Chapitre 8 : Rendez-vous sur la voie 9 3/4
- TANTE CHARLOTTE !
La porte claqua en même temps que le hurlement retentit dans la salle à manger. Je sursautai si brusquement que je lâchai ma tasse de thé. Le liquide ambré se répandit sur la nappe blanche. Étouffant un juron, je sortis ma baguette et entreprit de nettoyer mes bêtises.
- Theodore Nott ! Je t'ai déjà dit de ne pas hurler comme ça !
Le jeune garçon qui arrivait en courant stoppa net et baissa la tête penaud.
- Pardon papa … murmura-t-il.
Richard reprit sa lecture de la Gazette du Sorcier, ignorant son fils. Ce dernier se tourna vers moi, le regard pétillant et brillant d'excitation. Je lui souris.
- Vas-tu enfin m'expliquer la cause de ces hurlements trollesques ?
Cela faisait maintenant une heure que Theo et son père étaient rentrés de vacances. Tous deux arboraient une mine superbe, la peau bronzée par près d'un mois passé sous le chaud soleil méditerranéen. Depuis son retour le grand gaillard qu'était devenu Theodore ne cessait de me hurler aux oreilles pour oui ou pour un non. Je m'étais prêtée de bonnes grâces à ces retrouvailles exubérantes. Il m'avait raconté en détail ses expéditions sur l'agora grecque d'Athènes, ses promenades dans les catacombes romaines, l'exploration des pyramides égyptiennes. Nous avions regardé ensemble les photos de ses vacances. A chaque cliché, le sorcier ne pouvait s'empêcher de regretter mon absence.
Pour l'heure, Theodore agitait sous mon nez un parchemin un peu froissé.
- Qu'est-ce que c'est ? Lui demandai-je calmement.
- Un hibou, tante Charlotte !
Theodore avait été épluché le courrier qui avait attendu patiemment les deux sorciers.
- Je le vois bien, Theodore … soupirai-je en le voyant faire des bonds de nungu à tout va dans la salle à manger.
Une nouvelle fois son père intervint.
- Theodore ! Ne me force pas à te jeter ou un stupefix ou un silencio … ou les deux !
Richard tentait de prendre un air courroucé, mais je savais à son regard qu'il était content. Theodore cessa ses cabrioles et vint s'asseoir.
- C'est un hibou de Poudlard ! Je vais faire bientôt ma rentrée au collège ! M'expliqua-t-il enfin.
Je ris doucement.
- Et tu avais besoin de crier ainsi dans toute la maison ? Lui demandai-je.
- Mais tante Charlotte ! Je vais enfin pouvoir faire de la magie !
Je haussai un sourcil.
- Et ce n'est pas ce que tu as fait, ces dernières années avec ton père ou moi ?
-Si … si … mais tante Charlotte, ce n'est pas pareil ! Je ne vais plus être obligé de me cacher ! Et je vais avoir ma propre baguette !
A cela son regard se mit à pétiller d'excitation.
- Dois-je pourtant te rappeler qu'à Poudlard, tu ne pourras te servir de ta baguette que pendant les cours ? Tu n'es qu'un sorcier de premier …
- Rhoo ! Tante Charlotte ! Arrête de voir toujours le chaudron à moitié vide ! Moi je préfère le voir à moitié plein !
Sa remarque arracha Richard à son journal et il laissa échapper un petit rire.
- Theo n'a pas tort … me taquina-t-il.
- Pfff … lui répondis-je. En tout cas, pour rester dans mon rôle de rabat-joie, je constate que le fait de quitter ton père et moi pour de longs mois ne semble pas te bouleverser outre mesure …
Theodore marmonna je ne sus quelle réponse à mon encontre. Il se désintéressa de moi et se tourna vers son père.
- Il y a la liste des fournitures, commença-t-il. Il faudra aller au Chemin de Traverse !
