Chapitre 12 : Joyeux Noël ...
La neige tombait avec force. Le ciel tout entier était gris, il semblait que les nuées allaient s'écraser au sol tant elles paraissaient chargées par les flocons cotonneux qui tombaient sans discontinu depuis trois jours.
Ceux qui rêvaient d'un Noël blanc allaient être ravis ! Une épaisse couche immaculée recouvrait tout et paralysait moldus comme sorciers. Même le Poudlard Express n'avait pas échappé à la neige : le train transportant les élèves rentrant de Poudlard pour les fêtes était arrivé avec plus de deux heures de retard à King Cross.
Théodore était rentré chez lui, plutôt heureux de quitter pour un moment Poudlard où l'atmosphère était de plus en plus déplaisante avec les récents événements. Pourtant, ce matin-là, le jeune homme affichait un regard boudeur et contrarié. Devant la glace, il finissait de se préparer, tentant de dompter les mèches noires qui n'en faisaient qu'à leur tête. Il a revêtu une robe sorcière de soirée du dernier cri. Il ne pouvait s'empêcher de se trouver fort élégant là dedans, je le voyais à ce petit sourire qui s'était affiché quelques secondes en voyant son reflet, mais je sentais aussi qu'il aurait préféré ne pas la porter : car cela signifiait pour lui que la journée allait être longue : nous étions invités chez les Malefoy pour le repas en ce jour de Noël. Habituellement Richard, Théo et moi passions le jour de Noël au manoir, mais cette année, Lucius et Cissy avaient tellement insisté que nous avions fini par céder pour ne plus les entendre parler de ce fameux repas où nous devions absolument venir …
- On est vraiment obligé d'y aller, Tante Charlotte ? Finit par me demander Theo.
Je ne répondis rien mais agitai simplement ma baguette. Un accio informulé fit fuser entre mes mains la brosse à cheveux du jeune sorcier. Je me levai du lit où j'étais assise et vint me placer derrière lui.
Le Serpentard avait fort grandi ; il avait presque la même taille que moi. Avec douceur, je commençai à brosser ses cheveux aussi sombres que les miens.
- Nous n'avons pas vraiment le choix, lui répondis-je tout en le coiffant. Ce serait très mal poli de décliner maintenant l'invitation. Lucius serait capable de débarquer ici pour nous traîner chez lui …
Un soupir s'échappa des lèvres du sorcier.
- En plus je vais m'ennuyer, Drago est resté à Poudlard.
Je suspendis la brosse à cheveux au-dessus de la tête du sorcier, le dévisageant avec sérieux dans le reflet du miroir.
- Vraiment ? M'étonnai-je.
C'était une information que je n'avais pas connue et cela m'intriguait énormément.
- Qu'y a-t-il de si intéressant à Poudlard pendant les fêtes pour que Drago reste là-bas ? Marmonnai-je plus pour moi-même que pour Théo.
Le Serpentard haussa des épaules.
- Je ne sais pas … Peut-être veut-il trouver cette fameuse Chambre des Secrets tout seul … On ne parle que de ça depuis les attaques …
Je ne répondis rien, pensive. Tant bien que mal, je réussis à dompter les cheveux de Théo.
- Tu devrais les couper un peu … Tu vas finir par ressembler à ton père quand il était à Poudlard et qu'il avait un catogan, souris-je.
Théo ne répondit rien mais fit une drôle de tête, s'imaginant sans doute Richard avec des cheveux longs.
Je jetai un oeil à la pendule. Il était temps pour nous de partir. Nous devions y aller par la voie des cheminées. Il faisait vraiment trop mauvais pour sortir et se transplaner.
Quelques minutes plus tard, j'époussetai ma robe couleur de lune. Nous étions dans une petite pièce carrelée de marbre qui avait pour seule particularité d'abriter une immense cheminée qui servait uniquement au transport. L'elfe de Lucius, courbé attendait pour prendre nos capes. Il les fit disparaître avant de nous escorter jusqu'au grand salon.
Tout en marchant dans un long couloir dont le plafond laissait tomber de la neige magique, j'espérai que cette décoration tape-à-l'oeil ne laissait pas présager une fête grandiose ; Lucius m'avait assuré que nous serions en tout petit comité … Mais avec lui, je préférai rester prudente. Nous n'avions pas forcément la même définition de l'expression « petit comité ».
Dobby fit s'ouvrir la porte, s'inclina une nouvelle fois avant de s'effacer pour nous laisser entrer tous les trois.
- Les Nott, annonça-t-il simplement avant de disparaître.
