et la suivis.

Dix jours …

Cela faisait dix jours que je vivais désormais chez Richard.

Dix jours pendant lesquels je n'avais plus prononcé une seule parole. Je passai la plupart du temps enfermée dans ma chambre. Au début, je ne voulais même pas descendre prendre des repas. Mais le sermon que me fit Richard et qui me fit encore une fois pleurer me fit changer d'avis. Non pas que j'avais été convaincue par ses arguments, c'était uniquement pour ne plus l'entendre prononcer les paroles qui avaient brisé un peu plus mon cœur quand il avait fait allusion à Rabastan. Alors je descendais prendre mon repas en silence et je retournai ensuite m'enfermer dans ma chambre. Je restai debout, à la fenêtre à regarder le parc. J'attendais simplement que le temps passe, redoutant le moment où je serai incapable de regarder la pelouse parce que la nuit serait tombée. La nuit, je la haïssais maintenant. Je n'arrivais plus à trouver le sommeil et quand enfin la fatigue triomphait, ce n'était que des cauchemars qui venaient hanter mes songes. Je me réveillais en hurlant, trempée de sueur et de larmes. Même l'oubli du sommeil m'était refusée …

La lune venait de se lever au-dessus des sapins sombres. Il n'y avait plus un bruit, même le vent qui s'était levé dans la soirée s'était couché. Pas une branche ne se balançait au dehors. Les lourdes nuées qui s'étaient massées dans le ciel ne bougeaient plus, elles restaient là simplement menaçantes, paraissant défier la lune tremblotante à l'autre bout du ciel.

Sans trop savoir pourquoi, je quittai ma chambre. Le manoir était silencieux, plongé dans le noir. J'avais dans l'idée de sortir prendre l'air dans le parc. L'orage risquait pourtant d'éclater à tout moment, mais il fallait que je sorte.

J'étais en train de traverser un énième couloir quand une porte entre-ouverte attira mon attention. Quelques bougies brûlaient dans le bureau. Curieuse, je poussai la porte. Richard était là, penché sur un parchemin, traçant par moment des mots qui faisaient crisser sa plume.

Appuyée contre le chambranle de la porte, je l'observai un long moment en silence. Je le trouvais tout à coup tellement changé. Il n'avait plus cette insouciance qui transparaissait dans son regard. Ses yeux avaient cette lueur éteinte que donnaient les soucis. Je me rendis compte tout à coup tout ce qu'il avait risqué pour moi et je le remerciai d'une bien étrange manière.

- Si tu restes là encore quelques secondes, je suis certain que tu pourras fusionner avec la porte de mon bureau, me lança-t-il soudain.

Je sursautai d'avoir été prise en flagrant délit. Il reposa sa plume, referma l'encrier et se leva.

- Entre, m'invita-t-il.

Je fis quelques pas à l'intérieur de la pièce sombre. Il y avait deux fauteuils devant la cheminée, Richard s'installa dans l'un d'entre eux, moi je les dédaignais : je préférai m'asseoir à même le sol. Le sorcier me tendit alors une petite boîte. Je la pris sans dire un mot et l'ouvrit : des petites capsules dorées y étaient rangées. Cela ressemblait fort à du concentré de potion de sommeil. Intriguée, j'interrogeai Richard du regard.

- Je ne suis pas dupe, expliqua-t-il doucement. Tu ne fais pas de bonnes nuits. Tu as beau être installée de l'autre côté du manoir, il m'arrive de t'entendre parfois, la nuit …

Je baissai la tête, refermai la boîte et la rangeai dans ma poche.

C'était peut-être ça la solution … Prendre une de ces pilules et dormir enfin … ou avaler la boîte tout entière et ne plus souffrir.

Devinant sans doute mes pensées, Richard reprit la parole.

- Le boîtier est ensorcelé. Tu ne peux prendre qu'une pilule par tranche de dix heures …

Je baissai encore un peu plus la tête, toute honteuse.

Soudain, les mots sortirent tous seuls, les mots que je voulais prononcer depuis tout ce temps mais que je redoutais également de laisser échapper.

- Que s'est-il passé ?

Je relevai la tête. Richard se laissa tomber au sol, près de moi. Je fus prise d'un violent tremblement.

