Chapitre 14 : Quand le vent est aux pleurs, la pluie aux larmes ...
J'étais assise sur le canapé, en tailleur. Richard était sur ma droite, dans un fauteuil et Théo me faisait face. Personne ne parlait. Théo me fixait en silence, d'un oeil noir que je ne lui connaissais pas. Le regard de Richard se posait successivement sur son fils puis sur moi. Cinq heures venaient de sonner, machinalement nous nous étions retrouvés pour la traditionnelle heure du thé. Sur la table basse qui nous séparait étaient posées trois tasses fumantes de thé. Mais personne n'y touchait et j'avais l'impression que personne n'y toucherait. Ce n'était guère de thé dont j'avais envie … Mais plutôt un bon verre de firewhisky voire même toute une bouteille.
Cela faisait trois jours que Théo refusait de me parler … J'avais fini par jeter l'éponge : je ne tenterais plus d'engager la conversation jusqu'à ce que sa colère et son ressenti passent – s'ils passaient un jour … Je savais que mes mensonges l'avaient blessé et j'étais incapable de trouver comment m'en excuser.
Du coin de l'oeil, je vis Richard secouer la tête et poussa un soupir. Je crus qu'il allait parler mais non aucun son ne franchit la frontière de ses lèvres.
Tels des croups de faïence, nous restâmes là à ne rien dire, à ne rien faire. La pendule égrainait dans un silence complet les secondes.
Soudain, la porte s'ouvrit et l'elfe des Nott fit son entrée. Il portait un petit plateau argenté sur lequel était déposé une enveloppe scellée. De ma place je n'eus aucun mal à reconnaître le sceau rouge portant les armoiries des Malefoy. L'elfe sans dire un mot – à croire qu'un silencio général avait été jeté sur le manoir- s'inclina et tendit le plateau à Richard. Puis enfin des paroles furent prononcées.
- Un hibou vient d'apporter cela, Maître, annonça la petite créature.
Richard se saisit de l'enveloppe tandis que l'elfe s'inclinait de nouveau avant de disparaître. Je le vis décacheter le sceau et lire le parchemin. Au fur et à mesure de sa lecture, l'expression neutre de son visage changea et je pus sans mal lire de l'inquiétude dans son regard.
D'un bond, je me levai.
-Richard ? Que se passe-t-il ?
Richard froissa le parchemin et le jeta dans le feu avant de se tourner vers moi, l'air ennuyé.
- - C'était Lucius …
Ce n'était pas la peine de le préciser, j'avais reconnu les armoiries sur l'enveloppe.
- Et que voulait-il ? Demandai-je.
- Me prévenir, enfin nous prévenir. Les Aurors ont fait un tour au Manoir … histoire de les interroger au sujet de Black … Et il craint qu'ils ne viennent faire un tour par ici …
Je fis une petite moue.
- Je ferai mieux de vous laisser quelques temps alors …
- Tu n'es pas obligée de partir, Charlotte … Tu peux très bien te cacher ici s'ils venaient à débarquer.
Je secouai la tête.
- C'est trop … risqué …
- Mais où iras-tu ? Me demanda-t-il inquiet. Chez Lucius ?
Je me mis à rire.
- Sûrement pas … Pour peu que les Aurors y refassent un tour … Non, je pense à … un … endroit particulier …
Ma voix s'était un peu brisée en expliquant cela à Richard. Il s'en aperçut bien.
- Au manoir de ton père ? S'étonna-t-il.
- Non, trop risqué aussi … J'ai toujours peur que mon manoir soit sous surveillance … D'autant plus avec l'évasion de Black … mon nom pourrait refaire surface … et ils pourraient bien aller faire un tour là-bas, histoire de vérifier que Black ne s'y cache pas …
Richard hocha la tête sans rien dire, m'approuvant en silence.
- Alors où ?
Il posa une question inutile, je le vis bien à la lueur de compréhension qui s'alluma dans son regard.
- Tu ne vas pas retourner là-bas ? S'étonna-t-il.
- Pas vraiment le choix … marmonnai-je.
L'idée ne m'enchantait pas …
- Tu ne devrais pas … Reste ici … On trouvera une solution.
Je fis non de la tête.
- Je ne veux pas vous créer de problèmes … De toute façon, cette situation ne durera pas longtemps …
Je levai les yeux vers Richard et tentai de lui sourire.