Le Grand Salon était somptueusement décoré : comme dans le couloir, de la neige enchantée tombait du plafond avant de disparaître à mi hauteur pour ne pas recouvrir les convives. Des guirlandes végétales couraient un peu partout dans la pièce. Un énorme sapin occupait toute une partie de la pièce à gauche de la cheminée. La couleur dominante ici était l'argent qui étincelait, éblouissant presque le regard.
Narcissa et Lucius étaient assis sur un des canapés. Ils levèrent à notre arrivée pour nous saluer. Il n'y avait personne d'autres. Soit nous étions les premiers, soit Lucius s'était montré raisonnable pour fêter ce jour de Noël.
Nous nous saluâmes et quelques instants plus tard, Dobby interrompit la discussion qui venait de commencer pour apporter les flûtes de champagne sorcier. Le toast ainsi porté m'empêcha de questionner Lucius plus en avant sur l'absence de Drago. J'avalai une gorgée de champagne, comme si j'en avais besoin pour me donner courage.
Il était étrange pour moi de me retrouver ici pour fêter Noël. Cela faisait tellement d'années que je passai Noël en tête à tête avec Richard et Théo, faisant simplement acte de présence pour retourner vite m'enfermer dans ma chambre … Jamais je n'aurai imaginé me retrouver chez Lucius de nouveau pour Noël. C'était une impression bizarre, presque dérangeante.
Je fus tirée de mes pensées par Lucius qui s'était approché de moi. Je remarquai alors que Richard et Cissy étaient en pleine discussion et que Theo s'était installé dans un fauteuil au coin du feu avec un grimoire sorti de merlin je ne savais où.
- Tu as l'air ailleurs, me déclara le sorcier.
- Ce n'est rien, marmonnai-je. C'est juste que cela faisait longtemps que je n'avais fêté Noël ailleurs que chez Richard …
Je n'avais guère envie de parler de cela, aussi sautai-je du Jobarbille au Re'em.
- Je suis étonnée de ne pas voir Drago aujourd'hui. Theodore m'a appris qu'il était resté à Poudlard pour les fêtes …
- Vu les résultats de mon fils, j'ai préféré qu'il reste à Poudlard étudier … Cela ne lui fera pas de mal … Des sangs-de-bourbe ont de meilleures notes que lui ! Gronda le sorcier.
Je hochai la tête avant de poursuivre d'un air innocent.
- Oh … Je croyais qu'il était resté au collège pour s'amuser avec la Chambre des Secrets …
Le regard acier de Lucius me transperça sans m'impressionner.
- Je vois que tu es déjà au courant …
- Des attaques sur des enfants ne passeront pas longtemps inaperçues … j'espère seulement que la vantardise de ton fils n'attirera pas trop l'attention. Le Ministère est déjà venu fouiller chez toi la semaine dernière … Si Drago parle trop fort de choses dont il ne saisit pas tout l'enjeu vous pourriez avoir des ennuis …
Un éclair de colère passa dans les yeux gris de Lucius avant de s'éteindre. Il savait que j'avais raison.
- C'est ce que je lui rappelle sans cesse …
Je décidai de changer de sujet, nous nous étions aventurés sur un terrain glissant.
- Je constate que cette fête de Noël se déroule effectivement en tout petit comité …
Lucius sourit étrangement.
- Il manque juste un seul invité encore …
- Oh ?
Il avala une nouvelle gorgée de champagne avant d'enchérir.
- Par Salazar, Charlotte, promets-moi de ne pas monter sur tes grands hippogriffes !
Je fronçai les sourcils.
- Que sous-entends-tu par là ?
Il n'eut pas besoin d'en dire plus : la porte était en train de s'ouvrir et j'allais comprendre les raisons des recommandations de Lucius.
Dobby s'inclina avant d'annoncer le dernier invité.
- Severus Rogue !
Il y eut différentes réactions à l'arrivée du Maître des Potions de Poudlard. Theo, surpris de trouver son directeur de maison, se leva d'un bond, raide comme une baguette, laissant choir son livre par terre. Richard, instinctivement se retourna vers moi, sa main glissa vers sa poche dans laquelle se trouvait sa baguette. Lucius avait l'air de trouver la situation comique. Quant à moi, je m'étais figée. J'étais incapable de faire un mouvement, je me sentais prise au piège.
Severus et moi dans la même pièce... C'était tout simplement irréaliste et inconcevable.
Severus semblait n'avoir rien remarqué, car pour l'heure il salua Narcissa qui de par sa position me masquait légèrement.
