Bonjour,
J'ai pris un peu de retard dans mes publications … La faute à une méchante grippe et un surcoît de travail au boulot … dont je me serai bien passée …
En plus, le bug de fanfiction m'a empêché de poster ce chapitre plus tôt …
Maintenant, ça semble remarcher !
Voici donc le chapitre 7 ...intense dans les sentiments … Après, ce sera un peu plus joyeux, je vous le promets !
Merci aux fidèles reviewers ! Ca fait super plaisir !
Bonne lecture.
Chapitre 7 : Au bout du compte, on se rend compte qu'on est toujours tout seul au monde ...
Le soleil dardait ses chauds rayons. Le parc avait revêtu ses habits estivaux. L'herbe arborait un beau vert tendre et les fleurs s'épanouissaient en massifs multicolores. J'étais assise à l'ombre d'un arbre. Un livre ouvert était posé à l'envers pour empêcher le vent chaud de tourner les pages. J'avais abandonné ma lecture depuis longtemps. Du coin de l'œil, je surveillais Theodore. Le petit garçon gambadait d'un massif à l'autre, il avait entre les mains une grande brassée de fleurs. Par moments, il se tournait vers moi, me faisait un signe de la main auquel je ne manquais pas de répondre et repartait cueillir d'autres fleurs. Quand il ne put plus prendre aucune fleur dans ses bras, le bambin revint vers moi. Il posa sur la couverture sa moisson florale. Avec application, le regard fermé, le sorcier commença à trier les fleurs pour confectionner un bouquet. Je le regardais faire en silence. Il releva la tête et nos regards se croisèrent.
- Tante Charlotte ?
Je lui souris.
- Qu'y a-t-il Theo ?
- Je peux te poser une question ?
- Hum … Demande toujours …
J'avais appris à me méfier de ses questions. Malgré ses cinq ans, Theo était plutôt perspicace et l'innocence de ses questions enfantines frappaient souvent là où ça faisait mal …
- Pourquoi tu restes toujours à la maison ? Pourquoi tu ne viens jamais avec moi jouer chez Drago ?
Et voilà Theo avait bien visé et frappé en plein cœur. Je laissai échapper un soupir. Son regard interrogateur me dévisagea avec beaucoup trop de sérieux pour un gamin de cet âge.
- Je … je n'aime pas sortir, répondis-je. Je préfère rester à la maison …
- Oh … laissa-t-il simplement échapper.
Il attrapa deux iris pourpres.
- Tu sais, tu t'amuserais bien avec moi et Drago …
- Drago et moi, le corrigeai-je machinalement.
- Hein ?
- On ne dit pas moi et Drago, mais Drago et moi … Ce n'est pas poli ! Expliquai-je.
- D'accord ! Sourit le petit sorcier. Tu t'amuserais bien avec Drago et moi.
Il se reprit en me souriant.
- Je n'en doute pas … mais je ne crois pas que la place d'une grande personne soit de partager les jeux de petits garçons …
- C'est bête …
Theo accorda trois lys avec ses iris.
- Ça ne joue plus une grande personne ?
- Très rarement, mon Theo …
- Hum …
Il continua en silence à faire son bouquet.
- Et quand tu étais petite, tu jouais à quoi ? Reprit-il tout à coup.
- Avec ton père, nous avions plein de jeux idiots, me souvenais-je. En général, on allait en expédition dans le grenier. Il y avait toujours pleins de trésors à découvrir. On faisait aussi des courses en mini-balais. Mais ça, ça n'a pas duré …
- Pourquoi ?
- Je suis tombée une fois … Je me suis cassée le bras …
- Et ton bras, on l'a recollé avec de la Glu Perpetuelle ? M'interrogea-t-il avec sérieux.
Un grand éclat de rire lui répondit. Je passai ma main dans ses cheveux noir corbeau, comme ceux de son père.
- De la Glu Perpétuelle ? Par Salazar, non ! On m'a fait prendre une potion. La potion Poussos !
- Poussos ?
- Oui et je te déconseille de te casser quoique ce soit, c'est une potion dégoûtante à avaler.
- Alors je ne tomberai plus jamais ! Je ne veux pas en prendre !
Il avait parlé avec tout le sérieux que pouvait avoir un petit sorcier de son âge. Il me fourra tout à coup son bouquet sous le nez.
- Il est beau ? Changea-t-il alors de conversation.
- Très beau, Theo !
- Maman va être contente ! On peut aller lui donner ?
- Bien sûr !
Je me relevai et d'un coup de baguette, je rangeai nos affaires étalées un peu partout. Alors je marchai avec calme pour retourner à l'intérieur, Theo s'amusait à courir autour de moi, faisant des cabrioles insouciantes.
Arrivé devant la porte, il s'arrêta et m'attendit. Quand je l'eus rejoint, il me prit la main et la pressa doucement.
- Tu crois que maman est réveillée ?
- Je ne sais pas Theo, nous verrons bien.