- Ce n'est qu'un vieux cottage vide … Je ne crains rien là-bas ! Nous n'avons jamais été inquiétés. Personne ne sait où il est …
- Pas même moi, compléta Richard.
Je souris timidement.
- Il est peut-être temps de faire une entorse au Fidelitas, lui murmurai-je avec douceur.
- Ne te sens pas obligée …
- Les marches de Granit, Portree, île de Skye, lui lançai-je pour seule réponse et pour le faire taire.
Puis sans lui laisser le temps de dire quoi que ce soit, je quittai le salon. Alors que je refermai la porte derrière moi, je l'entendis m'appeler.
- Attends !
Je me retournai alors qu'il se lançait à ma poursuite.
- Je ferai mieux de ne pas m'attarder … Sait-on jamais …
Il approuva en silence.
- Envoie-moi un hibou quand … je pourrai revenir … ou viens me chercher !
J'ouvris la porte et sortis du manoir pour transplaner, sans prendre la moindre affaire à part ma cape accrochée dans l'entrée.
L'été avait beau être avancé, quand le plop annonça mon arrivée sur l'île écossaise, je fus accueillie par une rafale de vent qui me fit tituber et des trombes d'eau. Je souris faiblement, le climat était toujours aussi détestable. Le sommet des Storr était noyé dans le brouillard, comme à son habitude. Impossible pour moi de contempler le relief compliqué des roches volcaniques. Je tournai le dos aux crêtes embrumées pour observer la mer. Je descendis la pente herbeuse. Il n'y avait pas de sentier, il n'y en avait jamais eu … Cela décourageait les randonneurs moldus de s'aventurer par là … et c'était tant mieux. Malgré la beauté des lieux, nous étions trop loin des routes fréquentées par les moldus ou les sorciers pour être dérangés. Je continuai à descendre la pente, tout en déviant vers la gauche. Je devais contourner ce gros promontoire rocheux et l'énorme bloc tombé en contrebas. Ma maison était juste après … Au détour d'un gros rocher de basalte qui masquait la vue, mon cottage se découpa enfin. Je m'arrêtai un instant, posant ma main sur la roche volcanique pour observer mon chez-moi …
Les battements de mon coeur s'accélèrent. Je n'étais pas revenue là depuis … si longtemps … Le vent soufflait avec encore plus de vigueur, il venait de la mer qui s'étalait devant moi et rien ne l'arrêtait. La pluie par contre s'était calmée. J'avais le visage humide et je préférai me dire que c'était les restes des larmes du ciel plutôt que les miennes.
De mon poste d'observation, je remarquai que rien n'avait changé. Le toit sombre, les murs en granit,les petites fenêtres blanches, le petit jardin clos. Je secouai la tête et soupirai.
Puis lentement, comme une automate je continuai ma descente, la pente était moins raide mais l'herbe tout autant glissante et je faillis tomber. Je me rattrapai de justesse, je ne sus comment.
J'eus l'impression que l'histoire se répétait. Car la première fois où j'étais venue ici, j'avais glissé, presque au même endroit à cause de l'herbe mouillée … Mais la dernière fois, j'avais eu une excuse : j'avais les yeux fermés: c'était Rabastan qui avait déniché ce lieu, juste après le mariage. Il m'y avait emmenée pour me faire la surprise … Sauf que descendre une pente glissante les yeux bandés avait failli me conduire non pas jusqu'au cottage mais jusqu'à l'océan un peu plus loin. J'avais alors accusé Rabastan de vouloir se débarrasser de moi pour profiter tout seul de ce lieu.
Je n'étais même pas encore entrée à l'intérieur que déjà les souvenirs me revenaient avec plus de force … Sur le moment, je me demandais si j'aurais la force de pousser la porte … J'étais maintenant devant cette dernière. Ma main tremblait tandis que je sortis ma baguette. Plus d'une décennie s'était écoulée mais les sorts de protections étaient toujours actifs. Les annuler un par un me prit un certain temps. La pluie s'était remise à tomber et j'étais trempée jusqu'aux os et frigorifiée.