- Théodore, lança-t-il alors à l'encontre de son élève.
Le Serpentard lui rendit son salut,mais je sus que Severus ne l'avait pas vraiment entendu. Nos regards venaient de se croiser. Ce fut alors comme si le temps s'était arrêté. Tout le monde, à part Théo qui n'avait pas conscience de la situation, nous fixait.
Severus fut le premier à briser l'immobilité : il s'avança à grand pas vers moi et vint se planter face à moi. Il me darda d'un regard hautain dans lequel je lus l'espace d'un instant l'étonnement.
- Severus … crachai-je avec hargne.
D'un seul coup ma haine ressortit aussi vite que la douleur des souvenirs. D'un geste vif, je sortis ma baguette et dans la seconde qui suivit, la pointe de mon artefact vint se poser contre sa gorge. Il ne bougea pas, restant impassible.
Du coin de l'oeil, je vis que Richard m'avait rejoint et que lui aussi avait sorti sa baguette.
- Donne-moi une raison, une seule, pour que je ne te réduise pas sur le champ en cendres ! Hurlai-je presque à sa figure.
Il eut un drôle de rictus en réponse, mais aucun son ne franchit la barrière de ses lèvres fines. Son visage ne laissait rien transparaître, mais il me semblait qu'il avait un peu blêmi, à moins que ce ne soit le fruit de mon imagination …
Une main apparut dans mon champ de vision et se posa sur mon bras pour me le faire baisser. Lentement je tournai la tête. C'était Lucius. Richard, lui se tenait toujours légèrement en arrière de l'aristocrate, la baguette toujours sortie, même s'il avait baissé sa garde.
- Range ça ! M'intima le blond sorcier.
Je fronçai les sourcils avant de gratifier Lucius d'un regard noir. Dans un souffle, je me penchai vers, ma baguette menaçant toujours Severus.
- Par Salazar, si suite à ce jour, Richard et Théo ont des ennuis … Je te le jure, Lucius, tu me le paieras !
Théo ne comprenait rien à ce qui se passait. Il s'était levé et avait rejoint son père qui était en train de ranger sa baguette. Il posa un regard interrogateur sur Richard puis sur moi.
- Tante Charlotte ? Que se passe-t-il ?
Je sursautai aux paroles de Théo et finis par ranger ma baguette.
- Rien du tout, marmonnai-je d'un ton trollesque.
Face à moi, Severus eut un petit rire.
- Tante Charlotte ? Voilà un mystère résolu … commenta-t-il. Théodore avait parlé une ou deux fois de cette mystérieuse tante … je n'avais pas souvenir que Richard ait eu une soeur … je comprends mieux …
Il croisa les bras et me détailla des pieds à la tête.
- Tu as l'air bien portante pour une …
D'un geste de la main, je lui fis signe de se taire. Fut-ce la détermination qu'il lut dans mon regard ou autre chose, mais le sorcier n'en dit pas plus. Il continua à m'observer en silence avant de secouer la tête. Une étincelle passa dans son regard.
- Je … je … suis vraiment … désolé ! Finit-il par laisser échapper dans un murmure.
Je ne sus si les autres l'avaient entendu tant il avait parlé à voix basse. J'eus un temps de stupéfaction avant de laisser échapper un grand rire.
- Toi ? Des excuses ?
C'était plus fort que moi, je ne pus empêcher un nouveau rire de franchir mes lèvres. Je finis par secouer la tête.
- Ne te moque pas de moi Severus ! M'exclamai-je. Tu ne connais pas la signification de ce mot-là … C'est quelque chose que tu n'as jamais fait … Tu ne t'es pas excusé à Poudlard quand je me suis faite renvoyée à ta place ! Ce stupide sort que tu avais lancé sur Black … et maintenant tu t'excuses ! Et de quoi ?
La colère avait repris le pas, une nouvelle fois ! Les mains sur les hanches, je fusillai le sorcier du regard.
- De nous avoir tous trahis ? D'avoir joué et de jouer encore les petits toutous du vieux citronné ?
Je me tus quelques secondes avant de poursuivre.
- Tes excuses, je n'en ai que faire ! Pas la peine de gaspiller ta salive pour cela !
Puis sans plus rien ajouter, bousculant au passage le sorcier, je traversai le salon pour en sortir, mais avant que je n'ouvre la porte, la voix de Théodore me rappela à l'ordre.
- Tante Charlotte ? Tu t'en vas ?
Je stoppai net et me retournai avec lenteur. Ignorant tous les sorciers adultes, je n'avais d'yeux que pour le jeune sorcier.
