PDV Caroline

J'étais toujours assise près de la fenêtre, attendant qu'Elijah se réveille et priant pour que Klaus ne revienne pas tout de suite. La nuit était tombée depuis un moment et je n'avais toujours aucune nouvelle de lui. Je ne savais pas où il était allé, mais j'espérais qu'il y reste encore un peu. Juste le temps que je les réveille tous. Soudain, j'entendis un bruit. Quelqu'un qui prenait une profonde inspiration. Je me levai et m'avançais vers le cercueil d'Elijah. Il avait les yeux ouverts et était en train de reprendre ses esprits. Je pris une poche de sang que j'avais préparée et lui tendis. Il l'attrapa sans se faire prier et ingéra tout son contenu en quelques secondes. J'étais surprise de le voir dans cet état. Lui qui était toujours tellement classe et mystérieux. Il se redressa avec difficulté et je l'aidais à sortir de son cercueil. Il reprit très vite des forces et leva les yeux vers moi.

-Où est Klaus ? Demanda-t-il.

-Je n'en sais rien. Il est parti il y a des heures...

-Pourquoi est-ce que tu m'as réveillé ? Demanda-t-il.

Je le regarda avec un peu de peur. Je devais l'avouer, Elijah m'avait toujours impressionnée. Je soupirai légèrement avant de répondre.

-Klaus veut tuer Elena pour pouvoir créer une armée d'hybrides dans le but de vous protéger d'un chasseur, dis-je. Je ne savais pas quoi faire d'autre pour la protéger. Je pensais qu'en réveillant sa famille, il abandonnerait peut-être ses plans.

-Tu es folle de penser qu'il ne tuera pas Elena, dit-il. Klaus n'abandonnera pas tant que nous ne seront pas en sécurité.

Il alla vers un autre cercueil. Je fus surprise qu'il sache tout ce que je venais de lui dire.

-Tu étais au courant ? Demandai-je.

-Il m'a tout dit quelques heures seulement avant de me tuer à mon tour, répondit-il. Avant je pensais qu'il les avait tout simplement tués et jetés dans l'océan.

Il ouvrit le cercueil contenant Rebekah, leur petite sœur. Il la regarda avec tendresse avant de retirer la dague qui était plantée dans sa poitrine. Je le suivais du regard sans rien dire.

-Mais vois-tu, je ne pense pas qu'une armée d'hybrides serait vraiment la solution, dit-il. Mes frères et ma sœur refuseraient d'avoir des gardes du corps. Ils aiment beaucoup trop leur liberté pour être tout le temps suivis et surveillés. Il faut que l'on trouve un autre moyen.

Il ouvrit un nouveau cercueil et retira à nouveau la dague. Il fit de même pour les deux derniers cercueil. Il se tourna ensuite vers moi et me regarda avec cet air mystérieux qu'il arborait tout le temps. Je ne bougeai pas d'un poil.

-Je te remercie d'avoir retiré cette dague, dit-il.

Il s'approcha ensuite de moi et tendit la main vers moi, paume vers le ciel.

-Je voudrais la récupérer s'il te plaît, dit-il.

Je le regardais quelques secondes sans bouger. Je comptais la garder avec moi, dans le but de me défendre si l'un des originaux voulaient s'en prendre à moi ou à quelqu'un que j'aimais. Mais il était évident que je ne pouvais pas la garder, il ne me laisserait pas faire. Je soupirai et sortis la dague de ma poche arrière. Je la déposai lentement dans sa main. Il me fit un petit sourire et regarda les quatre dagues qu'il avait dans les mains.

-Je vais aller cacher ces petites merveilles, dit-il. Je veux que tu restes ici sans bouger.

Il me regardait droit dans les yeux, utilisant son pouvoir d'hypnose sur moi. Il sortit de la pièce, me laissant là. Je voulus m'enfuir, ayant peur que les autres originaux ne se réveillent, mais mes pieds refusèrent de bouger. Quelle idiote ! Je n'aurais jamais dû arrêter de prendre de la verveine. J'attendis donc là. Plantée debout au milieu de trois originaux qui étaient sur le point de se réveiller. Soudain, Elijah entra à nouveau dans la pièce. J'en fus soulagée.