Il y eut un dernier déclic et la porte s'entrouvrit. Ma main tremblante la poussa et j'entrai dans la pénombre. Je refermai avec soin la porte derrière moi et m'appuyai dessus. L'eau gouttait de mes habits et commençait à former une petite flaque à mes pieds. Je fis tomber au sol ma cape et ôtai mes chaussures trempées. Je fis deux pas pour ne pas rester dans l'eau avant de me figer. Mon coeur battait à tout rompre. Mes yeux se posèrent sur les escaliers qui me faisaient face et dont le haut était dans les ténèbres. Le couloir longeant les escaliers menait à la cuisine dont la porte était restée ouverte. A ma droite et à ma gauche des portes s'ouvraient. J'en poussai une, celle qui menait au salon. Terrain neutre, avais-je décrété dans ma tête. Même si ici rien ne serait un terrain neutre. D'un sort rapide, j'allumai quelques bougies pour chasser la pénombre. Un frisson me parcourut l'échine et j'optai aussi pour allumer un feu dans l'immense cheminée. Mon regard évita les quelques photos posées sur manteau de marbre. Les flammes dansèrent rapidement mais ne parvenaient pas à me réchauffer … Je me laissai tomber dans le canapé et avisai une cape laissée là. La poussière l'avait recouverte mais je la reconnus sans peine. Elle appartenait à Bellatrix. Elle ne m'en tiendrait pas rigueur si je la lui empruntais. J'attrapai la cape et un nuage de poussière m'entoura et me fis éternuer. Je secouai vigoureusement le vêtement avant de m'en recouvrir et de me blottir dans le canapé, les jambes repliées devant moi. Je restai un très long moment immobile, les yeux fixés sur le feu. Je n'osais pas bouger … J'avais peur de détourner le regard et tomber sur un souvenir qui aurait fait resurgir de vieux fantômes … Maintenant que j'étais ici, je me rendis compte que j'avais agi trop vite … J'aurai dû accepter la proposition de Richard et rester au manoir … Le cottage m'oppressait et la nausée me saisit. D'un bond je sautai sur mes pieds -nus et courus jusque dans le couloir d'entrée. Je rouvris la porte et sortis dans le jardin. Il pleuvait et je n'en avais que faire. C'était à peine si je sentis la morsure de l'herbe glacée sous mes pieds. Je courrais encore et encore sur la pente herbeuse, dépassant le cottage et descendant vers la plage en contrebas. Arrivées sur le sable gris, presque noir, je ne ralentis pas mon allure … Au contraire... J'avais les poumons en feu, l'envie de vomir toujours aussi pressante. Ce fut quand je sentis la main glacée et humide de la mer se refermer autour de mes chevilles que je me stoppai net. Je grelottai , mes pieds nus étaient brûlés par le froid des vagues qui venaient m'entourer. Je devais rentrer me sécher et me réchauffer … Mais je n'osais pas … J'avais … peur … Peur de me retrouver toute seule chez moi, envahie par tous les souvenirs qui me hanteraient à chaque pas dans le cottage. Je secouai la tête avant de reculer. Il fallait que je sorte de l'eau, même si une vague de plus ou de moins ne changerait guère mon état …
Mes pieds touchèrent du sable que la mer n'atteignait pas. Grelottant et frissonnant, je me laissai tomber quelques instants au sol. Mon regard se porta sur les flots gris et le ciel de la même couleur. Pourtant au loin, une trouée s'ouvrit dans les nuées et un rayon de soleil étincelant zébra le ciel pour aller toucher l'horizon.
Je claquai des dents et frissonnai. Il fallait que je bouge, que je me lève et rentre me sécher et me réchauffer.
Comme un automate, je me mis en mouvement. J'étais gelée et remonter la pente fut ardu. Chaque pas me faisait souffrir le martyr. Finalement, je réussis à remonter. Grelottant je rentrai chez moi, pour me figer aussitôt, un pas à peine fait à l'intérieur.
Le petit tas qu'avait formé ma cape trempée et mes chaussures n'était plus là. Quelqu'un était entré chez moi … Quelqu'un avait ramassé mes affaires mouillées …
Ma baguette fut sortie en une fraction de secondes. Le coeur battant, je fis un pas de plus à l'intérieur. Il n'y avait aucun bruit. Pourtant je savais, je sentais que je n'étais pas seule ici. J'en oubliai le froid et le chagrin.
Le craquement caractéristique d'une flamme léchant une bûche résonna … Mais cela ne venait pas du salon.
La cuisine. Quelqu'un avait allumé un feu dans la cheminée de la cuisine.
Baguette en avant, je m'avançais en silence. De petits bruits se faisaient entendre. J'eus l'impression d'entendre la vaisselle tinter. Que se passait-il ?