- Tu veux vraiment savoir ?

- Oui …

Cela n'avait été qu'un souffle ténu. Richard soupira. Il me prit dans ses bras et attendit que mes tremblements se calment.

- Quand tu es arrivée, j'ai cru qu'il était trop tard. Tu étais dans un état plus que critique … Je n'étais de garde, ce soir-là. Mais il y avait eu cette explosion magique, ils avaient dû faire revenir tous les médicomages. Cela avait touché sorciers et moldus … Ce n'est pas moi qui t'ai soigné, au début. J'étais avec un autre patient. Il y avait tellement de bruit dans le couloir que je suis sorti pour voir ce qui se passait. Deux médicomages se disputaient avec un bataillon d'Aurors qui voulaient entrer dans une salle, celle où tu avais été conduite. On peut imputer plein de choses à Sainte Mangouste, mais au moins, l'hôpital a le mérite de suivre à la lettre le règlement. Les Aurors ont été mis dehors du service presque manu militari par les médicomages et les guérisseurs venus en renfort. Deux infirmières durent les surveiller dans la salle d'attente pour éviter qu'ils ne débarquent de nouveau. Je voulais aller aux nouvelles, sans savoir que c'était toi … quand je me suis fait interpellé par un collègue qui m'a dit que je ferai mieux de venir car je te connaissais. Il ne m'avait pas dit ton nom et au début j'ai cru que c'était Apollonia. Et puis j'ai réfléchi, les Aurors ne seraient pas venus pour elle …

Il s'interrompit soudain. Je restai silencieuse, ne sachant pas quoi dire.

- Les Aurors avaient tellement tardé avant de te faire conduire ici … reprit Richard. Il y avait tant de sang et tu étais si pâle … C'était à peine si tu respirais …

Il secoua la tête. Je me redressai légèrement. Cette fois, ce fut lui qui fuyait mon regard. Avec douceur, je posai un index sur ses lèvres pour le faire taire. Il fit tomber ma main et reprit.

- Et quand ils ont emmené cette autre patience qui te ressemblait … J'ai … j'ai profité d'un instant de répit. Vos états avaient été stabilisés, j'étais tout seul dans la pièce avec un guérisseur. Il me parlait de cette femme, allongée à côté de toi... Et plus il parlait, plus je voyais une issue à ce … gâchis. Cette femme … Son état était peut-être stable, mais elle n'allait pas survivre. Elle n'avait plus de sa famille : son seul proche avait été tué par l'explosion … C'était … c'était comme si j'avais pris un peu de felix felicis ! Le guérisseur n'a rien vu venir. Je ...je lui ai jeté un imperium. Il m'a aidé … On a tout échangé … les dossiers jusqu'à certaines blessures que je lui ai rajoutées … Tu avais déjà accouché … Plus rien ne pouvait se mettre en travers de cette idée … Alors j'ai foncé ! Ensuite … j'ai fait subir un Oubliette au médicomage et quelques autres sorts … Et … quand elle est morte, ils ont cru que c'était toi … Te faire passer pour ma cousine ensuite a été un jeu d'enfants … Pourtant j'ai cru que quelqu'un se poserait des questions : deux blessées que j'étais censée connaître dans la même pièce, ça aurait dû mettre le doxy à l'oreille à quelqu'un mais non … Dans la panique de l'instant … Et comme ensuite, tous les blessés ont été répartis dans différents services …

- Pourquoi Charlotte ? Demandai-je soudain.

C'était une question totalement incongrue, sans doute déplacée. Mais j'avais besoin de savoir … Ce prénom, j'allais vivre avec désormais.

- - C'est le premier qui me soit venu …

Il se tut et je ne dis rien. Je ne savais pas quoi dire. Il avait beaucoup risqué dans cette histoire. Et une nouvelle fois, je lui devais beaucoup.

Il y eut un long silence que personne n'osa briser. Il n'avait pas tout dit, j'avais encore des questions qui me brûlaient les lèvres. Je finis par soupirer.

- Et … et Rabastan ? Et … notre bébé ?

Richard soupira et baissa les yeux. Je me levai brusquement, ne supportant pas de le voir ainsi. Je fis quelques pas en titubant dans la pièce. Je devinais ce qu'il en était, mais de savoir que j'allais l'entendre à haute voix me fit me sentir mal.