-Bien, dis-moi tout ce que j'ai loupé, dit-il en me souriant.

PDV Elena

J'étais garée devant le manoir des Salvatore. J'attendais patiemment que Damon en ressorte. Il était juste allé coucher Rose et ensuite il viendrait chez moi pour qu'on puisse discuter de la situation. Ça me rongeait de l'intérieur. Ma meilleure amie vivait chez mon pire ennemi, celui qui voulait me tuer. Je sursautais alors que Damon ouvrit la portière et s'assit à côté de moi.

-Désolé... Je t'ai fait peur... Dit-il.

-C'est pas grave ! M'exclamai-je en démarrant.

Je démarrai sans attendre et pris la direction de ma maison. Un silence de plomb régnait dans le véhicule. Je me sentais mal, stressée. Je ne faisais presque aucun mouvement, ayant peur de faire quelque chose de mal. Je ne m'étais toujours pas excusé pour ce que j'avais fait. Il me fallait encore du temps. Pour m'adapter à la situation, à cette nouvelle vie que j'avais.

-Alors ? Demanda-t-il.

-Alors quoi ?

-Et bien... Qu'est-ce que tu en dis ? De cette journée ? Même si ça n'a pas dû être facile avec ce qu'on vient d'apprendre...

Je n'osais même pas tourner les yeux vers lui, je me concentrai tout simplement sur la route. Il avait été tellement gentil aujourd'hui. Il m'avait soutenu, ayant senti que je me sentais très mal par rapport à Caroline.

-C'était bien, dis-je. J'ai beaucoup aimé être avec vous deux. Ça donnait l'impression...

-D'être une famille ? Finit-il.

Je ne répondis rien, me sentant à nouveau mal à l'aise. Je me garai devant la maison et sortis de la voiture sans ajouter un mot. Damon me suivit. Je montai sur le perron et m'apprêtai à insérer la clef dans la serrure, quand Damon reprit la parole.

-Elena, dit-il. Tu n'as pas répondu à ma question.

Je restai immobile, dos à lui. Je n'arrivais pas à lui faire face. Je n'arrivais pas à faire face à tout ça. Tellement de choses avaient changées. Le monde avait continué de tourner sans moi. J'en étais toujours au même point, je n'avais pas avancé et ça me rongeait de l'intérieur.

-Elena, je veux vraiment savoir ce que tu en as pensé ! S'exclama-t-il. Je veux savoir comment tu vas par rapport à moi, par rapport à Rose.

Je soupirai et posai mon front contre la porte. Je me sentais tellement mal, je voulais juste disparaître me fondre dans le décors pour que plus personne ne me voit. Je sentis deux mains glisser sur mes épaules. Je me dégageai d'un geste brusque et m'éloignais de Damon.

-Elena s'il te plaît, je veux juste t'aider...

-Mais tu ne peux pas, dis-je en me retournant, les larmes aux yeux. Tu ne peux pas m'aider Damon. Je me sens mal ! Je ne vais pas bien !

-Explique moi !

-Je t'ai fais du mal ! J'ai fait du mal à tout le monde ! J'ai abandonné ma propre fille ! Et tout le monde est passé à autre chose sauf moi ! Je m'en veux !

-Mais je te pardonne ! Et Rose aussi ! S'exclama-t-il en se rapprochant à nouveau.

-Mais pas moi !

Je le regardais alors que les larmes commençaient à couler sur mes joues. Il avait eu un mouvement de recul au moment où j'avais dit cette phrase. Je n'arrivais presque plus à respirer à cause des sanglots.

-Je n'arrive pas à me pardonner à moi-même, dis-je. J'ai fait du mal à tellement de personne ici. Et je me retrouve ici avec deux vies en même temps. Celle que j'avais totalement oublié et l'autre que j'ai vécue pendant cinq ans. Mais ce n'était pas moi. Ce n'est pas moi qui ai vécu tout ça, c'est une autre personne, et je suis complètement perdue.

Damon me regardait sans rien dire. Il paraissait choqué de ce que je lui disais. Je m'assis sur le banc du perron et plongeai mon visage dans mes mains. Je tentai de reprendre ma respiration, en vain. Mes sanglots m'étouffaient, mais je n'arrivais pas à me calmer. Damon vint s'asseoir à côté de moi. Il passa ses mains sur mes épaules et me tira doucement vers lui. Je voulus me dégager.