Je souris en voyant l'enthousiasme de Theodore à l'idée d'aller à Poudlard. Dans mon souvenir, cette nouvelle ne m'avait pas autant réjoui. La perspective de quitter ma maison, de devoir côtoyer des inconnus et des sang-de-bourbe, tout cela m'avait quelqu'un peu effrayé.
Richard avait attrapé la liste de fournitures et la parcourut rapidement des yeux. Je me levai et vins me tenir debout derrière lui. Je lus par-dessus son épaule ce que Theo devait prendre avec lui.
« COLLEGE DE POUDLARD – ECOLE DE SORCELLERIE
Uniforme
Liste des vêtements dont les élèves de première année devront obligatoirement être équipés:
Trois robes de travail (noires), modèle normal
Un chapeau pointu (noir)
Une paire de gants protecteurs (en cuir de dragon ou autre matière semblable)
Une cape d'hiver (noire avec attaches d'argent)
Chaque vêtement devra porter une étiquette indiquant le nom de l'élève.
Livres et manuels :
Chaque élève devra se procurer un exemplaire des ouvrages suivants :
Le livre des sorts et enchantements (niveau1), de Miranda Fauconnette
Histoire de la magie, de Bathilda Tourdesac
Magie théorique, de Adalbert Tourdesac
Manuel de métamorphose à l'usage des débutants, de Emeris é
Milles herbes et champignons magiques, de Phyllida Augirolee
Potions Magiques, de Arsenius Beaulitron
Vie et habitat des animaux fantastiques, de Norbert Dragonneau
Forces obscures : comment s'en protéger, de Quentin Jentremble
Fournitures :
1 baguette magique
1 chaudron (modèle standard en étain, taille 2)
1 boîte de fioles en verre ou cristal
1 télescope
1 balance en cuivre
Les élèves peuvent également emporter un hibou OU un chat OU un crapaud.
IL EST RAPPELE AUX PARENTS QUE LES ELEVES DE PREMIERE ANNEE NE SONT PAS AUTORISES A POSSEDER LEUR PROPRE BALAI.
- Eh bien, cela en fait des courses à acheter … commenta laconiquement Richard.
Theodore observait son père,suspendu à ses lèvres. Je le voyais bouillonner attendant que le sorcier lui annonce quand ils iraient à Londres. Richard s'amusa à prendre son temps, il replia la Gazette du Sorcier, avala une gorgée de thé, avant de lâcher quelques mots.
- Va te préparer, nous partons dans une heure !
Theo bondit de sa chaise et disparut. La porte de la salle à manger n'avait même pas encore claqué que je l'entendais déjà monter les escaliers quatre à quatre.
- Je ne pensais pas que la perspective d'aller à Poudlard le mettrait dans un tel état.
Richard se leva ; j'étais toujours debout derrière lui. Il me regarda.
- Viendras-tu avec nous ?
La question à mille gallions. Depuis quand n'avais-je pas mis un pied hors de la propriété ? Étais-je seulement sortie un jour … Je ne m'en souvenais plus. Richard m'observait en silence.
- Theo n'a déjà pas compris pourquoi tu n'étais pas partie en vacances avec nous, il commence à se poser des questions … soupira-t-il.
Je baissai les yeux.
- Je ne te jettes pas le premier sort, ajouta-t-il.
Il était vrai que le sorcier n'était pas le mieux placé pour me faire la morale. Depuis la mort d'Apollonia, il n'avait plus de vie sociale. Il restait cloîtré à la maison, envoyant la plupart du temps l'elfe à l'extérieur. Il n'était pratiquement plus sorti, juste quelques visites à Lucius et ce, uniquement, parce que ce dernier menaçait de débarquer ici pour le traîner de force dehors. J'avais donc été étonnée quand il avait proposé ce voyage. Mais il avait compris pour le bien de Theo que rester cloîtré n'était pas la solution.
- En revanche, Theodore ne comprendra pas que tu ne viennes pas à King Cross.
Je hochai la tête.
- Je sais …
Le sorcier avait raison … Je ne pouvais pas faire autrement que de l'accompagner pour son premier départ à Poudlard.