Un instant je crus que c'était Richard. Mais il me connaissait suffisamment pour savoir qu'il fallait mieux se montrer visiblement. Aller se planquer dans ma cuisine en mon absence était la bonne réaction si on voulait se prendre un sort entre les deux yeux. J'étais maintenant à quelques centimètres de la porte ouverte de ma cuisine. Je me glissai sans bruit et m'apprêtai à lancer un sort quand un cri m'interrompit.
- Baisse ta baguette !
- Théo ?
Interdite, je ne bougeais plus, ma baguette était pourtant toujours pointée sur Théodore. Il la regardait d'un air étrange.
- Tu comptes me lancer un sort ? Finit-il par demander.
Je secouai la tête et baissai ma garde.
- Par Salazar que fais-tu ici ? J'aurai pu te tuer !
Il me jeta un regard étrange.
- J'ai cru le comprendre quand je t'ai vue avec ta baguette pointée sur moi …
Il me dévisagea des pieds à la tête.
- Je fais du thé …
Il me tourna le dos et bouilloire en main, il fit chauffer de l'eau.
- Va te changer pendant ce temps, m'ordonna-t-il.
J'ouvris grand les yeux avant de tourner le dos pour retourner au salon. J'étais toujours trempée, mais me changer signifier monter à l'étage me chercher des vêtements et c'était une épreuve trop difficile pour le moment. Aussi me plantai-je simplement devant le feu qui ronronnait, sans même prendre la peine de me lancer un sort pour me sécher. Je pris soin de tourner le dos au feu, pour ne pas croiser les regards des photographies. Je me réchauffai lentement. Mes pieds glacés me faisaient souffrir.
Quelques minutes plus tard, Théo revint avec un plateau et le thé. Il posa son chargement sur une table et me regarda.
- Tu ne t'es pas changée …
J'eus l'impression d'avoir soudain huit ans et de me faire réprimander comme une enfant. Je fermai les yeux pour lui répondre.
- Ni le courage ni la force de monter chercher des affaires … expliquai-je laconiquement.
Theo soupira et quitta le salon.
J'entendis les marches craquer tandis qu'il grimpait à l'étage.
Le temps passait et Théo ne revenait pas. Même s'il ne connaissait pas la maison et qu'il lui avait fallu chercher un peu partout, il en mettait du temps …
Je laissai échapper un soupir.
- Théo ? Lançai-je.
Seul le silence me répondit. Maugréant en silence, je me décidai à aller sur le palier. Je jetai un oeil vers l'étage, mais rien … Pas un bruit, pas un lumos, pas une lueur de bougie. Avec lenteur, je pris sur moi de monter voir ce qu'il fabriquait. Je n'étais pas inquiète, il n'y avait pas de danger là-haut – à moins que Bella n'ait piégé sa chambre … Mais j'en doutais.
J'étais arrivée en haut. Mon coeur battait à tout rompre. Rester en terrain neutre était devenue une idée utopique … Impossible de savoir où se trouvait Théodore. La plupart des portes de l'étage étaient ouvertes.
- Théo ? Appelai-je de nouveau …
Et ce fut encore le silence qui fit écho à ma question. Je marmonnai un lumos et les ombres furent légèrement repoussées.
Finalement je n'eus pas à aller bien loin. Je retrouvai vite Théodore … dans la seule pièce où il n'aurait pas dû être.
- Referme cette porte, Théodore ! Lui ordonnai-je calmement mais très froidement.
Il sursauta, visiblement absorbé par ce qu'il voyait,il ne m'avait pas entendu. Il ne s'exécuta pas immédiatement mais se retourna lentement.
J'inspirai profondément et fermai les yeux quelques secondes. De nouveau la nausée me saisit.
- Théo ! Pose cette peluche et sors de là !
Les mots avaient claqué plus sèchement encore, mais sans trace pourtant de colère … juste du chagrin …
Ce fut sans doute le s'il te plaît que je laissai échapper misérablement ensuite qui le fit bouger. Il reposa le petit dragon en peluche – un cadeau de Richard, le même que possédait alors Théo - et sortit de la pièce. Il referma la porte avec douceur. L'expression de son visage était indéchiffrable et je n'avais pas envie d'essayer de comprendre les sentiments qui traversait le jeune homme.