-Non... Non, dit-il en chuchotant et en resserrant son étreinte. Reste là...

-Damon...

-Tout va bien... Murmura-t-il. Calme-toi.

Il me blottit contre son torse et commença doucement à me caresser les cheveux. Je fermai les yeux et tentai de me calmer. Son torse se soulevait légèrement au rythme de sa respiration. Je me concentrai sur ça et très vite, je fus apaisée. Damon me berçait lentement me chuchotant des paroles apaisantes.

-Je suis désolée... Dis-je d'une petite voix, une fois calmée.

-Ce n'est rien... Dit-il. Tu ne faisais que me protéger.

-C'est de moi dont j'aurais dû te protéger...

-Mais non... Arrêtes de dire des bêtises...

Il me redressa pour pouvoir me regarder en face. Il me fit un petit sourire qui se voulait rassurant. Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit et Jérémy sortit de la maison.

-Ah c'est vous ! S'exclama-t-il. On vous a entendu et on se demandait qui s'était.

-Désolée, dis-je en essuyant rapidement mes larmes.

-Est-ce que ça va ? Demanda mon frère.

J'acquiesçais en silence tandis qu'il me regardait en fronçant les sourcils. Je lui fis un petit sourire, puis me levai pour entrer à l'intérieur, suivie de près par Damon. Jérémy continuait de nous regarder bizarrement, ayant deviné que quelque chose n'allait pas.

PDV Caroline

Je venais de finir mon récit. J'avais tout raconté à Elijah. Tout ce qu'il s'était passé ces dernières années. Il était confortablement assis sur un fauteuil, tandis que j'étais toujours debout, immobile comme il me l'avait ordonné. Mes jambes commençaient à me faire mal, mais je ne disais rien. Je restai silencieuse alors qu'il semblait réfléchir.

-Et tu dis qu'après votre dispute il est parti et n'est pas encore revenu ? Demanda-t-il.

-Il est évident que s'il était présent, tu serais au courant, répondis-je.

Il me regarda en fronçant les sourcils, comme surpris que j'ose lui parler de cette manière. Soudain, j'entendis un mouvement. Plusieurs mouvements en fait. Un petit sourire apparut sur les lèvres d'Elijah. Une petite vague de peur m'envahit. Le dénommé Kol se redressa et s'étira comme s'il venait simplement de se réveiller.

-Je vais le tuer, dit-il en sortant de son cercueil.

Il tourna la tête vers moi et un petit sourire apparut sur ses lèvres. Sa ressemblance avec Elijah me frappa à nouveau. Il s'avança vers moi avec ce petit sourire sadique sur ces lèvres qui ressemblait étrangement à celui de Klaus. Je voulus reculer, mais je ne pouvais toujours pas bouger.

-Quelle jolie petite chose, dit-il en me caressant la joue.

-Ne me touche pas, dis-je froidement.

-Attention Kol, elle n'est pas aussi innocente qu'elle en a l'air, dit Elijah. Elle sait se défendre.

Le jeune homme se tourna soudainement vers son frère, ne semblant pas l'avoir vu plus tôt.

-Elijah ! S'exclama-t-il. Quel plaisir de te revoir. Où est donc Niklaus que je me fasse un plaisir de me venger.

-Il n'est pas encore rentré, répondit l'autre homme. N'est-ce pas Caroline ?

Kol tourna à nouveau la tête vers moi. Il avait toujours la main posée contre ma joue. Je fis 'non' de la tête, tout en défiant Kol du regard, ce qui eut l'air de l'amuser plus qu'autre chose.

-Quelle jolie créature, dit-il en souriant.

-Fais attention Kol, d'après ce que j'ai compris, Niklaus a déjà jeté son dévolu sur elle, dit Elijah. Et tu sais combien il déteste qu'on touche à ses jouets.

-Il m'a tué, répondit Kol. Je pense avoir le droit de jouer avec l'un de ses jouets.