- Je serai là, murmurai-je.
Richard sourit.
- Tout ira bien, me rassura-t-il.
Je savais qu'il avait raison, le temps s'était écoulé depuis … le feu avait bien brûlé sous les chaudrons … Néanmoins j'avais toujours cette appréhension que quelqu'un finisse par découvrir la vérité, même si par moment, cela me pesait … J'étais partagée entre deux sentiments contradictoires.
Richard venait de lever une main et repoussa une mèche de mes cheveux derrière mon oreille. Il me souriait doucement. Je laissai échapper un petit soupir. Et n'y tenant plus, je me jetai dans ses bras. Le cœur battant, je retins un sanglot étouffé.
- Richard … murmurai-je. Je te dois tant …
Je sentis ses mains se refermer sur mon dos et me serrai contre lui. Je finis par rompre notre étreinte et levai les yeux vers lui en souriant doucement. Mes lèvres se posèrent furtivement sur sa joue. Puis je reculai.
D'un ton neutre, je repris la conversation comme si elle n'avait jamais été interrompue.
- Je voudrai offrir quelque chose à Theo pour son entrée à Poudlard … commençai-je.
- Ne te sens pas obligée.
Je balayai ses paroles d'un geste de la main.
- J'y tiens.
- Soit … et à quoi as-tu pensé ?
- Je ne sais pas trop … Un animal peut-être ...Pourrais-tu voir cela avec lui à la ménagerie magique ...Un hibou peut-être … Cela pourrait lui être utile !
Richard sourit.
- Très bien, je l'emmènerai là-bas et il choisira … Tant qu'il ne prend pas un hibou au caractère aussi épouvantable que ton truc à plumes …
J'ouvris les yeux en grand où l'étonnement se mêlait à mon air outré.
- Thotos n'a pas un caractère épouvantable ! M'insurgeai-je. Il est juste … difficile …
Une nouvelle fois, ma mauvaise foi se faisait remarquablement remarquer. Nous fûmes interrompus par le retour tonitruant de Theodore, habillé des pieds à la tête pour partir.
- On y va ?
Je souris en voyant l'air impatient du jeune sorcier. Traînant son père, le sorcier et le fils disparurent et le manoir retrouva son calme et sa quiétude pour quelques heures.
Le répit fut de courte durée car lorsque Theodore revint du chemin de traverse, il courut dans le manoir à ma recherche, hurlant mon nom en ouvrant chaque porte. Il finit par me trouver, j'étais dans la cuisine, tablier autour du cou. Une fois n'était pas coutume, ce n'était pas l'elfe qui s'était mis aux fourneaux mais moi. Cette situation incongrue et inhabituelle n'interpella pourtant pas Theo. Il brandit une cage.
- Tante Charlotte ! Merci !
Je me retournai et lui souris.
- Je constate que tu as trouvé ton bonheur !
Il posa la cage sur un plan de travail débarrassé et me laissa observer le volatile à l'intérieur.
- C'est une petite chouette boréale, m'expliqua-t-il alors.
Le rapace était minuscule, à peine plus grande qu'un poing fermé. Elle avait un magnifique plumage gris argenté et blanc, parmi lequel quelques plumes brunes s'étaient perdues. Elle avait deux grands yeux ambrés qui nous observaient tour à tour.
- Elle est magnifique ! M'exclamai-je.
- Bien sûr qu'elle l'est ! C'est la mienne !
Je laissa échapper un petit rire.
- Et cette merveille, lui as-tu donné un nom ?
- Hrimfaxi, me répondit Theo.
- Joli nom …
Theo s'était inspiré des mythes sorciers nordiques. Si mes souvenirs étaient bons, c'était le nom du cheval que montait la déesse de la nuit …
Le sorcier se tourna vers moi.