- Il a été envoyé à Azkaban … prison à vie …

La sentence tomba comme un couperet et des larmes silencieuses glissèrent de mes yeux. Je serrai mon poing très fort. Un froid glacial me saisit et je laissai échapper une plainte de mes lèvres entre-ouvertes. Je secouai la tête, comme si ce geste dérisoire pouvait chasser ma douleur.

Richard s'était tu. Le visage ruisselant de larmes, je me tournai vers lui. Il n'avait pas répondu à mon autre question.

- Et mon bébé ? Répétai-je.

Il émit un claquement de langue agaçant.

- Richard ! Réponds-moi, je t'en prie, je veux savoir !

Le sorcier soupira une nouvelle fois.

- Je … je suis désolé.

- Il … il est mort ? Que … s'est-il passé ?

C'était une curiosité morbide, mais j'avais besoin de connaître la vérité. Je ne voulais plus essayer de comprendre ou de deviner les faits. J'avais besoin de savoir, même si cela faisait mal … Richard se leva et vint me retrouver.

- Ils ont déclenché l'accouchement … Je ne sais pas par quel miracle il était en vie quand il est sorti de ton ventre. Il … était si petit … si frêle et pourtant … il s'est accroché.

Je redressai la tête, ne comprenant pas trop ce que le Mangemort voulait dire.

- Trois jours … Il a lutté pendant trois jours … continua Richard en hésitant.

Trois jours … Mon bébé avait survécu et … je n'en avais rien su. Les larmes coulèrent encore plus et un sanglot douloureux s'étrangla dans ma gorge. Je sentis la main de Richard se poser sur mes cheveux.

- Il n'était pas seul, chuchota-t-il à son oreille. Constance était là.

- Constance ? Répétai-je ne comprenant pas.

- Ils l'ont relâchée, Henry et elle. Ils n'avaient rien sur tes beaux-parents. Dès que je l'ai su, je lui ai envoyé un hibou ; elle a accouru aussitôt. Elle est restée tout le temps avec … Julius …

Mon regard s'agrandit en entendant le prénom.

- Vous … vouliez l'appeler ainsi, n'est-ce pas ?

Il me fut impossible de prononcer un mot pour lui répondre. Mes pleurs étaient intarissables. C'était Rabastan qui avait songé au prénom de mon père pour le bébé, il avait dû en parler à ses parents.

- Il … il s'est … endormi … dans ses bras … conclut Richard.

La peine m'écrasait, je fis quelques pas jusqu'à la fenêtre. Il s'était mis à pleuvoir au-dehors.

- Ils ont voulu me le prendre …

Ma voix semblait provenir de très loin. Je regardai toujours le parc détrempé.

- Fol-Oeil, il avait fait venir quelqu'un du service de la PATES … Ils … ils … m'avaient menacée … de le faire adopter par … des moldus …

Les mots sortaient tous seuls. La pluie qui martelait la vitre leur faisait écho. Mon doigt suivit la trace humide d'une goutte glissant sur la fenêtre.

- Mais … même là … je n'ai pas flanchée … Pas … plus … quand …

Ma voix s'étrangla dans un sanglot.

- Ils étaient au courant pour le virus … Ils savaient … Ils ont essayé de me faire chanter contre un flacon de potion … C'est … c'est moi-même qui l'ait fracassé au sol …

Je tombai soudainement à genoux.

- C'est … c'est à cause de moi … s'il … s'il est mort … me mis-je alors à pleurer.

Richard me força à me relever. Il attrapa mon menton entre ses doigts et m'obligea à le regarder, droit dans les yeux. Un éclair zébra le ciel, le tonnerre retentit mais ni lui ni moi n'y fîmes attention.

- Je t'interdis de dire ça ! Gronda-t-il d'un air féroce. Ce n'est pas ta faute ! Prendre de cette potion n'aurait rien changé !

Disait-il cela pour me consoler ou était-ce la vérité ? Je n'avais même pas envie de le savoir. Je me blottis simplement dans ses bras pour pleurer de tout mon saoul. Entre mes sanglots, j'entendis la voix de Richard.

- - Quel gâchis …