Il s'approcha un peu plus de moi, plantant son regard dans le mien. Je savais qu'il s'apprêtait à m'hypnotiser, Dieu seul savait pourquoi faire. Mais soudain, il s'envola à travers la pièce et alla s'écraser contre le mur du fond. Klaus était apparu devant moi et se tenait en position de protection. Je soupirai de soulagement. J'avais eu tort de penser qu'Elijah me protégerait, il n'avait pas bouger d'un poil.

-Je t'avais dit de faire attention, dit ce dernier avec un petit sourire sur les lèvres.

Klaus se tourna vers moi et me regarda avec colère et déception. Je baissai les yeux, n'osant pas affronter son regard. Il s'approcha de moi et prit mon menton entre ses doigts fins pour m'obliger à le regarder.

-T'ont-ils fait du mal ? Demanda-t-il.

-Non. Elijah m'a contrainte de ne plus bouger, dis-je simplement.

-Tu es libre de toute contrainte maintenant, dit-il.

Je sentis tout à coup le pouvoir d'Elijah s'envoler. Je m'empressai d'aller m'asseoir sur le rebord de la fenêtre pour soulager mes jambes douloureuses. Klaus ne me lâchait pas du regard. Moi, je fixai un point sur le sol, ne voulant toujours pas affronter sa colère.

-Ne lui en veux pas, petit frère, dit Elijah. Elle a fait ce qu'elle pensait être le mieux pour son amie Elena.

-Je t'avais demandé de ne pas les réveiller, dit Klaus, ignorant totalement les paroles de son frère.

Je ne répondis rien. Je gardai les yeux vers le sol, n'osant pas les relever.

-Quel accueil ! S'exclama Kol.

Je relevai les yeux, mais Klaus avait tourné son attention vers son plus jeune frère. Ce dernier s'approchait lentement de lui en affichant toujours le même sourire.

-Ne t'avise plus jamais de la toucher, dit Klaus. Ça vaut aussi pour toi, Elijah.

-Ou quoi ? Tu nous tueras ? Fit Kol.

-Il ne peut pas, il n'a plus les dagues, dit Elijah.

-Laissez-le, dit une voix dans le fond de la pièce.

Je tournai la tête et découvris le frère aîné, Finn, sortant de son cercueil avec difficulté. Il était habillé de très vieux vêtements dont je ne saurais dire l'époque. Il s'étira de tout son long, faisant craquer ses os un par un.

-Il n'a fait que suivre mes ordres, dit-il en se tournant vers ses frères.

-Tes ordres ? Demanda Kol.

-Vous étiez plus en sécurité dans ces cercueils, dit l'aîné.

-Pourquoi ? A cause du chasseur ? Fit Kol. C'est vrai que endormis dans un cercueil nous étions à l'abri de ses attaques. Mais à quoi est-ce que vous pensiez ?!

-On voulait vous protéger, dit Klaus.

-Niklaus est le seul à posséder le pouvoir de nous mettre en sécurité, expliqua Finn. Avec une armée de son espèce pour nous protéger, plus rien ne pourrait nous toucher.

-Être en permanence surveillé ? C'est ça que tu appelle être en sécurité ? Moi j'appelle ça être en prison, répondit Elijah.

-Si vous partez chacun de votre côté, vous finirez par être tués, dit Finn. C'est vraiment ce que vous voulez ?

Elijah et Kol restèrent silencieux. Ils regardaient leur frère aîné, semblant réfléchir à ce qu'il venait de dire. Je regardais la scène sans rien dire, je n'avais pas mon mot à dire. C'était une affaire de famille.

-Elijah ? Dit une petite voix, venant du dernier cercueil où reposait encore Rebekah.

Le vampire concerné se leva presque d'un bond et se précipita vers le cercueil. Il aidait la vampire aux allures de jeune femme à sortir de sa boîte. Je pus tout de suite voir qu'ils avaient un lien très fort. Ils étaient sans doute extrêmement proches. Je trouvais cela assez étonnant, étant donné que l'ambiance des quatre frères semblaient être assez froide. Elijah n'avait plus d'yeux que pour sa petite sœur et les trois autre frères les regardaient sans rien dire.

-Comment tu te sens ? Demanda Elijah.

-Bien... bien... Répondit la jeune femme.