- Ce n'est pas tout …
J'étais à peu près certaine qu'il allait me parler de sa baguette. Il attendait d'en avoir une depuis tellement longtemps. Combien de fois l'avions-nous surpris avec une des nôtres entre les mains. Prenant un air dramatique, avec un geste ample savamment travaillé, il tira effectivement une baguette de sa poche. Mon regard se détourna un instant du futur élève de Poudlard. Richard venait de faire son apparition, il nous regardait en silence, appuyé contre le mur, les bras croisés, un sourire aux lèvres.
-Regarde !
Il me tendit sa baguette. Je la pris entre mes doigts. Elle était plutôt légère. Le bois était assez sombre et très doux au toucher.
- J'ai dû en essayer sept avant de le trouver, m'expliqua le jeune homme. C'est du bois de charme …
- Du charme, répétai-je machinalement.
Je levai les yeux et croisai le regard de Richard.
- Ce n'est pas bien le charme, me demanda alors Theo inquiet.
Je dévisageai le sorcier et tentai de lui sourire.
- C'est un très bon bois …
Il m'interrogea du regard en silence, sans oser formuler un mot. Je passai ma main dans ses cheveux et lui rendis sa baguette.
- J'ai connu quelqu'un qui avait le même bois pour sa baguette, Theo, c'est tout …
Je soupirai. La baguette de Rabastan avait été faite en charme … Les souvenirs me revenaient dans un bien étrange moment. Mais je n'eus pas le temps de m'appesantir plus dessus, Theodore poursuivit.
- Elle fait vingt-neuf centimètres. Et à l'intérieur, il y a un ventricule de dragon ! Un Opaloeil des Antipodes. Ollivander dit que c'est une excellente baguette pour les sortilèges d'attaque.
Je lui souris une nouvelle fois.
- Et je suis certain que tu en feras un très bon usage,Theo.
Ma phrase lui arracha un nouveau sourire de contentement.
Le temps défila très vite, trop vite sans doute au goût de Richard et de moi-même. Les quelques jours qui restèrent avant que Theo ne parte pour de longs mois s'étaient déjà achevés. L'enthousiasme débordant du jeune homme avait fini par se tarir alors que le grand jour pour lui était arrivé. Il en avait surtout assez de nous entendre répéter à chaque fois les mêmes recommandations sur Poudlard. Il soupira alors qu'il passa une cape.
- Pourquoi tu me répètes ça sans cesse ? Je ne compte pas aller ailleurs qu'à Serpentard !
- Il y a intérêt, jeune homme ! Lui rétorqua son père.
L'heure du départ avait sonné. La grosse malle de Theo était bouclée depuis longtemps, sa chouette enfermée dans sa cage. J'étais dans le hall d'entrée et je crois que la plus fébrile de tous, c'était moi. J'étais devant la grande glace et je tentais d'attacher ma cape sur mes épaules, mais mes mains tremblaient trop pour que j'y arrive. J'avais l'horrible impression que sortir pour moi était une très mauvaise idée.
Richard s'approcha de moi et attacha les fibules argentées qui retenaient ma cape.
- Tout ira bien !
J'avais la gorge trop sèche pour répondre. Theo se jeta dans mes bras, se méprenant sur les raisons de cette crainte irraisonnée.
- Ne t'en fais pas, Tante Charlotte, je t'écrirai toutes les semaines !
Je ne lui répondis rien et déposai simplement un baiser sur ses cheveux. J'inspirai et relevai ma capuche sur mes cheveux, dissimulant mon imposante chevelure sombre.
-Allons-y, marmonnai-je.
Car si je ne bougeai pas rapidement, je savais que je ne voudrais plus mettre un pied dehors.
En quelques secondes, le calme du manoir Nott avait cédé sa place au brouhaha de la ville. Nous avions transplané à deux pas de la gare, l'elfe de Richard devait nous attendre sur le quai avec les bagages de Theo. C'était la première fois depuis de si longues années que je quittais l'enceinte du domaine et je n'aimais pas ça. La mine fermée, une grimace pincée sur mon visage je regardai autour de nous le monde moldu qui s'agitait. Ma main, dans ma poche, se serra convulsivement sur ma baguette. J'étais à cran. D'ailleurs, je faillis la sortir et lancer un sort quand quelqu'un posa sa main sur mon bras, me retournant vivement, je croisai le regard de Richard.