Maintenant que j'étais en haut, je ne pouvais plus reculer. Sans adresser ni un regard ni un mot à Théodore,je me dirigeai vers ma chambre pour me changer. J'entendis la marche craquer tandis que le Serpentard redescendait. Les yeux à moitié clos et une grosse boule au ventre, j'entrai dans ma chambre. Je gardais le regard fixé droit devant moi, sur la penderie. Je l'ouvris d'un geste vif, attrapai la première tenue qui tomba sous ma main. Me changer et redescendre fut l'affaire de quelques secondes.
Je restai un instant appuyée contre la porte du salon, observant Théo qui ne m'avait pas vue. Il avait attrapé les cadres sur la cheminée et dévisageait avec attention les visages insouciants du passé. Je remarquai toutefois qu'il avait servi le thé.
J'entrai et allai me laisser tomber dans le canapé puis attrapai une tasse. Le Vert et Argent sursauta et se retourna. Il tenait toujours une des photos dans ses mains. Je fis un mouvement de tête en direction du cadre.
- C'est mon père, lui expliquai-je. Julius Kered-Ann.
Théodore hocha de la tête avant de le reposer à sa place. Il vint s'asseoir face à moi, dans le fauteuil qu'occupait habituellement Bellatrix.
C'était un autre temps.
Il attrapa sa tasse de thé. D'un geste sûr, il prit un sucre et tourna trois fois la cuillère. J'eus un sourire. Sa mère avait la même manie : un sucre et trois tours de cuillère.
Mon regard se posa avec douceur sur le jeune homme.
- Que fais-tu ici Théodore ?
Le sorcier ne répondit pas immédiatement. Il avala une gorgée et reposa la tasse délicate.
- Je t'ai apporté des provisions … Je me suis dit que … tu … en aurais peut-être besoin …
Je souris et je vis les traits de son visage se détendre. Peut-être pensait-il que j'allais me fâcher contre cette visite.
- Je te remercie de ta prévoyance.
Le silence s'installa de nouveau. Chacun buvait son thé en silence. En même temps, nous reposâmes nos tasses. La porcelaine tinta en touchant le plateau en argent.
L'attitude du Vert et Argent changea soudain. Il croisa les jambes et posa ses mains sur les accoudoirs usés du fauteuil gris. Une étincelle fit flamboyer son regard sombre. Un moment je crus avoir devant moi Richard et non Théodore.
- Parle-moi, lança-t-il tout à coup.
J'eus comme un sursaut de recul ne comprenant pas avant que tout ne devienne clair.
- Que veux-tu savoir ? Demandai-je résignée.
La question était purement formelle, puisque la réponse je la connaissais. Et le seul mot que laissa échapper le jeune sorcier me le confirma.
- Tout !
Un soupir s'échappa de mes lèvres. Résignée, je me levai. Théo haussa un sourcil. A son tour, il se leva, sans doute décidé à ne pas me laisser d'échappatoire. Je me retournai et souris doucement.
- Reprend ta place, je ne compte pas me sauver … Je vais juste me chercher quelque chose de plus fort qu'un thé … J'en aurais bien besoin …
Il se rassit.
Je revins avec une bouteille de firewhisky qui traînait dans un placard de la cuisine.
- Un verre ? Proposai-je.
Théo fit non de la tête.
- Je n'ai que treize ans, tante … Charlotte …
Un petit rire s'envola.
- C'est vrai … m'excusai-je. Mais par moments … tu fais … plus mature que ton âge …
Je me servis généreusement et avalai la moitié du verre en une seule gorgée qui brûla ma gorge et mon ventre. Le fils de Richard avait repris son attitude froide et sérieuse. Je n'avais plus le choix.
Un nouveau soupir alcoolisé cette fois s'échappa de mes lèvres.
Une dernière mise au point avant de tout lui raconter.
- Tu es bien entendu conscient que tout ce que tu vas entendre requiert le plus grand secret …
Il hocha de la tête approuvant mes dires en silence. Je savais très bien qu'il n'était pas idiot mais je préférai enfoncer le sort.
- Il n'est pas uniquement question de moi dans cette affaire, Théo … Ton père est mouillé jusqu'au cou … Tu comprends ?
Un nouveau hochement de tête me répondit.
Je fermai les yeux et m'enfonçai un peu plus dans le canapé. Puis les mots sortirent – lentement au début avant de prendre un rythme plus soutenu et je lui racontai tout … Absolument tout …