- Non, je … je dois juste prendre l'air, ne t'en fais pas, Théodore !
J'ouvris la porte et la refermai en prenant soin de la faire claquer.
Seule dans le couloir, je me mis à courir. Je ne voyais pas très bien où j'allais, mes yeux s'étaient soudainement embués de larmes.
Je finis par m'arrêter et ouvris la porte devant laquelle je me trouvais. Mes pas m'avaient machinalement menés au jardin d'hiver de Narcissa. C'était dans l'antre de la sorcière que nous nous retrouvions autrefois pour discuter.
En y entrant j'eus l'impression une nouvelle fois que le temps s'était arrêté : rien n'avait changé : les mêmes plantes luxuriantes, les mêmes orchidées soignées avec amour, la même table autour de laquelle nous prenions le thé en discutant et en riant.
Pensant au passé me fit pleurer de plus belle. Je finis par tomber à genoux sur le sol,les mains crispées sur la soie cendrée de ma robe.
Au bout de quelque temps, des pas résonnèrent et je vis une paire de talons s'arrêter non loin de moi. Je finis par relever la tête. Narcissa me fixa un instant, sans rien dire, avant de me rejoindre au sol. La voir ainsi agenouillée dans sa belle robe de soirée me procura un sentiment bizarre. Cela lui ressemblait si peu …
- Je suis vraiment désolée, commença-t-elle.
- Tu n'as pas à t'excuser, lui répondis-je d'une toute petite voix.
- J'avais dit à Lucius qu'inviter Severus n'était pas une bonne idée …
Je ne lui répondis rien. Que pouvais-je lui dire ? Je sentis de nouveau une larme vouloir couler, mais je frottai mes yeux, tentant de la faire disparaître. Ce fut à cet instant que Narcissa ouvrit ses bras et vint m'enlacer. Surprise, je restai une seconde ou deux immobile avant de l'enlacer à mon tour. Alors mes larmes que j'avais tenté de retenir se mirent à couler de plus belle et je pleurai dans ses bras.
A mes sanglots se mêlaient quelques paroles décousues.
- Ce n'est pas juste … Il me manque tellement …
- Je m'en doute, me répondait Cissey en me tapotant affectueusement le dos.
Nous restâmes un long moment ainsi : moi à pleurer, elle à me consoler. Au bout d'un moment qui me parut interminable, mes pleurs finirent par se tarir. Je me détachai doucement de Cissey, lui adressant un sourire effacé et timide de remerciement. Mes jambes étaient endolories à force d'être restée agenouillée et j'eus quelques difficultés à me remettre debout. Je passai un coup de main sur ma robe pour en faire disparaître les plis. Narcissa, elle, était déjà impeccable.
- Je … je ne voulais pas gâcher ton Noël, finis-je par m'excuser … Je ferai mieux de rentrer.
Mais la sorcière ne me laissa pas faire un pas. Elle m'agrippa par le bras pour me retenir.
- Je veux que tu restes, m'ordonna-t-elle d'une voix douce. Partir maintenant ne changera rien … et j'ai peur que Théodore ne comprenne pas. Il te faudra sans doute lui donner quelques explications … ajouta-t-elle plus doucement.
J'eus une moue boudeuse en pensant à Théo. Je voulais le protéger au maximum et cette scène avec Severus avait du soulever bien des questions … Je soupirai avant d'approuver en silence Narcissa.
Je ne sus trop comment j'eus la force de retourner là-bas et de participer au repas. Heureusement que le plan de table faisait que je n'avais pas à croiser le regard de Severus. J'étais entre Richard et Théodore. Le père du jeune homme m'adressa un faible sourire avant de presser doucement ma main dans la sienne. Je me penchai vers lui pour lui murmurer quelques paroles réconfortantes.
- Je vais bien Richard, ne t'en fais pas …
Un pieux mensonge en quelque sorte auquel ni lui ni moi ne croyions. J'adressai un regard furieux à Lucius avant de me replonger dans la contemplation de mon assiette. Bien entendu, il fallut porter un toast, le coeur lourd je m'y prêtai de mauvaise grâce. Lucius venait de finir de parler quand, surprenant tout le monde, je pris la parole.
- Je souhaite moi aussi porter un toast.
Tous les regards convergèrent vers moi. Un sourire un brin provocateur, je toisai à tour de rôle Lucius et Severus.
- Buvons à ceux qui auraient dû se trouver ici, à la place de certains …
Je levai mon verre tandis que le silence me répondit. Et il dura une bonne partie du repas ...