- Calme-toi … me chuchota-t-il.
Theo nous observait en silence et je tentais de sourire au petit sorcier. M'offrant le bras, Richard nous fit rentrer dans la gare pleine de moldus ; Theo l'air aussi fermé que le mien marchait tout près de nous. Il regardait tout autour de nous, tentant de chercher la voie 9 ¾.
- Où allons-nous ? Demanda-t-il. Je n'ai pas l'impression qu'il y ait de voie 9 ¾ …
- Nous y sommes presque, répondit Richard.
- - Quelle idée de choisir une gare moldue pour le Poudlard Express, marmonnai-je dans ma barbe l'air encore plus mauvais.
Devant nous s'étendaient les voies 9 et 10, Theo nous interrogea du regard, ne voyant nulle part un train qui ressemblait au Poudlard Express.
- Que croyais-tu, Theo, lui demandai-je soudain. Que le train serait visible par tous ces … moldus !
J'avais craché avec haine ce dernier mot, le regard noir. Je sentis une pression sur mon bras, Richard avait simplement raffermi un peu plus sa prise. Ce fut lui d'ailleurs qui expliqua à Theo comment gagner la voie sorcière. Il lui montra alors une barrière.
- Il suffit d'avancer là droit sur la barrière entre les deux tourniquets …
Alors qu'il parlait, un couple accompagnée d'une fillette s'y dirigeait justement et disparut soudainement comme s'il avait été aspiré.
- Tu vois, c'est simple …
Theo hocha la tête en silence.
- Je passerai le premier et tu me suivras, continua son père.
Theo ne semblait guère rassuré.
- Je serai juste derrière toi, lui murmurai-je.
Richard me lâcha et s'avança vers les deux tourniquets et disparut de notre vue. Je vis Theodore déglutir puis imiter son père d'un pas décidé. A mon tour je les suivis.
La vois 9 ¾ grouillait de monde. Un train à vapeur était à quai et jetait par moment son panache de vapeur. Le temps était peut-être passé, mais rien n'avait changé. Et à chaque instant, au détour d'un pas, je m'attendais à tomber sur un visage connu. Mais les élèves qui se pressaient là n'avaient plus rien de familier. Une bande de gamins s'extasiait devant un autre qui tenait entre les mains une grosse boîte.
- Une tarentule géante ! Expliquait le gosse aux dreadlocks.
- Non ? S'exclamaient les autres. Montre …
Nous remontâmes le quai, jusqu'à l'endroit où l'elfe nous attendait avec les bagages. A notre arrivée, il s'inclina bien bas et disparut.
Je jetai un coup d'œil à la pendule du quai : il restait dix minutes avant le départ.
Theodore monta dans le train installer ses bagages dans un compartiment vide. De derrière la vitre, je le voyais installer sa malle et sa cage. Il m'aperçut et me fit un petit signe que je lui rendis, un sourire figé sur les lèvres. Quand ce fut fait, il nous rejoignit sur le quai. Son visage était un peu plus pâle que d'habitude, et son sourire qu'il voulait faire pour nous rassurer était crispé. Theo nous dévisageait tour à tour, dansant sur ses deux pieds.
Richard posa sa main sur l'épaule de son fils, je fis deux pas sur le côté tandis que le père et le fils faisaient leurs adieux. J'en profitai pour jeter un coup d'œil aux alentours. La même scène se répétait un peu partout : embrassades et dernières recommandations.
- … tout ira bien, Theo ! Ne t'en fais pas ! Fais attention à tes fréquentations, méfie-toi de Dumbledore …
Mon regard se perdit dans la foule quand soudain, il resta accroché sur un couple. Mon cœur ne fit qu'un bond. Lucius et Narcissa … Imperceptiblement, je me rapprochai de Richard et finis par le bousculer, le regard toujours fixé, un wagon plus loin sur les Malefoy.