Il faisait frais et sombre dans la demeure.
- Pourquoi maman ne prend-elle pas du Poussos pour aller mieux si ça t'a réparé ?
Je stoppai et me mis à genoux auprès de Theo. Je laissai échapper un petit soupir.
- Parce que ta maman n'a pas d'os cassé, Theo …
- Alors il faut qu'elle prenne une potion qui la guérisse !
Mais c'était bien là le problème, aucune potion ne pouvait la guérir de son mal, Apollonia se mourait lentement et rien n'y faisait. Les avis sur le mal dont elle souffrait différaient … Certains, dont Richard, pensaient qu'elle avait attrapé un virus : le syndrôme de dégénérence magique, d'autres, moins nombreux étaient certains que ce syndrôme n'existait pas et que l'état de santé d'Apollonia résultait des mariages consanguins entre familles de sang-pur … Toujours était-il que, plus elle pratiquait la magie, plus la sorcière se vidait de son énergie lentement et inexorablement. Elle était arrivée à un stade où même sans utiliser sa baguette, son état se dégradait.
Richard travaillait de moins en moins à Sainte Mangouste. Il passait le plus clair de son temps auprès de sa femme. En un an, la santé d'Apollonia s'était détériorée et l'issue fatale inéluctable. Richard ne voulait rien montrer devant Theo, mais je savais qu'il était anéanti. Il avait vieilli d'un coup et n'était plus que l'ombre de lui-même. Et moi, j'assistai à tout cela, impuissante. Je veillais de mon mieux sur Theo. La présence du petit garçon m'avait fait beaucoup de bien. A son contact j'avais appris à panser mes vieilles plaies et je ne songeais plus au passé quand il était avec moi.
Ce fut en silence que, main dans la main, nous allâmes jusqu'à la chambre d'Apollonia. Je poussai doucement la porte et passai la tête dans l'ouverture. A mon arrivée, Richard se redressa. Je remarquai qu'il avait le regard brillant comme celui qu'on peut afficher après avoir trop pleuré. Sans dire un mot, je l'interrogeai du regard pour savoir si nous pouvions venir. Il nous fit signe que oui. J'ouvris en grand la porte et Theo entra en premier, l'air grave, serrant très fort entre ses mains le gros bouquet qu'il avait confectionné pour sa mère.
Les rideaux étaient tirés et le chaud soleil estival ne pouvait entrer dans la pièce chargée d'effluves de potions. Avec sérieux, Theo posa les fleurs dans un vase qui n'attendait que le petit garçon. Il grimpa ensuite sur le lit et vint s'allonger auprès de sa mère.
Je n'osai pas regarder Apollonia. Elle avait dépéri tellement vite qu'elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. Son visage était plus pâle que la Mort, les traits tirés et décharnés l'avaient vieillie de plusieurs décennies. Sa poitrine se soulevait si lentement qu'on aurait dit qu'elle ne respirait plus. A chaque inspiration, un râle rauque s'échappait de ses lèvres entrouvertes.
Je m'approchai de Richard et posai une main sur son épaule. Je n'avais peut-être pas passé un diplôme de médicomagie, mais je savais que tout serait fini très bientôt.
- Richard … murmurai-je dans un souffle.
Il se tourna vers moi, il y avait tant de détresse dans son regard que je sentis les larmes poindre au coin de mes yeux.
- Elle s'en va … avoua-t-il. C'est … c'est …
Sa voix se brisa dans un sanglot désespéré.
Je le pris dans mes bras et il s'y raccrocha avec force. Ses sanglots étouffés lui arrachèrent des soubresauts. Theo nous regarda.
- Papa ?
La peur se lut dans son regard ; la peur et l'incompréhension de la situation. Richard se redressa et essuya ses larmes, il tenta de se composer un visage digne. Il voulut parler, mais une autre voix résonna dans la chambre.
- Theo …
Nos têtes se tournèrent vers le lit. Apollonia avait ouvert les yeux et un sourire éteint était apparu fugace sur ses lèvres.
- Maman !
Le petit garçon se jeta dans les bras de sa mère.
- Je t'ai apporté des fleurs ! Tante Charlotte m'a aidé à faire un bouquet pour toi !
Apollonia leva les yeux vers moi ; je lus dans ses yeux fatigués un remerciement silencieux.
- Theo exagère, je n'ai rien fait …
Les mots avaient dû mal à sortir tant ma gorge était serrée et ma voix était pleine d'émotion.
- Il a fait ce bouquet tout seul.
Apollonia voulut sans doute passer sa main dans les cheveux de son fils, mais son bras sans force était retombé.
Une quinte de toux la secoua et Theo, apeuré, recula. Richard s'était assis sur le lit et aida la sorcière à s'asseoir pour mieux respirer.
Soudain, je me sentis de trop dans cette scène. Ma place n'était pas là, je devais les laisser, mais je n'arrivai pas à faire un pas. Je restai figée, debout près du lit à observer les derniers instants de mon amie.