Lorsqu'elle tourna les yeux vers nous, je compris enfin pourquoi Elijah semblait autant protecteur envers elle. Contrairement à l'allure de femme forte qu'elle donnait et l'impression d'invincibilité qu'inspirait les originaux, Rebekah avait l'apparence d'une jeune fille de dix-sept ans encore vulnérable et sensible. J'étais surprise de voir combien elle semblait perdue. Elle fixait Klaus et je pouvais voir dans ses yeux plus de souffrance que je ne pourrais jamais en supporter. Klaus avait baissé les yeux comme s'il avait honte.

-Niklaus... Souffla Rebekah.

Je suivais la scène sans bouger, sans parler. Je ne comprenais pas tout, ne connaissant pas tout leur passé. Mais je pouvais voir que ces cinq personnes s'étaient autant aimées que détestées et leur relation semblait bien complexe.

PDV Jérémy

Je retournais dans ma chambre, laissant Damon et Elena seuls dans le salon. Ils semblaient avoir besoin de parler. Lorsque j'entrai dans ma chambre, Eve était toujours assise dans le fauteuil, là où je l'avais laissée en partant voir qui faisait du bruit devant la maison.

-C'était qui ? Demanda-t-elle.

-Damon et Elena, répondis-je. Ils semblent être en pleine conversation à cœur ouvert.

Elle ouvrit de grands yeux et un petit sourire amusé apparut sur ses lèvres. Je la fixai quelques secondes. Je n'étais jamais resté indifférent face à sa beauté, mais dernièrement, c'était de pire en pire. Depuis qu'Elena se souvenait de sa vie passé, elle s'était éloignée d'Eve et la jeune femme ne comprenait pas pourquoi. Elle s'était donc rapprochée de moi, étant donné que nous vivions sous le même toit. Elle n'avait jamais posé de questions par rapport à Klaus, elle n'avait jamais cherché à connaître la vérité et je devais l'avouer cela m'intriguait. Je savais qu'elle avait entendu des choses et tout être normalement constitué aurait demandé des explications.

-Dis-moi... Fis-je en m'allongeant sur le lit. Tu ne te poses jamais de questions par rapport à tout ce qu'il se passe dernièrement ?

Elle me regarda quelques secondes sans rien dire, semblant réfléchir à la réponse qu'elle allait me donnée. Son petit sourire avait lentement disparu, à mon plus grand regret.

-Bien sûr que si, finit-elle par répondre en baissant la tête. Mais j'ai très vite compris que ça ne me regardait pas. J'ai bien compris que vous me cachiez quelque chose, mais... je... je ne pense pas avoir le droit de demander quoi que ce soit.

-Pourquoi ?

-Parce que vous êtes adorables avec moi, dit-elle. Vous m'avez accueillis sous votre toit comme un membre de votre famille.

Eve m'avait parlé de la raison pour laquelle elle avait quitté la maison de ses parents quelques semaines plus tôt. Je la regardais en fronçant les sourcils. Je ne la comprenais pas vraiment. À sa place, j'aurais posé des réponses, j'aurais essayé de découvrir la vérité.

-Vous m'en parlerez quand vous voudrez m'en parler, ajouta-t-elle.

Elle releva ses grands yeux bleus vers moi et je détournais aussitôt le regard. Je m'éclaircis la gorge et cherchai n'importe quoi pour changer de sujet.

-Et... Qu'est-ce que tu as décidé pour tes parents ? Demandai-je.

-Je n'en sais rien... Répondit-elle. Je ne les ai toujours pas vu et je ne réponds pas à leurs appels. Je sais qu'ils sont mes parents, ils m'ont aimée et élevée. Je sais que je leur dois tout. Mais maintenant que je sais, qu'il y a quelque part une femme et un homme qui sont mes parents biologiques... je... quelque part, j'ai envie de les rencontrer. De savoir d'où je viens. Et je suis bien consciente que de les retrouver pourrait changer beaucoup de choses entre moi et mes parents...

J'allai m'asseoir sur le bord du lit, pour être plus proche d'elle. Je pouvais voir des larmes perler au coin de ses yeux. Elle luttait contre les larmes, je le voyais bien. Mais une larme parvint tout de même à couler le long de sa joue. Sans vraiment m'en rendre compte, je pris ses mains dans les miennes. Eve releva d'un coup la tête vers moi, comme surprise par mon geste. Je devais l'avouer... ce n'était pas vraiment prévu. Mais néanmoins, elle ne retira pas ses mains.