Le père de Theo me regarda.
- Que se passe-t-il ?
Il suivit mon regard.
- Ne t'en fais pas … Nous partirons avant que Lucius ne décide de venir me voir …
- Humm, marmonnai-je tout de même inquiète.
- Et quand bien même …
Il suspendit sa phrase, se rendant compte que Theo nous écoutait sans comprendre.
- Le temps est passé …
- Hummm, répliquai-je une nouvelle fois.
- Tante Charlotte …
Je me tournai vers Theo et lui souris.
- Ce n'est rien.
Je me mis à la hauteur du sorcier et lui souris.
- Te voilà prêt à partir, le rassurai-je. Ton père a raison, tout ira bien.
Je réajustai sa cape en souriant, malgré ma tristesse de le voir partir pour de longs mois.
- Tu seras bien à Serpentard, ne t'en fais pas !
Car dans notre esprit, Theodore ne pouvait être réparti nulle part ailleurs que dans la maison des Verts et Argent.
- Je sais que tu feras la fierté de ta nouvelle maison, Theodore ! Fais honneur à ton père, fais honneur à ton nom et à ton sang ! Sois sûr de toi !
Le garçon hocha de la tête et soudain, alors que je ne m'y attendais pas, il se jeta dans mes bras. Je le serrai contre moi.
Le sifflet résonna soudain, annonçant le départ imminent du train.
Alors que nous nous séparions, le mouvement que nous esquissâmes fit glisser la capuche de ma tête et ma chevelure s'envola librement derrière moi. Theo sauta dans le wagon, il y eut un autre sifflet aigu.
Richard saisit ma main et la serra, tandis que nous regardions Theodore nous faire signe derrière la vitre. Les portes se refermèrent en claquant et grinçant. Des crissements métalliques résonnèrent et l'énorme machine se mit en route. Je suivis du regard le wagon de Theo s'éloigner, comme le faisaient toutes les autres familles. Je lui adressai un petit signe et il disparut de ma vue. Je levai les yeux vers Richard et lui sourit en attrapant son bras. Il avait l'air soudain d'être accaparé par les années.
- Tu devais bien te douter que Theo finirait par partir à Poudlard, murmurai-je avec douceur.
- Je sais …
- C'est presque un homme, maintenant … Tu peux en être fier !
Le Mangemort ne me répondit rien mais me sourit simplement.
Mon regard s'était de nouveau posé sur la foule. Mon cœur, me sembla-t-il, rata un battement et je me figeai.
Narcissa nous dévisageait et nos regards se croisèrent. Malgré la distance, je n'eus aucun mal à y lire l'étonnement . Comme au ralenti, je la vis former un nom sur ses lèvres. Elle attrapa son mari par le bras et murmura quelques mots à Lucius. A son tour, je le vis lever les yeux sur le couple étrange que je formai avec Richard. Un éclair passa dans les yeux gris de Lucius.
Mon cœur battait à mille à l'heure.
- Richard …
Le sorcier ne semblait avoir rien vu.
- Quoi ?
- Il faut qu'on rentre et vite …
- Hein ?
- Lucius … Cissey … je crois … Ils m'ont reconnue …
- Tu es sûre ?
Je ne répondis rien et entraînai Richard le plus vite possible, d'autant plus que je les voyais se rapprocher de nous.
La foule nous permit de les semer et ce fut avec soulagement que nous transplanâmes au manoir. Je ne pris même pas le temps d'ôter ma cape. Dans le salon, je faisais les cents pas, en grommelant des paroles incompréhensibles. Richard s'était assis, l'air contrarié, mais pas tant que cela.
- Calme-toi …
La porte s'ouvrit sans bruit et je faillis sursauter quand l'elfe entra avec le thé. En silence, la petite créature servit les tasses et s'en fut après s'être incliné maintes fois. Mes allers et venues durent fatiguer Richard, il se leva d'un bond et m'attrapa par les deux mains.
- Tu te fais peut-être des idées … tenta-t-il de me rassurer.