Une toux rauque la déchira, elle se plia en deux sous la douleur et porta une main à sa bouche. Quand Richard la redressa un filet de sang avait coulé le long de ses commissures des lèvres.
- Maman ! Hurla alors Theo.
Ce fut le cri du petit garçon qui me fit sortir de mon hébétude. Je me rapprochai du lit et Theo vint se blottir contre moi. Richard nous regarda.
- Emmène-le s'il te plaît !
J'acquiesçai en silence et nouai mes bras autour de Theo. Je le portai sur quelques pas avant qu'il ne se rende compte que je comptai le sortir de la pièce.
- Non ! Se débattit-il. Tante Charlotte ! Laisse-moi, je veux voir maman ! Lâche-moi !
Il gigotait dans tous les sens je raffermis un peu plus ma prise contre lui.
- Maman ! Hurlait-il.
- Theo … tentai-je de le rassurer.
Richard se retourna une dernière fois.
- Fais-le sortir ! M'ordonna-t-il.
Je ceinturai un peu plus le petit garçon et réussit à sortir de la chambre. Je refermai la porte avec un pied et entraînai Theodore plus loin.
Je le lâchai quand nous arrivâmes dans le salon. Theo courut vers la porte, voulant s'enfuir et retourner auprès de sa mère. La porte lui claqua au nez et je la verrouillai avec un sort. Il frappa de ses petits poings sur le bois de la porte, pleurant et hurlant.
- Je veux sortir ! Maman !
Je m'approchai sans bruit, me plaçant juste derrière lui.
- Theo … murmurai-je.
Il se retourna et cette fois ses poings s'abattirent sur moi.
- Tante Charlotte ouvre cette porte ! Je veux maman !
Je le laissai déverser sa colère. Je savais que hurler, pleurer et haïr le monde entier faisait du bien, parfois …
Il finit par se calmer. Je me mis à genoux pour être à sa hauteur et je le pris dans mes bras. Je le berçais doucement, caressant ses cheveux sombres. Ce n'était pas juste qu'un petit garçon d'à peine cinq ans ait à vivre ça … J'avais aussi envie de pleurer, mais je devais être forte pour Theodore. Je le serrai très fort contre moi et nous restâmes un long moment. Les sanglots du petit sorcier finirent par se tarir. Je me levai, le tenant toujours contre moi, il ne réagit pas et j'allais m'installer sur un canapé. Dans mes bras, toujours bercé doucement, Theo, vaincu par le chagrin finit par s'endormir.
Les yeux dans le vague, je posai mon regard sur une arabesque de la tapisserie. Dans l'âtre, le feu mourait lentement. Le manteau de la cheminée en marbre blanc était recouvert de petits cadres dorées dans lesquels des photographies avaient soudain cessé de bouger, comprenant sans doute la gravité du moment. Je déposai alors un furtif baiser sur les cheveux du petit garçon endormi.
- - Je veillerai toujours sur toi … chuchotai-je.
La porte finit par s'ouvrir. Richard entra, le visage décomposé. Il ne prononça aucune parole, il prit place simplement à côté de moi, posant un regard désolé sur Theo. Je lui attrapai la main et la pressai doucement. Ce simple geste lui arracha quelques larmes. Ma main remonta doucement dans ce geste qu'il avait eu si souvent à mon égard. C'était maintenant à mon tour de le consoler. Dans une caresse je chassai ses larmes qui revenaient tout de même à la charge.
Theo bougea légèrement et se redressa soudainement. Le regard encore plein de sommeil, il nous dévisagea à tour de rôle. Il se détacha de mes bras et vint dans ceux de son père.
- Theo, murmura ce dernier. Il faut que je te parle …
En silence, je me levai et quittai le salon. Ma place n'était plus là pour le moment. Je les laissai en famille …
Je marchai longuement dans le parc, le crépuscule puis la nuit me surprirent dehors. Lentement, je m'en retournai vers le manoir, mais je ne rentrai pas. Je m'assis à même le sol, sur la terrasse. Les pierres noires avaient gardé la chaleur des rayons du soleil. Je levai les yeux vers les cieux dans lesquels les premières étoiles répandaient leur blafarde lueur.
Des pas résonnèrent. Richard m'imita et s'installa par terre.
- Theo dort ? Demandai-je.
- Oui …
Un long silence s'en suivit. Il n'y avait que le murmure du vent dans les branches qui apportait un frêle bruit à nos oreilles. Finalement, Richard prononça quelques paroles.
- Pourquoi es-tu partie tout à l'heure ?
- Je me sentais de … trop … je voulais vous laisser en famille …
Le sorcier secoua la tête.
- Tu n'as toujours pas compris que tu faisais partie de la famille … Tu en as toujours fait partie …
Il s'interrompit quelques secondes avant de poursuivre.
- - Et maintenant tu es notre seule famille ...