-Je sais qu'Elena s'est pas mal éloignée de toi dernièrement, dis-je. Et je sais que tu te confiais souvent à elle, alors je veux que tu saches que je suis là pour toi. Tu peux me parler de tout ce que tu veux. Ou même si tu ne veux pas parler et faire autre chose, je suis là.

Un petit sourire apparaissait lentement sur ses lèvres. Je lui rendis son sourire.

-Merci... Murmura-t-elle.

Je fis un petit mouvement de la tête pour lui montrer que ce n'était rien. Je voulus retirer mes mains des siennes, mais Eve resserra son étreinte et m'en empêcha. Soudain, elle me tira vers elle et passa une main dans ma nuque. Ses lèvres se posèrent sur les miennes. Je restai figé sur place. De vieux souvenirs me revinrent en tête. Bonnie... Je n'étais sorti avec personne depuis qu'elle avait quitté la ville sans me dire au revoir. Son départ m'avait tellement faire souffrir, j'avais plongé dans l'alcool et la drogue. Je repoussai soudainement Eve et me reculai. Elle me regarda en fronçant les sourcils. Je baissai les yeux, ne voulant pas voir à quel point je l'avais blessée.

-Jérémy... Souffla-t-elle. Je pensais que...

-Ce n'est pas toi, dis-je en relevant les yeux.

Les larmes se faisaient de plus en plus nombreuses sur ses joues, ce qui me fit me sentir de plus en plus mal.

-Je te jure, ce n'est pas toi...

-Je pensais qu'on avait un truc... Dit-elle.

-Je... Eve... Bafouillai-je.

-Te fatigue pas.

Elle se leva et commença à s'éloigner. Je lui courus après et refermai la porte alors qu'elle était en train de l'ouvrir. Elle se retourna vers moi, alors que j'avais toujours la main posée sur le battant. Eve se retrouva coincée entre moi et le mur. Je la regardai quelques secondes. Elle était tellement belle. L'une des plus belles femmes que je n'avais jamais vue.

-Je te jure que ce n'est pas toi, soufflai-je.

-Alors c'est quoi ? Demanda-t-elle.

-Elena t'a-t-elle déjà parlé de Bonnie ? Demandai-je.

-Oui, sa meilleure amie qui est partie du jour au lendemain, répondit-elle.

-Et t'a-t-elle déjà dit pourquoi j'avais sombré dans l'alcool ?

Elle allait répondre par la négation, mais soudain son visage s'éclaircit. Elle venait de faire le lien. Elle venait de tout comprendre. De comprendre mon passé.

-Tu sortais avec elle ?

-Depuis un bon moment, répondis-je. Mais elle est quand même partie sans me dire au revoir et sans me donner aucune explication. J'ai tenté de la joindre. Elle n'a jamais répondu. Et je ne m'en suis pas vraiment remis depuis...

-Mais c'était il y a quatre ans ! S'exclama Eve.

-Disons que l'alcool rend les choses beaucoup plus difficiles...

Elle me regardait avec peine. Je détournais les yeux et m'éloignai d'elle, ne supportant pas ce regard. C'était celui que tout le monde me lançait depuis le départ de Bonnie. Les gens avaient pitié de moi. Je le savais. Et pourtant, aucun n'avait tenté quoi que ce soit pour me sortir de là. Excepté Elena, que j'avais envoyé bouler plus d'une fois.

-Je suis désolée Jérémy, dit Eve. Je ne savais pas.

Elle m'attrapa par le bras et me força à lui faire face. Elle me prit dans ses bras. Durant quelques secondes, je restai figé, repensant à mon passé. Vicky, Anna, Bonnie... Aucune n'était restée. Elles m'avaient toutes fait souffrir à un moment ou un autre. Je commençais à peine à me reconstruire. Pouvais-je vraiment prendre le risque de retomber dans cette spirale infernale ? Mais le cœur fut plus fort que la raison. Mes bras se refermèrent autour de son corps mince et je la serrai contre moi, priant pour ne pas faire le mauvais choix.

Voilà le nouveau chapitre ! Dites-moi ce que vous en avez pensé !