Je secouai la tête. J'étais certaine que Cissey m'avait reconnue. Je croisai le regard sombre de Richard, il était si calme.
- Comment fais-tu pour ne pas t'émouvoir plus ?
Il haussa les épaules et me répondit d'une voix douce.
- Peut-être est-il temps pour toi … de … sortir de ton ...anonymat … Ce ne sont que Lucius et Narcissa … Tu n'as rien à craindre !
J'allais lui répondre quand l'elfe revint.
- Maître Nott, s'inclina-t-il. Monsieur et Madame Malefoy sont là … Ils veulent vous voir !
Mon cœur s'emballa de nouveau. Tandis que Richard faisait signe à son elfe de les faire entrer. Il se tourna vers moi, mais je m'étais déjà éclipsée derrière une autre porte.
- Tu ne pourras pas fuir éternellement, lança-t-il à la porte que je venais de refermer.
Je restai immobile, dos contre le bois de la porte. De l'autre côté, j'entendis l'elfe introduire Lucius et Narcissa. Ils échangèrent les banalités d'usage. L'elfe devait être revenu avec le thé car il y eut le cliquetis si caractéristique de la porcelaine.
- Tu es parti bien vite …
La voix de Lucius résonna. Je ne pus résister à la tentation d'entrouvrir légèrement la porte et d'observer la scène. Lucius et Narcissa avaient pris place dans le canapé, Richard était installé dans le fauteuil qui leur faisait face.
- J'avais des affaires urgentes à traiter, rétorqua-t-il laconiquement.
Je vis le regard de Cissey s'arrêter sur ma tasse qui était restée là, encore pleine et fumante.
- Nous te dérangeons, peut-être ? Risqua-t-elle.
Richard fit signe que non. Personne n'était dupe du pourquoi de leur visite. Ce fut Lucius qui entra dans le vif du sujet.
- Tu n'étais pas seul pour accompagner Theo … fit remarquer Lucius.
- Effectivement …
- Et cette sorcière ? Nous la connaissons ? Renchérit Cissey.
Au moins, ils n'y allaient pas par quatre chemins …
- Je ne crois pas … C'est une tante de Theodore …
- Hum, laissa échapper Narcissa.
- C'est drôle, continua Lucius sur le même ton. Il me semblait pourtant la connaître …
- J'en doute, répondit Richard avec calme.
Il leur mentait avec décontraction, m'étonnant. Mais personne ne semblait croire à ce mensonge.
- Vraiment ? Poursuivit le Mangemort blond. Pourtant …
Et là, je ne sais pas ce qui me prit, peut-être les paroles de Richard avaient-elles fait leur effet. J'inspirai fortement et dans un élan totalement inconsidéré, j'ouvris en grand la porte qui me masquait. Richard avait raison, je ne pourrai pas fuir continuellement. Je fis un pas dans la pièce.
- Il est peut-être temps de cesser cette mascarade …
Tous les regards convergèrent vers moi tandis que je m'avançais dans le salon. Je posai mon regard sur mes anciens amis.
- Lucius, Cissey … les saluai-je.
Un éclair brilla dans le regard de la sorcière. Elle se leva d'un bond.
- Cal …
Je l'arrêtai aussitôt d'un geste de la main. Le regard empreint de sérieux et de détermination, je la fis taire.
- Calypso Lestrange est morte il y a bien longtemps …
J'avais détaché chaque parole, parlant comme un automate dénué de sentiments.
- C'est … Charlotte, maintenant …
Cette fois, ma voix tremblait légèrement.. Cissey termina le geste qu'elle avait commencé avant que je ne la stoppe et chose qui m'étonna, elle se jeta dans mes bras. Surprise, je mis quelques secondes avant de répondre à son étreinte.
- Par Salazar, laissa-t-elle échapper.
J'esquissai un petit sourire, me sentant tout à coup bien comme je ne l'avais plus été depuis longtemps.
- - Moi aussi, je suis contente de te revoir … lui murmurai-je.
